51

STONEHENGE


Il ne savait pas pourquoi mais Scorpius Malefoy avait un très mauvais pressentiment.

Dès la nuit tombée, Malefoy avait transplané dans un endroit désert, à l'abri des regards mais suffisamment proche pour ne pas devoir marcher longtemps pour atteindre le site de Stonehenge. Beaucoup de sorciers avaient fait de même. Ils avaient tous reçu cette instruction lors du dernier rassemblement. Tous transplanaient dans un petit bois non loin du site.

Scorpius n'attendit personne. Il marcha droit vers les cromlechs sur la petite butte, là où tout devait se terminer. Il était en tête et sentait la présence d'autres sorciers à ses côtés. Scorpius serrait sa baguette dans sa poche, de toutes ses forces, prêt à un découdre. Tout allait bientôt finir.

Les cercles de pierres étaient déserts. Un silence de mort stagnait dans l'air. Même les sons de la nuit s'étaient comme tus. Il n'y avait personne et la pleine lune scintillait dans le ciel pile au-dessus du menhir principal, grosse et claire. Sa lumière blanche étirait d'étranges ombres sur l'herbe gelée à leurs pieds. Il n'y avait personne et Scorpius perçut les battements de son coeur qui s'accéléraient dans sa poitrine. Il leva la tête et la tourna à gauche et à droite pour percevoir la même inquiétude sur le visage de ses alliés. Il croisa le regard de Ginny Weasley qui avait attaché ses longs cheveux roux. Elle pinçait les lèvres, visiblement mal à l'aise de ce silence oppressant.

— Il n'y a personne, lui dit Harry Potter en s'approchant.

Le chef des aurors avait caché son visage sous le capuchon d'un long manteau noir. La plupart l'avaient imité pour dissimuler leurs traits trop reconnaissables. Scorpius contemplait la longue procession d'hommes et de femmes portant de longues capes noires, leurs visages dissimulés dans l'ombre de leur capuche. Avec ironie, il songea à la description que lui avait faite, un jour, son père des mangemorts.

— Je ne le sens pas, dit Ron Weasley en se présentant à eux, à son tour. Quelque chose cloche.

— Il a raison, admit Scorpius. On ferait mieux de…

— Alors? demanda la voix de Seamus. Qu'est-ce qu'on fait?

— Ouais, il est où le combat? demanda Michael Corner.

Scorpius avait envie de les pétrifier. Ils avaient parlé fort comme s'ils s'attendaient à participer à un duel particulièrement excitant. Ils ne mesuraient pas le véritable danger, comme la plupart d'entre eux, car ils ne l'avaient pas vécu.

— Il y a un escalier, ici! s'exclama la voix de Luna.

Elle s'était approchée du grand menhir au centre de l'installation, celui que leur avait décrit Liam. Scorpius, Harry et Ron marchèrent vers cette découverte et sondèrent les premières marches qui descendaient dans l'obscurité.

— Liam ne nous a jamais parlé d'un escalier…, dit Ron.

— Il a aussi dit qu'il est possible que la source se soit défendue en ne percevant aucune magie chez Liam, fit remarquer Hermione qui les avait rejoints.

— Qu'est-ce qu'on attend? demanda Ginny, le regard dur.

La mère éplorée n'attendait plus qu'une occasion pour se venger. Malgré les demandes de ses amis, ses enfants, sa famille et son mari, pour rester en dehors de cette opération, Ginny avait insisté pour les accompagner. Elle voulait se battre, défendre sa famille et venger la mort de son fils, quel qu'en soit le prix.

Scorpius sentit son estomac se tordre en sondant les ténèbres où disparaissait l'escalier pour les mener à la source. Il ne le sentait pas.

— Merlin y est déjà, pensa tout haut Scorpius. Certainement avec ses hommes.

— Il doit t'attendre en bas alors…, dit Ron. C'était ce qui était prévu. Il est en bas avec tous les autres.

— Sûrement, murmura Scorpius peu convaincu.

Il ne voulait pas le montrer mais il avait peur. Ce n'était pas ce qu'il s'était imaginé. Dans sa tête, et connaissant les tactiques de Galaad et de Merlin, les différents groupes devaient se rassembler près des pierres comme une sorte de grandes assemblées d'adorateurs de la vérité de Merlin, des gars assoiffés de magie et hurlant leur allégresse à leur nouveau maître. Il n'avait pas prévu ce silence. C'était cela qui le terrifiait le plus. Le plan prévoyait de se mêler à un groupe concentré sur Merlin et son rituel. Or, en cet instant, oppressé par ce silence de plomb, il avait l'impression qu'on les attendait, caché dans l'ombre.

Harry sondait le même fond, avec la même expression que Scorpius. Mais derrière eux, ça commençait à s'impatienter.

— Alors? On descend ou pas? lança une voix à travers les murmures de la foule.

— Je n'aime pas cet endroit, fit une autre.

— Ils sont peut-être en retard.

— Vous croyez qu'ils sont si forts que ça?

— J'aurais peut-être dû rester chez moi.

— Tu crois que c'est un piège? dit Harry en s'adressant à Scorpius tout en continuant à sonder l'obscurité sous ses pieds.

Scorpius hésita. Il prit le temps pour répondre.

— Je ne suis pas sûr, finit-il par dire.

Harry leva légèrement les yeux vers lui et le dévisagea à travers ses lunettes rondes. Il prit une grande inspiration et acquiesça longuement. Puis, il se retourna et fixa plusieurs visages. La foule s'était tue en croisant son regard. Harry contempla le visage acquiesçant de son meilleur ami, les yeux inquiets d'Hermione mais résignés, et surtout le regard dur de sa femme.

— De toute façon, on ne peut plus reculer.

