48
LA RENAISSANCE DE L'ORDRE DU PHOENIX
Lorsque Scorpius fut convoqué par Merlin, au beau milieu de la nuit, il comprit que le moment était venu. Rose Weasley avait enfin parlé.
Merlin l'avait conduit dans la petite pièce exiguë, celle qui servait de salle de torture au pauvre clone d'Hugo. Cela faisait plusieurs mois qu'il n'y avait pas remis les pieds. Dès qu'il en franchit le seuil, il fut frappé par l'état de la fausse Rose, toujours enchaînée, recroquevillée dans un coin.
Ses vêtements étaient en lambeaux. Ses cheveux roux avaient perdu de leur éclat et pendaient mollement autour de son visage boursouflé. Son corps, frêle et amaigri, était couvert de sang, comportant certaines taches fraîches et d'autres séchées. Elle avait d'horribles traces de brûlures sur les avant-bras et les jambes. Elle produisait un sifflement étrange à chaque respiration et ses yeux étaient vitreux. Scorpius la contempla comme un animal à l'agonie, le genre qu'il était urgent d'achever au plus vite.
— Qui l'a fait parler? demanda Scorpius.
— Tristan, répondit Merlin qui était resté en retrait.
Scorpius acquiesça en silence.
— Nous n'avons plus besoin d'elle, dit encore Merlin. Je t'ai appelé pour la tuer et te débarrasser du corps.
À ces mots, le clone de Rose poussa un gémissement plaintif.
— Pourquoi moi? demanda-t'il en se tournant vers lui.
— À ton avis? rétorqua Merlin avec un sourire.
Scorpius poussa un soupir. Encore un test. Il en avait plus qu'assez. Il était persuadé que ce taré éprouvait un plaisir sadique à voir un ancien amant assassiner sa dulcinée. Mais Merlin ignorait que sa femme était en sûreté à la Chamière au Coquillage et qu'il n'éprouvait aucun remords à détruire ce clone, même s'il semblait plus vrai que nature. En réalité, cela arrangeait Scorpius que ce soit lui qui s'en charge. Albus craignait que si c'était l'un des autres membres de la cour de Merlin qui soit désigné pour finir le travail, qu'il ne découvre la véritable nature du clone de Rose. Car, après tout, elle n'était pas faite de chair et de sang, enfin pas totalement, d'après ce que lui avait expliqué Hugo. Albus avait compté sur la perversité de Merlin pour qu'il demande à Scorpius d'achever son ancienne petite-amie. C'était si prévisible selon lui et une fois de plus, il avait eu raison.
Scorpius fit un pas et le clone se mit à hurler en se plaquant contre le mur. Il ferma les yeux, un court instant, pour se calmer. Cela allait être plus compliqué qu'il ne l'aurait cru. Tuer était devenu "facile". Laisser mourir, ne pas agir et ôter la vie d'un inconnu ou un ennemi. D'accord. Mais tuer une copie qui avait les traits de la femme qu'il aimait plus que tout, était dur. Il se répéta mille fois que cette chose n'était pas humaine avant de s'approcher de l'animal blessé.
— Ne me fais pas de mal...Je t'en supplie, gémit-elle alors qu'il lui écartait lentement les bras.
Il respira profondément. La voix était la même. S'il fermait les yeux, il aurait pu croire qu'il s'agissait bel et bien de Rose en train de le supplier de la laisser vivre.
— Je ne vais pas te faire de mal, mentit-il en lui souriant. Ne t'inquiète pas.
Mais il mentait assurément. Le clone lui souriait faiblement, ne pouvant pas mettre ses paroles en doute. Il était en fin de vie de toute façon. Les mauvais traitements des divers chevaliers de Merlin l'avaient réduit à un amas de chair, vidé de toutes réactivités. Elle souriait comme une enfant tandis que Scorpius posait ses mains autour de son cou.
Hugo lui avait expliqué comme la désactiver pour la faire croire morte, le moment venu. Soit le clone se faisait réduire en charpie par ses bourreaux, soit Scorpius actionnait, à l'arrière de son crâne, un bouton qui déclencherait la destruction de ses processeurs. Scorpius fit mine de l'étrangler. Merlin observait en silence et le clone de Rose le fixait toujours avec cet horrible sourire serein.
Tout se passa très vite. Il tâtonna sous la nuque et défit le pli de chair synthétique pour trouver la commande. Il fit le décompte à vingt et enclencha le système. Les yeux de Rose se ternir et son sourire se figea. Sa tête bascula dans ses mains et Scorpius la reposa contre le mur avec douceur. Le clone avait achevé sa mission.
Scorpius fixa ce faux cadavre de Rose, ce simulacre de mort qu'il craignait pour son épouse. Cette vision horrifique avait le même pouvoir qu'un épouvantard et cette fois, il ne pouvait pas se défendre avec un ridikulus.
Merlin s'approcha lentement et contempla, à son tour, le corps de Rose. Il tapota l'épaule de Scorpius pour le féliciter.
— C'est bien, dit-il. Il ne te reste plus qu'à la jeter dans les marais. Son père la retrouvera bien assez tôt. Sa mort sera un nouveau coup dur pour Harry Potter. Espérons que cette fois, il ne se remettra pas de la mort de la fille de son meilleur ami.
