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L'ÉLECTION


Albus touchait à peine à son plat que lui avait rapporté Liam après le boulot.

Comme cela lui arrivait très souvent, Albus était plongé dans une intense réflexion. Avec le temps, Liam ne s'en étonnait même plus. Il avait fini par apprécier ces moments curieux où Albus se taisait brusquement en fixant un objet de la pièce comme si c'était la septième merveille du monde. D'ordinaire Liam le laissait à ses rêveries. Il profitait de ces "déconnexions" pour lui sortir des énormités. Parfois, il lui arrivait de répondre par l'affirmative ou par des phrases génériques. Une fois, il a même opiné lorsque Liam lui avait demandé s'il le trouvait plus intelligent que lui; ou s'il se trouvait sexy en bas résille.

Cette fois, Liam savait sur quoi il méditait aussi intensément.

Cela faisait six mois qu'ils avaient laissé Scorpius emmené Rose chez Merlin. Six mois, que leur espion revenait en leur répétant toujours la même chose: elle n'avait toujours pas craqué.

Au-delà de ça, pas mal de choses avaient bougé de leur côté. Albus s'était définitivement installé chez Liam. Les parents d'Albus avaient apporté toutes ses affaires et Liam avait enfin fait la connaissance du grand Harry Potter. La première rencontre fut pour le moins gênante. Liam avait en tête tout ce qu'il avait appris sur ce héros, digne des plus grandes sagas de fantasy. Et avoir un homme qui était mort et était ressuscité comme beau-père était très impressionnant pour le policier. Mais Liam serra la main d'un homme ordinaire. Il sentit immédiatement sa profonde tristesse et le deuil des parents d'Albus. L'homme était souriant mais une ombre de chagrin affaissait ses traits et le rendait très vulnérable. Liam avait bafouillé des condoléances pour leur perte et s'était présenté avec beaucoup d'embarras. Il avait bien compris que l'homosexualité chez les sorciers était un grand tabou. Mais d'après Albus, une fois couché dans leur chambre, ses parents avaient plutôt bien pris la nouvelle. Harry s'était mué dans un silence inquiétant pendant quelques jours pour ensuite affirmer à qui voulait bien l'entendre, qu'il était fier de son fils. Ginny qu'il trouva incroyablement belle pour son âge, lui avait souri avec beaucoup de bienveillance, lui demandant à l'oreille de prendre soin de son fils.

— Sinon, je te jette un sort qui te fera regretter d'être né…, avait-elle ajouté.

Elle avait chuchoté sa menace avec une voix si effrayante que Liam frissonna alors qu'il savait pertinemment que la magie n'avait toujours aucun effet sur lui. Il comprit d'où venait le caractère bien trempé de la petite Lily et se promit de ne jamais mettre en rogne les femmes Potter.

Durant l'emménagement d'Albus, Liam fit aussi la connaissance de quelques membres de la famille. Ainsi, il rencontra le mari de Lily, Thomas, un homme plutôt réservé mais qui contemplait sa femme avec une véritable adulation. Il revit les parents de Rose. Ron Weasley était venu apporter les avis de recherches pour Rose. Il expliqua qu'il les avait placardé un peu partout dans le Monde des Sorciers. Tous les sorciers et sorcières savaient que Rose Weasley avait disparu et la nouvelle avait même fait les gros titres dans la Gazette. Albus était satisfait. Cela faisait partie de leur plan. Ainsi, ils n'éveilleraient pas les soupçons.

— Et…, demanda Ron d'une voix mal assurée, elle souffre?

— D'après ce que nous rapporte Scorpius. Oui...elle en bave, avait répondu Albus avec un sourire gêné.

Ron devint blême mais la présence de son épouse le détendit rapidement. Hugo et Lily avaient pris le temps de les mettre au courant de toute leur avancée et surtout du plan. Ron avait été choqué d'apprendre ce qu'ils avaient fait mais après lui avoir assuré que c'était la seule solution, il y consentit et félicita même son fils pour ses prouesses. Il eut plus de mal à accepter l'homosexualité de son neveu et Liam avait remarqué qu'il se tenait à distance de lui, comme s'il pouvait le contaminer d'une maladie étrange.

— Il faut l'excuser, lui expliqua Hermione. Il vient d'une famille de sorciers de pure souche. Ils n'ont pas l'habitude.

Liam n'aimait pas beaucoup Mr. Weasley. Il le comparait sans cesse à sa soeur qui elle, même si elle venait de la même famille de "sorciers de pure souche", avait parfaitement accepté la relation de son fils avec un homme. En revanche, Liam appréciait de plus en plus Hermione Weasley. Il la trouva immédiatement intelligente et courageuse. Lorsqu'elle apprit de la bouche de Scorpius que le petit-fils du ministre de la Magie était mêlé au complot de Merlin, la sénatrice dépêcha très vite une équipe pour surveiller les moindres faits et gestes de la famille.

— Je ne doute pas de Kingsley, avait-elle affirmé, et les rapports me confirment qu'il ne sait rien de tout cela. Je ne peux cependant pas le mettre au courant. Il y a un trop gros risque de fuite. Nous ne pouvons pas l'arrêter pour ce motif non plus. Le sénat est encore très réticent à croire en l'existence des sources et peu oseront condamner le petit-fils du Ministre, surtout avec si peu de preuves. Mais nous pouvons le piéger autrement. J'envisage de jeter un oeil à ses comptes. Si l'on s'y prend bien et avec l'aide du sénateur des Gobelins, on pourrait confisquer son coffre à Gringotts. Ça coupera une partie des revenus de Merlin.

