- Scorpius !

- Hum ?

- Je te parle ! s'indigna Telma.

Scorpius releva la tête vers son amie. La brune, comme d'habitude, avait des traces de peintures sur le bout des doigts :

- Qu'est-ce que je devrais faire ?

Un bruit de marteau piqueur ou d'une perceuse, il n'aurait su dire, interrompit leur conversation. Scorpius pria et supplia Telma du regard pour qu'elle lance un assurdito. Avec son bras dans le plâtre, il n'osait toujours pas lancer le moindre petit sort.

- Ils vont faire sauter tout le bâtiment ou quoi ? Pesta l'ancienne Serdaigle.

- Ils refont l'appartement juste en face. J'ai entendu les propriétaires dirent qu'ils voulaient le faire relouer mais qu'il avait besoin de rénovation.. Bref, tu disais ?

- Je te demandais ce que je devrais faire.

- J'en sais rien Telma, soupira Scorpius. Écoute, j'ai d'autres choses en tête là… , s'excusa-t-il.

- Scorpius. On est samedi. Tu ne travailles pas. Tu ne devrais rien avoir en tête.

- Bon ok. Dis-moi ce qui ne va pas, et commence par le début, soupira Scorpius en s'avouant vaincu. Mais avant, il me faut un autre verre de jus de citrouille. Je peux pas supporter ça à jeun.

Telma leva les yeux au ciel et le suivit jusqu'à sa cuisine. Elle était venue tôt ce matin en fait, pour parler. Telma venait toujours à toutes heures de la journée ou de la nuit pour parler. C'était fatiguant au début, mais on s'y habituait assez vite. Au final, la colocation d'Albus et Scorpius était très souvent le repaire de la bande, si bien que tout le monde y allait et venait comme bon leur semblait. D'ailleurs, Scorpius soupçonnait fortement Ryley de venir piquer dans leurs réserves de cookies, à Albus et lui.

- Oscar m'a dit qu'il voulait qu'on soit officiellement un couple. Il veut qu'on ait un vrai rendez-vous cette après-midi.

- Super ! Se réjouit Scorpius.

- Non pas « super" ! s'horrifia Telma. Rose, elle, elle sait toujours quoi dire !

- Bah va la voir dans ce cas…, se vexa légèrement Scorpius.

- Je peux pas lui faire ça ! Rose est en plein jet-lag et elle a besoin de dormir ! T'as déjà essayé de te sociabiliser avec elle quand elle a moins de huit heures de sommeil dans les veines ?

Rose était rentrée depuis à peine cinq jours et ils ne s'étaient pas revus depuis qu'il l'avait invité à sortir. En entendant son prénom, le corps de Scorpius se détendit. Rose était rentrée, et dans deux heures, il la verrait. Et enfin…

- Pourquoi c'est pas super ? Je croyais que tu aimais Oscar ? Demanda Scorpius.

- Oscar et moi, c'est compliqué.

Scorpius but son verre de jus de citrouille d'une traite et marcha jusqu'au salon où séchaient ses vêtements, Telma sur les talons. Il enleva son t-shirt, tant bien que mal malgré son bras invalide, et la jeune femme l'observa faire la moue, devant ses chemises en train de sécher, en soupirant. Il grimaça devant son petit miroir :

- Mais qu'est-ce que t'as ?

- Je sors. Dans très exactement deux heures, alors presse-toi de me raconter tes états d'âmes avec Oscar, qui a enfin décidé de se bouger et de t'inviter à sortir…

- Attends, tu sors ? s'étonna Telma.

Elle l'observa, suspicieuse. Il s'était rasé, avait coiffé ses cheveux différemment et mordait l'intérieur de sa joue.

- J'ai un truc à faire, répéta Scorpius, un peu gêné.

- Super. Je peux t'accompagner ?

- Non.

- Allez s'il te plaît ! Je ne trouverai jamais de meilleurs excuses pour dire à Oscar que je ne veux pas sortir avec lui !

- Telma, t'as plus dix-sept ans bordel. Si tu ne veux pas sortir avec lui, tu lui dis, un point c'est tout, s'emporta légèrement Scorpius.

- Sauve-moi, supplia Telma.

- Non. Tu te débrouilles !

Il était hors de question que Telma, Oscar et leurs chassés-croisés amoureux viennent gâcher son rendez-vous avec Rose. Il observa Telma et la fit s'asseoir sur le canapé en la prenant par les épaules :

- Telma, tu aimes Oscar.

