55

LE NOUVEL ÉLU


Tout était flou.

Scorpius nageait dans une sorte de torpeur étrange. Il ne sentait plus son corps, n'avait plus aucune prise sur son esprit. Il flottait, hanté par la dernière image qu'il avait enregistrée, celle de la disparition d'un homme exceptionnel.

Ses dernières paroles résonnaient en lui. Ce dernier murmure prononcé à la porte de la mort. Ces quelques mots, adressés seulement à lui.

"Vis!"

A présent, Scorpius ressentait tout de très loin, comme s'il n'était plus vraiment là. Il capta le bruit d'une explosion en sourdine. Un flot d'images disparates de débris. Un souffle chaud et menaçant qui l'enveloppa comme une couverture. Du sang, toujours du sang et une énergie nouvelle qui semblait jaillir de tous ses pores.

Comme au ralenti, il vit quelqu'un s'approcher de lui, courir plutôt. Elle avait de longs cheveux roux et le visage tuméfié. Elle pleurait et Scorpius avait du mal à se souvenir pourquoi. La femme l'attrapa par les épaules et lui hurla quelque chose. Son nom peut-être.

— Scorpius...Scorpius...SCORPIUS!

La voix devint claire et Scorpius retrouva ses esprits. Il rejaillit dans la réalité avec la douleur, la tristesse et le désespoir. Autour de lui, c'était le chaos. La grotte était la proie des flammes, une tornade de feu qui détruisait tout sur son passage. Scorpius capta les hurlements, les cris d'agonie, de fureur, les pleurs et l'odeur. Une odeur pestilentielle qui lui donna envie de vomir. Un peu perdu, il se raccrocha au deux iris bleutés qui le fixaient avec intensité.

— Scorpius! Il faut que tu partes! lui criait Ginny en le secouant. Il faut que tu ailles sauver Rose.

— Rose…, murmura-t'il.

Et tout lui revint. Mordred, Tristan, Yvain, Rose en danger, Merlin et le sceptre, la mort de ses parents, le sacrifice d'Harry. La tête lui tourna et il chancela légèrement, se rattrapant aux bras de Ginny qui pleurait encore.

— Rose! dit-il d'une voix plus assurée. Rose…

— Il faut que tu transplanes, dit Ginny. Va la retrouver. Toi seul peut le faire.

Il tourna la tête et contempla tous les autres, ceux qui restaient dans la grotte et qui s'encourait vers la sortie en espérant sauver leur vie. Il vit Ron soutenir Hermione en courant avec les autres.

— Non…, balbutia-t'il. Je ne peux pas...vous laisser.

— Ne t'inquiète pas pour nous, s'écria Ginny. Il nous protège…

Scorpius plongea son regard dans le sien. Ginny n'avait pas osé prononcer son nom mais Scorpius savait de qui elle parlait. Harry était mort pour eux et il comprit que son sacrifice les protégeait de la magie toute-puissante de Merlin. Pour combien de temps, il l'ignorait. Mais il leur avait offert une occasion de se sauver. Et pour lui, le moyen de rejoindre sa femme.

— Pars, maintenant! lui cria Ginny.

Scorpius acquiesça. Il recula de quelques pas, au milieu du chaos. Son regard était braqué sur Ginny qui le dévisageait avec l'émotion d'une mère endeuillée. Elle le rassura d'un bref signe de tête et Scorpius se décida enfin à les quitter. Il se concentra sur sa magie et constata qu'elle demeurait intacte. Il percevait toujours cette puissance qui avait afflué dans ses veines. Il en avait encore les capacités malgré son combat avec Merlin.

Il se concentra sur la Chaumière au Coquillage, guidé par son amour pour Rose et transplana, laissant derrière lui la fin d'un monde.

OoO

Lily avait peur mais jamais elle n'avait connu une si grande détermination en elle. Le fait d'avoir Thomas à ses côtés la rassurait et l'idée que Rose puisse s'enfuir, l'aidait à garder courage. Une fois sortie de la maison, c'était comme si les deux chevaliers de Merlin les attendaient. Comme s'ils avaient toujours su qu'ils sortiraient de la maison pour les affronter. Lily avait peur sans sa baguette mais elle serrait, dans sa main, la longue épée de Gryffondor et elle se força à s'en montrer digne.

Elle et son mari s'approchèrent suffisamment de leurs ennemis. Lily se répétait, en boucle, dans sa tête qu'elle devait gagner du temps. C'était tout ce dont Rose avait besoin...du temps. Lorsqu'ils furent assez proches, les flammes de l'incendie qui avait gagné les étages supérieurs de la maison laissaient planer sur la plage une faible lumière. Lily put contempler distinctement les traits de la grande blonde éborgnée et du petit garçon. Elle avait écouté le compte-rendu de Scorpius quelques jours auparavant. Elle savait de quoi ils étaient capables et à quel point ils étaient dangereux.

— Alors comme ça…, dit la blonde. On a réussi à s'en sortir…

— Ou est Rose Weasley? tonna Tristan. Je ne sens plus sa présence.

Lily ne répondit pas. Elle s'efforçait de se concentrer. Depuis qu'elle avait pris l'épée, elle pouvait ressentir sa magie. Ce n'était pas la sienne mais celle de l'artefact. En la soupesant dans sa paume, elle pouvait percevoir les frissons électriques qui se propageaient dans tout son être. Rose avait raison: avec de telles armes, ils avaient une chance.

— Vous n'êtes pas les bienvenus ici, s'écria Lily. Repartez d'où vous venez!

Mordred éclata de rire et Tristan la dévisagea avec un sourire froid.

— Ou sinon…?

— Elle pense réussir à nous vaincre, la petite fille Potter?! rit encore Mordred. Mais tu n'as toujours pas compris? Si nous sommes ici, c'est que toute ta famille est déjà morte!

Les paroles de Mordred touchèrent Lily en plein cœur. Elle perçut à nouveau sa peur affluer dans ses veines et ronger petit à petit la magie de l'épée. Non! Elle devait lutter.

— Il ne reste plus que toi…, dit Tristan. Tu es toute seule, sans magie.

— Non, tonna Thomas à côté de sa femme. Elle n'est pas toute seule! Et fermez-la tous les deux! Si vous êtes ici, c'est parce qu'en réalité, vous avez fui le combat! Vous n'êtes que des lâches!

Lily se tourna brièvement vers son mari. Il fixait Tristan et la colère transparaissait dans son regard. Lily sentit une bouffée d'amour pour lui. Le garçon fixa Tristan avec haine et mépris.