Ron Weasley n'avait pas chômé non plus. Il remonta dans l'estime de Liam en le disculpant auprès de ses supérieurs. Liam fut lavé de tous soupçons et il put reprendre son poste d'inspecteur. Il fut ravi de retrouver son insigne et son arme, se sentant moins à nu face aux dangers. Il ne chercha pas à savoir comment ils s'y étaient pris pour laver son nom et le faire réintégrer. Mais Liam fut ravi de retrouver son emploi. De retour dans son commissariat, il pouvait enfin agir en conséquence et en liaison directe avec les aurors et la brigade de la police magique. Ensemble, ils débusquèrent pas mal de planques de Merlin où était stockée ou distribuée la drogue dans toute la ville. Liam s'occupa des gangs moldus qui travaillaient avec les divers chefs de réseaux de Merlin. Son chef et ses collègues furent impressionnés par ses réussites et on lui annonça même qu'il serait prochainement décoré pour service rendu à la ville. Bien sûr, les oubliators se chargèrent de faire disparaître la marchandise confisquée par les forces de l'ordre moldu. Il était totalement exclus que les scientifiques repèrent les propriétés magiques de la "Potter".

Du côté des sorciers, Ron et Harry menèrent des opérations pour arrêter certains éléments gorgés de magie qui servait Merlin. Ils n'arrivèrent cependant jamais à approcher suffisamment les gros bonnets, bien terrés dans leur sanctuaire. De toute façon, même s'ils arrivaient à les localiser (avec l'aide de Scorpius), ces hommes étaient trop puissants et ils n'étaient pas encore prêts pour les affronter.

Les choses avançaient et les événements tournaient en leur faveur. Liam percevait la bouffée d'espoir qui montait en chacun d'eux, l'espoir de la victoire sur Merlin. Comme l'avait dit Albus, ils travaillaient enfin tous ensemble et à présent, ils attendaient le bon moment pour porter le coup décisif.

Ils attendaient que Rose parle.

— Ça fait longtemps qu'elle aurait dû craquer, non? fit Liam en prenant un bouchée de son plat chinois.

— Oui, c'est très bon, marmonna Albus, toujours perdu dans ses pensées.

Liam émit un petit rire et Albus se réveilla enfin.

— Hein? Quoi? balbutia Albus en clignant des yeux.

— Je disais... Elle aurait dû parler depuis longtemps.

— Oui, dit Albus en reprenant son air pensif. C'est bizarre. On y est allé un peu fort avec Hugo.

— Ou alors, ils sont moins puissants qu'on ne le croit.

— D'après nos estimations, elle devait craquer au bout de deux mois, trois maximum. Ça fait presque le double.

— Tant mieux, se réjouit Liam. Ça nous laisse plus de temps pour nous préparer.

Albus ne répondit pas. Liam vit qu'il était retourné dans son monde de réflexions. Mais cette fois, ses sourcils se fronçaient sur ses lunettes rondes et ses yeux verts fixaient ses nouilles avec une mine renfrognée. Cette inquiétude visible sur son visage commençait à inquiéter Liam. Albus avait souvent tendance à noircir le tableau pour parer à toutes les éventualités, même les plus dramatiques. Or, s'il en croyait son expression, cette situation ne lui plaisait pas du tout.

— Tu crois que quelque chose cloche? demanda Liam qui commençait à s'inquiéter, lui aussi.

— J'en sais rien. Je ne vois pas ce qui pourrait arriver. J'ai envisagé tous les scénarios.

— Sauf celui où Rose ne parle pas?

— C'était tellement peu probable…

Un bruit sourd sur la fenêtre du salon les firent sursauter. Liam tourna la tête vers le son qui ressemblait à des tapotements frénétiques. Il découvrit une chouette effraie frapper le carreau de la pointe de son bec. Albus délaissa son repas et se leva. En voyant le sorcier approcher, l'oiseau se mit à agiter les ailes, impatient qu'il lui ouvre.

— Je m'y ferai jamais, murmura Liam en reprenant son repas.

Albus ouvrit la fenêtre et le volatile lui tendit sa patte où était accrochée une lettre jaunie. Dès qu'il fut libéré de son paquet, l'oiseau s'envola dans le ciel blanc d'hiver.

— C'est Scorpius? demanda Liam lorsqu'Albus le rejoignit à table, les yeux rivés sur la lettre.

— Non, c'est le Ministère.

— Ta tante?

— C'est une lettre officielle qui porte le sceau du Département des Mystères.

— Ton boulot? s'étonna Liam. Tu crois qu'ils veulent te virer parce que t'es resté absent pendant plusieurs mois?

— Je suis revenu! se défendit Albus. Ça fait plusieurs mois que je récure les cuves des cerveaux sans me plaindre (Liam toussota bruyamment), enfin presque… Alors que j'ai d'autres préoccupations bien plus importantes que des cerveaux inutiles de grade 1.

— En même temps, ils ne savent pas vraiment ce qu'il se passe. Tu ne peux pas leur en vouloir.

Albus grommela en haussant les épaules. Il ouvrit la lettre et la parcourut des yeux. Au fur et à mesure de sa lecture, Liam vit son visage devenir blême.

— Quoi?! s'exclama Liam. Ils t'ont vraiment viré?

— Non... , dit-il en levant les yeux vers lui.

— Alors quoi?!

Il tendit la lettre à Liam et celui-ci la lui prit sans ménagement. Il la parcourut des yeux.

— Attends…, dit-il. Ça dit que Gelbero est mort. C'est qui ce Gelbero.

— Mon patron, répondit Albus qui n'avait toujours pas repris de couleurs. Ça veut dire que la Langue-d'or est morte.

