PARTIE II – CHOCOLAT ET ÉPINARDS - FÉVRIER 2024

- Rose ?

La tête dans les nuages, la rousse revint à elle-même en entendant son cousin l'appeler :

- Hum ?

- T'es en train de fusiller Scorpius du regard depuis le début du cours, et le sourire que tu as au visage me donne envie de te rappeler tout ce que tu risques, si jamais tu venais à t'en prendre physiquement à lui…

- Je suis du genre eccédentésiaste, grogna la rousse.

- C'est le nom d'une maladie et je devrais m'inquiéter ? Fit Albus légèrement anxieux.

- Ça veut dire que je suis en train de cacher mon mal-être derrière ce sourire, et que j'ai envie que cette journée se termine au plus vite.

- Donc j'ai pas besoin de t'emmener voir Pomfresh ? Demanda Albus. Ou de te dire encore une fois que les cellules à Azkaban ne sont pas vraiment très chauffées et que les repas ne seront pas forcément à ton goût ? Tuer Scorpius serait vraiment mauvais pour avenir.

Rose secoua la tête, en continuant de fusiller Scorpius du regard.

- Tu pourrais au moins cligner des yeux de temps à temps. C'est pas bon pour ta vision tout ça, soupira le brun.

Rose se tourna finalement vers son cousin pour le foudroyer du regard à son tour. Aujourd'hui, on était le quatorze février et elle savait que Scorpius lui préparait encore un sale coup. Ce dernier riait joyeusement avec Telma et Oscar, qui étaient censés travailler ensemble. Albus faisait toujours équipe avec Scorpius, et elle avec Ryley, qui s'occupait de la potion. Elle, elle n'avait que pour mission de découper les ingrédients. Quand Ryley Zabini était face à un chaudron, plus personne ne pouvait y toucher à part lui. Et Rose en était bien ravie…

- Je déteste la saint-valentin, ronchonna la rousse.

- Menteuse, murmura son cousin. T'adore tout ce qui est nunuche et romantique, les trucs dégoulinants de sentiments et les déclarations d'amour niaises.

Rose haussa les épaules. C'était un peu vrai, elle aimait ça. Sauf qu'elle, elle était cette fille bonne copine, gentille, mais trop discrète et pas assez jolie pour qu'on lui offre des fleurs ou une carte. Sa mère lui avait dit que si un garçon lui plaisait, elle pouvait prendre elle-même des initiatives. Si Rose n'avait pas été aussi timide, peut-être qu'elle l'aurait fait. Et quand bien-même… Elle n'aimait personne, ou tout du moins, pas assez pour porter ce genre d'attention à qui que ce soit.

Le jour de la Saint-Valentin, les seuls trucs que recevait Rose venaient de Scorpius, est généralement, c'étaient de mauvaises blagues. L'année dernière, elle avait eu les classiques fleurs-arroseurs et des petits anges harceleurs qui s'étaient avérés être des diablotins. Alors, Rose détestait ce jour plus que les autres.

- Telma a rendez-vous avec quelqu'un en plus, bougonna-t-elle. Comme d'habitude, Ryley va roucouler avec sa copine du moment et Scorpius et toi vous allez vous faire aborder par toutes les filles de Poudlard…

- Je suis encore là moi. Et je te lâcherai pas ! Affirma Albus en riant légèrement. Même pour toutes les filles de Poudlard !

Elle le remercia d'un petit sourire et accepta de lui serrer la main, en un check spécial, qui n'appartenait qu'à eux. Rose n'était pas une grande fan des contacts physiques. Elle n'avait jamais aimé les câlins et était raide comme un piquet chaque fois qu'on lui faisait un câlin. Mais avec Albus, c'était différent. Albus, c'était son meilleur-ami, son cousin. Elle le connaissait depuis toujours, et il ne lui ferrait jamais volontairement de mal.

- Eh Albus ! Héla la voix de Scorpius sur la paillasse d'à-côté.

