- Mademoiselle Weasley, je vous ai posé une question !
Rose sursauta et se tétanisa. Elle agrippa les rebords de son bureau. Elle connaissait la réponse. Mais sa bouche était sèche et son cœur battait aussi fort que si elle venait de courir le marathon de New York.
- Un inferi, Rose ! Souffla Oscar Londubat à son oreille.
Rose adorait Oscar. Surtout quand il essayait de la sortir de ce genre de situation en cours.
- Tu le sais Rose…, murmura-t-il.
Bien sûr qu'elle le savait. Rose avait juste la gorge beaucoup trop serrée pour répondre. Elle lui lança un regard apeuré, qui voulait tout dire. Sa pression sanguine était telle que ses veines menaçaient d'éclater une à une. Oscar hocha la tête en comprenant. Il ouvrit la bouche pour répondre à la place de Rose :
- C'est…
- Je ne vous ai rien demandé Monsieur Londubat ! Le coupa le professeur d'une voix tranchante.
- Sale con, chuchota Telma à sa droite en foudroyant l'adulte du regard.
Ryley, juste à côté de la brune approuva en silence, suivi d'Oscar. Il jeta un œil vers Rose. Elle avait fermé les yeux et bougeait presque imperceptiblement les lèvres en récitant ses symptômes.
« Évite les activités sociales qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d'être critiquée, désapprouvée ou rejetée.
Réticence à s'impliquer avec autrui à moins d'être certaine d'être aimée.
Est réservée dans les relations intimes par crainte d'être exposée à la honte et au ridicule.
Crainte d'être critiquée, ou rejetée dans les situations sociales.
Est inhibée dans les situations interpersonnelles et nouvelles à cause d'un sentiment de ne pas être à la hauteur.
Se perçoit comme socialement inapte, sans attrait ou inférieur aux autres.
Est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou à s'engager dans de nouvelles activités par crainte d'éprouver de l'embarras ».
Elle se commandait de respirer. Rose détestait quand un enseignant était malade. Ce n'était arrivé que trois fois dans toute sa scolarité. Les professeurs habituels de Rose savaient qu'elle ne parlait jamais et répondait encore moins aux questions qu'ils pouvaient lui poser. Ils savaient aussi qu'elle n'exécutait un sort en classe que quand elle était persuadée et absolument certaine de le réussir et qu'il serait parfait. Rose Weasley détestait l'échec et l'évitait. C'était humain après tout. Mais ses enseignants le savaient, et prenaient soin de ne jamais la brusquer ou la forcer à répondre. En revanche, les remplaçants, eux, n'en avaient pas grand-chose à faire de son anxiété sociale. Le premier remplaçant qu'elle avait eu, en première année, l'avait fait pleurer devant toute la classe, parce qu'elle avait refusé de lire un passage du cours à voix haute. Le deuxième, l'avait fait s'enfuir , parce qu'il lui avait crié dessus, perdant patience en attendant une réponse. Rose se disait parfois que les adultes étaient bien démunis quand il s'agissait de pédagogie et d'empathie. Elle ne leur en voulait pas vraiment. Son anxiété sociale n'était pas tatouée sur son front.
- Mademoiselle Weasley ! L'interpella une nouvelle fois le remplaçant.
Rose se remettait à transpirer à grosses gouttes. Elle sentait l'impatience de tout le monde dans la salle. Celle de l'enseignant, et des autres élèves qui levaient les yeux au ciel. Des oiseaux en papier volaient dans toute la pièce, attaquant de temps à autre, l'homme d'âge mûr qui leur faisait cours aujourd'hui. Scorpius avait toujours été très doué pour ce genre d'enchantement… Albus l'avait bien sûr aidé, et ensemble, ils avaient créée toute une armée d'oiseaux de papier. La première fois que Scorpius avait fait ça, c'était en deuxième année, pour distraire monsieur Peters juste assez pour qu'il oublie Rose et arrête de lui poser des questions. Il avait récolté trois semaines de retenues… Scorpius était naturellement doué pour énerver les gens et il s'en était toujours servi pour sauver Rose de ce genre de situation.
L'enseignant repoussa les oiseaux de papier d'un geste de la main et l'un d'eux s'écrasa contre le mur. Scorpius fronça les sourcils. Ce remplaçant-ci semblait déterminé à faire parler Rose. Il décida de prendre les choses en mains :
- C'est un inferi, répondit-il d'une voix traînante et arrogante.
- Il ne me semble pas vous avoir interrogé, Malfoy.
- Monsieur Malfoy, le reprit Scorpius le regard défiant. Je mérite le respect au même titre que tous les autres élèves enfermés dans cette pièce avec vous depuis une heure.
- Ah, vous croyez ? Cracha l'homme, le regard furieux.
