PARTIE IX – SANS VRAIMENT LE DIRE - MAI 2027

Scorpius ouvrit péniblement un œil et le referma en grognant. Il finit par le rouvrir. Un ronflement particulièrement régulier et bruyant l'empêchait de se rendormir. Sa vision était trouble. Il se frotta les yeux et se rendit compte qu'il avait un pied au niveau de son visage. Il se redressa vivement et découvrit les corps inertes d'Albus, Ryley, Oscar et Telma.

Où était Rose ?

Il soupira et analysa l'état de la pièce autour d'eux. La veille, ils avaient décidé de poser tous les matelas par terre pour dormir ensemble dans le salon. Ce n'était peut-être pas leur meilleure idée… En tous cas, pas la plus mature. Ryley dormait sur les matelas. Le reste du groupe, lui, dormait par terre. Scorpius s'étira et jeta un regard compatissant à Oscar, Telma et Albus, tous trois emmitouflés dans des couvertures. Il décida de se lever.

Quelqu'un avait ouvert les grandes baies vitrées de la maison de vacances des parents de Telma. Ces derniers avaient accepté de la prêter à leur fille. Telma avait donc invité tous ses amis, le temps d'un week-end. Heureux de pouvoir passer du temps ensemble, et qui plus était, au bord de la mer, les six amis avaient fêté ça la veille.

Scorpius enfila une chemise, qu'il boutonna à la va-vite et se rendit sur la terrasse. La maison donnait directement sur la mer. Les vagues s'échouaient doucement sur la plage, et Rose les regardait faire comme s'il s'agissait de la chose la plus fascinante au monde. Elle s'était allongée dans le hamac et se laissait balancer, bercer, tranquillement. Ses cheveux touchaient le carrelage de la terrasse, la balayant au fur et à mesure que le hamac tanguait.

- Salut, murmura enfin Scorpius.

Un mois était passé depuis qu'il lui avait avoué qu'elle lui plaisait. C'était à la fois peu, et beaucoup trop. Mille choses auraient du avoir le temps de se produire, et pourtant, il n'en était rien. Scorpius n'avait parlé à personne de ce qui s'était passé au Chemin de Traverse. Les deux amis avaient fait comme si rien ne s'était passé, comme si rien n'avait été dit. Et ça leur convenait à tous les deux. Ils ne s'étaient jamais retrouvés seuls, en tête à tête depuis ça… C'était comme si rien n'avait changé.

Désormais, chaque fois que Scorpius regardait Rose en catimini et qu'elle le surprenait en train de le faire, elle rougissait dix fois plus, mais ne détournait plus les yeux. Ça, ça avait changé. Quand il la touchait aussi, elle ne réagissait plus comme avant. Rose n'avait jamais beaucoup aimé les contacts physiques. Maintenant, quand Scorpius la touchait, même pas inadvertance, elle bondissait presque de sa place et s'enfuyait vers Telma ou Albus.

- J'ai fait des pancakes, répondit simplement Rose en désignant l'assiette qui était sur la table basse.

- C'est cool.

Rose se redressa péniblement, manquant de tomber et il l'aida, en l'attrapant par les coudes. Ils échangèrent un sourire.

- Salut, murmura-t-elle à son tour.

Ses cheveux étaient bataille et l'envie d'y passer les doigts pour les démêler n'avait jamais été aussi forte en lui. Ses cheveux couleur kemorebi… Rose était toujours en pyjama et avait du sable jusqu'aux chevilles, ce qui indiquait qu'elle était debout depuis assez longtemps pour avoir eu le temps de faire non seulement des pancakes, mais aussi une promenade sur la plage.

- Salut, fit-il.

- Tu me l'as déjà dit.

Rose lui ramollissait dangereusement le cerveau parfois.

- Je me suis promenée ce matin ! Fit-elle en désignant la mer. Au jusant, les bateaux amarrés près du rivage reposaient sur le flanc. Je trouvais ça beau… J'ai pris des photos !

- Au jusant ?

- Quand la marée est basse, souffla-t-elle

Scorpius se mit à sourire. Il regarda les lèvres de Rose, entrouvertes et se demanda quel goût elles avaient… Il s'éloigna d'elle en traînant des pieds et s'assit pour manger les pancakes. Rose lui tendit le sucre et la confiture, et se posa en face de lui.

- Tu es réveillée depuis longtemps ?

