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LES REGRETS D'ALBUS
Scorpius portait le petit Tristan dans ses bras. Il avait transplané depuis l'appartement d'Albus et s'était directement rendu devant le bar de Merlin. Tristan était toujours inconscient et sa petite poitrine se soulevait à un rythme régulier. Scorpius se tint immobile devant la façade du bistrot. Il contempla le visage si angélique du monstre qui avait tenté de les tuer quelques heures plus tôt. Sa violente colère s'était calmée mais à présent, il sondait le garçon, hésitant à en finir. Il serait si simple de lui briser la nuque. Si facile…
Mais Scorpius avait promis à Albus de ne rien faire. De s'en tenir au plan. À deux, munis de leurs baguettes, ils avaient déployé des efforts inimaginables pour enlever les souvenirs compromettant dans sa tête. Détruire était plus facile que de créer. Ils finirent toutefois par réussir à lui faire croire qu'Albus s'était défendu et les avait vaincus.
Scorpius leva la tête, s'arrachant à ses pulsions meurtrières. Il voulait en finir vite. Le message de Lily résonnait encore dans sa tête. Alors qu'il avait quitté Albus et Liam, les deux hommes étant sur le point de se rendre à Saint-Mangouste pour voir Rose, Scorpius s'était forcé à ramener Tristan à Merlin pour s'assurer que tout se passerait selon ce qu'ils avaient prévu. En réalité, il ne désirait qu'une chose: laisser choir ce morveux et transplaner directement à l'hôpital pour retrouver la femme qu'il aimait.
Curieusement la porte n'était pas fermée. Lorsqu'il entra, il trouva Merlin derrière son comptoir, astiquant la surface de bois poli avec application. Il n'était pas seul. Galaad était assis sur l'un des tabourets, un verre de whisky posé devant lui. Les deux hommes se tournèrent vers Scorpius qui garda le silence en déposant le corps de Tristan sur le comptoir.
Galaad posa sa main sur le torse du garçon puis leva les yeux vers son maître.
— Il est vivant.
— Que s'est-il passé? demanda Merlin en se tournant vers Scorpius.
— Albus s'est bien défendu, répondit Scorpius avec sarcasme.
Merlin le dévisagea longuement, comme sur le point de lui dire quelque chose. Scorpius activa son bouclier faire taire sa peur. Il toisa Merlin avec cette expression qui signifiait: "Vous vous attendiez à quoi?"
— Réveille-le, ordonna-t'il à Galaad.
Le croque-mort posa sa main sur les yeux de l'enfant. Scorpius observa le manège et vit les doigts de Tristan s'agiter soudain. Après quelques minutes, l'enfant se releva d'un bond, l'air un peu perdu. En croisant son regard froid et menaçant, Scorpius retint son souffle. C'était le moment de vérité. Avaient-ils réussi à lui faire oublier complètement? À voir son air agité et son incompréhension, Scorpius se rassura un peu. Il s'écarta pourtant d'un bon pas, sa main serrée sur sa baguette, prêt à se défendre en cas de besoin.
Merlin posa une main rassurante sur l'épaule de Tristan et le garçon se calma un peu. Il semblait reconnaître son maître et le respect qu'il ressentait pour lui.
— Calme-toi, mon garçon. Explique-nous ce qui s'est passé.
Tristan se tourna vivement vers Scorpius en écarquillant les yeux. Celui-ci le dévisagea, essayant de déchiffrer ce qui pouvait bien lui passer par la tête. Il vit le garçon battre des cils, pincer les lèvres et ses traits se crisper sous l'effort d'une concentration intense.
— Nous étions devant la porte de l'appartement, articula Tristan, le regard perdu dans le vide et dans celui de ses faux souvenirs. Albus Potter était seul et endormi dans sa chambre. Nous sommes entrés à deux…, dit-il en lançant un regard à Scorpius. Il était couché dans son lit. Je l'ai touché directement dans son sommeil… Scorpius le tenait… Et puis…
Il s'interrompit en fronçant les sourcils. Scorpius retint son souffle en fixant intensément Tristan qui semblait rassembler ses idées. C'était à ce moment-là qu'Albus et lui avaient modifié ses souvenirs. C'était maintenant que Tristan devait réciter le scénario inventé par Liam.