— Tu parles trop…, dit-il.

Il leva soudain son bras et Thomas s'éleva brusquement dans les airs, lâchant le bouclier sur le coup de la surprise. Lily poussa un cri. Tristan ouvrit sa petite paume, en ne quittant pas Thomas des yeux, qui flottait à deux mètres du sol. Ses bras et ses jambes s'écartèrent tel un pantin de bois dont les ficelles étaient tirées par le petit garçon renfrogné. La lumière dorée de l'incendie éclairait le corps écartelé de Thomas et celui-ci poussa de faibles gémissements de douleur.

— ARRÊTE! hurla Lily ne sachant pas quoi faire. LÂCHE-LE!

— Comme tu voudras.

Tristan referma sa paume et tous les os de Thomas se brisèrent en un seul et sinistre craquement. Lily se tut car sa voix s'éteignit en même temps que le visage de son bien aimé. Elle contempla Thomas, toujours suspendu dans les airs, reniant la terrible vérité. Tristan relâcha sa prise et le corps de Thomas chuta brutalement sur le sol comme une poupée désarticulée. Il gisait, à présent, aux pieds de Lily qui détailla les yeux vitreux de l'homme qui avait été son mari.

— Pourquoi tu as fait ça? s'énerva Mordred. On avait dit qu'on s'amuserait un peu avant de les tuer!

— Nous n'avons pas de temps à perdre, dit Tristan sur un ton sans appel. Merlin nous a confié une mission. On doit retrouver la rouquine enceinte pour la tuer.

Tandis qu'ils se disputaient, Lily s'abaissa sur le corps de Thomas. Les doigts tremblants, elle ramassa le bouclier. Elle n'arrivait plus à réfléchir à ce qui venait de se passer. La dépouille de Thomas lui semblait irréelle. Fidèle à son tempérament, elle aurait dû pleurer, geindre, crier et s'effondrer. Mais dans cette mort de l'être qu'elle aimait le plus au monde, ce moment qui lui rappelait tant de douleurs qu'elle s'était efforcée de cacher au plus profond d'elle-même, Lily laissa exploser autre chose: sa colère.

— Je pleurerai plus tard, dit-elle au cadavre de son mari. D'abord, je vais les tuer.

— Qu'est-ce que t'as dit? demanda Mordred en se tournant vers elle.

Lily se redressa en brandissant le bouclier et l'épée de Godric Gryffondor. Ses yeux verts étaient froids, menaçants et sa posture ferme et rigide.

— J'ai dit…, répéta-t'elle lentement, que j'allais vous tuer.

— Sale gamine! cracha Mordred.

Un cercle de flammes apparut tout autour de Mordred. Celle-ci façonna une sphère enflammée et la lança dans la direction de Lily. La sorcière leva son bouclier et les flammes frappèrent de plein fouet la surface lisse et dorée de son rempart. Le choc fut intense et Lily manqua de tomber en arrière mais elle tint bon. La colère maintenait son bras qui tendait le bouclier et elle encaissa chacune des flammes de Mordred tandis que le bouclier les aspirait en lui. Dans un hurlement de rage, Lily repoussa la magie qu'elle sentait accumulée dans sa défense. Un torrent de feu fonça droit sur Mordred. Pris par surprise, la blonde esquiva difficilement ses flammes dont elle n'arrivait plus à reprendre le contrôle. Elle fut traînée sur un bon mètre par la puissance des flammes qui n'avait rien à voir avec la sienne.

Lily saisit immédiatement l'occasion. Elle courut, à une vitesse inouïe vers Tristan. "D'abord le garçon", se disait-elle. "D'abord celui qui a tué Thomas!" Elle poussa un nouveau cri terrifiant, tout en levant son épée. Mais Tristan fut plus rapide. Malgré sa surprise de voir les flammes de Mordred renvoyées si facilement, il réussit à freiner Lily. D'un geste de la main, il l'immobilisa, la pointe de son épée à seulement quelques centimètres de son visage.

Tristan avait cependant du mal à la maintenir paralysée. La jeune femme luttait de toutes ses forces et la colère la décuplait. Peu à peu, Tristan sentait son pouvoir faiblir. Sa main tremblait et ses yeux s'écarquillèrent de peur. De toute sa vie, il n'avait jamais connu une telle résistance. Le bras de Lily, celui qui tenait le bouclier, brisa la magie de Tristan et elle le frappa dans les jambes. Tristan vola dans les airs et retomba lourdement dans l'herbe. Lily leva ensuite le bras pour l'embrôcher de son épée et Tristan la retint encore de justesse, les yeux écarquillés par la peur.

— Dis-moi d'arrêter…, lui souffla Lily tandis que l'épée se rapprochait dangereusement de la poitrine de Tristan.

Lily reçut un nouveau jet de flammes qui la força à faire un bond en arrière. Dans un élan de rage, Lily lança son bouclier sur Mordred qui la toucha en pleine tête. Tristan s'était relevé et il levait déjà ses bras pour lui faire subir le même traitement que celui de son mari. Animée par la peur et le courage, Lily abattit sa lame sur les mains tendues du garçon et lui trancha l'une de ses mains.

Tristan poussa un horrible son et s'effondra, en pleurs, sur le sable en tenant son moignon ensanglanté.

— Estime-toi heureux que ce ne soit pas ta tête! cria Lily en reprenant sa garde.

— SALE PUTE! hurla Tristan entre deux sanglots. TU VAS ME LE PAYER!

— Assez jouer! s'exclama Mordred.

Elle renvoya le bouclier sur Lily qui le reçut en plein de tête, dans un torrent de flammes qui lui brûla une partie du flanc. Lily hurla de douleur mais elle s'empressa de reprendre son précieux bouclier. Elle le leva suffisamment haut pour parer le violent coup de pied que lui envoya Mordred. Celle-ci avait fait apparaître deux lames de feux dans le prolongement de ses bras.

— T'aime danser, petite chérie? rit Mordred. On va s'amuser.

Dans un grand mouvement d'épée qui cingla l'air, Lily engagea le combat. Mordred tournoyait sur elle-même à une vitesse folle, abattant dans des panaches de fumées et de flammes, ses lames de feu, sur le bouclier de Lily. Celle-ci n'avait pas dit son dernier mot. L'épée de Gryffondor tournoyait, cinglait, fendait, parait, le feu de Mordred. C'était comme si Lily avait toujours su manier une épée. Elle comprenait de plus en plus sa magie qui lui devenait instinctive. L'épée était devenue sa baguette et lui obéissait avant même qu'elle ne pense à la bouger.

