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L'HÉRITAGE DE GODRIC
La pluie fouettait la fenêtre de la petite chambre d'hôtel de Scorpius. Mais le sorcier ne prêtait que très peu d'attention au déluge à l'extérieur. Il était affairé à une autre tâche qui lui demandait toute sa concentration. Scorpius rassemblait ses affaires dans des gestes brusques et rapides, se dépêchant de rassembler ses vêtements accumulés et le peu d'affaires qu'il avait emportées de chez Emma. Plusieurs fois, il buta sur un coin du lit et jura entre ses dents. Il devait partir, vite.
Des coups sourds frappés à la porte le firent se redresser. Il appréhenda, un instant, qui venait le déranger en cette fin de soirée. Il écouta le silence après le dernier "toc", silence perturbé par le sifflement du vent, le grondement de l'orage et la pluie battante. Ce ne pouvait pas être Albus ou l'un de ses amis qu'il avait quitté la veille à Saint-Mangouste. Il songea à Mr. Potter en sachant pertinemment que le chef des aurors se donnait toujours la peine de l'avertir avant de lui rendre visite. Il ne restait plus que les visiteurs importuns ou...dangereux.
On frappa encore et Scorpius se décida enfin à marcher vers la porte. Il sentit son bouclier agir avant même qu'il ne pense à l'utiliser. Enfin, il ouvrit la porte.
Scorpius reconnut immédiatement l'homme à l'origine de tous leurs maux. Merlin le dévisagea avec son éternel sourire affable. Il tenait dans sa main droite un long parapluie trempé qui gouttait sur la moquette de l'hôtel. Vêtu d'un imperméable gris, il salua Scorpius d'un bref signe de la tête.
— Je te dérange? demanda-t'il.
— Non.
Il ouvrit la porte un peu plus grand et laissa entrer Merlin tout en s'interrogeant sur sa venue. C'était la première fois que le grand maître venait le trouver en personne et cette surprise ne plut pas au sorcier. Il s'efforça de rester calme en chassant Saint-Mangouste et les révélations d'Albus. Il entra dans son rôle d'adepte à la vérité de Merlin et chassa tout le reste.
Merlin entra et survola la chambre de son regard. Il s'arrêta sur le sac de Scorpius ouvert sur son lit, sur le tas de fringues à moitié empaqueter et au désordre de la pièce. Scorpius attendait en silence, surveillant le moindre de ses gestes.
— Tu pars quelque part?
— Je n'ai plus d'argent pour payer la chambre, mentit Scorpius en haussant les épaules.
— Et où comptais-tu aller?
Le ton de Merlin était calme tandis qu'il se tournait vers Scorpius en joignant ses mains sur la poignée de son parapluie. La question le mit un peu mal à l'aise car elle pouvait sous-entendre que Merlin savait qu'il lui mentait, ou du moins qu'il doutait de lui. Scorpius prit un air gêné pour répondre.
— Chez Galaad. Je ne suis pas sûr qu'il veuille de moi mais...tant que vous ne m'avez pas trouvé mon propre local...je suis encore sous ses ordres.
La voix de Scorpius était pleine de reproches. C'était pour lui la seule manière d'exprimer sa colère et sa frustration, même si ses motifs étaient complètement différents que les promesses non tenues de Merlin. Celui-ci acquiesça longuement.
— Tu seras ravi d'apprendre que Gareth a résolu ce problème. Nous t'avons acheté une boutique dans l'Allée des Embrumes.
— Laquelle? demanda Scorpius en fourrant l'un de ses jeans dans son sac.
— Barjow et Beurk.
Scorpius, qui avait tourné le dos à Merlin pour reprendre son rangement, fit volte-face, surpris.
— La boutique de magie noire?
— Celle-là même. Les propriétaires sont morts depuis longtemps sans descendance. De toute façon, les affaires allaient plutôt mal depuis la déchéance de Lord Voldemort. Plus personne n'a plus voulu approcher le magasin à cause de sa réputation. On dit même qu'elle serait hantée aujourd'hui.
— Et j'y ferai quoi là-bas? demanda Scorpius, quelque peu irrité. Je devrais vendre des objets maudits?
Le tonnerre éclata dans le ciel et la pluie se fit plus violente contre les carreaux de la fenêtre. Merlin poussa un soupir.
— Il ne s'agit pas de faire du chiffre d'affaires, Scorpius. L'argent ne me pose plus de problèmes depuis longtemps et tu as dû sans doute remarquer que Gareth n'en manque pas non plus.
— J'ai compris qu'il s'agissait, en quelque sorte, de votre comptable.
— Ça, c'est plutôt Lamorak. Gareth est plus une sorte de mécène. Il fait partie d'une des plus riches familles de sorciers.
— Je connais toutes les familles riches de sorciers, rétorqua Scorpius.
— Alors tu dois connaître le nom des Shacklebolt…, dit Merlin avec un sourire.
La réplique fit mouche. Scorpius pâlit légèrement. Bien sûr qu'il connaissait le nom de Shacklebolt. Qui ne le connaissait pas dans le monde des sorciers? Scorpius n'avait jamais rencontré le premier ministre, ni sa famille mais il connaissait les histoires à son sujet, son implication dans la Grande Guerre et surtout ses nouvelles lois qui avaient conduites sa famille à la ruine lors de la reconstruction.
— Gareth fait partie partie de la famille de... , commença-t'il.
— C'est son petit-fils, répondit Merlin.
L'horreur de ce détail expliquait soudain beaucoup de choses. Scorpius savait déjà que Merlin avait infiltré le monde des sorciers mais savoir qu'il avait le petit-fils de Kingsley dans ses rangs, renforçait son pouvoir sur le Monde des Sorciers, jusqu'aux plus hautes sphères.
— Gareth t'a désigné comme propriétaire de la boutique. Il faudra la remettre un peu à neuf mais cela te fera enfin un véritable foyer.
Merlin repoussa une paire de chaussettes en boule du pied, avec une légère grimace de dégoût.
— Mordred viendra t'épauler dans cette tâche, ajouta-t'il. Elle créera la source pour toi dans ta cave. Ensuite, tu devras attirer les clients curieux à l'initiation. Une boutique comme Barjow et Beurk devrait amener tous les rejetés du gouvernement établi par ce cher Harry Potter.
Scorpius tiqua. À force de le côtoyer, il avait remarqué son changement de ton à chaque fois que Merlin prononçait le nom de l'élu. C'était les rares fois où Scorpius voyait le grand maître perdre son calme.
— Ce sera tout? demanda Scorpius en croisant les bras sur sa poitrine.
