54
L'ARCADE DE LA VIE
Ce fut comme une deuxième naissance même si Albus n'avait aucun souvenir de la première. Il ne reprit conscience de la réalité que lorsqu'il toucha la pierre sous ses doigts. Il prit une grande inspiration, comme s'il respirait pour la première fois et il laissait échapper un cri oscillant entre le désespoir et la souffrance d'être encore en vie.
Autour de lui, ce n'était que chaos. Il eut du mal à rassembler ses esprits, à comprendre la dangerosité de sa situation. Albus discerna des gradins, une butte et surtout une atmosphère étouffante. D'immenses flammes jaillissaient un peu partout autour de lui. Une fumée opaque l'aveuglait et brûlait ses poumons qui venait de se réveiller. Albus entendit une voix au fond de lui, quelqu'un qui avait les mêmes intonations que son père. Quelqu'un qui lui cria de fuir, le plus vite possible.
Albus se remit sur ses pieds. Il tenait encore sa baguette dans sa main. Il respirait, sentait l'odeur nauséabonde de la fumée et de la pierre chauffée par le feu. Il entendait les craquements du brasier et le souffle d'une explosion dans son dos. Il était vivant. Il fit volte-face, croyant revoir l'arcade de la mort, celle qu'il avait traversé à cause de Pickquerry. Mais celle-ci était différente. Elle était blanche et le voile qui en protégeait l'entrée ondulait au gré du souffle de la chaleur qui montait peu à peu, aussi pur que sa pierre.
Il fixa le voile et se demanda s'il pouvait revoir son père s'il la traversait. Il se rendit compte qu'il connaissait la réponse et lorsque les flammes se mirent à lécher les flancs de l'arcade, Albus s'arracha à sa contemplation et se mit enfin à bouger.
Il courut, de toutes ses forces, vers la porte. Curieusement, les flammes s'écartèrent sur son passage, comme si elles avaient décidé de le laisser partir, tant qu'il les laissait tout détruire. Albus agita sa baguette pour ouvrir la porte noire mais rien ne se produisit. Tout en continuant à courir, il essaya encore et encore, mais rien n'y fit. Il comprit aussitôt qu'il n'avait plus aucune magie. Sa baguette ne lui servait plus à rien. Il la rangea précipitamment dans sa poche et ouvrit la porte à la volée. Ses mains se brûlèrent sur le métal. Il cria de douleur et se protégea ensuite le visage des flammes qui explosèrent dans le hall.
Albus ne percevait plus que le crépitement assourdissant du feu. Il parvint au centre du grand hall, entouré des flammes qui s'échappaient de chaque portes qui avaient malheureusement volé en éclat. Tout était en train de partir en fumée. Albus contempla chaque salle occupée de disparaître dans les flammes destructrices. Tous ces secrets qu'il avait dû abandonner dans le sort de l'oubliette et qui maintenant s'évanouissait à jamais dans le brasier. Albus ressentit soudain une profonde tristesse pour ce savoir perdu: les sphères des prophéties avaient dû toutes éclater, les cerveaux étaient à présent carbonisés, les retourneurs de temps détruit, les travaux de centaines de langues-de-plomb à travers les siècles, réduits à néant.
Il ne pouvait plus sauver ce savoir. Il était trop tard. Albus finit par délaisser ce qui était en train de mourir pour sauver sa propre vie. Il traversa le hall et rejoignit la seule porte noire bizarrement épargnée par les flammes.
Il déboucha sur le long couloir dont les parois étaient déjà en train de brûler. Il courut encore, haletant sous l'effort, incapable de se défendre du feu avec sa magie qui s'était elle aussi évanouie. Lorsqu'il atteignit les portes de l'ascenseur, une lourde poutre de bois noir s'écrasa derrière lui. Le Ministère était sur le point de s'effondrer sur lui même.
Il s'engouffra dans la cage, ferma la grille à toute vitesse et actionna le levier pour monter. Il eut peur soudain que ce fût la magie qui animait autrefois l'ascenseur. Il fut rassuré en entendant les cliquetis de la machine qui s'éleva petit à petit. La voix féminine n'annonça pas l'étage suivant mais Albus savait qu'il déboucherait dans l'Atrium.
L'horreur du spectacle devant lui, le laissa sans voix. L'incendie était monté jusqu'au grand hall et dévorait tout sur son passage. Il aperçut la rangée de cheminée d'où s'échappaient des volutes de flammes et de fumées rendant l'accès interdit. De toute façon, il n'était pas sûr de pouvoir encore les utiliser. Il comprit aussi qu'il ne pourrait pas rejoindre la zone de transplanage car il n'en avait plus la capacité. Son seul espoir était de rejoindre l'entrée de la cabine téléphone, le seul moyen qui permettait aux rares invités moldus d'entrer au Ministère de la Magie. La réalité de sa condition le frappa soudain: il était devenu un simple moldu.
Sous la chaleur du brasier, les murs de pierres se gondolaient, le bois craquait et le verre explosait. Albus ignora sa peur et poursuivit sa course. Il dépassa les grilles dorées dont le métal commençait à fondre et courut près de l'obélisque. Il fit une pause, en crachant ses poumons à cause de la fumée. Il fallait qu'il sorte vite sinon il mourrait pour de bon cette fois. Albus perçut un horrible craquement et vit, avec horreur, l'immense menhir s'abattre sur lui. Il roula sur le côté pour lui échapper et le dolmen de pierre, à la mémoire des victimes de la Grande Guerre, s'écrasa au sol en se cassant en mille morceaux.
