PARTIE VI – WIZARBAZARK A L'ATTAQUE - OCTOBRE 2026
- Alors ?
- Alors quoi ? Demanda Rose en lisant une mèche de cheveux.
- Avec Aaron ? Précisa Telma en se jetant sur son lit pour rejoindre sa meilleure-amie.
- Ça se passe bien. Enfin je crois.
- Rose…, soupira Telma. Ça fait trois mois que vous sortez ensemble. Ça ne peut pas juste « bien se passer ».
- Il voit d'autres filles que moi. Il m'a dit que ce n'était pas sérieux entre nous, et il m'a demandé si ça me gênait qu'il le fasse. J'ai dit non.
- Oh ! Fit Telma.
- Je l'aime vraiment bien, et je veux que ça se passe bien.
- Tu devrais voir d'autres garçons, toi aussi.
- Mais je n'en ai pas envie, bougonna-t-elle.
La rousse se retourna pour se coucher sur le dos et admirer les étoiles que Telma avaient peintes sur le plafond. Telma, c'était une artiste, une femme de talent. Elle était belle, avec ses yeux bleus clair, ses boucles brunes et ses lèvres rosées. Rose l'avait toujours admirée. Telma vivait comme elle l'entendait depuis toujours. Quand Rose avait été répartie à Serdaigle, elle l'avait vécu comme une punition. Elle pensait aller à Gryffondor, comme ses cousins et cousines. Puis, le choixpeau avait réparti Albus à Serpentard, et déjà, Rose avait senti que tout son univers s'écroulait. Elle était montée sur les marches en tremblant et avait même supplié le choixpeau pour qu'il l'envoie elle aussi à Serpentard. L'entité magique avait à peine été déposée sur sa tête, qu'elle hurlait un « Serdaigle » fort et puissant. Elle avait rejoint la table des bleus et bronzes la tête baissée. Telma était à ses côtés et lui avait dit qu'elle était persuadée qu'elles seraient de grandes amies toutes les deux. Rose avait grogné et avait sorti un livre de son sac. Le lendemain, Telma avait rencontré Albus, sachant pertinemment que Rose ne saurait jamais s'en défaire. Telma avait toujours ce qu'elle voulait.
- Tu crois que c'est normal, de n'avoir jamais embrassé personne ?
- Je te demande pardon ? Se redressa Telma, les yeux tout écarquillés. Tu n'as jamais embrassé Aaron ?
- Non, avoua timidement Rose. L'occasion ne s'est jamais présentée et je en sais pas… Peut-être qu'il a pas envie de m'embrasser.
- Si j'étais lui, j'aurais envie de t'embrasser, la consola Telma.
- T'as envie de m'embrasser ? Haussa un sourcil la rousse.
- Pas vraiment, rit Telma.
Rose laissa échapper un énième soupir. Ce soir, elle allait fêter ses dix-neuf ans, et elle n'avait jamais embrassé personne. C'était stupide comme pensée. Franchement, Rose ne voulait pas être se genre de filles nunuches qui attendaient le prince charmant comme on attendit le messie. Elle voyait juste ses amis, les gens autour d'elle qui s'aimaient, et elle, elle restait seule, coincée dans cet espèce d'entre-deux, ni adolescente, ni adulte.
- Moi je veux que ce soit avec quelqu'un d'important, dans un bel endroit et …
- N'en fais pas toute une histoire. C'est qu'un baiser. Deux lèvres qui entrent en contact, deux langues qui…
- Beurk, grimaça Rose.
- Tu vois. T'es vraiment pas dans le bon état d'esprit ! Plaisanta Telma.
- Tu l'as eu à quel âge ton premier baiser ?demanda soudainement Rose.
- Six ans.
- Ton vrai premier baiser ! Leva les yeux au ciel Rose.
- Dix-sept ans.
- C'était où ?
- Dans les escaliers qui mènent à la Tour nord, pour aller en cours de divination.