— Vous avez eu ce que vous vouliez, dit Scorpius en se tournant vers lui. Quand allons-nous enfin agir?
— Tu es si impatient que ça? sourit Merlin.
— J'ai hâte que tout soit enfin terminé, sourit à son tour Scorpius.
Même dans la pénombre, Scorpius remarqua l'air satisfait et fier de son maître. Mais il avait mal interprété sa réponse. Scorpius n'avait pas menti. Il voulait en effet que tout se termine, mais pas par l'anéantissement des mondes magiques et sorciers. Mais par l'arrestation de ce dangereux malade. Il voulait assister à la naissance de son enfant en paix et revoir ses parents.
— Dans une semaine, dit Merlin. Préviens tes hommes. Ils vont assister au spectacle le plus grandiose de leur vie. Maintenant, débarrasse-toi du corps.
Comme toujours, Scorpius obéit. Il dut subir la vue du corps de Rose dans ses bras tandis qu'il la portait dans le véhicule que lui avait laissé Merlin pour la transporter. Il roula de nuit, avec cette impression de mort qui lui collait à la peau. Il avait beau se répéter que la carcasse qui gisait sur ses sièges arrière n'était qu'une machine, il avait toujours cette impression d'avoir mené sa femme à la mort.
Les marais étaient déserts à cette heure de la nuit. Scorpius savait grâce à Rose que la fosse mortuaire de Merlin avait été découverte depuis longtemps par les aurors. Mais cela faisait un petit temps qu'elle n'était plus surveillée. Scorpius douta que les hommes de Merlin continuent à se débarrasser des corps à cet endroit mais Merlin avait choisi ce marais pour une raison précise. Il savait très bien que cet emplacement était connu par Harry Potter, certainement grâce à Arthur. Il ne voulait pas faire disparaître le corps de Rose, il voulait qu'on le retrouve. Il voulait que ses ennemis, dont le pire, puisse voir de leurs yeux comment il traitait ses proches. Encore un témoignage éloquent de son sadisme et de son pouvoir sur Harry Potter.
Scorpius jeta le corps de Rose dans l'eau marron des marais putrides. Il la contempla, un moment, couler lentement. Son visage fut le dernier à s'immerger et il capta une dernière fois son regard vide avant de se faire complètement engloutir. Quand tout fut terminé, Scorpius sortit de sa poche le portable que lui avait autrefois donné James. Il composa le numéro et attendit la première sonnerie.
— Oui? fit la voix de son nouveau contact.
— C'est moi, dit Scorpius. C'est le moment.
Il eut un silence à l'autre bout du fil.
— Comment de temps? demanda Harry.
— Une semaine.
— Très bien. Rejoins-nous demain, où tu sais.
— J'y serai.
— Et Scorpius…, dit Harry avant qu'il ne raccroche. Merci.
Il acquiesça en sachant parfaitement que Harry ne pourrait pas le voir. Scorpius finit par raccrocher. Ensuite, il jeta le portable devant lui, le plus loin possible. L'appareil tomba dans l'eau sombre du marais et coula plus rapidement que le corps de Rose.
Il n'avait plus besoin du téléphone. Car bientôt, il n'aurait plus à faire semblant.
OoO
— Une semaine?! s'exclama Albus, outré.
— C'est ça, répondit, avec flegme, Scorpius.
Ils se trouvaient dans la cuisine de la Chaumière au Coquillage, autour de la table à manger. Rose était assise dans un coin, près de la fenêtre et écoutait distraitement la conversation. Ses mains posées sur son ventre rebondi, elle paraissait fatiguée et terriblement lasse. La nuit dernière, Scorpius lui avait annoncé que son clone avait achevé sa mission sans entrer dans les détails de sa fin abrupte ni sur tous les horribles traitements dont elle avait été victime. Rose n'en avait pas eu besoin pour comprendre que sa copie avait en quelque sorte subi une véritable mort et elle s'était montrée taiseuse depuis la fin de son compte-rendu.
Albus et Liam étaient arrivés tôt le matin. Ils étaient partis la veille et avaient fait tout le voyage en voiture puisque Liam ne pouvait toujours pas transplaner. Liam prenait un petit déjeuner bien mérité à côté de son compagnon qui dévisageait Scorpius avec des yeux ronds.
— Quand je pense qu'on a mis quoi... deux semaines pour résoudre l'énigme! dit encore Albus.
— Un mois, corrigea Liam en croquant dans un toast.
— Oui, voilà!
— Et on avait l'aide d'Hugo. Sinon, ça aurait mis plus de temps.
— Et lui! continua Albus. Lui, en une semaine, bouclé...la plus grande énigme de tous les temps! Comment c'est possible?!
Scorpius souriait en voyant son meilleur ami s'énerver tout seul. Depuis qu'il avait subi le sortilège de l'oubliette, le délivrant de son serment, Scorpius le trouvait plus joyeux. Malgré les évènements, il avait retrouvé cette joie de vivre qui avait commencé à le déserter depuis le mariage de Lily.
— Je ne sais pas, répondit Scorpius en croisant les bras sur sa poitrine. Il ne m'a pas donné le détail.
— Il doit connaître le Haut runique, fit Liam. Ce serait assez logique puisqu'il cherche le Saint-Graal depuis plus longtemps que nous. Tu es sûr que ce n'est pas une langue-de-plomb?