Il alluma sa baguette d'un lumos et il fut le premier à descendre le long escalier, en éclairant chaque marche. Scorpius le suivit ensuite, résigné et calmant son anxiété grandissante. Ils descendirent longtemps et le silence devenait de plus en plus oppressant. À mesure qu'ils continuaient leur descente, Scorpius distingua d'énormes silhouettes de pierre qui se dévoilaient à la lueur des dizaines de baguettes. Le serpentin de lumière descendait toujours, en silence et puis, enfin, Harry toucha du pied, la terre ferme.

L'air était glacial. De la buée sortait de leurs bouches au rythme de leur respiration, comme une sorte de mirage étrange. Harry leva sa baguette en tendant le bras au-dessus de sa tête.

Lumos Maxima!

Sa fusée lança une boule de lumière qui éclata sous la voûte de pierre comme une fusée éclairante. En une fraction de seconde, la lumière blanche éclaira la salle comme en plein jour. Elle dévoila plus d'une centaine d'hommes parsemés dans la salle, se confondant aux statues de pierre. Une centaine… Scorpius en eux le souffle coupé. Ils attendaient en silence dans l'obscurité, tournés vers les prochains visiteurs. Alors que le voile noir se rabaissa, les ramenant brusquement aux ténèbres, Scorpius n'eut plus aucun doute. C'était un piège.

Aussitôt après, un cercle de flammes apparut tout autour d'eux, éclairant l'immense salle dans son entièreté. Scorpius sut immédiatement que Mordred était là. Cependant, il ne la repéra pas parmi la multitude de soldats qui se présentaient à eux. A vrai dire, ses yeux ne quittaient pas l'homme au centre de l'autel de pierre dont lui avait parlé Liam, de celui qui était surélevé légèrement grâce à la main du géant sous lui. Merlin se tenait devant lui, un sceptre dans sa main droite.

— Vous êtes pile à l'heure, monsieur Potter, lança-t'il d'une voix forte portée par l'écho.

Les murmures inquiétés des sorciers derrière lui se turent soudain. Tous baignaient dans un silence qui ne présageait rien de bon. Ron et Hermione se regardèrent avec une expression qui ne plut pas du tout à Scorpius. Ginny le fixa un bref instant mais elle avait le visage d'une mère qui s'assure que son enfant est bien auprès d'elle face à un danger. Le reste de la grande famille Weasley s'avança, ainsi que Neville, Luna et Kingsley.

Harry ne s'était pas retourné une seule fois. Dès que les feux s'étaient embrasés, ses yeux étaient tombés eux aussi sur Merlin et il ne le quittait pas du regard depuis. Il avait légèrement tressailli en entendant l'accueil de l'homme qui voulait la mort de ses enfants. Mais son visage demeurait froid et impassible comme s'il en avait toujours eu l'habitude. Il s'avança de quelques pas vers l'armée qui les encerclaient. Scorpius voulut le retenir. Il était hanté, à présent, par les souvenirs de l'exécution de James. Lui aussi avait été piégé de cette manière.

— Vous vouliez me voir, dit Harry d'une voix incroyablement calme. Me voilà.

Merlin ne répondit pas. Ses yeux fixaient le grand Harry Potter avec une joie à peine dissimulé. Puis, il se tourna vers Scorpius qu'il vit dans le rang de l'armée de sorcier.

— Merci de les avoir tous menés ici, Scorpius, sourit-il.

Scorpius tressaillit. Comment pouvait-il jouer cette comédie grossière?

— JE NE SUIS PAS AVEC VOUS! cria Scorpius en sortant du rang. JE NE L'AI JAMAIS ÉTÉ!

— Ah, oui? Pourtant nous nous en étions assuré.

— Qu'est-ce que ça veut dire? cria Ron en rejoignant Harry.

— Je donne leur chance à des personnes qui n'ont jamais eu aucune reconnaissance. Ce jeune Malefoy m'intéresse et il a été facile de le modéliser car il était déjà brisé.

— VOUS DITES N'IMPORTE QUOI! s'écria Scorpius, choqué. On m'a demandé de vous espionner, j'ai réussi à vous duper, c'est moi qui vous ai menti et manipulé pour vous arrêter!

— Vraiment?! sourit tristement Merlin. Alors pourquoi est-ce nous qui vous attendons pour vous piéger ?

Scorpius ouvrit la bouche pour crier, pour se révolter. Mais il ne réussit pas à émettre le moindre son. Il commençait à comprendre. Il voyait à présent tous les détails, les évidences, les coïncidences, les réussites trop faciles, la confiance trop bien vite acquise. Il savait… il savait depuis le début. Les larmes perlèrent dans ses yeux alors qu'il réalisait soudain la portée des conséquences de cette révélation.

— J'ai un homme capable d'insuffler des idées dans l'esprit, expliqua Merlin. Scorpius suit ses instructions depuis le début. C'est lui qui vous a mené ici, dans votre tombeau.

— Vous mentez! tonna Harry.

Merlin se mit à rire comme s'il venait d'entendre une bonne plaisanterie.

— Oh! Je vois ce que vous essayez de faire…, rit encore Merlin. Vous savez que je dis la vérité. Mais admettre le fait que vous n'avez plus aucune échappatoire à votre futur trépas, c'est renoncer à vivre pour l'ensemble de votre famille et ami que j'étais sûr que vous ramèneriez, à la demande de Scorpius évidemment, puisque je lui en avais donné l'ordre. Vous voulez les protéger...même de la fatalité. Et ce n'est pas la première fois, continua Merlin. Vous l'avez déjà fait à la mort de votre fils. Vous ne leur avez pas dit que c'était votre jeune protégé qui l'avait tué.

