PARTIE V – UN SUCRE ET UN CAFÉ - AOÛT 2026

Rose lisait et faisait la vaisselle en même temps. Être multitâche, c'était vraiment super. Alors, Rose lisait ses notes de cours, en même temps qu'elle essuyait et rangeait les verres. Elle leva les yeux pour regarder si tout se passait bien derrière le bar. Les clients étaient peu nombreux en début d'aprés-midi… De toute façon, le Tropic's n'était jamais très fréquenté. C'était toujours assez tranquille. Un bar calme, où les situations gênantes étaient peu nombreuses, mais juste assez pour qu'elle commence à se soigner doucement de son anxiété sociale.

Rose adorait son petit job … Elle avait décroché un poste de serveuse dans un bar moldu, et si l'endroit était perdu dans Londres et qu'elle regrettait parfois l'absence de silence, supportait assez mal le brouhaha constant et entêtant, Rose était ravie. Ça lui faisait du bien de rencontrer d'autres personnes, de fréquenter des gens qui ne savaient pas qui elle était, qui n'écarquillaient pas les yeux quand elle prononçait son nom de famille. Ou des gens qui ne profitaient pas d'elle…

Finalement, l'épisode « Mary et Julie » c'était bien terminé. Elle les évitait soigneusement dans les couloirs de la faculté et s'arrangeait pour ne pas avoir à leur parler. Rose avait arrêté de boire et avait fait juré à toute la bande de ne plus jamais parler de cette soirée. Bien évidemment, ils se faisaient toujours tous un plaisir de lui remontrer cette photo d'elle, en train de dormir à même le sol de la salle de bain d'Albus et Scorpius, de la bave coulant le long de son menton. Après cette soirée, la simple idée de boire de l'alcool lui donnait envie de vomir.

Sans même le savoir, Rose en avait eu besoin de ce job… Ses études l'avaient un peu épuisée. Étudier le droit magique lui plaisait réellement, mais parfois, elle aurait aimé tout mettre sur pause. La jeune femme n'espérait qu'une chose : souffler un peu et prendre du recul, découvrir le monde moldu.

- Rose, y'a ton beau gosse ! La taquina Emma, une de ses collègues.

Les joues de la rousse prirent une teinte rosée et elle baissa les yeux, se sentant un peu coupable.

- Ce n'est pas mon « beau gosse », rétorqua-t-elle en bafouillant.

- Il vient tous les jours depuis que tu travailles…, ricana Emma. Et quand tu lui annonces le plat du jour, il te regarde toujours comme si tu lui récitais la meilleure des poésies…

- Peut-être qu'il trouve l'émincé de thon sur son lit de tartare de légume poétique, se défendit Rose.

- Aaron a le béguin pour toi ma poule, se contenta de soupirer Emma. Va le voir.

- Plus tard, rougit Rose.

Elle aimait bien Aaron. Vraiment. Il avait un sourire craquant, et des fossettes absolument divines, qui se creusaient chaque fois que ses lèvres s'animaient. Elle attendait sa visite tous les jours, et priait chaque fois qu'elle approchait de sa table, pour ne pas bafouiller et ne pas renverser son assiette ou son verre, à cause de ses mains moites et glissantes. Une Rose qui avait le béguin, était une Rose plus maladroite que d'ordinaire et une Rose vraiment pas glamour.

Elle inspira, expira, essaye de se donner du courage.

« Ce n'est qu'un garçon ».

- Rose ! Nous avons tellement galéré à trouver ce bar ! Fit une voix derrière elle, la faisant sursauter.

Elle dirigea son regard vers la porte d'entrée et se figea, en voyant arriver Albus, Ryley, Oscar, Scorpius et Telma. Elle prit un morceau de pain et le mâchouilla nerveusement. Qu'est-ce qu'ils faisaient ici ? C'était son petit temple de sérénité ce bar !

- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? C'est mon geborgenheit ! Couina Rose.

- Allemand ? Haussa un sourcil Scorpius.

- C'est un mot qui désigne un endroit à la fois sûr, cosy, chaud et confortable, traduisit Rose.

