- T'as pas trouvé Rose étrange hier ? Demanda Harry Potter à son fils.
- Pas vraiment.
Harry fronça les sourcils et enleva ses lunettes pour frotter ses yeux. Il avait comme une intuition. Rose avait été étrange. Il observa son fils, en train d'étudier. Albus s'était réfugié chez ses parents pour ses révisions de dernières minutes. Il avait les nerfs en pelote, si bien qu'il était incapable de supporter qui que ce soit. Pas même son meilleur-ami.
- Qu'importe.
- Tu sais, Rose est toujours étrange.
Peut-être qu'elle l'était plus en ce moment. Il savait que c'était un peu à cause de Scorpius et leur jeu du chat et de la souris… Albus avait toujours deviné que Scorpius avait un léger faible pour Rose. Il n'était pas aveugle. En revanche, ce qu'il n'avait pas vu venir, c'était l'attirance de Rose pour Scorpius… Enfin bon. C'était leur histoire et Albus refusait de se mettre entre eux. Ou même d'être à côté d'eux… Rose et Scorpius, ensemble ? Ça ferait des explosions, qu'importe les circonstances et il ne voulait pas être dans ligne de mire.
- Je l'ai trouvé plus ouverte, moins tendue que d'habitude. Elle a même rit à l'une des blagues de ton frère. Et elle a accepté que ta sœur lui fasse ses ongles.
- Elle a fait énormément de progrès tu sais…
Albus essaya de se replonger dans la lecture de son manuel et serra sa baguette dans ses mains. Dans moins de deux jours, il passerait son dernier examen pour devenir auror. Il n'avait jamais été du genre stressé. Albus était un élève doué et brillant. Il était un bon sorcier, avec de l'intuition et un sens inné de l'honneur. Pour autant, Albus, s'il n'était pas stressé de nature, avait toujours eu une pression énorme sur les épaules. Il était non seulement le fils de père et de sa mère, mais aussi le frère de James Potter.
Harry Potter était célèbre et admiré par la communauté magique internationale. Tous s'accordait à dire qu'il était l'un des sorciers les plus talentueux de sa génération. Il était le directeur du bureau des aurors et Albus refusait de considérer cela comme un atout. Il avait travaillé cinq fois plus que tous les autres étudiants de sa promo. Sa place, il voulait que tout le monde s'assure qu'il l'ait mérité. Pas parce qu'il avait eu un passe-droit grâce à son nom. En plus de cela, James Potter était un briseur de sorts très respecté malgré son jeune âge et sa faible expérience.
Albus voulait prouver à tous que, s'il en était là aujourd'hui, c'était parce qu'il était doué. Pas parce qu'il était bien né. Albus avait mit énormément de temps, à se sentir légitime en tant qu'apprenti auror. Il était dix fois moins doué que son frère, cent fois moins doué que son frère. Quand il se comparait à sa mère, il trouvait qu'il lui faisait bien peu honneur : Ginny Potter-Weasley était une joueuse de Quidditch de talent. Lui, il était bon mais sans plus. Même sa petite sœur Lily, avait un don naturel qu'Albus ne possédait pas. Elle était dix fois plus vive que lui et si gentille et pouvait faire n'importe quelle potion les yeux bandés…
Harry Potter était fabuleux. Ginny Potter était talentueuse. James Potter était le plus malin. Lily était la plus intelligente. Et lui, il avait l'impression d'être nul. Sa mère disait que c'était le complexe de l'enfant du milieu. Mais lui, il pensait surtout que c'était le « complexe Albus Potter ». Il était trop obnubilé par ça, pour penser à Rose et à ses progrès.
- C'est vraiment bien pour elle, continua son père. Et elle a de la chance de t'avoir pour ami.
- Ah oui ?
- Bien sûr. Tu as toujours été là pour elle.
- Mais elle l'a toujours été pour moi aussi.
Hier, elle l'avait fait réviser très tard, à l'appartement et juste après le repas dominical, jusqu'à s'endormir dans ses bras. Il l'avait raccompagné chez elle, exténuée. Ron l'avait remercié et Albus était tout de suite reparti pour continuer ses révisions.
- C'est vraiment bien, murmura Harry pour lui-même. Elle mérite d'être heureuse.
- Sans aucun doute.