Albus se remit sur ses jambes en glissant sur les dalles noires. Il s'encourut vers l'entrée officielle et ouvrit la cabine téléphone qui servait de portail pour les moldus.
— Allez! MONTE! s'écria-t'il en observant, inquiet, l'incendie qui s'épanouissait devant lui.
Il appuya sur toutes les touches du clavier et finalement, à son grand soulagement, la cabine s'éleva lentement. Il ne se permit à reprendre son souffle que lorsque la lumière aveuglante des enfers de l'Atrium disparut pour laisser place à la terre et la roche.
Albus s'effondra dans la cabine, à bout de souffle, ses vêtements dégageant une désagréable odeur de fumée, son visage couvert de suie. Il se concentrait sur sa respiration et ses pensées qui affluaient dans son esprit. Maintenant qu'il pouvait souffler un peu, il ne pouvait s'empêcher de comprendre toute l'étendue du désastre. Il se permit de désespérer, le temps de remonter à la surface. Une seule minute pour pleurer sur tout ce qu'il avait perdu pour ensuite continuer à se battre.
Il en avait le droit.
La cabine téléphone émergea enfin à la surface. Albus se releva et ouvrit prestement la porte en sortant à l'air libre pour cracher ses poumons.
— ALBUS! hurla une voix dans son dos.
Il se retourna et vit un homme courir vers lui. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître Liam. Albus l'appela faiblement, puis il marcha vers lui. Il tomba dans les bras du policier qui le serra dans ses bras comme un damné.
— Qu'est-ce qui s'est passé? demanda Liam d'une voix blanche. Il y a pleins d'explosions un peu partout dans la ville et dans le pays. Qu'est-ce qui se passe, Albus?
— Mon père...mon père est mort, articula-t'il contre son épaule.
— Quoi?
Liam le repoussa pour mieux le dévisager. Il remarqua alors la douleur sur les traits de son compagnon et il comprit, en un regard, ce qu'il avait dû vivre sous terre, au Ministère. Il comprit qu'il disait vrai.
— Je suis désolé, murmura Liam. (Il le serra de nouveau dans ses bras). Je suis tellement désolé.
— Il a réussi, dit encore Albus. Ils sont tous morts. Merlin a gagné.
Liam n'arrivait pas à le croire. Ses yeux fixèrent le vide pour mieux appréhender cette réalité. Il contempla la rue déserte en luttant contre le déni.
— Qu'est-ce qu'on peut faire? demanda-t'il.
— Il reste un espoir, dit Albus en se ressaisissant. Il reste Rose. Il faut qu'on la protège.
D'horribles hurlements retentirent soudain derrière eux. Les deux hommes se retournèrent vivement. Albus prit soudain conscience d'où ils se trouvaient et ce qui était en train de se dérouler tout autour d'eux. Il faisait encore nuit mais le ciel avait pris une teinte ocre surnaturelle comme si la voûte céleste elle-même s'était embrassée. Tout autour d'eux, ce n'était que cris, plaintes et bruits inquiétants. Liam entendit des coups de feu tirés en rafale, un hurlement, puis le silence. Il sortit son arme.
— Qu'est-ce qui se passe? demanda Albus.
— Viens, lui dit Liam. Il ne faut pas rester là.
Il le pressa jusqu'à sa voiture et il le fit monter. Liam prit le volant et démarra le moteur, à l'affût de tout ce qui pourrait débarquer.
— Sors ta baguette, le prévint Liam en prenant la première intersection. On sait pas ce qui rôde par ici.
— Je n'ai plus de magie, gémit Albus.
— Quoi?!
Liam s'était tourné vers Albus et il n'avait pas remarqué le groupe de passant qui traversa la rue en courant. Il écrasa la pédale de frein en jurant. Les passants ne le remarquèrent pas. Ils avaient tous l'air effrayés, semblant fuir quelque chose.
— Bon sang! marmonna Liam en klaxonnant.
Il se saisit de son micro relié à sa cibi. Il ouvrit le canal de la fréquence de son commissariat.
— Central, ici l'inspecteur Jones, en patrouille sur Heldington's street. J'ai un 10-103. Demande d'informations…
Il tourna encore et de nouveau, des gens s'enfuyaient dans tous les sens. Au loin, Albus vit un immeuble en flamme. La radio de Liam diffusait un bruit de parasite. Le policier tenait son micro, prêt à réitérer son message.
— C'est quoi un 10-103…, demanda Albus.
— C'est un code… Ça veut dire des perturbations dans la ville. Central, répondez s'il vous plaît.
— Inspecteur Jones, ici Central. Nous sommes actuellement en 10-155. Rejoignez l'unité la plus proche.
— Un 10-155?! s'exclama Liam paniqué. Vous pouvez confirmer?
— Ici, central! Je répète. Nous sommes attaqué. Ce n'est pas un exercice. Que toutes les forces de l'ordre rejoignent l'unité la plus proche. Je répète...Nous sommes attaqué…
— Par qui? paniqua Albus.
— J'en sais rien…, répondit Liam en rangeant son micro. Un 155… C'est une attaque terroriste.