— Non. On m'a signalé la mort de l'un de mes protégés.
— Navré de l'apprendre, mentit Scorpius. Qui c'était?
— Un Arthur très prometteur…
Merlin n'eut pas besoin d'en dire plus. Scorpius savait très bien de qui il s'agissait. Tout comme les autres, Scorpius avait écouté le récit de Rose, encore étendue dans son lit blanc à Saint-Mangouste, couvertes de bleus et de plaies. Il avait été saisi d'une rage sourde lorsque Rose avait décrit les coups et les insultes d'Arthur et des heures plus tard, elle le consumait encore. Sous le regard pénétrant de Merlin, Scorpius, avec l'aide de ses pouvoirs, réfréna les émotions violentes qu'il sentait monter en lui.
— Tu l'as peut-être rencontré quand tu passais l'examen de la brigade spéciale des aurors…
Scorpius feigna la surprise.
— Vous parlez de la jeune recrue qui était avec nous au chalet?… Si c'est de lui que vous me parlez, je ne suis pas étonné qu'il soit clamsé, dit-il sur un ton dédaigneux. Plutôt faiblard,
— Tu as peut-être raison, dit Merlin en faisant glisser à terre les détritus entassés sur l'unique chaise de la chambre. Je lui avais confié la mission de surveiller Rose Weasley et il s'est lamentablement fait tué par cette jeune demoiselle.
Tandis que Merlin s'installait confortablement sur sa chaise, Scorpius prit une seconde pour repousser, encore une fois sa colère à l'évocation de ce terrible souvenir. Puis, il s'appuya négligemment contre sa commode en adressant à Merlin avec son air le plus hautain.
— Cet imbécile aurait dû me demander des tuyaux sur la fille Weasley. J'aurais pu lui expliquer comment la faire souffrir de la pire des manières.
Merlin eut un petit rire amusé.
— Je commence à me dire que c'est toi que j'aurais dû envoyer pour la tuer.
Scorpius serra les dents.
— Je le pense aussi, dit-il en crispant ses doigts sur ses bras. Si vous me faisiez un peu plus confiance, je vous aurais amené son corps à vos pieds.
— Même si tu as été amoureux d'elle?
— Comment savez-vous…? demanda Scorpius, le visage sombre.
— J'ai des yeux et des oreilles partout, mon cher Scorpius. Et je m'intéresse à chaque détail, même le plus insignifiant.
Scorpius le contempla longuement, se demandant ce qu'il devait comprendre dans ce commentaire. Était-ce une menace? Ou un fait…? Mais il ne devait rien laisser transparaître. S'inspirant de son père et de son arrogance, Scorpius eut un rictus méprisant.
— J'espère qu'on vous a précisé qu'il s'agissait d'une simple passade. Cette fille m'a rejeté comme tous les autres. Elle ne signifie plus rien pour moi.
— Je te crois, dit Merlin en acquiesçant. Et c'est pour cela que je vais te confier la mission d'Arthur.
Au-dehors, un bref éclat de lumière annonça le brouhaha du tonnerre. Scorpius se força à sourire.
— Il était temps que vous me demandiez autre chose que de la simple surveillance ou d'accompagner l'un de vos larbins comme Tristan. Si vous me demandez de vous apporter son cadavre ce soir, ce sera fait.
— Tu souhaites à ce point sa mort? releva Merlin.
— Tout comme vous non? Moi, je souhaite me venger de l'humiliation qu'elle m'a fait subir. Et vous?
Merlin ne répondit pas. Il semblait hésitant. Scorpius maîtrisait de mieux en mieux sa peur et son appréhension face au charisme de son nouveau maître. Il s'était souvenu des conseils de son grand-père à Azkaban. Les Malefoy avaient un don inné pour s'attirer les faveurs des puissants mais ils inspiraient aussi le respect par leur dignité froide et calculatrice. Scorpius se sentait plus en confiance dans ce rôle et il sentait qu'il était capable de déstabiliser le puissant Merlin.
— Rose Weasley est l'un des enfants du trio légendaire. Elle fait partie de mes cibles pour abattre Harry Potter. Mais comme tu le sais, Tristan a récupéré une information importante dans l'esprit du fils Potter. Rose Weasley possède la clé…
— Pour trouver le Saint-Graal, compléta Scorpius.
Le sorcier apprécia l'air surpris de Merlin. Il haussa nonchalamment les épaules.
— Keu m'en a parlé, expliqua-t'il avec un sourire.
— Ce n'était pas à lui de t'en parler, dit Merlin, le visage sombre.
— Au moins, je sais enfin pour quoi je me bats.
Merlin se redressa en poussant un soupir, résigné.
— Tu comprends alors à quel point il est important de retrouver Rose Weasley. Elle a disparu depuis qu'elle a quitté Saint-Mangouste. Je veux que tu la retrouves et que tu me l'amènes...vivante, précisa-t'il en plongeant son regard froid dans celui de Scorpius.
Il avait posé sa main sur son épaule et Scorpius soutint le regard pénétrant de Merlin.
— Ce sera fait, dit Scorpius avec un sourire cruel.
Merlin acquiesça puis se tourna pour rejoindre la porte. Avant de sortir, il s'adressa une dernière fois à sa jeune recrue.
— Viens chez Barjow et Beurk demain matin.
— Je n'ai pas de baguette pour passer le passage du chemin de traverse, fit remarquer Scorpius.
Merlin lâcha un soupir en se frappant la tempe pour signifier de son oubli risible. Pour Scorpius, il s'agissait en réalité d'un test. Merlin avait voulu savoir si Scorpius possédait toujours une baguette. Il songeait à celle qui se trouvait au fond de son sac en réalisant qu'il avait eu beaucoup de chance que son maître ne se mette pas à fouiller dans ses affaires.
— Je dirai à Gareth de t'attendre au Chaudron Baveur. Ne sois pas en retard.
Il referma la porte dans son dos avec soin et Scorpius resta immobile un long moment. Il attendit le temps qu'il fallait pour s'assurer que Merlin était loin, assez loin pour pouvoir tout relâcher d'un coup. Scorpius tint un bon quart d'heure, debout, au milieu du chaos de sa chambre, les bras toujours croisés sur sa poitrine et l'esprit vidé de toutes émotions. Lorsqu'il ne put tenir, il lâcha la pression de son bouclier et tout ce qu'il avait réfréné, rejaillit comme un torrent dans ses veines.
Merlin avait envoyé Arthur séduire Rose pour la surveiller, pour lui donner un jour l'occasion de la tuer. Ce salaud l'avait attaqué, l'avait blessé et l'avait obligé à tuer. Maintenant qu'il avait échoué, Merlin lui demandait, à lui, de reprendre le flambeau. De lui amener Rose à ses pieds pour qu'elle soit torturer par ses hommes, des hommes comme Galaad et ses aiguilles.
