53

UNE VIEILLE AMIE


Pour la première fois de sa vie, Hugo était inquiet.

Depuis le repas du soir, préparé avec amour par sa grand-mère, il s'était reclus avec son grand-père dans son repaire secret pour tester la toute nouvelle console de jeux qu'il venait de mettre au point. Arthur Weasley essayait de guider le petit plombier sur l'écran à l'aide de sa baguette.

— C'est plus difficile que cela en a l'air, rit Arthur en redémarrant une partie pour la cinquantième fois.

Hugo ne répondit pas. A vrai dire, il ne regardait même pas l'écran. Ses yeux fixaient le vide et il arborait une expression renfrognée qui ne lui allait pas du tout.

— Ça ne va pas, mon grand? demanda Arthur en se tournant vers lui.

Son grand-père posa sa baguette sur la table basse et ajusta ses lunettes pour mieux observer son petit-fils. Avec l'âge, sa vue baissait de plus en plus et il lui fallait changer de verres tous les ans, à présent. Arthur dut l'appeler plusieurs fois pour qu'Hugo sorte de sa rêverie.

— Oui? Ah! Désolé, papy. J'étais ailleurs. Alors, tu l'as passé ce niveau? C'est mon tour?

Arthur mit le jeu sur pause et dévisagea Hugo en arquant un sourcil et un sourire qui signifiait qu'il n'était pas dupe. Hugo poussa un long soupir.

— C'est rien! se défendit-il. C'est juste que ça m'inquiète. La nuit est tombée depuis deux heures déjà. On a toujours pas de nouvelles.

— Tu es inquiet?

— Non…, dit Hugo en haussant les épaules. Je sais que tout ira bien. Papa et Maman y sont. Ils sont plutôt forts...dans leur genre.

— Tu aurais voulu être avec eux? comprit soudain Arthur.

Hugo ne répondit pas. Il tapotait son talon sur le rebord de la table basse. Lorsqu'il était contrarié ou nerveux, il avait cette tendance à s'agiter brusquement.

— Je suis un sorcier plutôt malin ! s'exclama Hugo en virant au rouge vif.

— Peut-être même le plus intelligent, sourit Arthur.

— Je suis majeur! Diplômé de Poudlard en ayant fait passer mes aspics par mon clone!

— Attends...quoi?!

— Je sais me battre. Je pourrais les aider, peut-être même les sauver! Pourquoi ils m'ont laissé ici? Je ne comprends pas.

Arthur donna une petite tape sur le genou d'Hugo pour le réconforter.

— Moi aussi, ils m'ont laissé ici, soupira tristement son grand-père.

— Oui mais toi, c'est parce que tu es trop vieux, répliqua sans réfléchir Hugo.

Il jeta un oeil à son grand-père qui eut une moue boudeuse mais son regard, derrière ses lunettes, était toujours aussi rieur.

— C'est comme pour toi, sourit-il avec bienveillance. Ils ont dû se dire que tu étais trop jeune.

— Ce n'est pas juste, bouda Hugo.

— Je suis d'accord. Mais que pouvons-nous y faire, hein? Mais rassure-toi. Dans ton cas, un jour, tu prendras la place de tes parents et tu pourras aussi leur dire qu'ils sont devenus trop vieux pour se battre.

Hugo éclata de rire. Il s'imagina interdire sa mère de l'aider dans une mission et de lui demander de rester cloîtrée chez elle. Il la vit, dans sa tête, toute ridée, les cheveux grisonnants et une grosse paire de lunettes sur le nez. Mais il se dit que même vieille, sa mère pouvait encore le punir en lui donnant des coups de canne. Il allait devoir se méfier.

— Allez! fit Arthur en lui désignant l'écran. Montre-moi comment passer ce niveau sinon on va y passer la nuit.

— Ça marche! répondit Hugo de bien meilleure humeur.

Il se redressa sur le canapé et sortit sa baguette pour redémarrer la partie. Alors qu'il faisait bondir le petit moustachu de plateformes en plateformes, sur une musique électronique entraînante, Hugo perçut sous ses pieds, une curieuse vibration. Le plombier tomba dans la lave et Arthur poussa une exclamation déçue. Mais Hugo ne fit pas attention au Game Over sur l'écran. Il se concentrait sur les tremblements qui ne cessaient d'augmenter en intensité.

— Tu sens? demanda-t'il à son grand-père.

— Quoi donc?