— Quasi certain, répondit Scorpius. Il me donne plus l'impression d'un moldu ou d'un cracmol. Il sait des choses mais uniquement dans des domaines bien précis comme les sources ou Mr. Potter.
— Quand on parle du loup…, fit une voix derrière eux.
Ils se tournèrent vers les nouveaux venus. Harry, Ron et Hermione leur faisaient face. Scorpius retint son souffle pendant une seconde. Le trio légendaire était réuni, devant eux. Ils avaient abandonné leurs uniformes de travail et ils semblaient avoir fait un voyage dans le temps, comme lorsqu'ils étaient à la poursuite des horcruxes à travers toute l'Angleterre. Scorpius prit conscience de ce moment étrange et fantastique à la fois. Les anciens héros étaient de retour et plus aucun mal ne pouvait arriver en leur présence. Ginny s'approcha ensuite. Elle tenait dans sa main un vieux galion.
— Les autres ne vont pas tarder, avertit-elle.
Liam, Albus, Rose et Scorpius se levèrent pour les saluer. Rose se jeta dans les bras de sa mère qui s'extasia sur son ventre.
— C'est prévu pour quand? demanda-t'elle avec un sourire attendrissant.
— Deux semaines. J'espère qu'il ne va plus tarder. Je n'en peux plus.
Liam serra la main d'Harry et de Ron. Les trois hommes s'étaient rapprochés dans leur collaboration. Liam avait découvert en Ron Weasley un esprit stratégique hors pair et une autorité naturelle chez Harry Potter. Ginny le serra dans ses bras. Albus se présenta ensuite à son père. Les deux hommes se dévisagèrent un peu gênés, dans des sourires figés. Puis, le chef des aurors prit son fils dans ses bras et Scorpius vit Albus retenir son émotion.
— Je suis heureux que tu sois libéré, dit-il.
— Moi aussi, répondit Albus.
Quant à Scorpius, il fut chaleureusement salué par Harry et embrassé comme un fils par Hermione et Ginny. Mais lorsqu'il s'approcha de Ron Weasley, la tension fut palpable. Ron le toisait de son regard le plus menaçant et Scorpius se rendit compte qu'il n'en était pas du tout impressionné. Lorsqu'il était encore à Poudlard, il s'était souvent apeuré des réactions du père de Rose. Aujourd'hui, après tout ce qu'il avait enduré, il ne lui restait plus qu'un respect dû à un héros de guerre et à celui qui avait donné la vie à celle qu'il aimait. Scorpius lui tendit la main.
— Je n'ai pas eu l'occasion de m'excuser pour le...coup de poing à Saint-Mangouste.
Ron fixa sa main puis leva les yeux vers lui avec l'envie évidente de lui rendre la pareille. Hermione lui donna un coup de coude et Ron soupira en acceptant sa poignée de main.
— T'as une sacré droite, gamin.
Scorpius lui répondit par un sourire.
— On attend qui? demanda Albus.
— On a convoqué ce qui reste de l'ordre du phoenix et de l'armée de Dumbledore, répondit sa mère. Je ne suis pas sûre qu'ils viennent tous. La plupart se sont dispersés un peu partout dans le pays et certains se sont rangés.
Ils ne durent pas attendre très longtemps. De nombreux craquements retentirent sur la terrasse du cottage. Liam et Rose avaient le nez collé à la fenêtre et annonçaient au fur et à mesure ceux qui approchaient. Liam pouvait enfin mettre un visage sur tous ces noms dont Albus lui avait narré leurs aventures. Parmi les anciens membres de l'Ordre, arrivèrent Hestia Jones et Sturgis Podmore. Le couple d'amis était vieux et lorsque Liam contempla les deux sorciers se diriger vers la porte d'entrée, il se demanda en quoi deux vieux mages pouvaient bien rivaliser avec la jeunesse des hommes de Merlin. Mais Rose lui rappela l'exemple de Dumbledore ou du professeur McGonagall et qu'il ne fallait surtout pas sous-estimer la puissance des anciens. Le Trio Légendaire fut ravi de les accueillir et la nouvelle génération se sentit un peu dépassée par des liens aussi forts. Ces personnes avaient connu les horreurs de la Guerre, un conflit qui datait bien avant leur naissance. Albus se sentit d'ailleurs particulièrement gêné lorsqu'Hestia fit remarquer la ressemblance avec son père.
— C'est ton portrait craché! s'extasia-t'elle en désignant la bouille d'Albus comme s'il avait huit ans.
— On me le dit souvent, sourit Harry.
Fleur et Bill arrivèrent ensuite, suivis de près par Teddy et Victoire.
— Tu te souviens, Bill? dit Fleur en admirant l'intérieur, une fois entrés. Notre premier nid d'amours. Là, où nous avons conçu Victoire…
— Maman! se renfrogna Victoire, morte de honte.
Sa cousine admira le ventre rond de Rose qui désigna, rouge comme une pivoine, Scorpius comme étant le père. La nouvelle fit sensation et elle dut la répéter souvent lorsque les membres de sa famille arrivèrent un à un. Il fut d'ailleurs tu ses précédentes fiançailles avec l'homme qui avait tenté de la tuer et Scorpius en fut reconnaissant. George et Angelina vinrent accompagnés de Katie Bell qui avait quitté l'équipe officielle de Quidditch d'Angleterre pour assister à cette réunion exceptionnelle. Perçy entra ensuite avec sa femme et ils saluèrent la famille avec des sourires.
