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LA PENSINE DU DÉFUNT


Terrifié, Albus plongea, tête la première et il se retrouva dans une chambre d'enfant. Celle-ci n'avait rien à voir avec celle qu'il venait de quitter. Bizarrement, la pièce était beaucoup moins chaleureuse que celle de la maison délabrée. Les murs étaient ternes, dénués de toute décoration. Il y avait très peu de meubles, que le strict minimum: un lit et une armoire. La fenêtre montrait la ville de Londres sous un temps maussade. La pluie martelait les vitres et masquait les pleurs du petit garçon assis sur son lit.

Albus se redressa et contourna le lit pour mieux observer l'enfant. Il était jeune, onze ans à peine. Ses cheveux blonds étaient coupés court, presque rasés et il portait des vêtements trop grands pour lui. Son corps était petit, maigre comme une brindille et il pleurait à chaudes larmes en s'essuyant le nez sur son tee-shirt trop large. Albus se demanda qui était cet enfant et il eut bientôt la réponse en un cri strident, poussé du couloir, sous les pas pesant d'un adulte.

— WILLIAM! cria une voix de femme.

Une folle entra, une expression de haine et de dégoût sur le visage. La femme devait avoir une trentaine d'années et Albus la prit pour la mère de l'enfant, sauf qu'il n'y avait rien de maternel en elle. Elle se précipita sur le garçon avec une telle colère dans les yeux que même Albus recula d'un pas pour lui échapper. Le garçon bondit de son lit, tétanisé, gémissant de plus belle.

— Non...non...non, répétait-il de sa petite voix.

La mère agrippa le bras de l'enfant et le tira vers elle, avec violence. Ensuite, elle le frappa plusieurs fois, sans explication. William se roula en boule, se protégeant des coups avec ses bras tout en hurlant sa peine et sa douleur.

— Arrêtez! cria Albus inutilement.

Mais il n'était qu'un fantôme dans ce souvenir et il dut observer, impuissant, la mère frapper encore et encore le garçon, jusqu'à ce qu'il s'effondre au sol.

— Qu'est-ce que j'ai fait? cria le garçon en faisant des bulles avec sa morve.

— QU'EST-CE-QUE TU AS FAIT?! rugit la mère. Tu oses demander! (Elle le frappa encore). La voisine m'a dit qu'elle t'avait vu faire voler une canette de soda dans le jardin. Elle croit que tu es possédé. Qu'on est tous possédés! Viens avec moi! Ton père veut te dire deux mots.

— Non! cria encore le garçon. Je m'excuse. Je suis désolé. Je ne le referai plus.

Tandis qu'il se relevait, sa mère le gifla si fort qu'il retomba encore lourdement au sol.

— ARRÊTE DE CRIER! Et cesse d'être impertinent.

— Je veux pas…, gémit-il. Je t'en supplie, non.

Comme il ne voulait pas bouger, la mère le tira à nouveau par le bras et le traîna derrière elle. William hurla tout du long, des cris déchirants. Albus les suivit, horrifié. À chacun de ses pas, il captait le regard de terreur de ce pauvre garçon dont le seul crime avait été d'être né avec des pouvoirs magiques. Albus avait déjà entendu parler de cas où les parents moldus réprimaient violemment les dons surnaturels de leurs enfants. Un peu comme la famille adoptive de son père, avant qu'il ne rentre à Poudlard. Mais quelque chose clochait. William était trop vieux et à aucun moment il n'avait sorti sa baguette. Or sa mère avait dit qu'il avait fait de la magie. Et même s'il avait eu sa baguette, il aurait eu la visite du Ministère pour réprimer l'usage abusif de la magie pour un sorcier de premier cycle. Albus comprit que William n'avait pas de baguette. Il n'en avait jamais eu car il n'était jamais allé chez Ollivander, ni sur le Chemin de Traverse, ni à Poudlard.

La mère le tira dans l'escalier et William tomba sur les marches. Il tenta vainement de s'agripper à la rambarde mais sa mère était plus forte que lui et William chuta dans l'escalier en roulant sur le tapis du salon, un peu sonné.

— Je me suis fait mal! se plaignit sa mère en regardant son poignet. Tu as vu ce que tu as fait?

Albus eut envie de la frapper. Il contempla le pauvre William se relever péniblement, trop sonné pour continuer à pleurer. Sa mère le poussa dans le salon où trônait un homme dans son grand fauteuil. Celui-ci regardait un poste de télévision en buvant une bière. Un présentateur, vêtu d'un costume de couleur criarde, présentait un bulletin d'informations. Albus lut la date sur l'écran, affichée en grand: le 28 novembre 1998. Albus connaissait bien cette année, même s'il n'était pas encore né en ce temps-là. Il avait eu les récits complets de son oncle et de son père. Cette année-là, ils étaient partis à la chasse aux horcruxes. Cette année-là, Voldemort était au pouvoir.

Alors, Albus comprit. Williams avait développé ses pouvoirs au pire moment dans l'histoire des sorciers. Il aurait dû recevoir la visite du Ministère et sa lettre pour Poudlard cette année. Mais en ces temps de profondes obscurités, Voldemort n'accordait aucune importance aux né-moldus, à ces sales sang-de-bourbes qu'il chassait à travers toute l'Angleterre. Il n'aurait jamais accepté un tel déchet dans le Poudlard qu'il avait rêvé depuis des années. Williams avait été oublié.

— Qu'est-ce qu'il a fait? demanda son père.

— Il a encore utilisé ses dons surnaturels. La voisine l'a vu! se signa sa mère.

— Je ne l'ai pas fait exprès! gémit William au milieu du salon.

Avec un soupir, son père se leva de son fauteuil. Il était grand et incroyablement costaud. Dans des gestes lents et méthodiques, il se mit à défaire sa ceinture.

— Pourquoi tu nous obliges à faire ça? demanda son père d'une voix horriblement douce.

— Je le referais plus, pleura William.

— Il s'entête à nous couvrir de honte! s'emporta sa mère.

— Tu comprends qu'on ne peut pas se faire passer pour des fous…, dit encore son père en enroulant sa ceinture autour de sa main.

— Non... je ne veux pas, gémit William.

— C'est pour ton bien que je fais ça, dit son père. Tu me remercieras plus tard.

— Ne le fais pas trop crier, dit la mère. Sinon les voisins vont encore appeler la police.

Dès que le père leva le bras pour asséner ses coups de ceinture, Albus détourna les yeux. Il ne pouvait en supporter davantage. Il se refusa à regarder un père battre son fils. Il fixa le mur et ses yeux tombèrent sur une photographie de famille figée, contrairement à celles qui ornaient les murs de la maison de ses parents. Tandis qu'il percevait les hurlements étouffés de l'enfant dans son dos, il y vit le couple et William entre les deux, un sourire froid, figé, faux et des yeux incroyablement tristes, qui ne pouvaient mentir.

— Sauve-moi! entendit-il William hurler à sa mère.

Mais elle riait. Alors, Albus ferma les yeux.

OoO

Quand il les rouvrit, le souvenir avait changé. Un autre décor s'était constitué autour de lui. Son coeur battait encore à tout rompre après la scène de maltraitance à laquelle il venait d'assister. Il se calma en se rendant compte qu'il était dans une rue de Londres, très animée. Un grand bâtiment se dressait devant lui, entre deux buildings et une foule de jeunes adolescents en sortait, tous vêtus d'un uniforme. Il se tenait au côté d'un jeune homme, vêtu du même blazer que ses camarades. Mais contrairement à tous les autres, il était seul. Albus reconnut William. Il avait grandi, pris de la hauteur et son visage était couvert d'acné. Ses cheveux blonds avaient poussé aussi et ils lui mangeaient son visage comme s'il en avait honte.

Le jeune William descendait les marches de son lycée, la mine basse. Albus le suivit de près se demandant si ses parents s'étaient calmés depuis le temps. Mais lorsqu'il leva le bras pour héler son bus, sa peau présentait un énorme hématome. Un groupe de filles passa derrière lui.

— Vous avez vu… C'est le zarbi! dit une des filles en gloussant.

— C'est lui qui a mis le feu à la cage des souris blanches du labo de sciences. Il paraît qu'il lui a suffi de les regarder. C'est un monstre!

— Chut! Il pourrait nous entendre.

Elles lui jetèrent des regards inquiets puis partirent dans un grand éclat de rire. William les fixa avec haine. Albus crut qu'il allait les enflammer par sa seule volonté, comme pour les souris, mais il fut interrompu par une énorme explosion à quelques mètres d'eux.

Albus se tourna vers le bruit. Un bâtiment venait d'exploser et des moldus couraient dans la rue en hurlant, complètement paniqués. Parmi la fumée opaque du début d'incendie, Albus capta une traînée noire qui n'avait rien à voir avec l'explosion. Une silhouette encapuchonnée tomba lourdement au milieu de la route, juste en face de William qui n'avait pas bougé contrairement aux autres lycéens.

L'homme habillé de noir se leva, mal au point. Une voiture freina devant lui, pas assez vite et menaça de le percuter. Alors il sortit une baguette et il la fit léviter au-dessus de sa tête pour la faire s'écraser sur le bas-côté. Albus n'en croyait pas ses yeux. C'était un sorcier. William observait la scène, bouche bée, ses yeux braqués sur la baguette que tenait le sorcier, serrée fermement dans sa main.

Il eut deux craquements et deux autres sorciers apparurent sur la route, l'un devant, l'autre derrière. Albus fut stupéfait de reconnaître les deux nouveaux venus. Il contemplait son père et son oncle, Ron, faisant face à leur ennemi, dans leur tenue de jeunes aurors. Son père était si jeune, moins de trente ans. Il respirait l'assurance et la détermination. Contrairement à William qui se contenta d'observer la scène du trottoir, Albus s'approcha, irrémédiablement attiré par l'aura de son père.

— Rends-toi, Rosier! cria son père tandis qu'Albus marchait vers lui.

— T'en as pas marre de fuir? dit son oncle avec un sourire. Tu es cerné! Alors arrête d'effrayer les moldus et rends-toi sans faire d'histoires!

Albus se plaça face à son père. En le dévisageant, il eut l'impression que c'était lui qu'il regardait farouchement. Harry Potter était si jeune. Ses cheveux d'un noir d'ébène brillant, pointaient dans tous les sens. Il contempla sa cicatrice sur son front, au-dessus de ses lunettes rondes. Harry souriait, fringant dans son uniforme d'auror tout neuf, respirant la jeunesse et la victoire.

— Espèce de sale…, commença Rosier en regardant de tout côté pour trouver une issue. Le Seigneur des Ténèbres se relèvera, comme il l'a toujours fait! hurla-t'il.

— Jedusor est mort! tonna Harry.

— Comment oses-tu?! Avada

EXPERLLIARMUS! crièrent ensemble Ron et Harry.

Les éclairs rouges furent plus puissants que la baguette de Rosier qui vola de sa main pour retomber sur le bitume. Aussitôt, Harry jeta un nouveau sort et le corps de Rosier se figea dans une position grotesque. L'auror venait de le pétrifier et le mangemort tomba lourdement sur le sol. Ron s'approcha en tâtant du bout de sa botte, le corps paralysé de Rosier.

— C'est bon, dit Ron avec un sourire. On l'a eu, cette fois. Le dernier mangemort en fuite pour Azkaban. Ça se fête! On va faire un tour au Chaudron Baveur, après?

— J'aurais adoré…, répondit Harry en rangeant sa baguette. Mais Ginny va bientôt accoucher. Ça pourrait être pour aujourd'hui. Je préfère rester près d'elle, au cas où.

Il était heureux, cela se voyait. Albus fit rapidement le calcul dans sa tête. William ne devait pas avoir plus de dix-sept ans, peut-être dix-huit. Ils étaient en 2005, l'année de naissance de James. Son frère aîné allait bientôt naître. Le coeur d'Albus se serra dans sa poitrine.

Ron lui donna une grande claque dans le dos, un grand sourire aux lèvres.

— Toi, Papa! Et moi Tonton! Je n'arrive toujours pas à le croire.

— Tu es déjà tonton, fit remarquer Harry. Victoire…

— Oui, mais là c'est pas pareil. C'est ton enfant, Harry!

— Et celui de ta soeur, rougit légèrement son père.

— Oui…, grimaça-t'il. Au fait, tu vas choisir qui comme parrain? Je serai le candidat idéal, non?

Harry ouvrit la bouche pour répondre mais s'interrompit en levant les yeux vers Albus. Il ne le regardait pas lui mais quelque chose dans son dos. Quand Albus se retourna, il vit William marcher droit vers les sorciers, le regard brillant.

— Oups! lâcha Ron en remarquant William à son tour. On ferait mieux d'appeler les Oubliators.

— Je me charge de lui, fit Harry.

William s'arrêta lorsqu'il vit Harry s'approcher tranquillement. Le sorcier lui souriait amicalement, en levant les mains pour ne pas l'effrayer.

— Bonjour, dit-il. Je m'appelle Harry Potter et toi?

— Wi...William, répondit celui-ci en bégayant.

— Salut, William. Je suis désolé du… (il désigna le bâtiment en feu et la voiture fracassée sur le trottoir)...grabuge. Tu dois te demander ce qui se passe.

— C'est de la magie? demanda William, le regard plein d'espoir.

— Euh…

Son père passa une main dans ses cheveux en les ébouriffant de plus belle. Il avait l'air gêné face à la question du jeune moldu. Ron se précipita soudain vers lui.

— Laisse tomber! dit-il en souriant brièvement à William. Ils arrivent et de toute façon, il aura tout oublié dans très peu de temps. Jeune homme…, s'adressa-t'il à William. Veuillez vous rendre… là-bas!

Il désigna un grand groupe de lycéens, de passants, témoins de l'incident et des habitants, sains et saufs, du bâtiment encore la proie des flammes. Des oubliators entouraient déjà les moldus en essayant de les rassurer pour les oublietter à leur guise. Une autre équipe de sorciers se chargeait d'éteindre l'incendie.

— Si vous désirez des réponses, ces charmants messieurs vous expliqueront tout. Tu viens, Harry? On doit conduire Rosier au Ministère et se prendre un sermon de Kingsley pour les dégâts. Salut, petit!

— Salut…, sourit timidement Harry, entraîné de force par Ron.

