- Oh tu sais, ce n'est rien de plus qu'une petite grippe, rien de méchant.
Scorpius observa sa mère, en robe de chambre, ses mèches blondes cascadant le long de son dos. Pour une malade, Astoria Malfoy avait une belle peau lumineuse, des cheveux bien coiffés, et une bouche bien maquillée. Scorpius se retint de grogner et se contenta d'écouter sa mère :
- Enfin bon, tu me connais. Le moindre petit virus qui traîne est pour moi ! Heureusement que tu as hérité du système immunitaire de ton père !
Elle lui ébouriffa gentiment les cheveux et Scorpius ouvrit la bouche s'apprêtant à parler. Mais sa mère continuait de parler, imperturbable :
- J'ai vu ta tante hier. Elle m'a parlé de Quentin.
Scorpius se figea, attendant la suite :
- Elle le soupçonne d'être avec quelqu'un en ce moment ! Tu en sais quelque chose toi ?
Astoria observa son fils, en train de grimacer.
- Non, je…
- Nous n'avons jamais rencontré ses éventuelles compagnes, poursuivit Astoria, songeuse.
Et pour cause, songea Scorpius…. Comment ses parents réagiraient-ils, s'ils savaient que leur neveu était gay ? Probablement pas très bien. C'était mauvais pour l'image des Malfoy… Ses parents pouvaient se montrer si conservateurs parfois. Ça l'irritait profondément.
- Je ne vous ai jamais présenté mes petites-amies non plus, soupira Scorpius.
- Chéri, Quentin et toi n'avaient pas le même âge.
- Deux ans de différence, effectivement, c'est un fossé, que dis-je, un canyon ! maugréa le blond.
Sa mère ne l'écoutait même pas.
- C'est étrange quand même… Ton père et moi, étions déjà mariés à son âge.
- Et ça vous a réussit du feu de Dieu ! Chuchota Scorpius.
Il posa sa tasse de thé sur le plateau et ses mains sur ses genoux, prêt à partir. Il était venu rendre visite à sa mère, exceptionnellement. Sa tante Daphné lui avait dit que sa mère s'était plainte de ne jamais le voir. Et Sscorpius se demandait bien pourquoi elle le faisait : quand le fils et la mère se retrouvaient dans la même pièce, il l'écoutait parler pendant des heures et elle, elle ne se rendait jamais compte de toutes les fois où Scorpius avait envie de dire quelque chose. Ils ne discutaient pas : elle parlait, il écoutait, et ce n'était jamais l'inverse.
- Enfin bon, gémit Astoria. Le plus important c'est la santé. Je ne souhaite à personne la mienne, si fragile.
Scorpius leva discrètement les yeux au ciel. Sa mère n'avait pas une santé fragile. Elle était juste la plus grosse hypocondriaque de cet univers. Le problème avec elle, c'était qu'elle était d'un égoïsme à toutes épreuves. Quand on vivait avec une malade imaginaire, il était compliqué d'être sois-même vraiment malade. Scorpius n'avait jamais eu de baiser réconfortant sur son front fiévreux quand il était souffrant. Il s'était toujours soigné lui-même… Il ne comptait plus les nombres de fois, où enfant, il avait du jouer en murmurant pour ne pas aggraver la migraine de sa petite maman qui se reposait dans sa chambre. Tout était fragile et délicat chez Astoria : de sa manucure, à son caractère. Tout, sauf sa santé. Scorpius était persuadé depuis longtemps qu'elle ne cherchait que l'attention de son mari…
Scorpius décida de rester silencieux. Sa mère n'était pas une personne méchante. Elle vivait juste dans son propre monde, et parfois, il se disait qu'il n'y avait pas sa place. Elle ne s'intéressait même pas à sa vie. Scorpius doutait même qu'elle sache où il habitait.
- Je suis vraiment contente que tu sois ici, soupira-t-elle.
- Je suis très occupé avec mon travail !
- Un fils devrait toujours avoir du temps pour sa mère, lui reprocha-t-elle doucement.
- C'est vrai, admit-il.
C'était juste qu'il n'avait pas vraiment envie de lui en donner, de son temps. A quoi bon s'enfermer avec sa mère dans sa serre pour l'entendre raconter les derniers ragots et potins du coin ? Pour quelqu'un qui sortait aussi peu de chez elle, Astoria Malfoy était toujours au courant de tout.
Scorpius avait toujours comparé sa mère à celle des autres. Elle n'était pas pimpante et pleine d'énergie comme celle d'Albus. Elle n'était pas douce et attentionnée comme celle d'Oscar. Elle n'était pas cynique à en mourir de rire et malicieuse comme celle de Ryley. Elle n'était pas brillante et généreuse comme celle de Rose. Au moins, elle n'était pas méchante et conne comme celle de Telma.
Scorpius enviait ses amis, Telma à part. Personne ne s'intéresserait jamais à sa vie comme les mères de ses amis le faisaient pour eux…
- Je me sens bien seule. Ton père rentre toujours à des heures incroyables…, avoua enfin Astoria.
- Il n'y a rien de nouveau.