OoO

Albus avait été convoqué au Département des Mystères le lendemain de la réception du courrier qui lui avait annoncé la mort de Gelbero. Il avait transplané dès la première heure et s'était engouffré dans le grand hall bondé, dans la direction des ascenseurs dorés. Albus avait du mal à réfléchir calmement au pourquoi on l'avait convoqué. La mort de la Langue d'or le plongeait dans un tourment de questions, à commencer par ce qui avait provoqué ce trépas. Après la mort de Lewis, il s'était interrogé sur le lien qu'il pouvait avoir entre Merlin et le Département des Mystères. Il n'osait imaginer la réponse et refoulait la tristesse que lui inspirait, en réalité, la mort de son ancien maître. Est-ce que Gelbero avait été assassiné?

Lorsqu'il arriva au neuvième étage et qu'il traversa le long couloir noir pour se rendre dans la salle principale du Département des Mystères, Albus fut frappé par la foule de sorciers en robes noires rassemblés dans le hall. Tous discutaient avec animation dans un brouhaha inhabituel pour ce Département. Albus comprit que, comme lui, ils avaient tous reçu la lettre qui annonçait la mort de la Langue-d'or et ils avaient tous été priés de venir ce matin.

Il fit quelques pas et une jeune femme qui lui sembla familière, s'avança vers lui.

— C'est bien que tu sois là, dit-elle avec un sourire timide.

Albus la détailla pour essayer de se souvenir de son nom. Elle ne travaillait pas dans la salle des cerveaux, ça il en était sûr. Et comme leur serment les obligeait à se taire, il avait pu rarement échanger quelques mots avec ses collègues des autres salles. La jeune femme était plus âgée que lui, de longs cheveux noirs et des yeux d'un bleu profond. Du tréfonds de ses souvenirs, Albus réussit à faire émerger un nom.

— Genna, c'est ça? Tu travailles dans la salle du temps.

— Travaillais plutôt! Maintenant que la Langue-d'or est morte, beaucoup de choses vont changer.

— J'ai peur que ça ne dépende de la personne qui prendra la suite, intervint un vieil ami d'Albus.

Kaleo fendit la foule pour s'approcher des deux jeunes gens. Il avait retrouvé le sourire, pour une fois, et Albus trouva cela déplacé compte tenu des événements.

— Que voulez-vous dire? demanda Albus.

— C'est vrai que vous êtes encore jeune. Mais moi, c'est ma deuxième succession. Et je peux vous garantir que le service change pas mal selon la personne à sa tête.

— Comment ça se passe? demanda Genna.

— On va devoir voter pour la prochaine Langue-d'or. Il faut une majorité. Et un candidat s'est déjà annoncé.

Il se tourna vers la foule et Albus suivit son regard. Plusieurs langues-de-plomb se regroupaient autour de Pickerry. Celui-ci se tenait bien droit au milieu de ses admirateurs qui le congratulait déjà pour sa prochaine victoire. Il arborait un air triomphal.

— Pickerry? s'étonna Albus.

— C'est assez logique, fit Genna en haussant les épaules. Il secondait Gelbero depuis des années. Il est le mieux placé pour reprendre les rênes.

— Oui, c'est probable, dit Kaleo sans grande conviction.

— Vous ne le pensez pas apte? demanda Albus qui avait remarqué son ton.

— C'est vrai qu'il est ici depuis des années. Mais Pickerry est ambitieux et s'intéresse plus au pouvoir qu'au savoir. En plus, il est normalement chargé de la réserve et voyez dans quel état elle est… Ça donne une idée dans quel état seront les salles s'il devient une langue-de-plomb.

— Et pourquoi pas vous? demanda Genna.

Kaleo eut un petit rire.

— On m'a déjà demandé d'être candidat à cause de mon ancienneté. J'ai refusé.

— Mais pourquoi?

— Je me fais vieux, dit-il d'une voix fatiguée. J'ai dépassé depuis longtemps l'âge de la retraite. En temps normal, le métier dure jusqu'à la fin de notre vie ou celle de la Langue-d'or. Maintenant que Gelbero est décédé, je suis libéré de mon serment et je ne suis pas sûr de vouloir le renouveler. Surtout si c'est avec un homme comme Pickerry.

— Quoi? s'exclama Albus. Vous êtes en train de nous dire que nous ne sommes plus sous serment, là?

— Oui puisque Gelbero n'est plus.

Albus n'en croyait pas ses oreilles et en même temps, une petite voix lui disait que c'était tout à fait logique. Un serment inviolable ne prenait fin que lorsqu'un des partis trouvait la mort, annulant ainsi la promesse faite entre les deux personnes. Machinalement, Albus releva sa manche sur son avant-bras pour vérifier. Sa peau pâle était immaculée. Tout à coup, il se sentit comme délesté d'un énorme poids. Il n'avait plus la menace d'une mort imminente s'il parlait. Il était libéré du poids du savoir. Enfin.

L'esprit d'Albus était taraudé par une autre question très importante. Il jeta un coup d'oeil à Genna qui les observait en silence. Il ne pouvait pas aborder le sujet à côté de la jeune femme qu'il connaissait à peine. Par contre, Kaleo était une personne de confiance. Du moins, l'inspirait-il.

— Je peux vous parler en privé? demanda-t'il à la langue-de-plomb.

— Bien sûr.

Ils s'excusèrent auprès de Genna qui s'étonna quelque peu de ce brusque besoin de s'éclipser. Elle grommela quelques mots avant de rejoindre le groupe de langues-de-plomb le plus proche. Albus entraîna Kaleo dans un coin, à l'abri des regards et baissa la voix pour que personne ne puisse surprendre leur conversation.

— Savez-vous de quoi la Langue-d'or est morte? demanda-t'il à mi-voix.

— Je ne connais pas les détails mais d'après ce qu'on raconte, il serait mort de vieillesse, dans son sommeil.