William contempla les deux aurors rejoindre le corps toujours pétrifié de Rosier. Ils le soulevèrent avec difficulté puis disparurent dans un craquement. William poussa un hoquet de stupeur en voyant les sorciers transplaner. Il contempla longuement la rue déserte puis se tourna vers le groupe de moldus qui étaient sur le point de se faire oublietter. Personne ne l'avait encore remarqué.

Contre tout attente, William prit ses jambes à son cou.

OoO

Le décor changea à nouveau. Jetant un coup d'oeil, Albus vit qu'il se trouvait devant l'entrée du Chaudron Baveur. William se tenait à côté de lui, tenant dans sa main une feuille de papier avec des adresses raturées. Il observait la plaque accrochée au-dessus de la porte noire, normalement invisible aux moldus. Mais William n'était pas un moldu et il la vit aussi nettement qu'Albus.

Deux hommes habillés étrangement pour des moldus et totalement normaux pour Albus, marchèrent devant le jeune homme qui les contempla longuement. Ils s'arrêtèrent devant la porte de l'établissement et lancèrent un regard à William qui fit soudain semblant de rien. Les deux sorciers entrèrent discrètement et William fixa l'entrée avec un regard avide.

Il hésita longtemps avant de se décider à en franchir le seuil. Finalement, William pénétra à l'intérieur, s'arrêtant à chaque pas comme si on allait lui hurler de déguerpir sur-le-champ. Une silhouette voûtée se dessina derrière le bar. Tom, le patron, servait des verres à ses clients sans se soucier de l'arrivée du nouveau venu.

William s'arrêta à l'entrée de la grande salle du pub le plus célèbre dans le monde des sorciers. Il découvrit, bouche bée les clients de cet étrange boui-boui: de petites sorcières gloussant autour d'une table, de vieux mages s'ébattant sur le dernier article paru dans le mensuel de Sortilège, des sorciers hirsutes, des nains tapageurs et des créatures qu'il n'avait dû voir que dans les livres et les films.

Le jeune homme était ébahi, émerveillé par ce monde qui apparaissait devant lui. Albus lisait dans ses yeux la compréhension soudaine de sa véritable nature. Il n'avait jamais été le monstre que lui décrivaient ses moldus de parents ou ses camarades d'école. Il était un sorcier et il venait de découvrir à quel monde il appartenait vraiment.

William s'assit à une table dans un coin, en jetant des coups d'oeil autour de lui. Il ramassa une Gazette abandonnée à ses pieds. Albus, qui s'était assis à côté de lui, fut surpris de contempler une photo de ses parents en première page. Sa mère et son père se tenaient devant leur maison. Ginny tenait un bébé dans ses bras et Harry la regardait avec amour. Le titre annonçait: Le Premier Né de Celui qui a Vaincu s'appelle James Potter. Tandis que William s'extasiait devant la photographie qui ne cessait de s'animer, Albus eut un rictus. Il fallait vraiment qu'ils vivent en temps de paix pour que la Gazette mette à la Une la naissance d'un enfant, même si c'était celui de l'élu.

— Qu'est-ce que je te sers?

Williams sursauta à côté d'Albus et leva la tête vers le visage souriant et aimable de Tom.

— Euh… La même chose! dit-il en désignant la table des sorciers à côté de lui qui buvait de la bièraubeurre.

— Ça marche!

Tom s'éloigna et William commença à s'inquiéter. Albus voyait bien qu'il hésitait à s'enfuir. Mais il n'en eut pas l'occasion. Tom revient avec un pichet et un gobelet qu'il déposa devant le garçon.

— T'es tout seul, gamin? demanda Tom.

— J'attends mes parents, répondit William à toute vitesse.

— Ah! Vous êtes allés faire des emplettes au Chemin de Traverse. C'est bientôt Noël, pas vrai? lui dit Tom avec un clin d'oeil.

Bien qu'il n'ait aucune idée de ce qu'était le Chemin de Traverse, William acquiesça avec un sourire.

— C'est ça… Vous ne les auriez pas vus passer, par hasard? Un couple, avec des chapeaux pointus, comme ceux-là, dit-il en désignant la table voisine.

Tom réfléchit une seconde.

— Je ne pense pas. Mais tu peux aller vérifier à l'arrière. Peut-être qu'ils t'attendent devant le mur. Ça fera dix mornilles…

William ouvrit de grands yeux en entendant le mot "Mornilles". Il fouilla ses poches et en sortit des billets de livres moldues.

— Je n'ai que ça, bafouilla-t'il.

Tom éclata de rire.

— Né moldu, hein? Ne t'en fais pas, rit-il. Je vois pas mal de parents moldus passer par mon échoppe avant le Chemin de Traverse. J'accepte l'argent moldu aussi. Je l'échangerai à Gringotts, dit-il en prenant un billet de cinq livres à William.

— Merci…

Tom s'éloigna et William se servit un verre. Il fronça les sourcils en humant le breuvage, s'attendant sûrement à une potion magique. Mais il sourit dès sa première gorgée. Tandis qu'il observait ses réactions, Albus avait l'impression de revoir Liam à chaque fois qu'il découvrait une nouveauté du monde des sorciers. William avait cette même crainte et émerveillement à la fois.

Le jeune adolescent vida son verre en observant les sorcières quitter leur table et se diriger vers le fond de la salle. Albus savait pertinemment où elles se rendaient, mais pas William. Celui-ci se leva et décida de les suivre.

Il émergea hors du bar, dans la petite cour au muret qui menait au Chemin de Traverse. Mais les sorcières avaient déjà traversé la barrière magique et William se retrouvait seul, dans le petit espace clos, se demandant où avait bien pu disparaître les femmes aux chapeaux pointus.

Albus le contempla, avec une certaine pitié, essayer de trouver un mécanisme pour déverrouiller un passage secret. Il souleva les couvercles des poubelles, tapota les briques du mur plusieurs fois et caressa la mauvaise herbe comme s'il s'agissait d'un leurre. Au bout d'un certain temps, William commença à perdre son calme. Il donna de violents coups de pied dans le mur en poussant des cris de rage.

— Il faut une baguette, mon garçon, dit une voix derrière lui.

William poussa un hoquet de stupeur en se retournant. Il dévisagea un grand sorcier, plutôt vieux. Albus reconnut la robe noire des langues-de-plomb. L'homme avait une longue barbe blanche et d'épais cheveux du même blanc. Ses paupières tombaient légèrement et il souriait à l'enfant. Se sachant découvert, William fit mine de s'enfuir mais la langue-de-plomb l'arrêta.

— Doucement, jeune homme, dit-il d'une voix douce. Je ne te veux aucun mal.

— Je suis désolé, Monsieur, bredouilla William, devenu pâle comme la mort.

— De quoi, au juste?

— Je sais que je n'ai rien à faire là, dit-il d'une voix blanche. Je...je ne suis pas comme vous. Mais j'ai aussi des pouvoirs alors...alors j'ai cru que je pourrais…

— Bien sûr que tu as des pouvoirs, dit gentiment la langue-de-plomb. Sinon, tu n'aurais jamais pu trouver cet endroit.

Il y eut un silence durant lequel le vieil homme le contempla longuement. William patientait, les mains nouées, ne sachant quoi faire ou quoi dire.

— Tu as l'air d'avoir beaucoup souffert, mon enfant.

William ne répondit pas mais ses yeux parlaient pour lui. La langue-de-plomb tendit la main pour la poser sur son épaule et William recula, effrayé.

— Je m'appelle Merlin Williams, dit-il en retirant sa main. Et toi?

— Merlin? s'étonna le garçon. Comme le magicien?

— C'est ça, rit Williams. Je suis une sorte de magicien. Dans ce monde, on s'appelle sorcier.

— Vous êtes un sorcier... , murmura William.

— Tout comme toi, non?

William le dévisagea avec des yeux humides. Puis, il acquiesça, ému.

— Suis-moi, lui dit l'homme qu'Albus reconnut comme la Langue-d'Or de la prophétie. Tu vas m'expliquer tout ça.

OoO

Le décor s'effaça une nouvelle fois. À présent, Albus se trouvait dans un grand jardin derrière une maison qu'il reconnut immédiatement. C'était celle dans laquelle il était entré avec Liam, celle de la Langue d'Or décédée, dans sa splendeur d'antan. L'air était chaud et le soleil brillait, haut dans le ciel. William était en tee-shirt et il avait l'air en meilleure forme que dans ses précédents souvenirs. Il avait un grand sourire aux lèvres et il tenait, dans sa main, une grande baguette.

Devant lui, se tenait un mannequin constitué d'oreillers et de traversins. William avait accroché un brindille sur l'un des boudins comme pour imiter un sorcier armé d'une baguette. Il brandit la sienne et se concentra.

Expelliarmus! s'écria-t'il.

Le sort frappa le bout de bois qui vola dans les airs. Albus perçut des applaudissements dans son dos et découvrit le vieux Merlin assis sur les marches de sa maison. William se tourna vers lui, fendu d'un grand sourire.

— Vous avez vu?! s'exclama-t'il ravi. J'y suis arrivé!

— Bravo! dit Merlin. Tu es très doué.

William marcha vers son père adoptif. Il lui tendit sa baguette et s'assit à côté de lui.

— J'aimerais bien en posséder une, dit William sur un ton un peu triste.

— J'aimerais aussi, mon enfant.

— Mais…

— Mais tu n'es pas enregistré dans le registre des sorciers. Seuls ceux inscrits à Poudlard peuvent recevoir une baguette.

— Ce n'est pas juste, dit William sur un ton dur.

— C'est vrai, admit Merlin.

— Ce n'est pas ma faute si on m'a oublié! Ce n'est pas ma faute si un mage noir a empêché les nés-moldus à s'inscrire à Poudlard. Pourquoi n'en parlez-vous pas au Ministère, hein? J'ai autant ma place chez les sorciers que vous!

— Je ne peux pas, Will. Je ne sais pas ce qu'il adviendrait de toi si on apprenait ton existence. Les sorciers n'aiment pas les enfants qui n'ont pas reçu une instruction magique. Ils les trouvent dangereux.

— Mais je ne suis pas le seul! s'exclama encore William en se relevant. Je suis sûr qu'il y a d'autres enfants comme moi! Qui n'ont pas eu leur lettre! Et quoi? On nous abandonne à notre sort? Tant pis pour nous?

La Langue-d'or ne répondit pas. Il baissa les yeux de honte car il savait qu'il n'y avait pas de solution.

— Vous pourriez en parler à Harry Potter! Je lis les Gazettes! C'est devenu quelqu'un d'important au Ministère. On dit partout que c'est celui qui a sauvé les sorciers. Il pourrait… il pourrait nous sauver.

Sa voix se brisa. Albus avait encore en mémoire le souvenir violent de la correction de ses parents et ses hurlements pour que quelqu'un vienne le sauver. Il voyait en son père le sauveur qu'il avait toujours espéré.

— Je vais essayer, promit Merlin.

Le visage de William s'éclaira d'une lueur d'espoir. Mais Albus perçut le regard de la Langue-d'or. Il comprit en une fraction de seconde qu'il n'en ferait rien.

OoO

Une fois de plus, l'image s'effaça…

Albus, maintenant, était juste derrière William, d'une vingtaine d'années, assis à son bureau, dans la chambre où lui et Liam avaient trouvé la pensine. William était concentré sur des livres et des parchemins. Albus se pencha pour lire par-dessus son épaule. Le jeune William était en train d'étudier du langage runique. Il vit aussi une grande carte avec des points à différents endroits. En traduisant à la hâte, Albus comprit qu'il travaillait sur les sources et sur le Saint-Graal. Il avait devant lui le début de l'anagramme, celle gravée sur la stèle de la Grotte de Merlin.

Les choses se précisaient. Les souvenirs lui montraient enfin des éléments qui faisaient écho à ce qu'il avait lui-même vécu. Le jeune William passait par les mêmes recherches que celles sur lesquelles ils avaient travaillé d'arrache-pied, Liam et lui. Mais il le faisait des dizaines d'années plus tôt. Albus remarqua aussi l'épais dictionnaire du langage du Haut Runique, celui qu'Hugo avait transposé dans son ordinateur magique. Le Merlin qu'il connaissait maintenant l'avait appris bien avant lui.

Soudain, William poussa une exclamation de joie. Il bondit de sa chaise, prenant avec lui le parchemin sur lequel il avait griffonné quelques mots. Albus le suivit dans le couloir et le vit entrer dans la chambre voisine.

— Ça y est! s'exclama-t'il. J'ai compris. Je sais ce qu'est le Saint-Graal!

Il s'interrompit en voyant l'air abattu de la Langue-d'or, assise dans un fauteuil, contemplant le paysage de sa fenêtre. En entendant William s'extasier sur sa découverte, le vieil homme tourna vers lui ses yeux fatigués et un triste sourire. Il y avait, posé devant lui, la même coupe qu'avait découverte Liam dans la penderie. Le vieil homme tenait encore sa baguette dans la main. Il venait de déposer un souvenir dans sa pensine et celui-ci tournoyait encore à sa surface.

— Ah oui? demanda-t'il.

— C'est la source primale. J'ai épluché toutes vos recherches sur le cerveau de Merlin et ce que vous m'avez dit sur la source au Ministère, celle derrière la porte close. C'est ça, le Saint-Graal, pas vrai? Il a été déplacé.

— Tu as trouvé, admit faiblement la Langue-d'Or.

Le sang d'Albus se glaça dans ses veines. Alors Merlin savait… Il savait pour la source au ministère depuis le début.

— Mais je ne comprends pas pourquoi vous l'avez déplacé. Même si vous avez bouché la source originelle, celle du ministère n'aura jamais sa puissance.

— Nous le savions…, répondit Merlin. Mais cette puissance nous suffit.

— Je pense que je peux la retrouver. J'ai compris l'énigme de Merlin. Les lettres sur la stèle de la Grotte ne sont qu'une partie du code. Il y en a deux autres. Selon toute vraisemblance, si la première stèle se trouvait auprès d'une des sources les plus importantes du pays, les deux autres doivent se trouver à des endroits similaires et aussi symboliques. Je pense qu'elles doivent se trouver au Ministère et à Poudlard.

Albus était sous le choc. Il ne savait pas depuis combien de temps William travaillait sur le sujet ou quelle était l'étendue des connaissances de la Langue-d'Or. Mais William arrivait à des conclusions qu'ils avaient mis des mois à trouver. Son intelligence le stupéfia.

— Il faut que tu abandonnes…, lâcha brusquement la Langue-d'Or.

— Quoi?