Merlin se tut et dévisagea Harry de son piédestal avec un sourire cruel. Tous se tournèrent vers Scorpius. Hermione devint pâle et Ron écarquilla les yeux. Scorpius perçut des murmures dans son dos. Il baissa la tête redoutant de croiser le plus horrible des regards, celui qu'il redoutait le plus, celui de Ginny Potter. Ginny s'approcha de Scorpius. Elle posa une main sur son épaule pour l'obliger à lever la tête vers elle. Il le fit, une grande terreur lui enserrant les entrailles et il plongea dans ses deux iris bleus.

Mais Ginny n'avait aucune colère dans le regard. Elle contemplait l'expression de Scorpius et celui-ci dévisagea la mère de James qui acquiesça lentement en caressant sa joue.

— Vous mentez, tonna Ginny d'une voix menaçante.

Elle sourit encore à Scorpius. Elle lui releva la tête en l'obligeant à se redresser. Elle lui pressa les épaules et l'encouragea silencieusement. Elle regarda sa poche et lui fit signe d'en sortir sa baguette magique. Lorsqu'il le fit, elle eut alors un franc sourire. Puis, elle rejoignit son mari et leva les yeux vers Merlin.

— Vous n'êtes qu'un menteur. Un vulgaire manipulateur qui n'a sûrement pas dû recevoir l'amour nécessaire dans sa vie, dit-elle en le contemplant comme un vulgaire déchet.

— Tout ce que vous voulez au fond, continua Hermione en s'avançant à son tour, c'est la reconnaissance que vous n'avez jamais eux. D'où ce discours et cette pathétique tentative pour nous déstabiliser.

— Oui, parce que si vous étiez si sûr de votre victoire, expliqua Ron avec un sourire moqueur, vous auriez déjà attaqué depuis longtemps.

Il désigna les hommes qui les attendaient toujours, immobiles et menaçants.

— Alors…, dit Harry en levant un peu plus sa baguette, on se bat?

Scorpius vit de la colère dans les yeux de Merlin. Celui-ci fit signe à son armée et les hommes se jetèrent sur eux. Les jets de sorts fusèrent de partout. Scorpius s'avançait déjà pour en découdre. Il savait que Mordred était dans les parages. Il avait un compte à régler avec elle.

Dès que les sorts touchèrent les premiers hommes de Merlin, ceux-ci s'évaporèrent en fumée. Les sorciers et sorcières s'étaient dispersés. Le déluge de sortilèges continua à pleuvoir sur ces hommes qui disparaissaient un à un. Scorpius essaya d'en attraper un et il partit en poussière dans ses bras. Quelque chose n'allait pas. Ces soldats étaient aussi un leurre. Quelqu'un les avait créés. Peu à peu, au milieu des copies étranges qui n'en restaient pas moins, très agressives, des visages connus apparaissaient dans ce leurre de foule. Scorpius discerna Accolon. Puis, vit Mordred se déplacer, tel un félin, entre plusieurs personnes concentrées autre part. Il vit aussi Tristan, dans l'ombre d'un genou de pierre et Bedivere qui courait avec les copies. Qui les émettait? Par déduction, il comprit que c'était Accolon l'origine de tous ces clones. Ils n'étaient pas très nombreux en réalité. Peut-être même seulement quelques fidèles disciples de Merlin. Derrière les silhouettes filant en tous sens et les éclairs incessants, Scorpius aperçut Harry qui repoussait les copies.

— MR. POTTER! hurla-t'il. CE SONT DES…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il évita de justesse une boule de feu projetée droit vers lui, que venait de lui balancer Mordred. Il se servit de son bouclier corporel et les flammes le léchèrent seulement en disparaissant derrière lui. Mordred se présenta, face à lui, un sourire cruel sur ses lèvres.

— Tu es devenu plus fort, Lancelot, fit-elle remarquer.

— Ne m'appelle pas comme ça! tonna-t'il en s'avançant, résolu à la réduire en charpie.

— Ah oui, c'est vrai. En réalité, tu t'appelles Scorpius Malefoy. Comme l'homme qui est entré dans ta boutique l'autre jour.

Scorpius stoppa et Mordred se mit à éclater de rire. Deux clones d'Accolon se jetèrent soudain sur lui. Il les brisa grâce à l'entraînement qu'il avait reçu chez Galaad. Il les pulvérisa au sol sans utiliser sa baguette, seulement aveuglé par sa colère.

— Tu ne toucheras pas à mes parents, éructa Scorpius.

— Ne t'inquiète pas, ils ne souffriront pas.

Les mains de Mordred se mirent à rougeoyer. Aussitôt, des flammes montèrent soudain du sol pour enflammer la salle dans un brasier ardent. Ce fut bientôt le chaos. Partout, la pierre explosait et des cratères se formaient un peu partout. Mordred le fit prisonnier près d'elle, comme si elle ne voulait que personne ne puisse lui venir en aide. Scorpius vit Percy Weasley se faire prendre à la gorge par une des copies d'Accolon. Il vit aussi Hermione transformer les aiguilles de Galaad en une nuée de papillons. Bill et Victoire, père et fille, repoussaient les flammes qui se resserraient autour d'eux. George et son ami Lee, affrontaient une dizaine de copies qui surgissaient devant eux comme des zombies. Luna provoqua plusieurs éboulements et Neville venait de jeter un filet du diable qui se mit à enserrer plusieurs ennemis dans des lianes solides. Kingsley glaça l'énorme vague qui déferlait sur eux, au-dessus des flammes, guidée par le jeune Bedivere. Ginny hurla son nom dans son dos et jeta des sorts sur les flammes qui l'empêchaient de le rejoindre.