- Oui.

- C'était pas une question, s'exclama Scorpius. T'es une belle et grande jeune femme et tu vas gérer ça, toute seule !

- Tu sors où ?

Scorpius posa presque instinctivement une main sur la poche de son jean, là où se trouvaient des billets, pour se rendre au Victoria and Albert Museum. Il savait que Rose adorait cet endroit. Il avait tout planifié dans les moindres détails et avait même prévu de rejoindre un bar tout de suite après, où ils pourraient discuter.

- Tu veux de l'aide pour enfiler ta chemise ? Haussa un sourcil Telma en le voyant se tortiller dans tous les sens.

- Surtout pas, tu vas mettre de la peinture partout dessus ! Se précipita-t-il en l'empêchant d'approcher plus.

Telma se posta devant la fenêtre et l'ouvrit pour respirer un peu d'air frais. En ce mois de Novembre, le ciel de Londres était immensément gris et terne. Il était nuageux, et le vent, lui était sec et frais, presque cassant et violent. Telma se pencha aux bords de la fenêtre, et Scorpius se mit à repenser à Rose et à la fois où elle avait balancé cette paire de chaussures à talon qu'on lui avait prêtées. Il alla rejoindre Telma, qui lui fit une petite place sur la balustrade.

- Tu sais, avec Oscar, j'ai peur que tout s'arrête quand tout commencera, murmura Telma.

Scorpius hocha la tête, en comprenant ce qu'elle disait. A vrai dire, il l'avait eue aussi cette peur. Elle l'avait habité un petit temps. Très petit temps. C'était un temps où il s'était presque convaincu que l'important, c'était que Rose fasse partie de sa vie, qu'importe la manière et le degré d'implication. Mais il avait très vite compris, que ça ne lui suffirait jamais, et que ça lui ferait bien trop de mal, qu'ils soient juste amis. Il avait confiance en eux. Rose était une personne bien trop spéciale pour qu'il la laisse filer…

- C'est quoi déjà, le mot de Rose, celui qui désigne les femmes qui s'occupent des chats…, chercha à se souvenir Telma.

- Gattara, répondit Scorpius.

- Je n'ai jamais compris comment tu faisais pour toujours retenir tous ses mots bizarres, s'esclaffa Telma.

Scorpius non plus à vrai dire. Il laissa le vent frais mordre sa joue et frissonna, toujours torse nu. Il avait réussis à enfiler une manche de sa chemise, mais c'était tout. Le reste du vêtement pendait maladroitement sur son corps.

- Je vais devenir une gattara, soupira-t-elle.

- Non, je ne pense pas, affirma Scorpius avec conviction.

- Pourquoi ? s'étonna son amie.

- T'es allergique aux chats, Telma ! s'exclama Scorpius.

- Ah oui, c'est vrai, murmura-t-elle. Y'a un peut-être un équivalent pour les chiens ou les lapins… J'ai toujours voulu avoir un lapin…

Telma savait se montrer si dramatique parfois… Scorpius l'adorait sincèrement, mais quand elle avait peur, elle avait tendance à partir en vrille…

- C'est quoi cette musique ? Demanda la brune en se haussant sur la pointe des pieds et en tendant l'oreille.

Scorpius l'imita, avant de réaliser d'où ce son venait :

- C'est juste la fête foraine moldue du coin, réalisa Scorpius. On a reçu un prospectus avec Albus la semaine dernière.

- Y'a une fête foraine dans le coin et vous ne m'avez même pas prévenue ? s'indigna l'ancienne Serdaigle.

- Je n'y suis jamais allé, haussa les épaules Scorpius.

- Comment ça « jamais » ? T'as jamais mis les pieds dans une fête foraine ?

- Jamais. Tu sais, mon père est pas très branché culture moldue, leva les yeux au ciel le blond.

- Mais on va remédier à ça tout de suite ! Ce sera cool !

- Vas-y toute seule !

- Non ! Toute seule c'est pas drôle !

Elle l'aida à s'habiller et fit boutonner les boutons de sa chemise à l'aide d'un sort.

- Je vais envoyer un hibou à Ryley, Oscar et Rose ! On va y aller tous ensemble ! Et maintenant !

- Je peux pas Telma…

- Mais si tu peux. Et moi, ça m'évitera d'avoir à faire ce stupide rendez-vous seule avec Oscar.

