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LE COMBAT DES ESPRITS


Malgré les nombreux soucis qui lui prenaient la tête, Liam ne pouvait s'empêcher de se sentir heureux.

Lui et Albus avait mis une journée entière pour revenir à Londres dans sa voiture. Tout le long du trajet, Albus avait été dans un état d'excitation et d'impatience exaspérante. Il avait même été à deux doigts, une fois hors de l'enceinte du château de sorcellerie, de transplaner directement chez sa cousine en le laissant en plan pour obtenir les dernières lettres qui lui permettraient de résoudre l'énigme du Graal. Liam lui avait promis de lui faire la gueule pour le restant de ses jours s'il lui faisait un coup pareil et Albus s'était résigné à repartir en voiture en envoyant un hibou à sa cousine, juste avant de quitter Poudlard. Albus Potter n'aimait pas attendre et Liam put découvrir cette facette de lui durant les huit longues heures que dura le voyage.

Il passa, d'abord, trois bonnes heures à guetter le retour de son hibou en sondant le ciel de la vitre de la voiture. Puis, il agita sa baguette en prononçant une formule en latin en faisant apparaître un renard sur le capot de sa voiture. Liam fut si surpris qu'il vrilla un moment avant de ramener la voiture sur la route en criant à Albus qu'il était totalement inconscient.

— Ben quoi?! se défendit ce dernier. Tu devrais être content. J'ai pensé à toi pour le faire apparaître.

Après avoir ordonné à son renard de délivrer un message à sa cousine, Albus prit son mal en patience en expliquant à Liam en quoi consistait le sortilège du patronus. Liam eut du mal à visualiser les machins encapuchonnés qu'Albus appelait...détracteur….ou détartreur. Il remarqua surtout le frisson d'effroi de son compagnon à leur évocation. Et puis, il y avait aussi le moyen de faire apparaître un de ces machins vaporeux. Le sorcier devait avoir une pensée heureuse, un peu comme pour voler dans Peter Pan, avec la poudre de fée. Ainsi donc, Albus pensait à lui pour créer son patronus. Liam s'en sentit flatté et en même temps, il s'interrogea sur ce que cela signifiait vraiment.

Liam n'eut pas l'occasion d'y réfléchir plus longtemps. Une fois les explications finies, Albus reprit sa psychose quant à l'absence de réponse de sa cousine et il se plaignit le restant du trajet.

Albus lui demanda de le conduire directement chez son oncle et sa tante chez qui habitait Rose, pour le moment. Liam obéit, en espérant que les plaintes d'Albus se calment dès qu'il serait en présence de l'héritière de Gryffondor. Malheureusement pour eux, Rose était absente et ses parents ne l'avaient pas vu de la journée. Albus était revenu à la voiture, dépité et rageur, tandis que Liam détaillait la maison des Weasley en se demandant comment devait être l'intérieur d'une maison de sorciers.

— Mon oncle m'a dit qu'elle devait sans doute être chez son copain. C'est à Londres… si on passe par…

— Albus, non! avait protesté Liam. Il est tard. On n'a pas beaucoup dormi. On a pas encore mangé. Tu es en train de devenir fou. Je propose qu'on rentre et qu'on dorme un peu!

— Mais…

— Non! J'en ai ras le cul.

— Le Graal est à portée de main! Il suffit de…

— Non.

— T'es vraiment…, rugit Albus.

— Non.

— Je m'en fous, j'ai qu'à transplaner chez elle directement.

— D'une, tu n'es jamais allé dans son appartement et tu m'as expliqué que pour transplaner, il fallait connaître l'endroit au préalable. De deux, je doute que ta cousine apprécie que tu viennes la déranger aussi tard et moi à sa place, je t'enverrais chier direct. Et de trois, tu comptes lui parler comment, au juste, du Graal et de tout ce que tu as découvert, tout seul, avec ton serment inviolable?

Albus ouvrit la bouche pour répondre puis la referma, la mine sombre. Liam ne put s'empêcher de sourire devant l'air déconfit d'Albus qui se renfrogna sur son siège.

— Tu m'énerves…, avait pesté Albus.

— Il vaut mieux que tu t'y habitues vite. Cela risque d'arriver souvent, avait répondu Liam.

Cela lui avait échappé et il se rendit compte de ce que cela sous-entendait juste après avoir prononcé ces mots. Albus le comprit aussi. Il leva ses yeux verts vers le policier et son agacement se transforma en autre chose, quelque chose de plus doux et tendre. Albus s'adossa sur son siège, le regard rêveur et un doux sourire aux lèvres. Liam démarra la voiture et ils se mirent en route pour rentrer chez eux.

Arrivés dans leur rue, Albus était endormi. Liam dut le réveiller à contrecœur pour qu'il sorte de la voiture. Il l'aida à monter jusqu'à leur porte d'entrée, en soutenant Albus qui n'avait soudain plus d'énergie pour rien. Liam, plus habitué aux nuits blanches grâce à son métier, tenait plus le coup. Il ouvrit la porte à la place d'Albus et le guida jusqu'à sa chambre pour le laisser retomber lourdement dans ses draps. Il ne fallut pas longtemps pour que le sorcier se mette à ronfler bruyamment. Il s'approcha doucement de lui pour lui ôter ses lunettes rondes qu'il déposa sur sa table de chevet. Il prit quelques minutes, ensuite, pour le contempler. Après ces dernières semaines riches en émotion, Liam fut heureux de le voir dormir aussi sereinement. Il savait que cet instant de paix était de courte durée. Dès le lendemain, la quête du Graal reprendrait et il retrouverait Albus excité et impatient.