Liam freina à nouveau. Albus manqua de se cogner, la tête la première, sur le tableau de bord. Lorsqu'il leva les yeux. Il vit un homme, plutôt jeune, devant le capot de la voiture de Liam, qui les fixait avec un étrange sourire.
— Qu'est-ce qui lui prend à ce…
Liam n'eut pas le temps de finir sa phrase. Le jeune homme, habillé de noir, leva ses deux mains vers la voiture dans un geste curieux. Il les leva au-dessus de sa tête, lentement jusqu'à ce que Liam comprenne enfin ce qui se passait vraiment.
— BAISSE-TOI! cria-t'il en poussant la tête d'Albus sur son siège.
La grêle se mit soudain à pleuvoir sur leur tête. Des pics de glace acérés traversèrent le toit de la voiture, comme dans du beurre, et s'enfoncèrent dans les sièges à l'arrière, entre les jambes d'Albus et sur le capot. L'homme devant eux, riait. Albus comprit qu'il utilisait la magie. Ce n'était pourtant pas un sorcier et il ne voyait aucune baguette dans ses mains. Cet homme était une des recrues de Merlin, de ceux qui avaient eu le privilège de passer l'épreuve de la source. A présent, ils utilisaient leurs dons pour envahir la ville de Londres.
— Ils vont tout détruire, murmura Albus, mort de peur.
Alors que le souffle lui manquait, oppressé sur son siège, Albus percevait à peine les hurlements de l'extérieur qui faisait écho à sa propre détresse. Sans se relever, Liam prit le volant et appuya sur l'accélérateur.
— Surtout, ne te redresse pas! cria-t'il alors qu'il pleuvait encore des pieux de glaces.
Il fonça sur le fou furieux, toujours posté devant son capot et Liam n'hésita pas une seconde à le renverser. Aussitôt, la pluie de glace se stoppa. Liam fonça, plein gaz. Il klaxonnait à tout va pour disperser les fuyards qui tentaient d'échapper aux armées de Merlin qui prenait d'assaut les rues. Partout où Albus posait les yeux, c'était la guerre.
Il vit une jeune femme déverser de l'acide sur les parois des maisons pour les faire s'écrouler avec encore ses habitants dedans. Un homme, transformé en une sorte de bête, sautait sur ses proies pour les déchiquetés. Lorsqu'ils débouchèrent sur une grande avenue, Albus vit une sorte de machine de guerre moldue, foncer vers un groupe d'hommes et de femmes, tous vêtus de noir. L'un d'eux sortit de la foule et provoqua un énorme maelström de boue sous les chenilles du géant de fer pour l'engloutir jusqu'à la pointe de son canon.
— Les moldus ne sont pas assez forts, dit Albus. Et les sorciers n'ont plus de magie.
— C'est pas le moment d'être défaitiste! s'écria Liam en virant brusquement à droite, manquant de peu de faire une embardée.
Il tournèrent à nouveau à gauche et Albus aperçut une voiture de police retourné sur le trottoir. Des hommes étaient montés dessus et arrachait le métal du véhicule à main nue.
— Faut qu'on sorte de là! dit Liam entre ses dents. Tu as un plan?
— Il faut...il faut sauver Rose.
— Ça tu me l'as déjà dit. Mais ta cousine se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres de Londres.
— Il faut qu'on trouve un moyen d'y aller le plus vite possible! s'exclama Albus. On doit la sauver, elle et son enfant. Ils sont nos seuls espoirs contre Merlin.
Liam lui jeta un coup d'oeil sceptique mais il croisa le regard de son compagnon qui n'avait pas du tout l'air de plaisanter.
— Ça a encore à voir avec une histoire de magie, un truc mystique étrange que toi seul peux comprendre et qui est la seule solution pour sauver le monde ? demanda Liam.
— Oui.
— Très bien. Dans ce cas, allons sauver Rose.
Une ombre plana soudain au-dessus de leur tête. Liam leva les yeux par-dessus son pare-brise.
— Bordel de Dieu…, murmura-t'il.
Albus suivit son regard et il eut un hoquet de stupeur. Dans le ciel à la lueur pâle des incendies de la ville, volait un homme pourvu d'immenses ailes noires. Il fut bientôt rejoint par d'autres et ils constituèrent rapidement une nuée d'hommes volants, menaçants.
— Attention! Accroche-toi! s'exclama Liam en voyant les premiers volatiles humains foncer sur eux.
Il tourna le volant à son maximum et la voiture vira en faisant crisser ses pneus sur l'asphalte. Une première créature s'accrocha au capot, une autre enfonça ses serres dans le toit de la voiture. Un homme s'accrocha à la portière d'Albus qui recula le plus possible lorsqu'il vit son bras se lever pour fracasser la vitre.
Albus se protégea des bouts de verres et il esquiva de justesse les serres de l'homme-oiseau qui gesticula dans tous les sens pour les lacérer. Liam poussa un cri de douleur lorsqu'il fut griffé au bras. Il sortit alors son arme en poussant un juron et tira sur le côté, tout en essayant de surveiller sa conduite. Les détonations des balles choquèrent Albus qui vit alors leur agresseur lâcher prise et se laisser tomber dans la rue.