Albus, qui venait de se lever, traîna des pieds jusqu'aux placards contenant les céréales. Telma se précipita vers lui, l'embrassa sur les deux joues et lui ordonna de se préparer :

- On va où ? l'interrogea Albus en mâchant péniblement ses céréales.

- A la fête foraine.

- Cool. Rose et moi on adorait ça quand on était petits. Je vais la prévenir.

- Super, je me charge de Ryley et Oscar ! Se réjouit Telma.

Scorpius avait envie de se frapper la tête contre un mur. Son après-midi de rêve avec la fille de ses rêves était en train de virer au cauchemar et au désastre le plus total. Mais quand Telma souhaitait quelque chose, elle l'obtenait…Quand bien même Scorpius adorait ses amis, il ne s'était imaginé sortir avec eux. Alors oui, quand il les retrouva tous à la fête foraine, il bougonnait et shootait dans tous les cailloux qui avaient le malheur de croiser sa route. Telma venait de faire une prise d'otage, et il en était la grande victime.

Oscar et Ryley arrivèrent très vite. L'un avec un air bougon sur le visage, et l'autre avec un sourire immense. Oscar n'était pas dupe, et loin d'être bête. Il savait très bien que l'envie soudaine de Telma d'aller à la fête foraine moldue avait tout à voir avec leur rendez-vous de cet après-midi, et rien à voir avec le fait de faire découvrir à Scorpius les joies de la grande roue. Rose arriva ensuite, bien plus tard. Elle portait une cape grise très simple, et des bottines noires qui la grandissaient de quelques centimètres. Ses cheveux étaient tressés en une couronne compliquée et laborieuse, d'où quelques mèches s'échappaient pour encadrer son visage. Elle avait même mis un peu de rouge-à-lèvres … En arrivant, elle grelottait déjà et la connaissant, Scorpius se doutait bien que dans cinq minutes, elle allait se plaindre du froid et cacher le bout de son nez dans son écharpe bleue. Elle alla embrasser Oscar, dont la moue boudeuse s'effaça un peu pour laisser place à un petit sourire. Puis, elle se laissa prendre dans les bras de Ryley, qui n'avait pas encore eu l'occasion de la voir :

- Ça fait vraiment du bien de te voir à nouveau dans les parages ma belle, murmura-t-il à son oreille.

Ryley et Rose étaient amis… C'était débile, mais Scorpius ressentit une petite pointe de jalousie, juste parce que lui, il ne pouvait pas s'autoriser à la prendre dans ses bras. Ca aurait été étrange, même pour eux, et surtout parce qu'il savait qu'il serait incapable de la lâcher, et qu'il transplanerait directement avec elle pour aller au Musée et échapper à cette mascarade. Rose rosit légèrement de plaisir et se tourna finalement vers sa meilleure-amie, qui accrocha leurs bras l'un à l'autre en se dirigeant vers un premier manège. D'un petit geste de la main, elle salua Albus et Scorpius, qui lui répondirent. Ils échangèrent un sourire, Scorpius et elle, un peu désolé, et un peu ironique.

Les filles marchaient devant, et les garçons les suivaient en discutant. Ryley avait terminé ses études et allait bientôt ouvrir sa propre boutique. Oscar, lui, était si fatigué qu'on aurait presque pu le confondre avec un inferi. Il enchaînait les gardes à Saint-Mangouste et avait peu de jours de repos dans la semaine…

- Je pensais vraiment pas profiter de mon congé comme ça, grogna-t-il.

- On est deux, leva la main Scorpius.

- Trois, plaisanta Ryley. Je pensais que ma journée serait morose et toute grise, mais vous êtes en train de la sauver.

Scorpius grommela quelque chose dans sa barbe inexistante : si Ryley avait de la chance, Oscar et Scorpius, eux, étaient les grands perdants de cette sortie improvisée par Telma.

- Ma tante Hermione a toujours adoré nous emmener dans ce genre d'endroits. Ça faisait longtemps que je n'y avais pas mis les pieds. Je suis heureux d'être là, enchaîna Albus.

- Évidemment, railla Scorpius d'un ton narquois. T'avais prévu de faire la larve sur le canapé pour toute la journée !

- Pas toi ? s'inquiéta Albus.

- Pas vraiment, soupira le blond.