- Je n'ai pas vraiment dormi, avoua-t-elle. Ryley prenait toute la place et Oscar ronflait si fort que je n'ai pas réussi à fermer l'œil de la nuit.

- Quand on était à Poudlard, on ensorcelait son lit à baldaquin …, se rappela Scorpius. T'as de la confiture sur la bouche.

Elle s'était resservie en pancakes et avait copieusement étalé de la confiture de mûres sur ces-derniers, pour mieux s'en mettre partout sur le visage. Il lui passa une serviette :

- T'en as aussi sur le bout du nez.

Elle se débarbouilla le visage et il la regarda faire tout en mangeant. Est-ce que leurs rapports allaient désormais tous ressembler à ça ? Deux amis qui discutaient ensemble, sans plus ? Scorpius ne savait pas comment s'y prendre. D'habitude, il demandait simplement à la fille si elle voulait sortir avec lui. Les fois où elles acceptaient, c'était simple : il apprenait à la connaître, l'embrassait et c'était bon. Mais avec Rose, il ne savait pas par où commencer, ni même s'il lui plaisait. Il le devinait, tout au plus.

- J'aime nos fika, murmura Scorpius.

Rose se mit à sourire en le regardant. Elle fuyait toujours ce qu'elle ne connaissait pas. Et en ce moment, elle le fuyait lui, constamment et à chaque instant. Scorpius avait presque l'impression d'être revenu au temps où ils étaient en première année à Poudlard, et où Rose s'évertuait à l'ignorer. Il n'aimait pas cette situation. Il voulait redevenir celui qui la faisait rire, avec qui elle était à l'aise, celui qui arrivait à l'énerver avec un seul sourire narquois…

- Écoute Rose …

Cette dernière se redressa, en attendant la suite et sursauta quand une voix grogna haut et fort :

- CA SENT LES PANCAKES !

Elle éclata de rire et laissa Oscar l'embrasser sur le sommet du crâne.

- T'es vraiment une sainte Rose, même si t'es bizarre !

- Les autres dorment encore ? Demanda-t-elle après lui avoir tiré la langue.

- Telma est partie prendre une douche et Ryley semble encore loin de vouloir sortir du lit, leur apprit Oscar.

Rose s'esclaffa discrètement et se resservie à manger. Elle avait attendu que quelqu'un se réveille pour commencer à manger. Elle jeta un œil à Scorpius, en se demandant ce qu'il allait lui dire. Peut-être allait-il retirer ce qu'il lui avait dit la dernière fois, quand ils s'étaient rendus dans l'arrière-boutique de sa tante, et encore après, au bar. Peut-être qu'il s'était rendu compte de son erreur ? Qu'il avait rencontré une autre fille, plus belle, plus intelligente, moins compliquée ?

- Rose ?

- Hum ?

Elle se reconcentra sur le monde réel et arrêta de divaguer. Albus l'épiait, suspicieux. Il poussa l'assiette de pancakes vers elle :

- T'es toujours une vrai drama queen quand t'es en hypoglycémie. Mange plus, lui ordonna-t-il.

Albus s'était levé et avait les cheveux en pétard, digne héritage de son grand-père paternel. Il bailla bruyamment et observa la tablée, très silencieuse. Il connaissait sa cousine par coeur et savait très bien que ce petit air perdu sur son visage, signifiait qu'elle tournait à plein régime et était en train de se prendre la tête inutilement sur un truc.

- Y'a un problème ? s'inquiéta-t-il.

- Non, répondit Rose. Enfin si.

Les trois garçons se figèrent en face d'elle, et la regardèrent.

- On a plus de chocolat.

Ils soupirèrent tous les trois en même temps, soulagés.

- C'est pas un problème ça Rose ! Lui reprocha Albus.

- On ira en acheter quand tout le monde sera réveillé. Telma voulait nous faire visiter la ville de toute façon, reprit Scorpius.

- Vous avez bien dormi ? Leur demanda une voix encore toute ensommeillée. Perso', j'ai passé l'une des meilleures nuits de ma vie.