Tristan ouvrit la bouche et Scorpius fit un autre pas en arrière, en cachant sa baguette dans son dos.
— Potter était plus fort que je ne l'ai cru, récita Tristan, le regard dans le vague. Il m'a repoussé dans son esprit et il s'est réveillé. Il avait encore sa baguette dans sa poche et il m'a jeté un sort qui m'a fait voler à travers la pièce. J'ai été surpris…, dit Tristan en se tournant vers Merlin, l'air penaud. J'ai perdu connaissance juste après. Je suis désolé.
Scorpius se détendit. Cela avait marché. Tristan venait de répéter l'entièreté du scénario inclu dans sa mémoire sans hésitation. Le sorcier rangea discrètement sa baguette dans sa poche et croisa les bras sur sa poitrine en prenant le même air désolé que le petit garçon.
— Incapable! lâcha Galaad sur un ton cruel.
— Qu'est-il arrivé ensuite? Tu as réussi à le tuer? demanda Merlin à Scorpius.
— J'ai estimé qu'il était plus important de protéger Tristan plutôt que de tuer la cible qui possédait les informations que vous recherchiez... , répliqua Scorpius.
Merlin et Galaad le dévisagèrent un moment. Galaad semblait sceptique mais Scorpius n'aurait su dire si c'était de la méfiance ou de la jalousie d'avoir reçu cette mission. Merlin, quant à lui, acquiesça.
— Tu as bien fait. Tristan est plus précieux que le fils Potter pour l'instant. As-tu réussi à découvrir ce que je t'ai demandé?
Grâce aux informations de Liam et d'Albus, Scorpius comprit immédiatement que Merlin parlait des lettres qui devaient se trouver à Poudlard. Celles qu'ils recherchaient désespérément, les dernières qui lui manquaient.
— Non, répondit Tristan après avoir réfléchi un moment.
Scorpius soupira. Cela pouvait passer pour de la déception mais dans sa tête, c'était plutôt du contentement. Ils avaient réussi…
— Mais je sais qui les a en sa possession, ajouta Tristan avec un sourire mauvais.
Le sorcier se raidit. Merlin sourit à son tour, une lueur d'impatience et de joie dans ses yeux clairs.
— Qui? demanda-t'il.
— La cousine d'Albus Potter. Rose Weasley!
OoO
Rose battit des paupières après un long cauchemar.
La première chose qu'elle vit, fut une étincelante lumière blanche. Son esprit engourdi la baignait dans la douce torpeur de l'oubli. Mais au fil des minutes, sa vision se fit plus nette et au fur et à mesure qu'elle faisait le point en découvrant les lieux où elle s'était éveillée, tout lui revint, avec en même temps la douleur physique.
Rose poussa un gémissement. Elle essaya de bouger mais chaque mouvement lui arrachait une grimace de douleur. Elle secoua la tête, hantée par le visage enragé d'Arthur qui l'étranglait avec force. Elle avait encore le goût du sang dans sa bouche et la peur qui l'avait saisie tandis qu'elle croyait mourir. Ses yeux passèrent du drap blanc posé sur elle, aux bandages sur ses bras. Elle balaya le mur blanc devant elle et les carreaux noirs du sol. Rose était perdue. Elle ne savait pas où elle était et elle se mit à s'agiter nerveusement dans son lit. Soudain, une main se posa sur son bras couvert d'ecchymose. Rose poussa un cri d'horreur, persuadé qu'Arthur venait finir le travail.
— Doucement, Rose! l'appela une voix féminine. C'est moi. C'est Lily.
Rose prit un peu de temps pour calmer la terreur qui l'avait envahie et pour reconnaître sa cousine. Elle contempla, sans comprendre, les grands yeux marron de Lily qui la dévisageait avec inquiétude. Ses longs cheveux roux étaient défaits et lui tombaient sur ses épaules. Elle contemplait Rose, le regard voilé par les larmes qu'elle peinait à contenir.
— Tu es à Sainte-Mangouste. Tout va bien.
— Arthur…, articula Rose avec difficulté. Il veut me tuer…
— On sait, la rassura Lily. Tu n'as plus rien à craindre. Il est mort. Il ne te fera plus de mal…
Les lèvres de Lily se mirent à trembler et elle fut incapable de réprimer plus longtemps ses pleurs. Lily fondit en larmes et prit Rose dans ses bras. Malgré la douleur de cette étreinte, Rose accueillit sa cousine contre elle et la serra en profitant de sa chaleur réconfortante.