— Et Charlie? demanda Ron à Perçy.
— Il n'a pas pu venir, expliqua-t'il. Il est retenu en Roumanie.
Les convives ne cessèrent d'affluer. D'heures en heures, Liam découvrait de nouvelles têtes. Il salua Neville Londubat et sa femme, Hannah. Le professeur de Botanique avait un sourire jusqu'aux oreilles.
— Je n'ai jamais été aussi content de revoir ce vieux galion remarcher, fit-il à Ginny.
On présenta au policier moldu Luna Dragonneau, une femme aux longs cheveux blonds et aux lunettes extravagantes. Lorsqu'Albus lui expliqua qu'il était insensible à la magie, elle fut très intéressée et elle le pourchassa dans les pièces de la maison, baguette tendue pour vérifier "certaines théories". Liam avait le tournis avec tous les noms qui s'accompagnaient de visages étrangers. Il rencontra une certaine Susan Bones, Terry Boot, Lavande Brown, Michael Corner, Cho Chang, Denis Crivey, Lee Jordan, Ernie McMillan, Padma et Parvati Patil, des jumelles indiennes, Zacharias Smith, Alicia Spinnet qui embrassa chaleureusement Angelina et Katie, Seamus Finnigan, Anthony Goldstein et Dean Thomas. Le petit cottage devint vide suffoquant avec tout ce monde et Liam avait plus l'impression d'une réunion d'anciens camarades de classe qu'une véritable préparation à la grande bataille qui les attendait.
— Tu crois que ça va le faire, face à Merlin? demanda-t'il à Scorpius en s'approchant de lui.
Les vieux amis se serraient dans leurs bras, demandaient des nouvelles et s'extasiaient sur ce qu'ils étaient devenus. Scorpius les observa, un moment, puis sourit.
— Tu as devant toi, ceux qui ont affronté Voldemort pendant la Grande Guerre. Ça va le faire.
Hugo et Lily furent les derniers à arriver. Lily était venu avec son mari et se jeta dans les bras de sa cousine qu'elle n'avait plus vus depuis des mois. Quand ils furent sûrs que personne d'autre ne devait venir, Harry demanda le silence. Les sorciers s'installèrent du mieux qu'ils purent. La plupart restèrent debout, ne laissant qu'un espace vide au milieu du salon. Harry parla d'une voix forte pour que tout le monde l'entende.
— Je vous remercie d'être tous venus, dit-il. J'ai conscience qu'il est inhabituel de convoquer l'Ordre du Phoenix et L'armée de Dumbledore aujourd'hui. Voldemort a été vaincu, il y a longtemps, mais aujourd'hui, nous devons faire face à une menace peut-être plus grande encore que Tom Jedusor. Je vous garantis que nous avons besoin de toute l'aide nécessaire et je vous demande d'être attentif à ce qu'il va suivre…
Un craquement l'interrompit soudain. Un silence patient attendit les coups frappés à la porte. Ginny, qui était la plus proche de l'entrée, ouvrit et Kingsley Shacklebolt entra, l'air un peu paniqué.
— Désolé de mon retard, dit-il de sa voix grave.
— C'est qui? murmura Liam à l'oreille d'Albus.
— Notre premier Ministre…
Perçy Weasley bondit de sa chaise. Sa démarche avait quelque chose de grotesque car il avait été le seul à réagir à l'entrée surprise du Premier Ministre.
— Monsieur le Ministre, bafouilla-t'il en lui tendant la main.
Kingsley ne la serra pas. Il pinça les lèvres et baissa les yeux.
— Je ne suis plus ministre, annonça-t'il. J'ai démissionné.
— Quoi? s'exclama Hermione qui se leva à son tour.
— Je n'avais pas le choix. C'est ce que voulait le sénat et je ne pouvais pas lui donner tort.
Un lourd silence suivit ses paroles. Tous étaient au courant de l'arrestation de son petit-fils. Hermione prit un air gêné en sachant qu'elle était la principale responsable du scandale qui avait sali le nom du sorcier.
— Monsieur le Ministre, commença-t'elle d'une petite voix. Je suis sincèrement navrée…
— Ne vous excusez pas, l'interrompit-il. Vous avez bien fait. Je suppose que Simon n'est pas seulement responsable de détournements de fonds.
— En effet, dit Harry.
Kingsley acquiesça. Son visage était fatigué et peint d'une tristesse touchante. Harry s'approcha de lui et posa sa main sur son épaule.
— Vous n'êtes pas responsable, Kinsgley et vous êtes le bienvenu parmi nous.
L'ancien Premier Ministre le remercia d'un signe de tête puis rejoignit l'assistance.
— Bien, reprit Harry. Comme je vous le disais, j'ai fait appel à chacun d'entre vous pour vous battre contre un ennemi plus redoutable encore que Voldemort. Je sais ce qu'a coûté la guerre pour certains et ce que d'autres ont déjà perdu.