Bien que toujours éveillé, l'estomac de Liam criait famine. Comme toujours, il trouva le frigo vide. Avec un soupir, il referma rageusement la porte du frigo et se prépara mentalement à sortir pour acheter deux trois bricoles à grignoter. En repassant devant la chambre, il jeta encore un coup d'oeil vers le lit d'Albus. Quand il reviendrait, après avoir mangé, il pourrait venir se coucher à côté de lui, comme un véritable couple.

Un couple… Il avait encore du mal à y croire. Tout était allé très vite. Il avait encore beaucoup de mal à réaliser tout ce qu'il lui était arrivé. Hormis sa découverte du monde magique, sa relation avec Albus avait elle aussi un côté totalement surréaliste. Qui aurait cru qu'il se jetterait dans les bras d'un sorcier? Quelques mois auparavant, il se jetait sur lui le prenant pour un des hommes de Merlin qui lui pourrissait la vie. Et maintenant, il espérait…

Quoi au juste? L'amour? Que ressentait-il pour Albus Potter? Il avait encore quelques réticences à se l'avouer, comme gêné par un sentiment profond qui l'avait rebuté pendant des années. Liam n'était vraiment pas habitué à l'amour et il avait encore du mal à le discerner parmi le désir ardent que lui inspirait Albus. Pourtant, s'il n'était pas habitué à l'amour, il se disait expérimenté pour le sexe. Or, la nuit qu'il avait passée avec le jeune sorcier était loin d'une simple partie de jambes en l'air ordinaire. Les émotions qu'il avait alors ressenties étaient totalement nouvelles pour lui, puissantes et enivrantes. Il ne rêvait que d'une chose: recommencer, encore et encore, sans savoir s'il serait un jour rassasié.

Liam sortit d'un restaurant chinois avec une commande pour deux. La tête dans les nuages, il reprit le chemin de l'appartement d'Albus en rêvant à l'avenir. Il se laissa porter par ses émotions et ses fantasmes tout en essayant de les réfréner. Rien n'avait encore été dit. Bien qu'il se doutât de ce que pouvait ressentir le sorcier, il ne l'avait pas entendu tangiblement parler d'une éventuelle vie de couple. Il était beau d'espérer mais la réalité était souvent moins réjouissante. Il devait peut-être se montrer plus…

Liam stoppa dans le couloir. Dans l'obscurité, il discerna une forme étrange qui n'avait rien à faire dans un immeuble. Devant la porte d'Albus, se tenait une lionne. Outre sa présence étrange, sa consistance et sa couleur le perturbèrent. L'animal était transparent, opalescent et scintillait dans le couloir en diffusant son étrange clarté sur les murs et portes adjacentes. La lionne le fixait de ses pupilles blanches, comme si elle l'attendait. Liam reconnut immédiatement la forme d'un patronus. Mais ce n'était pas le renard qu'avait envoyé Albus.

Lorsque le policier fit un pas, serrant l'anse de son sac en plastique qui contenait les plats chinois encore chauds, la lionne ouvrit la gueule.

Ils sont là, dit une voix masculine que Liam reconnut comme celle de Scorpius. Ils vont s'en prendre à Albus. Fais attention!

Le patronus disparut dans une vapeur argentée qui stagna devant la porte d'entrée. Liam lâcha immédiatement son sac et les boîtes de nourriture s'écrasèrent sur la moquette, à ses pieds. Le policier traversa la brume et s'avança rapidement vers la porte. Celle-ci était entrouverte. Aussitôt, il retrouva ses instincts d'inspecteur. Il jeta un oeil à l'intérieur. Tout était sombre et silencieux. Il ne vit personne.

Liam poussa légèrement la porte, juste assez pour entrer. Il chercha machinalement son pistolet à sa ceinture puis se rappela qu'il l'avait rendu lorsqu'il s'était fait suspendre. Il se tourna vers le salon, la cuisine. La lumière des réverbères de l'extérieur diffusait une pâle ambiance jaunâtre dans le salon. Liam se méfia des ombres et vérifia chaque recoin, se sentant toutefois très vulnérable sans arme. Il n'y avait personne.

Dans le silence oppressant, Liam entendait sa respiration saccadée qu'il peinait à contrôler. Il s'avança vers la cuisine en longeant les murs. Il entra brusquement comme on le lui avait appris à l'école de police. Toujours rien. Il ouvrit un tiroir et en sortit le couteau le plus grand et le plus tranchant. Ce fut à cet instant précis qu'il entendit un hurlement à glacer le sang.

Ce cri de souffrance, bref et strident firent arrêter le coeur et le souffle de Liam. C'était la voix d'Albus qu'il avait entendue et elle provenait de la chambre.