Des bruits sourds suivirent la chute. La mort de l'un de leurs compagnons énervèrent les autres qui se précipitèrent tous sur la voiture de Liam. Ils perçurent les innombrables chocs des corps qui s'agglutinaient sur la voiture puis le grincement strident des griffes des volatiles, qui s'enfonçaient dans le métal. Ils n'avaient plus rien d'humains et au lieu de crier des mots ou des insultes, ils produisaient des sons aigus, comme ceux des aigles. Ce n'était plus des hommes mais bel et bien des prédateurs.
— Bordel! s'écria Liam en évitant un autre coup de griffes.
Il vida son chargeur de tous les côtés, visant du mieux qu'il put les êtres ailés qui combinaient leur force pour soulever la voiture du sol. Il réussit à en faire tomber quelques uns mais la voiture commençait déjà à quitter le bitume de la route. Liam accéléra en faisant monter la vitesse à son maximum. Les créatures poussèrent d'atroces hurlements de rage et la voiture bondit dans les airs. Liam esquiva de peu un poteau et vira à gauche en reprenant sa course de plus belle.
— Ils vont pas nous lâcher ces cons! cria-t'il, en regardant dans son rétro. Tu es sûr que tu n'as plus de magie?
Albus lui jeta un regard noir. Il remarqua à sa droite une sorte de tunnel d'où émergeait d'autres voitures comme celle de Liam.
— Là! s'écria-t'il. Si on entre là-dedans, les hommes volants ne pourront plus nous suivre.
— On essaie!
Liam s'engagea sur la sortie de droite et renversa une barrière de police pour un éventuel barrage. Il appuya sur l'accélérateur en se concentrant sur l'entrée du tunnel. Mais il y avait un homme qui les attendait. Albus plissa les yeux à mesure qu'il se rapprochait de lui. L'homme, toujours vêtu de noir, comme tous les autres soldats de Merlin, était très grand et très musclé. Il ne bougeait pas. Il attendait seulement que la voiture approche.
— Arrête-toi! dit soudain Albus.
— Pourquoi? On a pas le temps de discuter. Je fonce. S'il ne s'écarte pas, tant pis.
— Non! cria-t'il encore. Arrête-toi!
Il était déjà trop tard. Au moment où la voiture de Liam allait percuté l'homme en noir, celui-ci abattit son poing sur le capot. La voiture décolla du sol et se mit à voler dans les airs. Albus eut soudain l'impression de tomber en chute libre, son estomac remonta dans sa gorge et il ne comprit pas ce que Liam était en train de lui crier. Albus ferma les yeux, persuadé que la mort les attendait une fois que le véhicule s'écraserait sur le sol.
Mais ce moment n'arriva jamais.
Albus avait la tête qui lui tournait. Il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Liam gémissait de douleur à côté de lui. Le temps qu'Albus reprenne ses esprits, il se rendit compte que la voiture s'était soudain immobilisé dans les airs.
— Qu'est-ce qui se passe? dit Liam en se redressant sur son siège à son tour.
Les deux hommes fixèrent l'homme qui venait de les propulser dans les airs, se demandant si c'était lui qui avait accompli ce prodige pour mieux les fracasser sur le sol avec ses pouvoirs. Mais tout à coup, Albus entendit un rugissement bestial au-dessus de sa tête. Ce cri, il le connaissait bien. Il perçut des bruissement d'ailes et son coeur se gonfla d'espoir.
— Raymar…, souffla-t'il.
Le griffon déposa la voiture sur le bitume dans un gros choc. Puis il descendit sur le capot, de toute sa masse, pour faire face à l'homme qui avait failli les tuer.
— C'est quoi ça? demanda Liam.
— Le griffon de Rose.
Raymar toisa l'ennemi en agitant furieusement sa queue. L'homme baraqué restait immobile, impressionné par la majesté de la créature légendaire. A travers sa vitre, Albus vit des moldus s'arrêter pour contempler le lion géant. Puis, il remarqua une immense masse noir des hommes de Merlin qui courrait pour rejoindre le combat, face au griffon. Albus et Liam sortirent de la voiture.
Le griffon enfonça ses griffes dans l'asphalte provoquant des fissures dans la route à chacun de ses pas. Il leva soudain la tête et ouvrit la gueule alors que plusieurs hommes couraient dans sa direction. Il poussa un rugissement qui résonna à travers toute la ville. Albus dut se boucher les oreilles pour ne pas tomber dans les pommes. La plupart des assaillants tombèrent en arrière, balayés par le souffle de son rugissement. Le seul qui resta encore debout fut celui qui pourvu d'une force extraordinaire.
Dès que Raymar se tut, il bondit sur lui. Raymar le balaya d'un simple coup de patte et l'homme s'encastra dans la vitrine d'une bijouterie. Les gens autour d'eux se mirent à hurler et s'encoururent dans tous les sens, complètement paniqué, pour fuir le combat.
— C'est un monstre…, souffla Liam, impressionné.
— Et encore, tu n'as pas tout vu, sourit Albus. RAYMAR! appela-t'il.
Le lion se tourna vers le cousin de sa maîtresse. Ses yeux violets le fixèrent et Albus y lut une urgence.
— Tu es venu nous chercher…, comprit-il à mi-voix. Rose t'a envoyé pour nous trouver.
Le griffon s'inclina pour lui signifier qu'il avait vu juste. Il s'abaissa devant eux et Albus comprit qu'il voulait qu'ils montent sur son dos.