Harry fronça une fois de plus les sourcils et arracha le manuel des mains de son fils.
- T'as pas besoin de ça. Tout est là-dedans, fit-il en pointant du doigt sa tête.
- On en reparlera quand je me planterai en beauté demain et que je te ferai honte.
Harry ferma définitivement le manuel de son fils, d'un coup sec. Il remit ses lunettes sur le bout de son nez :
- Je n'aurais jamais honte de toi.
Albus était le plus gentil de ces enfants, le plus loyal et le plus déterminé. Harry en était fier. Tout comme il était fier de l'audace, de la malice et de l'humour de James, et comme il était fier de l'intelligence, de la fourberie à peine dissimulée de sa fille et de son charme…
- On en reparlera demain…
- Toi aussi t'as fait des progrès.
- J'ai pas fait de progrès, ronchonna Albus. Parce que j'ai jamais eu de problèmes.
- T'as un gros complexe d'infériorité depuis que tu es haut comme trois pommes.
- N'importe quoi, nia Albus.
- Tu as pleurniché pendant trois jours entiers quand tu as su que James avait appris à marcher deux mois avant toi.
- J'avais cinq ans quand j'ai appris ça ! Et je croyais que c'était le genre de chose qui définissait les exploits futurs de toute une vie.
- C'est vrai, admit Harry en riant. Mais tu crois que je n'ai jamais remarqué à quel point tu te mettais la pression à cause de moi ?
- A cause de vous, rectifia Albus.
- Vous ?
- J'ai refusé d'entrer dans l'équipe de Quidditch de Serpentard à cause de maman. J'ai refusé de faire partie du club de dueliste à cause de James. Comme j'ai toujours évité de me trop remarquer en potion à cause de Lily.
Et aussi parce qu'il était une véritable catastrophe en potions… Juste assez bon pour devenir auror cependant
- Comme j'ai failli me tourner vers des études de médicomagie juste pour ne pas être auror et être comparé à toi, tout le temps.
Harry savait tout ça. Son fils n'en avait jamais parlé, mais il savait.
- Et en plus, je m'appelle Albus. Comme l'un des plus grand mage de tous les temps.
- On ne t'a jamais empêché de faire tout ça, le coupa son père. Ta mère t'a encouragé tous les ans pour que tu passes les sélections. James se moque de toi, mais il t'admire et tu ne l'as jamais vu. Quant à ta sœur, ça fait des années qu'elle t'aide et te donne des cours de potion, parce qu'elle sait que ce n'est pas ton point fort.
Le pire dans tout ça, c'était qu'Albus en avait conscience, et qu'il n'arrivait même pas à en vouloir à sa famille.
- Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ? l'interrogea Harry.
- Pour quoi ?
- Pour devenir auror.
- Je ne sais pas. Je me suis dit qu'il fallait que j'arrête de penser à tout ça, et que je fasse ce que j'avais envie de faire, qu'importe le reste.
C'était surtout Scorpius qu'il l'avait un peu poussé. Son meilleur ami lui avait dit que si lui, un Malfoy, n'avait pas peur de devenir auror, alors lui, un Potter, n'avait rien à craindre et devrait bien avoir assez de courage en lui pour affronter les difficultés liées à son nom.
- J'ai toujours été fier de toi.
- Et tu me l'as toujours dit, affirma Albus. Rien n'est de ta faute.
- Demain, je sais que tout ira bien. Parce que tu es doué. Pas seulement parce que tu es mon fils, et que je pourrais manquer d'objectivité. Mais parce que je sais reconnaître un bon auror quand j'en vois un.
- Je veux juste… me sentir à la hauteur.
- Tu l'es. Et je suis fier de toi.
Harry repartit avec le manuel d'Albus dans les mains.
- Papa ?
Il s'arrêta, le sourire aux lèvres.
- Oui ?
- Je t'aime tu sais.
- Je t'aime aussi.
Albus inspira calmement. Peut-être était-il temps qu'il arrête de se comparer aux uns et autres. Il ne l'avait jamais beaucoup fait. Juste un peu. Juste assez pour se convaincre parfois qu'il était mauvaise, et un peu nul. Juste assez pour douter.
Mais il était Albus Severus Potter, et demain, il allait tout déchirer, parce qu'il était sacrément doué à sa façon.