Ils fusillèrent tous Ryley du regard et d'un seul coup d'oeil entendu, Albus et Scorpius levèrent leur baguette. Le corps de Ryley se mit à léviter dans les airs et les deux jeunes hommes marchèrent jusqu'à la mer. Sans une once de pitié, ils y jetèrent Ryley sous les rires de Rose et d'Oscar. Rose les observa se chamailler dans l'eau froide et salée. Ryley venait de prendre Scorpius par le cou et l'avait entraîné avec lui dans le fond. Albus était grimpé sur ses épaules pour le couler à son tour . Ils se prirent tous les trois une vague monstrueuse et burent la tasse. Scorpius remonta à la surface, ses cheveux dans les yeux. Il les ramena en arrière et couru jusqu'au rivage. Sa chemise moulait son torse. Scorpius n'était pas particulièrement musclé. Il avait fait un peu de Quiddtich, mais n'était pas particulièrement sportif. Pourtant, les joues de Rose devinrent rouges. Scorpius était beau. Il avait les pommettes saillantes, le nez droit, la mâchoire carrée et un grand front sur lequel ses cheveux blonds presque blancs tombaient en permanence. Il avait une bouche un peu tordue mais presque toujours souriante … Des lèvres un peu orangées, mais bien pleines. Rose le regarda enlever la chemise et la torde dans tous les sens pour l'essorer.

- Rose ?

- Hum ?

- Tu baves, se moqua Oscar.

Elle se reprit et écouta le rire d'Oscar se perdre au milieu du son des vagues et des cris des garçons qui se battaient maintenant sur le sable. Elle laissa sa tête reposer sur sa main.

- Rose, est-ce que Scorpius t'a parlé ? Lui demanda doucement Oscar en s'asseyant à ses côtés.

Rose se poussa juste assez pour lui donner un peu plus de place :

- Parlé de quoi ?

Oscar lui adressa un regard lourd de sens. Même s'ils avaient tous promis de ne jamais se mêler de leurs vies sentimentales respectives, Oscar avait bien remarqué que Scorpius et Rose n'étaient pas comme d'habitude. Il avait même eu le sentiment d'avoir interrompu quelque chose quand les avait rejoint ce matin. Il suffisait d'observer leurs longs échanges, leurs yeux qui s'attiraient, se cherchaient et se fuyaient. Il suffisait de constater que Scorpius ne taquinait plus autant Rose, et qu'elle, elle s'arrangeait toujours pour ne pas avoir à être seule avec lui.

- Pas vraiment, avoua enfin Rose.

Il lui avait juste offert un chocolat chaud. Ça ne voulait rien dire. Ce n'était qu'un chocolat chaud…

- Il a laissé sous-entendre que je lui plaisais, ajouta-t-elle.

Oscar fronça les sourcils, parce que « laisser sous-entendre » ce n'était pas le genre de Scorpius. Lui, son style, c'était d'être direct. La subtilité, ce n'était pas Scorpius.

- Comment ça « laisser sous-entendre ».

- Il m'a offert un chocolat chaud.

- Quoi ?

Rose cacha son visage entre ses bras et posa sa joue sur le bois de la table. Comment expliquer ça ?

- Tu arrives à y croire, toi ? Murmura-t-elle à Oscar. Que je puisse plaire à Scorpius ? Tu y crois ?

Oscar fronça les sourcils et essaya de se rappeler de la première fois où il s'était fait la réflexion, où il s'était dit que Scorpius et Rose se portaient bien trop d'intérêt pour deux personnes qui étaient censées être de simples amis. Pour Scorpius, ce n'était pas très compliqué. Peut-être qu'il était d'humeur joviale et aimable avec tout le monde et qu'il s'amusait d'un rien avec n'importe qui : mais ses sourires insolents, il ne les adressait qu'aux personnes qu'il aimait sincèrement et pour lesquelles il serait prêt à tout. Ces personnes se comptaient sur les doigts d'une seule main. Et ces sourires, il n'en avait jamais été avare pour Rose. Scorpius aimait l'embêter et avait même l'habitude de dire qu'une bonne journée était une journée où il l'avait entendu râler plus de dix minutes. Pour Rose, ce n'était pas aussi simple. Elle avait un comportement parfois si neutre qu'il était difficile de savoir si elle tenait vraiment aux autres. Il fallait bien la connaître … Se rendre compte que si elle vous aidait malgré l'heure tardive et sa pile de devoirs personnels à faire, c'était qu'elle vous aimait. Rose ne disait quasiment jamais qu'elle aimait les autres, n'avait pas non plus de gestes tendres. Mais Rose gardait des pancakes jusqu'à tard le matin parce qu'elle savait que Scorpius se réveillait généralement le dernier, et qu'il était de mauvais poil s'il n'en mangeait pas pour le petit-déjeuner. Rose commandait des pizzas aux poivrons même si elle n'aimait pas ça, parce que Scorpius, lui il les adorait… Rose montrait qu'elle aimait. Il fallait juste la décoder. Oscar, comme tous les autres, n'avaient jamais pu ignorer le fait que Scorpius et Rose avaient toujours tout fait pour faire partie de l'univers de l'autre.