Ces évidences le mirent en rage. Balayé par sa peur et sa colère, Scorpius poussa un hurlement de fureur. Il se saisit de la hanse de son sac pour le jeter contre le mur. Il abattit son poing dans le matelas de son lit défait et il sentit les lattes du sommier craquer sous son coup. Il fracassa le meuble sous ses poings dans des craquements sinistres.
Haletant et le sang battant ses tempes, il s'effondra sur le lit à moitié défoncé et prit sa tête entre ses mains. Avec le temps, il calqua les battements de son coeur à sa respiration qui se fit plus profonde et plus lente. Petit à petit, la raison lui revint.
Il devait partir. Vite. Pour rejoindre Albus et Rose.
OoO
Grâce aux bons soins des médicomages, Rose avait rapidement guéri de ses plus profondes blessures. Il ne lui restait plus que quelques énormes bleus sur les cuisses et les bras, derniers vestiges de son histoire désagrégée avec Arthur. Albus en parlait avec désinvolture mais comme tous les autres, il avait écouté le récit de son agression avec horreur. Bien qu'il ait vécu une situation similaire avec le jeune Tristan, il pouvait difficilement comparer une lutte pour sa survie, seul et sans baguette, à lui inconscient dans son lit et épaulé par Scorpius et Liam. Rose avait eu beaucoup de chance… Non, Arthur avait commis l'erreur de la sous-estimer et il l'avait payé de sa vie.
L'enfant de Rose et Scorpius était sauf. Une petite et très vieille guérisseuse vint rassurer sa cousine quant à la santé du foetus dans son ventre. Il avait été pas mal secoué mais la vieille Mortez lui avait assuré qu'il était bien accroché. Albus s'en voulut de regretter d'apprendre la bonne nouvelle. Il ne souriait pas contrairement aux autres et culpabilisa lorsqu'il vit le visage rayonnant de bonheur de sa cousine et de sa soeur. Tout aurait été plus simple si Rose avait fait une fausse couche. Albus devait se rendre à l'évidence: la prophétie était en marche et il ne pouvait rien y faire pour l'arrêter.
Il pouvait seulement continuer à se battre pour arrêter le faux Merlin. Et cela commençait par protéger Rose.
Il était hors de question pour Rose de rentrer chez elle, dans l'appartement d'Arthur, ni même chez ses parents malgré les protestations de son Oncle Ron.
— Et pourquoi elle ne viendrait pas chez nous?! éructa-t'il.
Son pauvre oncle digérait encore mal la grossesse de sa fille unique ainsi que le fait que Scorpius soit le père. Il avait eu beaucoup de difficultés à accepter qu'il soit en réalité un espion, mandaté par son meilleur ami pour infiltrer le camp de Merlin. Il avait écouté avec des grognements furieux, des yeux écarquillés par la surprise et un teint écarlate, les explications d'Albus sur ce qui s'était passé tout au long de cette année. Hermione, bien plus compréhensive, avait posé beaucoup de questions. Malheureusement, son serment inviolable et l'urgence ne lui permirent pas d'y répondre à tous. Albus insista seulement sur l'importance de cacher Rose.
— D'après Scorpius, Merlin fait surveiller tous les membres de la famille. C'est pour cela qu'il a poussé Arthur dans les bras de Rose. Il a sûrement dû faire pareil pour chacun d'entre nous. Votre maison est trop risquée, répéta Albus.
— Tu crois que j'ai peur d'eux? dit Ron. Tu crois que je ne saurai pas protéger ma propre fille?!
Hermione toucha le bras de son mari. Elle était inquiète et devait ressentir la même frustration et peur que Ron. Albus pouvait parfaitement le comprendre.
— Je ne vais pas vous mentir, dit Albus. Mais on est en train de perdre. Rose est la clé pour retourner la situation à notre avantage mais cela signifie de ne pas la faire prendre des risques inconsidérés. On aura bientôt l'occasion de se battre, vraiment… Mais pas encore. Je t'en prie, dit-il en se tournant vers sa tante.
Hermione le dévisagea, un peu surprise puis elle comprit, beaucoup plus que Ron dont la colère déformait ses traits. Elle acquiesça.
— Prends soin d'elle. On te la confie.
— Quoi?! s'exclama Ron.
Hermione se tourna vers Ron. Elle le prit dans ses bras et le serra contre elle.
— Hermione, murmura-t'il sans comprendre.
— Ils ont tué James, mon amour.
Elle s'écarta et plongea son regard dans celui de Ron. Ses mots le calmèrent immédiatement et Albus eut un pincement au coeur à l'évocation de son frère. Le teint de Ron devint un peu plus blême et il baissa les yeux, résigné.
— D'accord, dit-il finalement.
Ils attendirent l'autorisation des médicomages pour préparer l'évacuation de Rose et d'Albus. Car Albus était aussi en danger que sa cousine. Après l'attaque de Tristan, il était hors de question qu'Albus remette les pieds dans son appartement, sans parler d'y faire loger Rose. Lily proposa sa maison qu'elle partageait avec Thomas, dans un petit village de moldus dans le nord de l'Angleterre. Albus rejeta la proposition. Lily devait être aussi surveillé que la maison de ses parents, de ses oncles et tantes et que du Terrier.
— Pourquoi pas chez moi? proposa Liam.
Habitué à sa cohabitation avec Liam, chez lui, Albus avait complètement oublié qu'il habitait ailleurs et qu'il possédait son propre appartement. C'était la meilleure option. Personne ne connaissait Liam et surtout pas Merlin. Il n'avait aucun lien avec le monde Magique et Albus avait fait attention d'effacer son souvenir dans l'esprit de Tristan. C'était l'endroit idéal pour se cacher.
Restait plus qu'à sortir de Saint-Mangouste sans se faire repérer. Rose et Albus ne pouvait pas transplaner directement chez Liam. Selon les lois magiques, une femme enceinte ne pouvait pas transplaner. Il y avait trop de risques de désarticulation avec une vie à l'intérieur d'un corps. Et pour transplaner, il fallait avant tout connaître sa destination. Or, Albus n'avait jamais mis les pieds chez Liam. S'il devait s'y rendre, cela devait être par des moyens de moldus, avec un maximum de chances de se faire prendre en filature par un des hommes de Merlin.
— Et si on reprenait la stratégie de l'Ordre quand il ont voulu évacuer Papa de chez ses moldus? dit Lily après un temps de réflexion.