Alors qu'il posait la question, tous les écrans dans le repaire d'Hugo, s'éteignirent brusquement. L'éclairage tomba en panne et ils se retrouvèrent plongés dans le noir.

Lumos! dit Arthur. Qu'est-ce qui se passe ici?

Son grand-père s'était levé du canapé et marchait vers les écrans et l'ordinateur d'Hugo pour essayer de repérer la panne. L'esprit d'Hugo marchait à toute vitesse. Il captait les vibrations, calculaient leurs propagations de tête et déterminait leur raison. Lorsqu'il trouva la réponse, ses yeux bruns s'écarquillèrent d'horreur.

— PAPY! hurla-t'il. ECARTE-TOI!

Le brouhaha devint insupportable et tout explosa dans un boucan assourdissant. Les écrans d'Hugo volèrent en éclat et le sol se mit à onduler comme des vagues de matière devenues trop instable. Arthur criait plus de surprise que de peur car il n'avait pas le temps de comprendre ce qui était en train de se passer. Hugo, lui, le pouvait. Il se précipita vers son grand-père et lui saisit la main. Il transplana immédiatement.

Ce qui lui parut étrange, c'est qu'il ne put arriver à l'endroit qu'il avait visualisé. La magie ne dura que quelques instants et les deux hommes réapparurent dans le jardin où les gnomes étaient tous sortis de leur terrier et couraient dans l'autre sens pour fuir la maison, le plus loin possible, en poussant d'horrible couinement.

Pour Hugo, c'était comme assister à la fin du monde. A peine eurent-ils le temps de poser un pied sur l'herbe fraîche du soir, qu'ils furent aussitôt balayés par le souffle d'une explosion tonitruante.

La lumière vint la première, aveuglante et terrible. Ensuite, vint la chaleur, un brasier ardent qui s'échappa de chaque ouverture du précieux Terrier. Ensuite, les débris…

— MOLLY! entendit-il son grand-père hurler comme un animal à l'agonie.

Hugo vit Arthur se précipiter vers la maison mais il ne put faire que quelques pas. Une autre déflagration, plus puissante, souffla tout sur son passage et recracha son grand-père qui semblait baigner dans les flammes. Hugo se protégea le visage. Il leva sa baguette pour se protéger des débris qui tombaient sur lui. Mais il ne produisit aucun bouclier. Une tornade de flamme le renversa en arrière comme s'il n'était qu'un vulgaire pantin. Dans la panique, le choc et la peur, son esprit cartésien s'insulta d'avoir eu le réflexe stupide d'utiliser la magie.

Car celle qu'il connaissait et avait l'habitude d'utiliser, n'existait plus.

Hugo s'effondra au sol, les tympans vrillés par l'explosion. Malgré le choc terrible de cette tragédie, le rouquin ne pensait plus qu'à son grand-père. Il restait la dernière personne à sauver. Il se releva péniblement et se saisit de ce qui avait dû être autrefois une porte. Il s'en servit comme bouclier contre les projectiles que crachait la maison en flamme et il s'efforça d'approcher le corps gisant à quelques mètres de lui.

Les explosions se succédaient en rafale comme si le sol vomissait une magie indigeste. Hugo se protégea d'une pluie de briques et s'abaissa près de son grand-père. Arthur essayait déjà de se relever. Ses yeux étaient emplis de peur et il ne semblait plus rien comprendre. Hugo le saisit par le bras et l'obligea à se relever. Son grand-père ouvrait la bouche en lui criant des mots qu'il ne pouvait pas entendre. Arthur levait le bras vers la maison. Mais Hugo tirait de toutes ses forces pour l'éloigner de ce qui avait été avant la maison de son enfance.

Finalement, Arthur le suivit et tout se calma enfin. Se trouvant à bonne distance de la maison, le grand-père et le petit-fils contemplaient le Terrier en flamme, du haut de la butte qui surplombait les champs autour du domaine. Arthur était à genoux, ses oreilles saignaient, il était couvert d'égratignures et de brûlures superficielles. Mais il s'en fichait. Arthur pleurait parce qu'il voyait sa maison brûlée avec sa femme qu'il n'avait pas pu sauver.

— Molly…, gémit-t'il. Non...Molly…

Hugo n'arrivait pas à ressentir de la tristesse. Son esprit brillant lui rappela l'état de choc, le déni, la déshumanisation, la distanciation et tout ce qui pouvait expliquer ses yeux ronds, sa bouche entrouverte et ses doigts qui tremblaient. Une épaisse fumée noire s'échappait du bûcher pour monter dans le ciel. La maison irradiait d'une lumière orangée qui diffusait son éclat sur des mètres autour d'elle. Le Terrier partait en fumée.