Telma courut vers elle, pour la prendre dans ses bras. Rose répondit à son étreinte par automatisme et envoya des signaux d'alarme à Albus, qui haussa les épaules. Scorpius Malfoy et son petit sourire mauvais lui donnaient déjà envie de hurler et la rendaient patraque. Pourquoi l'idée d'avoir Scorpius Malfoy comme client la rendait si nerveuse ? Sûrement parce que depuis l'épisode « robe dorée et vomis » elle n'osait même plus le regarder dans les yeux. Oscar la salua d'un petit signe de main, et Ryley piqua un morceau de pain dans la corbeille. Rose lorgna vers Emma, occupée à flirter avec un brun au visage marqué par l'acné et aux lunettes carrés. Elle soupira et essaya de se détendre. Elle s'imagina sur une plage déserte, et se décida à installer ses amis à une table. Et la seule pouvant accueillir tout ce joyeux monde était juste à côté de celle où se trouvait Aaron et ses yeux bleu marine…

- C'est tes amis Rose ? Demanda Emma en passant derrière elle.

- Oui. Et je ne sais pas comment ils ont fait pour trouver l'adresse de ce bar, articula-t-elle en gardant les dents serrées.

- Ce n'était pas très compliqué, assura Oscar. On t'a suivit. Au départ, on pensait que t'avais une relation amoureuse, parce que tu faisais beaucoup de cachotteries mais Scor…

Scorpius lui écrasa lourdement le pied, et l'ancien Serpentard se tut.

- Je m'occupe d'eux si tu veux, proposa Emma à Rose. Comme ça tu peux t'occuper d'Aaron ! Dit-elle tout haut.

« Je suis maudite »… Et elle se mit presque à prier pour qu'un camion défonce les murs du bar pour faire diversion afin de prendre la fuite en toute discrétion.

- C'est qui Aaron ? s'esclaffa Scorpius.

- Oui. C'est qui Aaron ? Répéta Telma en poussant du coude Rose.

Le visage de Rose était aussi rouge que les sièges du bar, bien cramoisis.

- Personne, répondit-elle un peu trop vite.

- Son beau gosse, fit Emma au même moment en désignant Aaron à la table juste à côté.

- Je vous entends parfaitement, rit légèrement ce-dernier.

Rose se liquéfia sur place et jura sentir une goutte de sueur descendre le long de son cou. Elle avait honte, vraiment honte. Son corps entier était incandescent.

- Rose va t'apporter un café Aaron. N'est-ce pas Rose ? La secoua Emma.

- Oui, oui, couina-t-elle.

« Mais Rose va s'enterrer avant de faire ça ! » pensa-t-elle très fort. La jeune femme essaya de se donner une constance et se retourna lentement.

- Combien de café dans ton sucre ?

Aaron la regarda interloqué, et tout le monde éclata de rire. Rose ferma les yeux. Elle rêvait. C'était un mauvais rêve… Elle allait se réveiller chez elle, dans son lit, sous ses couvertures.

- Tu t'imagines dans un gebordgenheit là ? Railla Scorpius.

- Rose te demande combien de sucre tu veux dans ton café, reprit Emma.

- J'avais compris, sourit Aaron. Deux, s'il te plaît, Rose ! Fit-il en se tournant vers elle.

Le rire de Scorpius résonnait plus fort que les autres.

- Tu ne nous proposes pas de cafés à nous ? Se moqua-t-il.

Il ignora la pointe de jalousie qui crevait un peu son coeur, comme chaque fois qu'il était question de voir Rose, qui observait toujours le monde autour d'elle, sauf lui.

- Tu veux un café Scorpius ? Demanda Rose d'un ton laconique.

- Avec plaisir Rose. Sans sucre, sourit le blond de toutes ses dents.

Rose s'exécuta après avoir prit les commandes de ses amis. Elle apporta son café à Aaron, sans rien renverser, et en réussissant même à lui offrir un sourire qu'elle souhaitait « sexy »… Elle avait vérifié qu'elle n'avait rien de coincé entre les dents juste avant, bien évidemment.

- Va donc t'asseoir avec eux, lui proposa Emma en désignant la table de ses amis. Je peux gérer seule et tu bosses depuis ce matin.