Rose n'avait jamais étudié la divination. En troisième année, quand il avait fallu choisir leurs options, elle avait boudé Telma pendant toute une semaine. Telma avait choisi de faire de la divination, quand Rose avait choisi l'arithmancie et l'étude des runes. Quand la rousse s'était aperçue qu'elle aurait à manger seule tous les mardis, elle en avait presque fait une syncope.
- Oui, je vois, répondit-elle enfin.
- C'était là. Un mardi. Il pleuvait, sourit Telma.
- Tu te souviens de tout ?
- Pas vraiment. Je me souviens juste qu'il pleuvait, parce que ça sentait l'humidité et que mes cheveux étaient atroces.
- Tes cheveux sont jamais atroces, Telma !
Rose leva le doigt en l'air, pour tracer des lignes imaginaires au-dessus de sa tête. Elle connaissait les constellations par coeur, et chacune de leurs histoires. Rose aimait les histoires. C'est peut-être ça son problème… Rose aimait les belles histoires romantiques et légères, celles où la fille aimait avec passion et où le garçon se languissait d'amour pour sa belle. Sauf que Rose attendait toujours… Elle s'était faite une idée très précise de ce que serait son premier baiser. Ce serait avec quelqu'un d'important pour elle, qui lui ferait ressentir mille sentiments. Elle passerait ses mains autour de son cou et poserait son front sur le sien. Et ça se ferait. Tout simplement.
- C'était Oscar, brisa enfin le silence Telma.
Rose ne fit aucun commentaire et resta calme.
- C'était le jour où il avait mobilisé tous les garçons, pour qu'ils portent une jupe après ce que Nott m'avait fait.
Les lèvres de Rose s'étirèrent naturellement en pensant à cette journée. Ca avait été chouette, de faire ça et Nott avait bien regretté son geste…
- C'était bien ? Souffla Rose.
Telma hocha la tête sans prononcer un seul mot.
- Tu l'aimes bien Oscar.
- Ouais. Je l'aime bien, répéta la brune.
Rose avait longtemps observé ses deux amis. Essayer de suivre Telma et Oscar, c'était toujours compliqué et personne ne s'en était jamais mêlé. Ryley avait bien essayé une fois, mais tout le monde l'en avait dissuadé.
- Parlons d'autre chose. Un truc plus joyeux. Comme ta fête d'anniversaire surprise de demain soir…
Rose grogna en se redressant à son tour. Elle remit ses lunettes sur le bout de son nez et bailla :
- On n'est pas obligé de fêter ça… Ce n'est jamais qu'un dix-neuvième anniversaire !Je me demande pourquoi Albus s'entête à vouloir me faire une fête surprise tous les ans…
- Mais j'ai déjà tout organisé avec lui ! Geignit Telma. En plus, Ryley et Oscar ont prévu d'acheter un super gâteau.
- On peut juste manger le gâteau s'il n'y a que ça, plaisanta Rose.
- Il me semble qu'Albus a même invité Aaron.
- Je te demande pardon ? Hurla presque la rousse.
Aaron était moldu. L'enfermer dans une pièce remplie de sorciers, des sorciers Weasley de surcroît, c'était vraiment la pire idée du monde et ce, depuis sa création.
- On sait bien se tenir quand même ! Se défendit Telma. Il a aussi invité Emma.
- Merlin nous vienne en aide, geignit Rose.
Elle exagérait peut-être un peu. Ce serait sûrement une petite fête, avec la famille et les amis proches, comme d'habitude. Albus la connaissait assez pour ne pas faire les choses en grands et rester simple Cependant, imaginer Aaron dans la même pièce que ses parents, c'était étrange. Quelque chose ne collait pas. La Rose qu'elle était avec lui était si différente de la Rose que ses proches connaissaient… C'était comme essayer de mélanger deux univers parallèles.
- Il faut que je rentre. J'ai oublié d'arroser les plantes d'Hugo hier et si je ne le fais pas en rentrant, il m'en voudra jusqu'à ma mort, s'exclama subitement Rose.