Plus tard, une guérisseuse vint lui apporter une potion. Le liquide était infect mais plus elle buvait, et plus la douleur diminuait. La portion vidée, Rose se laissa retomber dans ses oreillers et écouta Lily lui raconter comment elle avait fini à Saint-Mangouste.
Après avoir tué Arthur, Rose avait fini par perdre connaissance. Elle avait passé trois heures dans les vapes avant que son père ne se présente à son domicile. Apparemment, il s'était inquiété après la visite d'Albus qui était venu la voir chez ses parents sans pouvoir en expliquer la raison. N'écoutant que son instinct paternel très protecteur, Ron avait transplané directement chez Rose et Arthur et avait découvert le désastre. En se concentrant sur ses souvenirs épars, Rose se souvint d'avoir entendu un hurlement et des mains qui la saisirent pour tenter de la soulever. Elle avait perdu connaissance à nouveau, vaincue par la douleur.
— Tes parents sont dans le couloir, l'informa Lily. Ils discutent avec le médicomage qui s'occupe de toi. Tu as trois côtes cassées, le pied dans un sale état et une vilaine bosse sur la tête. Sans parler de tout le sang que tu as perdu.
En entendant sa cousine lui parler de ses blessures, Rose se souvint de son état. Elle écarquilla les yeux, saisie par une peur sourde. Elle se redressa dans son lit et se tourna vers sa cousine, pâle comme la mort.
— Mon…
Elle fut interrompue par la porte qui s'ouvrit brusquement. Les deux femmes se tournèrent vers les nouveaux venus. Albus entra précipitamment, l'air inquiet et la mine défaite. Il était accompagné d'un homme que Rose ne connaissait pas. Celui-ci contemplait la pièce d'un air intrigué. Même assaillie par la fatigue, Rose remarqua qu'il était beau et vêtu comme un moldu. Il ne quittait pas d'Albus d'une semelle et ses yeux bleus perçant, se posaient un peu partout comme s'il assimilait chaque détail de son nouvel environnement.
Albus s'approcha du lit.
— J'ai reçu ton message, dit-il à Lily qui lui sourit faiblement.
— Tu en as mis du temps, commenta sa soeur en faisant la moue.
— C'est parce que…
Albus désigna l'homme qui l'avait suivi et celui-ci le fusilla du regard.
— Comment tu te sens? demanda-t'il à Rose.
— Il faut que je sache si…, commença Rose.
— C'est qui? l'interrompit Lily en désignant l'inconnu.
L'homme se tourna vers Lily, l'air gêné. Albus dévisagea sa soeur puis Liam. Rose se fichait de savoir qui était l'inconnu qui avait débarqué dans sa chambre. Elle était trop épuisée pour se poser ce genre de questions. Elle voulait seulement savoir si elle n'avait pas perdu son bébé, tout en redoutant le moment où elle le révélerait à sa famille.
— C'est…, dit Albus tout aussi gêné que son compagnon.
— Liam Jones, se présenta-t'il. Désolé de m'incruster dans votre petite réunion de famille. C'est juste que… Albus a besoin de moi pour…
— C'est mon copain, révéla Albus.
Liam dévisagea Albus, surpris. Les deux hommes se sourirent et Lily plaqua ses mains sur sa bouche pour réfréner un cri de joie. Elle se leva de sa chaise et se jeta au cou de Liam qui étouffa un grognement de surprise lorsque la petite rousse le serra dans ses bras.
— Je suis si contente! s'exclama Lily, ravie. En plus, il est tellement beau!
— Merci…, dit Liam un peu sonné.
— T'as intérêt à bien traiter mon frère, ajouta Lily en prenant soudain un air sérieux qui ne lui allait pas du tout. Sinon, t'auras affaire à moi!
Liam la contempla de la tête au bien en se demandant comment une jeune femme aussi frêle pouvait songer à avoir le dessus sur lui. Albus, bien qu'amusé, semblait partager ce sentiment.
— Tu auras du mal avec lui, dit-il à sa soeur. La magie n'a aucun effet sur lui.
— Quoi? s'exclama Lily.
