Scorpius gémissait de plaisir. Chaque fois qu'il goûtait les lèvres de Rose, il oubliait leur goût, entre deux baisers, et le redécouvrait encore plus délicieux que dans ces quelques secondes de souvenirs. Rose était à califourchon sur ses genoux et ils s'embrassaient. Les mains de Scorpius étaient partout. Dans son cou, sur ses coudes, sur ses seins, sur sa taille, dans le bas de son dos. Elle avait l'impression qu'elles la couvraient toute entière, ses grandes mains… Il adorait entortiller ses doigts autour de ses mèches rousses. Quand ses lèvres chatouillaient sa clavicule, elle riait parce que ça la chatouillait et sa bouche à lui, esquissait un sourire irrésistible auquel revenait Rose.

La jeune femme avait souvent l'impression de perdre le contrôle quand elle était avec lui. Elle se laissait aller, n'avait pas peur de laisser reposer tout son poids sur son corps. Ses paumes étaient passées sous son t-shirt, caressant les épaules carrées du blond. Rose était déterminée, comme une exploratrice, aventureuse et avide de connaissance comme une archéologue. Elle cartographiait le corps de Scorpius sous ses doigts, ne laissant aucun centimètres carrés de sa peau inexplorés Sous son touché, lui, avait l'impression d'être fort et fragile à la fois. Soudainement, Rose s'arrêta et bondit de l'autre côté de la pièce, comme si elle venait soudainement de reprendre conscience de ce qu'elle faisait, avec qui elle faisait et où elle se trouvait. Elle mâchouilla ses lèvres et remit son pull correctement, qui était assez relevé pour laisser son nombril apparent. Les joues rouges, elle se rassit sur la chaise du bureau de Scorpius et reprit son devoir. Elle ne se souvenait même pas de l'avoir abandonné et d'être passée de l'autre côté de la pièce… L'auror, lui, laissa échapper un son entre le soupir et le rire. Rose adorait se réfugier dans ses études et ses dissertations quand elle paniquait.

- J'ai cru entendre la porte claquer, énonça Rose pour rompre le silence.

Il leva les yeux au ciel. Rose Weasley était la pire des menteuses. Cela faisait trois mois, qu'ils étaient ensemble, sans que personne ne soit au courant de rien, et Rose aimait ça. Ils sortaient très souvent. Parfois, ils se promenaient tout simplement dans des endroits tranquilles, toujours déguisés. Souvent, ils restaient dans la chambre de Scorpius, sans faire de bruit, insonorisaient les murs à l'aide d'un assurdito, et parlaient, parlaient toute la nuit jusqu'à s'endormir.

- J'ai cru qu'Albus était peut-être rentré, ajouta-t-elle.

- Albus est chez Ryley. Il ne rentrera pas avant ce soir et tu le sais très bien.

Rose se tortilla sur sa chaise. Elle observa la chambre de Scorpius, dont les murs étaient couverts de posters et de photos. Plusieurs livres traînaient par terre et quand elle voyait ça, Rose se retenait sincèrement de hurler et de tous les ranger par ordre alphabétique.

- J'ai fait quelque chose de mal ? Demanda Scorpius.

- Non ! s'empressa de répondre vivement Rose. Non, non, non ! C'est juste que…

- C'est juste que quoi ? Sourit-il.

- Je me suis laissée emballer ! Couina la rousse.

- J'aime bien quand tu te laisses emballer, murmura le blond.

Rose avait toujours peur d'aller trop loin avec Scorpius et de le décevoir. Les relations physiques, ce n'étaient pas vraiment son truc. Elle savait que lui, en revanche, avait besoin de toucher, de caresser… Scorpius était du genre à enlacer ses amis et à les embrasser sur la joue. Rose, elle, elle souriait et faisait coucou de loin. Elle ne se forçait jamais à être avec lui. Elle adorait quand il la touchait. En vérité, elle aurait même aimé qu'il ait de plus grandes mains, pour toucher encore plus de peau. Mais ça lui faisait peur, d'aimer autant ça. Et elle en avait presque honte. Etait-ce normal, de sentir son cœur battre aussi fort ? D'avoir l'impression de planer ? De ne plus penser à rien sauf à lui ? De ne plus rien sentir sauf lui ?

- Rose, commença doucement Scorpius. Faudrait qu'on parle de sexe.