— Liam! appela-t'il. Monte sur son dos!
— Tu rigoles?! cria Liam, encore sous le choc.
— Ne discute pas!
Les deux hommes se précipitèrent sur le flanc du lion et y grimpèrent avec peine. Déjà, l'homme fort sortait des débris de la vitrine et d'autres émergeaient des ruelles adjacentes. Une fois installés sur son dos, Raymar se mit à battre frénétiquement des ailes. Il provoqua une tornade qui tient en respect les ennemis. Ils prirent de la hauteur et Raymar fonça dans la cime du ciel.
A cette hauteur, tout était beaucoup plus calme. Albus et Liam avait une vue plongeante sur toute la ville. Le spectacle de Londres les remplit d'effroi. La célèbre capitale était la proie des flammes. Les plus grands monuments étaient la proie des flammes. De multiples brasiers avaient explosé un peu partout et les flammes se propageaient rapidement. Même à cette distance, Albus percevait les cris effrayés, les hurlements de panique, les sirènes de polices et d'ambulances qui s'éteignaient brusquement. L'armée de Merlin, celle dont avait parlé Scorpius, n'était pas venu passer la source à Stonehenge. Ils s'étaient cachés dans la ville, peut-être même partout, dans tout le pays, attendant le bon moment d'agir.
Et ce moment était enfin arrivé.
Albus détourna les yeux de ce spectacle affligeant de son propre échec. Il se pencha vers l'oreille de Raymar.
— Ramène-nous à Rose.
Et Raymar disparut dans un craquement.
OoO
Rose ne se sentait pas bien.
Quelques heures auparavant, alors que tous étaient partis pour affronter Merlin à Stonehenge, elle n'avait pas pu supporter l'attente de leur retour. Rose s'était excusé auprès de sa cousine et de Thomas et était allée se reposer dans sa chambre. Elle priait pour qu'à son réveil, elle retrouve Scorpius, sain et sauf, lui disant avec fierté qu'ils avaient réussi et qu'ils étaient enfin libres.
Mais Rose était en plein cauchemar. Son sommeil était agité d'images effrayantes, de souffrances et de mort. Elle courait sans cesse dans le même labyrinthe de l'antichambre de Godric Gryffondor à Poudlard, poursuivie par une chose beaucoup plus effrayante que le basilic. Alors qu'elle suppliait, dans son rêve, que quelqu'un vienne la sauver, elle entendit une voix lui crier dans sa tête.
"REVEILLE-TOI!"
Elle ouvrit les yeux. Sa chambre était plongée dans l'obscurité. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle dormait. Etaient-ils rentrés sans oser la réveiller? Pourtant, elle n'entendait aucun bruit. Il n'y avait que le silence de la nuit. Elle se sentit soudain très angoissée. Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait un mauvais pressentiment, comme si quelque chose de grave était arrivé.
Rose se redressa dans son lit en tentant de temporiser ses idées noires. Elle n'avait pas à s'effrayer pour si peu. Tout allait bien. Le bébé allait bien et elle se persuada que Scorpius aussi. Tout allait très bien et il allait revenir d'une minute à l'autre pour l'enlacer et lui expliquer comment ils avaient réussi à vaincre Merlin.
Elle s'assit sur le bord du lit et écouta sa respiration qui se calmait peu à peu. Elle caressa son ventre. A peine eut-elle posé sa paume, qu'elle reçut un coup de pied. Elle sourit. Son enfant allait bien. Elle avait hâte qu'il vienne enfin pour pouvoir admirer son petit visage. Elle l'attendait avec impatience.
Rose hésita à se rendormir mais elle savait qu'elle n'y arriverait plus. Elle ne pourrait retrouver le sommeil tant que Scorpius ne revenait pas. Il valait mieux pour elle de l'attendre même si cela devait durer toute la nuit. Elle tata sa table de nuit et ses doigts se refermèrent sur sa baguette.
— Lumos, murmura-t'elle.
Sa baguette resta désespérément sombre et inerte. Rose fronça les sourcils.
— Lumos, répéta-t'elle plus fort.
Toujours rien. Elle agita sa baguette en pensant à des sorts informulés pour faire léviter un objet ou l'amener jusqu'à elle mais rien ne se produisit. Elle eut alors un doute idiot, stupide, qui n'avait aucun sens: et si elle avait perdue toute sa magie?
Rose se leva difficilement à cause de son ventre tendu. Elle décida d'aller trouver Lily pour s'assurer qu'il n'y avait aucun problème. Peut-être était-ce sa grossesse qui perturbait sa magie? Elle s'en voulut de n'avoir pas posé plus de questions à sa mère sur cet état. Même si l'événement lui inspirait beaucoup de bonheur, elle avait aussi très peur, pour elle comme pour l'enfant. Rose marcha vers la porte et ses yeux tombèrent sur la photographie accrochée au mur. C'était une photo de la famille Weasley en voyage en Egypte, posant fièrement devant une grande pyramide. Tout le monde souriait et avait l'air si innocent. Elle reconnut son père, pas plus âgé de treize ans, qui serrait dans sa main son ancien rat, Croûtard. Elle eut une grimace de dégoût en imaginant ce traître de Pettigrow dormir dans le lit de son père pendant de nombreuses années. Ginny était si petite que cela fit sourire la jeune femme. Et elle eut une pensée émue pour les jumeaux encore réunis. Fred et George posant ensemble, l'oeil revanchard et le sourire espiègle de leur adolescence insouciante.