— Tes recherches sur le Saint-Graal et les sources. Il faut que tu arrêtes, pour moi, s'il te plaît.

— Pourquoi? demanda William, interdit.

Merlin ne répondit pas.

— Si vous voulez que j'arrête, il faut me dire pourquoi! le menaça William.

— Pour plusieurs raisons, mon enfant… La première et la plus urgente est que je viens de prêter serment.

— Un serment? ne comprit pas William.

— Le Ministère a décidé de soumettre toutes ses langues-de-plomb au serment inviolable. Même pour la Langue-d'or. En tant que tel, je suis le gardien d'un secret, celui d'une des parties de l'énigme de Merlin comme tu viens de le découvrir. Si je parle...j'en meurs, mon garçon.

— C'est terrible, murmura William, sincèrement désolé.

Merlin acquiesça tristement.

— C'est comme ça. C'est pour cela que tu dois arrêter tes recherches. Si tu te lances dans cette quête, il te faudra découvrir le secret de la source au Ministère et je ne peux te le transmettre sans mourir.

Albus vit le jeune homme serrer les poings. Il était frustré et Albus pouvait le comprendre.

— Et la deuxième raison? demanda-t'il en serrant les dents.

— Elle se trouve là-dedans, soupira Merlin en désignant sa pensine.

— Qu'est-ce que c'est?

— Le souvenir d'une prophétie auquel j'ai été témoin, il y a quelques années déjà. Je m'en suis souvenue en t'observant étudier mes travaux.

— Qu'est-ce qu'elle dit? Elle parle de moi?

— Elle dit que rien de bon ne pourra arriver de ta quête de pouvoir, répondit tristement Merlin.

William devint blême. Ses yeux s'emplirent de larmes de colère. Le vieil homme se leva de son fauteuil, comme l'avait fait son père dans son premier souvenir, avec beaucoup plus de douceur cette fois. Il s'approcha de son fils adoptif et tendit la main pour lui caresser la joue. William se détourna, non pas de peur cette fois, mais de haine et de dégoût.

— Si je n'ai pas de baguette, que je ne suis pas un véritable sorcier, alors...qu'est-ce qu'il me reste au juste? Dites-moi… Vous m'avez tout enseigné… La magie, les sorts, les potions, l'histoire… Même vos travaux sur les sources. Je me suis montré doué pour tout ça et pour bien plus encore. Et pour quoi, au final? POUR RIEN?!

Le cri de William fit sursauter la Langue-d'or qui le dévisagea, héberlu.

— Qu'est-ce que je suis pour vous? Un serviteur? Un petit animal domestique? demanda-t'il, les larmes aux yeux.

— William, soupira Merlin. Tu sais très bien que tu n'es pas tout ça.

Epuisé et troublé, le vieil homme s'assit sur son lit avec peine. William le regardait toujours avec la même haine dans les yeux, embué de larmes de frustration.

— Vous m'aviez promis qu'un jour...Un jour, je serai un véritable sorcier. Que vous parleriez à Harry Potter. Au lieu de cela, je me cache comme un...un monstre! A CAUSE DE VOUS! hurla-t'il. Tout ce que je voulais... tout ce que je veux, c'est être normal.

— Tu es normal, William, répondit avec douceur le vieil homme.

— C'EST FAUX! Toute ma vie, j'ai attendu qu'on me sauve de ma condition. Qu'on me sauve de mes parents, des autres qui me maltraitaient sans cesse. Mais même vous, que je considère comme mon père, vous m'avez menti. Vous ne pouvez pas me sauver. Je ne peux compter que sur moi-même. Et il me faut trouver cette source primale. C'est ma seule chance de trouver ma place dans ce monde.

— Tu te trompes, Will…

— En tant que gardien de la source du ministère, vous connaissez la suite de l'énigme. Je vous que vous me la donniez!

— Je ne peux pas, Will, se désola Merlin.

D'un geste rapide, William se saisit de la baguette que la Langue-d'Or avait déposée à côté de lui. Il la brandit devant son père sans que celui-ci ne tente de la lui reprendre.

— Qu'est-ce que tu comptes faire? demanda Merlin, le visage profondément triste.

La main de William qui tenait la baguette, tremblait mais son regard était déterminé.

— Pendant que vous étiez au Ministère, j'ai lu les livres interdits que vous cachiez dans votre bibliothèque, ceux qui parlent des sorts interdits.

— L'imperium ne marchera pas, le prévint Merlin.

— Je ne pensais pas à ce sort-là… Endoloris! s'exclama-t'il.

Aussitôt, le vieil homme fut saisi de convulsions. Il se tortilla dans tous les sens comme si on venait de le jeter sur un bûcher. Il se mit à hurler, des cris atroces qui déchirèrent les tympans d'Albus. Merlin tomba de son lit et convulsa sur le plancher, les yeux révulsés. William fut d'abord choqué par les effets du sort interdit qu'il testait pour la première fois. Mais, bien vite, son visage se ferma à toute pitié. Il était trop en colère pour reculer. William stoppa le sort et son père eut du mal à reprendre sa respiration.

— J'aurais adoré faire subir ce sortilège à mes parents, dit-il d'une voix cruelle en s'abaissant sur le sorcier. Maintenant dites-moi ce que je veux savoir où je recommence.

— Tu...seras...perdu…, articula avec peine la Langue-d'or.

Des larmes coulaient le long de ses joues ridées. Il ne pleurait pas pour lui, il pleurait pour le sort du jeune homme devant lui, qu'il considérait comme son fils. Albus se concentrait, avant tout, sur le visage de William. Il cherchait désespérément de l'espoir pour ce jeune homme qui lui inspirait tant de pitié. Il avait raison quand il avait crié que ce n'était pas sa faute. Albus voulait croire qu'il pouvait encore être sauvé. Mais son regard empli de haine, éteignait peu à peu les dernières espérances du sorcier. Il comprit qu'il assistait au souvenir déterminant de la naissance d'un monstre.

Tout disparaissait, sa souffrance, l'attachement qu'il avait eu pour ce vieux sorcier qu'il considérait comme son père, sa pitié et sa compassion naturelle. Tout s'effaçait pour ne laisser que la haine, le ressentiment et une soif de puissance dangereuse. William était perdu.

— Ma perdition me regarde! siffla William. Allons, parle, vieillard! Sinon, je te ferai souffrir comme jamais! Endoloris!

Le supplice du vieil homme reprit. Son teint devint rouge vif et ses membres se tendirent, rendus raides par la douleur. Il n'avait même plus la force de crier. William fit durer longtemps le sortilège de torture. Il ne s'arrêta que lorsque le vieil homme devint soudain très pâle.

— PARLE! hurla William. Mais PARLE, bon sang!

— L'...l'amour… C'est...l'amour...ce que...tu cherches.

William le contempla, sans comprendre. Soudain, il vit le bras de la Langue-d'or trembler et des filaments noirâtres montèrent jusqu'à son épaule, son cou, son visage. Sa langue devint noire et il mourut en quelques secondes. Albus fixa le corps de la Langue-d'or, incapable de prononcer le moindre mot, tout comme William dont toute colère avait soudain disparu. Il observa longtemps son père adoptif, sans bouger, prenant, peu à peu, conscience de ce qu'il avait fait.

William s'essuya rapidement les yeux. Puis, il leva la tête vers la pensine. Il enjamba le cadavre de son père et plongea sa tête dans la coupe pour découvrir sa prophétie, scellant son sort à jamais.

OoO

Nouveau changement de décor…

Albus se retrouva une nouvelle fois dans les rues de Londres. Il faisait nuit et il ne connaissait pas le quartier qui était de toute évidence, très mal fréquenté. Il chercha des yeux William avant de se rendre compte qu'il était assis sur un banc, à sa droite. William portait un long manteau un peu vieillot et sombre qu'il avait dû emprunter à son père adoptif. Il avait relevé sa capuche et son visage était plongé dans l'ombre de son vêtement. Le jeune homme fixait le trottoir d'en face et Albus se tourna à son tour pour découvrir ce qu'il l'intéressait à ce point.

En plissant les yeux, Albus aperçut deux hommes en pleine discussion. L'un d'eux était adossé sur le mur de briques, près des poubelles. Il avait les épaules voûtées et cachait aussi son visage grâce à la capuche de son pull. Albus vit son interlocuteur lui taper dans la main en regardant derrière lui. Puis, l'homme vérifia sa paume et il se mit à crier.

— Tu te fous de moi?! perçut Albus malgré les bruits de la ville et de la circulation.

La capuche haussa des épaules et demanda, d'un geste de la main, à l'autre de déguerpir. L'homme le poussa violemment et la capuche tomba à la renverse dans les poubelles. Visiblement la discussion tournait au drame. La capuche se releva lestement, essuya les saletés sur son jean délavé puis fit face à son agresseur. Lorsque celui-ci tenta de le pousser une nouvelle fois, la capuche lui donna un petit coup de poing.

La force du coup était disproportionnée. L'homme vola dans les airs comme un oiseau et frappa le mur de la ruelle avec une telle violence qu'Albus put presque entendre les os se craquer. Et pourtant, la carrure de la capuche ne pouvait laisser deviner une telle puissance. Non, même s'il avait été tout en muscles, jamais il n'aurait pu faire décoller un homme d'un simple coup de poing. Albus était sûr de ce qu'il avait vu: la capuche avait utilisé de la magie.

William se leva soudain de son banc. Les mains dans les poches où Albus était sûr qu'il cachait la baguette qu'il avait volée à la Langue-d'or, il traversa rapidement la rue pour rejoindre la capuche. Celui-ci s'était approché de sa pauvre victime qui ne bougeait plus du tout. Il était en train de fouiller ses poches pour le dépouiller.

— Joli coup, commenta William derrière la capuche.

Il se releva prestement et se retourna, face à William, prêt à en découdre. Tandis qu'il s'était redressé, sa capuche était tombée, dévoilant un visage jeune, aussi jeune que celui de William. Les deux jeunes gens devaient avoir à peu près le même âge. Il était roux, avec de grands yeux qui suintaient la folie. Ses vêtements étaient déchirés à de nombreux endroits et ils avaient sérieusement besoin d'un bon nettoyage. Le rouquin le toisa, nullement effrayé.

— Qu'est-ce que tu me veux? demanda-t'il sur un ton bourru. Tu veux acheter?

William désigna l'homme toujours étendu sur le sol, inerte, dans une mare de sang.

— Il est mort? demanda-t'il.

— S'il ne l'est pas, il le sera bientôt, rit cruellement le rouquin.

— J'ai vu ce que tu as fait.

— Et quoi? Tu comptes me dénoncer?

— Non…, je veux seulement te parler.

— Sans moi, répondit-il.

Il rabattit sa capuche sur son visage et fit mine de partir. William sortit sa baguette de sa poche et la pointa sur le jeune homme. En la voyant, il eut d'abord un mouvement de recul, croyant peut-être qu'il lui braquait une arme à feu moldue. Mais en contemplant ce qui devait passer pour un bout de bois à ses yeux, le rouquin partit dans un rire tonitruant.

— Tu te prends pour qui? Un sorcier?

— Précisément! répondit William avec un sourire.

— Lâche-moi avec ta merde! Si tu crois que je ne t'ai pas vu m'observer ces derniers temps. Je sais que t'es pas un poulet mais tu viens pas acheter ma came non plus. Tu me veux quoi au juste?

— Je te l'ai déjà dit, te parler, c'est tout.

— T'es chelou…, lâcha le rouquin, même pour moi. Je me casse avant que les flics ne débarquent.

Petrificus Totalus! murmura William en agitant sa baguette.

Le rouquin se figea sur place et ses grands yeux s'écarquillèrent un peu plus. William sourit en dévisageant sa victime. Puis, il se tourna vers le cadavre à ses pieds et agita encore sa baguette. Il fit léviter le corps jusqu'à une benne à ordure pour le laisser tomber lourdement. Il avait accompli sa manoeuvre sous les yeux ébahis du rouquin toujours pétrifié. Lorsque le couvercle retomba lourdement dans un claquement strident, William s'approcha de l'homme pétrifié.

— Tu as vu ce que j'ai fait, dit-il doucement. Tout ça avec ce bout de bois. C'est de la magie. Tu en riais mais je suis bel et bien un sorcier. Et tu en es un aussi. Tu es exactement comme moi. Tu es un de ces enfants qui ont été tous oubliés par le monde des Sorciers et qui ne trouvent plus leur place nulle part. Un monstre chez les moldus et un non-être chez les sorciers. Tu n'es rien et moi, je viens tout t'offrir. La magie, la reconnaissance et le pouvoir.

William fit une pause, un grand sourire aux lèvres. Le rouquin le fixait en ne perdant pas une miette de son discours. De toute façon, il n'était pas en position pour l'ignorer.

— Maintenant, je vais te libérer et te parler de mes projets. Je t'ai observé longtemps et j'ai décelé chez toi un grand potentiel. Je veux que tu fasses partie intégrante de mon plan. Si les autres n'ont pas cessé de te rejeter pour ta différence, et je suis persuadé que c'est le cas, je peux te promettre, qu'avec moi, tu seras traité comme un roi.

Il le libéra d'un mouvement de poignet. Une fois désensorcelé, le rouquin s'effondra à genoux sur le bitume.

— Comment tu t'appelles? demanda William.

— Alfred Keyforth, articula le rouquin. Et toi?

— William Watson... mais tu peux m'appeler Merlin.

OoO

Une fois de plus, le décor s'effaça…

William, ou Merlin, apparut à nouveau devant Albus. Il n'était pas seul et était accompagné de son tout nouvel ami, le rouquin à l'air débraillé. Tous les deux avançaient dans une espèce de grotte obscure dont l'écho renvoyait le bruit d'une chute d'eau. Albus n'avait absolument aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient et les deux jeunes gens peinaient à ne pas glisser sur la pierre noire et humide du tunnel, uniquement éclairé par la baguette de Merlin. Le prénommé Alfred ripa sur le sol et se retint de justesse en poussant un juron qui se termina par un rire un peu fou.

— Si j'avais une baguette comme toi, je verrais mieux où je mets les pieds, rit-il en retrouvant son équilibre.

— Tu ne saurais pas comment t'en servir, répondit Merlin. Et puis de toute façon, tu n'en auras bientôt plus besoin.

Albus se demanda où menait le tunnel rocheux dans lequel ils progressaient tous les deux. Il les suivit encore un bon quart d'heure en écoutant attentivement leur conversation.