Mordred l'avait encerclé mais n'attaquait toujours pas. Elle semblait attendre qu'il agisse le premier. Scorpius s'élança sur elle avec la ferme intention d'éteindre le feu qui les isolait les uns des autres. Mais alors qu'il levait le poing en mettant toute sa rage et sa force dans ce coup, un homme bondit dans son dos et le poignarda dans le flanc.

Scorpius eut un hoquet de douleur et de stupeur. Yvain s'était soudain matérialisé dans son dos, comme apparut du néant, comme s'il avait porté une cape d'invisibilité. Il retira la lame qui avait transpercé son flanc.

— Désolé, mon pote, articula-t'il dans son oreille.

Scorpius se mit à trembler, sous le choc. Beaucoup de sang s'écoulait de sa blessure. Mordred lui donna un violent coup de pied en pleine poitrine et Yvain accueillit sa chute en le plaquant au sol.

— À toi, fit Mordred en regardant le genou d'une des statues des géants de pierre.

Tristan sortit de l'ombre et marcha jusqu'à Scorpius qui n'arrivait pas à émettre le moindre son. Yvain le maintenait au sol en appuyant sur ses épaules et Mordred lui tenait les pieds. Ils l'empêchaient de se débattre ou de bouger et sous lui, s'écoulait doucement une flaque de sang. Tristan monta sur son buste et plaça ses mains sur ses tempes, comme il l'avait fait pour Albus, la dernière fois. Scorpius comprit ce qu'il venait chercher dans son esprit. Il pensa à Rose et hurla:

— NON!

C'était comme subir le sortilège d'occlumancie mais dont les sensations désagréables ne cessaient d'empirer au fil des souvenirs volés. Les sons de la bataille, des explosions et des cris s'amenuisèrent. Scorpius voyageait dans sa mémoire, forcé par Tristan qui étendait son pouvoir en lui à la manière d'une araignée tissant sa toile dans son cerveau. À chaque pensée intruse, idée volée, souvenir visité, Scorpius subissait une douleur atroce, d'autant plus quand il essayait de l'y empêcher. Tristan était rapide et il épluchait ses pensées sur Rose à une vitesse affolante. Bientôt, il trouva ce pour quoi il était venu. Il voyait la chaumière au coquillage.

— Elle est là, entendit-il Tristan chantonner dans sa tête.

— NOOOONNNNNN! hurla Scorpius dans son esprit.

Il puisa dans sa magie et repoussa Tristan grâce à son bouclier. Le garçon fut jeté sur Mordred et Scorpius put revenir à la terrible réalité. Il était toujours allongé dans son sang, pâle comme la mort. Ses pieds étaient toutefois dégagés et il reprit rapidement ses esprits. Il repoussa Yvain et le frappa assez fort pour le faire tomber à son tour. Scorpius se releva difficilement, une main plaquée sur sa blessure en pressant sa chair ensanglantée. Il tira Yvain qu'il enserra à la gorge de son bras libre, le poignard dans sa main. Malheureusement pour lui, les flammes brûlaient encore.

Mordred se releva avec Tristan.

— Arrête tout ça, rugit Scorpius. Où je le tue!

Il appliqua la lame sous la gorge d'Yvain qui tentait de se débattre faiblement.

— Tue-le, sourit Mordred. On n'a plus besoin de lui.

Elle prit ensuite la main de Tristan et ils disparurent comme s'ils venaient de transplaner. C'était ce qui s'était passé. Tristan et Mordred étaient partis et Scorpius savait exactement où.

— NON! hurla-t'il de désespoir.

Yvain redevint invisible tandis que l'incendie disparaissait aussi soudainement qu'il était venu. Cela perturba Scorpius d'avoir l'impression de ne serrer que du vide. Il relâcha, à tort, sa prise et Yvain se jeta sur le poignard qu'il tenait encore dans la main. Scorpius brandit aussitôt sa baguette sur le poignard suspendu dans les airs.

Stupefix! cria Scorpius en pointant le vide devant lui.

Il eut de la chance. Le sort frappa Yvain qui fut projeté sur quelques mètres. Sans les flammes de Mordred, l'ambiance était soudain devenue très obscure. Scorpius gémit en pressant sa plaie. Il ne voyait plus rien autour de lui. Cela n'annonçait rien de bon. Il ne savait plus qui était près de lui: ennemis ou ami. Il n'arrivait pas non plus à réfléchir. Il pensait trop à Rose et à l'arrivée imminente de Mordred et Tristan à la chaumière au coquillage.

Tout était soudain très calme. L'atmosphère devint aussi glacée qu'à leur arrivée. Scorpius tournait sur lui-même, ne sachant quoi faire. Il avait peur de lancer un sort d'attaques, peur d'avancer à l'aveugle face à un ennemi qui pouvait le voir dans le noir et surtout peur pour Rose. Il n'avait qu'une envie, c'était de transplaner auprès d'elle. Mais il ne voulait pas abandonner les autres.

— MR. POTTER! hurla-t'il dans le noir opaque. ILS SAVENT OU SE TROUVE ROSE! ILS VONT LA TUER!

Il perçut d'abord des murmures s'élever un peu partout, comme si les ténèbres opaques empêchaient les sons de lui parvenir. Mais les voix se firent de plus en plus fortes et s'unirent dans un sort crié à faire trembler la pierre.

LUMOS MAXIMA! hurlèrent en choeur tous les sorciers et sorcières perdus dans le noir.

Les ténèbres éclatèrent en cristaux comme si elles avaient toujours été solides. Elles furent repoussées par la puissance des dizaines de sorts combinés. Les clones d'Accolon avaient disparu ainsi que ses disciples. Il ne restait plus que Merlin, toujours devant l'autel. Une fois la lumière revenue, les sorciers se dévisagèrent, certains grièvement blessés, d'autres le visage griffé, en sang ou les vêtements trempés, lacéré de partout par les aiguilles de Galaad. Scorpius vit le corps d'Hestia Jones, noyée par une des vagues de Bedivere. George soutenait Lee, pâle et couvert de sang, tandis que Seamus secouait le corps allongé de Dean, qui ne bougeait plus.