— C'est d'ailleurs pour ça que je l'ai emmené. Rose, il faut que je te demande quelque chose. C'est très important…
Des éclats de voix s'élevèrent soudain derrière la porte. Albus, Lily et Liam se retournèrent dans un même mouvement. Rose perçut des insultes et des cris stridents. Elle reconnut la voix de son père.
— SI TU T'APPROCHES DE MA FILLE, JE TE JETTE UN SORT, MALE…
Ils perçurent d'autres cris puis Rose entendit son père lancer un Stupefix. La jeune femme se redressa un peu dans son lit, inquiète. Il eut un silence puis le bruit d'un choc sourd.
— Qu'est-ce qui se passe…? murmura Lily en sortant sa baguette.
Soudain, la porte s'ouvrit à nouveau dans un grand choc. Scorpius entra dans la pièce à grandes enjambées. Il croisa le regard d'Albus, de Liam puis celui de Lily. Celle-ci ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais n'en eut pas le temps. Scorpius marcha directement vers le lit et souleva légèrement Rose pour la prendre dans ses bras. Il la serra de toutes ses forces et Rose ressentit toute sa peur et sa colère, pressée contre sa poitrine dont elle percevait les battements de son coeur effrénés.
Depuis qu'elle s'était réveillée, la panique de son agression ne l'avait pas quittée. Mais une fois dans les bras de Scorpius, Rose se sentit enfin véritablement en sécurité. Elle s'accrocha à la veste du blond qui tremblait légèrement entre ses bras. Rose s'autorisa enfin à lâcher prise et elle fondit enfin en larmes contre l'épaule de son amant.
— Je suis venu dès que j'ai pu…, murmura-t'il.
Elle pleura encore, ne pouvant plus s'arrêter. Les autres occupants de la pièce se turent, contemplant le couple entrelacé. À travers ses larmes, Rose vit son père et sa mère entrer à leur tour dans la chambre. La joue de son père avait gonflé et son arcade sourcilière saignait. Hermione avait les larmes aux yeux en observant sa fille dans les bras de Scorpius.
Il s'écarta légèrement pour contempler son visage. Rose et Scorpius se fixèrent et elle put entrapercevoir toute l'inquiétude, la peur et l'amour qu'il éprouvait pour elle. Il lui caressa la joue baignée de larmes et Rose s'accrochait à sa nuque, incapable de le laisser s'éloigner d'elle. Il l'embrassa doucement pour ne pas lui faire mal et Rose calma sa respiration dans ce baiser qui lui redonna de la force, bien plus que la potion qu'on lui avait apporté un peu plus tôt.
Avec Scorpius à ses côtés, elle n'avait plus peur et trouva le courage de le lui annoncer.
— Je suis enceinte.
OoO
Un silence de plomb avait suivi la déclaration de Rose.
Scorpius se redressa légèrement, donnant l'impression d'avoir reçu un violent coup sur la tête. Lily aspira l'air bruyamment et Hermione dévisagea sa fille, choquée. Les réactions les plus violentes furent celles de son père et d'Albus. Ron devint blême et même à quelques mètres de lui, Rose pouvait sentir sa fureur monter. Quant à Albus, il s'effondra sur lui-même et Liam dut le rattraper pour qu'il ne se vautre pas par terre.
— Quoi?! s'écria Ron dont le teint était passé de blanc à rouge en une seconde.
— Rosie…
Hermione fut la première à bouger. Elle s'approcha de sa fille et lui prit la main en signe de soutien.
— Il faut que je sache s'il va bien, dit Rose d'une voix étranglée par l'émotion.
— Je m'en occupe, acquiesça Hermione.
Elle se pencha sur sa fille et lui embrassa tendrement le front. Puis, elle sourit faiblement à Scorpius.
— Mais de qui es-tu enceinte? rugit Ron en s'approchant à son tour. Tu vas pas me faire croire que c'est de…
Ron s'interrompit en désignant Scorpius. Sur son visage, Rose y lut la torture de ses interrogations. Il était effrayé à l'idée de savoir que sa fille était soit enceinte de l'homme qui avait essayé de la tuer, soit du rejeton de son éternel ennemi qui avait fait un petit séjour à Azkaban.
— Ron… , l'appela sa femme.
— C'est le mien? demanda Scorpius en reprenant ses esprits.