- Oui j'y crois. Et toi ?

- Non.

- Tu n'y crois pas ?

- Non je n'y crois pas, confia Rose.

- Et toi ?

- Quoi moi ?

- Il te plaît ?

Rose décolla sa joue de la table et regarda Oscar droit dans les yeux en rougissant.

- Oui.

- Alors pourquoi tu te poses autant de questions ?

- Et toi alors ? Pourquoi tu fonces pas voir Telma ?

Oscar grimaça.

- Tu sais que c'est compliqué.

- Ouais, je sais. Vous êtes amis.

Oscar opina et passa une main dans sa barde de trois jours.

- Je comprenais pas avant, tu sais, lui avoua Rose. Je vous trouvais tous les deux très lâches. Vous vous tournez autour depuis nos quinze ans et je sais que vous avez déjà eu des aventures. Je me demandais toujours pourquoi vous ne pouviez tout simplement pas être ensemble…

Oscar se pétrifia. Il se demanda un instant comment Rose avait deviné pour Telma et lui, et se souvint que c'était Rose Weasley, l'une des sorcières et personne les plus intelligente de ce monde. Peut-être que Telma avait parlé à Rose… En vérité, il n'y avait pas grand-chose à dire : un baiser, dans la tour d'astronomie. C'était si peu et à la fois beaucoup…

- Puis j'ai compris, continua Rose. L'amitié, c'est pour toujours. L'amour c'est si éphémère et ça ne dure qu'un temps. Ça peut tout détruire. Et j'ai pas envie de détruire ce que j'ai avec Scorpius, qu'un jour, il se rende compte qu'il n'est pas avec la bonne personne, et qu'on a perdu cette complicité.

Oscar secoua la tête.

- Non Rose, ce n'est pas pour ça.

Il posa sa main sur son épaule et elle se laissa aller contre lui. Elle avait presque envie de pleurer, parce que tout ça lui faisait énormément peur en fait. Quand Scorpius lui avait avoué qu'elle lui plaisait, son coeur et son cerveau avaient littéralement explosé. CA avait été un véritable feu d'artifices.

- Si Telma et moi on n'est pas ensemble, c'est pas pour ça. C'est parce qu'on a trop de problèmes pour s'en donner le temps…

Rose fronça les sourcils. Elle oubliait parfois que derrière ses sourires et ses joues rondes, Telma souffrait toujours d'un trouble du comportement alimentaire. Adolescente, Telma s'était soignée, avait vu des psychiatres et avait même réappris à manger sainement, sans se mettre en danger. Rose était si focalisée sur elle-même parfois…

- Tu sais, si vous en avez envie tous les deux, tu ne pourras pas l'éviter juste parce que tu as peur. Sinon, c'est ça qui va vous détruire. Vous souffrirez tous les deux.

Telma apparut devant eux, les cheveux humides et Rose quitta la table sans rien dire de plus. Elle prit sa douche et tressa ses cheveux en couronne avant de remettre ses lunettes et d'enfiler sa chemise et son jean de la veille. Elle avait besoin de se poser et d'arrêter son cerveau un moment, de lui ordonner d'arrêter de penser et de tourner en rond. Quand elle sortir de la salle de bain, ses amis l'attendaient.

- On va faire quelques courses, la pressa Ryley.

- On va surtout au salon de tatouage moldu du coin, rectifia Telma. Ça fait une éternité que je rêve de m'en faire un.

- Pourquoi tu ne l'as jamais fait alors ? l'interrogea Albus.

- Parce que mes parents auraient pété un câble. Je suis jamais venue ici sans eux.

- C'est cool. Si t'en fais un, j'en fais un aussi ! Décréta Ryley.

- Ton raisonnement m'échappe, s'esclaffa Albus.

- Tout est normal alors, plaisanta Scorpius.