Rose délaissa la photographie et ouvrit la porte. Dès qu'elle fit un pas, elle s'arrêta, légèrement chancelante, la main serrée sur la poignée. Elle venait d'éprouver une douleur aiguë dans le creux de ses reins qui remontait jusqu'à son bas-ventre. La douleur ne dura que quelques secondes mais elle fut si cuisante que Rose en avait retenu son souffle. Elle sentit soudain quelque chose se craquer en elle et la sensation d'un liquide qui s'écoulait le long de ses jambes. Avec angoisse, elle baissa les yeux et contempla la petite flaque d'eau qui s'étendait entre ses pieds.
La douleur revint. Rose poussa un faible cri et s'efforça de marcher dans le couloir pour atteindre la chambre de Lily et de Thomas. Elle eut la désagréable surprise de la trouver vide. Ils devaient attendre dans la cuisine
— Lily! appela-t'elle faiblement en commençant à descendre les escaliers.
Mais la douleur la fit taire immédiatement. Elle dût s'asseoir sur les dernières marches pour encaisser le nouvel étau qui lui tordait les entrailles. Elle souffla une nouvelle fois, se tendant comme un arc. Jamais elle n'avait éprouvé une aussi grande douleur.
Elle ferma les yeux, le temps que ça passe. Lorsqu'elle les rouvrit, elle vit à travers la fenêtre, près de la porte d'entrée, deux silhouettes qui regardaient la maison. Rose sentit son coeur bondir de joie. Ils étaient revenus! Mais peu à peu, elle prit conscience qu'elle ne reconnaissait pas les deux nouveaux arrivants. L'un était une femme et l'autre un petit garçon.
Terrifiée, Rose se leva aussi vite qu'elle le put et entra dans le salon. Lily était dans les bras de Thomas qui essayait de la rassurer en lui caressant doucement les yeux. A sa vue, Lily bondit sur ses pieds.
— Rose! s'exclama-t'elle. Ça va?
— Non, gémit-elle.
Elle se plia en deux de douleur en laissant échapper un cri. Elle s'accrocha à une chaise et Lily se précipita sur elle, paniquée.
— C'est le bébé?! Il arrive?
— Ils sont là! dit Rose en attrapant le bras de la cousine.
— Qui ça? demanda Thomas en se levant à son tour.
— Les hommes de Merlin! Ils sont deux, dehors!
Lily et Thomas se dévisagèrent avec gravité. Le mari de sa cousine courut à la fenêtre et écarta le rideau.
— Elle a raison, dit-il. Ils s'approchent de l'entrée.
Il sortit sa baguette et Lily fit de même.
— Les baguettes! gémit Rose. La mienne ne marche plus.
— Quoi? s'exclama Lily.
Thomas la dévisagea sans comprendre. Puis, il prononça une formule pour éteindre le feu de la cheminée mais il brûla encore dans l'âtre comme pour les narguer. Lily contempla tour à tour sa cousine et son mari.
— Qu'est-ce que ça veut dire? dit-elle d'une petite voix.
— Ça ne marche plus…, répondit Rose.
— On n'a plus de magie? s'affola Thomas.
— Qu'est-ce qu'on va faire?
— Il faut appeler de l'aide, dit Rose.
La douleur revint. Les contractions étaient de plus en plus rapprochées. La médicomage l'avait prévenu que dès que les premières douleurs se manifestaient, cela pouvait prendre plusieurs heures avant qu'elle n'accouche vraiment. Mais Rose avait la sensation que ce petit être qui lui enserrait les boyaux, était pressé de sortir.
— Pas maintenant, gémit-elle d'une voix faible. S'il te plaît! Attends un peu!
— Il faut qu'on s'en aille! trancha Thomas en aidant Rose à se redresser.
— Par derrière!
Thomas la soutint par la taille et passa son bras sur ses épaules. Rose peinait à marcher, craignant la prochaine douleur. Ils sortirent du salon pour passer par la cuisine. Derrière eux, ils entendirent le bruit d'une explosion. Ils stoppèrent, en alerte et le souffle court. Lily avait les yeux écarquillés par la peur. Elle se tourna ensuite vers la porte de la cuisine qui menait à l'extérieur dans l'intention de l'ouvrir. Mais une ombre se dessina par la fenêtre de la porte. Quelqu'un les attendait de l'autre côté.
Ils entendirent un autre bruit derrière eux. Quelqu'un était entré et commençait à fracasser le mobilier avec rage. Ils étaient pris au piège entre les deux monstres, sans magie et avec une femme sur le point d'accoucher.
— Qu'est-ce qu'on fait? murmura Thomas, affolé.
Lily ouvrit un tiroir en faisant le moins de bruits possibles et se saisit du plus grand couteau qu'elle put trouver. Rose désigna la trappe près de la grande table.
— Dans la cave…, dit-elle à mi-voix.
Lily ouvrit la trappe et Thomas aida Rose à descendre. Lily les rejoignit en dernier. Elle referma le panneau de bois au-dessus de sa tête et ils se retrouvèrent, tous les trois, plongés dans l'obscurité. Lily agita sa baguette en vain. Aucune lumière magique ne vinrent à leur secours.
