- Albus dit que Rose a un sacré mal de tête, mais qu'elle va bien ! Lui apprit Telma.
- Tant mieux, fit Scorpius. Ça lui évitera de recommencer à boire comme un trou.
Il avait enlevé ses chaussures avant de s'asseoir sur le lit de son amie, seul endroit où il était en vérité, possible de se poser.
- Pourtant, je lui ai toujours donné ma super technique anti-gueule de bois !
- Qui est ? Haussa un sourcil Scorpius.
- Un verre d'eau, un verre d'alcool, un verre d'eau, un verre d'alcool… S'hydrater c'est la clef !
Scorpius piqua une chips et l'avala toute entière. L'appartement de Telma était assez petit mais il s'y sentait bien. Il y avait toujours une multitude de toiles inachevées partout dans la pièce et au fil de ses visites, Scorpius avait le temps de les voir se colorer. La jeune femme se leva, pour farfouiller quelque chose dans le frigo et en ressortit une quiche de légumes :
- A l'hôpital, on nous donne des cours de cuisine pour nous apprendre un nouvel aspect de notre relation avec la nourriture, énonça-t-elle en coupant une part pour l'offrir à son ami.
- C'est cool, hocha-t-il la tête. T'as l'air d'aller bien.
Ca faisait deux ans qu'ils avaient quitté Poudlard. Telma n'habitait plus chez ses parents et Scorpius savait qu'elle suivait un programme à Sainte-Mangouste, pour soigner ses troubles alimentaires du comportement. C'était Oscar, qui l'avait emmenée la première fois. Telma s'y était rendue seule les fois d'après. Aujourd'hui, la jeune femme mangeait normalement.
- Tu crois qu'on devrait s'inquiéter pour Rose ? Demanda Telma.
La brune s'était concentrée sur ses problèmes pendant plus d'un an et avait négligé son amitié avec Rose. Elle ne s'était pas rendue compte que sa meilleure-amie avait souffert pendant cette année…
- Albus dit que non.
- Et toi tu dis quoi ?
- Je dis rien. C'est Rose. On passe notre temps à s'inquiéter pour elle, mais elle s'en sort bien.
Scorpius l'avait toujours constaté. Il comprenait l'envie de Ryley, d'Oscar, de Telma et d'Albus de couver Rose et de la protéger. Lui aussi, parfois, il le voulait. Mais c'était bien vite oublier que Rose était aussi capable de se défendre toute seule, et qu'il fallait bien lui en laisser l'occasion. Ils ne seraient pas toujours à ses côtés pour l'aider à se sortir des mauvaises situations qu'elle auraient à affronter. Hier, il avait pu constater que Rose pouvait se montrer très féroce quand elle le désirait. Elle avait bien répondu à ces filles … Scorpius n'avait même pas eu besoin d'intervenir.
- Je n'en suis pas si sûre, grimaça Telma. Je crois qu'elle est souvent seule à la fac.
- Rose a toujours aimé être seule, répondit Scorpius.
- Je ne sais pas. J'ai peur qu'elle le soit parce qu'elle n'a pas le choix, qu'elle n'arrive pas à parler ou à communiquer avec les autres.
- J'ai discuté avec mon cousin Quentin, lui apprit le blond. Il est en droit magique lui aussi.
- Il a deux ans de plus que nous non ? l'interrogea Telma.
Scorpius hocha la tête et mordit un bout de sa part de quiche. Elle était drôlement bonne.
- Il dit que Rose est tout le temps fourrée à la bibliothèque et qu'elle parle de temps en temps à quelques personnes. Il l'a déjà vu en train de discuter avec des enseignants à la fin des cours…
Telma lâcha sa part et regarda attentivement Scorpius :
- T'as demandé à ton cousin de surveiller Rose ?
- Pas vraiment, avoua-t-il nerveusement. Je demandais juste des nouvelles. On sait tous que Rose ne dira jamais d'elle-même que quelque chose ne va pas dans sa vie.
- T'as eu raison.
- Il m'a aussi dit que Rose traînait de temps en temps avec d'autres filles. Sûrement celles d'hier.
- La pauvre…
Scorpius repensa à l'épisode de la veille. Ca le mettait en colère qu'on profite de Rose de la sorte. Ceci-dit, Rose avait besoin de faire ses propres erreurs, et là, il ne doutait pas que celle-ci lui servirait de leçon et qu'elle se monterait peut-être moins naïve à l'avenir.
- Elle s'en sortira, affirma-t-il. C'est une vraie balle rebondissante cette fille. Elle se relève toujours.
Scorpius ne pouvait pas s'empêcher d'avoir peur. Parce que, certes, Rose se relevait, mais toujours un peu plus faible que la fois d'avant.
- Peut-être que si elle changeait d'environnement, qu'elle était plongée dans un monde où personne ne saurait qu'elle est Rose Weasley… Peut-être que ça l'aiderait.
- Sûrement, approuva Telma.
Scorpius songea à ce papier dans sa poche, qu'il avait trouvé par terre dans la rue, en venant chez Telma. C'était une annonce, rédigée sur un papier tout froissé et déchiré par endroit. Un bar dans le coin recherchait une serveuse… Peut-être que ça ferait du bien à Rose.
- Et toi ?
- Quoi moi ? Demanda Scorpius la bouche pleine.
- Pourquoi t'es chez moi ?
- Albus est chez ses parents. Repas du dimanche midi, expliqua-t-il. J'avais pas le coeur à rester seul.
- T'aurais pu aller chez tes parents.
Scorpius s'étouffa avec sa part de quiche.
- Toi aussi, tu pourrais être chez tes parents, rétorqua-t-il un peu méchamment.
- Ma mère serait enchantée de savoir que tu es dans mon lit.
- Chérie, je suis pas dans ton lit, mais sur ton lit ! Rectifia Scorpius.
Telma s'esclaffa avant de soupirer :
- C'est dingue qu'après tout ce temps elle n'ait toujours pas laissé tomber.
Telma continuait de communiquer de temps en temps avec ses parents, mais cela restait toujours très brefs et les discussions tournaient généralement autour de son poids, d'un potentiel petit-ami … Telma était certaine que si elle perdait dix kilos, et se mettait en couple avec Scorpius, sa mère se mettrait peut-être à l'aimer. Le problème, c'est qu'elle, elle ne s'aimerait plus…
- C'est clair.
Scorpius finit de manger. Il aimait bien venir ici. C'était un peu son deuxième refuge. Telma était bien la seule à le comprendre quand il s'agissait de parents désastreux. Ceux de Scorpius, ne donnaient plus trop de nouvelles dernièrement. Il ne savait pas quoi en penser.
Le silence était-il préférable aux reproches ?
Scorpius avait la sensation d'être ignoré, de ne plus du tout exister à leurs yeux. Il avait longtemps cru que c'était ce qu'il voulait. Mais maintenant… Maintenant il n'en était plus trop sûr.
Il observa une nouvelle fois la pièce et son regard s'illumina, en tombant sur une veste qu'il reconnaissait entre mille. Elle appartenait à Oscar.
- T'es vraiment certaine que le nom Londubat ne satisferait pas ta mère ? La nargua-t-il.
Telma suivit le regard du blond et lui donna un coup dans l'épaule.
- Oh tais-toi, je t'en prie, ronchonna-t-elle en rougissant.