Hugo s'arracha à ce spectacle, dont il ne put en supporter davantage la vue. Il se retourna et eut le choc de constater que plusieurs bûchers s'étaient soudain enflammés à des kilomètres à la ronde. Tout était plongé dans les ténèbres si ce n'étaient ces points lumineux qui s'illuminaient au fur et à mesure. Comme si quelqu'un avait allumé une mèche qui prenait feu, petit à petit.

Hugo comprit que cela ne voulait dire qu'une chose.

— Ils ont échoué…, murmura-t'il d'une voix brisée.

OoO

Merlin ne bougeait pas.

Il se contentait de fixer les survivants du réveil de la source qui se relevaient péniblement. Scorpius fut le premier à se remettre debout. Il contempla autour de lui. Tout n'était déjà que ruines. Il y avait trop de sangs, trop de débris, de cadavres. Mais au-delà de toutes les horreurs autour de lui, il n'arrivait pas à s'arracher de la vision de ce qu'était devenu Merlin en aspirant toute la puissance de la source primale: un véritable dieu.

Ron se releva à son tour, non loin de lui. Ignorant le danger, il se précipita sur Merlin, la baguette tendue.

Stupéfix! hurla-t'il dans le silence.

Merlin n'eut pas besoin de se protéger ou de dévier le sort car il ne vint jamais. Rien ne se produisit. Et une révélation terrifiante germa dans l'esprit de Scorpius.

Expelliarmus! Petrificus Totalus! Impedimenta! Incarcerem! cria Ron, encore et encore, dans un désespoir un peu fou.

Mais rien ne se produisit. Aucune magie ne s'échappa de sa baguette. C'était comme s'il tenait un vulgaire bâton dans sa main. Les autres firent de même. Ils espérèrent encore en essayant de lancer des sorts basiques mais rien n'y fit. La magie avait disparu et les sorciers se retrouvèrent tous démunis. Ron laissa retomber son bras, face à Merlin.

— Qu'est-ce que vous avez fait? souffla-t'il.

— Ce que je me suis efforcé de faire pendant près de quinze ans. Rétablir la justice.

— ON A PLUS DE MAGIE, cria une voix dans le fond de la grotte.

Des murmures, puis des cris se firent entendre. Tous essayaient, tous paniquaient. Scorpius se redressa avec prudence. Il prit un moment pour ressentir sa magie et constata qu'elle était encore là. Il la sentait au fond de lui, plus forte et plus puissante, comme elle ne l'avait encore jamais été auparavant.

Hermione se releva à son tour, en pleurs. Scorpius vit de la peur dans ses yeux. Sa clairvoyance comprenait qu'ils ne pourraient pas gagner, face à Merlin, sans magie. Harry aida Ginny à se relever. Ils avaient tous des mines lamentables et Ron Weasley fixait toujours Merlin, stoïquement.

— Vous avez volé notre magie, comprit Ron en désignant le sceptre.

— Vous n'en étiez pas dignes. Tout comme les sorciers qui viennent de périr un peu partout. Ils ont été jugés par la source et ils ont payé leur orgueil de la mort.

— Qu'est-ce que tu racontes?! s'énerva Scorpius en sortant de sa cachette.

Il avait peur. Evidemment qu'il était terrifié. Scorpius comprenait que Merlin venait de recevoir l'énergie d'une des sources les plus puissantes de l'histoire de la magie. Mais il se rassurait par ses propres capacités qu'il n'avait heureusement pas perdues. Il pouvait encore agir. Il pouvait encore se battre pour les sorciers. Merlin le toisa comme un insecte avec ce même pernicieux sourire aux lèvres. Scorpius se plaça près de son beau-père, s'interdisant de se laisser gagner par le désespoir. Au fond de lui, il ne pensait qu'à une chose: s'il ne réussissait pas à vaincre Merlin, il ne pourrait pas aider Rose.

— De nombreux foyers de sorciers ou de grandes villes, avaient été construits sous des sources, comme s'ils étaient attirés par son pouvoir, dit Merlin. En aspirant le Saint-Graal, j'ai fait converger toute la magie en un unique point. Cela a malheureusement perturbé le réseau et en rendant l'âme, chaque source a...explosé.