Malgré les cris, les pleurs, tout était devenu très calme, avec cette impression que c'était déjà fini. Mais il n'avait vaincu aucun d'entre eux et ils avaient tous brusquement disparus avec les ténèbres. Scorpius se précipita sur Harry, Ron et Hermione, oubliant les morts, les blessés et le combat, ne sachant plus penser qu'à Rose.

L'élu était recouvert de poussière et ses lunettes étaient cassées tandis que Ron avait une énorme ecchymose sur la joue et son bras saignait lui aussi. Dès qu'il fut à sa portée, Ron saisit Scorpius par son vêtement trempé de sang. Le père était blanc comme un linge.

— Tu as crié quoi dans le noir? Tu as parlé de Rose, non? J'ai bien entendu?!

— Le gamin m'a trituré le cerveau. Ils savent où elle est et ils doivent déjà y être.

Hermione, qui paraissait choquée, poussa une plainte en s'effondrant un peu sur elle-même.

— Ma fille...mon bébé, gémit-elle. Il faut y aller. Il faut la sauver.

— Non, dit Ron d'une voix tremblante.

Ron tenait sa femme dans ses bras. Il était pâle et ses lèvres tremblaient de peur et d'inquiétude. Hermione leva des yeux angoissés vers lui. Elle plongea ses yeux dans ceux de son mari qui, contrairement au reste de son visage, inspirait la confiance et la détermination.

— Rose est forte. Elle s'en sortira. On a besoin de nous ici.

— Elle est enceinte…, murmura Hermione, les larmes aux yeux.

— C'est pour cela qu'il va y aller.

Ron se tourna vers Scorpius.

— Vas-y! dit Ron. Va la sauver.

Les mains d'Hermione tremblèrent à ces mots mais elle semblait d'accord avec son mari. Scorpius dévisagea son beau-père.

— Je ne peux pas vous laisser les affronter seuls…, balbutia-t'il.

— Je te dis d'y aller! rugit Ron.

— C'est un ordre, auror! ajouta Harry.

Emu, Scorpius acquiesça faiblement. Lorsqu'Hermione lui donna le feu vert, il se concentra sur la chaumière au coquillage en essayant de faire abstraction aux sons terribles qui l'entouraient. Mais il n'y arrivait pas.

— Ça ne marche pas…, souffla Scorpius horrifié.

C'était comme pour James, comme la première fois, pensa-t'il. Ils avaient préparé le terrain à l'avance. Ils avaient fait en sorte que personne ne puisse y échapper.

— Comment ça? s'énerva Ron. Qu'est-ce que tu attends pour transplaner.

— On ne peut pas, cria-t'il à son tour. Il nous l'empêche!

Il désigna Merlin à quelques mètres d'eux, toujours seul, sans aucune escorte, sans protection, uniquement muni de son sceptre. Harry le fixa, avec rage. Ron se tourna vers ses amis et ceux qui étaient encore en vie. Il croisa plusieurs visages terrifiés, d'autres résignés ou emplis de courage et surtout, il contempla les corps de ceux qui étaient déjà tombés.

— Si on l'arrête, dit soudain Harry, on lève la magie qui nous empêche de transplaner.

Ron dévisagea son ami, étonné, puis se tourna vers Merlin.

— Et après Scorpius pourra transplaner pour aider Rose, dit-il soudain confiant et faussement arrogant.

— On ne sait pas encore de quoi il est capable, fit Hermione à leurs côtés. Il ne nous a pas encore dévoilé ses capacités.

— On n'a plus qu'à lui demander, plaisanta Ron en serrant sa baguette dans sa main.

Hermione lui sourit et leva la sienne aussi. Harry n'avait pas quitté Merlin des yeux.

— Oui, dit-il à mi-voix. Allons lui demander.

Lorsque le trio légendaire commença sa marche vers Merlin, celui-ci déposa son sceptre au sol et sortit la baguette qu'il avait montrée à Scorpius lors d'une de ses réunions. Il voulait les combattre avec leurs magies, comme s'il voulait leur montrer qu'il n'avait même pas besoin des capacités extraordinaires de la source pour en venir à bout.

Scorpius s'apprêtait à les suivre pour leur porter main-forte, lorsqu'un mur d'eau les isola du trio. Bedivère avait encore frappé, empêchant les sorciers d'aider le trio face à Merlin. Les blessés qui avaient commencé à remonter les escaliers pour rejoindre la sortie, furent arrêtés net par les blocs d'eau.

Luna sortit de la foule au milieu de l'escalier et brandit sa baguette. Sa magie frappa l'eau et une maigre ouverture se fissura dans le liquide translucide.

— Si on arrive à sortir, souffla Ginny près de Scorpius. On pourra transplaner jusqu'à Rose pour les aider.

Ginny était pâle, inquiète. Si Mordred et Tristan s'attaquaient à la chaumière au coquillage, ils rencontrèrent forcément Lily et Thomas sur leur passage. Elle avait peur pour sa fille autant que pour sa nièce. Ils devaient faire vite.

Mais alors que Michael Corner s'avançait vers l'ouverture, une pluie de piques acérées sortit des flots pour les embrocher. Michael prit de plein fouet la plupart, tombant en arrière, couvert du sang. Luna, comme les plus rapides, se protégèrent d'un protego et Scorpius se plaça devant Ginny pour prendre toutes les aiguilles à sa place. Scorpius était en rage. Les aiguilles ne signifiaient qu'une chose: Galaad et ses coups de traître. Les deux chevaliers ne se montraient toujours pas, aussi lâches que leurs attaques.