Il dévisagea Kingsley en partageant sa douleur. Tous deux avaient perdu un membre de leur famille, l'un emporté par la mort, l'autre emporté par l'esprit malveillant d'un manipulateur.
— Je vous ai tous appelés car nous nous apprêtons à combattre cet ennemi. Mais c'est une guerre que nous ne sommes pas sûrs de remporter.
— C'était pareil avec Voldy, lança George. On l'a quand même eu en beauté.
— Non, rétorqua Harry en faisant taire les exclamations de joie. C'est très différent cette fois. Avec Voldemort, nous combattions un sorcier, comme nous. Nous connaissions notre ennemi et ses capacités. Nous pouvions jouer à armes égales avec les mangemorts. Cette fois-ci, il se pourrait qu'ils soient plus forts que nous.
Un lourd silence retomba sur la salle de séjour. Plus personne n'avait envie de rire. Harry Potter essayait de contenir sa peur et cela se voyait. Scorpius comprenait bien ce sentiment. Lui seul pouvait prétendre s'être confronté de front à la puissance de Merlin, lui seul avait sans doute la puissance nécessaire pour essayer de rivaliser avec certains des chevaliers. Mais pouvaient-ils en dire autant de tous ces sorciers? Il avait rassuré Liam quant à leur puissance, emporté par l'euphorie de les voir réunis, mais maintenant qu'il écoutait le discours d'Harry Potter, le doute s'était emparé de lui.
— Je sais que parmi vous, certains ont une famille, des enfants. Si vous décidez que ce que je vous demande est trop dangereux, vous êtes tout à fait libre de refuser. Personne ne vous jugera.
— Tu penses qu'on peut y rester? demanda Seamus.
Harry n'osa pas répondre mais il acquiesça longuement. Les sourires avaient complètement disparu et un murmure affligé parcourut l'assistance.
— Et si tu nous disais de quoi il s'agit? fit Luna en rompant le silence.
— Oui. Tu as raison. Je vais laisser mon fils vous expliquer. Albus?
Albus se leva précipitamment, l'air mal assuré face à tous ces regards tournés vers lui. Il se tourna vers Liam qui se leva à son tour pour l'épauler dans ses explications. Depuis qu'il avait eu la mémoire effacée, Liam avait comblé les vides mais il lui arrivait de se perdre dans ses explications. Il était plus facile de comprendre les choses quand on les avait vécus que lorsqu'on les lui racontait. Les deux jeunes hommes prirent la place d'Harry et Albus toussota pour se donner de l'assurance.
— L'homme que nous traquons, commena-t'il, s'appelle Merlin. Scorpius Malefoy vous en parlera mieux que moi puisqu'il l'a côtoyé de près. Mais moi, je vais vous expliquer quels sont ses objectifs et ce qu'il a déjà entrepris.
Albus fit un grand résumé de ce que lui avait raconté Liam, en se tournant de temps en temps vers lui pour s'assurer qu'il n'omettait rien. L'assistance eut beaucoup de mal avec la conception des sources, excepté pour Luna Dragonneau qui acquiesça aux explications d'Albus et des commentaires d'Hugo comme si elle les avait étudiées depuis longtemps. À chaque fois qu'Albus ou Hugo entraient dans les détails du Haut Runique ou de l'histoire de Merlin, Liam se raclait la gorge pour intimer à son compagnon d'aller à l'essentiel. Au bout d'une petite demi-heure de compte-rendu, Albus arriva enfin à sa conclusion.
— Donc, on peut en déduire que Merlin cherche à s'accaparer de la puissance du Saint-Graal.
— Le Saint-Graal, c'est la source primale? Demanda Bill.
— Oui, répondirent Liam, Albus et Hugo en choeur.
— Et elle se trouve à Stonehenge…
— Oui et non, admit Albus. C'est plus compliqué que cela.
— Grâce au portrait du professeur Dumbledore, fit Liam, nous avons appris que les sorciers avaient, dans le plus grand secret, déplacé la source primale au sein même du Ministère.
— Déplacer?! s'étonna Lee Jordan. C'est à dire? Ils l'ont bouchée comme une rivière et creusé à un autre endroit en espérant tomber dessus.
— Justement, on n'en sait rien. C'est la partie nébuleuse de nos recherches. Mais il est possible qu'il se soit servi de la force des géants. Comment? On n'en a aucune idée. Mais il y avait des carcasses de géant dans la source éteinte de Stonehenge.
— Donc, les interrompit Cho Chang, ce Merlin ne sait pas encore que Stonehenge est une source éteinte. Et qu'elle se trouve en réalité au Ministère de la magie.
— Oui, répondit Harry. Et c'est pour nous l'occasion de lui tendre un piège. Grâce aux renseignements de Scorpius, nous savons exactement quand il se rendra à Stonehenge avec ses hommes dans l'espoir de prendre le contrôle de la source.
— Comment? demanda Hermione.
— Il y a plusieurs théories, dit Liam. Tout d'abord, il n'est pas à négliger que Merlin possède un puissant artefact créé par Rowena Serdaigle, elle-même.
— Le sceptre de pouvoir…, souffla Luna, les yeux écarquillés d'émerveillement.
Tous se tournèrent vers elle. Albus la dévisagea éberlué.
— Comment savez-vous cela? s'étonna-t'il.