Il claqua des doigts et le son se répercuta en écho dans la grotte. Personne ne dit un mot. Scorpius n'arrivait pas à comprendre. Il ne percevait que sa respiration qui se faisait de plus en plus haletante. Il avait entendu: source, explosion… Mais son esprit refusait de les associer. A côté de lui, il vit Ron Weasley pâlir tel un spectre.

— Non…, murmura-t'il. C'est impossible.

— Le Ministère…, annonça Merlin et il claqua encore des doigts. Pré-au-lard... Godric Hollow… Poudlard…

Un lourd silence accueillit cette nouvelle. Luna poussa une plainte déchirante. Scorpius comprit que de nombreux parents avaient laissé leurs enfants à Poudlard. Si Merlin disait vrai, la légendaire école de sorcellerie venait d'exploser avec tous ses élèves à l'intérieur. Une pression énorme tomba sur les épaules de Scorpius. Il eut du mal à se tenir debout et la tête lui tournait à mesure qu'il se rappelait les noms des sorciers et sorcières dont il venait de comprendre la mort.

La vieille Mcgo… Flitwick...Hagrid… Des visages défilaient devant ses yeux. Tous morts. Tous disparus en un claquement de doigts.

— Le Terrier…, dit encore Merlin.

Cette fois-ci ce fut George qui poussa une horrible plainte. Il s'élança faiblement en avant, le visage déchiré par la douleur. Ron le retint et le serra dans ses bras. Les Weasley se réunissaient, choqués et torturés. Hermione se mit à pleurer doucement et Harry serra Ginny dans ses bras.

Merlin se délectait de toute cette souffrance. Il fixa chaque étreinte, chaque geste de désespoir pour ensuite se tourner vers Scorpius, le seul encore debout.

— Le Manoir des Malefoy…, sourit-il.

Ses doigts claquèrent encore et ce fut comme si Scorpius venait de recevoir une gifle cinglante. Il manqua soudain d'air sans pouvoir faire le moindre mouvement. Il était paralysé par le choc. Le manoir... avait explosé… Ses parents… Son père… Sa mère… Lentement, Scorpius porta sa main sur sa poitrine, là où il gardait le mot que lui avait laissé son père. Le dernier.

Il serra la mâchoire et son regard se voila de larmes. Ensuite, il sentit autre chose. Une colère ignoble, hideuse qui suintait de son coeur pour se propager dans tous ses membres. Scorpius leva les yeux vers Merlin, oubliant sa peur, ses faiblesses et sa culpabilité. Il ne ressentait plus que la colère et il la laissa exploser.

— Tu as tué mes parents…, dit Scorpius en ne pouvant pas quitter Merlin des yeux.

— Tu devrais me remercier, sourit Merlin. Te voilà enfin libéré de ces êtres indignes.

Personne ne comprit ce qui se passa réellement. Scorpius décolla du sol et fonça sur Merlin, en silence et à une vitesse qui n'avait rien d'humain. En une fraction de seconde, il fut près de Merlin et il le frappa au visage de toutes ses forces.

Il réussit à prendre Merlin par surprise. Son maître ne s'était pas attendu à une telle vitesse. Ses pouvoirs avaient augmenté où s'étaient soudain manifestés dans tout leur potentiel. Malgré qu'il fut balayé sur plusieurs mètres en arrière, par le choc, loin d'éprouver de la douleur, Merlin se mit à sourire. Enfin, il avait la confirmation de ce qu'il avait espéré pour cette recrue. Un pouvoir insoupçonné.

— Je le savais, dit-il en se redressant. Tu es comme moi.

Cela ne fit qu'alimenter la rage de Scorpius. Il bondit dans les airs, la baguette brandie. Merlin croisa un bref instant son regard et il s'en réjouit. Il était aveuglé par une soif de destruction effrayante. Scorpius ne prononça aucun sort. Il hurla seulement. Un cri qui fit trembler tous ceux qui contemplaient le duel acharné entre les deux hommes. Le sort partit, dans une puissance incroyable et Merlin dut lever son sceptre pour s'en protéger. La magie de Scorpius frappa de plein fouet le manche de l'artefact car Merlin ne voulait lui faire aucun mal.

Scorpius se laissa tomber sur le sol et attaqua de suite, sans laisser aucun répit à Merlin. Il jetait un sort tout aussi puissant que le premier et Merlin parait. Scorpius n'utilisait pas que sa baguette. Il utilisait aussi son poing gauche qui dégagea autant de magie que sa baguette. Il attaquait de tous les côtés à une vitesse folle. Et Merlin parait encore et encore, laissant son jeune élève se défouler sur lui. À chaque fois que les magies s'entrechoquaient, un souffle déferlait autour d'eux, ricochant sur la pierre qui volait en éclat.