La main de Liam se crispa sur sa lame. Le coeur battant à tout rompre, il sortit de la cuisine et longea le mur jusqu'à la porte de la chambre. Un nouveau cri atroce retentit. Liam se força à ne pas se précipiter dans la pièce. Il inspira puis expira profondément tout en s'approchant du chambranle de la porte. Il la poussa faiblement pour lui donner une visibilité.

La pièce était plongée dans le noir, excepté une faible lueur au centre de la pièce. Liam vit une petite silhouette assise sur le lit, sur Albus et devant eux, une plus grande. Albus hurlait toujours et gesticulait dans les draps. L'homme plus grand le maintenait couché, l'empêchant de se débattre.

— Tiens-le mieux! cria la plus petite silhouette par-dessus les hurlements d'Albus.

Liam crut d'abord à un enfant mais l'idée lui parut saugrenue. Il ouvrit la porte un peu plus et l'homme qui maintenait Albus leva la tête. Liam crut s'être fait repérer et s'apprêta à bondir dans la chambre pour agir. Mais au lieu de donner l'alerte, l'homme garda le silence et baissa la tête. Liam entra silencieusement, levant son couteau, prêt à frapper. L'homme leva encore la tête vers lui, mais ne dit toujours rien et Liam le reconnut enfin dans la pénombre. Scorpius le fixa et acquiesça légèrement. Liam comprit dans son regard que c'était lui qui avait fait apparaître le patronus pour le prévenir. Liam acquiesça en retour et s'approcha de la petite silhouette. C'était bien un enfant, qui tenait ses deux mains plaquées de part et d'autre de la tête d'Albus. Celui-ci avait les yeux révulsés et se tordait en gémissant de douleur, maintenu par Scorpius.

Liam s'avança encore, juste derrière l'enfant, concentré sur sa cible et non pas sur les cris de douleur de son amant. Alors qu'il s'apprêtait à frapper, Scorpius leva à nouveau les yeux sur lui. Ce fut la fois de trop.

— Je te vois, dit le garçon en levant la tête devant lui, croisant le regard de Liam dans le reflet de la fenêtre derrière Scorpius.

Il y eut une sorte de craquement et Liam eut juste le temps de voir la vitre de la fenêtre se fendiller en morceaux tranchants. Liam bondit en arrière tandis que la fenêtre éclatait dans un bruit d'explosion. Il se protégea le visage en rampant vers l'extérieur de la chambre alors que les éclats de verre volaient droit sur lui, balayant Scorpius sur son passage.

— SALOPERIE! hurla Liam en se protégeant du mieux qu'il put.

Lorsqu'il se releva, il vit Scorpius, qui n'avait pas une seule égratignure, saisir l'enfant à la gorge.

— Sale traître! maudit celui-ci d'une voix étranglée.

Scorpius serra plus fort avec des yeux de tueur. L'enfant émit un nouveau son étranglé et plaqua soudain ses petites mains sur les tempes du sorcier. Aussitôt, Scorpius le relâcha. Ses yeux se révulsèrent et il se tordit de douleur. Liam se remit debout, attrapant sa lame qu'il venait de lâcher. Ses pieds crissèrent sur les éclats de verre éparpillés sur le sol. Il fonça sur le gamin pour le poignarder. Mais le petit garçon relâcha Scorpius au même moment. Il fit un geste de la tête et l'armoire d'Albus glissa sur le parquet pour frapper de plein fouet Liam qui se trouva balayer en un rien de temps. Liam eut le souffle coupé par le choc. Il ressentit une profonde douleur au niveau des côtes. Il vit Scorpius s'effondra à terre, en gémissant.

Liam tenta de pousser le meuble pour se délivrer. Le garçon se leva lentement sur le lit en se massant la gorge. Il sauta à terre, délaissant Albus et Scorpius pour se concentrer sur Liam. Celui-ci avait perdu son arme qui le narguait devant lui. Mais son bras était bloqué le long de son corps et il n'arrivait pas à l'atteindre.

— Je n'ai pas senti ta présence, dit le garçon en s'avançant vers lui. C'est lui qui t'a protégé, c'est ça?

Liam ne savait pas de quoi il parlait. À vrai dire, il s'en fichait. Il essayait d'ignorer la douleur pour trouver une solution. N'importe quoi pour réussir à se dégager et à se venger sur ce petit con!

— Misérable insecte! éructa le gamin. Comment as-tu pu penser une seule seconde que tu avais une chance face à moi.

— L'insecte va te foutre une raclée maison! cracha Liam en se débattant toujours contre la pression du meuble.

Le garçon fit un geste de la main et l'armoire vola à l'autre bout de la pièce, délivrant le policier. Cependant, il n'avait plus la force de se relever. La douleur prit le dessus et il sentit tous ses membres se paralyser.

— Je vais te faire fondre la cervelle, dit encore le garçon. C'est tout ce que tu mérites pour avoir osé me faire mal.

Il s'abaissa près de Liam qui tenta de lever les bras pour le frapper. Le garçon évita ses coups lamentables. Il posa ensuite ses mains sur ses tempes comme il l'avait fait pour Albus et Scorpius. Le garçon plissa les yeux pour se concentrer et renforça de plus en plus sa prise sur Liam, sans succès.