- Essaie pas de fuir, Weasley ! La menaça Telma.
- Mais je ne fuis pas ! Bougonna la rousse en fermant le porte de l'appartement de Telma derrière elle.
Rose quitta le bâtiment au pas de course, et trouva un petit recoin isolé, dans une rue sombre pour transplaner en toute discrétion. Telma habitait un quartier moldu peu fréquenté et perdu en périphérie de Londres. Elle disait y être au calme, et pouvoir peindre tranquillement sans être dérangée. Rose l'aimait bien, cette petite ville. Au moins, Telma avait son propre chez elle. Rose, elle, n'avait pas encore eu le courage de quitter ses parents et sa chambre d'enfant. Elle aimait tellement sa famille qu'elle se voyait mal vivre loin d'eux. Renoncer aux sifflements joyeux de son père le matin et aux rires de sa mère le soir quand son père lui faisait une blague, c'était impensable pour elle. Hugo était encore à Poudlard, et lui manquait tous les jours. Elle avait hâte qu'il rentre et en attendant, elle s'occupait de ses plantes, les rares qu'il n'avait pas pu prendre avec lui. Rose aimait sa famille …
Rose transplana jusqu'à chez elle, et déposa ses affaires dans le hall. La maison était vide. Elle grimpa les marches de l'escalier qui conduisait à l'étage, là où se trouvaient les chambres et entra dans celle d'Hugo. Elle était dans un tel état que Rose retenait son souffle chaque fois qu'elle y rentrait. On aurait dit qu'une bonne centaine de niffleurs y avaient organisé une fête, tant elle était en désordre. Sa mère disait qu'ils étaient tous chacun responsables de leurs propres affaires, et qu'elle se refusait à ranger les chambres des uns ou des autres. Mais Rose était prête à parier que si Hermione Granger-Weasley venait à mettre l'un de ses orteils dans cette chambre, elle piquerait une crise monumentale avant de tout ranger.
Rose sortit sa baguette et arrosa les plantes en suivant les instructions de son frère. Il avait laissé des post-it partout sur les murs, avec les étapes à suivre.
- Dis-donc, tu ne vas pas très bien toi, commenta-t-elle en soulevant doucement les feuilles d'une des plantes.
Elle était toute jaune et des petites tâches rougeâtres commençaient à apparaître. Rose grimaça. Si son frère apprenait dans quel état était sa plante, il en pleurerait presque et Rose détestait voir son petit frère pleurer. Elle se mit é réfléchir. Ses connaissances en botanique étaient limitées, scolaires. Elle fit les comptes dans sa tête et décida de prendre la plante avec elle, pour l'emmener chez le botaniste du Chemin de Traverse. Elle dévala les escalier, remit ses chaussures, attrapa son sac qu'elle avait abandonné dans le hall et transplana une nouvelle fois, la plante de son frère dans les mains.
Rose n'aimait pas beaucoup le Chemin de Traverse. Quand elle était petite, elle détestait s'y rendre et ses parents ne l'y avaient jamais beaucoup emmené. Souvent, les gens s'arrêtaient devant eux, les prenaient en photos, leur parlaient… Ses parents étaient très célèbres, ainsi que son parrain et oncle Harry et sa tante Ginny. Pour commencer, Rose ne se sentait jamais très à l'aise au milieu des foules. De plus, elle détestait se faire remarquer et le Chemin de Traverse était toujours le meilleur moyen d'avoir sa tête affichée en gros plan sur le prochain numéro de la Gazette du Sorcier ou sur le Wizarbazark, un vieux journal de cancans et ragôts qui relatait tous les faits et gestes des célébrités sorcières. Cependant, Rose préférait mille fois se rendre au Chemin de Traverse et supporter mille photographes, que la mine déçue de son frère quand il verrait dans quel état elle avait mise sa plante.