Scorpius s'avançait toujours plus près de Merlin jusqu'à toucher le sceptre du bout de sa baguette. À son contact, l'ancienne baguette de son père se brisa en deux dans sa main. Scorpius saisit à pleine main le dernier fragment de son père et l'enfonça, tel un pieu, dans l'épaule de Merlin. Il leva ensuite le poing pour le frapper une nouvelle fois.

Merlin perdit patience. Il frappa de son sceptre, le bras tendu de Scorpius et celui-ci produisit un horrible craquement. Son membre partit un arrière, sans plus aucune force ni motricité. Scorpius ne le sentait plus. Son bras était comme mort et il gisait le long de son flanc, raide et sombre. Il ne sentait plus la douleur, ni la peur. Scorpius hurla une nouvelle fois et se servit de son autre bras pour l'attaquer.

Merlin le saisit à la gorge et le souleva du sol.

— N'oublie pas que c'est moi qui t'ai donné ta magie, dit-il d'une voix menaçante. Cela signifie que je peux te la reprendre.

Scorpius se débattit mais ses forces semblaient soudain l'avoir abandonné. Il attrapa le bras de Merlin avec sa main valide et le griffa comme un chat féroce.

— Tu ne peux pas me vaincre, Lancelot. Ta dernière chance est de me rejoindre.

— Ja...mais! cracha Scorpius dont le teint devint de plus en plus violacée.

— Alors je ne peux plus rien pour toi.

— ARRÊTE!

Merlin relâcha légèrement sa prise et se tourna vers l'homme qui venait de parler. Harry Potter s'avança vers lui. Il tenait encore sa baguette dans la main, maintenant complètement inutile. Merlin croisa son regard et il y vit de la peur.

— Laisse-le, dit Harry. Ce n'est pas lui que tu veux. C'est moi.

Il continua à marcher droit vers Merlin. Lorsqu'il passa devant Ron et George, son meilleur ami tendit le bras pour le retenir mais il le repoussa doucement.

— C'était moi depuis le début, dit encore Harry. Tout ça, tout ce que tu as fait. C'est uniquement pour me vaincre moi.

Merlin l'observa. Il ne faisait plus du tout attention à Scorpius qui se débattait encore pour le faire lâcher prise.

— Laisse-le s'en aller. Laisse-les tous partir.

— Et que me proposes-tu en échange? demanda Merlin.

— Moi. Ma vie.

Un lourd silence suivit la déclaration d'Harry. Celui-ci stoppa pour dévisager Merlin. Derrière lui, il percevait les pleurs de ceux qu'il aimait, de ceux qu'il voulait protéger. Scorpius se dévissa la tête pour croiser son regard.

— Ne...faites...pas ça, Mr Potter! cria-t'il.

— Silence! tonna Merlin.

— Harry! Non! cria Ron.

Il ne fut pas le seul à lui hurler de renoncer. Ginny poussa un cri déchirant et s'élança vers lui. Un simple regard l'arrêta. Harry dévisagea chacun d'eux, leur intimant l'ordre silencieux de ne pas l'approcher. Les pleurs redoublèrent d'intensité et George serra sa soeur dans ses bras pour l'empêcher de retenir Harry. Ils se savaient tous réduit à l'impuissance. Ils ne pouvaient plus rien faire, excepté d'être les derniers témoins de la fin.

Harry fixa Merlin, le défiant du regard.

— Pourquoi accepterais-je? dit Merlin. Tu n'as plus de magie. Aucun de vous ne peut plus me défier! cria-t'il dans la grotte. Qu'est-ce qui m'empêcherait de tous vous tuer?

— Parce qu'au fond, tout ce que tu veux, c'est que je te demande pardon.

Pour la première fois, Merlin ne sut quoi répondre et Harry remarqua son trouble.

— Si tu nous tues tous, dit encore Harry, tu n'obtiendras jamais cette reconnaissance de ma part que tu recherches tant. Laisse-les vivre et venge-toi uniquement sur la personne qui t'a le plus blessé.

— Qu'il en soit ainsi.

Merlin jeta Scorpius comme un déchet et il s'effondra sur la roche dure et froide, en sang. Harry s'approcha. Scorpius tendit le bras dans sa direction en gémissant.