— Qu'est-ce que…, dit-il en rouvrant les yeux, soudain horrifié.

— C'est chiant, hein? railla Liam.

Il ne lui laissa pas le temps de répondre quoi que ce soit ou de faire un autre de ces tours de magie. Liam lui saisit les poignets et lui donna un violent coup de boule. Enfant ou pas, Liam avait encore le son horrible des hurlements d'Albus. Il ne désirait qu'une chose, le faire crier à son tour. Sous le coup, le garçon s'effondra au sol dans un cri plaintif. Liam rampa jusqu'à lui, en lui saisissant ses chevilles pour tenter de l'immobiliser.

— Scorpius! Nom de Dieu! Dis-moi que t'es encore conscient! cria Liam en tirant sur les jambes du garçon.

Scorpius répondit à cet appel par un faible grognement. Il se remit debout en secouant la tête comme pour se remettre les idées en place. Liam l'appela encore et il enjamba les débris de verres et de bois pour se précipiter vers le gamin. Celui-ci avait roulé sur le ventre et peinait à s'extirper de la prise de Liam en lui assénant de violents coups de pied. Scorpius le souleva du sol en le serrant contre lui. Le garçon agitait ses bras dans le vide en hurlant. Les meubles se mirent à trembler, une lampe vola à travers la pièce et d'autres vitres explosèrent avec fracas. Un débris de bois frappa l'arrière de la tête de Scorpius qui trébucha en gémissant. Il relâcha sa prise et le gamin sauta de ses bras. Scorpius tomba à genoux devant lui et il fit voler le couteau de Liam dans sa main.

— Merlin aurait dû te tuer depuis bien longtemps, dit le garçon, les yeux exorbités par la haine et la peur.

— NON! hurla Liam en voyant l'enfant abattre le couteau dans la gorge de Scorpius.

Mais la lame ne s'enfonça pas dans sa chaire. Elle se cassa sur la peau de Scorpius qui releva soudain la tête, furieux. Scorpius le saisit par le col et avec une violence sourde, il le plaqua contre le mur d'en face. Le gamin hurla. Il leva encore ses petites mains ensanglantées sur Scorpius mais celui-ci le frappa encore et encore contre le mur, aveuglé par la rage.

— Scorpius! cria Liam en réussissant enfin à se relever. Arrête.

Scorpius n'écoutait plus. Liam se précipita sur lui et le tira en arrière en le forçant à lâcher le gamin inconscient. L'enfant s'effondra sur le sol au milieu du verre et des débris. Scorpius et Liam le contemplèrent, le souffle court.

— Il est mort? demanda Scorpius d'une voix dure.

Liam s'abaissa vers le corps du garçon et prit son pouls.

— Non. Il respire. C'est quoi ce gosse? s'écria-t'il un peu sous le choc.

— Un des monstres de Merlin.

Liam leva les yeux vers Scorpius. Il fut surpris de constater que le sorcier ne tremblait pas alors qu'il était sur le point de tuer un enfant. Ses yeux bleus, froids et meurtriers, fixaient le petit corps avec l'envie évidente de finir le travail.

— C'est bon, Scorpius. C'est fini, dit Liam en espérant le calmer.

Scorpius se détourna de la scène en passant une main dans ses cheveux. Le regard de Liam tomba ensuite sur le corps d'Albus toujours allongé sur le lit, immobile.

— Albus…

Il glissa un peu sur le verre et les débris en se précipitant sur le lit. Liam prit son pouls à lui aussi. Il respirait encore, faiblement.

— Albus... , appela-t'il faiblement. Je t'en prie. Albus! ALBUS!

Albus cligna des yeux en gémissant. Il les ouvrit enfin, l'air un peu perdu.

— Liam…, dit-il d'une voix faible. Qu'est-ce qu'il s'est passé?

— Oh… Merci mon Dieu…, gémit Liam en le serrant contre lui. J'ai eu tellement peur.

Par-dessus l'épaule de Liam, dans un décor un peu flou sans ses lunettes, Albus contempla le désastre. Il vit Scorpius assis par terre, la tête entre les genoux. Puis, il vit l'enfant, toujours allongé au milieu des débris de l'armoire fracassée.

— Quelqu'un peut m'expliquer?

OoO

— Je suis désolé…

Albus était assis à la table à manger, se remettant péniblement de ses émotions. Y voyant plus clair avec les explications de Liam ainsi que de ses lunettes sur son nez, il avait cependant encore du mal à reprendre ses esprits. Le fameux Tristan avait pénétré son esprit avec une puissance incroyable malgré ses entraînements à l'occlumancie. Même une heure après l'effraction de son esprit, il avait encore un sérieux mal de crâne jusqu'à la racine de ses cheveux. Il était toutefois moins à plaindre que Liam et Scorpius. Liam avait un énorme hématome sur son flanc et Scorpius s'était retranché dans un mutisme inquiétant qu'il n'avait brisé qu'avec ces trois pitoyables mots d'excuse.

— Je n'avais pas le choix, dit-il encore.