— Ça fait des plombes qu'on patauge dans cette gadoue. Tu es sûr de ton coup? demanda Alfred.

— Oui! Fais-moi confiance. On y est presque, Alfred…

— J'ai jamais aimé ce prénom. Je devrais peut-être prendre un pseudo, un peu comme le tien. Pourquoi tu te fais appeler Merlin, au juste?

William ne répondit pas tout de suite. Son expression était grave et Albus sut qu'il se remémorait la mort de son père.

— Merlin est un grand sorcier et il est celui qui a créé le Saint-Graal. J'ai pris son nom pour perpétuer son oeuvre.

— Qui est? demanda Alfred.

— Rendre la magie accessible à tout le monde…, murmura-t'il.

— Dans ce cas, sourit le rouquin, je devrais prendre le nom d'un des chevaliers de la table ronde! Comme je suis un de tes alliés et en quelque sorte ton disciple…

— Bonne idée, admit Merlin. Tu pourrais t'appeler Keu… Tu me fais penser à lui.

— C'est qui ce Keu?

Merlin leva sa baguette pour éclairer plus en profondeur. Une curieuse lumière bleutée léchait les parois du tunnel en y apposant des reflets aussi curieux que magnifiques.

— Il était doté d'une force surnaturelle. Quand on s'est rencontrés, tu as balancé un de tes clients d'un simple coup de poing. Cela te correspond bien.

— J'aime bien ce nom, sourit Alfred. Parfait, dorénavant, je m'appelle Keu.

Ils s'approchaient de plus en plus vers la lumière qui éclairait, à présent, leurs visages. Les deux hommes s'arrêtèrent devant une immense fosse qui s'étendait à perte de vue, sous leurs pieds. Merlin éteignit sa baguette et demeura sans voix, tout comme Keu, face au spectacle devant leurs yeux. Albus retint une exclamation de stupeur que nul n'aurait pu entendre. Il avait devant lui, le trou béant d'une source naturelle dont l'énergie magique bouillonnait dans une lumière aveuglante.

— C'est…, commença Keu.

— Oui… C'est une source.

— Et tu veux qu'on se baigne là-dedans? demanda encore Keu, sceptique.

— C'est le seul moyen, pour nous, d'acquérir la véritable magie.

Merlin avait déposé sa baguette à ses pieds et commençait à se dévêtir.

— Qu'est-ce que tu fais? s'exclama Keu, médusé.

— C'est un lieu sacré, expliqua-t'il. Prends-le comme une renaissance.

— On peut mourir?

— Peut-être…, admit Merlin sans aucune crainte. Mais c'est que nous n'en serions pas dignes.

Keu hésita, tout en fixant le magma d'énergie à ses pieds. Avec un soupir qui ressemblait plutôt à un sanglot réprimé, il commença à ôter ses vêtements avec beaucoup plus de lenteur que son compagnon.

— Prêt? demanda Merlin, excité.

Son ami, enfin nu, acquiesça, ses yeux agrandis par la peur. Ils sautèrent en même temps.

Albus eut alors une curieuse sensation. Il n'avait pas sauté avec Merlin, se contentant de l'observer sur le bord. Toutefois, même s'il n'avait pas bougé, le décor changea et il subit la chute dans la source alors qu'il demeurait toujours immobile. Ce souvenir était étrange à voir, à vivre et à comprendre. Albus n'arrivait pas à y croire. S'il en était témoin, cela voulait dire que Merlin se souvenait de son passage dans la source et cela n'augurait rien de bon.

Les images floues et chaotiques cessèrent de défiler et tout se figea dans une blancheur aveuglante. Albus se crut retourné dans le cerveau de Merlin, dans sa partie secrète, là où il avait dû faire face à lui-même, dans la personnification du savoir. Il se tenait au côté de Merlin qui sondait la brume blanche sans comprendre.

— Mon fils…, retentit une voix dans son dos.

Albus et William firent volte-face. Le corps nu du jeune homme se mit à trembler alors qu'il contemplait la silhouette de la Langue-d'Or. Celui-ci avait un air grave et cette même tristesse sur le visage qui ne l'avait pas quitté jusqu'à son dernier souffle.

— Tu es mort! cracha William, terrifié malgré lui. Je t'ai tué! Tu n'est pas réel!

— En effet, je ne suis pas réel, confirma la Langue-d'Or. Je ne suis même pas vraiment ton père.

— Alors qui es-tu? Où est-ce que je suis? Qu'est-ce-que tu me veux?

La Langue-d'Or se mit enfin à sourire.

— Je n'ai pas de nom et même si je t'expliquais ce que je suis, tu n'as pas les capacités pour le comprendre. Je suis celui qui est venu te poser une question et te prévenir des conséquences.

— Je ne suis pas venu pour répondre à tes questions! cria William, en colère. Je suis là pour recevoir la vérité, la vraie magie! C'est tout ce que je veux!

L'esprit représentant son père eut un bref signe de la main et William fut soudain écrasé par une forte pression magique. Il poussa un faible cri et s'écroula sur le sol, en tremblant.

— Tu as beaucoup de volonté mais tu manques cruellement d'humilité. Qu'est-ce qui te fait croire que tu mérites un tel cadeau?

— Je...suis...celui...qui...sait, articula-t'il faiblement.

— Tu ne sais rien.

La Langue-d'Or le fit se relever et se planta devant lui en le dévisageant d'un air sévère.

— Tu es celui qui a été oublié. Celui qui n'a pas été sauvé. Tu ne viens pas ici pour recevoir la vérité mais pour t'en servir à des fins personnelles. Pour qu'enfin...on puisse reconnaître ton existence.

Des larmes amères coulaient à présent sur les joues de William. Il n'eut pas la force de nier car il savait que la source ne pouvait mentir. Quintessence de la vérité, elle la lui révélait dans sa forme la plus crue et la plus destructrice. En contemplant William, Albus crut revoir l'enfant qui pleurait jadis sur son lit, maltraité par ses deux parents pour une faute dont il n'était pas responsable.

— Dis-moi ce que tu veux? répéta la Langue-d'Or d'une voix forte.

— Je veux...je veux tous les sauver.

Alors tout s'arrêta soudain. William retrouva sa liberté de mouvement. Ses yeux étaient encore embués de larmes et il poussa un hoquet geignard, paraissant soudain très vulnérable.

— Tu as le choix, dit la Langue-d'Or. Soit tu restes ici avec moi, soit tu repars. Si tu décides de rester, un autre prendra ta place pour sauver ceux dont l'honneur a été bafoué. Le monde s'effondrera tôt ou tard, avec ou sans toi. Tu n'es en rien indispensable à ce projet qui te dépasse. C'est cette humilité que tu dois t'efforcer à cultiver.

— Et si je pars? demanda faiblement William.

— Si tu ressors de la source... Tu réussiras à rétablir la justice sur les deux mondes et tu accompliras ton destin. Cependant, ton règne sera de courte durée car tu seras vaincu par une autre prophétie.

Une expression de surprise, suivie d'une profonde réflexion passa sur le visage de William. Albus l'observait prendre sa décision comme il l'avait fait après avoir entendu les paroles de Trelawney dans sa salle d'examen. Il avait eu encore une échappatoire dans cette source. Il avait encore le choix de rester, bien que cela signifie la mort. Mais William n'était pas du genre à se résigner à son sort. Albus reconnut les mêmes qualités et défauts chez son ennemi. Il était mué d'une volonté farouche à combattre la fatalité.

— Laisse-moi repartir, dit-il d'une voix ferme.

— Comme tu voudras...

Tout s'effaça encore et Albus se retrouva, à nouveau, sur le bord rocailleux de la source. William crachait, soufflait, couché à même la pierre, toujours aussi nu, comme s'il venait de naître. Keu était à ses côtés, dans le même état mais l'air complètement perdu.

— Qu'est-ce qui s'est passé? demanda-t'il en se redressant.

— Quoi? Tu ne te souviens de rien?

— Non… Toi oui? Qu'est-ce que tu as vu?

Merlin ne répondit pas. Il se rhabilla, tout en fixant le fond de la source, le regard noir. Keu l'imita, sans comprendre. Il essuyait ses joues baignées de larmes sans savoir pourquoi il avait bien pu pleurer.

Parmi ses vêtements, restés sur la pierre humide, Merlin retrouva la baguette qu'il avait volé à son père. Il la serra dans la main, en la fixant intensément. Sa paume se mit soudain à luire et un curieux sourire étira les lèvres de Merlin. L'éclat de lumière disparut aussi vite qu'il n'était venu.

— Qu'est-ce que tu as fait? demanda Keu en s'approchant.

— Ce sont mes nouveaux pouvoirs…, souriait toujours Merlin. Je suis capable d'absorber la magie. J'en ai une meilleure compréhension.

— Et moi? fit Keu, un peu jaloux.

— On va le savoir immédiatement.

Il se saisit du bras de son ami et ferma les yeux pour se concentrer. Lorsqu'il le relâcha, Merlin dévisagea Keu, une lueur d'envie et d'admiration dans les yeux.

— Tu as reçu le pouvoir des idées, murmura Merlin.

— Les idées? C'est bien ça? demanda Keu qui ne comprenait pas la puissance qu'il venait de recevoir.

— Tu peux insuffler à n'importe qui une idée dont il se persuadera qu'elle est la sienne. Tu te rends compte de tout ce qu'on peut faire avec ces capacités?

— Pas trop, non…, sourit Keu avec un air penaud.

— Ne t'inquiète pas. Je vais te guider.

OoO

La grotte disparut et le décor suivant mit un peu plus longtemps à se constituer, Albus eut l'impression de voler parmi les formes et des couleurs changeantes jusqu'à ce que les choses se solidifient à nouveau autour de lui. Il se retrouva alors, une nouvelle fois, au Chaudron Baveur, tard dans la nuit. Le vent sifflait sur les carreaux obscurs de la taverne en faisant vaciller la flamme des bougies sur les tables désertes.

Il n'y avait que deux banquettes occupées. L'une, dans le fond de la salle et l'autre près du bar, prise d'assaut par deux sorciers vêtus de deux longues robes noires qu'Albus n'eut aucun mal à identifier comme l'uniforme des Langues-de-plombs. En se concentrant un peu, Albus put même reconnaître les deux sorciers. Il fut surpris de contempler les visages de Perceval Pickquerry et de Stuart Lewis, bien vivant. Ils discouraient en buvant et n'avaient pas l'air de très bonne humeur.

Sur l'autre table, près de là où avait atterri Albus, celui-ci vit Merlin et Keu, beaucoup plus vieux, peut-être dix ans plus tard, taiseux, observant du coin de l'oeil, les deux langues-de-plomb.

— Ceux-là? demanda Keu.

— Oui, répondit à mi-voix Merlin. Cela fait des mois que je les observe. Chaque soir, après le boulot, ils viennent se plaindre ici.

— De quoi se plaignent-ils?

— Leur salaire…, la reconnaissance, leur serment aussi. Ils sont parfaits pour ce que j'ai en tête.

— C'est pour quoi, encore? demanda Keu.

Merlin le dévisagea, une profonde lassitude affaissa ses traits.

— Bon sang, Keu. Fais un effort. Je te l'ai répété mille fois, au moins!

— Désolé mais c'est compliqué ton histoire de source là.

— Il faut qu'on trouve le Saint-Graal et pour ça il vaut mieux avoir des espions chez les Langues-de-plomb. D'autant plus que le Lewis là… travaille dans la salle aux cerveaux. On pourra avoir accès à toute la connaissance de Merlin.

— D'accord…, j'ai pas tout compris mais...d'accord. Bon, fit-il en vidant sa choppe, y a plus cas!

Les deux hommes se levèrent en raclant leurs chaises sur le parquet de Tom. Ils se dirigèrent tranquillement vers les deux langues-de-plomb. Merlin s'assit en face d'eux tandis que Keu restait dans leur dos, l'air de rien.

— Bonsoir, messieurs, dit poliment Merlin.

— Qu'est-ce que vous voulez? demanda grossièrement Pickquerry. Vous ne voyez pas qu'on discute? Allez-vous en!

— Je suis là pour vous proposer quelque chose…

— Et nous, on veut boire et discuter en paix! rétorqua Lewis.

Les deux sorciers étaient quelque peu éméchés et particulièrement grossiers. Merlin ne s'en offusqua pas. Il leur sourit poliment puis leva la tête vers Keu. Celui-ci posa ses deux mains sur une épaule de chaque Langue-de-plomb et s'abaissa à leur hauteur pour leur parler à l'oreille.

Vous ne savez pas pourquoi mais vous avez très envie d'écouter tout ce que vous dira cet homme, devant vous.

Un bref voile blanc passa dans les yeux des deux sorciers. Immédiatement après, ils se concentrèrent sur Merlin, l'air soudain très intéressé.

— De quoi voulez-vous nous parler? demanda Pickquerry d'une voix beaucoup plus douce et polie.

— C'est plutôt vous qui pouvez me renseigner, sourit Merlin. J'ai besoin d'informations concernant le cerveau de Merlin et je pense que vous pouvez m'aider.

Les deux langues-de-plomb se mirent à éclater de rire.

— Même si on le voulait, on ne pourrait pas, dit Lewis en continuant à rire.

Pickquerry releva sa manche et dévoila la marque de son serment inviolable.

— Vous voyez ça?! C'est ce qui nous tuera si on dévoile quoique ce soit de notre métier. Même une simple description du Département des Mystères peut nous faire mourir. Alors, ne nous demandez pas l'impossible, s'il vous plaît.

Dans un geste rapide, Merlin attrapa les deux bras des langues-de-plomb. Celles-ci, sous le choc, ne pensèrent pas à réagir tout de suite. Mais lorsqu'elles virent les mains de Merlin commencer à s'illuminer, elles ouvrirent la bouche pour crier. Keu profita de leur désarroi pour leur parler, à nouveau, au creux de l'oreille.

Vous ne vous inquiétez pas parce que vous savez que vous n'avez rien à craindre.

Les deux sorciers s'immobilisèrent aussitôt, devenus soudain très calmes et sereins. Merlin fixait les langues-de-plomb avec la même sérénité que celle dépeinte sur leurs visages. Albus se demanda si la magie de Keu n'avait pas transité dans les paumes de Merlin. Il attendit quelques minutes puis il observa la marque du serment inviolable s'effacer peu à peu. Merlin l'avait complètement absorbé.

Reprenant leurs esprits, Pickquerry et Lewis contemplèrent leur avant-bras, choqués.