- Quoi ?

- On se demandait avec Oscar… S'il existait une potion contraire à l'Amortentia elle sentirait quoi ?

- J'en sais rien, répondit Albus pensif.

- Imagine la pire odeur du monde.

- Celle des aisselles de monsieur Kellan quand on a cours avec lui en dernière heure.

Telma, Oscar, Ryley et Scorpius pouffèrent de rire. Rose esquissa un sourire et se concentra sur les ingrédients dont il fallait désormais extraire le jus.

- Et toi Rose ? Demanda Scorpius.

- Ce serait l'odeur de ton sang mélangé à celle d'un livre du kamasutra, murmura-t-elle en gardant les dents serrées.

Ryley lâcha la louche dans le chaudron et manqua de s'étrangler en se mettant à rire franchement.

- T'es super violente ce matin, s'étonna Scorpius.

- Je suis sur mes gardes.

- Pourquoi ?

- Arrête. Tu sais très bien pourquoi, s'adoucit Rose en haussant un sourcil. Ne me fais pas croire que tu as oublié quel jour on est. C'est immarcescible pour toi !

- Ce qui veut dire ? Demanda Scorpius en mordant l'intérieur de sa joue pour ne pas rire.

- Impérissable, inoubliable, murmura laconiquement Rose.

Le sourire narquois de Scorpius fit son apparition et aussitôt, Rose eut envie de le lui arracher. Les élèves qui connaissaient peu Rose pourraient penser qu'elle n'aimait pas Scorpius Malfoy. En fait, Rose avait tellement tout fait pour ne pas devenir amie ou ennemie avec lui, que ça frisait franchement le ridicule. Surtout aux yeux d'Albus. Rose, elle n'était pas comme tout le monde. Elle avait des difficultés à interagir avec les inconnus, et parfois même avec sa famille ou ses amis. La rousse aimait bien Scorpius. Ils faisaient parties de la même bande d'amis après tout… C'était juste qu'il était super énervant et super crétin sur les bords ! Surtout quand il faisait ses blagues débiles ou ses défis stupides.

- Allez Rose ! Répond honnêtement… Ce serait quoi l'odeur d'une potion contraire à l'Amortentia pour toi ?

- Pour commencer, je doute qu'une telle potion existe. De plus, quel en serait l'intérêt ? Qui aurait envie de se faire un ennemi, ou même de sentir l'odeur de son pire ennemi ou d'une chose qu'on déteste ?

- T'es vraiment pas drôle, se plaignit le blond en perdant son sourire.

Quand il ne souriait pas, tous les muscles de son visage semblaient s'affaisser. Ses yeux tantôt bleus, tantôt gris n'étaient plus cachés par ses lèvres toutes étirées qui mangeaient presque tout son visage. Quand il ne souriait pas, Scorpius Malfoy avait l'air d'un chaton perdu au milieu d'un orage. Quand il ne souriait pas, Scorpius Malfoy faisait pitié. Rose soupira.

- Rose ?

- Hum ?

- T'avais encore la tête dans les nuages, lui répondit Scorpius.

- Les portugais ont un mot pour désigner ces personnes. Ils les appellent les nefelibata. Elles vivent toujours dans leur tête, ou n'obéissent pas aux conventions de la société, brisent les codes en art ou en littérature.

Scorpius opina. « nefelibata »… Ça allait bien à Rose. Un jour quand il lui avait demandé pourquoi elle connaissait autant de mots, et pourquoi elle voulait toujours être aussi précise dans ce qu'elle disait, elle lui avait répondu que c'était pour moins avoir à parler. Mais la réalité, et Scorpius en était persuadé, c'était que Rose aimait découvrir les mots qui désignaient des concepts bien précis, et que c'était encore meilleur quand ils n'étaient pas anglais…

- L'odeur des épinards, souffla-t-elle plus sérieusement.

- Des épinards ? Répéta Scorpius. C'est ça que sentirait ta potion ?