A ses onze ans, quand Scorpius était entré à Poudlard, il avait eu un pincement au cœur en laissant sa mère seule avec son père sur le quai de la gare. Il savait qu'elle l'attendrait des heures et des heures avant de dîner, parce qu'elle détestait manger seule. Avant, elle le faisait avec Scorpius. Mais quand il était parti, elle avait bien du changer ses habitudes… La solitude, c'était un sacré poison et Scorpius se disait que ça faisait bien longtemps que sa mère y était contaminée.
Très vite, elle lui avait envoyé toutes sortes de lettres, plusieurs fois par semaine, en lui racontant ses journées, son état de santé, dans les moindres détails. Il lui répondait toujours au début. Puis en grandissant, il s'était rendu compte que sa mère, elle, ne lui répondait jamais. C'était comme si elle ne le lisait même pas. Elle racontait toujours les mêmes choses, sans s'attarder un seul instant sur ce que son fils lui avait écrit précédemment.
- Il fait ça pour nous, Scorpius, fit-elle doucement.
Et pour la première fois depuis leur entrevue, elle venait de le regarder dans les yeux. Sa mère était vraiment étrange… Elle avait ses petits moments de douceur, des prises de conscience parfois, pendant lesquelles elle se rendait compte que Scorpius aussi, avait une vie et qu'il avait besoin d'un peu de tendresse. Et sa mère n'en manquait jamais pour son mari. Au moins, Scorpius devait reconnaître ça à ses parents : ils s'aimaient. Maladroitement, certes. Mais ils s'aimaient.
- Tout va bien en ce moment ? Lui demanda-t-elle alors. J'ai entendu parler d'une couverture dans le Wizarbazark te concernant. Tu sais que je ne lis jamais ce genre de presse…
Les mains de Scorpius se crispèrent sur ses genoux en repensant au baiser que Rose lui avait donné. Son coeur s'affola un instant, puis se calma rapidement. Ce n'était pas si grave… Quand il y pensait, son cerveau s'arrêtait souvent s'approvisionner en oxygène et il se mettait à rêvasser. Embrasser Rose, ça avait été comme caresser du bout des lèvres un pot de miel : ridicule, mais incroyable doux et sucré. Pourtant, c'était juste un baiser.
Un seul baiser.
Il n'avait jamais songé au fait que ses parents puissent l'apprendre ou même en entendre parler.
Ils vivaient sur des planètes si différentes après tout…
- C'est rien d'important. Tu connais les journalistes… La photo d'un fils de mange…
- Oui, je les connais, le coupa-t-elle froidement.
Prononcer le mot « mangemort » c'était comme lancer une bombabouse dans toute la maison. Scorpius aurait aimé pouvoir en parler librement. Ses parents ne s'étaient jamais réellement confiés sur la guerre, comment ils l'avaient vécue, elle et ses conséquences. C'était un tabou. Un tabou avec lequel il était né malgré lui. Scorpius détestait les silences pesant et les secrets qui se transformaient parfois presque en mensonge tant ils dissimulaient la triste vérité.
- J'espère qu'ils ne t'embêtent pas trop, s'inquiéta-t-elle.
- Non, ne t'en fais pas.
- En même temps, si tu ne traînais pas avec le fils des Potter….
Scorpius agrippa le tissu de son pantalon pour s'accrocher à autre chose. Sa mère avait toujours le chic pour retourner la situation et faire de la victime, un bourreau et du tortionnaire, une gentille personne.
- Et si tu ne t'étais pas jeté corps et âme dans tes études…
Scorpius ne leur avait jamais parlé de la formation d'auror qu'il suivait. Il leur avait dit il y a bien longtemps qu'il voulait faire ce métier, mais n'avait plus jamais évoqué le sujet.
- Ça me plaît énormément, rétorqua-t-il durement.
Le visage de sa mère s'adoucit et elle lui sourit tendrement.
- C'est bien. Il faut faire ce qu'on aime dans la vie.
Scorpius retint un rire mauvais, sarcastique, au fond de sa gorge et se leva :
- Tu pars déjà ?
- J'ai du travail, s'excusa Scorpius. Mais je reviendrais bientôt.
Il mentait. Et ils le savaient tous les deux. Astoria se leva à son tour, et enlaça son fils. Elle lui caressa la joue et l'embrassa. Il reprit sa veste et traversa les pièces du manoir d'un pas pressé, comme pour s'échapper.
- Attend ! l'interpella la voix de sa mère.
Il s'arrêta et se retourna, les épaules affaissées.
- Merci pour la plante que tu m'as apporté la dernière fois. Je l'aime beaucoup, tu as très bien choisis, même si ce n'était pas tout à fait ce que je t'avais demandé. Et je t'ai préparé ton gâteau au chocolat préféré, il est sur la table de la cuisine.
C'était toujours quand il s'apprêtait à partir, que sa mère faisait et disait ce genre de chose … Chez les Malfoy, on se montrait qu'on s'aimait seulement au dernier moment… Il prit le gâteau au chocolat et sourit à sa mère, avant de partir.
