Rose n'avait jamais été de ceux qui détestaient manger seuls le midi. Elle avait cependant prit l'habitude de déjeuner avec Ryley les lundis midi, avec Albus et Scorpius les mardis et les jeudis, avec Telma les mercredi et avec Oscar les vendredis. Entre deux pauses à son travail, ils venaient tour à tour venir manger avec elle, quand elle n'étudiait pas. Ses amis lui manquaient atrocement. Rose s'était rapidement habituée à la vie japonaise. Elle adorait sincèrement ce qu'elle apprenait. Mais pour la première fois de sa vie, elle se sentait vraiment seule. Ses amis lui manquaient énormément et sans eux, elle avait l'impression de n'être qu'une coquille vide.
Rose sortit de son sac une lettre, qu'elle n'avait pas eu le temps de lire ce matin. En fait, elle l'avait gardé sous le coude exprès pour ce midi, pour se sentir moins seule.
« Rose,
On s'ennuie un peu sans toi. On continue de venir au Tropic's mais ce n'est pas pareil quand tu n'y es pas. Déjà, nos verres sont relativement moins plein. Je soupçonne Emma d'alléger le mien exprès pour que je revienne en commander un autre et lui parler. Oscar et Telma cachent quelque chose. Je les ai vu s'embrasser il y a quatre jours. Mais hier, ils étaient en train de se crier dessus. Enfin Telma criait sur Oscar et Oscar la regardait méchamment, sans rien dire. On ne s'en mêle pas, mais avec Ryley et Albus on est un peu inquiets. En parlant de Ryley, il a une petite-amie en ce moment. Elle est moldue, et on pense toujours fort à toi et à tes conseils quand on doit lui parler avec les autres. Albus lui a demandé la semaine dernière si elle jouait au Quiddicht. Je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer la tête que tu aurais fait, si tu avais été là... ».
Rose se serait probablement étouffée avec sa salive et aurait fait de gros yeux à Albus. Elle se promit d'écrire à Telma dans la semaine. Les deux amies correspondaient très souvent, mais la brune n'avait jamais parlé de sa relation avec Oscar dans aucune de ses lettres.
« Les entraînements sont assez durs. J'ai des courbatures partout, à des endroits où je ne pensais même pas posséder de muscles. Les travaux dans l'immeuble m'empêchent aussi de bien dormir et j'ai sérieusement envie de détruire les perceuses moldues. La magie a l'avantage d'être silencieuse. Ton oncle est un mentor assez dur. Franchement, Albus a de la chance de ne pas l'avoi en tant que mentor. Ceci-dit, il a hérité d'un vieux croûton. Bon j'exagère. Son auror formateur est très doué et Harry n'aurait jamais confié Albus aux mains d'un incompétent. Mais je l'envie. Harry est du genre à me faire répéter un sort mille fois jusqu'à ce que je le maîtrise à la perfection. Il dit que l'entraînement et le terrain n'ont rien à voir et qu'il suffit d'une petite erreur pour que tout bascule. Il a raison, je le sais. »
Rose était contente de savoir que son oncle Harry était le référent de Scorpius. Il apprenait avec l'un des meilleurs, et il ne risquait rien. Rose était toujours très admirative des aurors. Elle, elle se sentait bien incapable d'avoir autant de responsabilités. Sans compter le danger. Rose ne comptait plus le nombre de fois où elle n'avait pas dormis, en sachant que son père était en mission. Quand Albus lui avait annoncé vouloir devenir auror, elle avait senti tout son sang quitter son visage. Puis, Scorpius était venu, avait glissé un bras autour des épaules de son meilleur-ami et avait décrété qu'à eux-deux, ils seraient les plus grands aurors de tous les temps. Rose avait sourit. Quand ils étaient ensemble, rien ne les arrêtait ces deux-là….
« Dans ta dernière lettre, tu m'as semblé très triste. Je sais que tu ne regrettes pas ton choix, et te connaissant, je suis certain que tu apprécies apprendre autant de nouvelles choses. J'ai aussi hâte de t'entendre prononcer tous ces mots étrangers que tu auras mémorisé durant ton séjour.
Je sais que c'est sûrement déstabilisant pour toi, d'être livrée à toi-même, mais je sais que tu en es capable. Albus m'a dit que mangé seule le midi. Je suis certain qu'il y a d'autres étudiants comme toi, qui seraient ravis d'apprendre à te connaître. Moi, je le serais à leur place.
On est tous fiers de toi. Je suis fier de toi. Ça n'a pas du être facile, de prendre cette décision. Ne te laisse pas abattre. Laisse les autres t'approcher. T'es quelqu'un de bien et d'intéressant, contrairement à tout ce que tu peux penser. Il s'en fiche bien de savoir que tu es la fille de telle ou telle personne. Ose, Rose. Tu n'as rien à perdre… Il faut que tu t'accroches, que tu vives cette expérience à fond.»