Il regarda sa montre et Rose se retourna très brièvement pour l'observer : normalement, à cette heure-ci, ils auraient du se rejoindre pour aller ensemble au Victoria and Albert Museum… Rose avait presque trépigné d'impatience pendant deux jours, attendant avec impatience ce samedi. Quand elle avait reçu une lettre de Telma, qui était même jusqu'à aller chez elle pour lui dire de venir, elle avait froncé les sourcils et ouvert la bouche. Finalement, Telma lui avait annoncé que tout le monde serait de la partie, et elle avait finit par comprendre que Scorpius, trop gentil, s'était laissé piéger. Elle était maligne, Telma… Et la rousse savait que Scorpius était bien faible, quand il s'agissait de refuser quelque chose à l'un de ses amis.

Rose aimait bien les fêtes foraines. Elle les rattachait à des souvenirs d'enfances merveilleux, dans lesquels James et elle faisaient toutes les montagnes russes jusqu'à en vomir, avec tante Ginny. Elle se souvenait des barbes-à-papa qu'elle partageait avec son frère et des pop-corn qu'elle piquait à Albus, qui se laissait faire. Il y avait Lily aussi, et les stands de tir, qu'elle faisait tous sans exception. Elle ne ratait jamais sa cible, et Rose avait longtemps soupçonné oncle Harry et son père de l'y avoir un peu aidé… Elle observait ses amis faire tous les manèges, et elle, elle restait en retrait, vraiment trop fatiguée par son voyage. Elle parvint à échapper à l'emprise de Telma, bien déterminée à éviter tous contacts avec Oscar, et réussit à marcher à côté de Scorpius, qui était resté tout derrière. Sans échanger un seul regard…

Elle glissa sa main dans la poche du manteau de Scorpius, et quand ses doigts glacés rencontrèrent les siens, il sursauta, surpris. Rose retira sa main, mais Scorpius l'en empêcha, en entortillant ses doigts aux siens, pour les réchauffer. Elle se mit à sourire, et ils continuèrent de marcher, sans se regarder. Ce n'était peut-être pas le rendez-vous qu'ils espéraient, mais au moins, ils étaient tous les deux … Scorpius se mit à sourire à son tour. C'était mieux que rien. Il la regarda enfin, et remarqua ses joues, toutes rouges et ses yeux baissés, un peu honteux. Il s'esclaffa. Rose avait du user de tout son courage pour faire ça, pour glisser sa main dans la poche de son manteau… Ça lui donnait envie de le hurler à la Terre entière, que Rose, cette grande timide ayant toujours peur de ce que les autres pourraient penser, avait glisser la main dans la poche de son manteau. Dans le sien, et pas dans celui d'un autre. Ce simple contact avait gonflé son cœur d'une allégresse toute nouvelle, qu'il n'avait jamais ressentie auparavant.

- On devait sortir tous les deux aujourd'hui, soupira-t-il tout de même.

Rose comprenait sa déception. A vrai dire, elle la partageait. Pour autant, elle refusait de se laisser abattre.

- Et la journée n'est pas terminée, murmura doucement la rousse. On n'a pas vraiment besoin d'aller au musée, ou à l'aquarium. Ni même de faire tous les manèges d'une fête foraine. Je veux juste passer du temps avec toi…

- T'es vraiment merveilleuse Rose Weasley, répondit Scorpius en emmêlant leurs doigts encore un peu plus.

- Je sais ! Se réjouit la jeune femme. Allez viens. Les autres vont se demander pourquoi on traîne autant…

Rose se mit à trottiner jusqu'à leurs amis et accepta la barbe à papa que lui tendit Albus, un large sourire aux lèvres. Elle avait enlevé la main de la poche de Scorpius, et désormais, il avait froid. Vraiment froid. Il observa Rose manger sa barbe-à-papa, décoller des filaments et les laisser fondre sur le bout de sa langue qu'elle tira légèrement.

- Ça m'a vraiment manqué le sucré, au Japon.

- Tu ne mangerais que du sucré, si ça ne tenait qu'à toi, se moqua Albus.

- Ah bon ? s'étonna Ryley.

- Rose est une vraie gourmande, haussa les épaules Albus. C'était elle qui volait tes déserts quand on était à Poudlard et que tu avais le dos tourné, avoua-t-il.

- Tu faisais quoi ? s'indigna Ryley en se tournant vers Rose.

- Toi…, fit-elle en pointant du doigt son cousin. T'es un vrai délateur !