Elle se rendit dans la boutique préféré de son frère, chez ce vieux botaniste qui ne souriait jamais et qui lui faisait peur. Il l'accueillit avec un grognement. Une immense ride barrait son front. Elle se planta devant et posa la plante sur le comptoir, alarmée :
- Bonjour ! Vous savez ce qu'elle a ?
- Une mauvaise propriétaire, répondit l'homme d'un ton lugubre.
- Mon frère prend grand soin de ses plantes ! s'offusqua Rose.
- Alors il devrait savoir que celle-ci ne doit pas être arrosée avant la nuit et que ses feuilles ne doivent pas directement entrer en contact avec l'eau, bougonna-t-il.
- N'importe quoi ! Mon frère me l'aurait dit …
- Sur un post-it rose fluo avec une écriture en pattes de mouche ? Termina le botaniste à sa place.
- Oui, comment vous sa…
Ses mots se perdirent dans sa gorge comme le vieil homme décolla ledit post-it, que Rose n'avait jamais vu. Pour sa défense, il était tout plié et de l'autre côté du pot qu'elle avait l'habitude de voir.
- Vous pouvez la sauver ?
- Non. Elle est condamnée, déclara dramatiquement le botaniste.
- Je peux vous en acheter une exactement pareille ? Demanda-t-elle.
Elle jura voir la ride sur front se rétrécir et ses yeux pétiller un tout petit peu.
- Très certainement.
- Je vous remercie, fit Rose soulagée.
La jeune femme attendit prés du comptoir, et finit par se balader, en regardant les différentes plantes qui étaient exposés dans la verrière attenante à la boutique. Un petit éclat de lumière l'éblouit et elle ferma les yeux, par réflexe. Elle rouvrit les yeux et s'approcha de la plante responsable. Elle l'observa, toute émerveillée. Elle n'avait rien d'ordinaire aux premiers abords. Elle était de taille moyenne, et verte, comme n'importe quelle plante. On remarquait ses fleurs, certes. Elles étaient toutes blanches, presque argentées, en forme d'étoile. Et elles brillaient. Enfin… Pas vraiment. Elles étincelaient, chatoyaient, si bien que Rose se demandait bien comme elle avait pu être aveuglée par une lumière aussi chaude, aussi douce … Elle leva la main, pour toucher un pétale, rugueux et pailleté.
- Vous désirez autre chose ? Toussota une voix dans son dos.
Elle sursauta et se retourna vers le vendeur :
- Elle s'appelle comment cette plante ?
- C'est une Yué Lua. Elle vient de Chine et ses fleurs abordent la lumière qui les entoure. On s'en sert pour quelques potions de beauté, lui apprit le botaniste.
- Elle est magnifique.
- Elle coûte cent gallions.
Les yeux du botaniste brillaient vraiment beaucoup trop. Rose fit le calcul dans sa tête. Elle ne pouvait pas se permettre de dépenser une telle somme, surtout quand elle devait déjà acheter la plante de son frère. Elle sursauta une nouvelle fois quand la porte de la boutique s'ouvrit. Elle se retourna, pour découvrir Scorpius Malfoy et son éternel sourire en coin :
- Salut Rose… Je viens récupérer la commande d'Astoria Malfoy, s'il-vous-plaît ! Demanda Scorpius au vendeur.
- C'est marrant de te croiser ici, fit Rose en essayant de caler la plante sous son bras.
- Je ne savais pas que tu avais la main verte.
- Pas vraiment. Je viens pour mon frère. Enfin la plante de mon frère. Je devais m'en occuper, parce qu'il n'a pas pu la prendre avec lui à Poudlard. Du coup, je l'arrose tous les jours, sauf que je n'avais jamais vu ce maudit post-it rose, parce qu'il était de l'autre côté du pot, et que j'ai jamais pensé à regarder de l'autre côté du pot, et bref, j'ai fait mourir la plante de mon frère et maintenant j'ai peur qu'il m'en veuille, alors du coup, je suis ici pour lui en racheter une.