Le sourire de Mordred s'évanouit pour se transformer en rictus. Le regard des deux jeunes femmes se croisait entre deux coups d'épées enflammées. Au fil du combat, Mordred percevait la réelle soif de sang de Lily.

— Tu caches bien ton jeu, sourit-elle, quelque peu émerveillée.

Le sable autour d'elles, était brûlant.

— À quoi ça te sert de lutter? rit encore Mordred. Tu ne veux pas rejoindre Papa et Maman?

— Tu parles trop…

Lily brandit son épée sous le bras tendu de Mordred. Alors que la pointe de son épée était sur le point de la frapper en pleine poitrine, Mordred perdit son sourire. Elle saisit la lame à pleines mains pour l'empêcher de la poignarder. Son feu s'éteignit et du sang se mit à perler entre ses doigts. Lily leva son bouclier pour frapper.

— TRISTAN! hurla Mordred.

Le gamin s'était approché pendant le combat. Il avait perdu une main mais il lui en restait une deuxième. Tremblant de la tête aux pieds, perlant de sueur, il fit voler l'épée des mains de Lily et l'arme échoua dans le sable à quelques mètres de la sorcière. Mordred profita de la confusion et frappa l'autre bras de Lily pour lui faire lâcher le bouclier. Un nouveau coup de pied bien placé et Lily valdingua dans les airs, le souffle coupé pour s'écrouler dans le sable, près de la maison qui partait en fumée.

Lily peinait à se redresser. Son bras lui lançait. Le coup porté par Mordred l'avait cassé et chaque mouvement lui arrachait un cri de douleur. Au comble de son désespoir, sa chute l'avait ramené près du corps de Thomas. Elle s'accrocha à lui, ne pouvant plus retenir ses larmes, sans espoir de pouvoir se battre à nouveau.

— Je dois bien avouer que tu te débrouillais vraiment bien, admit Mordred en s'approchant de quelques pas. Merlin aurait adoré t'avoir comme recrue. Mais... tu es une Potter et tous les Potter doivent mourir.

Mordred leva sa main en sang et une boule de feu apparut au creux de sa paume.

— Adieu, Lily jolie, ricanna-t'elle.

Lily pleurait. Elle avait essayé et maintenant il ne restait que Thomas qu'elle allait bientôt rejoindre. Elle tourna le dos à la mort car elle n'avait plus la force de se battre. Au moins, elle avait gagné assez de temps pour permettre à Rose de s'enfuir. Elle l'espérait de tout son cœur brisé par la mort de son amour. Lily entendit le bras de Mordred s'élancer, son petit rire et les flammes crépiter déjà dans sa direction. Elle voulut fermer les yeux mais fut attirée par la dernière lueur qu'elle verrait avant de mourir: celle du feu.

Il eut un craquement tonitruant et un souffle extraordinaire qui envoya des volutes de sable sur plusieurs mètres. Lily poussa un cri en s'accrochant toujours au corps de Thomas. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle vit une haute silhouette se tenir entre elle et Mordred. C'était un homme blond, mal en point mais dont il émanait chez lui, une puissance magique extraordinaire. Lily le reconnut tout de suite.

— Scorpius…, murmura-t'elle, les larmes aux yeux.

Aussitôt apparu, Scorpius avait stoppé net le brasier et l'avait attiré dans sa main. Il l'avait ensuite éteint en refermant simplement le poing. A présent, il fixait, tour à tour, Mordred et Tristan avec une rage froide et terriblement calme.

— Salopard de Lancelot, maugréa Mordred.

— Il...il a découvert tout son potentiel, gémit Tristan en se recroquevillant sur lui-même. Il est...plus fort...beaucoup plus...plus fort que toi.

— Ça reste à voir, cracha Mordred en le fusillant du regard.

— Où est ma femme? demanda Scorpius d'une voix menaçante.

Les deux chevaliers gardèrent le silence. Même si Mordred continuait à le défier du regard, Tristan paraissait toujours autant terrifié. Ses yeux allaient de Mordred à Scorpius, ne sachant quoi faire.

— Il faut partir…, gémit-il. C'est trop dangereux. Merlin ne…

— Merlin nous a dit de la tuer. On ne partira pas avant de l'avoir fait, le rabroua la jeune femme.

— Alors, elle est encore vivante... , comprit Scorpius.

Il se tourna ensuite légèrement vers Lily, toujours prostrée auprès du corps de Thomas. Scorpius baissa les yeux sur la dépouille de son ami décédé. Il eut un regard triste pour Lily qui le dévisageait en pleurant toutes les larmes de son corps.

— Ils l'ont tué…, gémit Lily. Fais leur payer!

— Compte sur moi, répondit Scorpius.

— TUE-LE! cria Mordred à Tristan.

Le garçon était aussi pâle que la mort. Scorpius lut de la peur dans ses yeux et il en éprouva une profonde satisfaction. Il le défia du regard, l'invitant à agir. Tristan n'avait pas besoin de le toucher pour comprendre qu'il était déjà fini. Poussé par Mordred, il agita sa dernière main valide.

Scorpius se tint parfaitement immobile. Quelque chose avait irrémédiablement changé en lui. Il arrivait, à présent, à distinguer la magie. Plus qu'une sensation, il pouvait presque la voir. Il avait enfin compris pourquoi Merlin le gardait vivant depuis tout ce temps, même alors qu'il était sans doute sûr qu'il était un traître. Scorpius était comme lui. Il avait le même potentiel. Une puissance qui s'était enfin complètement manifestée. Scorpius redirigea le flux dans sa propre main. Il retourna la magie de Tristan contre lui. Par sa simple volonté, il souleva dans les airs le garçon qui poussa un glapissement de peur.

Lily suivit des yeux le gamin voler dans les airs, subissant le même châtiment que Thomas. Elle le fixa, sans éprouver la moindre compassion. Un rugissement bestial tonna dans le ciel noir de la nuit. Lily ne perçut qu'un bruissement d'ailes et le griffon vola jusqu'à la proie qui lui était maintenant offerte. Il attrapa Tristan, qui criait comme un goret, dans sa gueule et retomba lourdement sur la place, maintenant le corps sans vie du chevalier des esprits.

Tout s'était passé très vite. Mordred avait suivi des yeux l'envol de son collègue et l'intervention du griffon, sans avoir eu le temps, une seule seconde de sauver Tristan. Elle contemplait, à présent, mortifié et paralysé, l'immense lion qui la toisait de son regard violet, dans un grondement menaçant. Tristan gisait encore entre ses griffes et il était prêt à bondir sur elle.

