PARTIE XI – NIGAUD ET CHAMPIONNE - NOVEMBRE 2027
-J'ai faim.
- Mange.
- Merci Albus.
- Mais de rien cher Scorpius. Tu veux que j'aille chercher le reste de pâtes qui est dans le frigo ?
Le ventre de son ami se mit à gargouiller bruyamment.
- Non, maugréa ce-dernier. Je suis encore capable de prendre ma baguette et de lancer un sort !
- Ton bras droit est dans le plâtre je te rappelle, se moqua Albus.
- Et Merlin merci, ma merveilleuse mère et mon fantastique père ont très bien fait leur job et m'ont conçu avec deux bras ! Maugréa le blond en s'emparant de sa baguette.
- La dernière fois que t'as jeté un sort avec ta main gauche, t'as fait bruler toute une partie de la forêt interdite, lui rappela Albus.
- J'étais jeune et inexpérimenté !
- C'était il y a peine quatre ans...
Scorpius se souvenait parfaitement de ce défi... Ils étaient en septième année à Poudlard et pourtant, il avait l'impression que ça faisait une éternité. Oscar lui avait lancé un défi incroyablement dangereux et comme à chaque fois que le feu était impliqué dans leur bêtise, ça s'était très mal passé. C'était Rose qui avait sauvé la situation, comme toujours. Elle avait lancé un aguamenti sur toutes les plantes et tous les arbres aux alentours pour éviter au feu de se propager, et avait fait appeler un professeur.
- Tu penses encore à Rose ?
- Hum, avoua Scorpius à demi-mot. Comment tu sais ?
- Quand tu penses à elle, tu souris comme un gros nigaud.
Scorpius se mit à sourire encore plus. Il repensa à sa dernière lettre qui datait déjà de trois jours. Elle lui racontait toujours sa semaine en détails, et il y répondait, lignes par lignes. La présence de Rose lui manquait beaucoup trop… Parfois il se surprenait à penser à ce qu'elle dirait dans telles situations, ce qu'elle lui conseillerait de faire, de ne pas faire. Quand Telma venait se plaindre le soir chez Albus et Scorpius, il se demandait ce que ferait Rose, et il le faisait, parce que Rose trouvait toujours les bons mots pour calmer les gens et les fait se sentir mieux. Ca marchait toujours… Pour autant, il était loin d'être comme elle. Vraiment loin… Il était temps qu'elle revienne, et il comptait les jours comme un enfant comptait les nuits qui lui restait à faire avant de partir en voyage.
- Je t'assure que te voir apathique sur le canapé, ça vaut de l'or ! Se mit à rire son meilleur-ami. Je ne savais même pas que tu étais capable de rester en place aussi longtemps !
- Je déteste ton père.
- Menteur. Tu l'adores. Tu l'admires.
- Non je le déteste et je l'abhorre
- Un nouveau mot de Rose ? Haussa un sourcil Albus.
- Oui, confirma Scorpius. Il veut dire que je déteste vraiment ton père. C'est dans mon ADN de Malfoy.
- Et moi alors ?
- Je l'explique pas. T'es l'exception.
Harry Potter, qui s'occupait de la formation de Scorpius, étant donné qu'il ne pouvait pas prendre en charge son propre fils, avait décrété que son élève était bien trop casse-cou pour son propre bien. Après que Scorpius se soit blessé, le père d'Albus avait décrété que le blond allait guérir « à la méthode moldu »... Scorpius avait gardé la bouche grande ouverte pendant plusieurs heures en essayant de plaider sa cause. Mais inflexible, monsieur Potter, lui avait dit que « c'était une bonne chose » et qu'il allait enfin pouvoir prendre conscience de l'importance d'une vigilance constante et d'une prudence extrême.
Scorpius calculait toujours un peu mal le danger. C'était sûrement son plus grand défaut, et il avait fichu une trouille bleue à Albus, quand il était revenu de mission le bras tout tordu et le visage encore plus translucide que d'habitude.
- Il en a juste marre de te voir faire le guignol tout le temps ! Déclara Albus. T'es aussi imprévisible qu'une tempête parfois !
- Quel poète Albus ! Grimaça-t-il.