Scorpius avait écarquillé les yeux devant le débit de parole de son amie. Rose n'était pas une grande bavarde d'ordinaire. Sauf quand elle paniquait. Elle déblatérait tellement de mots à la seconde que Scorpius avait du mal à suivre.
- Je suis vraiment une sœur affreuse, chuchota Rose.
- Il y a des jours où j'aimerais vraiment être dans ta tête pour découvrir comment tu fonctionnes, plaisanta le blond. Ton frère ne t'en voudra pas tu sais… Il est cool Hugo.
Scorpius avait plusieurs fois joué au Quidditch avec lui. Il était marrant Hugo, très ouvert, très différent de sa sœur…
- Je préférerais être seule dans ma tête s'il te plaît.
Scorpius s'esclaffa et s'arrêta immédiatement quand le botaniste revint, les mains chargées. Il tenait un gros pot, correspondant sûrement à la commande de la mère de Scorpius, et la future nouvelle plante d'Hugo.
- Ce sera tout mademoiselle ? Demanda le vendeur d'un ton monocorde et sans vie.
Elle se tourna vers la Yué Lua, dont les fleurs en forme d'étoiles scintillaient toujours et soupira.
- Je vais juste prendre ce que je suis venue chercher, murmura-t-elle.
Le botaniste hocha la tête et lui tendit une plante, identique à celle de son frère, mais en bien meilleure santé et sans tâches rougeâtres. Elle lui tendit l'argent.
- Je vous conseille de reprendre le post-it rose et de le coller sur le nouveau pot, grogna le vendeur.
Rose le foudroya du regard et le remercia, attendant Scorpius, qui paya le vieil homme à son tour. D'un coup de baguette, il fit léviter les fleurs de sa mère derrière lui et remit les mains dans ses poches.
- Tu n'avais pas des cours aujourd'hui ? Lui demanda Scorpius en fronçant les sourcils.
- Non. Et je me suis déjà bien avancée comme ça. J'ai décidé de prendre plus de temps pour moi cette année, de moins travailler…
- Mais qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à Rose Weasley ?
Le rire de Rose ricocha dans toute l'allée, bien déserte, et Scorpius, sans pouvoir s'en empêcher se remit à sourire. Il détestait un peu ce pouvoir qu'avait Rose sur lui…
- Je ne sais pas. Mais j'ai décidé de laisser faire les choses. D'arrêter de vouloir avoir une emprise sur tout. Aaron dit que ça va grandement me faciliter la vie. Les japonnais appelle ça le ukiyo. Ça veut dire vivre le moment, se détacher de tout ses problèmes.
- Ukiyo… J'aime bien.
- Aaron dit que ça sonne bizarre, grimaça Rose.
- Aaron hein…
Le sourire de Scorpius se fana et il s'en voulut encore plus d'avoir défié Rose de l'inviter à sortir avec elle. Depuis ce jour, Rose passait tous ses weekend ou presque avec Aaron, si bien que Scorpius avait bien l'impression de ne pas avoir vu Rose depuis une éternité. Elle lui manquait…
- Albus l'a invité à ta fête surprise de demain soir !
- Pourquoi tout le monde s'entête à appeler ça une fête surprise ? Albus est bien incapable de garder un secret.
- Ça lui fait plaisir de te faire plaisir, haussa les épaules Scorpius.
- Et toi ? Tu seras là ? Telma m'a dit ce matin que vous aviez beaucoup de travail Albus et toi, que vous prépariez le concours pour devenir aurors. Tu seras là ? Répéta-t-elle.
Il eut presque envie de la secouer par les épaules. Parce que, quand elle était comme ça, presque à le supplier de venir à sa fête d'anniversaire, il y croyait. Les yeux bruns de Rose brillaient et ses joues étaient rosies par l'enthousiasme. Elle avait vraiment envie qu'il vienne…. Il le savait, il le lisait dans ses gestes, dans ses yeux. Alors il avait envie de la secouer par les épaules, pour lui demander si elle le faisait exprès.
- Bien sûr. J'ai toujours du temps pour toi Rose.