- C'est vrai que c'est bien le seul truc que tu sois incapable de manger, approuva Albus. Ça te dégoûte vraiment à ce point ?

- Plus encore que les aisselles de monsieur Kellan quand on a cours avec lui en dernière heure, affirma-t-elle.

Ils éclatèrent tous de rire et quand leur professeur de potions s'approcha d'eux le regard sévère, ils tentèrent de se calmer sans grand succès. Finalement, peut-être que cette journée ne serait pas si terrible…

Le cours se termina sans accroc, sans autre joute verbale entre Rose et Scorpius. Albus et sa cousine se rendirent seuls en cours d'Histoire de la magie et ne virent leurs amis qu'à l'heure du déjeuner. La matinée avait été calme. Un peu trop au goût de Rose qui se demandait bien ce que Scorpius préparait… Ce dernier comptait ses cartes de la Saint-Valentin, encore plus nombreuses que celles de l'année dernière. Il en tendit tout un tas à Albus :

- Ce sont les tiennes !

Albus inspira bruyamment. Il avait horreur de ça, de ces cartes toutes roses et de ces odeurs de parfums capiteux de fleurs et de chocolat. Il s'assit à la table des Seperntard, celle à laquelle ils déjeunaient tous ensemble les mercredi midi. Même Telma et Rose, qui étaient à Serdaigle. Rose s'en fichait pas mal de manger à la table des verts et argents. L'important pour elle, c'était de ne pas manger seule, et d'être avec ses amis.

- Depuis que James est parti, je reçois sa part en carte, geignit Albus.

- Mais aussi sa part en chocolat, le consola Rose en tapotant maladroitement son dos.

- Ouais, c'est vrai, réalisa son cousin.

Elle sortit un livre de son sac et fit presque trembler toute la table quand elle le posa dessus. Elle s'excusa, gênée d'avoir fait autant de bruit. C'était son petit rituel du midi : lire, tout en mangeant et en écoutant ses amis bavarder joyeusement. Elle s'apprêtait à s'asseoir enfin, quand sa meilleure-amie haussa le ton, la faisant sursauter :

- J'ai pas faim ! Rétorqua sèchement Telma à Oscar qui remettait des pommes de terre dans son assiette.

- Mais tu n'as rien avalé !

- J'ai pas que ça à faire, trancha cette dernière. Je voudrais avoir le temps de peindre avant le cours de divination.

Telma quitta la table avant même que Rose n'eut le temps de s'asseoir. Elle fronça les sourcils, et fit un premier pas pour la rattraper. Mais Albus la retint par le bras, l'air triste :

- Laisse-la tranquille.

- Elle n'a vraiment rien mangé ? Demanda Rose à Oscar et Ryley qui hochèrent la tête.

- Vous croyez qu'elle a encore…, bredouilla Scorpius. Vous savez… Ses problèmes ?

Rose secoua la tête. Telma était parfois si maigre que Rose avait peur qu'elle ne se brise en deux, d'un coup sec, comme une brindille. Sa meilleure-amie avait eu quelques problèmes avec l'alimentation. Tout le monde le savait, même si Telma n'en avait jamais réellement parlé de vive voix. Rose avait été la première à remarquer que Telma triait sa nourriture, et qu'elle n'avalait toujours que deux minuscules bouchées pour chacun de ses plats. Puis elle lui avait tenu les cheveux, quand elle s'était rendue qu'elle se faisait vomir presque tous les midis. Rose ne savait pas comment aider son amie. Il y avait des hauts et bas, des jours où Telma semblait manger normalement, et d'autres où elle pleurait lorsqu'elle était en face d'une assiette. En ce moment, Telma était dans « une bonne période ». Rose savait qu'elle voyait fréquemment l'infirmière… Ils pensaient tous que c'était réglé.