— Ce sont lesquels des hommes de Merlin, demanda Lily à sa cousine. Tu les as reconnu.
— La femme...et l'enfant.
— La femme, c'est celle qui maîtrise le feu? se rappela Thomas. Et l'enfant, les esprits.
Ils perçurent des bruits de bas au-dessus d'eux et ils se turent brusquement. Rose eut une nouvelle contraction, plus douloureuse cette fois et elle se mordit le bras pour encaisser la douleur en silence.
— Tu les as vu? demanda une voix féminine.
— Ils sont passés par ici, dit tranquillement la voix de l'enfant. Je les ai sentis tout près de la porte. Ils sont en train de se cacher, là dessous.
Lily fixa, tour à tour, son mari et sa cousine. Ils se tenaient immobile, foudroyé par les paroles du petit garçon. Il savait où ils se trouvaient et sans magie, ils étaient complètement impuissants. Ils entendirent soudain un grand bruit et ils sursautèrent. Quelque chose de lourd venait de s'écraser sur le sol, au-dessus d'eux.
— Il n'y a plus qu'à allumer le four, dit la femme d'une voix cruelle.
Lily se précipita sur la trappe en essayant de la soulever mais rien n'y fit. Thomas déposa précautionneusement Rose dans un coin et rejoignit sa femme pour l'aider. Mais même avec leur force combinée, ils ne réussirent pas à ouvrir la seule entrée de cette cave sombre et humide. Rose vit, avec horreur, de la fumée s'échapper des interstices du plancher. La femme avait mis le feu et leur précieux abri commençait à s'enfumer.
— Ils veulent nous brûler vivant! hurla Thomas en poussant encore de toutes ses forces.
Lily abandonna la trappe et tourna en rond dans la cave pour trouver une autre issue. Mais il n'y en avait aucune. L'incendie éclairait de plus en plus la pièce et Rose remarqua, au milieu des vieux cartons et divers objets, une grande et vieille armoire.
— Lily! cria Rose. C'est quoi, ça? dit-elle en désignant l'armoire.
Sa cousine tourna la tête vers le vieux meuble poussiéreux. Elle se protégea de la fumée avec son bras et ouvrit l'armoire qui était vide. Lorsqu'elle se tourna, à nouveau, vers Rose, elle se comprirent d'un simple regard.
— Thomas! appela Lily.
— Quoi?!
— C'est une armoire à disparaître! Vite! Va aider Rose!
Thomas ne discuta pas. Il abandonna la trappe et descendit auprès de Rose qui gémit lorsqu'il l'aida à se relever. Une nouvelle contraction la fit pousser un cri de douleur, perdu dans le craquement du bois qui était en train de brûler.
— Où elle mène, cette armoire? demanda Thomas entre deux quintes de toux.
— J'en sais rien! répondit Lily. Mais on n'a pas trop le choix!
Lily et Thomas aidèrent Rose à s'engouffrer dans l'armoire. Ils refermèrent la porte et Rose entendit un léger craquement. Le souffle court, elle attendit quelque instant. Curieusement, elle ne percevait plus les bruits du feu dévorant la cuisine et la fumée avait disparu. Elle était plongée dans le noir et dans un silence oppressant.
Rose ouvrit timidement la porte. Elle découvrit une chambre qu'elle connaissait bien, celle adjacente à la sienne à la Chaumière au Coquillage. Les deux armoires se trouvaient dans la même maison, sans doute entreposée là après la guerre dont l'utilité première n'avait plus de raison d'être. Elle remercia silencieusement sa vieille tante d'avoir placée les armoires dans des pièces différentes, leur sauvant ainsi la vie.
Lorsqu'elle sortit de l'armoire, son pied buta sur un vieux chiffon qui échoua sur le tapis de la chambre. Elle referma la porte derrière elle pour permettre à sa cousine et à Thomas de venir à leur tour. La douleur revint encore une fois, plus forte que les précédentes et Rose dut s'asseoir sur le lit en se tenant le ventre, la respiration saccadée. Son regard se posa sur le vieux chiffon qu'elle avait envoyé valser. Sa forme était curieuse. Lorsqu'elle le ramassa, elle reconnut, avec étonnement, le Choixpeau magique.
Lily et Thomas sortirent de l'armoire en toussant et en empestant la fumée. Rose tenait encore le Choixpeau entre ses mains, ne comprenant pas comment il avait pu se retrouver dans l'une des vieilles armoires à disparaître de sa tante. Elle sentit un objet lourd se matérialiser à travers le tissu. Elle le retourna et passa son bras dans l'ouverture du choixpeau. Elle sentit soudain la poignée ferme et dure d'une arme dont elle avait l'habitude de manier. Lorsqu'elle sortit le bras, elle tendit l'épée de Gryffondor devant elle.
— Rose?! s'émerveilla Lily en remarquant enfin l'épée.
— Comment est-ce possible? s'étonna Thomas.
— "Une aide sera toujours apporté à ceux qui la demande"..., murmura Rose.
Elle sentit un autre objet et Rose sortit le bouclier d'or de Godric Gryffondor. Elle tendit les deux objets à Lily et à Thomas.
— Avec ça…, dit-elle ruisselante de sueur. On a une chance.