- C'est Rose qui fait ce genre de remarques d'habitude…, fit Albus, le sourire aux lèvres.
- Et ça lui va bien mieux si tu veux mon avis !
- Allez grouille toi. On va être en retard, le pressa le brun.
- J'ai pas envie de venir.
Tous les dimanches, les Potter invitaient leur enfants à venir déjeuner à la maison. Teddy venait avec Victoire et leur petite Gisèle, qui s'amusait toujours à faire d'adorables gazouillis quand elle attrapait les lunettes de Harry. James aussi était présent, et se disputait avec Albus, comme au bon vieux temps. Lily, quand elle n'était pas accaparée par ses études de potions, venait également... Depuis que Scorpius partageait son appartement avec Albus et qu'ils étaient colocataires, le blond était également invité. Scorpius d'ordinaire, venait avec plaisir. Il avait toujours été très bien accueilli chez les Potter... Mais cette fois-ci, Scorpius n'avait vraiment pas envie de voir son mentor. Harry Potter serait capable de prendre un stylo et de lui signer son plâtre juste pour le provoquer… C'était d'ailleurs ce qu'avait toute de suite fait Albus quand on le lui avait posé. Les Potter aimaient bien avoir raison et prenaient toujours un malin plaisir à le voir souffrir…
- T'es sûr ? Sourit Albus.
- Oui.
- Vraiment sûr ? Insista le brun.
- Qu'est-ce que tu sais que j'ignore ? Haussa un sourcil Scorpius. Ginny a fait un super bon dessert ?
- Rose sera là.
C'était bien mieux que n'importe quel dessert.
Scorpius en étais persuadé : l'espace d'un instant, il avait retenu son souffle. Cela faisait un peu moins de six mois qu'il n'avait pas vu Rose. La jeune femme était partie au Japon pour un stage en droit international magique. Dans ses lettres, Rose parlait toujours de ce qu'elle mangeait, buvait, visitait, mais rarement de son travail. Scorpius savait qu'elle était au bureau des relations internationales magiques, mais n'avait jamais réellement compris en quoi ça constituait ….
- Rose ne rentre que dans deux semaines ! Nia Scorpius.
- Non. Elle est rentrée hier. Elle a aidé à boucler un dossier très compliqué, donc ils l'ont laissé partir un peu en avance.
- Pourquoi elle ne m'a rien dit ?
Albus haussa les épaules. Scorpius, lui était franchement déçu. Cela faisait depuis presque cinq mois qu'il imaginait ses retrouvailles avec Rose. Il s'était dit qu'il poserait une journée de congé pour ça, et qu'il l'accueillerait avec toute sa famille… Il s'était imaginée passer le reste de la journée avec elle, à profiter, rattraper le temps perdu.
- Alors ? Je t'aide à mettre ton manteau ? Le taquina Albus.
- Tais-toi Potter. Mon ADN reprend le pas sur l'affection que je te porte !
Scorpius soupira et se leva pour aller enfiler son manteau, tant bien que mal à cause de son plâtre. Si son père savait que Potter l'obligeait à guérir selon la méthode moldue... Il en ferait une syncope. De toute façon, son père, comme d'habitude, n'avait pas de temps à lui consacrer… Scorpius s'en accommodait parfaitement maintenant.
Scorpius respirait mal. Pas seulement à cause de l'effort surhumain qu'il venait de faire pour simplement mettre ses deux bras dans les manches de son manteau, mais aussi parce qu'il allait revoir Rose et qu'il n'y était pas du tout préparé. Cependant, c'était peut-être mieux comme ça… Plonger tête la première dans ce qui l'effrayait un peu, c'était sa spécialité depuis toujours.
Les deux amis sortirent de l'appartement et transplanèrent pour se rendre chez les Potter. Scorpius inspira bruyamment. Pourquoi son estomac était-il aussi noué ? Il n'eut pas le temps d'y réfléchir. Parce qu'une tornade rousse venait de se jeter dans les bras d'Albus, qui maladroitement, réceptionna sa cousine :
- Je suis ravie de te voir moi aussi Rose, dit-il en riant.