- QUOI ? Couina-t-elle trop fort. Pourquoi tu veux parler de ça ? Tu trouves pas qu'il fait chaud ? Moi j'ai chaud. Attend je vais ouvrir une fenêtre. Woah, j'ai vraiment trop de travail en ce moment, je devrais peut-être rentrer chez moi et relire un peu mes cours. Je devrais répondre à la dernière lettre de Yui aussi. Je t'ai dit qu'elle allait venir en Grande-Bretagne ? C'est super non ?

Rose frissonna en sentant le vent froid mordre sa nuque. Scorpius la referma aussitôt et instantanément, la jeune-femme s'était enfuie à l'autre bout de la pièce.

- Ok, j'ai compris, sourit-il. On en parlera pas.

- Parler de quoi ?

- De sexe, Rose, articula-t-il lentement.

Parfois, il avait peur d'aller trop vite, trop loin, de la pousser dans ses retranchements sans prendre en compte ce qu'elle désirait vraiment. Lui, il savait, il était confiant et il n'avait pas peur : il voulait être avec elle, purement et simplement. S'il ne doutait pas l'ombre d'un instant que Rose ressentait les mêmes choses, il était cependant persuadé qu'elle avait besoin de temps, besoin de s'adapter à partager autant d'intimité avec quelqu'un, même en étant amoureuse. Tout donner, sans secret, c'était définitivement faire éclater cette bulle protectrice dans laquelle Rose se protégeait de tout.

- C'est vraiment nécessaire de parler de ça ? Grimaça-t-elle.

- Tant que tu continuera à dire « ça » pour parler de sexe, on n'en parlera pas, continua-t-il de sourire en croisant les bras sur sa poitrine.

- Pourquoi ? s'étonna Rose.

- Parce que « ça », c'est pas un mot qui, si tu le prononces, va avoir pour effet de jeter une malédiction sur toute ta famille, Rose. Si tu n'es pas prête à le dire, tu es encore moins prête à en parler.

- Je peux tout à fait le dire ! s'offusqua-t-elle. Et je ne te permets pas de me dire ce pour quoi je suis prête ou non !

Scorpius la regarda attentivement, en attendant, appuyé contre la fenêtre :

- Tu veux que je le dise maintenant ? Rougit-elle.

Il fit mine d'observer sa montre et soupira dramatiquement. Rose baissa les yeux et inspira. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas envie de lui. Non vraiment. Parce qu'elle l'aimait et qu'elle avait du désir pour lui. C'était juste que… Elle n'avait aucune expérience. Et si elle était nulle ? Décevante ? Incapable de le satisfaire ? Peut-être qu'elle n'était pas celle qu'il lui fallait. Alors elle l'évitait. Quand elle était trop prés de lui, elle avait tendance à manquer de prudence et à s'emballer. Puis, elle pensait à sa bulle aussi… Sa bulle si confortable, dans laquelle elle se sentait bien. Elle avait envie d'y inviter Scorpius, et qu'ils y restent tous les deux. Mais ce n'était pas aussi simple… Alors, Rose était tiraillée entre son désir pour lui, et sa peur de perdre cette dernière protection, ce dernier mur entre elle et Scorpius.

- Si tu veux vraiment parler de sexe, on va parler de sexe, affirma-t-elle.

Elle s'assit sur son lit, en tailleur et se mit à regarder droit devant elle, le dos droit et les mains sagement posées sur ses cuisses.

- Très bien. Parlons de sexe.

- Tu viens de prononcer trois fois le mots sexe.

- Et la Terre tourne toujours, sourit Rose.

Il la rejoignit sur le lit, en restant à une distance raisonnable, sans la regarder.

- Je te forcerai jamais à faire quelque chose dont tu n'as pas envie, murmura-t-il enfin.

- J'ai envie de faire tout ce qu'on fait.

Cette affirmation fit sourire Scorpius encore plus. Lui aussi, il adorait leurs timides explorations, de plus en plus assurées, de plus en plus audacieuses …

- Il faut que tu me parles alors. Que tu me dises ce dont tu as envie, si jamais ce que je fais ne te plais pas. Je ne veux pas te mettre mal-à-l'aise.

Elle se tourna enfin vers lui et agrippa son menton pour le forcer à la regarder :

- Et ça n'a jamais été le cas.

- Alors pourquoi tu fuis dès que ça commence à…

- A devenir intéressant ? Termina Rose à sa place.

- Tout est toujours intéressant avec toi, la coupa-t-il. Non, dès que je commence à te déshabiller, reprit-il.