- J'attends qu'Aaron s'en aille. Ils sont sauvages et incapables de tenir leur langue.

- Mais le mal est déjà fait, ma pauvre Rose, plaisanta Emma.

La rousse haussa les épaules et jeta un œil à l'horloge au-dessus du mur. Aaron s'en irait dans un petit quart d'heure, pour reprendre son service. De ce qu'elle en avait compris, Aaron était maçon. Quelques fois, il l'invitait à se joindre à lui, elle prenait sa pause en sa compagnie, en mangeant un sandwich qu'il grignotait avec elle. Rose savait qu'il avait une sœur jumelle et qu'il avait grandi en Écosse. Il aimait tout ce qui avait du pastrami, le café et l'odeur du bois. Il avait vingt-et-un an et adorait sa chienne, Geisha, un berger allemand tout blanc. Discuter avec Aaron était simple. Enfin, la plupart du temps, elle l'écoutait, parce qu'elle, elle n'osait pas parler. Elle avait toujours peur de l'ennuyer, ou pire, de parler de magie. Aaron était moldu. Elle craignait qu'il ne la trouve bizarre, alors, elle préférait se taire. Et quand bien même, en présence d'Aaron elle avait toujours du mal à trouver les mots.

Elle compta les minutes, jusqu'à ce qu'Aaron parte. Elle se remit à souffler normalement et rejoignit ses amis. Ils se serrèrent sur la banquette, et Rose s'assit à côté de Scorpius. Lui, il le sentit instantanément. Le contact de leurs cuisses qui se touchaient… Il se fit violence pour ne rien laisser paraître et se força à garder une expression neutre. Il n'avait plus quinze ans bordel !

Pourtant, tout dans son corps lui indiquait le contraire.

Et quand il observait Rose agir comme si de rien n'était, ça le mettait un peu en colère. Elle ne ressentait pas ce truc ? Cette vague de chaleur qui s'écrasait contre son cœur et qui revenait à la charge inlassablement ?

- Il est sympa cet endroit, commenta Scorpius.

Rose hocha la tête :

- Trés hygge. C'est pour ça que j'ai demandé à y travailler.

Il aimait tant l'entendre parler. Il aimait sa voix… Quand elle s'exprimait, elle semblait si sûre de ce qu'elle disait.

- Hygge ?

- C'est danois. Ca veut dire intime, charmant, quelque chose que l'on partage avec des lumières douces et des amis… C'est un concept très intéressant !

- Il est vraiment trop mignon cet Aaron, commenta Telma en la coupant.

- Il porte des bottes de pluie ! s'indigna Ryley.

- Il travaille sur un chantier en ce moment, expliqua Rose. Et elles sont très choues ses bottes de pluie !

- Choues ? Répéta Scorpius en ricanant. Vraiment ?

- Oui ! Vraiment ! Assura Rose en lui piquant sa tasse de café comme si c'était la sienne.

Elle en but une gorgée et reposa la tasse sur la soucoupe. Scorpius sourit. Elle pouvait bien la boire toute entière cette tasse, il s'en fichait pas mal.

- Je l'aime vraiment bien, avoua-t-elle.

- Il a l'air de t'apprécier, la rassura Telma. C'est déjà un bon début !

- Tu me connais. Je ne cours pas le guilledou et tout ça… Je connais pas, geignit Rose.

Personne ne nota l'expression de Rose, vieille comme le monde et totalement incongrue.

- En plus il est moldu et j'ai peur de gaffer ou qu'il me trouve étrange ! Ajouta-t-elle.

- Mais Rose… Tu es étrange ! Lui apprit Oscar en tapotant son épaule, l'air désolé.

Elle dégagea sa main en faisant mine d'épousseter son épaule et le foudroya du regard.

- Arrête de te moquer ! Je suis pas comme toi ! J'ai jamais eu de relations et je sais pas faire… Ce genre de truc !

- C'est juste un mec, Rose ! Leva les yeux au ciel Telma. Arrête de te triturer les méninges et demande-lui de sortir avec toi !