Scorpius esquissa un sourire : la rousse faisait rarement l'étalage de ses sentiments. Mais Scorpius savait qu'Albus lui avait énormément manqué. Elle le disait toujours dans ses lettres. Quand Hugo, son petit-frère, lui avait rendu visite au Japon, elle lui avait même demandé de rapporté toutes sortes d'objets marrants à Albus de sa part.
Scorpius prit le temps de l'observer... Ses cheveux avaient poussé et tombaient dans le bas de son dos. Ils avaient toujours la couleur kemorebi en automne… Ils ondulaient à quelques endroits, et elle avait toujours cette petite mèche de cheveux sur son front, des petits cheveux qui n'avaient pas poussé et qui tombaient entre ses deux yeux marrons. Elle avait remonté ses lunettes sur le sommet de son crâne, les dévoilant totalement. Elle portait son écharpe bleue, celle qu'il lui avait offerte à son anniversaire, celle qu'elle avait essayé dans le magasin de sa tante Daphné.
- Pardon Al' ! Woah tante Ginny a raison : tes cheveux sont vraiment très longs ! Fit-elle après s'être reculée.
Rose remarqua Scorpius, et son visage se figea. Le jeune homme n'aurait su dire si elle était contente ou simplement surprise de le voir. Mais comme à son habitude, Rose Weasley se mit à sourire timidement en lui faisant un petit signe de la main en se balançant d'avant en arrière sur ses pieds.
- Tu as l'air en forme !
- Vraiment ? On ne s'est pas vus depuis six mois et tu me dis « T'as l'air en forme » ?
Rose éclata franchement de rire, et le prit à son tour dans ses bras. Étonné, il se détendit pourtant immédiatement pendant leur étreinte et la serra fort contre lui. Son odeur enivra ses narines. Un mélange de caramel et d'autre chose, d'un peu plus épicées… C'était l'odeur la plus apaisante et la plus douce au monde pour lui.
- Oncle Harry m'a raconté ta mésaventure ! Ça ne m'étonne pas de toi …
- Ah oui ?
- Oui. T'es intrépide et tu ne crains pas le danger. Alors ça ne m'étonne pas de toi...
- C'est vrai, railla Scorpius en passant une main dans ses cheveux.
- Ceci-dit, t'aurais pu faire attention ! Lui reprocha-t-elle en lui enfonçant légèrement son coude dans les côtes. Je t'aime bien entier et avec tous tes membres, Scorpius, ajouta Rose.
- Je ne serai plus le même si je n'étais pas intrépide.
- L'humour et l'ironie sont peut-être tes liniments, mais ça n'empêche que tu devrais te montrer plus prudent… Des gens tiennent à toi, souffla-t-elle.
- Liniment ? l'interrogea-t-il.
Ses lèvres avaient frôlées son oreille, et elle se rappela, de son baiser … Celui qu'il lui avait fait, juste sous l'oreille, là où la peau était très fine, si fine, que Rose avait senti ce baiser se répercuter partout dans son corps… Elle frissonna et se reprit :
- Pommade, onguent, expliqua-t-elle.
Il eut envie de l'embrasser. Encore. Comme toujours. C'était toujours là… Elle resserra leur étreinte et s'éloigna un peu de lui. Elle était resplendissante, solaire. Ce voyage lui avait fait du bien… Rose lui serra le bras, presque imperceptiblement, mais Scorpius le sentit et garda cette sensation jusqu'à ce qu'ils soient tous à table et que Harry apporte le repas à table, un sourire aux lèvres, comme à chaque fois que sa petite famille était réunie. Les Weasley-Granger étaient présents, ainsi que Neville Longdubat et sa femme. Albus et Scorpius en profitèrent pour prendre des nouvelles d'Oscar, interne à Sainte-Mangouste. James interrogea longuement Rose sur ce qu'elle avait fait au Japon et cette dernière s'anima, heureuse de partager son expérience.
Scorpius la trouva un peu changée, moins réservée. Elle faisait de grands gestes, occupait l'espace comme s'il lui appartenait, elle qui auparavant, était toujours si recroquevillée sur elle-même. A l'autre bout de la table, Scorpius et elle échangèrent des regards. Ils auraient souhaité être seuls…
- Alors Rose, ce stage ? Demanda Ginny.
- C'était génial. Vous me manquiez tous, mais j'ai rencontré pleins de gens supers !