Rose se tourna vers Scorpius. Elle eut peur qu'il ne la croie pas si elle lui disait qu'il s'agissait bien de son enfant. Mais quand elle plongea son regard dans le sien, Rose n'y trouva que son amour et une vive émotion. Même s'il posait la question, il n'avait aucun doute car inconsciemment il savait qu'il n'y avait que leur amour qui avait pu permettre la venue de leur enfant.
Rose acquiesça pour lui confirmer sa future paternité. Scorpius l'embrassa encore et la serra une nouvelle fois dans ses bras.
— Viens, dit Hermione à son mari. On va te trouver un médicomage, dit-elle encore en se tournant vers Rose en essuyant les larmes qui perlaient dans ses yeux.
— Mais…
Hermione fusilla Ron du regard et il capitula avec un soupir. Les parents de Rose sortirent en silence et refermèrent la porte derrière eux.
— Mais ça veut dire que...Toi et Scorpius…, dit Lily en les regardant alternativement. Vous étiez ensemble depuis tout ce temps?
— Pourquoi Rose? s'exclama Albus en se relevant. Pourquoi tu as fais ça?
Le ton d'Albus était agressif et ses yeux étaient agrandis par la peur.
— Qu'est-ce qu'il te prend? dit Scorpius.
Albus ne faisait pas attention à Scorpius, ni à Liam qui le retenait par le bras. Il dévisageait Rose, avec une profonde tristesse qui déformait ses traits.
— Tu sais ce que ça signifie, geignit-il en s'accrochant à la rambarde du lit.
— Qu'est-ce que ça signifie? demanda Lily.
Il était rare qu'elle voie son frère dans cet état. Sa voix était plus faible que d'habitude et elle avait perdu son air ravi à l'annonce de la maternité de sa cousine et de son couple avec Scorpius.
— De quoi tu parles? s'énerva Scorpius en regardant Rose et Albus.
— Tu ne peux plus rien y faire Albus. Je porte cet enfant et arrivera ce qui doit arriver.
Albus secouait la tête, refusant cette éventualité.
— Vous allez nous expliquer à la fin?! s'énerva Lily.
— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, fit remarquer Liam en s'approchant d'Albus.
— Toi, tu te mêles de ce qui te regarde! rugit Scorpius.
— Tout ce qui concerne Albus me regarde, rétorqua le policier.
— Stop! s'écria Rose.
La jeune femme se redressa sur son lit. Tous les visages se tournèrent vers elle et Rose affronta, tour à tour, les regards inquiets, perdus et pleins de colère qui lui faisaient face. Elle posa sa main sur l'avant-bras de Scorpius en espérant pouvoir le calmer. A vrai dire, elle tentait désespérément aussi de réfréner la peur qui montait en elle en sachant pertinemment ce qu'elle était sur le point de lui révéler.
— Scorpius… il faut que tu saches…
— Rose, l'appela Albus. Non.
— Il est temps, Al. Si c'est vraiment ce qui va se passer, on ne peut plus rien y faire.
Albus s'effondra sur la chaise la plus proche et Rose prit une profonde inspiration.
— La veille de notre départ de Poudlard. Quand je suis retournée dans ma chambre après notre dernière nuit… Albus m'attendait. Il m'a expliqué que pendant son examen de divination avec le professeur Trelawney… Elle lui a dit… Albus a entendu une prophétie.
— Quoi? s'exclama Scorpius.
— Ce n'est pas possible...Qu'est-ce que c'était? demanda Lily en se tournant vers son frère.
Rose se tourna vers Albus qui avait baissé la tête. Tous attendaient qu'il parle. Albus soupira et récita ce qu'il avait entendu ce fameux jour où tout avait basculé pour lui et sa famille.
— " Alors que deux de ses cadeaux furent détruits, la Mort gronde… Alors que les secrets des sources furent découverts, la Vie s'amenuise… Ère des pleurs et des cris… Elles envoient leur messager… Avec la fin, naîtra un enfant... du lion et du serpent. "
Albus leva la tête vers ses deux amis.
— "Celui-ci fera mourir pour amener la vie...comme il fera périr celle qui lui apportera la vie. Car comme il fut établi jadis… La mort en sera toujours le prix."
— Non…, gémit Lily.