— Qu'avez-vous fait? demanda la langue-de-plomb.

— Je vous ai libérés, répondit Merlin avec un sourire.

— Pourquoi? demanda Lewis.

— Parce qu'il est injuste qu'on vous ait fait taire. Parce que vous avez les connaissances qui permettent de sauver le monde des sorciers et parce que vous savez, au fond de vous-mêmes, que vous êtes les hommes qui permettront cette prouesse.

— Qui êtes-vous? demanda Pickquerry toujours aussi méfiant. Et que voulez-vous?

— Je me nomme Merlin et tout ce que je veux, c'est sauver le monde.

OoO

La salle du Chaudron Baveur s'estompa et Albus se retrouva dans une autre salle beaucoup plus épurée, qu'il n'avait encore jamais vue. Une grande table ronde trônait en son milieu et quelques hommes y étaient assis. Il reconnut Keu, Pickerry et un autre qu'il n'avait encore jamais vu. Il était grand, l'air maussade, tout habillé de noir. Les trois hommes fixaient le quatrième, légèrement mal à l'aise.

En se tournant vers Merlin, il vit celui-ci dans une colère noire. Il s'était levé et avait balayé son plan de travail d'un grand geste de la main en hurlant de rage. Il était encore un peu plus vieux, peut-être de quelques années.

— Cet imbécile! hurla-t'il. Il avait une mission! Une seule!

— Il a préféré les reliques, intervint Pickquerry. Vous lui aviez demandé de trouver un moyen de détruire la source. Il pensait que les reliques étaient assez puissantes pour détruire celle de Poudlard.

— Et il s'est fait prendre! vociféra Merlin, hors de lui. Par des adolescents qui plus est!

— Pas n'importe quels adolescents, rectifia Pickquerry. Ce sont les enfants du trio légendaire…

Merlin se laissa tomber sur sa chaise et prit le temps à la réflexion. La tension était encore palpable et aucun de ses sbires n'osa parler pendant qu'il réfléchissait.

— Lesquels des enfants? demanda Merlin plus calmement.

— D'après notre informateur chez les aurors, répondit Pickquerry, il s'agirait de Rose Weasley, Lily Potter, Hugo Weasley et Albus Potter.

Pour Albus, il fut très étrange d'entendre son nom dans le souvenir d'un inconnu. Il retint son souffle, se sentant terriblement vulnérable.

— Albus…, répéta Merlin. L'un des fils de l'Élu…

Albus n'eut pas besoin qu'il développe. Il savait à quoi il pensait. Il se remémorait la prophétie qu'il avait découverte dans la pensine de l'ancienne Langue-d'Or.

Deux fils passeront la porte des morts, mais seul l'un d'entre eux reviendra à la vie.

Comme son père avant lui dont il a hérité le regard.

— Est-ce qu'il a les yeux de son père? demanda soudain Merlin en se tournant vers Pickquerry.

La question surprit la langue-de-plomb.

— Euh… Je ne saurai le dire. Je ne l'ai jamais vu.

— Il faut le faire surveiller, dit Merlin. Faites-les tous surveiller. Je veux savoir ce qu'ils comptent faire après l'école, ce qu'ils ont entendu, ce qu'ils savent et à qui ils ont parlé.

— Ce sera fait! acquiesça Pickquerry.

— Et pour la jeune Gwen? demanda encore Merlin. Elle a réussi à rapporter le fragment de lettres de Poudlard?

— Elle s'est fait arrêter, répondit Pickquerry. Elle doit déjà être en route pour Azkaban.

— Quelle idiote! rugit Merlin. Incapable! Très bien, j'irai moi-même si c'est comme ça. De toute façon, on est mieux servi que par soi-même. J'espère pour cette petite idiote, qu'elle restera le plus longtemps possible en prison. Galaad, si elle sort, je compte sur toi pour punir ta disciple comme il faut! sourit cruellement Merlin.

— Comptez sur moi, répondit celui-ci.

— Vous pouvez disposer.

Galaad et Pickquerry furent les seuls à se lever. Keu resta assis car il savait que cet ordre ne le concernait pas. Keu était l'ami le plus fidèle de Merlin, le premier de ses chevaliers. Il partageait tout avec lui. Galaad passa un épais rideau de velours mais Pickquerry se tourna vers Merlin, quelque peu embarrassé.

— Oui? demanda Merlin.

— Maître, commença-t'il d'une voix faible. Vous m'avez demandé de vous prévenir dès qu'une prophétie étrange arrive dans notre département. Nous venons d'en recevoir une qui porte le nom d'Albus Potter.

Merlin leva les yeux vers la langue-de-plomb, soudain intéressé. Albus avait les mains moites. Il savait très bien de quelle prophétie parlait Pickquerry.

— Elle a été émise par le professeur Trelawney lors de l'examen de divination du jeune garçon, expliqua encore Pickquerry. Il se peut qu'elle vous concerne.

— Que dit-elle? demanda Merlin avec impatience.

Alors la langue-de-plomb récita, mot pour mot, la prédiction de son ancien professeur, celle-là même qu'il avait entendu ce terrible jour de juin. Albus eut des frissons d'effroi en contemplant les expressions de Merlin. Il était au courant de ça, depuis si longtemps. Avant même qu'il ne prenne son poste au Département des Mystères. Merlin savait pour le nouvel élu.

— "Il fera mourir pour amener la vie…", récita Keu, perplexe. C'est qui ça? Toi?

— Je ne suis pas né du Lion et du Serpent, fit remarquer Merlin. Non, il s'agit de quelqu'un d'autre.

— Mais c'est un casse-couille ou il sera de notre côté?

— La prophétie ne le précise pas, répondit Pickquerry. Il se peut qu'elle annonce la venue au monde d'un nouveau mage noir.

— Très bien, lâcha Merlin. Tu peux disposer, Perceval.

La vieille langue-de-plomb salua son maître et disparut derrière le rideau, laissant les deux vieux amis en tête-à-tête.

— Ça t'inquiète? lui demanda Keu.

— Quand j'étais dans la source, on m'a averti que je serai contré par une autre prophétie. J'ignore si c'est celle dont vient me parler Perceval mais la coïncidence est troublante.

— Moi ce qui me désole, c'est la perte des reliques, soupira Keu. Une baguette plus forte que toutes les autres. J'aurais adoré l'avoir.

— Radcliffe nous a rendu un fier service, malgré son lamentable échec et sa mort ridicule. Il a détruit deux reliques et a permis de supprimer le pouvoir de la mort qu'avait acquis Harry Potter dans sa jeunesse. Il n'y a plus aucun risque pour qu'il rejoue le coup du Maître de la Mort.

— N'empêche, j'aurais enfin eu une baguette, dit Keu.

— Arrête de te lamenter! On a beaucoup mieux que des baguettes.

Merlin se leva. Keu le suivit des yeux.

— Où tu vas? demanda-t'il.

— À Poudlard.

OoO

La pièce s'effaça et Albus reconnut soudain le parc du château. Il faisait nuit et toutes les lumières étaient éteintes. Merlin avançait tranquillement sur la pelouse du château en admirant sa construction. Albus se demanda comment il avait réussi à passer les protections du château. Puis, il se rappela ses capacités et se désola de contempler l'intrus, s'avancer résolument vers ce qui avait été pour Albus, pendant des années, un foyer.

L'air était chaud et Albus se demanda à quel moment de l'année ils se trouvaient. Merlin se présenta face aux grandes portes et posa sa main dessus. Elles s'ouvrirent en se ternissant comme si elles avaient été vidées de toute sève. Il en fut de même pour chaque étage, chaque porte, escalier et même certains tableaux. Merlin absorbait chaque particule de magie comme un vampire, rendant le château terriblement désert, taiseux et docile.

Il monta ainsi jusqu'au sommet de la tour d'Astronomie. Il se planta devant les quatre sigles qui représentaient les quatre blasons de l'école. Normalement, ils devaient être quatre pour passer cette épreuve mais Merlin changeait constamment les règles grâce à son pouvoir. Avec un sourire, il posa sa main sur le blason de Poufsouffle.

Aussitôt, il apparut dans l'antichambre aux fresques, celle où Albus avait passé des heures à déchiffrer les runes qui y étaient inscrites. Merlin prit le temps d'admirer la salle. Puis, il posa sa main contre l'un des murs. Aussitôt, les lettres changèrent et la salle se mit à dévoiler tous ses secrets.

Merlin parcourut les diverses fresques des yeux comme s'il lisait les runes comme de l'anglais, à une vitesse qui donna le vertige à Albus. Sa lecture le mena droit vers le dernier mur, là où les derniers vers dévoilaient les héritages des trois fondateurs restés fidèles aux enseignements de leur maître. Albus n'eut pas besoin qu'il les lise à haute voix. Il savait très bien ce qu'il était en train de lire. Il vit les yeux de Merlin s'écarquiller de la même passion qui l'avait envahi lorsqu'il avait découvert l'existence du sceptre et de l'héritier de Gryffondor.

Quand il eut fini, il se dirigea vers l'entrée de l'antichambre du plus courageux des fondateurs. Il n'eut aucun mal à l'ouvrir. Albus n'avait jamais pu pénétrer dans cette salle et poussa un cri de stupeur en contemplant la carcasse de l'énorme basilic au détour d'un couloir. Merlin s'y arrêta aussi et caressa du bout des doigts les écailles devenues ternes de la créature magique. Albus l'observa avec intérêt en se demandant s'il était capable d'absorber la magie résiduelle d'un cadavre.

Soudain, Merlin s'arrêta. Il se retourna lentement, la main toujours posée sur la peau du serpent géant. Il fronça les sourcils et se retourna complètement. Il posa ensuite ses deux paumes sur le corps et ferma les yeux pour se concentrer. Rien ne se produisit. Albus le vit recommencer une dizaine de fois avec, toujours, le même résultat. Il finit par abandonner pour reprendre sa route.

Albus quant à lui, resta planté là, à regarder le basilic, plongé dans une profonde réflexion. Merlin avait décidé de lui montrer ce souvenir, certainement pour montrer toute l'étendue de ses pouvoirs mais il avait mal interprété celui-ci. Merlin n'avait pas réussi à absorber la magie du Basilic. Sans doute avait-il pensé que cela était dû à son corps qui avait commencé à se décomposer. Mais Albus repensait aux théories d'Hugo et à la particularité de Liam. Ce souvenir anodin était peut-être leur seule issue contre lui.

Mais bientôt, il fut obligé de le suivre à nouveau et Albus le retrouva dans une salle plus grande que les autres. Des débris de pierres jonchaient le sol. Albus se souvint du récit de Rose lorsqu'elle avait dû affronter le Basilic dans l'antichambre de Godric et il comprit que le bassin, devant lui, était la pensine où Rose avait reçu le dernier fragment de lettres.

Merlin plongea et Albus le suivit, malgré lui, dans sa chute. Albus fut alors témoins des images qu'avait reçues Rose lors de son propre plongeon dans la pensine. Albus trouva amusant de vivre le souvenir d'une personne allant elle-même dans une pensine. Il perdit rapidement son sourire lorsqu'il vit Merlin faire face au fantôme de Godric Gryffondor.

— Bonjour, le salua Merlin.

— Vous n'avez rien à faire ici! rugit Godric en levant son épée au-dessus de sa tête.

Godric allait le pourfendre mais Merlin n'eut qu'à lever la main pour immobiliser le souvenir.

— La violence n'est pas nécessaire, dit-il tranquillement. Je veux seulement que vous me donniez le dernier fragment et je m'en vais.

— Comment…? s'exclama le fantôme, choqué.

Merlin eut un rictus.

— Je ne suis pas un amateur, Sir Gryffondor. J'ai passé ma vie à étudier les travaux de votre maître. Et je viens de découvrir qu'il vous a confié un des fragments.

— Seul mon héritier…

— Je suis arrivé jusque là, répondit Merlin en désignant l'espace blanc. Ne mérite-je pas cet honneur?

— Vous n'êtes qu'un imposteur! rugit Godric.

Le sourire hautain de Merlin disparut à ce mot. Il parut soudain très froid et surtout très dangereux.

— Et vous, vous êtes stupide, répliqua-t'il durement. Vous n'avez pas encore compris que je n'ai pas besoin de vous pour obtenir ce que je veux? Je voulais vous laisser une chance de continuer à...vivre, ou ce que vous faites jusqu'à maintenant. Mais en réalité, je n'ai qu'à claquer des doigts…

Et il le fit. Le blanc du souvenir devint gris, puis de plus en plus noir, dans un tourbillon d'images floues. Albus comprit, avec horreur, que Merlin était en train d'absorber le souvenir de Godric Gryffondor. Celui-ci était en train de disparaître avec la tornade qu'était devenu sa mémoire. Le chevalier tenta de lutter, en vain. Il agita son épée pour pourfendre celui qui était en train de le voler. Dans un hurlement de rage qui fit frissonner Albus, l'eau du bassin disparut dans le creux de la main de Merlin. Quand il le referma, il poussa un soupir de satisfaction.

— Le Courage... , murmura-t'il. Evidemment…

OoO

À présent, Albus était devant l'entrée d'une grotte, en bas d'une immense falaise de roche. Derrière lui, les vagues de la mer étaient déchaînées. Merlin portait une lourde cape dont les vents marins rabattaient les bords sur ses jambes en claquant. Vu le temps, Albus estima qu'ils devaient être en automne. Quelques semaines s'étaient écoulées depuis sa visite à Poudlard. Merlin s'engouffra dans l'ouverture obscure et béante de la pierre. Albus le suivit. Ils progressèrent pendant un temps dans le noir et le calme, seulement troublé par le ressac des vagues et le sifflement du vent dans le tunnel de pierre. Albus se demanda combien de grottes avaient pu visiter Merlin au cours de sa vie et pourquoi s'intéressait-il à celle-ci.

Il eut bientôt sa réponse. Merlin ouvrit un passage dans la pierre et dévoila une entrée secrète qui donnait sur une large salle d'où émanait une lueur aveuglante. Albus comprit alors où ils se trouvaient. Merlin s'était rendu lui-même dans la grotte de Merlin. Il y venait pour voler le sceptre de Rowena Serdaigle.

Au centre de la pièce, Merlin contempla un cercle de pierres. En son milieu, se trouvait un rocher plus grand que les autres. La source bouillonnait sous cette installation à des kilomètres de profondeurs. Merlin s'avança vers le petit ponts qui menait au dolmen principal. Il n'eut qu'à le toucher pour que la pierre se mette à trembler. Le menhir se fissura soudain et des pans de roches se détachèrent de sa structure pour tomber dans le magma de la source.