— Je sais, répondit Albus en masquant la lumière du plafonnier qui le faisait grimacer de douleur.

Liam était parti rassurer les voisins après le chaos qu'ils avaient dû percevoir chez leurs voisins. Son aura de flics avait ainsi pu empêcher les moldus d'appeler la police et ainsi prévenir des questions gênantes. Il ne savait pas quelle excuse il avait trouvée pour expliquer les hurlements et les bruits d'explosions et de gravats mais lorsqu'il revint, il semblait plutôt confiant. Liam et Scorpius avait attaché le garçon solidement à une chaise. Ses bras immobilisés, il ne risquait plus de faire voler des objets ou de faire fondre la cervelle de qui que ce soit. Il était d'ailleurs toujours inconscient.

— Donc, Merlin a envoyé ce...gamin et toi pour me tuer…

Scorpius ne répondit pas. Il baissa la tête, comme par honte, le teint pâle. Liam sortit de la cuisine, une poche de glace contre son abdomen. Il avait l'air épuisé.

— Je suis désolé de ne pas pouvoir te soigner avec la magie, dit Albus en se tournant vers lui.

— Ça, je m'en fiche. Ce que je veux savoir, par contre, c'est pourquoi ce gosse psychopathe et ton meilleur ami ont essayé de te tuer.

Au ton sarcastique de Liam, Scorpius leva la tête vers lui. En plus de la glace, Liam avait sorti une bière du frigo qu'il buvait à même le goulot.

— Je n'allais pas le tuer! rétorqua Scorpius, passablement énervé. Tu me prends pour qui?

— Pour un tueur…

Scorpius se releva de sa chaise, en serrant les poings.

— Wow! s'écria Albus. Du calme, vous deux! Nous savons que Scorpius est un espion! Pas vrai, Liam? Je suis la principale victime et j'ai totalement confiance en lui. C'est clair? Le plus important c'est de savoir pourquoi Merlin voulait ma peau!

Liam but une gorgée en haussant les épaules et Scorpius se rassit en fulminant de plus belle.

— Scorpius?

— Ils savent que tu es allé à Poudlard et Merlin a demandé à Tristan de découvrir ce que tu avais trouvé là-bas.

Malgré son mal de crâne, les méninges d'Albus s'activèrent. Une foule de questions lui vinrent, accompagnées par la peur. Il avait un souvenir vivace de ce qu'il avait déchiffré sur les murs de l'antichambre de la source de Poudlard. Tout était encore flou, comme presque effacé. Les vers des chansons se mélangeaient dans sa tête dans une cacophonie rythmée étrange. En réussissant à se concentrer, il se souvint de l'héritière de Gryffondor, de son importance et de son identité.

— Il voulait... , commença Albus en levant les yeux vers Scorpius, encore très pâle.

Il s'interrompit. Il avait été sur le point de briser son serment. Il l'avait oublié un court instant. Albus se tut, fébrile, terrifié d'avoir frôlé une nouvelle fois la mort en une soirée et la dernière par simple inadvertance. Liam comprit le trouble d'Albus. Il but encore une gorgée de sa bière fraîche puis il prit le relai en poussant un profond soupir.

Il lui fit un résumé des derniers évènements depuis sa dernière visite chez Albus. Celui-ci se rappela, malgré la douleur, que la dernière fois qu'il avait vu Scorpius s'était avant la mort de James. Il trouvait cela très étrange de le revoir en pareilles circonstances, alors qu'il faisait semblant de s'en prendre à lui. À présent, Scorpius écoutait attentivement le récit de Liam du passage d'Albus dans le cerveau de Merlin.

— Le Saint-Graal... , répéta Scorpius. Un des mecs de Merlin m'en a parlé. C'est la source primale c'est ça? C'est pour ça qu'on nous a envoyés te tuer. Merlin sait que tu cherches le Graal.

— Je me demande bien comment! répliqua Liam.

— Lui aussi cherche le Saint-Graal, soupira Albus.

Cette vérité avait jailli dans son esprit. Il avait cependant cette impression d'avoir su pourquoi. Pourquoi Merlin cherchait le Saint-Graal, la source de Merlin… Il l'avait su. Il en était sûr. Mais...à chaque fois qu'il se concentrait pour s'en souvenir, il ne trouvait que du vide. L'idée lui échappait comme le vent entre ses doigts et sa migraine devenait plus intense. C'était le petit qui lui avait fait ça, avec ses pouvoirs télépathiques. Il lui avait pris quelque chose.

— Je t'ai expliqué pourquoi il cherchait le Graal? demanda Albus à Liam.

— À moi, il me l'a expliqué, répondit Scorpius en se tournant vers Albus. Enfin… l'un de ses bras droits. Merlin est en train de réunir une armée.

— Ça, on le savait déjà, fit remarquer Liam.

— Non… La dernière fois, je vous avais parlé d'une centaine de gars qui avait réussi à plonger dans la source. Là, je vous parle d'une véritable armée de millier de personnes. Merlin veut trouver le Graal pour renforcer les pouvoirs de son armée. Il veut renverser le monde magique et celui des moldus.