- Partage au moins ta barbe-à-papa ! Gronda doucement le métisse. Je demande réparation pour mon préjudice.

- Mais c'est la mienne ! Et y'a prescription maintenant ! Se défendit la rousse.

Elle se posta derrière Scorpius quand Ryley vint à la poursuivre. Le blond devait bien faire deux têtes de plus que son ami, qui lui offrit un sourire rayonnant :

- Tu ne vas pas laisser l'injustice triompher quand même ?

- Hum… Si.

Rose en guise de récompense, lui donna un morceau de sa friandise, qu'il avala devant Ryley. Scropius sentait les mains de Rose, agripper fermement à son dos.

- Et c'est de bonne guerre : tu piquais toujours ceux d'Oscar ! Continua-t-il.

- Tu quoi ? s'emporta à son tour Oscar en se tournant vers Ryley.

Albus éclata de rire, et regarda ses amis se battre, se chamailler, comme s'ils avaient encore quinze ans. Rose se fit la réflexion qu'elle se sentait vraiment bien avec eux, même si la foule l'oppressait un peu, et qu'elle détestait toutes ces personnes qui la bousculaient.

- Je veux faire ça ! Exigea subitement Telma en désignant la maison hantée.

Rose secoua vivement la tête, des morceaux de barbe-à-papa sur le coin des lèvres :

- Hors de question que je rentre là dedans.

- Rose, t'es au courant que ce n'est pas vraiment une maison hantée ? Et que tu as habité pendant sept ans, dans un château peuplé de fantômes… , se moqua Albus.

- De gentils fantômes. Pas des automates et des acteurs prêts à me sauter dessus et à m'empailler vivante.

- C'est que du faux, rétorqua Albus. Allez Rose !

- Alors si je comprends bien, quand tu étais petite, tu adorais faire des montagnes russes et avoir le cœur à l'envers, mais entrer dans une maison hantée, ça te fichait la frousse ? s'étonna Scorpius.

Rose haussa les épaules. En fait, quand elle était petite, les montagnes russes étaient toujours libératrices : personne ne la jugeait jamais, quand elle se permettait enfin de crier et de vider tous l'air de ses poumons. Quand elle était tout en haut, que le train allait dévaler la pente et qu'elle avait peur, elle hurlait et ça lui faisait toujours du bien de tout faire sortir. Mais aller dans une maison hantée, et se faire volontairement peur, ça, c'était au-dessus de ses forces.

- Les moldus ont vraiment peur de ces trucs ? Les interrogea Oscar.

- Pas vraiment, expliqua Albus. C'est juste … Marrant !

- Moi j'y vais ! Cria Telma en courant pour rentrer dans la maison.

Ils l'observèrent se précipiter à l'intérieur et Scorpius frappa Oscar un peu violemment à la poitrine :

- Suis-là. C'est la chance de ta vie !

- Je vais pas la pourchasser dans une maison hantée ! Grommela-t-il.

- Elle pourra pas t'échapper …, s'amusa Ryley. Scorpius a raison, c'est ta meilleure chance.

- Je suis pas un psychopathe…

- Bon, moi j'y vais en tous cas, rétorqua Albus.

Il entraîna Ryley avec lui, puis finalement Oscar, qui se mit à courir à son tour pour rattraper Telma. Scorpius se tourna vers Rose, toujours cachée derrière lui. Il se planta devant elle, un sourire en coin. Rose, immédiatement, le comprit, sans qu'il n'est besoin d'ouvrir la bouche :

- Oh non.

- Oh si ! Hocha-t-il la tête en souriant de toutes ses dents.

- Oh non, non et re non. Je ne mettrai pas un seul de mes orteils là-dedans.

- Je…

- N'y pense même pas ! Couina Rose.

- Te défie d'y aller, termina Scorpius.

- Je te déteste.

- Menteuse.

- Non, je te jure que je te déteste.

- VOUS VENEZ ? Hurla Albus en leur faisant signe à l'entrée.

Scorpius attrapa les mains de Rose et la traîna de force dans la maison hantée. Elle ne se débattait même pas. En fait, elle avait toujours été un peu curieuse. Elle regarda attentivement la bâtisse. Des sons un peu étranges en sortaient : des faux rires de sorcières pré-enregistrés dont le disque commençait à rayer, des hurlements de loups et des bruits incongrus que Rose n'arrivait pas à déterminer. Elle frissonna rien qu'en y pensant :

- Mais on sait pas du tout ce qu'i l'intérieur ! Geignit-elle.