— Non...Mr Potter... Non…

— Ne t'en fais pas, lui dit Harry. Je n'ai plus peur…

Scorpius ouvrit les yeux d'effroi. Il se souvenait… Il se remémora l'une des discussions qu'il avait eu avec l'élu, chez lui, dans sa cuisine.

"La peur, c'est la preuve que tu as encore de l'espoir, que tu es prêt à te battre pour continuer à vivre. S'il n'y a plus de peur, alors il ne reste que l'acceptation. Et dans ce cas-là, c'est la mort qui vient te chercher. "

Harry se présenta face à Merlin et celui-ci lui présenta son sceptre comme une épée prête à l'adouber. La sphère de magie qui illuminait son extrémité étincela de mille feux et tout devint soudain très flou. Scorpius se sentit écrasé par la magie extraordinaire de Merlin. Tous les sorciers et sorcières présents furent dominés par cette puissance. Tout était soudain très clair, lumineux et terrifiant à la fois. Harry n'eut pas d'autre choix que de poser un genou à terre. Il le fit sans bruit, sans plainte et il s'agenouilla devant Merlin qui le toisa, un sourire triomphant aux lèvres.

— Qu'est-ce que ça fait? demanda-t'il en approchant le sceptre tout près de lui. Le grand Harry Potter, le survivant, l'élu, réduit à l'impuissance. Qu'est-ce que ça te fait de savoir que tu a échoué à protéger ceux que tu aimes?

— Je n'ai jamais prétendu être un sauveur, articula faiblement Harry.

La réplique du survivant ne plut pas à Merlin. Il fit un geste et le corps d'Harry se retrouva soudain suspendu à un mètre du sol, écartelé par sa puissance magique. Harry poussa des cris de douleurs atroces qui firent frémir Scorpius. C'était Merlin, maintenant, qui était aveuglé par la rage. Il voulait faire souffrir Harry pour tous les tourments qu'il avait dû endurer.

— Je...suis...désolé, articula Harry. De...ne...pas...avoir...su...te sauver.

L'expression de rage de Merlin se figea, terrassé par l'émotion.

— Tu te disais le sauveur des sorciers, cracha-t'il. J'ÉTAIS UN SORCIER! Et tu ne m'as pas sauvé.

— Je...sais... , dit Harry dont le corps se disloquait de plus en plus, déchiqueté par la magie brute que dégageait le sceptre de Merlin. Mais...cela n'excuse...en...rien...tes actes. Tu le sais...Je le sais aussi... Tu sais que...tu serais devenu...le monstre que tu es...même si...je t'avais...sauvé.

Alors Merlin poussa un cri terrifiant qui résonna partout autour d'eux. L'éclat de sa magie devint de plus en plus intense jusqu'à engloutir complètement la salle. Scorpius ne quittait pas des yeux le corps d'Harry qui lévitait toujours devant lui. Peu à Peu, la lumière le dévora et il se confondit avec elle.

A ces derniers instant, Harry tourna la tête vers Scorpius, le seul visage assez près de lui pour qu'il puisse croiser son regard. Il ouvrit la bouche, articula quelque chose et disparut.

OoO

Albus perdit connaissance.

Il ne savait pas depuis combien de temps mais il se rendit vite compte que le temps n'avait plus d'importance quand on était mort. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il n'était plus. Il pensa risiblement qu'au cours de sa vie, il avait voyagé dans de nombreux autres plans que la réalité. Dans chacune de ces dimensions, il avait toujours émergé dans une vaste pièce blanche, sans limite, éternelle et terriblement irréelle.

Il sut que, cette fois-ci, tout était différent. Il se réveilla dans un brouillard noir, une fumée qui ne disparaissait jamais. Tout était aussi sombre que son ancienne robe de langue-de-plomb. Il se rappelait à présent, de tout, car la réalité n'avait plus de raison d'être et que sa mémoire devenait soudain omnisciente. Il se souvint du sacrifice de Pickquerry. Il était passé avec lui, à travers le voile de l'arcade de la mort. Alors, il comprit.

Albus Potter était mort.

Il n'en éprouva aucune tristesse, aucun regret. Il ne ressentait plus rien. Il était juste frustré. C'était cela la mort? Cet état conscient et insensible de tout. Ce n'était pas très réjouissant. Il se rendit compte soudain qu'il était fatigué. Il pensa à sa vie, à tout ce qu'il avait fait pour se démener de vivre. Tout ça...pour ça. Il en était un peu triste. Allait-il toujours rester ainsi, ici, dans cette obscurité? Il se sentait un peu perdu. Et au fur et à mesure qu'il réfléchissait à son sort, il retrouvait peu à peu des sensations qui n'avaient rien à voir avec un mort.