— Raymar, appela Scorpius. Viens!

Le griffon lui obéit immédiatement. Chacun de ses pas faisaient trembler la terre tandis qu'il s'approchait de Scorpius. Celui-ci lui flatta l'encolure et il lui lêcha la main.

— Lily, dit encore Scorpius. Il faut que tu partes.

— Quoi?! s'exclama la rouquine. Non, je...dois rester. Rose est en danger et… Thomas…

— D'autres vont arriver, n'est-ce pas Mordred? dit-il en se tournant vers la jeune femme. Il va venir… Je m'occupe de cette garce. Toi, va retrouver Rose et emmène-la loin d'ici.

Au nom de Rose, Lily se redressa. Elle leva, sur Scorpius, des yeux emplis de larmes à l'idée de laisser le corps de Thomas au milieu du carnage. Scorpius le comprit et il secoua lentement la tête en plongeant son regard dans le sien.

— Laisse-le... , dit-il d'une voix douce. Tu ne peux plus rien pour lui. S'il te plaît, retrouve Rose. Protège-la pour moi.

Lily acquiesça gravement. Elle s'abaissa encore sur le corps de Thomas et lui murmura quelque chose à l'oreille. Ensuite, elle courut ramasser l'épée et le bouclier de Gryffondor, qui étaient tombés non loin de la maison. La bâtisse de sa famille commençait à s'écrouler sur elle-même dans un brasier ardent. Les larmes aux yeux, elle monta sur le dos de Raymar.

— Qu'est-ce que tu t'imagines?! cracha Mordred qui n'osait toujours pas bouger à cause du griffon. Tu crois vraiment que vous allez vous en sortir? Comme tu l'as dit...Il arrive. Même si tu arrives à me battre, il te fera payer ta trahison.

— Je n'ai trahi personne, répliqua Scorpius.

Raymar ouvrit ses ailes blanches et prit de la hauteur. Lily pleurait toujours sur son dos.

— Quand j'aurais fini avec toi, dit Mordred en invoquant une nouvelle fois ses flammes, je me ferai un plaisir de tuer tous ceux que tu aimes. A commencé par cette gamine écervelée.

— Tu n'y arriveras pas.

Une fois que Raymar disparut dans les nuages, Scorpius put enfin libérer tout son pouvoir. Le combat commençait enfin, le duel que Mordred lui avait promis mille fois. Cette fois-ci, il n'avait plus à faire semblant ou à se retenir. Et il allait lui montrer qui, des deux, était réellement digne de la vérité.

Mordred démarra les hostilités. Dans un hurlement de rage, elle balança sur Scorpius un torrent de flammes qui souffla tout sur son passage. Mais à présent, il comprenait sa magie. Il en décelait la moindre particule. Il savait quoi faire et à quel moment. Lorsque le feu brilla dans ses yeux, il écarta le mur de flammes d'un simple geste de la main pour en dévier le flux. Mordred n'avait pas dit son dernier mot. Elle puisa au plus profond d'elle-même et fit jaillir toute sa puissance dans une tornade de flammes.

Le sable se solidifia autour d'elle, puis se mit à craqueler en provoquant de profondes fissures dans le sol. Elle criait toujours en déversant toute sa magie dans cette attaque qui semblait sortir des enfers. La tornade se calma pour prendre possession de sa maîtresse. Les flammes s'incrustèrent dans la peau de Mordred, dans tout son corps pour devenir une sorte de démon du feu. Les cheveux blonds de la jeune femme n'étaient plus que de longues mèches enflammées et sa peau, tantôt brûlée, tantôt incandescente, irradiait par tous ses pores.

Elle se jeta sur Scorpius. Les coups pleuvèrent en même temps que ses flammes qui s'insinuaient sous les bras de Scorpius, entre ses jambes, pour l'enserrer dans un étau enflammé. Dans leur lutte, Scorpius contemplait le visage de Mordred, figé dans une haine glacée. Scorpius ne faisait que esquiver, s'habituant au rythme de son ennemi. Tandis que Mordred était aveuglée par sa rage meurtrière, elle n'avait pas remarqué que Scorpius aspirait ses flammes à chaque coup porté.

Mordred se rendit compte trop tard qu'elle avait perdu. Scorpius avait dévoré toute sa magie et il ne lui restait plus rien. Même les liens de feu qu'elle avait tissés tout autour de son corps avait été aspiré par le pouvoir de Scorpius. Et de toute façon, elle n'aurait pu espérer le brûler, car il lui restait encore son bouclier. Scorpius avait atteint un autre niveau de magie qu'elle n'aurait jamais et elle ne le comprit que lorsque son bras, terriblement humain, tenta de frapper Scorpius en plein visage.

Mordred perdit toute colère. Un violent frisson de peur l'envahit soudain. N'écoutant que son instinct, elle bondit en arrière. Son œil s'était agrandi de terreur. Elle secoua ses mains dans l'espoir de retrouver ses flammes mais elle n'avait plus rien. Elle ne sentait plus rien.

— On peut arrêter là, si tu veux, lui dit Scorpius. Je te laisse une chance de fuir.

— Comment oses-tu…?! cracha Mordred qui n'avait pas perdu sa fierté. C'est toi qui me supplieras de te laisser en vie quand j'en aurais fini avec toi.

— Comme tu voudras.

L'œil affolé, elle fixa soudain la chaumière toujours en train de brûler. Du feu...il ne lui manquait que son élément. Elle leva le bras en concentrant toutes ses facultés dans son seul espoir de survie. Les flammes de l'incendie quittèrent les charpentes, les meubles calcinés et les murs de briques pour voler vers leur maîtresse. Mais Scorpius se tenait entre l'incendie et Mordred. Et les flammes préférèrent un autre maître au lieu de la jeune femme.

Devant son visage horrifié, Scorpius aspira le souffle brûlant aussi naturellement qu'une respiration. Il capta chaque braise dans son corps et s'acclimata à sa magie. Mordred assista au spectacle, impuissante, la bouche entrouverte, ne sachant plus parler ou crier. Peu à peu, la fierté s'envolait pour ne laisser que le goût terrible de l'humiliation de la défaite, et prochainement celle de sa mort.

— C'est à mon tour…, souffla Scorpius.