Un lourd silence suivit les révélations de Scorpius. Le moldu et le sorcier se dévisagèrent, visiblement effrayé. Leurs deux mondes étaient en danger, sous la menace de types comme ce gosse attaché devant eux, qui avait failli les faire tuer tous les trois.

— Il veut rendre son armée de débiles aussi puissants que ce gamin? comprit Liam en désignant Tristan qui dormait encore.

— Et encore, soupira Scorpius, je doute que Tristan soit l'un des plus forts du groupe.

— Génial…

— Si Merlin cherche le Graal et qu'il a tenté de m'attaquer, ça veut dire qu'il ne l'a pas encore trouvé. Ça veut dire aussi…

Les regards d'Albus et de Liam se croisèrent et le policier acquiesça lentement.

— Vous pouvez m'expliquer? s'énerva Scorpius.

— Albus a découvert que pour trouver le Graal, il faut résoudre l'énigme de Merlin.

— C'est quoi cette énigme?

— Il y a une salle spéciale au Département des... Mystères, c'est ça? Bref, c'est une salle où pas mal de langues-de-plombs cherchent à élucider l'énigme de Merlin. C'est une sorte de stèle où est gravée une série de lettres. Sauf qu'il y a trois parties en tout qu'il faut assembler pour obtenir la réponse.

— Donc la première partie est dans cette salle au ministère, d'accord, comprit Scorpius avec impatience. Et je suppose que l'une de ces parties était à Poudlard.

— C'est plus compliqué que cela…, soupira Liam en vidant sa bière d'une traite.

Il partit dans la cuisine et revint avec deux autres bières ouvertes. Il en fit glisser une dans la direction de Scorpius.

— Donc on a celle du Ministère dans la salle de l'énigme de Merlin mais ce n'est pas la seule partie à se retrouver au Département des Mystères. Il y a une salle scellée depuis des siècles et qui contiendrait apparemment la source du Ministère.

— C'est ça le Saint-Graal? demanda Scorpius, un peu perdu.

— Non! gémit Albus, vaincu par sa migraine.

— Oui, comprit Liam. Le Saint-Graal est perdu depuis longtemps. La source du Ministère est une simple source. Enfin… Pas si simple que cela. Le portrait du vieux directeur nous a expliqué qu'elle est artificielle contrairement à celle de Poudlard et de la Grotte de Merlin. C'est devenu la plus importante et puissante d'Angleterre après le Saint-Graal du coup. À en croire le tableau… la source du Ministère alimente la plupart des petites sources sur le territoire. Et une portion de lettre y est cachée aussi! Le directeur l'avait visité dans le passé et il a pu nous donner la série de lettres.

— Attends… Tu parles de qui? C'est qui ce tableau?

— Dum...ble...dore…, gémit encore Albus.

Scorpius écarquilla légèrement les yeux, impressionnés.

— Donc…, reprit-il après un silence méditatif. Le premier fragment est dans la salle du Ministère pour l'énigme de Merlin…

— Et qui se trouvait, avant, dans la grotte de Merlin.

— Le deuxième se trouve dans la pièce scellée qui se trouve aussi au Ministère et qui contient aussi une source très puissante mais qui n'a rien à voir avec le Saint-Graal…,, résuma Scorpius en haussant un sourcil sceptique.

— Voilà!

— C'est pas simple... , dit Scorpius.

Albus soupira en se prenant la tête entre ses mains. Il avait de plus en plus mal et écouter ces deux idiots résumés des informations qui lui revenaient avec force dans son esprit, n'arrangeait pas son mal.

— Et la troisième partie est à Poudlard? demanda Scorpius.

— Pas exactement, répondit Liam. On est bien allé à Poudlard pour le trouver mais on a plutôt découvert qui l'avait.

— Qui?

— L'héritier de Gryffondor.

Scorpius se tourna vers Albus en fronçant les sourcils.

— Ou du moins, je devrais plutôt dire...l'héritière de Gryffondor.

Le visage de Scorpius s'éclaira soudain et il se releva d'un bond, pâle comme un linge.

— Rose! s'exclama-t'il, d'une voix tremblante. Ce n'est pas possible!

— Il faut... , articula Albus en inspirant profondément. Il faut qu'on découvre ce qu'il a trouvé dans ma tête!

Les trois hommes se tournèrent vers Tristan qui n'avait toujours pas repris conscience.

OoO

Scorpius se tenait en face de Tristan, serrant dans sa main droite la baguette que lui avait confiée Harry Potter. Albus avait été très surpris de le voir sortir l'objet magique car il savait pertinemment que les anciens détenus d'Azkaban n'avaient l'autorisation de recevoir une nouvelle baguette seulement après avoir passé un certain temps de conditionnelle. Scorpius lui avait révélé alors que cette baguette lui avait été donnée par son père lui-même et que c'était celle qu'il avait jadis arraché des mains de son propre père, devenant ainsi le réel propriétaire de la baguette de Sureau.

— Tu crois que tu pourras jeter le sort? questionna Albus qui demeurait dans l'ombre et la fraîcheur de la cuisine.

— Je suis meilleur que toi en legilimancie.

— Oui mais ça fait longtemps que tu n'as pas utilisé une baguette.