- Et alors ? Ce qu'on ne connaît pas fait toujours peur, c'est le concept de nouveauté !

- Pas du tout ! J'aime la nouveauté ! s'emporta la rousse.

- Rose, t'as presque fait un piquet de grève quand on nous a annoncé en quatrième année que monsieur Slughorn partait enfin à la retraite et qu'on aurait un remplaçant dans quelques semaines, lui rappela Scorpius.

- Alors déjà pour commencer, je trouve ton « enfin à la retraite », vraiment pas très gentil. Et de deux, j'ai pas fait de piquet de grève ! J'ai juste… exprimé mon mécontentement en restant devant la porte du bureau de McGonnagall pendant un certain temps !

-Tu y es restée quatorze heures Rose… Al' et Oscar ont du t'apporter de quoi manger et boire.

Ils étaient juste à l'entrée, et une toile d'araignée s'était déjà accrochée aux cheveux de Scorpius, qui l'enleva rapidement. Finalement, ce fût Albus qui poussa légèrement Rose à l'intérieur, et immédiatement, cette dernière serra fort la main de son cousin, en lui broyant assez violemment les os. Albus grimaça, mais resta silencieux. Ils traversèrent plusieurs pièces, Rose, les yeux à demi clos. Elle laissa échapper un premier cri strident quand un zombie lui tomba dessus. Scorpius éclata de rire et s'arrêta immédiatement, quand elle le foudroya du regard.

- Je vous déteste, siffla-t-elle entre ses dents.

Un autre cri perçant la fit trembler de tous ses membres : elle avait reconnu Telma, qui s'était mise à hurler. Rose l'appela, presque inquiète. Elle avait beau essayé de se rassurer en se disant que tout ça n'était pas réel, que ce n'étaient que des machines et des bouts de cartons scotchés les uns aux autres, elle avait peur. Albus était parti devant, pour voir ce qui s'était passé. Finalement, Scorpius lui prit la main et elle se retourna en sursautant, prête à lui offrir son meilleur crochet du droit. Il lui fit signe de se taire, en portant son index à ses lèvres et elle le suivit. Il faisait très noir et elle buta dans plusieurs éléments de décor en le suivant. Elle se concentra sur sa respiration, et les battements de son cœur.

- Qu'est-ce que tu fais ? Lui demanda-t-elle enfin.

- Peut-être que le plus important, c'est qu'on passe du temps ensemble… Mais je préfère quand on est que tous les deux.

Rose esquissa un sourire, et même dans le noir, Scorpius le remarqua. Il le traça à l'aide de ses pouces et il s'appuya contre le mur avant de s'y laisser glisser. Rose l'imita, et ils se retrouvèrent tous les deux assis, sur le sol sale, poussiéreux et collant de la maison hantée. Il y avait des araignées jaunes fluo, qui brillaient dans le noir, dans leurs fausses toiles d'araignées. Rose se disait à cet instant que Scorpius était vraiment son querencia : même ici, elle était elle-même parce qu'elle était avec lui. Elle n'avait plus vraiment peur. Ils étaient dans leur bulle, un endroit en-dehors de l'espace et du temps, mais surtout, en-dehors de cette maison hantée.

- Telma tenait vraiment à ne pas être seule avec Oscar, murmura Scorpius. Tu trouves pas ça étrange ?

- De quoi ?

- D'avoir peur d'être avec la personne qu'on aime.

- Non. Moi j'avais peur, avoua-t-elle en le regardant droit dans les yeux.

Scorpius savait qu'il souriait comme un crétin. Mais il ne pouvait même pas s'en empêcher, et encore moins le contrôler.

- Elle avait vraiment envie d'aller ici aujourd'hui, continua Rose. Elle est venue chez mes parents qui m'ont poussé à venir.

- Elle aurait pu y aller seule.

- Ça s'appelle du masturdating.

- Hein ?

- Le fait de sortir seul quelque part, pour se promener, aller au restaurant…

- Masturdating… On comprend le concept ! Ricana Scorpius.

- N'est-ce pas ? s'amusa Rose.

Ils étaient si proches que Scorpius voyait les traces de sucre sur ses lèvres roses. Il n'avait qu'à se pencher …

- De toute façon, essayer de raisonner Telma quand il s'agit d'Oscar, se termine souvent en nonversation.