- Jamais de la vie ! s'injuria-t-elle.

- On n'a plus seize ans, Rose ! Telma a raison, ajouta Ryley.

La rousse foudroya son ami du regard, qui se ratatina sur son siège. Elle lui aurait bien dit qu'elle n'avait pas de conseils à recevoir de sa part, surtout quand on savait qu'Oscar était incapable de dire à Telma qu'il était raide dingue d'elle depuis ses quatorze ans. Rose n'était pas méchante. Mais si elle l'avait été, c'est ce qu'elle lui aurait répondu.

- Comment tu fais toi ? Demanda Rose à Albus. Pour demander à un garçon de sortir avec toi, tu fais comment ?

- Je suis hétérosexuel Rose, t'es au courant j'espère ? s'amusa ce-denier.

- Le processus est le même pour une femme ou un homme j'imagine ! Leva les yeux au ciel Rose.

- Pas vraiment. Quand je demande à un mec, je suis moins subtil. Faut y aller franco, on est plus long à la détente, l'informa Ryley en buvant une gorgée de son jus d'orange.

Toute la tablée se retourna vers lui, interloquée.

- T'es déjà sorti avec un mec toi ? Fronça des sourcils Oscar.

- Ouais, répondit simplement Ryley.

- Qui ? Insista Scorpius.

Rose lui écrasa le pied avec violence et il laissa échapper un petit cri :

- Ça ne nous regarde pas !

- Tu connais ton cousin Quentin ? Continua Ryley en s'adressant à Scorpius.

- Bien sûr que je connais mon cousin Quen… Oh ! Laissa échapper le blond en comprenant. C'est cool, murmura-t-il après quelques secondes.

- Un très mauvais coup ton cousin. Pas très habile avec ses mai...

- STOP ! Cria Scorpius. On s'arrête ici. Le prochain repas de famille est dimanche prochain et j'aimerais bien regarder Quentin droit dans les yeux.

- Fais pas l'enfant, soupira Telma. Tu sais très bien que ton cousin a une vie sexuelle …

- Bien sûr. Je savais juste pas qu'elle coïncidait avec celle de Ryley ! Répondit le blond.

- Ce n'est arrivé qu'une fois. Enfin plusieurs fois dans la même nuit mais qu'une…, se reprit Ryley.

- STOP ! Le coupa une nouvelle fois Scorpius. On peut revenir aux problèmes de Rose ?

- Chope le par les épaules et embrasse-le directement ! Proposa Telma.

- Dis-lui très clairement tes intentions, insista Ryley.

- Offre lui un repas et invite-le à voir un film, énonça simplement Oscar.

- Ou attend qu'il te demande, haussa des épaules Albus. C'est plus gratifiant d'être celui après qui on court que d'être celui qui court…

Rose se tourna vers Scorpius, attendant sa réponse.

- Quoi ? Écarquilla-t-il les yeux.

- Tu ferais quoi toi ?

- Pourquoi ça t'intéresse ? s'étonna Scorpius.

- Parce que t'es celui qui a le plus d'expérience ici !

- Tu t'imagines des trucs Rose. Je t'assure que ton cousin ici présent a bien plus…

- Bon répond à sa question Scorpius ! l'interrompit le brun en lui lançant un regard noir. Rosie n'a pas plus envie que toi de connaître les détails de la vie intime de son cousin !

Scorpius frissonna et prit son temps pour répondre.

- Bon Scorpius, je sais que tu n'as pas le cerveau le plus ubéreux de la bande mais quand même, pesta Rose.

- Je ne sais pas de quoi tu viens qualifier mon cerveau, mais je le prends très mal ! Rétorqua le blond.

- D'infécond, marmonna Rose. Je viens de qualifier ton cerveau d'infécond.

Scorpius se mit à sourire. Il aimait vraiment ça, quand Rose expliquait ce qu'elle venait de dire… Vraiment trop. Il s'esclaffa légèrement et devant les regards insistants de ses amis, répondit finalement :

- Je te défierais, avoua-t-il en plongeant ses yeux dans ceux de Rose.

- Quoi ?