— On devrait sortir d'ici, dit Lily, paniquée. On devrait attendre qu'ils reviennent.
— Non! s'exclama Rose sur un ton dur. Ils ne reviendront pas.
Lily et Thomas la dévisagèrent en silence. Rose avait trouvé le courage de dire tout haut ce qu'ils pensaient tous. Si ces deux sbires de Merlin avait réussi à la retrouver, c'était que les autres à Stonehenge avaient perdus. Elle refusait de l'admettre mais elle y était bien obligé. La réalité lui imposait une vérité odieuse. Ils avaient échoué et étaient sans doute tous morts. Son esprit lui rappela la tristesse de la perte de ses parents, de sa famille et surtout de Scorpius. Non, elle ne devait pas y penser. Pas maintenant.
— Tu te trompes, Rose, dit Lily d'une petite voix. Ils sont...ils vont revenir!
Rose leva ses yeux vers sa cousine et compatis à sa détresse. Elle ressentait la même. Mais ils ne pouvaient pas se permettre de s'apitoyer sur leur sort. Rose avait son enfant à protéger et elle ne laisserait personne s'en prendre à son enfant, avec ou sans magie.
Rose tendit l'épée à Lily. Celle-ci l'accepta avec réticence. Thomas prit le bouclier. Sa cousine contempla la lame sertie de joyaux avec une fascination grave. Posséder cette arme était le serment de faire preuve de courage. Elle acquiesça frénétiquement en serrant le pommeau dans sa main, se décidant elle-même qu'il était temps de se battre.
— Très bien, dit-elle d'une voix autoritaire. Rose, il faut que tu sortes d'ici. La maison est en train de brûler. On va s'occuper de ces deux salauds et on trouvera de l'aide dès qu'on peut. On va faire diversion pour que tu puisses sortir.
Lily s'approcha de Rose et la serra, très fort, dans ses bras.
— Ça va aller? demanda-t'elle d'une voix un peu brisée. Tu y arriveras?
— Ne t'en fais pas pour moi, répondit Rose un peu émue. Sois prudente et reste en vie.
— Je ne les laisserai pas te tuer, dit Lily en se redressant, les yeux brillants.
Ils sortirent tous les trois de la chambre. Les flammes de l'incendie de Mordred se propageait déjà dans le salon et la fournaise devenait insupportable. Thomas aida Rose à descendre l'escalier. Sur le palier, alors que la fumée envahissait chaque pièce et que les flammes commençaient à lécher les murs en faisant gondoler le papier peint, Lily accorda un dernier regard à sa cousine. Elles se serrèrent la main. Puis, Lily et Thomas sortirent en trombe de la maison par la porte d'entrée et ils se mirent à courir en faisant beaucoup de bruits.
Rose toussait et la douleur devenait de plus en plus insupportable. Avec toute la force dont elle était capable, elle sortit enfin de la maison. Elle aperçut brièvement Lily et Thomas faire face à Mordred et l'enfant. Rose ne s'attarda pas. Elle contourna le mur et longea la maison par l'arrière. Elle poussa un cri, terrifiée, lorsque des flammes firent exploser une des fenêtres au-dessus d'elle. L'incendie faisait tellement de bruits qu'elle se permit d'hurler. Elle tomba à genoux, dans le sable et se mit à ramper. Elle devait trouver un abri pour mettre au monde son bébé, loin des combats, du feu et de la peur.
Elle savait qu'il y avait une petite cabane de pêcheur, non loin de la maison. Il lui suffisait de courir vers elle, derrière ces dunes qui commençait à devenir floues. Rose gémit de peur, de souffrance et de désespoir. Elle se força à se relever, fit un pas, un autre, puis s'effondra à nouveau en criant de douleur. Au milieu des pensées torturées par sa souffrance, la voix de la raison lui souffla qu'elle n'y arriverait jamais.
Elle avait fait quelques mètres derrière les dunes et s'écroula dans le sable, pliée en deux par les contractions de plus en plus violentes. Soudain, une main secourable la tira du sable.
— Rose! Bon sang! Rose, réveille-toi!
Rose ouvrit les yeux et dévisagea Albus qui la contemplait, effrayé. A la vue de son cousin, elle ne put retenir ses larmes de soulagement. Lui au moins, était vivant, il était là près d'elle.
— Scorpius…, gémit-elle. Où est Scorpius?
— Je ne sais pas, Rose, dit Albus d'une voix désolée. Liam! Viens m'aider!
Elle sentit deux poignes solides la soulever du sol. Rose se recroquevilla dans les bras de Liam. Une autre contraction survint et tordit son corps de douleur.
— Elle est en train d'accoucher! dit Liam, quelque peu paniqué.
— C'est pas vrai! s'exclama Albus.
— La cabane...la cabane de pêcheur, articula faiblement Rose en pointant du doigt son objectif.
La vieille bâtisse de bois noir, se détachait sur les dunes de sables. Liam redressa Rose dans ses bras et elle perdit légèrement connaissance tandis qu'elle se sentait bouger. Au milieu des images floues, des pensées angoissées, la peur de la mort de ses parents, la terreur qu'elle éprouvait à l'idée de perdre Lily et Thomas, Rose se concentra sur Scorpius pour oublier la douleur.
Elle l'appelait faiblement, à chaque fois, entre ses cris de douleur.