Scorpius ferma les yeux. Il sentait le souffle de Rose et son épaule contre la sienne.

- C'est quoi, une nonversation ?

Il pouvait le deviner sans peine, mais il aimait l'entendre parler, expliquer, donner des définitions. Il savait que ça l'apaisait et quand elle retirait une certaine satisfaction, à apprendre quelque chose à quelqu'un.

- Une discussion qui ne mène à rien, et qui se montre souvent inutile.

Il rouvrit les yeux, et regarda ses lèvres. Il avait vraiment envie de l'embrasser. Elle s'esclaffa discrètement.

- Est-ce que tu me sors tous tes mots compliqués pour que je t'embrasse, Rose ? Comprit-il soudainement.

Les yeux bruns de Rose se mirent à pétiller. Elle n'imaginait pas un seul l'instant l'effet que ça lui faisait chaque fois qu'elle lui apprenait un nouveau mot. Il avait envie de coller ses lèvres aux siennes, et de se fondre tout entier en elle, de cueillir ses définitions, ses mots du bout de sa bouche. Elle était intelligente Rose. Elle en jouait et il venait à peine de s'en apercevoir.

- Peut-être, avoua-t-elle.

- Tu sais que j'y résiste depuis longtemps.

- Je vais t'apprendre un dernier mot, pour aujourd'hui, murmura-t-elle.

Elle avait tourné la tête vers lui, et avait plongé ses yeux dans les siens.

- Basorexia, chuchota-t-elle en articulant chaque syllabe.

Il passa une main sur sa joue et retira doucement une mèche de ses cheveux qui s'était collée sur ses lèvres.

- Basorexia…, répéta-t-il. C'est quoi ?

- Ce que je ressens, murmura Rose.

- C'est-à-dire ?

- Le besoin urgent, l'envie irrésistible d'embrasser quelqu'un.

Aucun des deux ne sut dire lequel avait embrassé l'autre en premier. Rose savait juste qu'elle avait cligné des yeux, et que l'instant d'après, les lèvres de Scorpius étaient sur les siennes. Leurs baisers étaient doux, sucrés, mais presque urgents. Elle s'était longtemps imaginée leur premier vrai baiser. Avec Aaron, ils n'étaient jamais allés très loin. Rose avait vu des films, lu des livres, s'était fait une idée du baiser parfait, celui où tout explosait et où le temps s'arrêtait. Avec Scorpius, elle eut l'impression qu'il accélérerait, et qu'elle n'en aurait jamais assez de l'embrasser. Quand il passa sa langue sur sa bouche, elle entrouvrit les lèvres, et tout se fît naturellement. Peut-être un peu maladroitement, mais naturellement. Parce qu'ils s'aimaient et qu'ils le savaient, sans se le dire. Scorpius, de son côté, ne sut dire à quel moment Rose se retrouva entre ses genoux et ses bras. Elle l'embrassait comme si elle recueillait le plus précieux et le plus délicieux des nectar. Il passa une main sur sa nuque et se laissa aller, encore et encore… Il mordilla cet endroit, juste en-dessous de son oreille, là où il avait déposé un baiser avant qu'elle ne prenne son port-au-loin pour le Japon. Rose avait passé ses mains sous son manteau. Ils avaient tant envie l'un de l'autre. Basorexia… Ca leur allait bien. Elle soupira, pantelante, le souffle court.

- Rose…

Elle l'embrassa encore une fois, juste une fois. Puis une autre encore, avant de répondre :

- Hum ?

- Tu te frottes à moi là, se mit à rire Scorpius.

Rose recula, gênée et se mit à rougir le cœur battant. Il l'embrassa à son tour et l'enferma entre ses bras pour pas qu'elle lui échappe et s'en aille loin de lui. Elle admira les araignées phosphorescentes, qui brillaient dans le noir, au-dessus d'eux. Dans un décor plus romantique, elles auraient été des étoiles…

- On devrait y aller.

- On est bien là, s'y opposa Rose.

- On serait encore mieux chez moi.

- C'est vrai, s'esclaffa-t-elle. On serait bien mieux.

- J'arrive pas y croire, murmura Scorpius en glissant sa main dans ses cheveux roux.

- Qu'on s'embrasse ? Demanda Rose.

- Non. Ça j'y crois. C'est réel, répondit-il avant de poser ses lèvres sur les siennes encore une fois. Ce que je n'arrive pas à croire, c'est qu'on le fasse ici, dans une maison hantée moldue toute pourrie.