Il s'approcha du bureau de Scorpius, juste derrière celui de Rose et d'Oscar Londdubat. Ce dernier se recroquevilla sur lui-même.
- Oui, je crois, grogna Scorpius. Non attendez !
Il tapota son menton, faisant mine de réfléchir, avant de se corriger :
- J'en suis même certain.
- Rappelez-moi qui est votre père, Malfoy ?
- C'est un cours de défense contre les forces du mal ou un cours de généalogie Malfoyenne ? Rétorqua Scorpius.
Albus se retenait de ricaner et Oscar s'esclaffa juste assez pour que l'enseignant se sente humilié.
- Vous faites le malin, Malfoy, mais je pourrais vous raconter des histoires, sur votre père, qui vous feraient pleurer et regrettaient d'être né avec un nom pareil.
Scorpius serrait tellement fort les dents qu'il en avait mal à la mâchoire et à la tête. Au départ, il n'aimait pas l'enseignant pour ce qu'il faisait subir à Rose. Il fallait être aveugle pour ne pas se rendre compte que Rose était sur le point de s'évanouir … Mais l'homme voulait juste sa réponse. Ou bien la réponse de la fille de deux grands héros guerre. Qu'importe. Mais maintenant, c'était personnel.
Scorpius se mit à détester ses parents, encore plus forts. Toute son enfance, on l'avait empêché de répondre à ce type d'attaques. Son père lui avait répété un nombre incalculable de fois qu'il valait mieux que tout ces gens, et qu'ils ne méritaient ni sa colère, ni sa répartie et encore moins un seul de ses regards.
Mais la vérité, c'était que son père n'avait pas à choisir qui méritait quoi dans la vie. Scorpius avait toujours détesté l'arrogance de son père et sa nonchalance face aux attaques qu'ils recevaient. Petit, Scorpius avait du apprendre à se défendre seul et quand il se faisait prendre, c'était toujours une double punition. Non seulement il s'était fait passer à tabac par les autres enfants, mais en plus il se faisait gronder en rentrant pour son "attitude déplorable". Quand on était un Malfoy, on ne s'abaissait jamais à répondre d'après sa famille.
- Et si on parlait plutôt du vôtre ? Fit Scorpius. Il ne complimentait jamais vos dessins ? Il vous a toujours ignoré ? Peut-être ne vous a-t-il jamais prit dans ses bras ou dit à quel point il était fier de vous ? C'est pour ça que vous êtes devenu un abruti ? On peut parler de votre mère aussi. Elle ne s'est jamais intéressée à vous ou…
- ASSEZ !
Un silence de mort régnait dans la salle. Rose pleurait. Albus soupirait lourdement et Scorpius prenait conscience qu'il était allé trop loin. Au final, le père qu'il décrivait, c'était le sien… La colère lui faisait toujours dire des trucs stupides, qu'il regrettait tout de suite après les avoir prononcés.
- Je suis désolé, murmura-t-il. Mais je mérite le respect, affirma-t-il enfin.
- Disparaissez de mon cours.
Scorpius ne se fit pas prier et rassembla ses affaires. Il sortit de la salle de classe sans rien. Il entendit la porte de rouvrir et se refermer derrière lui. Il se retourna et vit Rose, juste derrière lui, un oiseau de papier dans les mains, tout écrasé :
- T'étais pas obligé de faire ça.
- De quoi ?
- Le mettre en colère après toi pour qu'il me lâche.
Au début, il l'avait fait pour Rose. Mais après, il l'avait fait pour lui.
Elle lui tendit l'oiseau de papier et marcha à ses côtés un moment.
- Tu as raison, tu sais. Tu mérites le respect, peut-être même plus que nous tous.
Des altercations comme celle-ci, Scorpius en avait subi plusieurs. Rose en avait été témoin et ça l'avait toujours mise dans une rage incroyable. Comment pouvait-on détester quelqu'un sans le connaître, juste à cause d'un nom, ou d'actions qui ne relevaient pas de son fait ?
- Non Rose. Pas plus, pas moins, ronchonna Scorpius.
- Tu vas avoir des ennuis ? Demanda-t-elle, soucieuse. Je veux pas que tu aies d'ennui à cause de moi.
Scorpius savait que Rose faisait référence aux lettres acerbes et pleines de critiques de son père, qui plongeaient toujours le blond dans un mutisme long de plusieurs jours. C'était généralement des jours pendant lesquels plus personne ne riait, plus personne ne faisait de blagues, ne plaisantait. Le monde s'arrêtait d'être gai et coloré quand Scorpius était triste et morose. Elle le savait parfaitement.
- Je m'en fiche des ennuis.
Rose savait qu'il mentait. Il ne s'en fichait pas du tout, de l'indifférence de son père à ses problèmes, et de celle de sa mère pour sa vie toute entière…