- Pense à rendre visite à ma grand-mère, lui fit Teddy en souriant. Elle te réclame !
Rose et Andromeda s'étaient toujours bien entendues. Elles s'adoraient en fait. Rose avait compris qu'elle lui faisait un peu penser à sa fille, et aussi parce que ses parents lui avaient donné le nom de Tonks en second prénom. Elles étaient toutes les deux maladroites, de ce que Rose en savait. Pourtant, elle savait aussi que Tonks était courageuse. Contrairement à elle. Rose était fière de porter son nom. Rose hocha la tête vers Teddy. Elle irait rendre une visite à Andromeda Tonks dès demain.
- Percy n'arrêtait pas de chanter tes louanges au Ministère, lui apprit Ron. Il dit que tu seras très certainement la future directrice du département des relations internationales magiques…
- Et Rose fera ce qu'elle voudra, ajouta Hermione. Si elle veut être agent diplomatique, c'est très bien aussi. Pas de pression.
Rose remercia sa mère en lui serrant la main :
- J'aimerais bien terminer mes études avant… Le droit international magique est passionnant, mais très vaste, et je n'ai pas encore trouvé ma branche.
Après le repas, la coutume voulait que les Potter se réunissent avec leurs amis dans leur jardin pour jouer au Quidditch. Rose n'y avait jamais participé, elle qui avait le vertige. Postée près de la baie vitrée, elle tenait la petite Gisèle dans les bras et s'amusait à la faire sauter sur ses genoux, assise à même le sol. Scorpius était resté à l'intérieur lui aussi. De toute façon, il faisait froid dehors, et avec son bras cassé, il n'avait pas le cœur à regarder les autres jouer.
- Je te sens tourner en rond Scorpius !
- Le son de ta voix m'avait manqué.
Rose posa doucement le bambin sur ses genoux et regarda Scorpius, un peu intriguée. Scorpius ne plaisantait pas en disant ça. Il avait peut-être son éternel sourire narquois et arrogant au coin des lèvres, mais son ton était très sérieux. Scorpius chatouilla Gisèle. L'enfant de Teddy venait de temps en temps au Ministère, quand personne ne pouvait la garder. Teddy était auror, comme Scorpius. Il n'était pas rare de voir la petite fille sur les genoux de Harry, ou même en train de jouer avec Albus. Scorpius l'avait déjà pris une ou deux fois dans ses bras, Teddy lui faisant entièrement confiance. Il avait même dit qu'ils étaient de la même famille après tout. Scorpius avait froncé les sourcils avant de comprendre que Teddy faisait vraiment allusion à leur lien de parenté. La mère de Teddy était la cousine de son père après tout… Pourtant, Scorpius connaissait très mal Teddy. Pas assez en tous cas...
- Dis Gisèle, ça te dirait de dessiner sur le plâtre de ce gros crétin débile qui se blesse tout le temps ?
Gisèle gazouilla, comme à son habitude et Rose prit cela pour un « oui ». D'un coup de baguette, elle fit voler jusqu'à elle des crayons et les donna à la petite fille, qui s'en empara pour jouer avec. Rose en prit un elle aussi, et Scorpius lui tendit son bras en levant les yeux au ciel :
- De toute façon on me le retire dans quelques semaines, soupira-t-il.
- Mais tu seras quand même obligé de te balader avec mes œuvres sur toi une bonne semaine ! Lui fît-elle en appuyant sa phrase d'un clin d'oeil.
- Ne dessine rien de stupide ! Faut encore que j'aille travailler au Ministère avec ça et j'ai une réputation à tenir !
- Oui, oui, répondit-elle distraitement.
Scorpius resta plusieurs minutes ainsi, à regarder Gisèle gribouiller des choses informes sur le plâtre et Rose, plus concentrée dans sa tâche. Elle tirait un peu la langue, et avait remonté les manches de son pull pour ne pas être gênée. Elle avait la peau si pâle... Gisèle finit par ramper, déjà ennuyée par cette activité. Rose poursuivit son œuvre.
- Je suis désolée d'être rentrée sans prévenir. Ca s'est fait très vite, s'excusa-t-elle.
- Ce n'est pas grave. Je n'arrive pas à croire que tu sois là.