— Tu ne peux rien faire! s'écria Mordred, paralysée par la peur. Je maîtrise le feu. Si tu me renvoies…

Avant même qu'elle ait fini sa phrase, un brasier jaillit sur elle, l'enveloppant dans un torrent de flammes qui la fit hurler de douleur. Aussi vite qu'il était apparu, le bûcher cessa. Et Mordred s'écroula, à genoux, dans le sable calciné, fumante et pétrie de douleur.

— Ce ne sont plus tes flammes. Ce sont les miennes. Tu ne pourras pas en maîtriser la magie. Elle est trop puissante pour toi.

— Espèce de sal…

Nouveau brasier, plus violent cette fois. Mordred poussa un cri déchirant et une odeur de chair brûlée flotta dans l'air. Scorpius le fit durer plus longtemps. Les flammes dansaient dans ses yeux. Il l'observa, gesticuler, hurler, se tortiller dans le feu en savourant cette agonie jouissive.

— J'ai toujours trouvé que tu parlais trop, dit Scorpius en éteignant à nouveau les flammes.

La respiration de Mordred était sifflante. D'énormes cloques parcouraient sa peau. Elle était nue, à présent. Le feu avait dévoré ses vêtements. Elle ressemblait à une sorte de monstre déformé, dont la chair carbonisée suintait, se gonflait et se teintait d'un noir inquiétant. Elle ouvrit encore la bouche pour parler mais Scorpius ne lui donna pas l'occasion de prononcer ses derniers mots.

D'un claquement de doigt, il déversa toute la magie qu'il avait volé à Mordred, sur celle-ci. Les enfers se déchaînèrent sur la jeune femme et elle disparut complètement dans les spirales dansantes des flammes dévorantes. Sa gorge brûlée ne lui permettait plus de crier. L'explosion fut intense et souffla le sable autour d'elle. Scorpius se protégea de sa chaleur et du souffle de son bouclier.

Lorsque tout redevint calme et que le feu s'éteignit enfin, à l'épicentre de l'explosion, là où devait se trouver le cadavre de Mordred, il ne restait plus qu'un tas de cendres, bientôt emportées par le vent.

OoO

Liam ouvrit la porte de la cabane de pêcheur d'un violent coup de pied. Le cabanon n'était pas bien grand, pas plus large qu'un petit vestibule. Il y faisait sombre et l'endroit puait la moisissure et le renfermé. Albus voulut sortir sa baguette pour faire de la lumière. Puis, il se souvint, à regret, qu'il n'avait plus de magie.

— On y voit rien! se lamenta Albus.

— Prends ma torche à ma ceinture. C'est mieux que rien.

Albus s'exécuta. Il peina un peu à trouver le mécanisme pour faire jaillir la lumière et s'aveugla en la tenant par le mauvais bout. Puis, il éclaira l'intérieur de la cabane. Un énorme et vieux filet de pêche traînait dans un coin. Il y avait une petite table, encombrée de vieilles caisses en bois, contenant des outils qu'Albus n'avait encore jamais vu de sa vie et dont la forme ne lui inspirait pas confiance.

Liam déposa le plus délicatement possible Rose sur le filet. La pauvre jeune femme haletait faiblement, le front couvert de sueur et les joues rouges. Elle poussait d'horribles cris de douleurs qui faisaient paniquer son cousin.

— Elle est en train d'accoucher, c'est ça? gémit Albus qui se tenait en arrière.

— Il y a du sang, murmura Liam en s'abaissant près de Rose.

Sa voix était faible et trahissait une véritable peur. Albus pâlit. Il se sentait totalement impuissant. Un nouveau cri de sa cousine le fit trembler de la tête aux pieds. Sa souffrance le torturait aussi bien qu'un endoloris. Il était terrifié.

— Je ne sais pas…, bredouilla-t'il. Comment fait-on pour… Je ne peux pas.

— Moi non plus, je ne sais! s'écria Liam, blanc comme un linge. Mais il va falloir! C'est...c'est comme mettre au monde des petits chiots ou des chatons…

— De quoi tu parles?! beugla Albus, complètement paniqué. Rose n'est pas un chat ou un chien. C'est un être humain!

— Ne hurle pas, s'il te plait! répliqua Liam.

— S'il vous plaît…, articula faiblement Rose. Vous...pourriez vous calmer…

Elle s'était légèrement redressée et elle les dévisageait avec un tel cran, un tel courage et une telle dignité qu'Albus en resta sans voix. Rose allait accoucher alors que le monde était en train de s'effondrer et que planait encore sur elle, cette terrible malédiction. Albus comprit qu'il devait se montrer à la hauteur, pour une fois dans sa vie.

Il s'approcha de Rose et se baissa près d'elle. Il lui prit la main et il la dévisagea avec un sourire qu'il s'efforçait de paraître rassurant.

— Ça va aller, Rose. Elle sera bientôt là, dans tes bras.

A ces mots, le regard ambré de Rose s'éclaira d'une lueur de bonheur. Elle lui adressa un faible sourire comprenant ce qu'il était en train de lui révéler. Ce qu'elle avait toujours soupçonné au plus profond d'elle-même.

— Je sais, murmura-t'elle, fiévreuse.

Son sourire se tordit en une grimace de douleur. La contraction fut si violente qu'elle fit onduler la courbe de son ventre. Rose serra la main d'Albus, de toutes ses forces, lui arrachant une plainte de douleur.

Albus se tourna vers Liam, assis devant Rose. Il vit qu'il était mort de peur. Du sang tachait ses mains et lorsqu'Albus baissa le regard, il vit une flaque de ce liquide rouge terrifiant qui inondait le sol, sous Rose. Celle-ci était couverte de sueur et tremblait d'épuisement.

— S'il...te...plaît, dit-elle à Liam. Aide...moi.

Liam la fixa, tétanisé. Puis, il acquiesça gravement. Dans des gestes frénétiques, il lui enleva son pantalon gorgé de sang. Rose poussa un nouveau cri de douleur. Lorsque Liam baissa les yeux, entre les cuisses de sa cousine, Albus eut la mauvaise idée de suivre son regard. Il eut un haut-le-cœur en voyant tout ce sang. La main de Rose serrait la sienne comme si sa vie en dépendait.

Rose se cabra brusquement. Une contraction plus violente que les autres lui tordit le ventre, un cri de douleur lui échappa à travers ses dents serrées. Les mains de Liam se mirent à trembler.

— Je...je vois la tête…, dit-il d'une voix blanche. Il...il faut que tu pousses!

Rose haleta. Elle retint sa respiration puis poussa un horrible gémissement en tendant tout son corps. La tête émergea un peu plus, puis une épaule apparut. Mais quelque chose n'allait pas. La peau du bébé était violacé et Liam vit le cordon enroulé autour de sa petite nuque.