- Je te défierais de sortir avec lui et j'attendrais que tu craques et le fasses juste pour me prouver que t'es pas une poule mouillée.

- C'est vrai que ça marche toujours, approuva Telma.

Rose se cacha à l'intérieur de ses bras et laissa sa tête retomber lourdement sur la table.

- Il me plaît vraiment beaucoup…

- S'il te plaisait vraiment, tu n'aurais pas aussi peur d'aller lui parler ! Lui fit Scorpius. T'es peut-être une grande timide, mais ça devrait pas te faire aussi peur…

- L'écoute pas, Rosie ! Le fit taire Telma. Tu le connais depuis quand ?

- Depuis que je travaille ici.

- Donc depuis cet hiver ?

Elle compta sur ses doigts… Elle avait commencé à travailler après le fiasco de la soirée chez Albus et Scorpius. On était maintenant en août…

- Oui, huit mois tout au plus.

- Et il ne t'a toujours pas invitée ? s'indigna Ryley. Laisse tomber, tu vaux mieux.

Ils hochèrent tous la tête. Rose leva les yeux au ciel.

- Peut-être qu'il ne sait pas comment s'y prendre, comme moi…

- Peut-être, la rassura Telma.

- Pourquoi c'est toujours aussi compliqué les relations amoureuses ? Se plaignit Rose.

- Parce que toi, tu compliques toujours naturellement tout, Rose ! Affirma Scorpius. Et pourquoi tu parles déjà d'amour ? Tu peux sortir avec quelqu'un sans tout de suite envoyer les faire-parts de mariage ! Passer du bon temps, s'amuser, lâcher prise… Tu sais ? Ce genre de trucs ?

Offusquée Rose porta une main sur son coeur quand tous les autres hochèrent une nouvelle fois la tête :

- Il a pas tort, approuva Albus. Tu te prends trop la tête.

Rose lui lança des sachets de sucre en pleine tête, qu'il esquiva avec justesse. Ils éclatèrent tous de rire et la rousse se redressa, le dos de nouveau droit. C'était dans des instants comme ceux-ci qu'elle se rendait compte de ce qu'elle avait raté à Poudlard. Elle ne s'était pas assez ouverte aux autres, les avait parfois même rejeté. Les gens autour de cette table, étaient tous ses amis et si elle avait mis du temps à s'en rendre compte, aujourd'hui, elle chérissait tout ce qu'elle avait partagé avec eux par le passé, et tout ce qu'ils partageraient ensemble à l'avenir. Peut-être que sans Albus, elle n'aurait jamais été amis avec Ryley, Oscar, Telma et Scorpius… Mais finalement, elle s'en fichait :l'important c'était qu'ils le soient. Rose ne disait jamais ce qu'elle ressentait. Pourtant, elle les aimait. Elle savait qu'ils le savaient et ils l'appréciaient comme ça… Même Scorpius, qu'elle avait toujours plus ou moins ignoré, était son ami. Elle n'envisageait plus sa vie sans eux. Ils avaient toujours été à ses côtés, toujours été présents quand elle en avait besoin.

- Rose ! Tu peux ranger la terrasse côté rue s'il te plaît ? J'ai peur qu'il ne se mette à pleuvoir ! Lui demanda gentiment Emma.

Rose s'exécuta et se leva énergiquement, laissant ses amis au chaud, à l'intérieur. Le vent s'était levé dehors et elle partit en quête d'un élastique pour attacher ses cheveux. Une main lui en tendit un, juste devant ses yeux et elle se retourna pour faire face à Ryley, qui lui souriait, une cigarette entre les doigts. Rose fronça les sourcils et Ryley soupira :

- Vas-y, dis-le. Sinon tu vas exploser.

- Tu vas te détruire la santé si tu fumes !

- Tu te sens mieux ?

- Un peu. Mais je me sentirais encore mieux si tu jetais ce paquet.

- Je m'arrête quand je veux, haussa-t-il les épaules. Et je suis venu t'aider.

- Tant que tu n'es pas un pétuneur …

- C'est quoi ça ? Demanda Ryley en soupirant. Tu sais bien qu'il n'y a que Scorpius qui retient tes mots compliqués.

