- Qu'est-ce que je suis censée porter ? s'affola Rose.
Albus leva les yeux de la Gazette du sorcier et observa sa cousine, en train de faire les cent pas dans sa chambre. Il était certain que tante Hermione et oncle Ron étaient à deux doigts de débarquer dans la chambre de leur fille pour lui demander d'arrêter de marteler le sol et de faire des courants d'air dans toute la maison.
- Je n'ai porté cette robe qu'une seule fois.
- Et t'avais douze ans, se rappela Albus. A moins que tu ne veuilles montrer tes fesses à tout Londres, je te conseille de porter autre chose, ricana-t-il.
Rose s'empourpra et jeta la robe sur le sol pour en tendre une autre en direction de son cousin :
- Rose, t'aimes pas porter de robe !
- C'est vrai.
- Alors pourquoi tu t'obstines ? T'es pas à l'aise quand tu en mets !
- Mais c'est plus joli, non ?
Albus soupira et jeta la Gazette du sorcier prés de la robe.
- T'es jolie quand t'es toi-même.
- Avec mes vieux pulls et mes jeans tout rapiécés ? Haussa-t-elle un sourcil, dubitative.
- Il te voit tous les jours avec tes vieux pulls et tes jeans tout rapiécés.
- Peut-être qu'il s'attend à ce que je sois mieux habillée le week-end, geignit Rose.
Finalement, après deux longues heures d'hésitations la rousse se décida à porter son pull rose favori et son jean noir. C'était classique. Pas très élégant. Mais c'était elle.
- Tu crois qu'il faut que je me maquille ? Demanda-t-elle.
- J'en sais rien.
- Tu m'aides vraiment pas.
- Tu t'adresses pas à la bonne personne. Je suis sûr que Telma serait ravie de t'aider, rit son cousin.
- La dernière fois que j'ai essayé de mettre du mascara, j'ai faillis perdre un œil.
- Exact, se rappela Albus.
Rose détailla son reflet dans le miroir. Elle aurait aimé être comme Telma, avoir des formes généreuses, des cheveux plus disciplinés, savoir se maquiller… Telma faisait toujours de magnifiques ombrages sur ses paupières, qu'elle maquillait de toutes les couleurs. Telma n'avait peur de rien, et surtout pas de sortir avec ses bottes de pluies jaune canari et ses paupières peintes en rose fuchsia.
Rose, à cause de son anxiété sociale, faisait toujours tout pour se fondre dans la masse, mais parfois, elle aurait aimé être capable de briller, comme son amie, qu'on la remarque avec toutes ses couleurs.
- Et si jamais je ne sais pas quoi lui dire ? s'affola-t-elle encore une fois.
- Rose, tu discutes avec Aaron tous les jours depuis dès mois !
Albus avait toujours été doué pour calmer Rose. Mais là, elle était dans un tel état d'angoisse et de stress qu'il doutait être capable de quoique ce soit…
- C'est différent ! On se voyait au bar et très souvent c'est lui qui parle… Je ne sais jamais quoi lui dire. Et s'il ne me trouvait pas intéressante ? Si je l'ennuyais ? Si je n'arrivais pas à lui parler ?
Elle était en train de se ronger les ongles et de mordiller ses lèvres jusqu'au sang.
- T'arrive bien à me parler à moi, tenta de la rassurer Albus.
- T'es mon cousin. On est génétiquement programmés pour s'aimer.
Albus leva les yeux au ciel :
- J'ai jamais rien entendu un truc aussi débile. Je suis aussi le cousin de Lucy Weasley et pourtant je refuse de respirer le même oxygène que cette pimbêche !
- Toi et moi, plus particulièrement, sommes génétiquement programmés pour nous aimer, se corrigea Rose.
- T'es ma meilleure-amie parce que je t'adore, que t'es super marrante, intelligente et gentille. Et parce que tu sais toujours où oncle George cache ses nouvelles inventions et friandises. Le fait qu'on soit cousin n'a rien à voir là-dedans.