— Attends! s'écria Liam. Ne pousse plus! Retiens-toi!

Il passa un doigt sous le cordon et dégagea la tête du bébé, le libérant d'une horrible asphyxie.

— C'est bon! s'écria-t'il. Vas-y! Pousse!

Encouragée par Liam et son cousin, Rose poussa encore de toutes ses forces. Le bébé glissa entre les mains tendues du policier qui s'était préparé à le recevoir. Il tint le nouveau né au niveau de sa tête et de son petit corps fumant. Il était couvert de sang et de fluides. Liam sentit une émotion l'envahir à la vue de ce petit être qu'il tenait prudemment.

— C'est...c'est une fille! s'écria-t'il avec un grand sourire.

Il essuya le minuscule visage, rouge et ridé. Le bébé se mit à pousser un cri. Elle pleura en agitant ses petits poings dans le vide et Liam sentit les larmes lui monter aussi, un sourire béat aux lèvres. Albus retrouva sa respiration tandis que Liam déposait le bébé sur la poitrine de Rose qui serra sa fille, contre elle. La minuscule petite fille avait déjà un léger duvet roux et de grands yeux bleus. Dès qu'elle fut près de sa mère, elle se tut, peut-être réconfortée par sa présence.

— C'est...merveilleux, dit Albus ému.

— Elle est si belle…, murmura Rose en contemplant sa fille avec une véritable adoration.

Ses cheveux roux lui collaient sur les joues. Son visage était livide, ses traits tirés, ses lèvres mordues jusqu'au sang. Rose caressa le visage de sa fille. Mais ses yeux se fermaient de plus en plus. Elle était toujours aussi pâle et le sang n'avait cessé de couler.

— Rose! appela Albus qui la voyait sombrer dans l'inconscience. Rose! Reste avec nous!

— Il y a un problème! dit Liam en contemplant tout le sang autour de lui.

— ROSE! cria Albus en la secouant.

Le bébé se remit à pleurer. Rose rouvrit brusquement les yeux. Ses lèvres avaient perdu toute leur couleur. Elle se tourna vers Albus.

— Prends-la, dit-elle d'une voix faible.

Albus ne réagit pas. Il n'avait pas aimé le ton de la voix de sa cousine. Il y avait perçu de la résignation et il n'avait pas la force de l'accepter.

La porte s'ouvrit soudain, faisant sursauter Albus et Liam qui se retournèrent vivement. Lily apparut dans l'encadrement de la porte, mal au point, les yeux brillants de larmes. Albus sentit une bouffée de joie et de soulagement de la voir encore en vie. Mais son air grave n'annonçait rien de bon.

Le regard de Lily alla de son frère, à Rose et au bébé. Ses mains tremblèrent sous l'émotion mais elle conserva toute la détresse qui ne semblait plus quitter ses yeux verts.

— Il faut partir! dit-elle gravement. Ils arrivent! Merlin...Merlin arrive.

— Rose ne peut pas se déplacer! rugit Albus. Elle perd trop de sang!

— Albus…, appela faiblement Rose.

Il se retourna vers elle. Rose avait repris sa main et la serrait pour lui faire comprendre l'inévitable. Il plongea son regard dans le sien et il y vit ce qui devait arriver, ce qu'on lui avait prédit depuis bien longtemps, ce pour quoi son père était mort… Rose eut un faible sourire et elle désigna le bébé qui pleurait toujours dans ses bras.

— Sauve-la…, dit Rose d'une voix étranglée par l'émotion. S'il te plaît… Je t'en supplie… Sauve Morgane…

Albus serra des dents pour retenir les larmes qui perlaient dans ses yeux. Il aurait aimé avoir le temps pour réfléchir à un plan. Il aurait tellement aimé avoir encore de la magie pour pouvoir tous les sauver. Mais ce temps était révolu et sa cousine le suppliait, dans une dernière requête, les dernières volontés d'une femme mourrante.

Albus prit le bébé dans ses bras. Il l'emmitouffla dans le pli de sa robe.

— Merci, dit Rose avec un sourire.

— Je...je te promets, dit Albus d'une voix tremblante, que je ferai tout pour la protéger.

— Je le sais…

Lily pleurait. Liam se releva, pâle comme la mort, les larmes brouillant sa vue. Il sortit le premier, cachant son visage aux autres. Lily s'approcha de sa cousine. Elle la serra encore dans ses bras et Rose l'embrassa sur le front. Lorsqu'elle sortit enfin, Albus approcha le bébé de Rose qui lui caressa doucement la joue.

— Morgane…, murmura-t'elle d'une voix douce. Je t'aime… Ton papa t'aime… Sois forte… Sois courageuse…

— Rose…, pleura Albus. Je suis désolé.

Elle leva les yeux vers lui et lui sourit tendrement.

— Elle en vaut la peine…

OoO

Scorpius courait sur la plage.

Il devait se dépêcher. Il savait, il sentait que Merlin n'allait pas tarder à arriver. Lors de leur affrontement, il s'était créé comme une sorte de lien. Leur magie respective résonnait entre elles. Il pouvait sentir sa présence dans son sillage, comme une ombre qui ne le quittait plus. Il devait agir vite, avant qu'il n'arrive pour la lui enlever. Il devait la retrouver avant qu'il ne soit trop tard.

Il savait qu'elle ne se trouvait plus dans la maison. Celle-ci était partie en fumée grâce à Mordred. Rose avait fui, sans magie, à pied. Elle avait couru dans le sable, près des dunes. Elle n'était pas loin. Comme pour Merlin, il pouvait sentir sa présence, tout près, guidé par son amour incommensurable pour elle.

Dans la nuit, la plage éclairée seulement par la faible lueur de la lune et des étoiles, Scorpius remarqua enfin la petite cabane de pêcheur. Cela ne pouvait être que là. Il remarqua ensuite les empreintes de pas, deux jeux, l'une plus profonde que l'autre, se dirigeant droit vers l'abri de fortune.

Scorpius s'y précipita. Il courut, soulevant ses genoux dans le sable qui ralentissait sa course. Il descendit la petite butte et ouvrit la porte du cabanon en bois noir. L'intérieur était plongé dans l'obscurité. Scorpius claqua des doigts et une flamme, volée à Mordred, illumina l'espace restreint.