Le point culminant fut lorsqu'une voix, terriblement familière, l'appela doucement.

Albus se retourna et plissa les yeux pour percevoir la silhouette opaque et sombre qui s'avançait vers lui. Peu à peu, il reconnut des lunettes, des yeux verts, une tenue d'auror un peu défraîchie, des cheveux noirs grisonnants, en bataille et surtout un sourire bienveillant qu'il avait pu observer tout au long de sa vie.

— Albus, dit Harry en souriant.

— Papa…

Dès qu'il prononça ce mot, Albus s'effondra. Lui qui s'était cru devenu insensible, toutes ses émotions affluèrent dans son esprit torturé. Car il savait où il se trouvait, il savait uniquement qui il était susceptible de rencontrer ici, là où tout se terminait pour quiconque... Il avait passé l'arcade de la mort et s'il voyait son père, devant lui, en cet instant, alors cela ne pouvait signifier qu'une chose.

— Tu es…, s'étrangla-t'il. Tu es mort, c'est ça?

Les larmes perlèrent dans ses yeux, ces larmes qu'il s'était efforcé de retenir depuis qu'il était sorti de la pensine de Merlin. Harry eut alors le sourire le plus triste qu'il ne lui vit jamais. Albus n'osa pas bouger, il n'en eut pas la force. Il n'avait même plus conscience de son corps. Il ne ressentait que l'horrible douleur de cette compréhension atroce. Son père était mort.

Harry lui caressa doucement la joue puis il le prit dans ses bras. Albus s'accrocha à sa robe et laissa ses larmes couler. Il gémit comme un petit garçon, dans les bras de son père et Harry le serra de toutes ses forces contre sa poitrine pour le rassurer.

— Je te demande pardon, dit Albus qui ne s'arrêtait plus de pleurer. C'est ma faute. Tout est de ma faute. J'ai essayé...j'ai échoué. Ils sont tous morts, hein? Ils sont tous morts par ma faute. Tout est détruit.

— Ce n'est pas de ta faute, Al.

— Si! explosa Albus. C'est moi qui ait pris au sérieux la prophétie de Rose. C'est moi qui ai cherché les réponses de mon côté. J'ai causé la mort de James. Je me suis laissé manipuler. J'ai cru...j'ai cru que je pouvais tous les sauver. J'ai hésité. J'ai manqué de courage. Je ne suis pas comme toi. Le monde des sorciers a besoin de toi. J'ai besoin de toi. Et tu es mort.

Albus éclata encore en sanglots. Harry le gardait toujours dans ses bras. Il le laissait pleurer comme un père qui console son fils et qui attend patiemment qu'il se calme de son chagrin. Puis, Harry le repoussa doucement pour le dévisager. Il lui sourit.

— Tu as fait de ton mieux, lui dit-il doucement. Je pense que maintenant que tu es ici, tu dois comprendre que d'autres forces agissent tout autour de nous. Une autre magie, bien plus ancienne. Tu dois te souvenir, Albus, d'une des portes du Département des Mystères…

Albus renifla. Il n'avait pas la force de se concentrer sur autre chose que la perte de son père. Mais Harry lui souriait patiemment, attendant qu'il reprenne ses esprits pour comprendre.

— La tapisserie du destin…, comprit Albus dans un souffle.

Harry acquiesça.

— Tu as fait ce que tu devais faire et tu as fait de ton mieux.

— Mais tellement de gens sont morts! s'exclama Albus avec colère. James! Grand-mère, les parents de Scorpius, Dean Thomas, Katie Bell, Cho Chang…

Les noms lui venaient naturellement en tête comme si la mort l'autorisait à voir la liste de ses victimes puisqu'il avait traversé le seuil de son antre. Les larmes coulaient de ses yeux et il était pétrifié de toutes les victimes de la toile du Destin.

— Et d'autres vont mourir. Merlin a gagné, papa! Tu comprends?! On a perdu!

— En es-tu sûr? demanda patiemment Harry.

Albus se tut. Il contempla son père, bouche bée. Celui-ci souriait toujours comme s'il détenait un secret.

— Tu t'es sacrifié…, comprit Albus.

— C'était le seul moyen pour tous vous sauver, dit Harry d'une voix un peu triste. Merlin pouvait voler toute la magie des sources, il ne pouvait acquérir celle du sentiment qu'il était incapable d'éprouver.