Encastré dans la pierre, Albus contempla le sceptre de Rowena. C'était un bâton de bois qui avait la forme d'une longue baguette mais dont l'extrémité se terminait par des ramifications, comme les branches d'un arbres. Merlin l'admira un long moment avant de se décider à le prendre. Puis, prudemment, il le délogea de son socle vertical et s'en saisit à pleines mains.

Albus s'était attendu à des jets de lumière, de la chaleur ou autre phénomène magique comme lorsqu'une baguette finissait par choisir son sorcier chez Ollivander. Mais rien de tel ne se produisit. Un peu déçu, Albus vit Merlin traverser le pont de pierre et rejoindre la terre ferme en fixant toujours intensément le bâton inerte.

Puis, sous les yeux d'Albus, il le tendit vers la source.

La terre se mit à trembler et un grondement monta de la cheminée naturelle. Un puissant flux magique s'éleva de l'ouverture du cercle de pierre et frappa le sommet de la grotte dans un bruit assourdissant et une puissance qui souffla les dolmens en un clin d'oeil. Merlin dirigea le geyser grâce à son sceptre. Il l'amena jusqu'à lui et fit toucher le bois sur l'énergie brute qui cherchait une échappatoire. Le sceptre se mit alors à aspirer la magie. Merlin devait camper sur ses pieds et maintenir le bâton à deux mains pour ne pas tomber ou se laisser submerger par cette magie. Dans un cri de rage, il aspira les dernières gouttes de magie de la source de la Grotte de Merlin.

Il eut un puissant éclat de lumière, un souffle terrible puis plus rien. Le silence et l'obscurité. Merlin était tombé. Il se releva à l'aide de son sceptre et en fixa l'extrémité. Les branches se secouaient doucement, encerclant comme les barreaux d'une cage magique, la boule d'énergie qui s'était formée en son centre. Merlin éclata de rire et poussa des cris de triomphe. Il était en sueur mais heureux d'avoir réussi.

Alors que Merlin sortait avec son nouveau trésor, Albus resta paralysé dans la grotte. Il fut bientôt entouré par les flammes d'un brasier qu'avait provoqué Merlin grâce à son sceptre. Le souvenir explosa avec la grotte et Albus en son choeur.

OoO

Il y eut un tourbillon de couleur, puis la salle de la table ronde de Merlin se reconstitua aussitôt. Cette fois, Merlin était seul avec des feuilles et des livres autour de lui. Albus sut qu'il travaillait sur l'anagramme de Merlin afin de trouver le Saint-Graal. Il fut heureux de remarquer cet air de concentration intense qui trahissait de la difficulté de l'exercice.

Il fut interrompu par l'arrivée impromptue de Pickquerry.

— Je vous ai dit de ne me déranger sous aucun prétexte! tonna Merlin en ne se donnant même pas la peine de lever les yeux vers lui.

Pickquerry ne se justifia pas. Il ne dit pas un mot et se contenta de fouiller sa poche pour déposer un objet sur la table. Merlin tourna la tête et se redressa lentement. Pickquerry venait de lui apporter un retourneur de temps.

— Tu as réussi…, se rejouit Merlin.

— Cela n'a pas été facile et j'ai dû le voler à un sorcier qui est maintenant perdu dans le temps. Mais le voilà, sourit Pickquerry, heureux d'avoir pu satisfaire son maître.

— Tu as fait du bon travail! le félicita Merlin en prenant l'objet pour l'examiner.

— Encore une chose, maître, dit la langue-de-plomb en prenant un air gêné. Albus Potter a passé les examens pour devenir une langue-de-plomb. Gelbero lui a fait la visite des salles.

Merlin leva lentement les yeux vers Pickquerry, l'air soudain très sombre. Il avait perdu toute sa joie d'avoir enfin en sa possession un retourneur de temps.

— Tu sais quelle salle il a choisi?

— Il ne l'a pas encore fait. Il a demandé du temps pour se décider. Mais il a sans doute été effrayé parce ce qu'il a vu. Il ne reviendra sans doute jamais.

— Tu te trompes, répondit froidement Merlin. Il reviendra, soit en sûr. Lui et moi partageons le même goût du mystère et du savoir. Il reviendra...parce qu'à sa place, moi aussi, je reviendrai.

OoO

Tout devint plus sombre et Merlin réapparut non loin de Keu, tandis qu'ils descendaient tranquillement dans le puits obscurs qui s'était ouvert sous leurs pieds au milieu des dolmens de Stonehenge. Merlin avait réussi. Merlin avait découvert où se trouvait le Saint-Graal. Mais il n'avait pas eu besoin de Rose pour cela. Il avait volé l'information, lui-même, à Poudlard. Il savait où se trouvait le Saint-Graal bien avant qu'Albus ne pose la question à la partie cachée du cerveau de Merlin.

Ils atterrirent au milieu des immenses sculptures des géants.

— Cela me rappelle des souvenirs, fit Keu avec un sourire édenté tandis que Merlin éclairait les lieux du sceptre de Serdaigle.

— Notre passage dans la source? comprit Merlin.

— On en a fait du chemin depuis que tu m'as sorti de ma merde.

Merlin eut un rictus qui se termina par un sourire. Ils marchèrent vers l'autel gardé par les sculptures androgynes. Albus se retrouva à nouveau face au trou béant du Saint-Graal. Keu poussa un sifflement qui se termina en écho dans l'immense salle aux géants pétrifiés.

— Y a pas à dire. C'est profond! constata-t'il en se penchant en avant. Et vide…

— Plus pour longtemps, répondit Merlin.

Il tendit le sceptre comme il l'avait fait dans la grotte de Merlin. Albus retint son souffle. Il ne comprenait pas. Lorsqu'il y était allé avec Liam, la source était toujours éteinte. Que comptait-il faire à l'aide de l'artefact de Rowena Serdaigle?

Merlin se mit à déverser la magie qu'il avait aspiré dans le sceptre pour l'envoyer, tel un rayon d'énergie, dans le fond de la source éteinte. Il poussa sa magie à son maximum, s'épuisant à contenir cette puissance dans les tréfonds de la terre. Keu contempla le spectacle en silence, impressionné et inquiet à la fois. Albus l'était tout autant, pas pour Merlin dont le visage devenait de plus en plus pâle, mais pour sa probable réussite.

En fin de compte, Merlin releva son sceptre et interrompit le sort. L'obscurité retomba brutalement sur eux et le bâton de Serdaigle émit une faible lueur beaucoup moins puissante de celle qu'il avait quand il était sorti de la grotte. La lumière éclaira les traits défaits de Merlin. Il haletait et était en sueur, une grimace d'horreur tordait sa bouche tandis qu'il s'effondrait sur lui même.

— Pourquoi as-tu arrêté? demanda Keu en s'approchant de lui.

— Ça ne marche pas, gémit-il. Je ne suis pas assez puissant. Ce sceptre...n'est pas assez puissant.

— Qu'est-ce qu'on fait alors? On abandonne?

Merlin se releva et rejeta son commentaire comme un insecte importun.

— J'ai stoppé le sort à temps. Je n'ai pas épuisé toute la magie du sceptre. Il faut que j'aille vérifier quelque chose qui pourrait nous aider. Après, j'aviserai.

— De quoi tu parles?

Il fouilla dans la poche de sa veste et en sortit le retourneur de temps. Keu fixa l'objet sans comprendre. L'homme n'était pas un sorcier et ne pouvait pas comprendre son utilité ou sa rareté.

— C'est quoi ce truc? demanda-t'il.

— Ça, mon ami, c'est un objet magique qui me permet de voyager dans le temps.

— Pourquoi as-tu besoin de cela?

— Pour la prophétie… Il faut que je vérifie.

Albus les suivit, à l'extérieur de la grotte souterraine, au milieu des dolmens de Stonehenge. Il faisait nuit dehors et les nuages opaques et sombres cachaient les faibles rayons de la lune. Merlin se trouva un endroit parfait, un peu à l'écart du cercle de pierres principal. Il sortit, une nouvelle fois, le retourneur de temps et approcha le sceptre de l'objet volé.

— Tu es sûr de vouloir utiliser les dernières ressources de la source de la grotte de Merlin? demanda Keu, sceptique. Tout ça pour savoir ce que signifie cette nouvelle prophétie?

— Même si je suis certain de gagner. Je veux en avoir la preuve. Je ne dois rien laisser au hasard.

Grâce au sceptre et à ses capacités, Merlin déversa le reste du pouvoir du sceptre dans le petit sablier qui se mit à tourner frénétiquement sur lui-même, peu habitué à une telle quantité de magie.

— Tu sais ce que tu fais? fit Keu en reculant de plusieurs pas, alerté par le sifflement qu'avait commencé à émettre le sablier.

— Je contrôle! s'écria Merlin, le retourneur de temps dans sa main.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Merl!

— Laisse-moi faire! le chassa Merlin.

Il stoppa le sablier et tout se mit à changer autour de lui. Tout s'accélérait dans un tourbillon de couleurs. Les jours, les semaines, puis les mois se succédaient. Albus essayait de se concentrer sur des portions d'ombres, de couleurs éclatantes dans le ciel. Il ne voyait rien, ne comprenait rien.

Et puis, finalement tout stoppa.

Il faisait sombre mais Albus n'avait pas l'impression que la nuit était déjà tombée. Il ne savait pas quel jour ils étaient, ni quelle année. La seule chose dont il fut sûr, c'est qu'ils étaient toujours à Stonehenge. Merlin se trouvait derrière la pierre des sacrifices, caché par le grand dolmen. Lorsque tout se figea enfin, ils furent accueillit par le bruit d'une explosion terrible. Elle fut suivit par beaucoup d'autres et Albus perçut le son d'une véritable bataille qui faisait rage tout autour de lui.

Il vit des sortes de loups sautés sur des hommes et les attaquer à la gorge dans une violence inouïe. Le souffle court, il fut témoins d'un géant piétinant à quelques mètre de sa position, un groupe d'hommes et de femmes qui hurlèrent en s'enfuyant. Il y avait des éclairs de lumière qui jaillissaient un peu partout. Des elfes de maisons couraient dans tous les sens en hurlant un nom qu'Albus n'arrivait pas à saisir dans le brouhaha des explosions et des hurlements de rages du combat. Il avait devant lui, une véritable scène de guerre, telle que lui contait son père ou son oncle pour l'endormir. Et tout se passait ici, à Stonehenge mais il ignorait quand.

— Qu'est-ce qui se passe? murmura Merlin, horrifié.

L'intru passa sa tête pour mieux observer l'entrée de la source. Albus contempla, hébété, le trou qui n'abritait plus les ténèbres. Il irradiait de lumière comme si sa source était enfin réveillée, diffusant son pouvoir sous leurs pieds.

— Non! gémit Merlin en découvrant les panaches de magie qui s'envolait jusqu'au ciel.

Non loin de l'ouverture béante, Albus fut stupéfait d'apercevoir un autre Merlin. Il tenait dans sa main le même sceptre que son homologue et il s'en servait pour se défendre farouchement. Deux énormes menhirs fonçaient droit vers lui. Il les réduisit en charpie à l'aide de sa magie et du sceptre de Rowena, dans un hurlement de rage qui fit frémir Albus. Ce Merlin-là était en colère, et son cri ressemblait à la plainte d'un homme réduit au désespoir. C'était un homme en train de perdre.

Albus était captivé par la scène. Les projectiles n'étaient qu'un leurre. Merlin reçut, en pleine poitrine, un éclair rouge qui lui arracha un gémissement de douleur en l'obligeant à poser genoux à terre. Les éclairs ne cessèrent de pleuvoir sur lui, ne lui laissant aucun répit, et la personne qui lui lançaient tous ces sorts s'approchait de plus en plus de son ennemi juré.

C'était une femme qui tenait dans sa main une longue baguette. Elle avait de longs cheveux roux et le coeur d'Albus bondit d'espoir en reconnaissant immédiatement sa cousine. Rose marchait droit vers Merlin en lui balançant, sort sur sort. Merlin réussit à se saisir de son sceptre qu'il avait lâché sous le choc. Rose visa son poignet avec sa baguette. Malheureusement pour elle, son ennemi fut plus rapide et leurs deux puissances magiques s'affrontèrent dans un déferlement de puissance qui balaya tout sur son passage.

Ce fut à cet instant que le retourneur de temps émit, à nouveau, un sifflement dans la poche de Merlin. Celui-ci comprit qu'il ne pouvait plus rester dans le futur.

— Non! s'exclama-t'il. Non! Non! Non! Je dois voir comment ça se termine!

Mais il était trop tard. Les images se floutèrent à nouveau et le curieux tourbillon reprit du service mais cette fois-ci dans l'autre sens. Merlin revenait dans le passé. Les bruits de la bataille s'estompèrent pour laisser place au silence de la nuit du présent de Merlin. Il retrouva son Stonehenge, calme et tranquille, aux côtés de Keu qui l'observa d'un air inquiet.

— Alors? Qu'est-ce que tu as vu?

Le sablier tomba en poussière dans sa paume tendue. Merlin était pâle comme la mort. Il regardait encore dans le vide comme s'il pouvait encore contempler son futur duel avec cette jeune fille. Albus discerna de la peur dans ses yeux et cela lui fit plaisir.

— Dis à Pickquerry de convoquer Arthur, le plus vite possible, dit Merlin en se tournant vers Keu.

OoO

Le décor changea une nouvelle fois. Il se trouvait encore dans la salle de la table ronde. Merlin écoutait un jeune homme qu'Albus reconnut comme l'ancien fiancé de Rose, celui qui avait tenté de l'assassiner.

— Harry Potter va mettre au point un groupe spécial d'aurors élites pour se charger des affaires de drogues chez les moldus. Ils comptent faire passer des épreuves pour sélectionner les candidats. Je m'y suis inscrit comme vous me l'avez demandé.

— Et la fille Weasley?

— Elle y est aussi, bien que je ne comprenne pas pourquoi, sourit-il. Cette fille est clairement pistonné par son oncle et son cousin. Elle n'a pas l'étoffe d'une auror. Sa magie est faible, cracha-t'il avec tout le mépris dont il était capable.

Merlin garda le silence, en pleine réflexion. Albus savait très bien à quoi il pensait. Il se remémorait ce qu'il avait vu lors de son petit voyage dans le futur. Rose, une faible sorcière? Ce n'était pas ce que montrait sa vision de l'avenir.