Scorpius lui lança un regard vexé puis détendit ses épaules.

— Ça sert à quoi la legilimancie? demanda Liam qui observait tour à tour Tristan et Scorpius.

— À pénétrer dans l'esprit de quelqu'un, expliqua Albus.

— Comme un télépathe?

Scorpius réfléchit en faisant la moue. Albus haussa les épaules. Son ami sorcier était toujours fasciné par la vision des moldus sur le monde de la sorcellerie. Une vision beaucoup plus intrusive et malsaine.

— Il vaudrait pas mieux le réveiller? demanda encore Liam.

— Non, répondit Scorpius. Cela marchera mieux s'il est endormi. C'est comme entrer dans l'esprit de quelqu'un qui est en plein rêve. Il n'y a aucune protection.

— Très bien... , dit Liam un peu sceptique et perdu.

Scorpius contempla le gamin endormi, toujours ligoté sur l'une des chaises d'Albus. Il avait l'air si vulnérable et innocent. Sa tête était baissée sur son petit torse et ses cheveux plats, raides et bruns lui tombaient dans les yeux. Il avait du mal à associer cet enfant au chaos qu'il avait déclenché dans la chambre. Ce gosse n'était pas n'importe qui.

— Qu'est-ce que je cherche? demanda Scorpius en se concentrant.

— Essaie de savoir ce qu'il m'a volé, dit Albus.

— Et si tu sais en savoir plus sur les plans de Merlin…, ajouta Liam.

— C'est parti…

Scorpius leva sa baguette vers Tristan. Il concentra sa magie sur son sort et prononça la formule.

Legilimens!

Dès qu'il pénétra l'esprit de Tristan, Scorpius comprit qu'il y avait un problème. Se trouver dans la tête de ce gamin méprisable, c'était passer cinquante ans à Azkaban. Scorpius fut immédiatement emporté dans un tourbillon d'images et de sensations étranges, lugubres et terrifiantes. Il avait la sensation de capter des milliards de voix d'humains en même temps qui lui hurlaient tous une chose différente. Tristan avait beau avoir l'apparence d'un gamin de dix ans, il n'en avait pas l'esprit. Loin de l'innocence et de la naïveté des enfants de son âge, Tristan avait accumulé les voix captées dans chaque esprit qu'il avait sondé grâce à son pouvoir. Il avait la mentalité d'un centenaire, froid et distant, sondant le monde avec dédain.

Heureusement, Scorpius pouvait compter sur ses propres capacités de protection. Il rejeta en bloc les voix qui essayaient de le déchiqueter en lui faisant frôler la folie. Il tenta de retrouver de la stabilité et de figer les images qui tourbillonnaient autour de lui.

Figer les images pour en saisir leur sens fut plus compliqué qu'avec tout autre esprit. Même endormi, Tristan avait une force mentale remarquable, hors norme et terriblement puissante. Chaque effort de concentration de Scorpius pour se prémunir des attaques inconscientes de sa victime et pour réussir à comprendre ses souvenirs volants, lui procurait une douleur insoutenable. Plusieurs fois, Scorpius fut tenté d'abandonner, de sortir de son esprit, tant il souffrait.

Il capta une série de lettres dans une salle remplie de gens. Il vit aussi une autre série de lettres dans un décor terriblement blanc. Lorsqu'il voulut se concentrer sur ce souvenir en particulier pour discerner les deux silhouettes devant lui, Scorpius ressentit une vive douleur. Mais il tint bon, encore et encore, puisant dans ses dernières ressources pour arracher un unique dernier souvenir, clair et précis.

Il trouva curieux de contempler à travers les yeux de Tristan, le décor du bureau de la vieille directrice de Poudlard. Il mit quelques secondes pour comprendre qu'il ne s'agissait, en réalité, pas d'un des souvenirs de Tristan mais bien d'Albus, celui qu'il lui avait volé tandis qu'il le torturait dans sa chambre. Il s'entendit parler d'une voix claire et distincte sans reconnaître sa voix. C'était celle d'Albus.

J'ai compris que ce texte parlait de Godric Gryffondor et qu'il a reçu l'un des trois fragments de l'énigme à protéger. Mais Godric Gryffondor n'a pas d'héritier connu…

Si.

Scorpius tourna la tête. Liam se tourna vers lui. L'image se brouilla légèrement où il capta brièvement le sourire amusé de Dumbledore, dans son cadre.

Tu sais qui est l'héritier de Gryffondor?

Oui, c'est celui qui reçoit l'épée…

Rose…

L'image se figea soudain sur un bref souvenir de Rose, choquée, tenant fermement l'épée de Godric Gryffondor dans ses mains, tachée du sang du Basilic encore frais. Scorpius sentit une vive douleur parcourir tout son corps. Il laissa échapper un long cri plaintif. Il s'accrocha encore, désespérément, au souvenir de Rose, dans l'espoir d'en voir plus mais l'esprit de Tristan qui commençait à repérer son intrusion, mettait tout en oeuvre pour le rejeter avec force. Scorpius n'eut d'autre chose que de lâcher prise.