Il s'était pressé avant ce moment, tout s'était accéléré ces dernières heures mais pour ce moment-là, cet instant horrible, le temps choisit de se ralentir considérablement. Alors qu'il haletait sous l'effort, perlant de sueur, les muscles chauffés par sa course folle, tout se glaça soudain. Scorpius demeura paralysé face à ce qu'il venait de découvrir. Rose était seule, allongée sur un filet de pêche, le visage plus pâle que la lune, entourée d'une mare de sang.

— Rose…, dit-il dans un souffle.

Il se précipita sur elle, tombant à genoux à côté de sa femme. Il prit son poul, posa une main sur son front. Elle était glacée mais il sentait encore les battements de son cœur. Toutefois, ils étaient faibles. Scorpius propagea un peu de sa chaleur en elle, puisant dans la magie de Mordred pour la réanimer. Il fallait qu'elle revienne.

— Rose…, appela-t'il. Je t'en supplie! Réveille-toi! Rose!

En observant son corps, il se rendit soudain compte qu'elle n'était plus enceinte. La peur le submergea à l'idée que tout ce sang soit la conséquence d'une fausse couche. Il ne pouvait pas envisager la mort de sa femme et celle de son enfant.

— Allez, Rose! REVEILLE-TOI! cria-t'il en la secouant.

Ses yeux demeuraient résolument clos. Scorpius fouilla du regard le moindre des recoins de ce taudis, désespérément à la recherche d'une quelconque aide. Où était passé Lily? Raymar? Où étaient-ils tous passés? Pourquoi Rose était-elle toute seule? Pourquoi ne se réveillait-elle pas?

Il la souleva légèrement pour la prendre dans ses bras. S'il la touchait plus, s'ils étaient plus en contact, leurs corps serrés l'un contre l'autre, il pourrait lui donner plus de chaleur. Il pourrait la faire revenir.

— Tu n'es pas morte, dit-il en secouant la tête. Allez, Rose. Ne me fais pas ce coup-là.

Il pressait sa main sur sa joue, son front, lui caressait ses cheveux roux. Une idée atroce, ignoble et monstrueuse montait en lui tel un poison, droit vers son cœur.

Contre toute attente, les yeux de Rose s'ouvrirent doucement. Ses lèvres s'entrouvrirent légèrement. Elle semblait émerger d'un long rêve, sans toutefois en être complètement sortie.

— Scor...pius…, dit-elle dans un murmure.

— Hey! sourit-il. C'est bien. Reviens...Parle-moi. Reste avec moi.

Elle n'arrivait plus à bouger. Scorpius lui prit la main et la serra contre lui. Les yeux de Rose fixait le visage de son aimé, un doux sourire aux lèvres.

— J'ai...fait un rêve, murmura-t'elle. On...était à Poudlard...près du lac…

Scorpius s'était figé dans un sourire. Il la contemplait, il ne faisait que ça, dans sa pâleur spectrale, guettant le moindre signe de vie. Il écoutait sa voix. Il voulait qu'elle continue à parler. Encore... Tant qu'elle continuait, elle était encore en vie.

— On...avait gagné la coupe… Albus lisait un livre… Lily et Thomas… s'embrassaient… Et toi… Toi…

Ses yeux se refermèrent et sa tête partit légèrement en arrière. Scorpius la secoua doucement.

— Non, Rose...Continue de parler… S'il te plaît... , gémit-il. Ne t'endors pas, mon amour. S'il te plaît. Je t'en supplie… Reste…Dis-moi! Dis-moi ce que je faisais dans ton rêve...

— Tu...souriais...parce que...parce que je te disais...que je t'aimais…

Elle lui sourit, comme dans son rêve et ses yeux s'éteignirent. Scorpius la tint encore dans ses bras, pendant un long moment, persuadé qu'elle allait encore lui parler. Encore un mot...un dernier… Encore un, un seul… Puis, la réalité s'imposa à lui dans toute son horreur.

Rose ne bougeait plus. Elle ne bougerait plus jamais. Le peu de chaleur qu'il avait réussi à lui communiquer, s'était envolé avec elle. Il ne percevait plus que le froid glacé de la mort et ce vide, ce terrible néant, béant, qui lui déchirait l'âme. Son sourire figé se tordait et les larmes lui montaient aux yeux. Il serra sa main dans la sienne, palpa son corps, capta son odeur. Il se rattachait à tout ce qui la définissait encore.

Mais elle n'était plus. Rose était morte.

Un premier sanglot s'échappa de lui. Puis un second. Peu à peu, le désespoir l'envahit et il ne devint plus qu'un être de souffrance. Il hurla, dans la nuit, contre Merlin, contre Albus, contre la prophétie, contre lui-même. Il hurla toute sa peine. Il hurla contre Rose en lui disant que ce n'était pas juste. Qu'elle ne pouvait pas lui faire ça. Qu'elle devait se réveiller maintenant.

Il hurla encore longtemps, se perdant dans cette étreinte froide et sans vie de celle qu'il avait juré aimer pour le restant de ses jours.

OoO

Scorpius n'avait pas bougé lorsque Merlin le retrouva.

Il n'avait même pas eu l'idée de fuir. Pour aller où de toute façon? Tous ceux qu'il aimait, étaient morts. Il n'avait plus d'espoir pour le peu de survivants qu'il avait croisé. Ginny Potter, Ron et Hermione Weasley, Lily, Albus, Hugo, Liam...Rose…

Rose…

Dans sa mort, il avait perdu toute envie de se battre ou de vivre. Dans ses derniers instants, il s'était rendu compte que ce qui le maintenait encore en vie, c'était elle. Cela avait toujours été elle, depuis le début. Azkaban l'avait brisé. Galaad l'avait torturé. Merlin l'avait manipulé. Mais il restait encore Rose. Rose et leur enfant. Ils avaient disparu et il avait tout perdu.

Il n'avait plus la force de se battre et il ne le ferait plus. C'était pour cela qu'il avait attendu l'arrivée de Merlin, patiemment dans le noir, serrant contre lui, le corps de sa femme.

Merlin entra dans la cabane de pêcheur au petit matin. Les premières lueurs du jour avaient envahi le ciel, chassant la nuit terrible qu'il venait de passer. Merlin n'était pas seul. Il était venu avec Keu, son plus fidèle allié. Il avait triomphé. Ce jour était son grand moment. Mais alors que le monde était plongé dans le chaos, n'attendant que son aide providentielle pour l'en sortir, il avait tenu à retrouver sa plus prometteuse recrue.