- C'est quelqu'un qui aime fumer et qui ne peut s'en passer.

Rose lui offrit un petit sourire et commença à empiler les chaises et à ranger les tables sous le préau.

- Tu sais, par rapport au cousin de Scorpius et tout ça, bredouilla Rose. Je suis contente que tu nous en aies parlé. Que tu nous fasses confiance et que tu te sentes à l'aise…. Enfin, tu vois.

Ryley laissa s'échapper une volute de fumée grisâtre de ses lèvres, les yeux pétillants.

- Je ne voulais pas en faire tout un plat.

Nerveux, Ryley passa une main dans ses cheveux mi-longs, frisés et noirs.

- Tu avais peur ? s'étonna Rose.

- Un peu, avoua le métisse. J'avais cette petite crainte que vous ne me trouviez pas normal.

- Mais t'es normal…, murmura Rose.

- Juste un peu plus beau que la moyenne ! La taquina l'ancien Serpentard.

- Si quelqu'un est anormal, de nous deux, c'est moi, plaisanta-t-elle pour le rassurer. Je suis Rose Weasley, je te rappelle. Je suis bizarre, renfermée, je disjoncte parfois et bois trop en dansant sur la table de salon de mon cousin…

- T'as une sérieuse anxiété sociale qui te met la misère, et moi je suis bisexuel. Albus a un complexe d'infériorité à cause de son frère. Telma n'a toujours pas réglé ses problèmes de troubles alimentaires. Oscar est incapable de tenir tête à qui que ce soit et Scorpius lui, il vit dans son monde de farces et de blagues parce qu'il veut oublier son enfance toute pourrie. On est tous anormaux dans ce groupe. C'est pour ça qu'on s'entend aussi bien depuis qu'on est gosse…

Rose le prit dans ses bras et Ryley, sa cigarette toujours à la bouche la serra dans les siens.

- Tu sais, je suis vraiment heureux d'être ton ami.

Rose s'éloigna et lui retira sa cigarette de la bouche pour la jeter dans le cendrier en riant :

- Même quand je fais ça ?

- Surtout quand tu fais ça !

Ils rentrèrent, un peu trempés. Emma avait vu juste et la pluie tombait à grosses gouttes. Rose essora ses cheveux et regarda la pluie tomber après s'être rassise auprès de ses amis.

- J'aime vraiment l'odeur du pétrichor, murmura Rose.

- C'est quoi ? Demanda Scorpius.

- L'odeur de la pluie sur le goudron, inspira-t-elle encore une fois pour sentir le parfum.

Albus et Telma avaient commencé à jouer aux cartes et Scorpius regardait droit devant lui, totalement ailleurs. Rose se releva et s'arrêta un instant au bar, pour leur refaire des boissons, qu'elle déposa devant eux.

- Café noir sans sucre ! Annonça Rose en posant la tasse devant Scorpius.

Ce dernier lui sourit pour la remercier. En passant devant la table d'Aaron pour ranger son plateau, elle remarqua son porte-monnaie, qu'il avait probablement oublié. Elle le prit délicatement et retourna s'asseoir avec ses amis.

- Tu te lances dans une carrière de pickpocket Rose ? La nargua le blond.

- C'est à Aaron. Il a du l'oublier.

Au même instant, ce dernier entra dans le bar et Scorpius se pencha vers elle.

- Non, s'exclama-t-elle sans lui laisser le temps de dire quoique ce soit. Ne me fais pas ça.

Un sourire narquois sur le visage, Scorpius chuchota à son oreille :

- Je te défie de lui demander de sortir avec toi.

Rose se mit à gémir et tout le monde se mit à rire. Elle les fusilla du regard :

- Ça vous fait toujours rire de le voir me torturer comme ça ?

- T'es pas obligée d'accepter, fit remarqua Albus.

- Poule mouillée, l'accusa Scorpius.