— Enfin! s'exclama-t'elle. C'est une vieille légende très connue! Mon père en parlait souvent. Ça circule parmi les chercheurs du Graal. Il y a même une chanson.
Elle se mit à chantonner des vers, avec une voix qui sonnait faux et Neville lui tapota la main pour la faire taire. Tous lui en furent reconnaissant.
— Il sert à quoi, ce sceptre? demanda Terry boot de sa voix chevrotante.
— D'après les textes qu'a étudiés Albus à Poudlard, répondit Liam. Il permettrait d'absorber le pouvoir d'une source.
Un murmure effrayé parcourut l'assistante.
— Qu'est-ce qu'il se passerait, dit Perçy d'une voix blanche, si ce Merlin aspire le pouvoir de la source primale?
— Nous ne sommes même pas sûrs que ce soit possible, les rassura Albus.
— Cela signifie qu'il viderait complètement les sources et que nous ne pourrons plus utiliser la magie, répondit Hugo.
— Mais cela n'arrivera pas! dit encore Albus. Merlin est persuadé que la source primale est à Stonehenge. Je le répète, il ne sait pas qu'elle a été déplacée. Il n'y a aucun risque qu'il aspire la magie à Stonehenge puisqu'elle n'y est plus.
— Et l'autre théorie? demanda Ginny.
— Il veut utiliser la source pour créer une super armée, s'éleva la voix de Scorpius en arrière-fond.
Scorpius se leva. Même s'il n'avait pas reçu le signal d'Albus ou de Harry pour parler à son tour, il estima qu'il était temps pour lui de prendre la parole. Il marcha vers Albus en ignorant les regards braqués sur lui. Scorpius avait toujours cette image de délinquants qui lui collait à la peau. Pour beaucoup, il était encore l'homme qui avait agressé des moldus et qui avait fait un petit séjour à Azkaban. Il capta beaucoup de regards noirs dans sa direction mais il y fit abstraction en ne se concentrant que sur le visage bienveillant d'Harry Potter.
— Je n'ai pas vu de sceptre chez Merlin et il n'en a jamais parlé. Par contre, il m'a plusieurs fois parlé des sources, de la vraie magie et du Saint-Graal. Merlin veut amener son armée à Stonehenge pour qu'ils reçoivent enfin la véritable magie et qu'ils y développent des pouvoirs extraordinaires. Je ne nie pas la possibilité du sceptre de pouvoir et toutes ces conneries… Mais il est plus probable, voire certain, que le moment venu, c'est-à-dire, dans une semaine très exactement, Merlin, ses sbires et toute son armée qu'il a enrôlés depuis des années… Donc je vous parle de douze tarés surpuissants et d'un bon millier de soldats au minimum… ramène tout ce beau petit monde à Stonehenge.
— Dans quel but? demanda Kingsley de sa grosse voix.
Scorpius eut un rictus.
— Qu'est-ce que vous feriez, vous, avec une armée de super-soldats, qui utilisent la magie sans baguette? Il va prendre le pouvoir, évidemment.
— Sur les sorciers? demanda la petite voix de Lavande Brown.
— Pas seulement, répondit Scorpius. Il veut détruire le monde des sorciers et celui des moldus.
Nouveau silence qui témoignait de l'horreur de cette perspective. Les couples se rapprochèrent pour se rassurer et Scorpius remarqua des expressions qui passaient du déni à la peur. Ils n'étaient pas prêts.
Harry se leva et se tourna vers ses amis.
— C'est pour cela que nous devons l'arrêter. D'après ce qu'on sait, chaque "général" de Merlin est pourvu de capacités spéciales. Scorpius a pu les observer.
C'était une partie du plan d'Albus. C'était pour cela que Scorpius avait autant insisté pour assister aux séances de torture du clone de Rose. En les voyant à l'oeuvre, il pouvait comprendre la nature de leur pouvoir. De son siège, Hugo agita sa baguette et des portraits se matérialisèrent devant Scorpius. Hugo s'était servi de ses souvenirs pour en sortir des images de leurs ennemis qu'il côtoyait tous les jours. Scorpius désigna le premier et Hugo augmenta sa taille pour que tout le monde puisse le voir.
— Galaad! présenta Scorpius. C'est celui qui m'a enrôlé et qui m'a fait passer par la source. Il a le goût pour la torture et c'est un putain de sadique. Il a le pouvoir de la vie et de la mort. Concrètement, il peut guérir et faire mourir par un simple toucher. Il produit aussi des aiguilles qu'il utilise comme des projectiles. Quand je suis arrivé dans son repaire, j'ai dû me battre contre une créature étrange dans une arène. J'ai d'abord cru que c'était un moldu dont le corps avait été détraqué par une dose abusive de la drogue de Merlin. Mais maintenant, je crois que c'est une oeuvre de Galaad. Il est possible qu'il soit capable de créer une armée de morts, un peu comme les inferis, sans compter les hommes qu'il a enrôlés pour son maître. C'est le seul dont je connaisse exactement les effectifs. Il possèdent cent trente-quatre hommes. Ce n'est pas beaucoup! informa Scorpius en constatant les soupirs impressionnés. Galaad est le principal producteur de la drogue et celle-ci demande des...sacrifices humains. Il tue pas mal des moldus qu'il arrive à attirer chez lui.
