- J'adore la pince dans tes cheveux ! Tu l'as achetée où ?

Rose se pétrifia. Les mots se coincèrent dans le fond de sa gorge et elle regarda Telma à sa droite, paniquée. Une cinquième année s'était plantée devant elles. Rose avait tout de suite sentit ses mains devenir moite et son cœur s'affoler. C'était comme si son corps lui commandait de fuir, parce qu'il y avait un danger, comme si cette petite blonde d'un mètre soixante allait lui faire physiquement du mal. Rose ne la connaissait pas. Il ne lui en fallait pas plus pour se sentir en danger.

- Humm, réfléchit Telma en décrochant la pince de Rose. Je dirais que c'était dans une petite boutique moldue près de Brighton.

La Serdaigle hocha la tête vivement pour confirmer les propos de son amie. La blonde soupira et s'en alla, les sourcils froncés, rejoindre ses amies, juste à côté :

- Vous avez raison, elle est vraiment bizarre cette fille !

- Personne n'arrive à la faire parler à part ses amis…, lui répondit une autre.

Rose baissa la tête, honteuse et longea les murs suivie de Telma qui lui courrait après. La rousse en avait marre. Ce n'était même pas qu'elle ne voulait pas parler aux étrangers, ou même aux gens : c'était juste qu'elle en était incapable.

Rose, dès qu'elle levait la tête, croisait les yeux de tout Poudlard. Et elle avait toujours l'impression que tout le monde la jugeait, tentait de percer toutes ses pensées et attendait qu'elle échoue. C'était de la paranoïa parfois, si bien qu'elle ne pensait qu'à ça. Qu'est-ce qu'ils pensaient d'elle ? La petite Weasley qui rase les murs et baisse tout le temps la tête ? Rose savait qu'un jeu avait débuté entre les élèves de Poudlard lorsqu'elle était en troisième année : qui arriverait à lui faire décrocher plus de quatre mots ? A part ses amis et sa famille, personne n'y parvenait jamais. Tout était une source d'angoisse, une raison de laissait le stress l'envahir et tout la rendait effroyablement anxieuse au point de ne pas en dormir la nuit. Des questions se bousculaient chaque fois qu'elle parlait ou faisait quelque chose.

« Pourquoi j'ai dit ça ? », « Pourquoi j'ai fait ça », « Est-ce que j'ai dit un truc nul ? », « Est-ce qu'ils vont me détester ? »,, « Est-ce que j'aurais du dire ou faire ça ? », « Est-ce que j'ai été ridicule »… Et Rose disséquait tout le temps toutes ses interactions minutieusement. Rose entra dans les toilettes et s'appuya sur le rebord d'une vasque.

- Rose, tu peux reprendre ta pince, lui fit Telma derrière elle et en fermant la porte.

- Merci.

Elle la replaça dans ses cheveux et secoua la tête. Son cœur ne s'était toujours pas calmé. Elle sentait toujours les gouttes de sueur dévaler le long de sa nuque et ses moites crasseuses et humides.

- Tu veux que j'aille chercher Albus ? Lui demanda Telma.

- Non, répondit-elle.

- Alors calme-toi, lui pria-t-elle d'un ton un peu brut. Tu respires par la bouche Rose.

Sa gorge brûlait et Rose se rendit compte que Telma avait raison. Elle ferma la bouche et inspira par le nez. Ce n'était qu'une toute petite altercation et pourtant, Rose était dans tous ses états. Sûrement parce qu'elle manquait de sommeil et que le stress des ASPICS était présent.

- Tu veux manger un truc ? Proposa Telma.

Elle avait ouvert son sac, qui contenait plus de pâtisseries que de manuels et de parchemins. Telma mangeait tout le temps en ce moment, mais ne gagnait jamais un gramme. Rose fusilla la nourriture du regard, comme si elle était responsable. Telma n'attendit pas la réponse de son amie et se mit un manger.

Une pâtisserie.

Deux pâtisseries.

Trois pâtisseries.

Quatre pâtisseries.

Cinq pâtisseries.

Telma mangeait et Rose se mettait à respirer calmement, en la regardant faire, l'estomac noué et le goût de la bile dans sa bouche.

- Telma, tu ne devrais pas…

- autant manger ? Termina la brune à sa place.

Telma haussa les épaules et continua de manger. Rose ne savait jamais quoi faire dans ces moments-là. Elle culpabilisait, totalement passive aux crises de boulimie de son amie. Rose occupait souvent l'attention de tous ses proches, à cause de son malaise sociale. Elle était si concentrée à faire comme si tout allait bien, à canaliser toutes ses peurs et ses angoisses, qu'elle oubliait que ses amis aussi, en avaient.

Rose resta près d'elle en silence, le dos appuyé contre le mur. Chaque fois, elle se disait qu'il fallait qu'elle en parle à un adulte des problèmes de Telma. La dernière fois qu'elle l'avait fait, Madame Deauclair lui avait assuré qu'elle surveillerait Telma et lui proposerait une entrevue avec quelqu'un de spécialisé dans ce genre de trouble. Ca avait aidé Telma, un petit temps. Comme ça aidait Rose de réciter la liste de ses symptômes quand elle faisait une crise d'angoisse. Ce n'était que temporaire et ça revenait toujours, comme une vague. On arrêtait jamais les océans de faire des remous…

Quand Telma se mit à vomir, Rose lui tapota le dos et lui tint les cheveux. Elles pleurèrent toutes les deux. Telma jura que c'était la dernière fois. Rose jura d'être plus forte. Elles promettaient toutes deux de s'en sortir, en se serrant l'une contre l'autre.

Rose voyait une armada de psychologue. Telma elle, n'avait rien si ce n'était qu'un psychomage incompétent et sans connaissances des troubles alimentaires du comportement. Selon lui, Telma allait mieux.

- C'était la dernière fois, répéta Telma.

- Je vais prévenir l'infirmière.

- Non. Elle en parlera à ma mère. Et il est hors de question que cette connasse soit au courant.

C'était toujours la même chose, toujours la même discussion.

- Les filles ! Les appela une voix.

Albus entra dans les toilettes des filles, et Rose posa son front contre le mur carrelé et froid. Elle avait si chaud. Ses vêtements retenaient tout le feu que produisait son corps chaque fois qu'elle paniquait. C'était un véritable sauna.

- Vous allez bien ? Demanda-t-il.

Albus savait toujours où trouver sa cousine. Il connaissait toutes ses cachettes, même celle-ci que Rose n'avait commencé à fréquenter que depuis deux mois. Il s'approcha de sa cousine et de sa meilleure-amie. D'un commun-accord, ils se regardèrent sans rien dire, et les jeunes filles se relevèrent, chancelantes.

Demain, elles iraient mieux.