— On est sûr de cela? Je veux dire...quelqu'un a vérifié? insista Albus.

— À quoi pensez-vous? fit Kaleo, un peu troublé.

Albus hésitait à répondre. Même s'il n'était plus sous serment, aborder ses craintes aussi directement le mettait mal à l'aise. Il avait l'impression de commettre une erreur. Mais il devait savoir. Kaleo comprit son trouble avant qu'il n'ait à l'exprimer.

— Vous pensez que la Langue-d'or n'est pas morte naturellement?

— Je ne sais pas, répondit Albus avec prudence. Ce serait risqué de vous parler de ce que je sais mais un grand danger menace notre monde. Gelbero savait des choses qui pourraient précipiter les évènements. Vous comprenez pourquoi sa mort…

— Je suis un peu perdu, répondit Kaleo en fronçant ses sourcils blancs.

— Je préfère ne pas vous impliquer outre mesure. Mais même si la mort de Gelbero est naturelle, ce qu'il gardait est bien trop précieux pour le confier à n'importe qui. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas reprendre la tête du Département des Mystères?

Kaleo secoua doucement la tête.

— Vous êtes bien gentil de penser à moi. Mais vous comprendrez que j'ai supporté bien trop longtemps le poids du savoir. Je suis fatigué, Albus. Je pense avoir mérité de me reposer enfin.

Albus ne le contredit pas. Il ne pouvait pas lui faire la morale ou essayer de convaincre, lui qui avait déjà enduré, du peu d'expérience qu'il avait de ce métier, le fardeau que représentait leur profession. En lui disant ces mots, le vieillard paraissait vingt ans de plus. Malgré sa haute taille, Albus eut l'impression qu'il se tassait sur lui-même, abattu par des dizaines d'années de silence.

— Mais si vous tenez à protéger ce secret, il y a une autre possibilité. Un candidat qui serait une bonne langue-d'or.

— Qui?

— Vous.

— Moi! s'étonna Albus.

Il était vrai que cette fonction était plaisante. La solution proposée par Kaleo était logique. S'il voulait garder la source du ministère en sûreté, gardée par une personne de confiance, il ne voyait que lui. Mais cela voulait dire porter la charge de nombreux secrets, beaucoup plus que ce qu'il avait déjà dû supporter. À l'époque aussi, il avait pensé que devenir une langue-de-plomb était la meilleure solution pour obtenir des réponses et sauver tout le monde. Mais il avait payé le pire des prix et les conséquences le hantaient encore. Maintenant qu'il avait compris qu'il n'y arriverait jamais seul, qu'il était enfin entouré de tous ses proches, il lui était impossible de faire machine arrière.

— Je suis trop jeune…, se défendit Albus sans vouloir exposer les véritables raisons. Ils ne voteront jamais pour moi.

— N'en soyez pas si sûr, dit Kaleo avec un sourire. Vous êtes le fils d'Harry Potter. Avec vous comme Langue-d'or, la liaison entre le Ministère, les aurors et la brigade de police magique se fera plus en douceur. Nous aurons plus de poids au sénat.

Les deux hommes furent interrompus par une annonce. On les enjoignit à se rendre dans la salle numéro deux. Kaleo adressa un dernier sourire à Albus avant de lui tapoter l'épaule. Ensuite, ils suivèrent le flot de robes noires qui se dirigeaient toutes vers la porte noire de l'arcade de la mort.

Albus était perturbé par la proposition de Kaléo. Et malgré l'excitation de sa première élection, il gardait une mine sombre, préoccupé par ce qui allait arriver. L'élection d'une Langue-d'or était un événement unique en son genre, bien que terni par la mort de la précédente. Comme lors de sa première visite, Albus fut immédiatement subjugué par l'aura pleine de mystère de l'arcade de la Mort. Lorsqu'il traversa, en file, le premier palier des gradins de pierre, il vit en bas, sur la petite butte où siégeait le grand dolmen fendu, deux langues-de-plomb et un corps enveloppé d'un drap de velour rouge, comme celui que portait son frère au moment de ses funérailles. La gorge d'Albus se noua. Le souvenir de ce jour lui revenait souvent en rêve sous la forme d'horribles cauchemars qui le réveillaient en larmes avec l'impression curieuse d'avoir croisé son frère, bien en vie, durant une fugace seconde.

Tandis que ses collègues prenaient place dans les gradins, en groupe compact, Pickerry descendit les marches et rejoignit l'arène. Il se hissa sur la butte et se tourna vers l'assemblée, un visage triste et sombre.

— Chers amis, tonna-t'il d'une voix forte qui résonna dans la salle, comme le veut la tradition, nous allons procéder aux derniers hommages rendus à un homme exceptionnel. Wulfric Gelbero, vingt-troisième Langue-d'or, était un sorcier d'une sagesse et d'une patience exemplaire…

Pickerry continua son discours par quelques anecdotes. Durant son laïus, Albus vit quelques langues-de-plomb, les plus âgées, renifler bruyamment. Albus se sentait lui aussi triste pour le sort de son ancien maître. Mais cette tristesse était bien loin de la souffrance de la perte de son frère et il s'en voulut pour ça. Il se souvint des derniers mots qu'il avait échangés avec Gelbero. Leur dernière conversation, alors qu'il revenait du cerveau de Merlin et où il avait découvert la véritable existence du Saint-Graal. Gelbero lui avait dit qu'il ne serait délivré du savoir qu'avec la mort. À l'époque, Albus était loin de se douter qu'il s'agissait de sa mort à lui. Malgré ses incertitudes quant aux causes de son décès, il avait l'impression que le vieux sorcier s'était comme sacrifié pour le libérer. Comme s'il avait répondu à son appel à l'aide par son trépas, lui permettant enfin d'agir à sa guise, pour sauver le monde des sorciers.