— Pas mal…, commenta Albus. Mais s'ils voient une dizaine de Rose sortir de l'hôpital, ils sauront qu'on sait qu'ils nous observent et cela pourrait les alerter sur Scorpius.
— Non mais on fait prendre du polynectar à Rose et elle sort avec Liam.
— C'est quoi du polynectar? demanda Liam.
— C'est une potion qui te fait prendre l'apparence de quelqu'un d'autre, répondit Lily avec un sourire.
— Ça pourrait marcher.
— Et moi je pourrais prendre l'apparence de Rose. Comme ça, ça les mènera sur une fausse piste.
— Il est hors de question que je te laisse vadrouiller dans les rues avec l'apparence de Rose! s'exclama Albus. Tu veux te faire tuer ou quoi?!
Le teint de Lily s'empourpra de colère et elle fusilla son frère du regard.
— Peuh! Tu ne me laisses jamais faire! s'énerva Lily.
— Bon sang, Lily! Je sais que tu es très forte, je n'en doute pas. Mais ils sont dangereux!
— On l'accompagnera, dit Ron qui avait écouté la dispute. S'ils nous voient tous les trois rentrés chez nous, ça sera plus convaincant.
Albus réfléchit. Il n'aimait pas l'idée de faire prendre des risques à sa petite soeur même si elle était accompagnée de son oncle et de sa tante, il douta que les hommes de Merlin ne tentent une attaque, surtout en plein jour.
— Très bien! Une fois que tu seras chez Oncle Ron et Hermione, tu transplanes directement chez toi!
— D'accord! se réjouit Lily avec enthousiasme.
Après s'être mis d'accord, Ron usa de son influence de chef de la Brigade de Police Magique pour réquisitionner une potion de polynectar aux médicomages de Saint-Mangouste. Ceux-ci en possédait une pleine marmite pour les remèdes des potions de transformation mal préparées. Lily s'occupa de récupérer des cheveux sur des patients endormis dans leurs lits d'hôpital pour Rose et son frère. Albus devait aussi changer d'apparence et il fut convenu qu'il partirait chez Liam de son côté, une heure après Liam et Rose.
Les premiers à quitter l'hôpital furent Lily transformée en Rose, Hermione et Ron. Les parents serrèrent une dernière fois leur fille dans leurs bras. Albus contempla la petite famille unie. Ils avaient expliqué beaucoup de choses à son oncle et sa tante, mais il n'avait rien dit concernant la prophétie. Ils ignoraient que ce n'était pas Merlin la véritable menace, mais bel et bien l'enfant qu'elle portait. Rose leur avait fait promettre de ne rien leur dire et Albus se convainquit qu'elle avait raison de garder le silence.
Ron, Hermione et la fausse Rose partirent enfin. Rose qui avait, à présent, l'apparence d'une vieille dame, prit le bras de Liam pour sortir de Saint-Mangouste. Albus les regarda s'en aller en s'efforçant de calmer l'appréhension qui montait en lui.
Tout allait bien se passer.
OoO
Rose marchait aux côtés de Liam. Elle s'était laissé emporter par les directives d'Albus et de Lily, sans broncher. À vrai dire, elle n'en avait pas la force. Ces derniers jours avaient été riches en émotions. Elle avait enchaîné la tentative de meurtre de son fiancé par l'annonce de sa grossesse à ses parents, à Scorpius et à Albus, sans parler du danger de mort qui planait encore sur ses épaules. Rose avait beaucoup dormi à l'hôpital mais alors que Liam la conduisait à sa voiture, elle ne rêvait que de somnoler encore.
Le policier et la sorcière ne rencontrèrent aucune résistance, tandis que Liam manoeuvrait pour rouler sur la bande principale. Le bruit des moteurs et de la foule autour d'elle, épuisèrent Rose un peu plus. Après le calme de sa chambre à Saint-Mangouste, l'animation de la ville avait quelque chose de surréaliste.
— Je crois que je t'ai déjà vu, dit soudain Liam en fixant la route.
Rose tourna la tête vers lui. Alors qu'Albus avait présenté cet étrange moldu comme son petit-ami, Rose ne savait pas quoi penser de lui. Au premier abord, il lui avait semblé un peu froid et très secret. Mais à force de l'écouter parler, de le voir soutenir Albus, elle l'avait trouvé très prévenant et surtout très intelligent, doté d'une extraordinaire faculté d'adaptation pour s'être acclimaté à un monde fantastique dont il ignorait tout.
— Tu parles de la vieille femme? dit Rose en désignant son visage ridé.
— Non, rit Liam. Je parle de la vraie toi.
— Ah oui?
— Oui. J'étais sur la piste d'une dealeuse qui était dans le coma, à l'hôpital…
— Viviane…, comprit Rose.
Liam acquiesça.
— Je me suis mangé une explosion dans la gueule mais je me souviens très bien de toi. T'es la fille qui s'est précipitée sur le gars pour le combattre. C'était impressionnant.
Rose haussa les épaules.
— Je ne sais pas, dit-elle en contemplant le paysage à travers la vitre. Je ne suis pas aussi impressionnante qu'Albus ou Scorpius…
Tout en tournant dans une petite rue pour éviter le bouchon au centre-ville, Liam eut un petit rire.
— D'après ce que je sais, tu t'es défendu contre un des tarés de Merlin sans magie… Et j'ai appris que tu es l'héritière de Gryffondor. J'ai lu l'histoire du fondateur à Poudlard. C'était pas n'importe qui!
— Tu es allé à Poudlard? s'étonna Rose.
— Ouais. Et j'ai failli chier de trouille à cause des fantômes.
Rose éclata de rire. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu l'occasion de rire franchement. Cela lui fit du bien.
— J'ai lu toute l'histoire des fondateurs, continua Liam. Ça m'a pris des heures…
— Tu as un préféré? sourit Rose.
— Godric, évidemment! "Nous défendons ceux qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes", récita-t'il.
— Oui… On essaie…
— Tu n'as pas à te rabaisser par rapport à Albus et Scorpius. Quand Albus s'est fait attaquer par le petit psychopathe, il était avachi sur son lit, inconscient. Albus est intelligent mais ce n'est pas un homme d'action. Et ton Scorpius… disons qu'il fait un peu peur, dans son genre.
— Il n'a pas toujours été comme ça, dit Rose.
Liam se tut et laissa Rose dans sa rêverie. Parmi les chocs des derniers évènements, la douleur, la tristesse et la colère, il y avait les souvenirs de Scorpius. Liam avait raison. Il avait cerné en lui cette cassure qu'il peinait difficilement à refermer. Rose la sentait, elle aussi. Scorpius n'était plus le même. Il avait souffert. Tout comme elle.