— Rassemblez-vous! hurla Bill tandis que la pluie d'aiguilles se calmait enfin.

Scorpius arracha les projectiles de son épaule et aida Ginny à se relever. Il se retourna pour voir comment Harry, Ron et Hermione s'en sortaient avec le filtre flou de la barrière d'eau de Bedivère. Il ne voyait quasi rien, seulement des silhouettes déformées, étrangement statiques. Lorsqu'il se reconcentra sur ce qui l'entourait, il aperçut Percy Weasley soutenir George qui tenait sa baguette brandie devant lui. Victoire soutenait sa mère, les yeux apeurés. Kingsley aidait Neville à extirper une aiguille de son mollet. ;Teddy Lupin était sonné. Il se tenait près des marches de l'escalier, se tenait la tête. Scorpius ouvrit la bouche pour l'appeler.

Soudain, une silhouette sombre émergea de l'eau comme si elle y avait toujours été. Scorpius reconnut immédiatement Galaad dans son complet noir. Il se tenait, grand et maigre, derrière Teddy qui ne le voyait malheureusement pas. La main de Galaad se leva pour toucher son épaule et Scorpius savait très bien ce qu'il arriverait à son contact.

— TEDDY! hurla-t'il. ATTENT…

Stupéfix! hurla Luna.

Luna avait visé Galaad et celui-ci dut se tourner vers elle pour empêcher le sort de le frapper de plein fouet. Teddy tomba à terre, se retournant pour comprendre ce qui venait de se passer. Il scruta Galaad, effrayé par ce qui aurait pu se passer si Luna n'avait pas agi pour le sauver.

Galaad repoussa le sort de Luna qui dut se protéger pour ne pas se faire frapper par son propre sortilège. Mais l'ancienne Serdaigle n'avait pas dit son dernier mot. Elle lui renvoya un autre sort, encore un, toujours, ne lui laissant aucun répit. Elle fut bientôt rejointe par Percy, Bill et Fleur qui concentrèrent leur magie sur Galaad. Pendant ce temps, Kinsgley avait fait tournoyer sa baguette au-dessus de sa tête et l'eau, tout autour d'eux, s'était gelé au fur et à mesure de ses incantations. Lorsque l'ancien premier ministre baissa sa baguette, la glace explosa en un millier de flocons de neige et Bedivère s'effondra sur le sol en gémissant.

Scorpius s'était précipité sur Galaad pour en finir. Celui-ci acculé par la puissance magique de tous ces sorciers et par la défaite de Bedivère, poussa un cri horrible. Il écarta les bras et un souffle dévastateur repoussa ses adversaires, les faisant tomber au sol. Scorpius était à terre, comme tous les autres, gémissant de douleur. Il vit Galaad s'approcher de son collègue et le toucher. Aussitôt, Bedivere se releva, comme s'il n'avait jamais été vaincu.

— Pourquoi ne voulez-vous pas comprendre, cracha Galaad en époussetant son costume impeccable. Nous ne vous laisserons jamais partir. C'est ici que vous allez mourir.

Il leva soudain les bras comme un prophète s'apprêtant à prêcher la bonne parole. Scorpius perçut des râles autour de lui, des craquements sinistres. Il s'aperçut avec horreur que les corps sans vie de leurs amis, ceux qui avaient malheureusement péri, se relevaient d'entre les morts. Dean Thomas, Lee Jordan, Hestia Jones, Ernie McMillan et bien d'autres se redessaient, les yeux voilés de blanc et le corps couverts de sang. Ils formaient une petite armée devant Galaad et Bedivère, prêts à attaquer ceux qui avaient été jadis leurs alliés.

— Espèce d'enfoiré! dit Scorpius.

Les baguettes des morts-vivants se dressèrent droit sur les survivants, une lueur verte illuminant chacune de leurs mains. Ils s'apprêtaient à faire jaillir des sorts de mort. Kingsley se présenta à eux et Scorpius se mit à hurler. Dans un ample mouvement de bras, le sorcier fit lever un énorme pan de mur entre eux et les morts de Galaad. Les Avada Kedavra s'écrièrent en écho dans toute la salle et les pans de mur façonné par Kinsgley explosèrent sous les rafales des sorts.

Scorpius en avait assez. Il voulait voir Galaad mort, de ses mains. Comment osait-il utiliser leurs amis pour les affronter? Il voulut traverser ce qui restait de mur lorsqu'une main se posa sur son épaule. Scorpius fit volte-face et dévisagea le visage, tout aussi en colère, de Ginny Potter.

— Attends, Scorpius, dit-elle. Viens avec moi.

— Quoi?! Il faut l'aider! cria-t'il en désignant Kingsley qui avait déjà commencé le combat avec les autres.

— L'objectif est Merlin. Si on le bat, on gagne. Et j'ai une idée!

Scorpius regarda par-dessus son épaule. Derrière lui, le combat entre le trio et Merlin avait commencé. Des éclairs de lumières partaient dans tous les sens.

— On s'en occupe! tonna la voix grave de Kingsley qui fit virevolter le corps de Dean. Allez les aider!

Scorpius observait les autres, autour de lui. Le fait que Galaad ait utilisé les morts de leurs amis n'avait fait que grandir leur rage de vaincre. Le chevalier avait commis une erreur en voulant utiliser leur peur et leur détresse. Percy et Bill se battaient comme des lions avec Hestia Jones pour pouvoir atteindre Bedivère qui menaçait de noyer Victoire. Luna avait fait jaillir plusieurs explosions de sa baguette, faisant trembler la terre à ses pieds. Hannah Londubat réussit à immobiliser plusieurs morts et Dennis Crivey se frayait un passage jusqu'à Galaad.