Rose grinça des dents et se leva péniblement, le porte-monnaie d'Aaron dans les mains. Elle se dirigea vers lui et à chacun de ses pas, Scorpius sentit son coeur se contracter un peu plus. Il tendit l'oreille, pour les écouter. Rose se retourna vers ses amis, toute blanche, des millions de petits frissons éclectiques parcourant sa peau. Telma leva ses deux pouces en l'air et Albus lui offrit un petit sourire encourageant. Rose inspira, expira, et décida de se lancer :

- Tuveuxbiensortiravecmoisamediprochain ?

- Pardon ? s'excusa Aaron en écarquillant les yeux.

- Elle te demande de sortir avec elle ce samedi, répéta Emma qui passait par là.

- Oh !

Aaron passa une main dans ses cheveux auburn.

- Non.

- Non ? Répéta Rose en se figeant.

Elle commença à se liquéfier sur place.

- Enfin non, je veux dire oui, mais pas ce samedi.

- Oh !

- On est pas sorti de l'auberge, commenta Telma.

- J'ai déjà un truc de prévu. Mais demain, je suis libre.

- Demain ? Ce demain ? Demanda Rose.

Ryley frappa sa tête contre la table et Albus éclata de rire.

- C'est plus une auberge là, c'est carrément un labyrinthe, soupira Oscar.

- Oui ce demain, répondit enfin Aaron en rougissant. Tu aimes les musées ?

- Le malheureux. Il demande si Rose aime les musées ! s'horrifia Telma.

- J'adore !

- Il y a une exposition temporaire en ce moment, sur les peintres français et…

- L'impressionnisme ! Termina Rose à sa place. J'ai très envie d'aller la voir !

- Je réserve mes samedis pour leur futur mariage, lâcha Telma.

- Je rédige les faire-parts ! Approuva Ryley en jetant un œil à Scorpius. Je crois qu'il y a matière à s'emballer là…

- Super on peut y aller alors !répondit Aaron entre-temps.

- Cool ! Ajouta Rose en se balançant d'avant en arrière sur ses pieds.

- A demain alors, murmura Aaron.

Il s'en alla, et Rose se retourna une nouvelle fois vers ses amis, les joues toutes rouges et un sourire immense sur le visage. Elle se lança dans une danse de la joie en sautillant dans tous les sens, et tout le monde la regarda. Elle était fascinante Rose.

- Eh ! Rosie ! l'interpella Oscar alors qu'elle tournait sur elle-même les bras en l'air.

- Quoi ?

- Son porte monnaie …, remarque Oscar en désignant du doigt l'objet que Rose tenait dans sa main droite.

- Mince j'ai oublié de lui rendre.

- Rattrappe-le ! Lui conseilla Telma.

- Oui !

Rose se mit à courir et quitta le bar qui perdit tout de suite quelques degrés. Scorpius était resté en retrait pendant tout ce temps, et bougonnait dans son coin. Il n'avait pas touché à son café.

- Bois-le, il va vite refroidir…, lui conseilla Telma.

Scorpius jeta un œil à Rose, à travers les vitres du café. Elle discutait avec Aaron qui riait comme si Rose venait de raconter la blague de l'année. La pointe de jalousie grossit et perça encore un peu plus son cœur.

- Ce n'est pas grave. De toute façon je n'aime pas trop le café…

- Scorpius…

Il leva les yeux vers Telma. La brune mordillait ses lèvres et ils s'étaient tous tu. Son amie posa sa main sur la sienne.

- T'en pinces vraiment pour elle, hein ? Lui demanda Oscar.

Scorpius ne répondit rien. Parce qu'il n'y avait rien à dire…

- C'est quoi déjà l'expression d'Oscar ? Fit Ryley.

- On est pas sortis du labyrinthe ? Proposa Telma.

- Ouais, approuva Albus. On n'est pas sortis du labyrinthe…

Scorpius les ignora. Il allait laisser faire les choses, laisser faire Rose. Il allait la regarder faire ses propres erreurs, s'épanouir, rire, être heureuse, même dans les bras d'Aaron, parce qu'ils avaient l'air d'être sur la même longueur d'ondes, avaient à peine échanger mais semblaient tant partager… Scorpius continuerait de la taquiner, de la pousser à bout, de la défier … C'était bien ce qu'on faisait, non ? Quand on aimait quelqu'un ? C'était bien ce qu'on faisait…