Rose soupira et regarda encore l'entrée de la Grande salle, s'attendant à y voir Telma, revenir en courant comme elle le faisait parfois. Mais la brune ne se montra pas La rousse s'inquiétait énormément pour Telma. En fait, Rose s'inquiétait toujours trop de tout, d'après ses amis. Scorpius tira sur les pans de son pull pour la faire s'asseoir :

- Mange. Moi j'y vais, fit-il en se levant.

Rose hocha la tête et Scorpius se retint de frotter ses cheveux sur le sommet de son crâne, en passant derrière elle. Il savait à quel point Rose n'aimait pas qu'on la touche, alors, il serra les poings pour ne pas céder à la tentation d'emmêler toutes ces boucles rousses… Il respectait les frontières que Rose avaient dressé entre elle et le reste du monde, même s'il ne les comprenait pas toujours.

Il se dirigea vers la salle sur demande, sachant pertinemment que Telma s'y trouverait. Il se planta devant et attendit que la porte se dessine sur le mur et les pierres du château. Quand il entra dans la salle, il y trouva effectivement Telma, en train de peindre et de pleurer. Il prit un tabouret, qu'il traîna jusqu'à côté du sien et toussota pour signaler sa présence.

- Je vais bien. J'ai pas besoin d'une nounou, maugréa la Serdaigle.

- Ça tombe bien. Je n'en suis pas une, sourit Scorpius. Tu peins quoi ?

- Un monde où ma mère ne m'a jamais traité de grosse tous les jours depuis ma naissance, soupira Telma. Et où elle essaie pas de nous marier, toi et moi.

Scorpius déglutit, en se penchant légèrement pour admirer la nouvelle toile de Telma. Elle avait peint dans des tons sombres, plusieurs fleurs, très différentes, dont les tiges et les pétales s'entremêlaient en formant des étoiles … C'était beau. Comme tout ce que Telma avait l'habitude de peindre en fait.

- Rose s'inquiète.

- Rose s'inquiète toujours, le corrigea Telma. Tu me passes le verre d'eau qu'est sur la table s'il te plaît ?

Scorpius s'exécuta et la regarda tremper son pinceau dans l'eau trouble. Elle en prit un autre, et choisit une nouvelle couleur.

- T'as vraiment décidé de la laisser tranquille pour la saint-valentin de cette année ? Demanda Telma, curieuse.

Scorpius savait qu'elle parlait de Rose. Son prénom n'avait même pas à être évoqué…

- Ouais, soupira-t-il en passant une main dans ses cheveux blonds.

- Tu sais qu'elle va être déçue si tu ne fais rien ?

- Tu crois ? Pouffa de rire le Serpentard. J'ai surtout l'impression que ça l'énerve plus qu'autre chose.

- Non. On sait très bien pourquoi tu l'embêtes toujours plus que les autres jours, le quatorze février.

Scorpius écarquilla les yeux surpris que Telma ait deviné. Il avait passé toute son enfance avec des gens tristes. Sa grand-mère paternelle était triste, et il ne l'avait connu qu'avec des yeux vides et inexpressifs. Son père était triste. Il se perdait dans son travail, bêtement en oubliant sa famille. Sa mère était triste, clouée au lit presque tous les jours. Alors Scorpius détestait voir les gens tristes. Pire encore : il détestait quand ses amis étaient tristes. Rose, elle, elle était toujours triste les quatorze février. Parce que personne ne lui envoyait de cartes, ou de fleurs.

Scorpius n'avait jamais compris pourquoi. Rose était sans doute l'une des plus jolies filles de toute l'école. Elle avait de vrais yeux de biches en forme d'amande, avec des cils très longs. Ses cheveux roux étaient très longs eux aussi, et presque envoûtants tant ils semblaient être doués de leur propre volonté. Ils bougeaient comme bon leur semblaient. Elle avait peut-être un nez un peu trop court et des lèvres trop grosses… Mais Scorpius la trouvait belle.