— D'accord, souffla Scorpius.

— Neville! appela Ginny. Viens avec nous! On va leur faire payer.

OoO

Harry, Ron et Hermione marchèrent droit vers leur ennemi. Merlin ne bougeait pas. Il se contentait de les regarder avancer vers lui avec un air supérieur. Harry jetait d'imperceptibles coups d'oeil à gauche et à droite pour repérer d'éventuels disciples tapis dans l'ombre. Même s'ils repérèrent des silhouettes en mouvement, aucun d'entre eux ne les attaqua. Harry comprit qu'ils n'en avaient pas reçu l'ordre. Merlin voulait les affronter lui. C'était son combat et c'était pour cela qu'il avait délaissé son sceptre pour prendre une baguette.

— Le trio légendaire…, dit Merlin lorsqu'ils furent assez près de lui. Depuis le temps qu'on me vante vos exploits.

— Une fois qu'on t'aura battu, rétorqua Ron, on pourra t'ajouter à notre palmarès.

Merlin eut un sourire.

— Je n'en doute pas, rit-il doucement. C'est pour cela que vous êtes là. C'est cela qui vous a conduit tous les trois ici, face à moi, dans mon piège. Vous êtes là pour préserver la légende ou vous en montrer digne. Vous êtes là, tous les trois parce que je voulais voir cela de mes propres yeux.

— Si tu nous admires autant, dit Hermione. Alors pourquoi vouloir nous tuer.

Les trois amis s'écartèrent légèrement les uns des autres, encerclant au mieux Merlin.

— Parce que vous le méritez, dit Merlin. Votre vie a été si riche, si remplie de gloire et d'aventures, à un si jeune âge. Vous avez assez donné de votre personne, tous les trois. Vous avez même eu votre fin heureuse. Vous avez le droit de vous reposer.

— En cherchant à nous tuer ? s'énerva pour la première fois Harry.

— Votre mort doit être à la hauteur de votre vie. Quel intérêt que vous mourriez de vieillesse, enorgueilli par une gloire passée, par des actes héroïques qui finissent par vous définir plus que vos pensées. Vous refusez de l'admettre parce que vous refusez cette mort imminente. Vous refusez la vérité parce que vous tenez trop à vos mensonges.

— Ce type est barge! marmonna Ron.

Sa main tremblait autour de sa baguette et il la serrait comme un damné. Mais Merlin ne se concentrait que sur une seule personne. Il ne regardait que Harry Potter.

— Vous êtes le garçon qui a survécu... , dit Merlin en le dévisageant. L'élu des sorciers. Celui qui a sauvé. Êtes-vous sûr d'avoir sauvé tout le monde?

— Quelqu'un m'a déjà posé cette question, fit Harry. Et c'était un tueur... Tout comme vous. Qu'importent les injustices dont vous avez pu souffrir. Elles ne justifient en rien vos actes abominables.

— Ce ne sont pas les injustices qui justifient mes actes, mais votre existence. Tout s'arrêtera lorsque vous serez morts. A votre mort, un nouveau monde prendra forme, un monde juste et vrai.

— Engendré par la mort, répliqua Hermione.

— il faut détruire avant pour reconstruire. C'est une forme de sacrifice.

Merlin se tourna vers Harry pour dire cela, dans une tension palpable.

Ron fut le premier à attaquer. Il lui balança un sort avec toute la puissance dont il était capable. Hermione et Harry le suivirent peu après. Ils balancèrent toute leur magie dans un seul sort qu'ils espéraient assez puissant pour le désarmer. Mais Merlin ripostait à chaque éclair, chaque jet de lumière et de puissance. Son bouclier repoussait les sorts et sa baguette voltigeait dans les airs en marmonnant des formules qu'Hermione n'avait encore jamais étudiées.

— Je ne suis pas Voldemort, les nargua Merlin. Il vous en faudra plus pour m'arrêter.

— On n'est plus des gamins non plus, dit Ron avec colère.

Il agita sa baguette vers l'une des statues de l'autel qui s'anima soudain. Elle sauta de son piédestal et atterrit avec un grand bruit devant Merlin.

— Harry! cria-t'il.

Son ami brandit sa propre baguette vers la statue et lui créa une armure de flammes. Ron la fit bouger comme un pantin qui se précipita sur Merlin avec une épée enflammée. Merlin se protégea d'un "protego" puissant mais le coup enflammé de la statue, le fit reculer. Il repoussa le soldat et son armure de feu en le désintégrant. Puis, il se servit des projectiles qu'il fit léviter devant lui pour les balancer sur Harry et Ron. Une pierre frappa la tête d'Harry qui s'écroula un peu sur lui.

Merlin leva sa baguette vers Ron et un jet de lumière verte jaillit dans sa direction. Hermione poussa un cri et une autre statue se jeta entre Ron et Merlin. La pierre reçut de plein fouet le sort de mort. Hermione agita sa baguette vers l'autel de la source éteinte et les autres statues s'animèrent à leur tour. L'une d'entre elles se tua sur Merlin qui la pulvérisa en nuage de poussière.

Trop concentré sur les statues qui ne cessaient de vouloir le désarmer, Ron continua à le bombarder de sort. Pris de court, Merlin commençait à s'énerver. Il poussa un cri de rage et leva sa baguette au-dessus de sa tête. Une tornade apparut autour de lui, soufflant le moindre adversaire sur son passage. Les statues s'écrasèrent en mille morceaux contre les parois, l'une d'elles tomba dans le trou profond de la source. Ron et Hermione furent pris dans la tornade et Merlin dirigea le couple vers le cratère de l'autel. Il fit brusquement arrêter le vent et Ron et Hermione tombèrent tous les deux dans un hurlement.