Rose mordilla ses lèvres et s'éloigna, prenant soudainement conscience de tout ce qu'il venait de se passer.

- Eh, ne fais pas ça, gronda-t-il.

- Faire quoi ?

- Flipper. Je veux pas te faire flipper…

- Peut-être que je me fais moi-même flipper, avoua Rose.

Elle lui sourit timidement et planta un baiser sur sa joue. Elle qui n'avait jamais trop aimer les contacts physiques, en était étonnement friande quand il s'agissait de Scorpius. Elle lui en donnait, offrait, comme s'ils étaient illimités, et il les lui rendait… Pire que ça, elle en réclamait et attendait ses prochaines caresses, ses prochains baisers avec un désir qu'elle n'aurait jamais soupçonné. Elle était prête à l'embrasser encore un million de fois. Tant pis pour les autres. Ils étaient sûrement déjà sortis de la maison hantée …

C'était exactement ce qu'ils faisaient. Ils s'embrassaient, comme s'ils étaient l'oxygène de l'autre. Des flashs les aveuglèrent et un monstre verdâtre leur tomba dessus. Il était vraiment effrayant et repoussant. Plus encore, il semblait déterminé à vouloir les attaquer. Rose hurla et sortit sa baguette :

- REDUCTO !

Scorpius cligna des yeux, toujours par terre. Il y eut une explosion, et des éboulements, des projections du décor de la maison hantée dans tous les sens… Le mannequin en carton venait d'être réduit en poussière et il y avait désormais un trou immense dans la maison hantée, avec des moldus inquiets qui le regardaient au travers. Il sentit l'air frais de l'extérieur caresser sa nuque.

- Ah bah ils sont là ! Fit la voix de Telma.

- Rose vient de faire un trou, n'en revenait pas Albus.

- Vous croyez que le Ministère va mettre combien de temps avant de s'en mêler ?

- Merlin, geignit Rose.

Elle se tourna vers Scorpius, encore un peu sonné. Il explosa de rire en se tenant le ventre. Rose, vexée, le frappa avant de rire à son tour, à cause du ridicule de la situation.

- T'es vraiment une poule mouillée, c'est incroyable … chuchota-t-il à son oreille.

- Tu riras tout pareil quand ils m'enfermeront à Azkaban pour usage de la magie en présence de moldus ?

- J'irai te rendre visite de temps en temps, admit Scorpius en riant de plus de belle.

Albus aida sa cousine à se relever. Les agents du Ministère débarquèrent dix minutes plus tard. Rose se confondit en excuse et pleura presque devant eux. Après quelques sortilèges de confusion et un reparo, tout fut rentré dans l'ordre.

Dans la confusion, personne n'avait remarqué que Rose avait un énorme suçon au niveau de la gorge et que les cheveux de Scorpius était vraiment emmêlé. Tout le monde s'était concentré sur le trou qu'avait fait Rose, et sur Telma et Oscar, qui se tenaient la main et se regardaient amoureusement…

- Vous croyez que cette maison hantée a des pouvoirs magiques ? Soupçonna Scorpius.

- Sûrement, plaisanta Rose en rougissant légèrement.

- C'est incroyable, s'étonna Ryley. Telma l'ignorait royalement avant d'entrer là-dedans.

- Je devrais peut-être y déménager, marmonna Albus.

Scorpius lui tapota le dos amicalement.

- Et tu me laisserais seul ?

- Jamais ! Promit Albus.

Rose leva les yeux au ciel. Scorpius et elle agirent comme d'habitude. Ils annonceraient ce qui se passait entre eux plus tard. Pour le moment, c'était à Telma et à Oscar de faire face à toutes les questions qu'on leur posait. Eux, ils avaient bien envie de profiter un peu…

Sur tout le chemin du retour, Rose avait glissé sa main dans la poche du manteau de Scorpius. Personne ne le remarqua, et au moment de se dire au-revoir, il lui murmura un dernier mot :

- Basorexia…


LA CHOSE EST ACTEE, JE REPETE LA CHOSE EST ACTEE !

Bon, pour ceux qui me connaissent, vous savez comme j'aime le slow burn... Aussi j'espère que l'attente en valait la peine !

Il reste donc 5 chapitres, 5 interludes, pour 35 000 mots environ.

Voilà voilà ! En vous souhaitant un bon weekend bien au chaud et à l'abri !