Le discours de Pickerry s'acheva enfin. Un silence suivit ses derniers mots et il se tourna vers les deux langues-de-plomb qui avaient patienté derrière lui. Elles agitèrent leur baguette et le corps de Gelbero s'éleva dans les airs. Avec une lenteur infinie, il flotta vers le rideau lugubre et émietté de l'arcade. Il la traversa et disparut derrière.

Les langues-de-plomb s'étaient alors levées. Albus suivit le mouvement, ne quittant pas des yeux le menhir de pierre, symbole de mort. Quand tout fut terminé, l'assemblée applaudit poliment pour le remercier de ses loyaux services.

Quand tout fut terminé, Pickerry enjoignit les langues-de-plomb à se rasseoir. Lui-même quitta le site sacré et rejoignit ses collègues dans les gradins.

— Bien, il est temps maintenant de nommer une nouvelle Langue-d'or.

Albus trouvait son empressement déplacé. Mais il comprit que c'était la norme, la tradition car personne ne protesta. Quelques vieux sorciers acquiescèrent.

— Comme le veut l'usage, dit-il d'une voix solennelle, les candidats au poste de la Langue-d'or doivent se présenter dès maintenant. Une fois les candidats révélés, ils devront convaincre l'assistance de voter pour eux. Ensuite, chacun d'entre nous votera selon son âme et conscience, ce qui est le mieux pour notre département, celui ou celle qui sera à même de représenter nos intérêts au Sénat. S'il n'y a qu'un seul candidat, celui-ci sera désigné d'office et il n'y aura pas de vote.

Albus tiqua. Pickerry exposait déjà les difficultés du poste pour décourager les éventuels courageux. Il décrivait une personne qui avait les épaules et qui avait déjà baigné dans ce milieu. De manière détourné, il récitait déjà son discours pour convaincre l'assemblée. Albus se tourna vers Kaléo, assis à quelques rangs de lui. Il fixait Pickerry avec une moue amusée.

— Bien, pour commencer… Y-a-t'il des candidats?

Pickerry leva la main après avoir posé sa propre question. Il sonda ses collègues, d'un regard noir et suspicieux. Kaléo se tourna vers Albus, plein d'espoir. Celui-ci était en pleins doutes, partagé entre la raison et ses sentiments. Même s'il se portait candidat, il y avait peu de chance que les autres votent pour lui. Pickerry avait déjà des alliés, du poids parmi ses collègues, de l'expérience. Albus était encore un novice et il avait fuit son travail pendant des mois pour se lancer à la recherche du Saint-Graal avec Liam. Et même si par miracle, il accédait à ce poste, qu'est-ce que cela amènerait pour lui? Une vie de solitaire, à batailler contre les idées reçues des sorciers, à se faire malmener par le Sénat, craint par ses pairs et par sa famille, ses amis, par tout le monde. Gelbero n'avait pas l'air d'un homme heureux. Il avait bien dit à Albus quel sacrifice engendre la quête du savoir. Même s'il avait cru être capable de le supporter, il ne l'était plus à présent. Il ne voulait plus de ce cadeau.

— Personne? demanda encore Pickerry, toujours la main levée.

Avec un sourire satisfait, il constata qu'il n'y avait aucun autre candidat. Albus vit Kaléo secouer lentement la tête, déçu.

Une langue-de-plomb qu'Albus ne connaissait pas, se leva de sa chaise pour rejoindre Pickerry qui arborait ce même sourire triomphant.

— C'est officiel, Perceval Pickerry est notre vingt-quatrième Langue-d'Or!

OoO

— Tu es sûr de ton choix?

Albus se trouvait dans le bureau de la Langue-d'or, anciennement celui de Gelbero et maintenant celui de Pickerry. Ils avaient tous été convoqués, un par un, après la cérémonie et l'élection. Kaléo lui avait expliqué que c'était la procédure habituelle. Après la nomination d'une nouvelle Langue-d'Or, le serment devait être renouvelé pour tous les employés. En entrant dans le bureau, Albus avait réalisé soudain que Pickerry avait dû prêter son propre serment. Il avait dû prendre connaissance de la source derrière la porte scellée et en devenir le nouveau gardien. Il espérait de tout coeur n'avoir pas commis d'erreur. Aucune option ne lui plaisait et il savait que s'il avait accepté le poste, il en aurait commis une à coup sûr. Il priait seulement de n'avoir pas commis la pire.

Le bureau était resté intact et cela ne l'étonna pas. Quelques heures plus tôt, ils étaient encore en train de dire adieu à Gelbero. Pickerry n'avait pas encore pris ses marques et Albus pouvait encore sentir la présence de son ancien maître. Pickerry siégeait sur son nouveau trône d'or, fier comme un paon. Quand il vit Albus arriver, il le salua poliment.

— Tu étais proche de Gelbero, n'est-ce-pas?

— On peut dire ça.

— Je te l'assure, lui dit-il avec un sourire. Le vieux bougre parlait de toi avec beaucoup de tendresse. Il disait que tu avais énormément de potentiel.

Albus ne répondit pas.

— Il t'avait confié une mission, je crois?

— Oui, celle de découvrir ce qui était arrivé à Lewis.

— Et tu l'as fait?

Pickerry dévisageait Albus, avide de savoir. Celui-ci hésita. La première impulsion du jeune sorcier était de tout lui révéler: Merlin, la source, Stonehenge, les travaux de Lewis. Mais une autre, lui intimait le silence. Il n'avait pas assez confiance en Pickerry pour lui confier ses secrets, même s'il l'avait laissé devenir une Langue-d'or. A vrai dire, Albus ne savait pas qu'elle était la meilleure chose à faire. Le prévenir? Et puis qu'allait-il faire au juste, même s'il savait? Gelbero lui avait bien dit que lui-même, aussi puissant soit-il, il n'avait aucun pouvoir sur le déroulement des choses. Une Langue-de-plomb est un observateur, un gardien du savoir, il n'a pas le droit d'agir. Il en serait de même pour Pickerry, même si tout cela lui échappait encore.