Rose leva les yeux sur Scorpius qui contemplait toujours Albus. Elle sentit, sous ses doigts, ses muscles se raidir. La respiration de Scorpius se fit plus bruyante. Il baissa finalement la tête, puis se tourna vers la mère de son futur enfant. Ses sourcils blonds étaient froncés et Rose devina qu'il essayait de rejeter en bloc ce qu'il commençait petit à petit à comprendre.
— C'est pour ça que tu m'as quitté, dit-il à mi-voix.
— Je suis désolée, dit Rose en levant la main pour caresser son visage.
Scorpius la repoussa doucement. Mais ce geste de recul secoua la jeune femme. Elle crut, un instant, qu'il était en colère contre elle. Rose pouvait difficilement le lui reprocher. Elle lui avait menti pendant des années, après lui avoir brisé le coeur sans explication. Mais Scorpius se tourna soudain vers Albus.
— Pendant tout ce temps…, commença-t'il d'une voix blanche. C'était toi… C'est toi qui l'a poussé à me quitter. Tu ne m'as rien dit… Tu m'as regardé pleurer et déprimer pendant des années! Je te faisais confiance… et toi… Tu m'as menti!
— Je n'avais pas le choix, Scorpius, se défendit Albus. C'est ma famille…
Scorpius marcha rapidement vers Albus. En le voyant avancer vers son frère, Lily le devança. Scorpius stoppa net, croyant que la jeune rouquine se mettait en travers de son chemin. Mais elle ne lui accorda aucun regard. Elle était concentrée, tout entière sur son frère.
La gifle cingla l'air et choqua tout le monde, Albus le premier. Lily avait un regard terrifiant, de celui qu'on ne contait sans jamais vraiment y croire. Scorpius se souvint de ce que lui avait raconté Hugo sur les colères légendaires de Lily. Maintenant qu'il l'observait enfin, il comprenait toute la peur qu'elle lui inspirait.
— Comment as-tu pu?! s'exclama-t'elle d'une voix vibrante de colère.
— Lily…, dit Albus sans comprendre, la joue devenue rouge.
— Je n'ai rien dit, à l'époque, pour ton idée stupide de laisser Rose se faire maltraiter par Chase pour soi-disant l'espionner! Je n'ai rien dit quand je voyais mes deux meilleurs amis se torturer l'un l'autre sans pouvoir être véritablement ensemble à CAUSE DE TOI! Mais qu'est-ce que j'apprends? C'est toi qui les a fait rompre! Et pour une prophétie débile, en plus?!
— Lily, tu ne sais pas de quoi tu parles…, tenta Albus de jouer les grands frères.
— Ah oui?! Et toi, tu n'as rien retenu de ce que nous a raconté papa. Sa prophétie ne s'est réalisée que lorsque Voldemort y a accordé de l'importance et a essayé de l'en empêcher! Tu ne t'es pas dit une seule seconde qu'en les faisant rompre, tu provoquais justement la prophétie qui doit tuer notre cousine?! QU'EST-CE QUE TU AS DANS LE CRÂNE?!
Elle avait hurlé et sa voix résonna dans la chambre. Albus se tut, effrayé et honteux car il savait que sa soeur avait raison.
— Tu te crois le plus intelligent mais au fond… tu ne vaux pas mieux que Chase.
L'insulte fit plus mal que la gifle et Albus s'empourpra. La colère de Scorpius s'était calmée en voyant son meilleur ami se faire sermonner par sa soeur, comme lorsqu'on assiste à l'ouverture d'une beuglante. Mais il avait encore beaucoup de ressentiment.
— Tu parles de ta famille! gronda-t'il en serrant les dents. Tu étais ma famille! Tu es comme un frère pour moi! Je t'ai suivi aveuglément dans tous tes délires, dit Scorpius. Mais là, je ne te comprends pas. Mais là, tu t'es comporté comme le pire des cons! Qu'est-ce qui t'a pris?!
— Je n'avais pas le choix, d'accord! s'écria Albus. Tu as entendu comme moi! Comme tout le monde ici! "Comme il fera périr celle qui lui apportera la vie…". "Le lion et le serpent…" Tu sais qu'il s'agit de toi et de Rose, de votre enfant! cria-t'il en pointant le ventre de Rose. Et tu voudrais que je la laisse mourir? Que je prenne ce risque?