Il reprit conscience, dans la salle à manger, sous les regards curieux de Liam et Albus. Une fois dehors, encore secoué par l'intense douleur ressentie dans l'esprit de Tristan, les jambes de Scorpius se dérobèrent sous son poids et il tomba lourdement à genoux devant l'enfant attaché et toujours inconscient.

— Il est trop fort! gémit Scorpius en essayant de chasser la douleur irréelle qui irradiait encore dans sa chaire.

— Même assommé?! s'étonna Albus, impressionné malgré lui.

— Alors? Tu as trouvé quelque chose? demanda Liam.

Scorpius prit deux minutes pour calmer la douleur et les battements de son coeur. Il se releva enfin et secoua la tête, l'air désolé.

— Merlin possède déjà les deux premières séries de lettres. Il ne lui manque plus que celle de Poudlard.

— Comment? s'exclama Albus, choqué.

— Je n'en sais rien. Quand j'ai essayé de clarifier les souvenirs dans sa tête, il m'a rejeté en bloc. Par contre ce petit merdeux t'a bien arraché un souvenir.

— Lequel?

— Il a trouvé que Rose est l'héritière de Gryffondor et qu'elle possède les dernières lettres de Poudlard.

— Ils vont s'en prendre à elle, souffla Albus.

— Qu'est-ce qu'on fait? demanda Liam en désignant Tristan.

Scorpius fit rouler sa baguette entre ses doigts, tout en contemplant son soi-disant collègue. La peur qu'il avait ressentie dans sa tête fit écho à celle qu'il avait éprouvée en pénétrant dans l'appartement d'Albus avec cette crainte de devoir le tuer ou le voir se faire tuer. Toute cette terreur s'était muée en haine sourde lorsqu'il avait eu enfin le dessus sur le gamin. Cette colère l'avait aveuglé et si Liam ne l'avait pas arrêté à temps, il l'aurait sans doute tué sans le moindre remords. Cette envie revenait parce qu'il avait peur. Il avait peur de laisser Tristan en vie. Il avait peur qu'il désigne Rose comme cible, qu'il s'en prenne à une autre personne qui lui était chère. En craignant toutes ces possibilités, une rage sourde montait dans ses veines.

— Il faut le tuer, lâcha-t'il.

— T'es malade! rétorqua Liam. Ce n'est qu'un gosse!

— Ce n'est pas un gosse ordinaire. Crois-moi, j'ai été dans sa tête. C'est une ordure qui ne ressent aucune empathie. Ce n'est pas un enfant. Ce n'est même plus un humain.

— On ne peut pas le tuer, intervint Albus en s'approchant d'eux. Je ne suis pas sûr que tu réussisses à te faire passer pour un parfait petit adhérant au club de Merlin si tu reviens sans lui.

— Je suis prêt à courir le risque, répondit Scorpius en serrant les dents.

— Je refuse de tuer un gamin, dit Liam. Même si c'est un psychopathe.

— Personne ne va le tuer! trancha sèchement Albus. Le mieux à faire est de l'oublietter.

Scorpius se tourna vers lui avec l'envie de le frapper. Il ne savait pas d'où lui venait ce brusque élan. Il se sentait en colère, effrayé et avait du mal à calmer ces émotions qui prenaient le pas sur sa raison. Avec un effort surhumain, il serra les poings en prenant une grande inspiration.

— Je ne suis pas sûr que cela marche, Al.

Son ami le dévisagea sans comprendre. Il le connaissait suffisamment bien pour capter l'agressivité dans sa voix.

— On doit essayer, assura Albus. Si on s'y met à deux on peut réussir à lui faire oublier cette soirée et même peut-être à lui faire croire qu'il a échoué et que tu lui as sauvé la vie.

— Oublietté…, répéta Liam pensif. C'est ce que l'autre roux a essayé de me faire…

— L'autre roux? demanda Albus. C'est qui ce roux?

— Ça sert à effacer la mémoire, expliqua Scorpius avec humeur.

— Oui, ça j'avais compris! persifla Liam en s'avançant vers lui.

La tension montait et la colère de Scorpius aussi. Il avait beau essayé de se calmer, il ressentait toujours cette envie curieuse d'attaquer Liam et Albus. Il ne comprenait pas pourquoi. C'était comme s'il possédait les désirs de quelqu'un d'autre. Liam le fusillait du regard, prêt à agir et Albus observait les deux hommes, complètement perdus.

Leur attention fut soudain attirée par une forme fantomatique qui apparut au beau milieu du salon d'Albus. Les trois hommes se retournèrent aussitôt. Scorpius et Albus levèrent leur baguette tandis que Liam se saisit de sa bouteille de bière vide, prêt à la balancer sur l'intrus.

— Attendez! s'exclama Albus en posant sa main sur le bras de Liam. C'est Lily!

Scorpius baissa sa baguette en reconnaissant le patronus de Lily Potter. Un grand papillon argenté voletait dans la pièce en laissant une traînée blanche dans son sillage. Il vola jusqu'à Albus et se posa dans sa main tendue.

" Viens vite! dit la voix de Lily à travers le papillon qui battait encore des ailes. Rose est à Saint-Mangouste. Arthur a essayé de la tuer."