— Non, mentit Albus. J'ai échoué.

Pickerry soupira.

— Beaucoup d'entre nous ont critiqué la décision de Gelbero à t'accorder une telle mission. Tu es trop jeune, trop inexpérimenté. Il aurait mieux valu que tu restes à ta place. Mais je suppose qu'il a été abusé par la renommée de ton nom.

Albus serra les poings. Il contena sa rage et se tut.

— Mais d'après ton collègue, même si tu as disparu pendant de nombreux mois à cause de la tâche que t'avais confié mon prédécesseur, tu as fait du bon travail. Je serai stupide de renvoyer un aussi bon élément, ou du moins prometteur. C'est pour cela que je consens gracieusement à renouveler ton serment.

— Non merci, répondit Albus.

— Pardon?

— Je ne désire pas renouveler mon serment. Je veux quitter le Département des Mystères.

Un lourd silence suivit ses paroles. Albus fixa Pickerry, sûr de sa décision. Il l'avait déjà prise quand il avait vu le corps de Gelbero passer l'arcade de la mort. Il ne voulait plus observer, plus craindre la mort au moindre mot prononcé. Il voulait agir, se battre pour ses proches. C'était la seule solution.

— Tu es vraiment sûr? demanda Pickerry d'une voix plus douce. C'est un grand honneur que de se consacrer au savoir. Tu as du talent, Albus. Il serait dommage d'abandonner si vite.

— Je sais, dit Albus. Mais ma décision est prise.

— Est-ce ma faute? tenta Pickerry en fronçant ses sourcils. Est-ce à cause de ma nomination? Tu n'approuves pas?

— Si je n'approuvais pas, je me serais porté volontaire comme candidat.

Pickerry pinça les lèvres, visiblement contrarié. Albus n'avait pu s'empêcher de lancer cette boutade. C'était de la pure provocation mais il aima l'air renfrogné de la nouvelle Langue-d'Or.

— Bien, finit par dire Pickerry. Je suppose que tu sais ce qu'implique un abandon? Au lieu du serment, je vais devoir t'oublietter pour que tu ne puisses révéler nos secrets.

Albus masqua sa surprise. Il ne s'était pas attendu à cela. Il ouvrit la bouche pour protester mais la referma. Si c'était la condition de sa libération, il ne pouvait plus reculer. Pickerry sourit en remarquant son trouble. Il s'attendit à ce que le jeune sorcier ne change d'avis, mais Albus n'en fit rien. Il poussa un profond soupir et acquiesça.

— Qu'il en soit ainsi.

Pickerry se leva de son siège doré et sortit sa baguette de sa poche. Tandis qu'il s'approchait de lui, Albus se mit à s'inquiéter.

— Allez-vous m'enlever tous mes souvenirs depuis mon arrivée ici? demanda-t'il.

Il pensait à Liam, à leur rencontre, à ce qu'ils avaient partagé, à ses sentiments pour lui. Il acceptait d'oublier ses connaissances mais pas le souvenir de Liam. Jamais!

— Ne crains rien, répondit Pickerry. Je ne vais effacer que les souvenirs en lien avec le Département des Mystères.

Cela ne rassura pas Albus qui se mit à craindre le pire. Il se concentra de toutes ses forces. Pas Liam…, se disait-il. Pas lui. Tout ce que vous voulez mais pas lui.

Lorsqu'il vit la baguette de Pickerry pointée sur lui, Albus ferma les yeux. Il attendit le son de la formule et lorsqu'il arriva, il ne vit que du blanc, le même blanc que dans la partie cachée du cerveau de Merlin.

OoO

Liam était inquiet. Albus n'était toujours pas rentré.

Il avait quitté le boulot plus tôt, impatient de revoir son petit-ami qui avait reçu cette convocation si étrange. Mais lorsqu'il entra dans leur appartement, il fut déçu de n'y trouver personne. Albus n'était pas là. Au début, Liam pensa qu'il avait été retenu. Mais au fil des heures, alors que le soir d'hiver tombait sur la ville, le sorcier n'était toujours pas revenu. Alors, Liam commençait à s'inquiéter.

Il se mit à tourner en rond, tout seul, dans son salon. Son premier réflexe quand il voulait savoir où se trouvait un proche, était de l'appeler. Mais Albus était un sorcier et il n'avait pas de portable. Liam ne savait pas comment envoyer un hibou, ni où l'envoyer. Il ne savait pas non plus comment contacter ceux qui auraient pu savoir où il se trouvait. Comment communiquer avec des sorciers? Avec Scorpius? Lily? Ses parents? Scorpius avait bien un portable mais il n'avait pas pensé à lui demander son numéro.

Où était Albus? Sans doute au Ministère. Mais où se trouvait ce putain de Ministère de la Magie? Albus lui avait parlé d'un énorme bâtiment sous terre, quelque part à Londres. Mais où? Et aurait-il pu seulement y entrer? Même s'il arrivait à le voir en patrouillant un peu partout, alors que les sorts anti-moldus n'avaient aucun effet sur lui, il n'était pas sûr que l'entrée ne soit pas un système magique dont l'accès lui serait alors totalement impossible. Liam n'avait pas les capacités pour le localiser, ni le contacter. Il était impuissant et cela le rendait fou.