— Tu as peur? demanda soudain Liam en s'arrêtant à un feu rouge.
— De quoi?
— De la prophétie...
Les lèvres de Rose esquissèrent un sourire triste.
— Tu me demandes si j'ai peur de mourir?
— Je dois t'avouer qu'à ta place, je serai terrifié.
Rose y réfléchit. La nuit où Albus lui répéta les paroles de Trelawney annonçant sa mort, oui, elle avait été effrayée. Cette peur l'avait poussé à quitter Scorpius. Durant les années qui avaient suivi leur rupture, Rose ne s'était plus inquiétée de la prophétie. Elle estimait qu'elle avait payé le prix pour qu'elle ne se réalise jamais et l'avait repoussé dans un coin de sa tête en se disant qu'il ne s'agissait que des sornettes d'une vieille folle. Mais à chaque fois qu'elle avait frôlé la mort, une petite voix lui disait que ce n'était pas son heure, parce qu'elle n'avait pas encore d'enfant. Même avec Arthur, alors qu'elle luttait pour sa vie, au fond d'elle, Rose n'avait pas eu peur de mourir. Parce qu'elle savait que ce n'était pas pour aujourd'hui.
— Au fond, je crois que ça me rassure, dit-elle. Ça me laisse neuf mois pour agir sans craindre la mort. Je crois que c'est plus facile quand on sait quand arrive la fin. Le temps qui me reste à vivre me paraît plus certain.
— Alors tu y crois vraiment? s'étonna Liam.
Rose ne répondit pas. La réponse n'avait pas d'importance. Y croire, c'était accepter sa mort. Y renoncer, c'était avoir peur, de nouveau et craindre que la prophétie ne finisse par se réaliser.
— Ça n'a plus d'importance…, dit-elle à mi-voix.
OoO
Ils arrivèrent à destination sans mal.
Liam fit entrer Rose dans son petit appartement londonien en soutenant son corps de vieille femme. La jeune femme découvrit un petit flat, beaucoup plus petit que celui d'Albus mais rangé à la perfection. Elle devina le côté maniaque de Liam, surtout lorsqu'il lui demanda d'ôter ses chaussures pour les rangers dans un petit meuble réservé à cet effet.
Liam lui expliqua que cela faisait longtemps qu'il n'était pas revenu et s'excusa pour la poussière sur le mobilier. Le policier la fit s'asseoir et lui servit un verre d'eau. Il pesta contre le frigo vide et les aliments périmés et Rose l'observa s'agiter, amusé par son manège. Il la laissa seule pour aller faire quelques courses au supermarché le plus proche et Rose eut enfin la paix.
Elle apprécia tout particulièrement le calme. Bien sûr, elle entendant les bruits des voisins et le craquement du plancher au-dessus de sa tête. Mais elle était enfin seule, sans questions, sans explications et sans inquiétudes. Les effets du polynectar ne tardèrent pas à s'estomper et Rose retrouva sa jeunesse ainsi que ses épais cheveux roux bouclés.
Elle fit le tour du propriétaire. Cela ne prit pas beaucoup de temps et Rose s'attarda sur les photographies accrochées au mur. Celles-ci ne bougeaient pas. Il y avait quelque chose de morbide à admirer des clichés statiques. Comme si le moment était fini pour toujours dans cette seule image figée. Elle contempla un Liam enfant, au sourire édenté qui râlait sur sa photo de classe. Elle le vit dans son uniforme de police flambant neuf lorsqu'il obtint ses classes. Lui et une vieille femme à la mine affreuse, sans doute sa mère. Il se tenait à un bon mètre d'elle, visiblement agacé de devoir se tenir aussi près.
Rose prit un cadre photo. Elle contempla le portrait d'une jeune adolescente brune, souriante et heureuse. Elle le reposa précipitamment lorsqu'elle entendit le cliquetis d'une clé dans la serrure.
— Ce n'est pas ma faute, si tu t'es perdu! clama Liam en entrant, les bras surchargés de sacs à provisions.
— Si c'est ta faute. Si c'est à droite, c'est à droite! À cause de toi, je me suis retrouvé je-ne-sais-où, j'ai dû transplaner pour me repérer.
Liam leva les yeux au ciel en emmenant les sacs dans sa petite cuisine ouverte. Le visage d'Albus s'éclaira lorsqu'il vit Rose dans le salon.
— Ah! Rose! Génial. Désolé de te presser. Mais j'ai une chose très importante à te demander. Je n'ai pas pu te parler à l'hôpital à cause de (il baissa les yeux vers son ventre)...tout ça. Bref. Il faut que je sache si…
Albus s'interrompit. Il se figea comme l'une des photographies accrochées au mur. Ensuite, il poussa un soupir et leva les yeux au ciel en grommelant.
— Liam, j'ai besoin de toi! appela-t'il.
— Je range les courses, dit-il sur un ton vague.
— Je ne peux pas lui parler! pesta Albus.
— Quoi? s'étonna Rose qui ne comprenait rien à leur dispute.
Ils entendirent une porte de placard claqué puis un énorme soupir. Liam sortit de la cuisine et s'avança près d'Albus en croisant les bras sur sa poitrine.
— Pourquoi est-ce que tu ne peux pas me parler? demanda Rose.
— Parce que ce que j'ai à te demander, relève de mon métier de langue-de-plomb. Tu te souviens de mon serment inviolable? Voilà! ajouta Albus en voyant le visage de Rose s'éclairer.
— Et tu as besoin de Liam…?
— C'est compliqué, répéta Albus en soupirant.
— Je suis insensible à la magie, expliqua Liam.
— Pardon? dit Rose sur un ton sceptique.
Dans un grognement énervé, Albus sortit sa baguette et la pointa sur Liam.
— Stupéfix! lâcha-t'il sans grande conviction.
— Albus, attend…, s'écria Rose en avançant une main vers Liam.
Mais tout sauvetage était inutile car il ne se passa rien du tout. Liam n'avait pas bougé d'un poil, il n'avait pas voltigé à l'autre bout de la pièce. Il était debout, à la même place, les bras croisés à fixer la baguette d'Albus comme un vulgaire bout de bois. Et pourtant Rose avait vu l'éclair rouge partir et le sort frappé le flanc de Liam mais s'évaporer comme de la vapeur.
— Mais…, lâcha Rose qui n'en croyait pas ses yeux. Mais, c'est impossible.
— Apparemment si, dit Albus. Ton frère fait des recherches pour comprendre pourquoi.
— Hugo est au courant pour Liam?