Rose était aussi la sorcière la plus talentueuse et la plus brillante de Poudlard. Quand Rose faisait de la magie, c'était toujours beau… Elle était gentille, discrète. Scorpius s'étonnait tous les ans, quand il se rendait compte qu'elle n'avait encore rien reçu. Et Rose ça la rendait triste. Alors, il faisait des blagues qu'elle trouvait stupides, juste pour la faire râler et sourire à la fin de la journée. Il valait mieux être en colère et exaspéré que triste et chagrinée. Scorpius avait très vite compris qu'avec Rose, c'était entièrement vrai. Il préférait mille fois la voir en colère après lui que triste à cause de quelqu'un d'autre.

- Tu crois que je devrais faire quelque chose ?

- Je ne le crois pas, répondit Telma les yeux soudainement plus pétillants. J'en suis certaine.

Scorpius s'esclaffa légèrement.

- Elle saura que c'est moi.

- Mais elle sera contente, insista Telma.

Il ne lui en fallut pas plus pour se mettre à concocter un plan, aidé de Telma, qui s'était arrêtée de peindre et de pleurer…

Rose passa le reste de sa journée sur ses gardes, les yeux en alertes à regarder derrière elle et dans les moindres recoins. Finalement, elle se détendit et quand elle retrouva Telma pour le dîner, à la table des Serdaigles, elle était d'humeur assez joyeuse, bien qu'un peu triste. Rose se demandait quand est-ce qu'un garçon s'intéresserait à elle… Ou même si elle, un jour, s'intéresserait à un garçon. Elle avait lu trop de romans et parfois, elle avait la sensation que ça lui avait bourré le crâne de fausses idées… Peut-être qu' elle était condamnée à rêver l'amour plus qu'à le vivre.

Hugo mangeait à ses côtés. Ils aimaient bien faire ça, de temps en temps… Se retrouver seuls tous les deux, et discuter pour le dîner. Rose avait la sensation de pouvoir tout dire à son cousin. Une sensation qu'elle n'avait avec personne d'autre. Rose avait tant de choses à dire, mais elle n'avait que Hugo à qui parler. Et Albus aussi.

- Allez avoue, lui fit Hugo.

- De quoi ?

- T'es triste parce que même Scorpius ne t'a rien offert.

Hugo et Rose se connaissaient parfaitement. Leurs parents se félicitaient souvent de l'excellente entente de leurs enfants. Hermione avait même pleuré, le jour où on avait expliqué à Hugo que Rose n'était « pas comme les autres », qu'elle faisait de l'anxiété sociale… Il s'était tourné vers sa sœur, et d'une toute petite voix, lui avait dit que ce n'était pas grave, et que même s'il avait le choix, il la prendrait pour sœur, avec ou sans ses maladies. Rose de son côté, avait toujours fait attention à ce que son frère reçoive autant d'attention qu'elle. Elle ne voulait pas que leurs parents s'inquiètent uniquement pour elle. Aussi, elle s'assurait de dire tous les jours à son frère comme elle était fière de lui et comme elle l'aimait. Hugo était un homme brillant, impétueux, courageux, inventif quand il s'agissait de faire des bêtises et d'amuser la galerie.

- Les seules choses que Scorpius m'offre, ce sont des problèmes et des heures de colle.

Pourtant, elle avait attendu toute la journée… En sept ans, Scorpius n'avait pas manqué une seule fois de lui offrir l'une de ses blagues débiles. Étrangement, ça lui manquait. Cette journée n'était pas normale. Elle pensait qu'elle serait contente, d'être épargnée pour une fois. Pourtant, elle ne l'était pas du tout. C'était peut-être devenu un rituel entre Scorpius et elle, une blague entre eux, quand il lui faisait ses fameux cadeaux empoisonnés pour la saint-valentin… Elle ne pensait pas qu'elle se sentirait aussi bizarre, sans ça. C'était leur dernière saint-valentin à Poudlard après tout…

- Allez Rose, avoue, insista Hugo en la poussant légèrement du coude.