Ils allèrent tous en ville. Rose entra seule avec Albus dans l'épicerie pour racheter du chocolat et de quoi manger pour le dîner. Elle laissa Albus s'adresser au caissier et se contenta de ranger leurs articles dans son panier. Elle préférait toujours éviter de parler à des inconnus si elle le pouvait. Ils laissèrent les garçons et Telma partirent devant et aller au salon de tatouages. Quand ils les y retrouvèrent, Ryley était déjà en train de se faire tatouer par un grand barbu ayant la trentaine. Rose resta bien retrait. Cet homme lui fichait la trouille. Presque autant que le bruit des aiguilles en train de percer la peau de Ryley.

Scorpius lui, discutait avec une blonde, tatouée des pieds à la tête. Elle avait plusieurs piercings aux oreilles aussi, ce que Rose n'avait jamais eu le courage de faire, parce qu'elle avait bien trop peur de la douleur. Elle était magnifique cette fille. Et elle battait des cils et hochait débilement la tête à tout ce que Scorpius disait. Rose la détesta immédiatement. Et elle se détesta de la détester pour ça. C'était ridicule. Elle était ridicule. Elle inspira calmement. Elle était jalouse, parce que c'était le genre d'aventurière qu'il fallait à Scorpius.

- Woah c'est trop cool ! s'enthousiasma Oscar. Tu veux pas venir voir Rose ?

- Je n'y tiens pas trop, non, grimaça Rose. Telma est vraiment méphitique !

Scorpius se mordit les lèvres de là où il se trouvait. Il aurait été bien capable de la plaquer contre le comptoir et de l'embrasser devant tout le monde…

- Méphitique ça veut dire qui corrompt l'âme et l'esprit, marmonna Rose.

- C'est joli, commenta le tatoueur.

Pourtant, Oscar lui avait déjà pris la main. Il poussa Telma et Albus qui regardaient attentivement et la plaça devant Ryley, qui souriait de toutes ses dents mais n'avait jamais été aussi blanc de sa vie.

- Même pas mal ! Grimaça-t-il.

Rose déglutit en regardant le tatoueur travailler sur la peau de Ryley. L'aiguille rentrait et sortait, comme si la peau de Ryley n'était qu'un tissu hyper fin ou du beurre. Rose imaginait sans peine les petits trous et…

- Votre amie est très pâle, s'inquiéta l'homme.

- Elle va bien Carl, le rassura Telma qui montrait à un autre tatoueur ce qu'elle voulait. Rose est une dure à cuire !

Scorpius haussa un sourcil et eut à peine le temps de rattraper Rose que celle-ci s'était évanouie. Inerte, elle tomba dans ses bras. Il tapota ses joues et le tatoueur en train de s'occuper de Ryley soupira :

- Amenez-la dans l'arrière boutique. Et donnez-lui de l'eau quand elle aura repris connaissance.

Scorpius hocha la tête et souleva Rose, en l'appelant plusieurs fois. La peau de Rose était presque translucide, faisant ressortir toutes ses tâches de rousseurs comme la nuit dévoilait les étoiles. Ses cils étaient si longs qu'ils semblaient presque caresser ses joues. Il soupira. Elle rouvrit péniblement les yeux et murmura au visage de Scorpius penché sur le sien :

- J'ai rêvé que Ryley se faisait percer la peau par une toute petite aiguille.

- Truc de dingue, se moqua Scorpius.

- C'était pas un rêve hein ? Grimaça-t-elle.

- Non, rit-il. Tu te sens bien ? T'as besoin de quelque chose ?

- D'une pelle et d'un peu d'aide pour creuser ma tombe.

- Mes bras sont à ton service, rétorqua Scorpius en souriant.

Elle se mit à rougir instantanément, morte de honte d'être tombée dans les pommes dans un lieu public. Mais quelle idiote.

- Je suis désolée, vraiment désolée…

- Tais-toi un peu, murmura-t-il. Tu vas pas t'excuser pour ça … Ça arrive.

- Vous êtes la dixième de la semaine mademoiselle, confirma Carl dans la boutique.

Rose laissa échapper un long gémissement et se cacha un peu plus dans les bras de Scorpius en maugréant qu'elle était désolée. Elle se réfugia dans son étreinte, en rougissant encore plus. Il sentait bon.

- Arrête Rose ! Tu n'as pas à être désolée.

- Ne me tance pas comme ça, grogna-t-elle.

Elle releva la tête :

- Ca veut dire gronder, de façon assez infantilisante, expliqua-t-elle avant d'enfouir à nouveau sa tête contre la poitrine de Scorpius.