— Je veux que tu te rapproches d'elle, dit Merlin en fixant Arthur.

— De quelle manière, au juste? plaisanta Arthur.

— De la manière la plus intime qu'il soit. Épouse-la s'il faut ça pour la garder.

L'ordre choqua un peu Arthur. Il semblait visiblement ennuyé de se voir confier cette corvée. Ses lèvres se pincèrent pour s'empêcher de révéler ce qu'il pensait vraiment.

— Cela ne va pas être facile, finit-il par dire. Son ex fait partie des épreuves. Ils sont tout le temps ensemble.

— Son ex? questionna Merlin.

— Scorpius Malefoy… C'est l'outsider des épreuves. Personne ne comprend pourquoi il a été invité. Il n'est même pas auror. Il a échoué à l'examen.

Les sourcils de Merlin se froncèrent à cette nouvelle.

— Scorpius Malefoy...Il faisait partie des enfants qui ont tué Radcliffe… Surveille-le aussi.

La salle s'effaça et se reconstitua aussitôt. Cette fois, Arthur était accompagné de Pickquerry et de Galaad.

— Le jeune Potter est revenu, dit Picquerry, comme vous l'aviez dit. Il a choisi la salle aux cerveaux. Lewis lui confie les tâches les plus ingrates pour le tenir occupé mais je crois que Gelbero l'aime bien. Il se peut qu'il le prenne sous son aile pour le former à prendre sa succession.

La vieille langue-de-plomb avait prononcé cette dernière phrase avec rage. Albus savait qu'il enviait ce poste depuis des années.

— Ce petit est malin, dit Merlin. Il a choisi la salle susceptible de lui apporter le plus de réponse. Et pour les autres?

— Scorpius Malefoy est en prison, révéla Arthur. Pour un acte anti-moldu.

Merlin se mit soudain à éclater de rire.

— Harry Potter a un curieux sens de l'humour…, rit-il encore. Il croit vraiment que cela va passer inaperçu?

— Il ignore votre existence, maître, sourit Pickquerry. Il se croit plus fort qu'un ennemi dont il ignore tout.

— Il paiera cette erreur au centuple, fit Galaad en pianotant des doigts sur la table.

Albus était en rage. Ils observaient ces hommes dénigrés son père et prévoyaient déjà de lui faire du mal. Il écouta la suite avec l'envie de leur fracasser la tête.

— Il y a de fortes chances que Malefoy meurent à Azkaban. Je l'ai observé pendant les épreuves. C'est un sang chaud. Il n'a pas le cran nécessaire pour survivre dans ce trou à rat.

— Mais s'il s'en sort, dit Merlin, il y a de fortes chances que Gwen l'amène directement à toi, Galaad.

— Je ferai ce qu'il faut, assura tranquillement le croque-mort.

— Non! Tue la fille si tu veux mais pas lui. Je veux faire croire à ce cher Harry Potter qu'il maîtrise la situation. Laisse-le passer par la source, s'il survie au sevrage. Voyons voir de quel matière il est fait… Et pour Rose Weasley? demanda-t'il encore en se tournant vers Arthur.

Arthur s'agita sur sa chaise mais il souriait.

— On sort ensemble, dit-il, très fier. Cette fille est encore plus naïve que ce que j'aurais cru. J'en fais ce que je veux.

— Très bien, approuva Merlin. Continue comme ça mais quand je te le demanderai, il faudra que tu la tues.

Il l'avait dit tranquillement comme si cela allait de soit. Galaad acquiesça avec un sourire cruel mais Arthur pâlit soudainement. Il n'osa toutefois pas désapprouver les ordres directs de son maître et il se contenta d'acquiescer en silence..

— Où en est Lewis avec ses recherches sur le cerveau de Merlin? demanda-t'il à Picquerry.

— Il dit qu'il a presque fini. Mais j'ai beaucoup de mal à lui parler ces derniers temps. Il me fuit au travail. Son comportement est suspect. J'ai l'impression qu'il ne veut plus se montrer aussi collaboratif qu'au début.

— Il a une nièce, je crois, qui travaille pour Accolon. Dis-lui que s'il ne trouve pas rapidement le code pour entrer dans la partie cachée, on la tuera sous ses yeux.

OoO

La salle disparut. À présent, Merlin se trouvait dans une pièce lugubre, légèrement éclairée par une ampoule qui se balançait dans le vide en renvoyant des ombres inquiétantes. Albus sursauta en constatant la présence de Lewis à côté de lui. Le sorcier était en piteux état. Il avait la joue tuméfiée et du sang coulait de son arcade sourcilière. Albus comprit immédiatement qu'il assistait aux derniers instants de la Langue-de-plomb.

— Tu as posé la question que je t'ai demandé…? dit Merlin avec des yeux de fous.

— Ou...oui, balbitua Lewis en tremblant. Je vous en prie! Ne me faites pas de mal. Laissez Clarence tranquille! Elle n'a rien à voir avec ça.

Merlin eut un rire méprisant.

— Ta nièce travaille pour nous à présent. Je n'ai aucune raison de lui faire du mal, sauf si tu refuses de me révéler ce que je veux savoir. A toi de voir…

— J'ai...j'ai fait tout ce que vous m'aviez dit!

— Et tu as tardé très longtemps avant de t'exécuter.

Lewis pâlit et ses lèvres se mirent à trembler.

— J'avais peur…, gémit-il faiblement. Le jeune Potter était entré au Département des mystères… Son père allait découvrir… Harry Potter allait tous nous arrêter.

Le coup partit et la tête de Lewis vola sur le côté avec un cri de douleur strident. Merlin avait perdu son sang-froid lorsqu'il avait parlé d'Harry Potter. Il était hors de lui.

— C'est de moi dont tu dois avoir peur! hurla-t'il avec haine. Moi! Uniquement moi! Je détruirai Harry Potter avant même qu'il ne comprenne ce qui se trame dans son dos. Je le manipule! En ce moment-même. Il ne peut pas gagner! Il ne gagnera jamais plus.

Tandis qu'il criait, Lewis s'était recroquevillé comme un animal blessé, tremblant de tous ses membres. Devant cette carcasse pathétique, Merlin se calma peu à peu. Il poussa un profond soupir et lissa son gilet avec minutie.

— Maintenant, si tu veux bien… dis-moi ce que tu as demandé à la source.

— Je...je lui ai posé la question que vous m'aviez demandé, gémit-il encore en relevant la tête. Je lui ai demandé comment rallumer la source de Stonehenge.

Une lueur d'impatience passa dans le regard de Merlin.

— Qu'a-t'il répondu? Dis-le moi, vite!

— Je...il n'a pas été très clair… Il...il m'a dit que vous saviez comment créer des sources. Que la réponse se trouve dans le rituel.

Merlin fixa Lewis avec intensité. Il ne s'était pas attendu à cette réponse mais Albus avait deviné que la partie secrète du cerveau de Merlin serait aussi hasardeuse, comme elle l'avait été avec lui. Lewis avait certainement rencontré son double. Il était d'autant plus étonné qu'il ait réussi à poser une question commanditée par quelqu'un d'autre. Il avait dû avoir très peur pour sa vie.

Merlin se laissa tomber sur sa chaise derrière lui. Il passa ses mains sur son visage en soupirant.

— C'est tout ce qu'il a dit?

Lewis secoua la tête, toujours aussi effrayé.

— Il a dit...il a dit que vous deviez comprendre pour que je puisse vous révéler la suite.

Merlin se redressa soudain et attrapa Lewis par le col de sa robe noire. Il le hissa sur ses pieds, sans effort.

— Tu te moques de moi? éructa-t'il, vert de rage.

— Non...non. Vous devez comprendre que c'est de la vieille magie. Le savoir a toujours un prix et un cheminement. Il...il sait que vous avez contourné les règles. De cette manière, il vous oblige à suivre la voie du savoir.

— Tsss! lâcha Merlin.

Il relâcha Lewis qui s'effondra sur lui-même. Merlin poussa un autre soupir.

— Je sais que les sources sont toujours entourées d'un cercle de pierres. Ces menhirs attirent la magie au point voulu. Et il y a toujours un sacrifice de sang. Quelqu'un doit toujours donné sa vie pour permettre la renaissance.

— Les pierres, murmura Lewis. Elles sont la clé.

Merlin réfléchit longuement. Puis, son visage s'éclaira et il se tourna vers Lewis, fiévreux.

— L'arcade de la mort… et celle de la vie... , murmura Merlin.

— Elles viennent de Stonehenge, gémit Lewis. Les géants les ont déplacés jusqu'au Ministère pour y faire émerger le nouveau Saint-Graal.

Merlin acquiesça lentement. Tout prenait enfin sens. Albus fut aussi frappé par ces révélations que son ennemi, à ses côtés. Il était paralysé de peur. La clé de Stonehenge se trouvait au ministère, là où Pickquerry siégeait maintenant en tant que Langue-d'Or.

— Comment la réveiller? En transportant les pierres? demanda encore Merlin.

— Irréalisable, répondit Lewis. Mais si les pierres sont éveillées alors la source s'activera, mais cela fera exploser celle du ministère.

— Les activer? Comment?

— Par un sacrifice…

Merlin comprit, ainsi qu'Albus. Il devait répéter le rituel pour activer les deux arcades et les faire entrer en résonance.

— Mais vous ne pouvez pas faire ça…, gémit Lewis. Vous ne comprenez pas… Les conséquences seront terribles. Si vous activez les pierres, si vous faites converger toute la magie vers Stonehenge, toutes les autres sources exploseront. Il y aura beaucoup de morts… Vous ne libérerez personne.

— Si, ils seront libres.

— Dans la mort?! s'emporta Lewis qui retrouvait un peu de courage.

— Ceux qui mourront, sont ceux qui ont abusé de la magie. Ils ne mourront pas, ils recevront leur juste châtiment.

— Vous êtes un monstre! cracha Lewis.

Merlin eut un rictus.

— Peut-être…

Soudain, il se saisit du bras de Lewis et celui-ci commença à se débattre comme un forcené, les yeux épouvantés. Merlin souriait toujours, d'un air cruel et avide de discerner la souffrance sur le visage de sa victime. Albus fixait le bras de son ancien collègue. Avec horreur, il vit Merlin rendre la marque du serment inviolable. Les chaînes s'étendirent de son poignet à son coude et se mirent à rougeoyer. Aussitôt, Lewis fut pris d'une quinte de toux. Il peinait à respirer et il s'effondra sur le sol, secoué par de violents spasmes. Il était en train de mourir de la violation de son serment.

— Pour...pourquoi? balbutia Lewis dont le sang coulait de ses yeux et de son nez.

— Personne ne doit savoir. Vous serez plus digne de confiance dans la mort.

Albus se retourna pour ne pas assister aux derniers instants de Lewis. Il était étrange de voir la scène de son meurtre après avoir passé des mois à enquêter dessus. Il attendit que tout soit fini et que le souvenir s'estompe.

— Il faudra attendre la mort de Gelbero…, dit la voix de Merlin dans son dos.

Albus fit volte-face et tomba sur Merlin et Pickquerry en pleine discussion.

— Mais je pourrais activer la porte maintenant, si vous le désirez, insista Pickquerry. Vous obtiendrez la puissance dès maintenant et…

— Non, le coupa Merlin. C'est trop risqué. Gelbero est malin et Albus Potter est encore dans les parages.

— Peuh! cracha Pickquerry. Cela fait des semaines qu'il n'est pas venu travailler. Il serait sur "l'enquête" de la mort de Lewis.

— Justement. On ne peut se permettre de lui donner une piste en agissant trop tôt. Nous n'avons pas le droit à l'erreur. Attends mon signal pour agir. En attendant, rapproche-toi d'un maximum de langues-de-plomb pour que le moment venu, elles votent pour toi pour devenir la nouvelle Langue-d'Or.

Pickequerry salua son maître et la salle disparut à nouveau.

OoO

En se reconstituant, Albus fut entouré de beaucoup plus de personnes. Il reconnut Keu, Arthur, le croque-mort qui faisait peur, et toujours ce traître de Picquerry. Merlin se tenait debout, heureux. Albus présagea qu'il venait de se passer quelque chose qui le mettait particulièrement en joie.

— Mes amis, c'est un jour de fête! annona Merlin. Le fils de Potter est mort, tué par ce cher Scorpius. C'est une belle tragédie comme on les aime et je ne suis pas sûr que "l'Élu" s'en remette. Bien sûr, nous n'allons pas nous arrêter en si bon chemin. Je n'aurai de repos que lorsqu'il sera bel et bien mort et tous ses proches avec lui. Ce jour approche à grands pas…

Les hommes poussèrent un grand cri de joie qui sonnait un peu creux et tous se rassirent, en devenant plus sérieux. Albus écumait de rage. Ces hommes, ces assassins, étaient en train de célébrer la mort de son frère et il avait été choqué d'apprendre quelque chose qu'il n'avait jamais su. Scorpius avait tué son frère? Il ne lui avait jamais dit. Il se sentit perdu et se raccrocha au souvenir pour ne pas perdre pied.

— J'ai toutefois une mauvaise nouvelle, annonça Pickquerry. Albus Potter est revenu au Département des Mystères. Je l'ai vu sortir de la salle des cerveaux. Je pense qu'il est allé dans la partie cachée du cerveau de Merlin.

Merlin frappa la table de ses deux poings en faisant taire Pickquerry qui s'étrangla de peur.

— En es-tu sûr? demanda Merlin d'une voix blanche.

— Je n'ai pas accès à cette salle, révéla Picquerry d'une voix blanche. Je ne peux pas vérifier ce qu'il y faisait.

— Je n'aurais pas dû tuer Lewis et sa nièce. J'ai trop attiré l'attention sur nous. Il faut que je sache ce qu'il sait.

Il se tourna ensuite vers Arthur.

— Et toi? Avec la fille Weasley? Tu la tiens toujours en ton contrôle?

— Elle…, commença Arthur mal à l'aise. Elle passe beaucoup de temps avec sa famille depuis que son cousin est mort. Je ne l'ai pas vu depuis l'enterrement.

— Tu es en train de perdre le contrôle! éructa Merlin. C'est trop risqué. Je te demande de la tuer.

— Vous..vous êtes sûr?

Merlin leva la tête vers lui pour le dévisager intensément. Arthur se ratatina sur place.