Elle se mit à rougir. Mais pas comme quand elle s'énervait. Quand elle s'énervait, seules ses joues prenaient une couleur rouge soutenue. Là, c'était tout visage et même son cou.
- T'as un truc dans les cheveux.
- C'est comme ça que tu séduis les filles ? Se moqua Rose.
- T'as vraiment un truc dans les cheveux Rose, leva-t-il les yeux au ciel.
Il porta la main à ses cheveux, détachés. Ils étaient si longs et si emmêlés, que Scorpius avait toujours envie d'y passer les doigts, juste pour défaire les nœuds et les toucher. Il enleva le pétale coincé dans ses ondulations et le lui tendit :
- C'est un pétale de Yué Lua, souffla-t-elle.
Ils se promenèrent et Rose admira les feuilles des arbres en train de tomber. Elle adorait l'automne et toutes ses couleurs.
- J'ai appris un autre mot, japonnais lui aussi.
- Lequel ? Lui demanda Scorpius.
- Komorebi. Ca désigne le phénomène qu'il se produit quand le soleil passe à travers les feuilles d'un arbre. Je trouve qu'en automne, les komorebi sont encore plus beaux ! s'émerveilla-t-elle.
Il regarda les arbres et les feuilles qui n'y étaient pas encore tombées. Il observa la lumière passer au travers, et il comprit pourquoi Rose aimait avoir les mots justes. Parce qu'il avait longtemps cherché la couleur exacte des cheveux de Rose. Elle n'était pas tout à fait rousse, ni auburn… Non. En revanche, ses cheveux avaient la couleur que les feuilles d'automne en komorebi. C'était ça… Rose avait les cheveux couleur komorebi…
- J'aime bien ce mot, souffla Scorpius. Vraiment bien…
Il y eut un flash et Rose ferma les yeux. Ce flash-ci était vraiment éblouissant et suivis par plusieurs autres.
- ROSE WEASLEY, SCORPIUS MALFOY SERAIT-IL VOTRE PETIT-AMI ?
Rose gémit et pâlit. Scorpius prit sa main et se mit à dévaler les rues pour semer les deux journalistes qui les coursaient. Rose détestait son nom de famille parfois… Ils s'arrêtèrent dans une petite boutique que Rose ne connaissait pas du tout.
- C'est le commerce de ma tante Daphné. Viens.
- Merci. Je suis toujours percluse dans je les vois, ces foutus journalistes.
- Percluse ?
- Paralysée, impotente, expliqua-t-elle.
Il se mordit les lèvres pour ne pas céder à la tentation de l'embrasser devant sa tante. Scorpius la conduisit jusqu'à l'arrière-boutique et ils eurent à peine le temps de se cacher, que les journalistes entraient dans la boutique. Daphné Greengrass leur fit un signe de tête discret. Scorpius, qui tenait toujours la main de Rose dans la sienne, s'arrêta, essoufflée. Rose, elle admirait l'arrière boutique et fouillait des yeux la pièce, dans laquelle se trouvait une multitude de vêtements. Elle enleva sa main de celle de Scorpius, comme si elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle la tenait jusqu'à maintenant, et attrapa une écharpe bleue qu'elle enfila :
- Elle est trop belle !
Elle tournoya sur elle-même et éternua à cause de la poussière.
- Ma tante tient une friperie. Ce ne sont que des vieux vêtements, commenta Scorpius.
- Merci de m'avoir aidé tout à l'heure. Je n'aime vraiment pas ces journalistes.
- Alors pourquoi tu ne les envoies pas promener ? C'est ce qu'Albus fait.
- Parce que je ne sais pas faire.
- Moque toi d'eux dans ce cas…
- Ils savent toujours où nous trouver. Moi plus que les autres. Pourtant, je suis bien la moins intéressante de la famille ! Rit légèrement Rose.
Scorpius n'était pas d'accord. Même en mettant ses sentiments de côté, il trouvait Rose intéressante. Elle était mystérieuse, discrète, ne posait jamais problème. Les gens l'aimaient bien, même si selon lui, c'était surtout parce qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de fréquenter Rose dès le matin et à jeun.