- Moi aussi. Je suis très fatiguée en plus…
- Le décalage horaire ?
Rose opina. Scorpius la regarda plus attentivement. C'était vrai qu'elle avait l'air fatiguée… Elle avait des cernes sous les yeux et elle baillait de temps à autre. Mais elle semblait si heureuse. Son bonheur irradiait en fait, et il avait envie de se fondre en elle, pour en profiter lui aussi. Voir Rose aussi heureuse, ça le rendait heureux.
- Tu as trouvé ce que tu cherchais au Japon ? Lui demanda finalement Scorpius.
- Pas vraiment. Mais j'ai compris que je ne suis pas une personne courageuse, que j'ai peur des gens et de ce qu'ils pourraient penser de moi, mais que ce n'est pas grave. Je suis comme ça, et j'arrive à vivre avec, et j'ai trouvé des amis, des personnes avec lesquelles je n'ai pas peur du tout. C'est tout ce qui compte.
- Et dire que tu as eu besoin de partir à l'autre bout du monde pour t'en rendre compte …
Il passa une main dans ses cheveux, et démêla ses boucles. Tout lui avait manqué chez elle…
- J'ai envoyé un hibou à Telma, Oscar et Ryley.
- Et pas à moi ? Se vexa Scorpius.
- Je savais que je te verrai aujourd'hui, déclara-t-elle simplement en continuant à dessiner. Enfin, je l'espérais, je n'en étais pas certaine.
Scorpius imaginait sans peine leur joie. Telma avait été d'une humeur particulièrement massacrante depuis que Rose était partie. Elle était bien allée voir sa meilleure-amie quelque fois, au Japon, mais ce n'était pas pareil. Les deux meilleures-amies avaient hâte de se retrouver. Quant à Ryley, il allait très certainement lui réclamer son saké. Oscar allait probablement pleurer dans ses bras… La bande n'était pas complète sans Rose et ils avaient six mois à rattraper.
- Tu as vraiment préféré venir ici pour me voir plutôt que de dormir et te reposer ? l'interrogea finalement Scorpius.
- Oui, avoua Rose en rougissant.
Écrire avec lui, les avait vraiment rapproché, d'une certaine façon. Ils avaient appris à se connaître autrement, différemment. Rose n'avait jamais été aussi proche de quelqu'un que de Scorpius. Il connaissait vraiment tout… Et elle trouvait ça marrant, de repensait à l'époque où elle l'ignorait, à l'époque où elle ne le supportait pas pour tout ce qu'il faisait et tout ce qu'il était. Alors qu'au fond, elle l'avait toujours admiré…
- Tu m'as vraiment beaucoup manqué Rose…
Elle releva la tête pour plonger ses yeux dans les siens et il s'y perdit un instant.
- J'ai appris pleins de nouveaux mots au Japon, murmura doucement Rose en rougissant. Il y en a un, qui me fait penser à toi.
- J'espère que ce n'est pas une insulte.
Elle s'esclaffa joyeusement et reposa définitivement son crayon. Elle se redressa et mordilla ses lèvres.
- Wabi-sabi, prononça-t-elle lentement. C'est le concept qui consiste à se focaliser sur le fait de trouver la beauté dans l'imperfection, d'accepter que les choses suivent leur cours, que rien n'est figé dans le temps, que tout est éphémère.
- Wabi-sabi, répéta Scorpius. J'aime bien…
- Autrement dit, quand tu fais ta tête brûlée, on peut dire que tu adoptes la philosophie du wabi-sabi.
- Je dirai ça à ton oncle la prochaine fois, ironisa Scorpius.
- J'espère qu'il n'y aura pas de prochaine fois. Mais te connaissant, c'est fort improbable…
Elle se reconcentra sur son dessin et recommença à dessiner.
- Rose ?
- Hum ?
- Tes mots m'avaient manqué !
Elle lui offrit un sourire éclatant, qui lui donna envie de l'embrasser et elle rebaissa la tête, pour terminer son dessin.
- Oh je suis sûre qu'ils vont adorer au Ministère, finit-elle par dire une fois son travail terminé.
- Qu'est-ce que t'as fait ? S'écria-t-il en observant son bras sous tous les angles.