Parfois, quand Rose avait peur de prendre une commande dans un restaurant japonais, de demander son chemin quand elle était perdue ou de demander de l'aide à l'un de ses camarades, elle pensait à ce que Scorpius lui dirait de faire. De foncer et de réfléchir pendant ou après. Elle avait appliqué cette philosophie quelques fois….
« Tu me manques énormément. J'aimerais avoir le temps de te rendre visite. Mais je sais que je serai incapable de repartir. Hier, mon père m'a envoyé une lettre. Il ne sait même pas que je suis officiellement un auror maintenant. Enfin, je crois. Il travaille au Ministère. Il le sait forcément. J'imagine que je me rassure moi-même en me disant que s'il ne m'a toujours pas félicité, c'est parce qu'il ne le sait pas.
Je le croise de temps en temps dans les couloirs. Il se contente de hocher la tête pour me saluer et je fais pareil. Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça. Je ne pensais pas que ses menaces ou ses remontrances me manqueraient. Au moins, avec elles, j'avais la sensation d'exister. Mais depuis que je suis parti de la maison, c'est comme si je n'existais pas. Ça commence à me peser. ».
Rose fronça les sourcils. Scorpius n'avait jamais mentionné les menaces avant. Elle avait envie de le consoler et sentit son coeur s'alourdir dans sa poitrine. Scorpius confiait si peu ses malheurs et si souvenirs d'enfance… Combien de souvenirs Scorpius gardait-il encore au fond de lui ? Rose avait remarqué qu'il avait tendance à se livrer davantage dans ses lettres. Ils apprenaient à se connaître autrement, à travers l'écriture. Rose aimait cet aspect de leur relation… Elle-même était moins sur la réserve. Elle choisissait toujours prudemment ses mots, mais tout restait naturel. Elle parcourut le reste de la missive et ne put s'empêcher de sourire et de rougir :
« J'essaie d'organiser le rendez-vous parfait aussi. Ça me prend pas mal de temps, parce que je sais que tu as certaines exigences. Je sais que tu n'aimes pas les roses, et que tu penses qu'elles sont les super-pétasses des fleurs, mais j'ai très envie de t'en offrir. Juste pour t'énerver, mais aussi parce que je trouve qu'au final, cette fleur te va bien. Elle est délicate, mais ses épines sont féroces. Je sais que tu lèves les yeux au ciel en me lisant et que tu vas me trouver franchement mièvre et ridicule. Je m'en fiche. »
Il avait raison. Rose avait effectivement levé les yeux au ciel et le trouvait mièvre. Merlin, qu'il lui manquait. En bas de la page, Scorpius avait dessiné un smiley. Rose le caressa légèrement du bout des doigts et se perdit dans ses pensées. Scorpius avait toujours été quelqu'un d'expansif. Il n'avait hamais eu peur d'éclater de rire au beau milieu de la rue, de dire à quelqu'un qu'il l'aimait, ou même à un autre, qu'il la détestait. Mais dans ses lettres, Scorpius l'était encore plus. Ca touchait Rose au plus profond de son être.
« Ps : je te défie de parler à la prochaine personne qui passera devant toi »
Même à l'autre bout de la planète, Scorpius restait Scorpius. Elle s'esclaffa, sincèrement heureuse. La jeune femme regarda autour d'elle et une étudiante japonaise passa prêt d'elle. Elles échangèrent un sourire et Rose secoua la main pour la saluer. Puis, elle se ravisa, et se leva, sa lettre dans une main et sa pomme entamée dans l'autre :
- Excuse-moi, j'ai remarqué qu'on avait souvent des cours ensemble, bredouilla-t-elle.
Une goutte de sueur perlait le long de sa nuque. La liste de ses symptômes dansaient dans sa tête et les battements de son coeur s'étaient dangereusement accélérés. Tous les signaux d'alarmes s'illuminaient dans son cerveau, qui lui disait de fuir cette situation….
- Tu t'appelles Rose, n'est-ce pas ? Répondit son interlocutrice tout doucement. J'adore tes cheveux ils sont super beaux.
Rose rougit de la tête aux pieds.
- Merci.
- Je m'appelle Yui !
- Enchantée Yui, fit faiblement Rose, toujours anxieuse.
- Tu as déjà mangé ? Je connais un super restaurant pas trop cher ! On pourrait faire connaissance ! Après tout, on va passer quelques mois ensemble !
- Je te suis…, répondit Rose.
Elle ne mangea plus jamais seule le midi.