— JE T'AI TOUJOURS FAIT CONFIANCE! vociféra Scorpius. Toujours! Je t'ai toujours écouté...toujours suivi. Si tu me l'avais dit…
— Ah oui? Vraiment? railla Albus. Si je te l'avais dit, tu l'aurais vraiment quittée?
Scorpius ne répondit pas tout de suite et son hésitation répondit à la question à sa place.
— Tu as raison. On est comme des frères. Et ça veut dire que je te connais par coeur! dit Albus d'une voix tremblante de colère et d'émotion. Et j'ai compris aussi à quel point tu l'aimes. Plus que moi d'ailleurs et c'est dire… Tu l'aimes trop pour la laisser mourir. Si je sais pertinemment à quel point tu l'aimes, je sais aussi que tu n'auras pas la force de la perdre. Quand je parle de ma famille, ça t'inclut aussi, espèce d'idiot ! Alors oui, j'ai poussé Rose à te quitter parce que je savais que toi tu ne l'aurais jamais fait. Oui, je t'ai menti pendant des années, en te regardant dépérir parce que tu avais le coeur brisé… Mais j'ai préféré faire souffrir les personnes que j'aime pendant un temps, plutôt que de risquer votre mort à tous les deux.
Les deux amis se dévisagèrent longuement dans un silence de plomb. Lily avait reculé, le regard toujours vibrant de colère mais écoutant ce que son frère avait à dire. Liam recula de quelques pas. Il se sentait soudain de trop entre les deux hommes. Scorpius relâcha son ami. Toute colère avait disparu en lui. Il ne restait plus que la tristesse.
— Alors… la prophétie va se réaliser? demanda-t'il d'une voix faible.
— Oui, répondit Albus.
— Il n'y a aucun moyen de l'empêcher? demanda Lily, plus triste qu'en colère.
Albus secoua la tête par la négative.
— C'est pour ça que tu es devenu une langue-de-plomb? comprit Scorpius.
— Pas uniquement. Après l'affaire de Radcliffe, je savais que quelqu'un s'intéressait aux sources. Et quand j'ai entendu la prophétie, j'ai fait le rapprochement. Je pensais… que si je découvrais l'identité de celui qui essayait de "découvrir" les secrets des sources, j'empêcherais la prophétie… Ou du moins, j'aurais pu mieux l'interpréter. Mais au final, je me demande si je ne fais pas partie de ceux qui "amenuisent" la Vie, rit-il faiblement. C'est ma faute…, dit-il soudain les larmes aux yeux. Tout est de ma faute...La mort de James…, dit-il en regardant sa soeur. Ton emprisonnement à Azkaban… Arthur qui a essayé de te tuer… Même Chase, à l'époque… Je me suis trompé...à chaque fois. On m'a rappelé...qu'en tentant d'empêcher une prophétie, on finit toujours par la réalise. Tu dis que tu me faisais confiance mais tu as tort, dit Albus d'une voix étranglée. Je ne suis pas intelligent. Je ne suis qu'un jeune con qui croit tout savoir. J'étais persuadé de savoir tous vous sauver...J'ai merdé...sur toute la ligne.
— Albus... , l'appela Liam.
Le policier fit un pas vers lui mais Albus l'arrêta en secouant la tête.
— Je vais réparer, dit-il d'une voix plus dure. Je vais essayer. Je dois essayer. Mais pas tout seul, cette fois. C'était mon erreur depuis le début. Tu m'as fait comprendre quelque chose d'important dans les cuisines de Poudlard, dit-il en se tournant vers Liam. Je ne suis pas seul. Notre erreur a été de s'éloigner chacun de notre côté, en n'étant plus capable de communiquer. Toi, Scorpius, avec ton rôle d'espion, toi Rose, sans cesse mise à l'écart en pensant que c'était mieux pour toi, et moi, avec mon serment inviolable. On a chacun essayé de lutter contre un ennemi plus fort que nous. Mais c'est fini…
Albus dévisagea tour à tour les personnes qui l'entouraient.
— Même si le sort a décidé de la fin, on va se battre, ensemble! On ne va plus se fuir les uns et les autres. On va continuer à essayer, côte à côte. Et même si cela veut dire marcher vers la mort, au moins, on l'affrontera ensemble.