Alors qu'il était prostré sur son canapé, sa tête entre ses mains, essayant de calmer sa panique depuis des heures, il entendit soudain des coups sur la porte. Liam bondit et se précipita sur sa porte. Il fut soulagé de découvrir Albus qui le contemplait, un peu perdu.

— Mon Dieu! Al! s'exclama Liam. Où étais-tu passé? J'étais mort d'inquiétude!

Lorsqu'il croisa son regard, il comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Albus avait une étrange expression qui lui rappelait celle qu'il avait après la mort de son frère.

— Albus? appela-t'il plus calmement.

Sans prévenir, le sorcier se jeta dans ses bras. Liam poussa un petit cri de surprise. Le choc de son geste le fit reculer de quelques pas et Albus le serrait toujours, de toutes ses forces.

— Albus? dit encore Liam qui ne comprenait pas.

Celui-ci ne disait rien. Il se contentait de se presser contre lui. Au bout d'un moment, Liam le prit, à son tour, dans ses bras. Sous ses doigts, il constata qu'Albus était en train de trembler.

— J'ai eu peur…, murmura Albus. J'ai cru que je t'avais oublié, dit-il d'une voix étranglée par l'émotion. Je ne savais plus où j'habitais. Cette adresse m'est venue en tête et je ne savais pas qui allait m'ouvrir.

Il se redressa et plongea son regard dans celui de Liam qui ne comprenait toujours pas. Albus pleurait doucement mais Liam savait que ce n'était pas de tristesse mais de joie.

— Quand je t'ai vu, dit-il encore avec un grand sourire. Je me suis souvenu. Je me suis rappelé de toi.

— Albus, tu pourrais m'expliquer un peu, hasarda Liam. Tu me fais un peu flippé, là.

Albus ne répondit pas tout de suite. Il se mit à rire faiblement, le visage baigné de larmes. Puis, il embrassa Liam avant qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit. À travers ce baiser, Liam sentit tout l'amour qu'Albus éprouvait pour lui. Il ne se souvint pas avoir été embrassé de la sorte, avec autant de fougue et de joie. C'était comme s'ils s'étaient quitté pendant des mois pour se retrouver enfin, alors qu'il lui avait dit au revoir ce matin. Même s'il ne comprenait rien, Liam ne s'en plaignit pas. Il lui rendit son baiser au centuple.

Lorsqu'ils se détachèrent l'un de l'autre, Albus attira Liam sur le canapé et lui expliqua tout. Celui-ci fut choqué d'apprendre qu'il avait été oublietté.

— Tu aurais pu m'oublier…

En prononçant ces mots, il comprit soudain quelle détresse avait saisie Albus. Il sentit une profonde inquiétude l'envahir à l'idée que le sorcier n'ait plus aucun souvenir de leur relation. Liam caressa la joue d'Albus. Celui-ci lui sourit tendrement.

— Après le sortilège, j'étais complètement déboussolé, dit Albus. Il m'a fallu plusieurs heures avant de rassembler les souvenirs qu'il me restait. J'ai failli revenir à mon ancien appartement avant de me souvenir que j'habitais ici maintenant.

— Tu as dû avoir très peur.

— Un peu…, mentit Albus.

Liam l'embrassa encore, n'osant imaginer ce qui se serait passé pour eux si Albus l'avait bel et bien oublié.

— Par contre, dit Albus après leur baiser, je ne me souviens absolument pas comment on s'est rencontrés.

— Sérieux?!

— Si ça a un lien avec mon ancien emploi, c'est plutôt logique, se moqua Albus.

— Tu ne te souviens pas de notre enquête? Merlin? Les sources? Notre nuit à Poudlard?

Albus nia, l'air gêné.

— Tout ce que je sais, c'est que je t'aime.

Liam se sentit soudain profondément ému. C'était la première fois qu'il le lui disait directement. Il était cependant curieux que sa première déclaration se fasse dans un tel contexte, alors qu'il avait oublié tout le reste.

— Heureusement que ton serment n'avait aucun effet sur moi. Moi, je me souviens de tout.

— Alors, tu vas pouvoir tout me raconter.

Liam sourit.

— Par quoi commencer?

Ce fut au tour de Liam de tout lui raconter. Il n'omit aucun détail sur leur rencontre et rit en se rappelant l'avoir surpris. Liam était toutefois déçu de jamais avoir demandé le ressenti d'Albus à l'époque, ce qu'il avait pensé de lui la première fois qu'il l'avait rencontré. Le jeune homme ne perdait pas une miette de son récit, souriant de temps en temps sur des anecdotes du début de leur relation. Mais Albus perdait son sourire lorsque Liam abordait des sujets plus sensibles comme la mort de Lewis et toutes les découvertes sur les sources. Et Albus se mit soudain à pleurer lorsque Liam aborda la mort de son frère.

— Je me souviens, murmura-t'il tandis que de grosses larmes coulaient le long de ses joues.

Touché par sa tristesse, Liam le prit dans ses bras pour le consoler. Il fallut un petit moment à Albus pour se remettre de ses émotions qui avaient refait surface comme au premier jour. Finalement, il se calme et écouta la suite du récit. Il aborda leur voyage à Poudlard et ce qu'ils y avaient découvert. Puis, Liam se tut car il remarqua que les joues d'Albus se mirent à rougir.

— Qu'est-ce que tu as? demanda-t'il avec un sourire malicieux.

Albus ne répondit pas mais son regard changea. Liam avait déjà vu cette expression, la même nuit à Poudlard lorsqu'il était venu toquer à sa porte.

— Tu te souviens de ça aussi…, murmura-t'il en caressant son visage.

— Oui... , dit-il d'une voix rauque.