Ce dernier s'esclaffa légèrement et ça la berça. Albus lui apporta une bouteille d'eau, qu'elle accepta en souriant timidement. Elle essaya de se relever, mais Scorpius la retint fermement dans ses bras :

- Doucement. Nous refait pas un malaise.

- Bah alors ? Commenta doucement la blonde qui était au comptoir, en se penchant à son tour au-dessus de Rose. On ne supporte pas les aiguilles ?

- Pas trop non, bougonna Rose.

Elle était encore plus belle de près. Elle n'avait aucun défaut cette fille… Sa peau était parfaite et son maquillage était très travaillé, sophistiqué. Scorpius discuta tout un moment avec elle, en gardant Rose dans ses bras, qui se concentra sur les battements de coeur du blond. Elle se cala aussi sur sa respiration et reprit des couleurs. Elle se sentait bien ici, l'oreille collée contre la poitrine de Scorpius. Elle y serait restée une éternité. C'était moelleux, chaud, confortable. Comme quand elle était sous la couette les jours de pluie. Dès qu'elle s'en sentit pleinement capable, elle se releva et alla rejoindra Telma, sous l'œil vigilent de Scorpius qui se releva à son tour. Albus n'était pas bien loin derrière elle. Il resta donc discuter avec la jeune femme.

- Ca fait vraiment pas mal ? s'inquiéta Rose en regardant Telma.

- Pas vraiment. Je dirais pas que c'est agréable, mais c'est supportable.

- Et regarde mon serpent Rose ! Lui demanda fièrement Ryley.

Elle lui obéit et admira le petit serpent tatoué sur son poignet. Il était encore tout boursoufflé et tout rouge, et allait probablement le rester un long moment.

- C'est mignon, le félicita-t-elle.

- Mignon ? Arrête de dire n'importe quoi ! C'est féroce et guerrier ! siffla le métisse presque blessé.

Ryley se tourna vers Telma, le sourire aux lèvres.

- On est vraiment les deux seuls courageux ici !

- Personne d'autres n'est tenté ? Se moqua la blonde. Je suis très douée vous savez.

- Sally est une apprentie, grogna l'homme qui perçait désormais la peau de Telma.

- T'as pas envie d'un petit truc ? Demanda Sally à Scorpius.

- Pas vraiment, fit-il gêné. Je suis du genre douillet. Peut-être que je franchirais le cap un jour…

- Je pourrais y aller doucement, répondit Sally d'une voix enjôleuse. Je pourrais t'en faire un ici, insista-t-elle en touchant son biceps.

Elle parcourait tout son corps de son doigts, posant même ses mains sur sa poitrine, à l'endroit même où Rose avait collé son oreille. Sally touchait le corps de Scorpius avec une facilité que Rose se mit à jalouser. Mais cela l'énervait, de la regarder faire cavaler ses mains sur Scorpius comme si il était à elle. Rose broya du noir dans son coin un long moment. Albus essaya bien de la faire rire, en lui faisant toutes sortes de grimaces, mais il abandonna assez vite. Quand Telma eut terminée de se faire tatouer, Rose l'aida à se relever de la table :

- Rose, on dirait vraiment que t'es prête à mordre quelqu'un…, lui fit-elle.

- Pas vraiment.

- Allez viens. On s'en va, l'accompagna Telma.

Telma embrassa le tatoueur sur la joue, qui leva les yeux au ciel.

- Depuis le temps que tu bavais sur la devanture de ma boutique, gamine.

- Je t'avais bien dit que je finirais par le faire, Carl ! s'amusa Telma.

- Et j'ai hâte de te revoir, sourit-il. Tes dessins sont cools.

Telma tapota du bout des doigts son épaule, et le tatouage qui y était maintenant dessiné. C'était quelque chose de très simple, très épuré, et pourtant, c'était magnifique. Il s'agissait de six fleurs, toutes différentes, qui s'enroulaient autour de son épaule et formaient un nœud compliqué de feuilles et d'étoiles… Rose avait souvent vu Telma dessiner ce motif en cours et savait ce qu'il représentait pour elle. Telma fit un clin d'oeil à Carl :

- Je suis une artiste, tout comme toi !

Elles quittèrent la boutique pour revenir à la maison. Ils avaient prévu de se baigner et de profiter de la mer. Le soleil tapait déjà si fort… Rose mourrait de chaud. Après quelques instants, elle s'arrêta et attrapa son cousin par le bras :

- On a un problème ! s'écria-t-elle.