— L'amour…, murmura Albus. Tu les as protégés. Tu leur as donné une chance de s'enfuir sain et sauf.

— Je l'espère…

— Et maintenant? demanda Albus démuni.

— Maintenant, tu dois repartir.

Albus dévisagea son père.

— C'est ton sacrifice qui me permet de repartir? demanda-t'il les larmes aux yeux.

— Quel père ne sauverait pas son fils? dit Harry en lui caressant encore la joue.

Albus secoua la tête en s'accrochant aux bras d'Harry.

— Même si je repars, dit-il d'une voix étranglée par l'émotion. Merlin est devenu trop puissant. On ne pourra pas l'arrêter. Pas sans toi…

— Tu oublies qu'il y a quelqu'un d'autre, répondit Harry.

Il se mit à rire doucement.

— Tu as passé des années à te concentrer sur une prophétie pour l'empêcher et maintenant que tu devrais vraiment y accorder de l'attention, tu oublies tout, plaisanta Harry.

— De quoi tu parles?! s'énerva Albus.

Harry le laissa trouver la réponse et le regard d'Albus s'illumina brusquement.

— L'enfant de Rose…, murmura-t'il.

— C'est la règle du jeu, Albus. Si tu donnes du pouvoir aux prophéties, alors elles tissent sans failles le début et la fin de l'histoire.

Albus se remémora la pensine de Merlin. Il fut à nouveau englouti par le tourbillon des pensées d'un monstre et surtout de sa plus grande peur. Albus se souvint de son bref passage dans le futur. Il se souvint de la fille rousse qui combattait, d'égal à égal, l'homme qui avait détruit son monde.

— C'est sa fille… C'est la fille de Scorpius et de Rose qui le vaincra.

— Il faut que tu y croies, dit Harry. De toutes tes forces… C'est pour ça que tu vas repartir. Pour la sauver. Pour la protéger. Pour qu'un jour, elle puisse vous sauver en retour.

— Je vais essayer, dit Albus d'une petite voix.

— J'en suis sûr, sourit Harry.

Son père l'étreignit encore. Puis, il se retourna légèrement comme s'il venait d'être appelé par le néant. Albus regarda par-dessus son épaule. Déjà, il entrapercevait d'autres ombres, d'autres silhouettes qui appelaient celle qui devait encore les rejoindre.

— Je ne veux pas que tu partes, dit Albus d'une voix brisée, en le retenant faiblement.

— Il le faut.

— Non! J'ai laissé James partir et tous les autres...Ce n'est pas juste. On n'a pas eu assez de temps, toi et moi! Je ne le comprends que maintenant. Papa...je t'en prie! Tu ne peux pas me laisser!

Il avait oublié le destin du monde et ses enjeux. Albus n'avait pensé qu'à lui et à son père. Même si le grand Harry Potter s'était une nouvelle fois sacrifié pour autrui, Albus n'en éprouvait aucune fierté. Il avait le coeur brisé. Harry Potter n'était pas l'Elu, à ses yeux. C'était son père. Et il désirait la survie de l'homme plutôt que la mort du héros.

Harry fut ému par la tristesse de son fils. La dernière chose que faisait disparaître la Mort, était l'amour qu'éprouvait ses victimes. Harry se détachait peu à peu de sa condition d'homme mortel. Mais il subsistait encore en lui, une dernière lumière, ce sentiment profond qu'il éprouvait pour son fils. Albus lut dans ses yeux, la même douleur, si ce n'était plus immense encore, de devoir le quitter. Il le serra fort dans ses bras et Albus profita de leur dernière étreinte, mémorisant chaque détail de ce qui faisait son père.

— Al… souviens-toi d'une dernière chose... , dit Harry d'une voix douce. Comment réussit-on à vaincre la mort?

Albus eut du mal à répondre car il connaissait la réponse et qu'elle ne lui plaisait pas du tout. Harry se détacha de lui et Albus le retint par la main. Son père se tourna une dernière fois vers son fils, le sourire aux lèvres comme le voulait le vieux conte pour les enfants. Les yeux verts d'Albus, les mêmes que ceux de son père, se perlèrent de larmes.

Il ne répondit que lorsque la silhouette de son père se confondit avec les ombres de la mort. Il eut soudain l'image du grand spectre noir, celle de la grande faucheuse qui venait chercher un homme qui l'attendait depuis longtemps. Alors, Albus s'autorisa à répondre à la question de son père:

— ...En l'accueillant en amie…

Et les ténèbres disparurent.