— Tu le connais. Il est toujours là où on l'attend pas. Bref! Maintenant qu'on a fini avec les joyeusetés et que Liam est là pour me servir de...d'intermédiaire, on va dire. Est-ce qu'on peut enfin se mettre au travail?
Ils prirent place dans les divans de Liam. Le policier était assis à côté du sorcier et faisait face à Rose qui trouvait très étrange de communiquer de cette manière. Liam se mit à lui raconter le meurtre de la langue-de-plomb, un certain Lewis, qui travaillait dans la salle aux cerveaux au Département des mystères et spécialement sur celui du légendaire Merlin. Lewis aurait découvert un code pour entrer dans la partie cachée du cerveau de Merlin et aurait été forcé à poser une question à l'incarnation du savoir.
— Attendez, l'arrêta Rose, un peu perdue. Il a demandé quoi comme question, ce Lewis?
Liam dévisagea Albus en haussant un sourcil. Son cousin haussa les épaules, l'air dépité de ne pouvoir s'adresser clairement.
— On ne sait pas, répondit Liam. Mais il y a des chances que ça concerne le Saint-Graal?
— Le Saint-Graal?
Le visage d'Albus s'éclaira et il tapota l'épaule de Liam. Le policier se tourna vers son amant et celui-ci fit le signe du chiffre deux avec les doigts. Liam regarda le signe puis Albus, sans comprendre. Albus poussa un profond soupir énervé. Puis, il se leva.
— Viens... , dit-il d'une voix lasse.
— Quoi? s'étonna Liam.
— Viens, je te dis. Je ne peux pas parler devant… Désolé, Rose.
Albus et Liam s'isolèrent un instant, laissant Rose, à nouveau seule dans le salon. Elle ne savait pas quoi penser de ce curieux manège mais sourit toutefois devant la complicité des deux hommes. Malgré les difficultés, elle n'avait jamais vu son cousin aussi à l'aise, pas même avec Scorpius. Elle redécouvrait son cousin comme il était autrefois: capricieux et impatient. Avec le temps, il s'était emmuré dans l'image solide du jeune sage stratégique. Elle aimait l'Albus qui s'épanouissait avec Liam.
La porte de la chambre se rouvrit et les deux hommes en sortirent pour se rasseoir dans le canapé.
— Désolé…, s'excusa Liam. Bon, apparemment Scorpius a parlé à Albus à l'hôpital, après qu'il ait ramené Tristan, le petit salopard, chez l'autre connard de Merlin. Et on aurait une piste pour la question que Lewis aurait demandée au Savoir pour le faux Merlin. Ce qui l'aurait justement tué lorsqu'il a confié l'info.
— D'accord, articula Rose en essayant d'assimiler toutes les infos. Et c'est quoi l'info?
— On pense… qu'il a demandé la série de lettres qui se trouve au Ministère.
— Des lettres? De quoi vous me parlez?
Liam lui raconta alors ce qu'avait demandé Albus, lorsqu'il réussit à pénétrer dans la partie cachée du cerveau de Merlin. Le policier lui expliqua les sources, celle de la grotte de Merlin, celle de Poudlard et celle cachée au Ministère. Les trois étaient les gardiennes d'un secret… Une série de lettres qui, une fois assemblées, permettait de trouver le Saint-Graal.
— Et c'est quoi le Saint-Graal? demanda Rose, captivée.
— La première source, révéla Liam. Merlin, le faux je veux dire… a déjà récupéré celle de la grotte de Merlin. Il y avait une stèle qui a été déplacée au Département des Mystères, il y a des années. Comme Lewis avait accès au cerveau de Merlin, il a pu rapporter les premières lettres sans effort. C'est la plus facile à trouver, on va dire. La deuxième série est plus dure… Elle se trouve derrière la porte qui ne s'ouvre jamais.
— Celle des histoires de Papa? murmura Rose, émerveillée.
Albus tapota encore l'épaule de Liam.
— Quoi? Non! Attends! Je me souviens! s'exclama-t'il en rassurant Albus. Cette salle n'est pas totalement inaccessible. Albus a découvert qu'il n'y avait que la Langue-d'or qui y avait accès. Il est impossible pour Merlin d'y entrer, même avec tous les espions de la terre. Nous, on a dû le demander à Dumbledore.
— Dumbledore est mort…, fit remarquer Rose.
— À son portrait, plutôt. Du coup, ce serait logique que Merlin n'ait pas eu d'autres choix que de demander la série de lettres dans la partie cachée du cerveau de Merlin. Il a forcé Lewis en menaçant sa nièce et il est mort en lui donnant la réponse.
Albus acquiesça, l'air satisfait par la tirade de Liam. Rose l'imita aussi, plus lentement, les yeux un peu perdus dans le vide, beaucoup plus perdue que son cousin silencieux. Liam la bombardait d'informations, de noms étrangers. En écoutant son récit, Rose eut l'impression qu'elle n'avait fait que glander pendant des mois chez les aurors, passant sa vie à balancer des coups d'épée dans l'eau.
— Bon… Vous avez celle de la grotte de Merlin, celle du Ministère, récapitula-t'elle en sondant les expressions de son cousin. Et celle de Poudlard, alors?
— C'est là que tu interviens…, dit Liam avec un sourire. Je t'ai dit qu'on était allé à Poudlard, commença-t'il sous le regard suspicieux d'Albus. Là-bas, on n'a pas trouvé de stèle avec la troisième partie des lettres. Mais Albus a épluché les fresques runiques et il a découvert que celui qui les possède… C'est l'héritier de Gryffondor.
— Toi! dit Albus, sans crainte.
— Mais…, répondit Rose un peu perdue. Je n'ai vu aucune lettre… Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez.
Liam et Albus se regardèrent, visiblement déçus. Albus se prit la tête entre ses mains en lâchant un profond soupir. Rose se sentait désemparée. La frustration marquée sur le visage des deux hommes la touchait. Elle aussi aurait aimé savoir quelle était la suite de l'énigme.
— Attends, dit soudain Liam. Le professeur de Botanique à Poudlard… Comment il s'appelle déjà..?
— Le professeur Londubat? demanda Rose.
— Oui, voilà. Je l'ai rencontré à la bibliothèque. Il m'a dit qu'il avait reçu l'épée de Gryffondor par le Chapeau Magique.
— Choixpeau, corrigea Albus qui avait toujours la tête entre ses mains.
— Il m'a dit aussi que le Choixpeau lui avait parlé. C'est lui qui lui a dit qu'il était devenu l'héritier de Gryffondor en recevant l'épée.