Rose, un sourire malicieux sur le visage, attendait patiemment qu'il déchiffre son écriture :
- « Scorpius Malfoy est un nigaud et Rose Weasley est une championne ». Sincèrement, Rose ?
- Je ne dis pas toujours des choses intelligentes.
Il se jeta sur elle, pour l'attaquer et surprise, elle le laissa faire. Ils tombèrent tous les deux sur le sol, les cheveux de Rose étalés sur le carrelage. Pour éviter de l'écraser, il se tenait sur ses coudes. Cette position aurait pu être inconfortable. Pourtant, pour lui, elle ne l'était. Pas le moins du monde. Surtout quand il y avait Rose juste en-dessous de lui. Cette dernière se mit à rire.
- On se croirait dans une comédie romantique moldue niaise...
- Je ne sais pas ce que c'est. Mais ça a l'air cool, souffla le blond.
Ils se regardèrent longuement, sans rien dire, et Rose plaça ses mains sur la nuque de son assaillant comme pour le reprocher encore un plus près d'elle, ou comme si elle allait lui confier le plus grand des secrets :
- Avant de partir..., murmura Rose.
Scorpius savait parfaitement ce que Rose allait lui dire. Elle allait lui rappeler quelque chose dont il se souvenait rapidement. Avant qu'elle ne parte, Scorpius lui avait dit qu'il l'attendrait, et qu'à son retour, il la défierait une ultime et dernière fois.
- Je sais ce que j'ai dit. Et …
- Quoi ? Couina Rose en interrompant.
Scorpius avait peut-être changé d'avis ? Et elle, pendant ce temps, elle avait espéré, elle avait rêvé, elle s'était imaginée en train de l'aimer sans peur, sans doute... Depuis tout ce temps...
- Rose, arrête de paniquer. J'allais juste dire que je voulais faire ça à un autre moment.
Elle fronça les sourcils, et un plis se creusa entre ses deux yeux.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je veux que ce soit parfait. Et avec mon bras dans le plâtre..., fit-il en désignant sa blessure.
- T'es un crétin Scorpius, soupira Rose.
Il éclata de rire, et l'attrapa par le menton pour la forcer à le regarder. Elle tourna la tête, rouge, , pour éviter son regard, comme une adolescente troublée, et il la trouva adorable, plus encore que jamais.
- Tu pourrais me réparer mon bras …, proposa-t-il.
- Certainement pas ! Oncle Harry a raison, siffla-t-elle le regard dur. T'es imprudent.
Mais elle aimait ça chez lui... Le fait qu'il fonçait tête baissée, sans peur de tomber ou de se faire mal. Elle aurait aimé être comme lui. Et elle décida de l'être, prenant son courage à deux mains :
- Je m'en fiche que ton bras soit dans le plâtre. Et je pense que c'est juste une excuse que tu te donnes pour ne pas avoir à sortir avec moi.
Il sourcilla, bluffé. Il oubliait trop souvent que Rose, en plus d'être très intelligente, devinait toujours ce qui passait dans la tête des gens. Et elle avait parfaitement raison. Scorpius attendait ce moment de puis si longtemps... Et aujourd'hui, il avait peur d'être enfin avec Rose, que tout se passe mal, et qu'il dérape. Rose était une chance, et Scorpius craignait de ne pas être capable de s'en saisir.
- Tu sais, de nous deux, c'est moi la plus chanceuse. Tu m'as attendu, alors que rien ne t'y obligeait.
- Si, répondit-il. J'ai des sentiments pour toi et je ne t'ai pas attendu.
- Alors pourquoi tu retardes tout ? Tu ne trouves pas qu'on a déjà perdu assez de temps à cause de moi ?
Scorpius déglutit, prit au dépourvu. Le regard franc et pétillant, Rose attendait sa réponse, anxieuse et inquiète.l aurait voulu être capable de lui qu'ils n'avaient pas perdu de temps. Il aurait voulu la rassurer, lui dire qu'elle n'était juste pas prête, qu'ils avaient bien fait, que l'important c'était maintenant et que plus rien d'autre ne comptait à cet instant, pas même la petite Gisèle qui venait de renverser toute une pile de magazine et qui s'amusait à les froisser. Scorpius aimait Rose et il le sentait partout en lui. Pourtant, il était incapable de lui dire tout ça, parce que les mots avaient si peu de significations quand elle le regardait avec ces yeux-là... Il se pencha vers elle. Rose arrêta de respirer, et ne fit rien, comme paralysée. Scorpius s'arrêta au niveau de ses lèvres, légèrement entrouvertes, qu'il avait effroyablement envie d'embrasser. Pourtant, il continua son chemin et se dirigea vers son oreille :
- Je te défie de sortir avec moi samedi.