— C'est juste que… Elle est perturbée par la mort de son cousin. Elle va revenir, j'en suis sûr. Elle m'aime.

— Ne discute pas mes ordres! dit Merlin calmement mais dont la menace était palpable.

Arthur ouvrit la bouche pour dire encore quelque chose mais Pickquerry l'arrêta d'un regard, en secouant la tête. Merlin se tourna vers le croque-mort.

— Galaad, amène-moi Scorpius à la prochaine réunion.

L'homme si stoïque d'habitude, tressaillit à cette demande.

— Il n'est pas prêt, murmura-t'il.

— Je me fiche qu'il soit prêt ou pas. J'ai besoin de lui pour approcher son meilleur ami. Fais ce que je te dis! Et maintenant, partez! Vous me fatiguez!

Pickquerry, Arthur et Galaad se levèrent, terriblement gênés d'avoir été ainsi rabrouer. Seul Keu demeura assis aux côtés de Merlin qui suivit ses pauvres recrues du regard avec l'envie évidente de les punir, tous les trois.

— Qu'est-ce qu'ils ont à discuter mes ordres? maugréa Merlin en reculant sur son siège.

— C'est peut-être la pleine lune! rit Keu. Ou c'est la peur qui commence à prendre le dessus. Tu sais que je pourrais les asservir en un simple petit chuchotement.

Merlin fit non de la tête.

— Je ne veux pas laver des esprits mais plutôt les éveiller. L'amour est plus puissant que la peur.

— Même s'ils sont incompétents? grimaça Keu.

Merlin eut un sourire puis il se pencha vers son plus fidèle ami.

— Il y a un coup à jouer…, dit-il. Pour l'instant, certaines choses m'échappe encore comme cet Albus Potter qui pourrait tout découvrir. Mais je crois savoir ce qui le motive et de quelle nature il est fait. C'est un petit garçon avide. Il veut savoir à tout prix. Et nous allons lui donner de quoi s'occuper. J'ai besoin que tu me rendes un service.

— Tout ce que tu veux, répondit Keu.

— Je vais donner à Scorpius Malefoy le titre de Lancelot pour abaisser ses doutes et ceux d'Harry Potter. Lorsque Galaad l'amènera à la prochaine réunion, je veux que tu lui insuffles une idée. Je veux que tu lui souffles un plan pour me piéger. Il faut qu'il persuade ses petits copains de me donner les dernières lettres de Poudlard.

— Pourquoi celle-là en particulier?

— Parce que ce sont celles que j'ai le moins de chance de posséder déjà. Si le gamin est malin, il aura compris que je suis très bien renseigné sur les sources.

— Tu pourrais lui faire croire que tu ne possèdes pas celles du ministère.

— Non, cela le concentrerait sur la source derrière la porte et sur les pierres de la Mort et de la Vie. Je veux l'éloigner du Ministère, le dégoûter du savoir. Il ne faut pas qu'il réitère son serment lorsque je demanderai à Pickquerry de tuer Gelbero. Il a sans doute été déjà très ébranlé par la mort de son frère. Il doit croire que le seul moyen de sauver le reste de sa famille, c'est en abandonnant son serment de langue-de-plomb. S'il croit qu'il me manque celle de Poudlard, il se concentrera sur ça.

— Oui mais il ne possède pas celle du ministère et il ne risque pas de les obtenir de la Langue-d'Or.

— Tu te trompes. Je suis persuadé qu'il les possède déjà. S'il est malin, il les aura demandé au cerveau de Merlin.

— Encore une chose, dit Keu qui essayait de suivre. Traite-moi d'idiot mais pour qu'ils puissent te donner les lettres de Poudlard, il faut qu'ils les aient déjà. Or, tu m'as dit que tu avais effacé le souvenir de Godric. Il ne risque pas de le découvrir.

— Tu ne comprends pas, Keu, soupira Merlin. J'ai triché pour m'approprier le code de Poudlard mais Albus Potter a déjà parmi son entourage celui ou plutôt celle qui possède les lettres de Poudlard.

Keu ne comprenait toujours pas. Il contemplait Merlin, avec de grands yeux de fous qui suintait l'absence.

— C'est l'héritier de Gryffondor qui a reçu le code. Je l'ai compris lorsque Arthur m'a parlé de sa dulcinée et de ce qui s'est passé à Poudlard avec Radcliffe. L'héritier de Gryffondor, aujourd'hui, c'est Rose Weasley.

— La fille que tu veux voir morte? Celle de ta vision?

— Oui…, souffla Merlin.

Il enrageait encore à ce souvenir. Albus pouvait lire sur ses traits une haine farouche pour sa cousine, pour la jeune fille qu'il avait vu lui tenir tête avec une puissance incroyable.

— Dis à Scorpius que je la recherche, que je veux découvrir le dernier fragment de Poudlard. Et que la seule solution pour que je la laisse en paix, est qu'il me livre cette information. Qu'ils pourront me piéger à Stonehenge parce qu'ils sauront où je me trouve et à quel moment. Il faut que tu lui donnes l'espoir qu'ils pourront gagner.

Keu éclata d'un rire glacial et Albus sentit une pierre lui tomber dans l'estomac. Il avait soudain très froid et il percevait le rire cruel des deux hommes de très loin.

OoO

Dans le souvenir suivant, Albus fut surpris d'y voir Scorpius. Il était assis à la grande table ronde. Il y avait beaucoup de monde autour d'eux, des hommes et une femme qu'Albus n'avait vus que d'après les descriptions de son meilleur ami lors de leur réunion à la chaumière aux coquillages. Scorpius était en compagnie de Keu. Albus retint son souffle en voyant la main de Keu posée sur son épaule. Il était en train de lui murmurer quelque chose à l'oreille et Albus eut envie d'hurler pour l'en empêcher.

Derrière lui, il percevait la conversation de Merlin avec un petit garçon à l'air taciturne. Albus reconnut immédiatement l'enfant qui avait essayé de le tuer chez lui.

— Tu as compris? disait Merlin. Tu pénètres son esprit et tu vois ce qu'il a découvert. Si tu découvres qu'il sait quelque chose sur les arcades de la mort ou de la vie, ou encore sur le sceptre de Rowena, tu m'effaces tout ça de son esprit.

Tristan acquiesça nonchalamment.

— Encore une chose. Si tu en as l'occasion, tue-le. Mais je pense que Lancelot t'en empêchera.

— Et si je le tuais, lui aussi? proposa Tristan.

Il s'était tourné vers Scorpius qui observait les deux hommes tandis que Keu continuait à lui parler joyeusement. Merlin fixa Scorpius avec un sourire énigmatique.

— Non, pas lui…, dit-il.

— Pourquoi? geignit Tristan tel l'enfant qu'il était. Vous prenez un risque en le gardant à nos côtés.

Merlin eut un rictus.

— Quel risque? Il ne sait rien et je sais tout. Non, j'aime bien ce garçon. Il est plus puissant qu'il ne le croie. Et même s'il croit avoir trouvé sa place, je sens de la perdition en lui. Il a souffert, beaucoup, comme moi jadis. Je veux lui donner une chance de trouver la vérité. Nous sommes tous égaux, Tristan. Si j'ai donné une chance à un monstre tel que toi, je la donnerai aussi à ce pauvre sorcier. Je t'interdis de lui faire du mal.

Il avait été menaçant en prononçant ce dernier ordre. Tristan n'avait rien répondu mais ses yeux disaient qu'il n'en avait rien à faire. Il semblait presque jaloux de l'intérêt que portait Merlin à Scorpius. Merlin poussa Tristan vers Scorpius et Keu. Le garçon et le sorcier sortirent et Albus savait qu'ils s'apprêtaient à se rendre chez lui. Merlin les regarda partir.

— Tu as réussi? demanda-t'il à Keu.

— Comme sur des roulettes, sourit Keu. Son esprit est fragile. Il a essayé de me repousser inconsciemment avec son bouclier mais il est trop faible pour faire le poids face à moi.

— Pour l'instant…, sourit Merlin.

OoO

Le décor changea encore partiellement.

Il était dans un bar et Albus vit Scorpius sortir du bistrot en claquant la porte derrière lui. Tristan avait le nez en sang, l'air un peu perdu, assis sur le comptoir. Galaad lui tendait un mouchoir pour éponger son sang. Il l'accepta avec un grognement.

— Alors? Que sait-il? lui demanda Merlin, une fois qu'il fut certain que Scorpius était bel et bien parti.

— Cet Albus est fort! maugréa l'enfant. Il a réussi à effacer quelques uns de mes souvenirs de la soirée. Les plus inutiles, rassura-t'il Merlin. Avant que...que…, bafouilla-t'il en se prenant la tête entre les mains, avant qu'Albus ne se défende, j'ai pu voir ce qu'il avait découvert. Il sait pour le code dans la salle scellée du ministère grâce au portrait de Dumbledore. Et il a traduit les runes dans une sorte de grande salle. Il connait l'existence du sceptre. Il sait que vous le possédez déjà.

— Tu les as effacés? demanda Merlin.

— Bien sûr, répondit Tristan.

— Que s'est-il passé ensuite? demanda Galaad.

Merlin tendit un verre d'eau à Tristan qui but avidement. Il avait du mal à se concentrer et il plissa les yeux pour essayer de se souvenir.

— Lancelot a essayé de pénétrer dans ma tête. Il possède une baguette d'ailleurs!

— Un cadeau d'Harry Potter, je suppose, sourit Merlin.

— Il a essayé de pénétrer mon esprit. Je l'ai guidé vers le souvenir de Rose Weasley que j'ai arraché à Albus. De toute façon, tout son esprit est concentré sur elle. J'ai pu pénétrer en lui pendant qu'il regardait ce souvenir. Il est fou amoureux de cette fille.

Merlin croisa les bras sur sa poitrine en se redressant légèrement, derrière son comptoir.

— Ça, c'est intéressant, sourit Merlin. Amoureux comment?

— Depuis longtemps. C'est la seule chose qui le maintient encore debout. Il a été brisé par son séjour en prison et la mort du fils Potter. Il ne supportera pas un autre choc.

— Comme la mort de cette fille… De plus en plus intéressant.

OoO

Le souvenir s'effaça et Albus reprit son souffle. Il avait eu peur que Tristan ne parle de Liam. Mais il avait au moins réussi à cacher son existence. Le tourbillon recommença encore une fois et Albus se retrouva, à nouveau dans la salle de la table ronde, remplie cette fois, de tous les chevaliers.

Scorpius fit son entrée, accompagné du clone de Rose qui pleurait en hurlant sa détresse comme elle avait été conçue par Hugo. Scorpius joua parfaitement son rôle et Merlin fut, pendant un moment stupéfait par l'arrivée du clone de Rose. Keu se trouvait à ses côtés et il lui murmura quelque chose. Albus dut se pencher près de leur deux visages pour entendre.

— Je doute que ce soit la vrai Rose. Ils ont sans doute fait prendre du polynectar à l'un des leurs, prêts à se sacrifier. Je veux que tu lui murmures de ne pas parler, quoiqu'on lui fasse. Elle doit tenir jusqu'à la mort de la Langue-d'Or.

OoO

Rose disparut, Scorpius aussi et une bonne partie des chevaliers. Il ne resta plus que Pickquerry, fier comme un paon, Keu, Galaad et un autre chevalier trapu et musclé. Merlin posa une main sur l'épaule de la nouvelle Langue-d'Or.

— Félicitation, sourit-il. Tu as bien manœuvré.

— J'ai eu peur que Potter ne se présente. Cet idiot de Kaléo a insisté mais vous aviez raison. Il n'avait pas les épaules pour le savoir.

— Qui est ce Kaléo? demanda Galaad en fronçant ses fins sourcils noirs.

— C'est un ancien employé qui travaillait dans la salle des prophéties depuis plus de trente ans. Ce n'est pas une grosse perte. Il n'était pas très compétent et avait une fâcheuse tendance à fourrer son nez partout.

— Le jeune Potter et lui étaient proches? demanda Merlin, soudain intéressé.

— Plutôt oui… Je les ai vus discuter ensemble avant les élections.

Merlin s'éloigna de quelques pas, le regard perdu dans le vide. Puis, il se mit à éclater de rire.

— Ce sera parfait, murmura-t'il avec un sourire cruel. Erec! appela-t'il ensuite.

L'homme baraqué au style vestimentaire douteux, se leva de sa chaise comme un bon petit soldat.

— Tu vas accompagner Pickquerry au Ministère. Je veux que tu voles l'apparence de ce Kaléo.

— Pour quelles raisons? demanda la Langue-d'Or, quelque peu choqué.

— Parce que tu vas rendre une petite visite à Albus Potter sous l'apparence de Kaléo. Tu vas lui raconter une charmante petite histoire…

— Vous ne voulez pas que j'en profite pour savoir où se trouve Rose Weasley?

— Non, sourit doucement Merlin. Je le saurai d'une autre manière.

OoO

À présent, Merlin se trouvait devant la maison de sa jeunesse, celle où son père adoptif l'avait accueilli pendant des années. Là, où se trouvaient Albus et Liam, il y avait quelques heures déjà. La maison tenait à peine debout. Elle était aussi délabrée dans le souvenir que dans le présent. Ce souvenir-là était très récent.

Il se dirigea vers l'intérieur de la maison et Albus le suivit, derrière lui, marchant dans ses pas, plus désemparé que jamais par ce qu'il venait de découvrir. Merlin monta silencieusement les marches. Il traversa le corridor, en direction de sa chambre et entra. C'était la seule pièce qu'il avait voulu garder intacte, pour une raison qui échappait à Albus. Il s'arrêta sur le seul en contemplant son lit, son bureau et tout ce qui avait représenté un foyer pour lui, à une autre époque, très ancienne.

Merlin se dirigea vers l'armoire. Albus le suivait toujours, derrière lui. Il vit l'homme porter la baguette de son père à sa tempe. Alors, il utilisait toujours "la fausse magie" quand elle lui était utile. Ensuite, il déposa les filaments compacts dans la coupe qui s'était toujours trouvée à l'intérieur.

Une fois cela fait, Merlin fit volte-face. Albus eut un petit choc. Il savait bien qu'il n'avait aucune consistance dans le souvenir mais il avait vraiment l'impression que Merlin le regardait dans les yeux, comme s'il savait qu'il se trouvait là, à le regarder, à ce moment très précis.

Merlin sourit soudain et Albus eut envie de vomir.

— Tu as perdu, lui dit-il.