- T'es trop prévisible, Rose.
Elle s'arrêter de tourner sur elle-même et le regarda durement.
- On devine toujours ce que tu vas faire ! Expliqua-t-il.
- Quand je t'ai lancé cette bougie, celle que tu m'avais demandé de décrocher du plafond de la Grande Salle et sans magie … Tu n'avais pas l'air d'avoir deviné que je le ferai.
- Je ne parlais pas forcément de ça…, grimaça Scorpius. Mais en général, tu fais toujours ce que les gens attendent de toi, même inconsciemment.
- J'ai longtemps refusé de devenir amie avec toi parce que les gens s'attendaient à ce qu'on le soit.
- Ce qui était très stupide de ta part, la taquina Scorpius.
- Tu as raison, souffla-t-elle. C'était stupide.
Il s'approcha d'elle, pour enlever une poussière de son écharpe.
- Tu as obtenu tous tes ASPICS, tu étudies le droit magique, tu t'occupes des plantes de ton frère… T'es prévisible, Rose et tu fais toujours ce que les autres attendent de toi.
- Tu dis ça comme si c'était une mauvaise chose.
- Pas forcément. Mais les journalistes arrivent à te pister à cause de ça. Qaund tu vas au Chemin de Traverse, c'est soit pour te rendre chez le libraire, soit chez le botaniste.
- Je suis capable d'être imprévisible et de faire quelque chose d'inattendue ! s'emporta-t-elle. A t'écouter, on dirait que je suis… insipide.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit…, murmura-t-il.
- Je vais te montrer ! Vas-y ! Défie moi de faire quelque chose d'inattendu aujourd'hui !
- Rose, prendre ta douche à dix-neuf heures trente-et-un au lieu de dix-neuf heures trente, c'est pas quelque chose d'inattendu, on est bien d'accord ?
Elle hocha la tête, le visage plus sérieux que jamais. Scorpius inspira calmement, et se remit à sourire :
- Rose, je te défie de faire quelque chose d'inattendu aujourd'hui !
- Je le ferai.
Il soupira et Daphné leur fit signe de revenir. Rose enleva l'écharpe et lui sourit en la remerciant. A vrai dire, elle se demandait bien pourquoi elle avait accepté ce défi. Rose aimait bien sa petite routine. Mais quand Scorpius lui avait dit qu'elle était prévisible, ça l'avait un peu blessé. Les gens prévisibles n'étaient pas intéressants… Et elle, elle voulait être intéressante. Enfin, comme tout le monde. Scorpius était quelqu'un de marrant, de drôle. Parfois, elle ne se sentait pas à sa place avec lui. Elle était si ennuyeuse… C'était comme si elle avait quelque chose à lui prouver. Elle voulait lui montrer qu'elle était digne d'être son amie… Qu'elle était intéressante.
Elle regrettait déjà de s'être emportée de la sorte. Parce qu'elle était bien incapable de bouleverser toutes ses habitudes.
Ils quittèrent discrètement la boutique en pouffant de rire. La plante de son frère toujours dans les mains, Rose marcha tranquillement, accompagnée de Scorpius. Ils allèrent jusqu'au chaudron baveur ensemble.
Puis il y eut un autre flash et Rose se retint de piquer une crise.
- MALFOY ET VOUS, VOUS SORTEZ ENSEMBLE ?
Tout se passa très vite. Scorpius avait repris sa main, prêt à la faire courir de nouveau. Mais l'adrénaline avait un certain pouvoir sur Rose qui se mit à réfléchir à toute vitesse. Après tout, Aaron lui avait bien dit qu'ils pouvaient voir d'autres personnes, et que leur relation n'était pas vraiment sérieuse… Les pensées tourbillonnaient dans sa tête. Et elle se demanda si elle aurait assez de courage en elle, pour faire ce qu'elle s'apprêtait vraiment à faire…
Elle resta de marbre, figée et Scorpius la regarda sans comprendre. Elle approcha son visage du sien et l'embrassa. Ça dura une demie-seconde. Scorpius se dit qu'embrasser un nuage devait faire le même effet. Ça devait être comme une bouffée d'air frais tout droit dans les poumons, et d'un peu de soleil. Comme embrasser Rose.