- Querencia…
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- C'est de l'espagnol. Ça désigne un endroit dans lequel on se sent fort, où l'on se sent chez sois, un endroit où l'on est authentique sois-même. Tu es mon querencia Scorpius…
Parce que depuis toujours il avait su la faire sortir de sa coquille, la faire rire, danser, chanter sans se soucier des gens autour d'elle. Avec lui, grâce à lui, elle était elle-même et n'avait pas peur de l'être. Plus maintenant.
- Tu sais, chaque fois que tu fais ça, j'ai vraiment envie de t'embrasser.
Rose rougit furieusement.
- Quand je fais quoi ? Demanda-t-elle innocemment.
- Quand tu m'apprends des mots et que tu les dis à voix haute.
- Querencia, le nargua-t-elle tout doucement en relevant légèrement la tête.
Leurs nez se frôlèrent et il ferma les yeux.
- Si tu savais comme je suis heureux que tu sois rentrée…
Elle était sa querencia, elle aussi, parce qu'elle avait toujours vu plus que le petit blagueur qu'il était, l'adolescent qui agissait comme si rien n'avait d'importance. Rose, elle avait toujours été là pour lui, et lui, il l'avait toujours été pour elle.
Il n'y avait pas d'Aaron, pas d'obstacles entre eux. Ils étaient seuls, et ils n'avaient plus qu'à franchir le pas. Ils étaient prêts… Ils ne pouvaient pas l'être plus. Et ils étaient impatients, l'un comme l'autre.
Rose ne se demandait plus si c'était bel et bien de l'amour. Au fond, elle l'avait toujours su. Aujourd'hui elle était juste pleinement et simplement sûre et certaine. Elle aimait Scorpius Malfoy, malgré tout. Malgré le fait qu'elle ait longtemps cherché à éviter de devenir son ami à Poudlard, qu'elle l'ait ignoré une majeure partie de sa vie. Malgré leurs caractères si opposés. Malgré la distance. Malgré ces six mois. C'était toujours là, ce truc entre eux, cette sensation de pouvoir tout se dire, tout faire, d'être invincible, d'aimer ceux qu'ils étaient en présence de l'autre. C'était indescriptible et même Rose, qui aimait les mots, doutait qu'ils en existent des capables d'exprimer ça.
Anam Cara peut-être….
Mais c'était si unique, si singulier, si fort, que Rose avait l'impression d'être la seule à le ressentir. Pourtant, quand elle lisait dans les yeux de Scorpius, elle le voyait : elle n'était pas la seule. Lui aussi, il savait, ressentait.
Elle n'était jamais seule, quand elle était avec Scorpius.
Dehors, les Potter et leurs amis s'époumonaient à crier toutes sortes de choses, et Scorpius espérait secrètement qu'ils continueraient à le faire encore longtemps, parce qu'il n'était pas prêt de bouger. Rose caressa sa nuque du bout des doigts et il frissonna. Elle approcha ses lèvres des siennes, parce qu'elle avait vraiment très envie de l'embrasser une nouvelle fois. Et cette fois-ci, ce baiser n'appartiendrait qu'à eux, et ne se retrouverait pas en couverture du Wizarbazark. Cette fois, ce serait eux, seulement eux et personne d'autres. Au dernier mot, Scorpius l'arrêta, taquin et se releva à contrecœur, quand Albus rentra à l'intérieur en bougonnant :
- Je vous jure que James est un tricheur et que j'ai attrapé le vif d'or bien avant lui !
Rose s'éloigna à son tour et fronça les sourcils en ignorant son cousin. Pourquoi Scorpius avait écarté la tête, comme ça ?
- Alors ? Chuchota-t-il à son oreille.
- Alors quoi ? Demanda-t-elle.