À ces mots, Albus se redressa lentement. Rose reconnut son air d'intense réflexion. Puis, le visage très sérieux, il plongea ses yeux verts dans ceux de sa cousine.
— Quand as-tu reçu l'épée? demanda-t'il.
— Après que je sois tombée dans la pensine…
— Une pensine? s'étonna Albus. Tu n'as jamais parlé de pensine!
— Il y avait un bassin dans la salle des Gryffondor. J'ai dû plonger dedans pour échapper au Basilic. Et là, j'ai vu le passé des quatre fondateurs, au moment où ils ont découvert la source de Poudlard et qu'ils ont décidé de créer l'école. Et puis…
La jeune femme s'interrompit. Albus et Liam étaient pendus à ses lèvres, attendant la suite.
— Qu'est-ce que tu as vu? s'impatienta son cousin.
— Qui j'ai vu, plutôt. J'ai rencontré le souvenir de Godric Gryffondor.
— Quoi?! s'exclama Albus.
— C'est possible? demanda Liam. Le grand Godric… Il était comment?
— Plutôt vieux, répondit Rose gênée.
— On s'en fiche! s'énerva Albus. Qu'est-ce qu'il t'a dit?
— Mais rien! se défendit Rose. Il a commencé à me faire un laïus sur le courage. Je lui ai dit qu'il avait tort de me faire confiance parce que… (Rose jeta un oeil à Liam, gênée). Tu sais… J'ai… enfin, voilà. Et il m'a rassuré en me disant que le courage, ce n'était pas de foncer vers le danger sans réfléchir. Et puis… il m'a tendu l'épée. Et il m'a dit…
Pendant cette pause insoutenable, Albus et Liam s'étaient penchés vers la jeune femme qui se sentit quelque peu oppressée par les deux hommes à l'air avide. Rose plissa les yeux en essayant de se souvenir. Sa dernière année de Poudlard, bien que mouvementée, lui semblait revenir d'un passé très lointain.
— Il...il m'a dit que celui qui reçoit l'épée, reçoit le courage.
Soudain, Albus se leva du divan en levant les bras vers le ciel, les yeux exorbités derrière ses lunettes rondes.
— Quoi? demanda Liam qui ne comprenait pas.
— C'est…, commença-t'il.
Il s'interrompit avec une grimace avant de crisper ses doigts dans un geste de frustration.
— Même là, tu ne peux pas parler? demanda Rose, interloquée. Tu viens de me poser des questions. Je ne comprends rien.
— Je peux interroger mais pas expliquer! s'énerva Albus. Ah! C'est tellement...frustrant!
— Attends, t'as trouvé. C'est quoi? Le courage?
Albus fixa intensément Liam et celui-ci réfléchit deux minutes. Puis, tout comme son petit-ami, il se releva d'un bond, la bouche entrouverte et les yeux brillants.
— C'est ça! s'exclama-t'il avec un grand sourire. Courage! Ce sont les dernières lettres! Comme pour l'amour! C'est bon! On les a toutes!
Des coups sourds à la porte interrompirent les effusions de joies de Liam et d'Albus. Aussitôt un silence de plomb s'abattit sur les trois amis qui se dévisagèrent, soudain très inquiets. Rose se tendit instinctivement et elle sortit sa baguette en fixant la porte.
— Non, attends! la prévint Albus. Je crois savoir qui c'est.
Il lui fit signe de ranger sa baguette et marcha résolument vers la porte. Albus fit une pause, la main sur la poignée. S'il se trompait, cette erreur pouvait bien lui coûter la vie. Mais au moment où il allait ouvrir, une voix retentit derrière le panneau de bois.
— Putain, Albus, c'est moi ! s'éleva la voix de Scorpius. Ouvre, j'ai reçu ton hibou et je vois ton ombre sous la porte.
Au son de sa voix, Rose se détendit immédiatement. Albus poussa un soupir de soulagement et ouvrit à son meilleur ami. En entrant avec son sac sur l'épaule, Scorpius ne salua personne. Son visage était fermé et il paraissait maussade. Il se tourna directement vers Liam.
— Tu as de l'alcool? demanda-t'il à brûle-pourpoint.
— J'ai de la bière au frigo, répondit le policier.
Scorpius se dirigea vers la cuisine et Rose entendit la porte du frigo s'ouvrir et se refermer. Il revint, quelques instants plus tard, en décapsulant sa bouteille et en vidant la moitié d'une traite.
— Qu'est-ce que tu as? demanda Rose.
— Merlin m'a rendu une petite visite ce matin, dit-il en buvant encore. Il veut que je t'amène à lui.
À cette nouvelle, Rose se tétanisa sur place.
— Pourquoi? demanda-t'elle d'une voix blanche.
— La même chose qu'Albus. Il sait que tu as le dernier indice pour trouver le Saint-Graal et il veut le récupérer.
— Il sait que vous êtes ensemble? demanda Albus, inquiet.
— Non, répondit Scorpius. J'ai bien joué mon rôle, pour une fois. Mais il est au courant que je sortais avec toi à Poudlard.
— Comment?
— Par Arthur, sûrement. Peut-être Gwen. J'en sais rien. Il me l'a demandé à moi parce que je pense qu'il veut me tester. Il me teste sans arrêt. C'est toujours comme ça avec Merlin. Si je te conduis à lui, dit-il encore, ils vont te torturer pour obtenir ce qu'il veut. Il va peut-être même me demander de faire son sale boulot, juste pour le plaisir sadique de me voir te faire du mal. Alors, j'espère que tu as un plan, Albus parce qu'il est hors de question que je mène ma femme à ces tarés!
OoO
Rose fixait la fenêtre légèrement ouverte en suivant des yeux le mouvement du rideau qui s'agitait lentement au gré d'une brise d'été. Elle était allongée dans le lit de Liam, dans sa chambre à coucher. Sur la table de nuit à côté de son oreiller, était posé un radio-réveil qui la narguait depuis des heures. Il était tard. Très tard. Et Rose n'arrivait pas à trouver le sommeil.
À chaque fois qu'elle fermait les yeux, Rose entendait la voix d'Albus réciter la prophétie qui lui annonçait certes la naissance de son futur enfant mais aussi sa propre mort. Elle revoyait après Scorpius entré, d'un pas furieux, dans l'appartement de Liam, quelques heures plus tôt, en annonçant la terrible menace qui pesait maintenant sur ses épaules. Dans ses rêves agités, Rose voyait la mort, qui l'attendait en l'appelant faiblement. Alors elle s'éveillait en sursaut, effrayée à l'idée de se rendormir.