Elle recula et le regarda droit dans les yeux :
- C'était inattendu ça, non ? Murmura-t-elle.
- Assez, souffla-t-il en souriant.
Ils s'éclipsèrent. Elle, en riant, lui en adressant un doigt d'honneur aux journalistes. Ils repartirent chacun de leur côté.
Le lendemain, Rose se rendit à sa fête surprise. Elle fit semblant d'être étonnée, serra son cousin dans ses bras, dansa avec Victoire, Dominique, Roxane et James qui étaient venus. Elle embrassa ses parents, souffla ses bougies avec Telma…
- Faut faire un vœu… Tu peux toujours demander à avoir enfin ton premier baiser.
- Je l'ai eu mon premier baiser, lui apprit-elle.
Telma écarquilla les yeux et regarda Aaron, en train de discuter avec Ryley.
- Aaron s'est enfin décidé ?
- Pas vraiment, bredouilla-t-elle. C'était pas Aaron.
- Quoi ?
Rose resta muette et se mit à rougir. Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle avait fait ça…
- C'était avec quelqu'un d'important au moins ? Comme tu le voulais ? l'interrogea Telma.
Rose réfléchit. Pas très longtemps. Scorpius n'était pas un prince charmant. Il n'était pas galant non plus, s'amusait à refermer la porte derrière lui pour enquiquiner les autres et reculait les chaises de ses amis pour qu'ils tombent. Il n'était pas un chevalier servant. Pourtant, il était tellement d'autres choses… Il était marrant, gentil, un brin insolant et prétentieux, à se croire plus fort que le reste du monde, mais prévenant. Scorpius lui faisait toujours faire des trucs improbables, qui lui faisaient peurs. Mais elle aimait ça chez lui. Elle le connaissait depuis longtemps, maintenant… Et il était définitivement important pour elle.
- Oui, répondit-elle enfin.
- LA VACHE LES GARS VOUS AVEZ VU LA COUVERTURE DE WIZARBAZARK ? Hurla Oscar.
Scorpius recracha le contenu de son verre et Rose se cacha derrière Telma, quand tout le monde se mit à les regarder. Albus regardait tour à tour sa cousine et son meilleur-ami, qui était étrangement pâle. Le brun les désigna, les pointa du doigt, dans y croire :
- C'est vous ! Sur la photo ! C'est vous…, n'en revint pas Albus.
- C'était un défi ! Expliqua Rose . Ça ne signifiait rien du tout, bredouilla-t-elle.
Elle était bien contente que ses parents, ses oncles et tantes ne soient pas là. Elle imaginait mal la réaction de son père… Telma était pétrifiée. Ryley regardait Scorpius et Rose tour à tour, Oscar s'était assis et Albus regardait la photo, comme si les visages de Rose et de Scorpius allaient être remplacés par ceux de quelqu'un d'autres.
Le petit monde de Scorpius s'écroula quand il entendit Rose affirmer une fois de plus que ça ne voulait rien dire. Parce que, lui, il y avait cru. C'était stupide, parce qu'il savait depuis le début et pourtant…
Il fit semblant de rire toute la soirée, de s'amuser et quand Rose ouvrit son cadeau, une Yué Lua dans laquelle une écharpe bleue avait été nouée, et qu'elle se jeta dans ses bras, il se demanda combien de temps il allait encore tenir.
Il la regarda s'en aller et Aaron passer ses mains sur les hanches de Rose. Le brun posa un baiser dans son cou après avoir repousser ses longs cheveux roux, et ils s'éclipsèrent tous les deux.
Il eut la réponse.
Il ne tiendrait pas très longtemps…