Pour Scorpius, c'était comme s'il décrivait une de ses journées du quotidien. Pour tous les autres, il faisait le tableau de l'enfer. Beaucoup d'expressions hostiles disparurent pour laisser place à un respect effrayé. Scorpius n'y fit pas attention et continua.
— Tristan…
— C'est un enfant! s'exclama Susan Bones.
— Ne vous laissez pas abuser par son âge, la gronda Scorpius. Il a bien failli nous tuer, Liam, Albus et moi. Il peut transplaner sans baguette, pénétrer les esprits et faire léviter des objets. C'est celui qui a l'armée la plus grande. A son dernier rapport, il faisait mention de huit cents nouvelles recrues. Je ne sais pas depuis combien de temps il sert Merlin mais il est à prévoir qu'il est entouré de milliers d'hommes et de femmes gorgées de magie. Mais je pense qu'il les force plus qu'il ne les convainc et sa plus grande faiblesse est sa résistance physique. Il est possible qu'en le neutralisant, on libère ses soldats.
Scorpius désigna ensuite le portrait de la seule femme du lot. Hugo l'agrandit immédiatement et Mordred le toisa de son oeil mauvais.
— Mordred. Une des plus dangereuses. Je n'ai vu qu'un seul pouvoir chez elle, le feu. Elle n'a pas beaucoup de soldats car elle a un goût prononcé pour les tueries. Il faut cependant se méfier de ses hommes. Elle ne choisit que les plus prometteurs et les plus puissants. Je pense que chacun de ses soldats peut rivaliser avec un des membres du cercle de Merlin. Ensuite...Bedivere.
L'image du garçon frêle et blond remplaça celle de Mordred. En le voyant, Scorpius se remémora les supplices qu'il avait infligés au clone de Rose. Il serra les poings.
— Il n'a pas l'air très fort, fit remarquer Dean Jordan.
— Détrompez-vous. Il fait jeu égal avec Mordred. Il contrôle l'eau. Je l'ai vu créer une bulle d'eau autour du visage d'une...personne, (il tourna les yeux vers Rose qui l'observait), et la noyer, encore et encore. Il peut aussi maîtriser l'eau qui se trouve dans nos corps et nous manipuler à sa guise ou renforcer son propre corps. Puis, il y a Erec. Il a l'air costaud comme ça mais son pouvoir n'a rien à voir avec la force. Il ne parle pas beaucoup mais c'est un des plus vicieux. Il peut changer son apparence à sa guise.
— Cela ne sert pas à grand chose en combat, commenta Michael Corner.
— Comment réagiriez-vous s'il prenait tout à coup l'apparence d'un de nos alliés en plein combat? Ou de quelqu'un que vous aimez? Il se sert de ça. Il attend l'hésitation pour frapper et il frappe fort.
Lors des séances de torture sur Rose, Scorpius l'avait vu prendre l'apparence de chacun des membres de la famille Weasley-Potter: son père, sa mère, son petit frère. Il avait observé Lily Potter la rouer de coups, Hugo l'étrangler et Ron la supplier de tout lui révéler pour que tout se termine. Erec avait même pris son apparence, à un moment, en faisant croire au clone qu'il n'avait jamais cessé de l'aimer. Scorpius avait tout vu, dans son coin, sans pouvoir rien n'y faire.
— Il faudra le marquer, dit Hermione. Dès le début du combat, il faudra qu'on puisse l'identifier pour qu'il ne puisse pas nous tromper.
— Plus facile à dire qu'à faire, marmonna Parvati Patil, à côté d'elle.
— Et les autres? demanda Hestia Jones.
— Pour les autres, je ne sais pas, admit Scorpius.
Agravain et Yvain avaient assisté à chaque séance de torture mais ils n'avaient pas utilisé leur pouvoir. Scorpius ignorait si c'était parce qu'ils n'avaient aucun goût pour la torture ou si leurs pouvoirs ne s'y prêtaient pas.
— Accolon et Lamorak sont des lâches, dit Scorpius en présentant leurs portraits. Je doute même qu'ils se pointent à Stonehenge. Mais il reste une inconnue inquiétante en la personne de Keu. Il amasse beaucoup de recrues et c'est le chevalier préféré de Merlin. Seulement, je ne sais absolument pas de quoi il est capable.
— Tu n'as pas parlé de Simon, dit Kingsley.
L'ancien premier ministre fixait le portrait de son petit-fils, la mine sombre.
— Gareth... , répondit-il. Il a reçu le pouvoir de changer l'atmosphère autour de lui. Il peut passer d'un froid glacial à une fournaise.
Gareth était parmi les tortionnaires du clone de Rose. Scorpius l'avait observé rendre la petite cellule aussi glaciale qu'une chambre froide ou aussi étouffante qu'un sauna. Le clone avait failli rendre l'âme quand il s'était occupé d'elle.
— Mais il ne représente plus une menace puisqu'il a été arrêté, dit encore Scorpius. Si on réussit à vaincre Merlin, il resterait emprisonné pour un bout de temps.
— Et ce Merlin? demanda Ron. On sait c'est quoi de ses pouvoirs?
Scorpius nia de la tête.