Ron s'accrocha in-extremis au bord de pierre, retenant sa femme qu'il tenait à bout de bras. Il avait perdu sa baguette dans la chute et grommelait de douleur.

— Ché...rie, articula-t'il faiblement sous l'effort. C'est le moment d'avoir une bonne idée.

OoO

Merlin ne se concentrait plus sur le couple. Tout était calme à l'exception du groupe de sorciers et de sorcières qui avaient essayé de fuir par l'escalier. Bedivere les retenait et ils seraient bientôt tous noyés. Il voyait des éclairs de lumière éclatés près de l'entrée. Il sourit puis enjamba les débris pour approcher fébrilement du corps d'Harry Potter. Il était toujours sans connaissance, étalé sur le sol. Il était à sa merci et ce sentiment le rendit incroyablement heureux.

— C'est moi l'Élu maintenant, murmura-t'il en brandissant sa baguette vers lui.

— Je te laisse la place volontiers, dit Harry en ouvrant les yeux.

Harry tenait toujours sa baguette dans sa main. Il la remua légèrement et la force du sortilège qui en sortit fut telle que, malgré sa protection, Merlin fut projeté à dix bons mètres de lui. Harry se releva tandis que Merlin faisait de même, face à lui. Le sorcier leva sa baguette et jeta un premier sort, puis un second, sans donner le répit à Merlin pour contre-attaquer.

— Tu as tué mon fils, éructa Harry en bombardant toujours.

Harry lança un sort de désarmement mais cette fois, Merlin se servit d'un bloc de pierre pour faire barrage. Le sortilège envoyé par l'auror fut si puissant qu'il fit voler en éclat la faible protection de Merlin. Avant même que les débris aient eu le temps de retomber sur le sol, Merlin avait brandi sa propre baguette comme s'il s'agissait d'une épée. Il s'avança vers Harry avec une fureur sans égale et se mit à marteler le bouclier que le sorcier fit rapidement apparaître.

Les coups d'épée finirent par briser le bouclier d'Harry et le suivant le fit décoller du sol. Il s'effondra sur un bon mètre en lâchant sa baguette qui roula dangereusement sur le bord de l'autel. Merlin n'en avait pas fini. Il s'avança droit vers Harry qui ne trouva pas la force de se relever. Harry constata qu'il aurait pu le tuer d'un simple sort de mort s'il le voulait vraiment. Mais Merlin était le style d'homme à avoir besoin d'un contact physique, de sentir la vie s'échapper du corps de ses victimes à travers ses mains et non pas à travers une baguette magique.

Il brandit son épée de lumière vers la poitrine de Harry. Le sorcier lut, dans les yeux de Merlin, qu'il voulait lui infliger la mort la plus lente et la plus douloureuse possible.

Un jet de magie, puissant et précis, frappa le bras de Merlin en lui faisant lâcher sa baguette. Lorsqu'il se retourna, maudissant déjà celui qui l'avait interrompu, il découvrit Ginny Potter, Scorpius Malefoy et Neville Londubat lui faire face. Ginny tenait dans ses mains, le sceptre qu'il avait laissé près de l'autel.

— Harry! cria la voix de Ron à côté de lui.

Son meilleur ami lui jeta sa baguette et Harry l'attrapa au vol.

— STUPEFIX! crièrent en choeurs les six sorciers autour de Merlin.

Les cinq éclairs frappèrent Merlin en même temps et celui du Sceptre fit voltiger Merlin dans les débris des statues et de l'autel, près de la source. Lorsqu'il fit mine de se relever, Scorpius fit léviter des débris pour le frapper encore. Sans baguette, Merlin utilisa enfin ses véritables capacités. Il dévia la magie de Scorpius et fit écarter les projectiles de part et d'autre de lui. Neville agita sa baguette et les lianes de sa plante sortirent derrière lui pour se saisir de Merlin qui fut plaqué violemment au sol.

Merlin se mit à hurler en se débattant de toutes ses forces. Il arracha quelques lianes et Hermione, Ron et Harry lui balancèrent encore des sorts pour le calmer et lui faire perdre connaissance.

— Il faudra me tuer! hurla Merlin.

— Ça peut s'arranger, dit Ginny en brandissant le sceptre de Serdaigle.

Un puissant éclair lumineux jaillit vers lui. Merlin le stoppa net avec sa seule volonté. Il tremblait cependant, toujours entravé par les lianes de Neville qui s'enroulait autour de son corps comme une multitude de cordes. Ginny tint bon. Elle poussa un cri et tendit les bras en déversant toute sa puissance magique, amplifiée par le sceptre sur l'homme qui avait commandité la mort de son fils. Merlin ne put s'opposer plus longtemps à la rage d'une mère. Le sort le frappa de plein fouet et sa tête retomba en arrière.

Le calme retomba soudain. Ils ne percevaient plus que la clameur du dernier combat derrière eux. Harry baissa sa baguette, soufflé par la puissance de sa femme. Ron et Hermione se serraient dans leurs bras et Scorpius contemplait le corps immobile de celui qui s'était cru son maître.

Merlin était inconscient. Il pouvait maintenant transplaner et sauver Rose.

Ginny s'approcha de Merlin, son sceptre toujours tendu vers lui et prêt à déverser toute sa colère s'il tentait quoi que ce soit. Elle constata que Merlin était toujours conscient. Ginny approcha la pointe du sceptre tout près de son visage et Merlin la dévisagea, d'abord en souriant, puis petit à petit, il se mit à éclater de rire.

— Qu'est-ce qui te fait marrer? cracha Ginny.

— Vous n'êtes pas au bon endroit.