Parfois, il le faisait sans s'en rendre compte en plus…

- Parce que quand tu le fais, j'ai envie de te déshabiller moi aussi. De t'arracher tous tes vêtements et de t'embrasser partout et que j'ai l'impression de me transformer en bête sauvage. Ou d'être un nifleur devant le plus gros trésor qu'il n'ait jamais trouvé. Et que ça me fait honte parce que je ne sais pas comment m'y prendre et que j'ai peur d'être ridicule ou de te faire peur. Et aussi parce que… Merlin ! Je me retiens ! Je suis naturellement comme ça ! Quand je me laisse aller, ça donne jamais rien de bon !

Scorpius écarquilla les yeux et battit des cils, comme pour chercher à y voir plus clair.

- Dans ta métaphore, je suis le trésor et toi le nifleur c'est ça ?

Elle lui lança son oreiller, qu'il se prit en pleine tête. Il éclata de rire et se rapprocha un peu plus :

- T'as pas à avoir honte. Je ressens la même chose. Et tout ce que tu m'as fait… Merlin, j'adore ça et c'est génial. Vraiment génial…

- Impossible, fit Rose. Toi, des aventures, tu en as déjà eues. Je ne suis pas ta première fois, et je ne sais pas comment m'y prendre.

Il colla son front au sien et Rose se mit à sourire à son tour. Elle l'embrassa tout doucement et comme à chaque fois, ça la retourna toute entière. C'était son souffle dans ses poumons sa voix dans sa tête et sa main sur son cœur. Leurs corps n'étaient reliés que par leurs bouches et leurs fronts, et Rose se disait que ce n'était pas assez, que ça ne serait jamais. Un feu s'était allumé en elle et il dévorait tout. Elle voulait le nourrir. Le nourrir de la peau de Scorpius. Le nourrir de ses caresses et de ses lèvres. C'était ça, son désir pour lui. Elle avait envie de lui comme elle n'a jamais eu envie de personne.

- On ira toujours à ton rythme, affirma Scorpius, le souffle court et entre deux baisers.

- Hum hum.

Sous ses lèvres posées sur sa gorge, lui, il sentait son pouls battre irrégulièrement.

- Et si je veux aller plus vite ?

- Alors on ira plus vite.

- Et si je veux ralentir ?

- Alors j'irais prendre une douche froide, affirma-t-il.

Elle se mit à rire et elle se coucha sur lui. Elle enleva son pull, sans se donner le temps de réfléchir. Parce qu'elle avait envie de le faire et que son cerveau avait la fâcheuse tendance à tout lui faire remettre en question. Scorpius cligna encore une fois des yeux.

- On n'est pas obligé d'aller jusqu'au bout, chuchota-t-elle.

- Non.

Il la renversa sur le lit et l'embrassa à son tour. Merlin qu'elle était belle, Rose….

- On peut y aller étape par étape.

- Comme pour une recette de cuisine ? Plaisanta-t-elle.

Il éclata de rire lui aussi. Il frotta son nez contre le sien :

- Je veux vraiment que tu me parles. Que tu me dises ce que tu aimes, ce que tu n'aimes pas. Que tu me dises d'arrêter, ou de continuer. Que tu me dises tout, absolument tout…

Elle se suréleva légèrement, comme pour lui avouer un secret :

- J'adore quand tu me caresses les omoplates.

Il s'exécuta et Rose frissonna immédiatement. Jamais il ne l'avait fait sur sa peau nue et elle avait longtemps imaginé ce qu'elle ressentirait quand il le ferait. C'était bien meilleur qu'elle ne l'aurait pensé… Quand sa main fut gênée par son soutien-gorge, elle arrêta Scorpius et se redressa. Le souffle court, il se mordit les lèvres et l'observa enlever elle-même le vêtement. Yeux dans les yeux, ils se dévorèrent. Elle l'attira à elle et le serra dans ses bras en l'embrassant encore et encore :

- Etape par étape, ça me convient parfaitement, murmura-t-elle.

Elle murmura quelque chose à son oreille, le visage tout rouge et elles observa ses yeux gris s'écarquiller. Elle y vit de la tendresse et du désir, de l'amour et de la luxure, à parts égales, sans que ces émotions ne se combattent. Elles semblaient se compléter et Rose se demanda si Scorpius lisait ça aussi dans ses yeux à elle.

- Tu veux que je fasse ça ? Sourit-il d'un air taquin.

Elle hocha la tête, et le sourire de Scorpius s'agrandit.

- J'en meurs d'envie …

- Ca devrait pouvoir se faire, accepta-t-il

Et Rose le laissa entrer dans sa bulle, sans qu'elle n'éclate.