Lorsqu'il ouvrit la porte, Scorpius leva à peine les yeux sur Merlin. Il savait que c'était lui. Il l'avait senti. Merlin contempla son ancien disciple, prostré dans un coin du cabanon, le corps de sa femme dans ses bras, ses mains recouvertes de son sang. Il ne prononça pas un mot, se contentant d'observer la scène avec une grande froideur.

— C'est fini, dit Scorpius. Vous avez obtenu tout ce que vous vouliez. Vous avez gagné.

— L'enfant? demanda-t'il en fixant la mare de sang sur le sol.

— Mort… C'est ce qui l'a tué...

Il leva la tête vers lui, ses yeux bleus profondément tristes.

— Tuez-moi.

— Pourquoi ferais-je une telle chose?

— Parce que je vous ai trahi, expliqua Scorpius. Parce que j'ai tué Mordred et Tristan. Parce que je ne vous suivrai jamais. Parce que je ne veux plus vivre.

Il baissa la tête, résigné.

— J'en ai assez de souffrir…, murmura-t'il.

Merlin garda le silence. Scorpius écoutait le bruit des vagues à l'extérieur. Il trouva réconfortant l'idée de mourir avec ce son comme dernier requiem. Au moins, il mourrait près d'elle. C'était tout ce qu'il demandait.

Merlin fit un bref signe de tête à Keu. Celui-ci acquiesça. Il entra à son tour dans la cabane et Scorpius poussa un profond soupir. C'était dit. Il allait mourir de la main de Keu. Il eut une pensée pour Harry Potter. Il s'en voulut de ne pas respecter sa dernière demande. Il avait l'impression de déshonorer son sacrifice. Mais c'était mieux ainsi.

Keu posa sa main sur l'épaule de Scorpius et celui-ci ferma les yeux, attendant sa mort. Son bourreau se pencha alors à son oreille.

Tu vas tout oublier, lui murmura-t'il. Tu vas oublier ton nom, ta famille, tes amis, ta femme. Tu vas oublier ton ancienne vie. Parce qu'une nouvelle vie commence pour toi. A présent, tu t'appelles Lancelot et tu ne vis plus que pour servir et obéir à ton nouveau maître qui porte le nom de Merlin.

Keu se releva tandis que les yeux de Scorpius se voilèrent. Il cligna plusieurs fois des yeux et son expression s'allégea soudain de toute tristesse. Il semblait un peu perdu alors qu'il observa, intrigué, le corps sans vie qu'il tenait encore dans ses bras.

— Relève-toi, Lancelot, lui ordonna Merlin.

Celui-ci obéit immédiatement. Il repoussa le corps de Rose et se remit debout en fixant toujours la rouquine à ses pieds.

— Qui est-ce? demanda-t'il, en fronçant les sourcils.

— Une ennemi, répondit Merlin. Elle menaçait de me faire du mal et tu l'as tué pour me protéger. Tu as fait ce qu'il fallait.

Merlin lui demanda d'approcher avec un sourire. Lancelot enjamba le corps de Rose, avec un regard de mépris pour celle qui avait voulu faire disparaître son maître. Merlin l'attira à l'extérieur, suivi de près par Keu qui ne pouvait s'empêcher de rire.

— Avant que nous ne partions, dit Merlin en se tournant vers son disciple. Je veux que tu brûles ce taudis.

— Comme vous voudrez.

Lancelot claqua des doigts et le cabanon prit soudain feu. Les flammes montèrent haut dans le ciel de ce matin et une épaisse fumée noire tourbillonna dans les airs. Keu éclata d'un rire de fou, dansant presque autour de l'autel en flammes. L'odeur de chair brûlée leur montait au nez et Lancelot fixait son feu avec une émotion curieuse.

Lorsque Merlin l'appela pour partir, il ne sut pourquoi, mais il se retourna une dernière fois vers la cabane de pêcheur en train de se consumer.

Il ne comprit pas pourquoi une larme se mit à couler sur sa joue.

FIN


Bonjour à tous(tes),

Avant toute chose, j'aimerais prendre le temps de vous remercier, vous tous, qui avez pris le temps de lire le premier et ce second tome.

Encore un ENORME merci à tous ceux et celles qui m'ont laissé de nombreux commentaires. Je les lis avec grand plaisir et ils m'encouragent toujours à continuer l'écriture des nombreux chapitres qui m'ont fait pas mal suer. Petite mention spéciale évidemment pour Oscar le Carlin qui a commenté chaque chapitre avec une assiduité impressionnante! C'est un soutien indispensable dans l'écriture de grosses fanfictions et je suis contente de l'avoir eu. Pour les simples lecteurs(trices), je sais à quel point il est parfois difficile de laisser un petit message, moi-même ne suis pas très friande de laisser des commentaires et je serai hypocrite d'en faire le reproche. Je sais toutefois que vous me lisez et que vous lirez ces quelques lignes de fins et je vous remercie tout autant pour votre soutien même s'il est silencieux.

J'espère du fond du coeur vous avoir emporté, passionné, frémir, pleuré, tout ce que doit promettre une fiction, selon moi. En écrivant, c'est le seul espoir que je nourris sincèrement: faire vibrer mes lecteurs(trices).

Pour ce qui est de la fin de ce tome...

Cette fin est atroce, j'en ai bien conscience. J'ai moi-même porté le deuil pendant une bonne semaine après avoir tapé le mot fin. Je m'excuse d'avance pour les coeurs brisés (même si c'est un peu présomptueux de les envisager ^^'). Je suis toutefois très fière de ce tome. J'ai pu aborder des thèmes qui me tenaient à coeur et pu pousser mes personnages jusqu'à leurs derniers retranchement.

Je vous rassure. Ce n'est pas le dernier tome. Il y aura une suite évidemment! Je suis une fervente adepte des histoires qui finissent bien! Et le troisième tome se finira bien, je vous le promets. Je ne vais pas le publier tout de suite car je suis encore dans sa préparation. Je suis en train de travailler sur son plan et je n'ai pas encore commencé l'écriture des chapitres.

Je peux par contre déjà vous donner le titre: LA BAGUETTE DE MORRIGAN.

J'ai aussi une autre fanfiction Harry Potter en préparation (beaucoup plus courte). Je pense la publier entre ce tome-ci et le suivant, histoire de changer d'ambiance. J'espère vous retrouver pour cette nouvelle histoire en attendant la suite.

Voilà, n'hésitez pas à commenter pour me dire ce que vous en avez pensé. Encore un énorme merci de m'avoir lue. Prenez soin de vous et de vos proches, avec ce fichu Covid. Et à bientôt!

Miss Grenouille.