Telma détestait l'odeur de la maladie, comme tout être humain normalement constitué et sain d'esprit. Oscar disait que quand il travaillait à Sainte-Mangouste, il ne sentait rien. Il disait même que ça sentait le calme.
La vérité, c'était qu'Oscar était un crétin et que ça sentait la connerie.
Telma déambula dans les couloirs, les bras le long du corps et raide comme un piquet. Elle attendait Oscar, qui ne tarda pas à la rejoindre. Naturellement, il glissa sa main dans la sienne et l'entraîna jusqu'à la cafétéria. Il était fatigué. Ses cheveux étaient sans dessus-dessous, mais il souriait. Telma adorait ce sourire…
- Ça s'est bien passé ? Demanda-t-il.
Elle hocha la tête et piqua son gobelet rempli de café pour en boire une gorgée.
- Ça fait deux ans que je n'ai plus fait de crises. Le psychomage pense que je suis définitivement sortie d'affaire, même s'il me supplie de venir le voir régulièrement et au moindre petit problème.
- J'imagine que tu vas lui manquer, plaisanta Oscar.
- Une patiente aussi belle et passionnante que moi, on n'en trouve pas souvent.
- Je sais, sourit-il jusqu'à en dévoiler ses canines.
- Je pensais pas en être capable, reprit Telma, plus sérieusement.
- T'as fait du chemin, approuva Oscar en reprenant son gobelet.
- Grâce à toi. Tu feras un super bon médicomage…
- J'espère, soupira le jeune-homme. Pour le moment je ne suis qu'apprenti…
Telma n'en doutait pas. Oscar était le genre de personne à aider les autres sans même le savoir. Il était gentil et compréhensif. Il n'avait jamais laissé tomber Telma. Pas une seule fois. Aujourd'hui Telma avait trouvé un équilibre. Elle savait se protéger des angoisses de Rose, qui autrefois, l'atteignaient beaucoup trop et l'empêchaient de s'occuper d'elle-même. Elle savait se protéger des critiques injustifiées et acerbes de sa mère, qui voulait faire d'elle une personne qu'elle ne serait jamais. Telma avait appris à s'aimer et à se préserver, à s'aider elle-même, avant d'aider les autres.
- Maintenant que tout vas bien, je vais pouvoir m'occuper de Scorpius et de Rose, se réjouit-elle.
- On a dit qu'on s'en mêlerait pas. C'est déjà assez compliqué comme ça, bougonna l'interne. Ce ne sont pas nos affaires.
- Ils se tournent autour, Oscar, articula lentement Telma. Ils s'aiment, ça crève les yeux.
- Beaucoup de gens s'aiment sans pour autant être ensemble.
Il avait parler d'un ton grave, sévère et tranchant. Telma haussa les épaules. C'était plus facile de faire semblant de ne pas comprendre l'allusion.
- J'aime bien les histoires qui se terminent bien.
- Et maintenant que tu as ton happy ending, tu veux que Scorpius et Rose l'aient aussi.
- Exactement.
Oscar adorait ça, chez Telma. Elle voulait toujours aider les autres en oubliant parfois de s'aider elle-même. Longtemps préoccupée par les problèmes de ses amis, elle en avait négligé les siens. A croire que ça ne lui avait pas servi de leçons.
- J'ai demandé à ma mère si on pouvait prendre la maison de vacances pour une semaine, lui apprit Telma. Je veux fêter ça.
- Ta guérison officieuse ?
- Ouais. Ma guérison officieuse, répéta Telma. La mer, la plage, ça débloquent toujours les situations les plus compliquées ! Je suis certaine que ça les aidera.
- Tu penses que du sable qui gratte et une étendue d'eau salée vont aider Scorpius et Rose, les deux plus grosses bourriques de cette galaxie, à se mettre ensemble ?
- Pourquoi pas ? Changer d'air ça fait parfois pousser des ailes !
Oscar réfléchit. SI ça n'aidait pas Scorpius et Rose, peut-être que ça les aideraient lui et Telma ?
- J'ai pris un premier rendez-vous chez le tatoueur pour demain en plus. Il est génial et il est à quelques rues de la maison de vacances de mes parents…
- Tu vas te faire tatouer ? s'étonna-t-il. Chez un artiste moldu ?
- C'est généralement pour ça qu'on prend rendez-vous chez un tatoueur …
- Un tatoueur moldu ? Insista Oscar.
- Oui.
- Tu veux une infection, c'est ça ?
- Arrête. Je les connais bien. Le propriétaire du salon m'a vu dessiner quand j'étais petite. Il a été le premier à trouver mon art intéressant !
Oscar soupira, mais n'ajouta rien. Sa mère allait la tuer quand elle l'apprendrait. Enfin, si elle l'apprenait.
- Telma …
- Hum ?
- Tu crois vraiment que Scorpius et Rose doivent être ensemble, après tout ce temps ?
Telma se demanda s'il parlait vraiment de leurs deux amis. Mais elle hocha la tête :
- Ils se tirent vers le haut tous les deux.
Telma mordilla l'intérieur de sa joue. Oscar aussi la tirait vers le haut : il n'y avait rien d'aussi vrai. Il était la principale raison de sa guérison. Grâce à lui, elle s'aimait maintenant et elle avait compris qu'elle avait besoin de se couper des gens qui ne lui faisaient pas du bien. Pourtant, il était toujours plus simple pour elle de s'occuper des histoires de cœur de ses amis que des siennes…
- Nous aussi, on se tire vers le haut Telma.
Oscar l'avait dit et plus personne ne pouvait retirer ses mots. Il agrippa sa main et se demanda combien de temps encore elle allait l'ignorer. Oscar l'avait attendu longtemps. Il avait patienté, le temps que Telma se soigne, le temps qu'elle se découvre. Mais maintenant, il n'avait plus aucune raison de le faire. Telma, il l'aimait depuis ses seize ans. Et il en avait définitivement marre qu'elle le repousse sans le savoir.
- Je sais, murmura la brune.
- Alors pourquoi tu me fuis ?
- Parce que toi t'es parfait, t'es pas abîmé par la vie.
- Et alors ?
- Moi je le suis.
- Et alors ? Répéta Oscar.
Il n'en revenait pas, d'avoir cette discussion avec elle, dans la cafétéria de Sainte-Mangouste, entre deux gardes.
- Et alors, j'ai pas envie que tu te tapes mes vieilles casseroles.
- Je me tape tes vieilles casseroles depuis nos onze ans, depuis que j'ai entendu ta mère t'insulter de grosse truie parce que tu étais en train de manger une chocogrenouille, depuis que je l'ai vu déchirer une de tes toiles en hurlant tu ferais mieux de devenir auror plutôt qu'une « chienne d'artiste».
- T'as pas besoin de me rappeler toutes mes humiliations.
Oscar n'était venu que deux fois, chez Telma et toujours pendant les vacances d'été. Chaque fois, il en était revenu totalement bouleversé, culpabilisant de laisser Telma derrière lui dans un environnement aussi toxique. En rentrant chez lui, il s'était réfugié dans les bras de son père, l'aimant encore plus pour toute sa bienveillance et avait embrassé sa mère en la remerciant de toutes ses forces.
- Désolé, murmura Oscar. On traîne tous nos propres casseroles. Les tiennes font peut-être plus de bruit que les miennes, mais je m'en moque et tu le sais.
- Moi je m'en moque pas, maugréa Telma.
Leurs deux mains étaient toujours posées l'une sur l'autre. Il l'embrassa sur la joue avant de partir, en la laissant seule, avec son café, et son cœur sur le point d'exploser.