Une respiration profonde et tranquille à côté d'elle, apaisa les battements de son coeur. Rose se retourna et contempla le profil de Scorpius, yeux clos, endormi. Après les nouvelles rapportées par Scorpius, ils avaient discuté pendant des heures sur ce qu'ils pouvaient faire pour empêcher un futur désastre. Cependant, Albus était bien trop accaparé par son énigme et comme il ne pouvait pas parler librement à cause de son serment, il demeurait terriblement taiseux, laissant Liam répondre aux questions qu'on lui posait.
Alors que la nuit était déjà très avancée, après un bon repas, Rose se sentit soudain très fatiguée. Liam leur proposa sa chambre. Eux partis, Albus pourrait travailler tranquillement sur l'énigme sans devoir surveiller chacun de ses mots. Il n'était d'ailleurs plus à l'écoute dès l'instant où il avait compris la dernière série de lettres. Il avait à peine touché à l'assiette que lui avait tendue Liam, le regard constamment dans le vide, chipotant sa nourriture du bout de sa fourchette, sans réellement manger.
Rose et Scorpius avaient accepté la proposition de Liam sans discuter. Scorpius avait aidé Rose à se mettre au lit. Même si elle ne souffrait plus, son corps demeurait tout de même encore assez faible. Dès qu'elle sentit enveloppé par une douce couverture, elle sombra dans la torpeur mais pas véritablement dans un sommeil réparateur. Le poids des émotions des derniers jours stagnait dans son esprit. Elle se sentait lasse et n'eut pas la force de sentir les caresses de Scorpius ou les mots qu'il lui murmura en éteignant les lumières.
Plusieurs heures plus tard, elle était bien éveillée, les yeux grands ouverts. Alors elle les tourna vers Scorpius et elle se mit à l'admirer. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, elle avait passé plusieurs nuits avec Scorpius mais il s'éclipsait toujours au milieu de la nuit, la laissant se réveiller seule avec un souvenir. Cette fois, il restait et elle en profita pour le contempler.
Il avait l'air si paisible avec ses longs cils blonds et ses lèvres fines légèrement entrouverte. Il s'était déshabillé et dans son sommeil, il avait rejeté la couverture à moitié dévoilant son torse. Rose suivit des yeux, la ligne de son nez droit, son menton pointu et la bosse de sa pomme d'adam. Arrivée au creux de son cou, elle ne put s'empêcher de le toucher. Elle caressa son torse en savourant le contact de sa peau. Rose l'avait connu adolescent, immaculé et pâle. Avec les années, son corps présentait des nouveautés comme ses cicatrices fraîches sur ses bras et ses épaules. Les taches plus sombres s'étalaient sur sa peau et laissaient imaginer ses souffrances passées.
Scorpius tressaillit à son toucher. Il ouvrit grand les yeux et se redressa d'un bond, alarmé et alerte. Scorpius saisit Rose à la gorge et la plaqua sur le matelas, une aura meurtrière sur le visage.
— Scorpius, murmura Rose effrayée. C'est moi.
Scorpius battit des cils et sa colère se transforma en crainte. Il desserra sa prise autour du cou de Rose et s'assit sur le lit en prenant sa tête dans ses mains.
— Pardon…, geignit-il. Pardon.
Rose se redressa à son tour. Elle l'attira contre elle et le serra dans ses bras. Scorpius ne cessa de se confondre en excuses tout en la pressant contre lui. Rose caressa son visage et l'embrassa doucement.
— Je pensais que tu dormais mieux, dit-elle.
Il la serra encore contre lui et il enfouit son visage dans son cou.
— Depuis que je suis avec toi, j'en fais moins, dit-il.
Émue, Rose embrassa encore ses lèvres. Scorpius approfondit ce baiser. Rose sentit le feu monter en lui et faire écho au sien. Il l'allongea dans le lit et se coucha sur elle en la couvrant de baisers. Il plongea son regard dans le sien et l'admira comme elle l'avait fait avant avec lui. À travers ses yeux bleus, elle y discerna son amour éperdu.
— Tu m'as appelé ta femme, lui rappela-t'elle en caressa sa joue.
— Oui, dit-il en embrassant son cou.
Rose rit sous ses caresses puis elle l'attira à elle pour le forcer à la dévisager.
— Mais nous ne sommes pas mariés.
— On est ensemble. On va avoir un enfant, dit-il en passant sa main sur son ventre. Je ne sais pas ce qu'il te faut de plus.
— Ce n'est pas pareil.
Scorpius eut l'air un peu choqué par sa réponse. Il se redressa et sortit du lit. Rose le contempla sans comprendre. Elle l'observa farfouiller ses vêtements qu'il avait jetés au pied du lit. Puis, il revint et s'assit en face de Rose qui fit de même.
— Donne-moi ta main, lui dit-il.
Après un temps d'hésitation, Rose obéit. Scorpius leva sa baguette. Il murmura une formule que Rose ne comprit pas. Mais aussitôt, trois rubans sortirent de sa baguette et s'entrelacèrent autour de lui poignet. Rose reconnut le rituel. C'était une vieille coutume de mariage. Elle avait souvent utilisé durant la guerre par les couples qui ne pouvaient organiser une véritable cérémonie ou demander l'aide d'un sorcier mandaté pour les marier.
— Le premier ruban représente l'amour. Le deuxième, la fidélité et le troisième, la confiance, dit Scorpius entremêlant ses doigts à ceux de Rose.
Il leva les yeux vers elle.
— Moi, Scorpius Lucius Malefoy, je te prends toi, Rose Molly Weasley, pour épouse.
Il eut un silence après la proclamation de Scorpius. Puis, Rose prit la parole, encouragée par le regard ardent de Scorpius.
— Moi, Rose Molly Weasley, je te prends toi, Scorpius Lucius Malefoy, pour époux.
— Je jure de t'aimer et de te respecter...
— À travers les triomphes et les défaites de notre vie…
— Je m'engage avec Amour et fidélité…
— À partager avec toi mes jours et mes nuits, jusqu'à ma mort.
— Et même après... , ajouta-t'il tout bas.
Rose avait clos les voeux mais Scorpius avait ajouté cette petite promesse qui prenait tout son sens avec la menace de la prophétie. Elle se pencha vers lui et embrassa son mari. Aussitôt, les rubans sur leurs poignets se désagrégèrent en une nuée de poussières scintillantes. Les époux n'y firent pas attention. Scorpius passa sa main dans ses cheveux roux, derrière sa nuque et la poussa doucement dans les draps. Ses caresses se firent plus aventureuses et Rose soupira de plaisir en sentant sa bouche contre sa peau.
— Maintenant, dit-il d'une voix rauque, le regard fiévreux. Tu es ma femme.