Tout le monde se figea.

- Quoi ? Fit Albus, inquiet.

- On a oublié le panier avec le chocolat.

- C'est pas un problème ça Rose ! Soupira Oscar. Faut vraiment qu'on travaille sur ta définition du mot « problème ».

- Je vais le chercher.

Rose retourna sur ses pas en trottinant jusqu'au salon de tatouage. Sur le chemin, elle croisa Sally, qui tenait son panier entre ses mains.

- Je savais bien que c'était à vous, déclara Sally derrière elle. J'ai glissé mon numéro de portable dedans. Tu sais, pour le blond, avoua-t-elle en rougissant légèrement.

- Il n'a pas de téléphone, rétorqua froidement Rose.

- Oh.

La rousse la regarda longuement, comme pour lui faire peur. Mais Sally ne baissa pas les yeux.

- Tu pourrais lui faire passer un message de ma part ? Lui demanda-t-elle.

- Non.

Rose prit son panier mais Sally l'arrêta. Rose se dégagea vivement, des picotements commençant à parcourir son corps tout entier. Elle avait horreur qu'on la touche.

- Il me plaît vraiment.

Rose inspira calmement avant de laisser sortir toute sa frustration.

- Scorpius est le genre de garçon à mettre du sel dans le café de ses amis juste pour rire. Il adore défier les autres et les forcer à faire toutes sortes de choses qu'ils seraient incapables de faire en temps normal. Il est agaçant, irritant, énervant, prétentieux et arrogant. Il agit toujours comme si tout lui appartenait, parfois même avec les gens et il est...C'est… C'est un véritable crétin !

Peut-être qu'au fond d'elle, Rose s'en voulait encore d'être amoureuse de lui. Cependant, elle savait que dans sa description, elle omettait le fait que Scorpius était un ami fidèle, dévoué, qu'on pouvait toujours compter sur lui, qu'il était le seul être vivant capable de la faire se sentir bien, et entière, plus qu'en vie et heureuse. Elle oubliait de dire qu'il retenait toujours tous ses mots bizarres, qu'il ne se moquait jamais d'elle quand elle les prononçait…

- T'essaie de faire quoi là ? Fronça des sourcils Sally.

- Je te dis qui il est.

- Et pourquoi il ne devrait pas me plaire ? s'étonna Sally.

Rose haussa les épaules, incapable de répondre.

- C'est moi que t'essaies de convaincre… ou toi ? Sourit-elle.

Rose s'en alla, son panier sous le bras. Elle martela le bitume de ses pas et rentra jusqu'à la maison des Davison. En la voyant arriver, Albus croisa les bras sur sa poitrine :

- Il est pas avec toi Scorpius ?

- Non.

- Il nous a dit qu'il voulait te rejoindre pour pas te laisser seule.

Scorpius ne se montra qu'une heure plus tard, en bredouillant qu'il s'était perdu. Albus avait haussé un sourcil, mais n'avait rien dit. Le reste de la journée se passa tranquillement et ils se couchèrent tous, une fois la nuit venue. Ils avaient réussis à déloger Ryley des matelas. Rose était bien la dernière à s'endormir. Elle s'éloigna un peu d'Albus qui dormait à sa droite et se pencha vers Scorpius, à sa gauche. Ses yeux étaient clos et sa respiration régulière… Elle avala sa salive. Elle avait besoin de lui dire. Même s'il dormait.

- Tu me plais aussi, murmura-t-elle.

Scorpius se retint de sourire. En une journée, il avait assisté à une crise de jalousie de la part de Rose et à une déclaration… Il repensa à tout ce qu'elle avait dit à Sally et qu'il avait entendu. Il n'avait rien raté de la scène, et était resté caché, totalement perplexe et dérouté de voir Rose s'adresser ainsi à une inconnue.

« Tu me plais vraiment, bécasse », pensa-t-il. Elle, et pas une autre. Il n'avait même pas remarqué que Sally le draguait… Il ne voyait que Rose.

Le lendemain, il se réveilla avec le corps de la rousse, recroquevillé sur le sien, et le sourire aux lèvres. Il se demanda s'il n'était pas en train de rêver, et réalisa que non. Il était bel et bien réveillé et ils avaient un peu avancé, tous les deux. Un peu… C'était déjà mieux que pas du tout.