— Il ne les a jamais montrés. Pas une seule fois. Si je ne savais pas qu'il avait passé la source, on pourrait croire que c'est un moldu des plus ordinaires.
Scorpius se tut enfin et Hugo fit disparaître les visages des hommes de Merlin. Harry prit la relève. Depuis le discours de son fils et de Scorpius, l'ambiance était beaucoup moins joyeuse. Beaucoup se regardaient, l'air inquiet. Harry ramena le silence avec son autorité naturelle.
— Voici le plan. Dans une semaine, nous saurons exactement où se trouvent Merlin et ses hommes. Ron et moi avons déjà mobilisé la plupart de nos hommes, aurors et brigadiers. Nous les avons faits passer pour des recrues de Scorpius et il les amènera à Stonehenge sans éveiller les soupçons. Mais nous avons besoin de toute l'aide disponible pour les combattre. Nous avons besoin de sorciers et sorcières puissants qui ont l'expérience de la guerre et des duels de magie. Scorpius nous guidera et nous donnera le signal pour commencer les hostilités.
— Nos hommes s'occuperont des recrues moins importantes, ajouta Ron. Par contre, il faut organiser des groupes qui s'occuperont de cibles particulières, selon leurs facultés et leur dangerosité. Ça, c'est une mission pour l'Ordre du Phoenix et pour l'Armée de Dumbledore.
— Et nous? retentit la voix de Lily.
La jeune femme avait levé la main et son père se tourna vers elle.
— Nous ne faisons pas partie de l'Ordre ou de l'Armée de Dumbledore… Quelle sera notre rôle?
— Vous ne vous battrez pas, répondit Harry.
— Quoi?! s'exclamèrent Hugo, Albus et Lily en même temps.
— Merlin vous prend pour cible, expliqua Hermione en se tournant vers son fils. Si vous venez, ils se concentreront sur vous.
— Euh…Ce que veut Merlin, c'est te tuer toi, papa, rectifia Albus. C'est sur toi qu'ils vont tous se jeter.
— On pourrait prendre du polynectar, proposa Lily.
— Non! s'exclama Ginny.
L'assistance avait contemplé l'échange plus familial que préparatoire, dans un silence gêné. Lorsque Ginny s'exprima, dans une colère sourde et sans appel, tous se tournèrent vers elle. Albus et Lily la dévisagèrent, étonnés par son ton.
— J'ai déjà perdu votre frère, dit-elle d'une voix blanche. Il est hors de question que je perde un autre enfant.
Le frère et la soeur se regardèrent, soudain honteux et tristes. Que répondre à ça? Harry croisa le regard de sa femme qui le soutint en acquiesçant pour lui faire comprendre que ça allait. Harry renifla ensuite et se tourna, à son tour, vers ses enfants.
— On ne vous demande pas de nous attendre gentiment. Il se peut que Merlin tente quelque chose contre vous. On doit être prêt à toutes les éventualités. Lily...et toi aussi Thomas, je veux que vous veillez sur Rose, ici. Toi Albus, tu restes avec Liam. Son insensibilité à la magie lui permettra de te protéger.
— Je n'ai pas besoin d'être protégé, rétorqua Albus avec colère.
Liam posa une main sur l'épaule d'Albus pour le calmer. Il secoua la tête lentement pour lui signifier qu'il ne pouvait pas se permettre de faire la mauvaise tête, pas maintenant. Scorpius trouva la décision d'Harry, la plus sage. Albus n'était pas un homme de terrain. Il était doué pour percer des mystères ou faire des recherches, c'était plutôt un stratège ou un rat de bibliothèque qu'un combattant. Il était trop dangereux qu'il les accompagne à Stonehenge, pas après l'attaque de Tristan.
— Et moi? se plaignit Hugo. Je fais quoi?
— Tu resteras au Terrier, mon chéri, dit Hermione. Tes grands-parents sont déjà prévenus.
— Maman, je suis majeur! s'offusqua-t'il. Arrête de me parler comme si j'avais six ans! Mais ça me va, consent-il finalement. Je n'aime pas me battre de toute façon.
Hermione leva les yeux au ciel.
— Bien maintenant que vous savez tout…, dit Harry, je vous rappelle que vous n'êtes pas obligé de vous battre. Si vous estimez que c'est trop dangereux, vous avez parfaitement le droit de refuser.
Ron se leva de sa chaise et se plaça devant la foule.
— Alors… Qui veut foutre une raclée à ces connards? demanda-t'il.
Certaines mains se levèrent immédiatement. Parmi les plus rapides, il y eut Kingsley, Luna, Neville, Hestia et Terry, George, Bill, Fleur, Percy et Teddy. Angelina fit mine de lever sa main mais George la retint. Pour certains couples comme celui de Teddy et Victoire, leur enfant était encore trop jeune pour se permettre d'en faire un orphelin. Lee Jordan, Dean et Seamus suivirent. Lavande hésita ainsi que Cho Chang. Mais finalement, la plupart des mains se levèrent dans un silence qui imposait le respect. Scorpius fut presque ému de voir toutes ces mains levées. Tous étaient prêts à se dresser contre un même ennemi, comme du temps de la guerre contre Voldemort.
Harry admira la détermination de ses alliés. Il acquiesça avec un sourire.
— Parfait, dit-il. Alors mettons-nous au travail!