- Bon. Peut-être que je suis un peu triste d'avoir vraiment été oubliée cette année…, céda-t-elle.

Elle cala sa tête entre ses deux mains et la balança nerveusement. Une vieille chouette se mit à hululer dans la Grande Salle. Tous les élèves se retournèrent et levèrent les yeux vers elle. Elle se posa devant Rose, qui lui donna quelques caresses pour la remercier. Le sourire aux lèvres, elle enleva le petit colis qui était accroché à sa patte. Elle regarda directement à la table des Serpentard. Scorpius l'observait déjà, un sourire prétentieux et insolent sur le visage. Elle leva les yeux au ciel, mais se mit à sourire réellement elle aussi.

Elle ouvrit le paquet et y découvrit des chocolats. Le coup des chocolats, elle n'y avait jamais eu droit. Elle haussa un sourcil et inspecta un chocolat, se demandant bien ce qu'il pouvait avoir de particulier. Rose finit par le manger.

A la première bouchée, il n'avait rien de particulier. C'était du chocolat. Juste du chocolat, un peu amer, pas franchement délicieux… Puis un autre goût lui vint en bouche. Elle eut un haut-le-cœur. Elle se retint de le cracher, refusant de donner à Scorpius ce plaisir. Il lui avait envoyé des chocolats fourrés aux épinards pour la Saint-Valentin, juste pour rire… Scorpius écarquilla les yeux. Lui, il était persuadé qu'elle piquerait une grosse colère, qu'elle ne prendrait même pas la peine d'en goûter un, et que dans le cas où elle le ferait, il se ferait incendier à cause du goût. Quand il l'avait vu en mettre un dans sa bouche, Scorpius avait retenu son souffle.

Rose se contenta de grimacer avant de se reprendre, les yeux brillants de malice. Elle regarda la boîte et vaillamment, dégusta un autre chocolat en le regardant droit dans les yeux. Il en était bouche-bée et ne pu s'empêcher de l'observer en souriant et en s'esclaffant devant ses mimiques de dégustations exagérées. Elle lui murmura un « merci » du bout des lèvres qu'il accepta en inclinant légèrement la tête.

Elle avait beau râler, au final, elle savait comme il se donnait du mal pour la faire rire.

Le lendemain, ils se retrouvèrent en cours de potions. Ils reconstituèrent tous leurs équipes pour finirent de préparer leurs Amortentia. Telma et Oscar se chamaillaient au-dessus du contenu leur chaudron qui n'avait vraiment pas la bonne couleur.. Rose riait avec Ryley en terminant la leur. Scorpius fronça les sourcils en sentant l'odeur qui se dégageait de la sienne.

- Tu sens quoi ? Lui demanda Albus en venant vers lui.

Scorpius inspira les effluves qui s'échappait de la potion.

- Le chocolat chaud, l'odeur de la fleur de la Yué Lua et … je crois que c'est du poivron, fit-il pensif.

- Woah. Ça doit puer …

- Pas vraiment… Ça sent même plutôt bon ! Déclara Scorpius.

- Eh les garçons ! Les appela Rose.

Elle leur jeta les deux derniers chocolats de la boîte que lui avait envoyé Scorpius. Malgré son lancé médiocre, Albus réussit à se saisir du sien et le mangea. Scorpius, lui n'attrapa pas le sien, qui tomba directement dans l'Amortentia. Le « plouf » les fit se paralyser, encore plus quand leur professeur de potions, monsieur Kellan, s'approcha pour évaluer le travail de ses élèves :

- Excellent Messieurs !

Ils éclatèrent tous de rire… Rose s'approcha de Scorpius.

- Merci encore, lui murmura-t-elle.

- Avec plaisir Rose.

Et il le pensait. Il la regarda sourire doucement, une dernière fois. Cela illumina le cachot sombre et un peu lugubre. Vraiment, il en avait de la chance d'avoir Rose Weasley pour amie…