Albus alla se plaindre auprès de Gisèle, bien plus réceptive à ses plaintes que ses deux meilleurs-amis. Il les espionna discrètement, et il se demanda s'il n'allait pas bientôt devoir revoir son discours de menaces, celui qu'il avait préparé pour Aaron sans trop y croire. Il ne leur souhaitait que le meilleur, vraiment…. Et s'il y avait bien deux personnes capables de se trouver, même après tout ce temps, c'était bien Rose Weasley et Scorpius Malfoy.
- Pour ce samedi, précisa Scorpius.
- J'accepte, annonça-t-elle sans hésiter un seul instant.
Évidemment, qu'elle acceptait.
Holà !
Donc je viens de compter, et il nous reste 6 chapitres, et 6 interludes... Et dire que l'année dernière, j'avais déjà presque terminé d'écrire cette fanfiction. Ca passe si vite !
Je voulais aussi faire un petit point pour vous dire, chers petits lecteurs, que c'est important pour moi que vous donniez votre avis. Vous êtes très exactement 608 à lire cette fanfic et pourtant j'ai seulement 1 ou 2 retours par chapitre (d'ailleurs faut que je réponde à mes fidèles revieweurs, que je remercie de tout coeur, ça illumine vraiment ma journée d'avoir vos avis).
Sans faire de chantage hein, parce que comme vous le savez, j'écris toutes mes histoires en entier avant de les publier (donc si je commence à publier, vous pouvez être certains que la fin sera postée un jour... indéterminé, mais elle le sera !), ce qui pose un problème majeur en terme de motivation à la publication. J'ai vu défiler un message y'a pas longtemps d'un auteur qui se plaignait du manque de commentaires. Je suis relativement peu d'accord avec lui, dans la mesure où les lecteurs sont quand même libres de faire ce qu'ils ont envie de faire, et cela inclus le fait de ne pas commenter et de passer son chemin. Ma vision des choses a beaucoup changé sur ce point (avant je désespérais graaaave de pas avoir de reviews, maintenant, j'ai vraiment lâché le truc en mode osef).
Cependant, pour moi ça réduit grandement l'intérêt de la fanfic, de pas avoir de retours. Genre là, j'ai 3 fics dont 2 nouvelles de 18 000 mots et un monstre de 450 000 mots (pour ceux qui me suivent, ce sont les suites de "La valeur d'Opaline" et "Fabriquer des premières fois" (j'ai pas encore commencé la suite sur "A demi-mots ahem ahem)), que j'hésite à publier parce que je me dis... Bah à quoi bon ? Genre moi c'est bon, je les ai écrites ces histoires, je me suis fait plaisir, mais flemme de publier un truc sans avoir aucun retour. C'est pas tant le fait d'avoir une certaine gratification ou reconnaissance, c'est plus le fait de se dire "bon, j'ai écrit un truc, ça m'a fait plaisir de l'écrire, je le partage, les gens lisent mes lignes, se plongent dans mon histoire, je leur offre quelque chose et... ça s'arrête vraiment là ?". L'écriture ça prend énormément de temps. Je crois que certains ne se rendent pas compte de l'investissement que c'est, et se confronter à un silence c'est parfois archi violent ! C'est pour ça qu'en ce moment, sans parler des projets que je veux terminer, les concours écritures auxquels je participe, je songe très sérieusement à arrêter de publier sur ce site (qui commence sérieusement à me les brouter d'ailleurs, avec tous ses bugs arrrrrrrgh).
Bref, je vous souhaite une bonne journée, et à mercredi du coup.
PS : je cherche toujours des betas lecteurs pour les suites de "La valeur d'Opaline" et "Fabriquer des premières fois", si jamais, please, HELP, MAYDAY MAYDAY CHARLIE TANGO J'AI BESOIN D'AIDE !
PS2 : Sans être méchante... Sérieux, lisez les notes d'auteurs, dès fois, ils y racontent des choses vraiment chouettes, et répondent aux questions que vous posez en commentaires ;) (je vous vise pas vous, parce que bah déjà... Vous êtes deux à commenter, mais j'ai des potes de fanfictions (ouais on forme un crew), qui s'en plaignent de plus en plus donc je fais de la prévention !