Albus se pencha vers lui et l'embrassa encore. Mais cela n'avait rien à voir avec le baiser qu'il lui avait donné en rentrant. Il était beaucoup plus passionné, teinté d'un érotisme qui fit vibrer Liam de la tête aux pieds. Lorsqu'ils se détachèrent, Liam se leva et tendit sa main à Albus.

— Viens… Je connais une meilleure méthode que les mots pour te rafraîchir la mémoire.

Ils se dirigèrent vers leur chambre à coucher. Lorsque Liam referma la porte, Albus se colla à lui. Son souffle était rauque et ses joues en feu. Liam ne l'avait jamais vu aussi excité et il ne devait bien avouer que lui aussi. Albus posa sa main sur son entrejambe et sourit.

— Toi aussi, tu t'en souviens…, murmura-t'il à son oreille.

— Evidemment, idiot. Comment j'aurais pu oublier?

Tout en s'embrassant, Liam attira Albus sur le lit. Il se coucha sur lui et continua à l'embrasser tout en le caressant. Le souffle d'Albus se fit plus court. Il passa ses mains sur ses épaules et prit le dessus sur lui en le retournant sur le dos. Albus était assis sur lui, les mains sur son torse et Liam se mit à l'admirer avec un sourire. Cet homme lui appartenait. Au-delà de la magie, du monde des moldus et de celui des sorciers, il était lié à lui pour la vie. C'était lui et personne d'autre. Et aucun sortilège d'amnésie ne pouvait briser ça.

Liam tendit la main vers le tiroir de la table de nuit, là où il rangeait ce dont il avait besoin pour se faire du bien. Mais Albus était pressé. Les souvenirs rejaillissaient dans sa tête et l'excitation n'en était que plus forte. Il revivait l'instant comme si c'était la première fois. Dans chaque caresse, chaque baiser, il revivait au centuple l'excitation des souvenirs passés. Albus était excité comme jamais et cela le rendait entreprenant. Il défit la braguette de Liam, comme lui-même l'avait fait lors de leur première fois, et il prit son membre dressé dans sa main. Liam était hypnotisé par la fougue d'Albus. Lorsqu'il le vit se pencher vers son sexe, il l'arrêta.

— Qu'est-ce que tu fais…, murmura-t'il d'une voix rendue tremblante par l'excitation.

— Je me souviens...de ce que tu m'as fait, cette nuit-là. Et c'était vraiment bon.

Sans lui laisser le temps de protester, Albus le prit dans sa bouche. Liam rejeta la tête en arrière, incapable de le stopper et emporté par le désir. Ce n'était pas l'acte en lui-même qui le rendait fou mais les paroles d'Albus. Le fait qu'il se souvienne tout à coup et qu'il veuille lui faire connaître le même plaisir qu'il avait éprouvé à l'époque, l'excitait au plus au point. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour qu'il jouisse dans un grognement de plaisir.

Tandis que Liam reprenait son souffle, Albus se mit à se déshabiller. Il jeta sa robe noire sur le côté et s'apprêtait à enlever son tee-shirt lorsque Liam l'arrêta.

— Attends, dit-il le souffle court. C'est à moi de le faire.

Albus lui sourit et l'embrassa doucement tandis que les mains de Liam lui enlevaient chacun de ses vêtements avec douceur. Albus fit de même pour Liam et bientôt, les deux hommes se retrouvèrent nus, serrés, peau contre peau.

Liam ouvrit son tiroir et en sortit du lubrifiant. Il repoussa légèrement Albus.

— Laisse-moi le temps de me préparer…, dit-il d'une voix rauque.

— Non, répondit Albus.

Liam leva les yeux vers lui, intrigué. Albus en profita pour l'embrasser tendrement.

— Je veux que ce soit toi qui t'occupes de moi, murmura-t'il contre ses lèvres.

Le coeur de Liam eut un raté. Il sentit un grande chaleur l'irradier alors qu'il contemplait le regard fiévreux du sorcier et son sourire malicieux. Il n'en fallut pas plus pour exciter Liam à nouveau et il fut bel et bien prêt à combler les attentes du beau jeune homme.

Albus le poussa en arrière en l'obligeant à se rallonger. Il prit le lubrifiant et appliqua une généreuse couche dans le creux de sa main. Lors de leur cohabitation, peu après leur visite à Poudlard et leur première nuit ensemble, Albus avait souvent observé Liam utiliser ce produit. Il répétait les mêmes gestes en même temps que les souvenirs qui lui revenaient en tête. C'était au tour de Liam de l'observer, assis sur lui, complètement nu, et gémissant faiblement alors que ses propres doigts allaient en lui. Liam l'aida en touchant ses fesses, en entremêlant ses doigts à ceux d'Albus. Le moment était lent, long et dur, tout comme son désir qui n'attendait plus qu'à le pénétrer.

Enfin, Liam le coucha sur le lit et guida son sexe en lui. Lorsqu'il le pénétra, pour la première fois, le sorcier poussa un petit cri entre la surprise et la douleur. Liam le contemplait, ébahi par son érotisme. Il était si beau, si pâle et si brûlant. Ses yeux verts ne le quittaient pas des yeux tandis qu'il haletait sur lui et Liam perdit la tête lorsqu'il vit sa propre érection alors qu'il était en lui.

Liam se redressa brusquement et le prit dans ses bras. Doucement, ils changèrent de place et d'un regard, interrogea Albus pour lui demander la permission de bouger. Pour toute réponse, Albus prit son visage entre ses mains et souleva ses hanches pour que Liam aille plus profondément en lui. Alors il commença à aller et venir en se concentrant sur chacune de ses réactions qui faisait monter le désir en lui.

Sur le point de céder, Liam se pencha sur Albus.

— Je t'aime, murmura-t'il, entre deux halètements. Ne m'oublie plus jamais.