- Tu m'aimes parce que je suis ta boussole à inventions et friandises ? Haussa-t-elle un sourcil, amusée.
- Très précisément ! Se moqua le brun.
Rose arrêta de marcher le long de sa chambre et sourit à son cousin. Si elle avait été du genre tactile, elle se serait jetée dans ses bras. Si elle avait été du genre bavarde, elle lui aurait dit à quel point elle aussi, elle l'aimait. Mais elle se contenta d'un sourire, qu'Albus lui rendit.
- Aaron et toi, c'est totalement différemment. C'est un vrai garçon lui ! Reprit-elle.
- Je vais faire comme si je n'avais rien entendu, grogna Albus. Oscar, Ryley et Scorpius sont de vrais garçon aussi, je te signale.
- Oscar, je le connais depuis toujours. Ryley est un agneaux et est si bavard que je n'ai presque jamais besoin de parler.
- Et Scorpius ? Souleva le brun.
- J'en sais rien, c'est Scorpius, haussa-t-elle des épaules.
- T'arrives bien à lui parler sans paniquer et sans te ridiculiser ?
- C'est pas comparable ! C'est Scorpius, j'ai pas besoin de réfléchir à ce que je vais lui dire, ça me vient naturellement !
Leurs joutes verbales étaient habituelles. Scorpius disait quelque chose, et Rose répondait sans même y penser. Les mots coulaient le long de sa gorge comme un torrent inarrêtable. C'était peut-être son besoin irrépressible d'avoir le dernier mot qui prenait le dessus.
- Ça viendra naturellement avec Aaron aussi.
- Mais Aaron n'est pas Scorpius ! Geignit une nouvelle fois Rose.
- Tu paniques pour pas grand-chose. Ce n'est pas censé être un calvaire Rose. C'est un rendez-vous ! Ce devrait être agréable pas une source d'angoisse !
- Je suis désolée.
Albus se leva enfin, et s'approcha de sa cousine pour l'aider à enfiler son manteau. Il lui avait tenu compagnie presque toute la matinée pour l'aider à se préparer. Il doutait d'avoir été utile à quoique ce soit… Ils sortirent de la maison tous les deux, avant de transplaner à deux rues du bar où travaillait Rose, et auquel Aaron devait passer la prendre. Scorpius, Oscar, Ryley et Telma étaient à l'intérieur. Elle fronça les sourcils :
- Ils sont pas sérieux ?
- Tu t'attendais à quoi ? On croyait tous que ce jour ne viendrait jamais ! Se moqua Albus.
Le visage de Rose devient livide. Avec son anxiété sociale, il était vrai qu'elle ne s'était jamais imaginée être capable de sortir avec qui que ce soit. Peut-être qu'elle n'en était toujours pas capable et qu'elle s'apprêtait à faire une énorme erreur, et qu'elle allait se ridiculiser…
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, s'excusa Albus. On est tous heureux pour toi et ils voulaient te soutenir. Et t'offrir un verre aussi. Ryley dit que t'es beaucoup plus déridée quand t'as un peu de rhum dans le sang.
Elle leva les yeux au ciel, et ils entrèrent dans le bar. Rose avala d'une traite le verre que lui tendit Ryley et grimaça :
- Ça va bien se passer ! l'encouragea Telma d'un ton solennel.
Ses paupières étaient orange et verte aujourd'hui.
- Elle va pas à la guerre …, s'amusa Oscar.
- C'est tout comme ! Bougonna Rose.
- T'exagères, rit Albus.
Elle remit de l'ordre dans ses cheveux et tenta de les lisser un peu, nerveuse. Elle réajusta son pull, examina ses vieilles chaussures …
- T'es jolie, murmura Scorpius à son oreille, silencieux jusqu'ici.
- Tu trouves ? Demanda-t-elle en bégayant.
Le blond hocha la tête. Elle releva la tête et redressa les épaules. Quand Aaron arriva à son tour, elle se sentait prête, confiante et vraiment jolie.
