PARTIE XII – QUI MANGE LES CEREALES D'ALBUS POTTER ? - JANVIER 2028

Rose geignit en se réveillant. Elle nicha sa tête au niveau du cou de Scorpius, allongée de tout son poids sur le dos de son amant. Elle repoussa ses cheveux blonds tout doucement et frotta son nez sur sa peau, au niveau de sa nuque. Elle y laissa un baiser et referma paresseusement les yeux, prête à se rendormir. Leurs jambes s'étaient entremêlées dans leur sommeil et la couverture avait glissé. Rose frissonna. La respiration de Scorpius s'était un peu accélérée, et il avait ouvert un œil. Les boucles rousses de Rose lui chatouillaient la joue et il soupira, heureux. Le bonheur, s'était Rose dans ses bras, ou plus précisément, sur son dos.

- Rose ?

- Hum…

- Faut que je me lève.

- Reste encore un peu, murmura-t-elle d'une voix endormie.

Il laissa retomber sa tête sur l'unique oreiller qu'avait Rose et profita d'elle encore un peu. Il lui restait encore une heure avant de partir pour le Ministère de la Magie et prendre son service. Il pouvait encore sauter le petit-déjeuner. Seulement, il n'arrivait pas à se rendormir :

- Rose ?

- Hum ?

- J'arrive pas à me rendormir avec tes seins contre mon dos, avoua-t-il en s'esclaffant.

Rose esquissa un sourire contre sa peau et roula sur le côté en riant légèrement. Elle tira un peu sur la couverture pour couvrir sa poitrine nue mais Scorpius l'arrêta en grognant :

- Moi aussi j'ai froid !

Si elle avait été moins timide, elle lui aurait proposé de se coller un peu plus à elle. S'il ne la connaissait pas depuis des années, il ne lui sourirait pas de cette façon, ayant parfaitement compris ce qu'elle n'avait même pas dit.

- J'aime bien te voir comme ça, fit Scorpius d'un ton enjôleur.

Il retira un plus la couverture et Rose se jeta sur lui pour l'attaquer. Il saisit ses poignets l'empêchant de bouger et la coucha sur le dos, en se mettant au-dessus d'elle. Il l'embrassa dans le cou descendant le long de sa gorge. Rose n'aurait échangé sa place pour rien au monde.

Elle se suréleva, pour l'embrasser à son tour. Rose s'était découverte plus aventureuse, plus joueuse avec lui. Elle adorait ces matins où Scorpius et elle se réveillaient ensemble, ceux où ils se brossaient les dents après avoir pris leurs petits-déjeuners, et où ils s'habillaient à la hâte. Rose pour aller à ses cours, Scorpius pour prendre son service. C'était une routine rassurante pour elle, qui avait besoin de repères et de stabilité.

Scorpius lui, adorait la surprendre tard le soir en rentrant de son travail. Il déposait ses affaires dans sa chambre, faisait mine de s'enfermer et s'éclipsait discrètement pour ne pas se faire surprendre par Albus. Il quittait son appartement qu'il venait juste de retrouver pour traverser le couloir et entrer dans celui juste en face, dans lequel Rose avait emménagé le mois dernier. Il n'y avait pas grand-chose à l'intérieur, et il était tout petit. Il y avait seulement une pièce, sans compter la salle de bain. La cuisine était aménagée, il y avait de grandes bibliothèques qui s'étalaient sur tout un mur, mais pas de lit, pas de canapé, pas de bureau, pas d'armoire ni de penderie. Des cartons remplis de vêtements étaient éparpillés un peu partout dans l'appartement. Il y avait aussi toutes ses paires de chaussures. Ça avait beaucoup fait rire Scorpius, quand il avait remarqué que Rose avait porté toute son attention sur le confort de ses ouvrages et de ses livres, plutôt qu'à celui de sa garde robe et autres affaires personnelles.

En attendant d'avoir plus de mobiliers, Rose faisait ses devoirs sur le comptoir surélevé de la cuisine, perchée sur l'unique chaise de bar qu'elle possédait et qu'elle avait prise au restaurant où elle travaillait encore. D'ailleurs, toute sa vaisselle venait de là aussi. C'était Emma et son patron qui les lui avaient offert pour sa pendaison de crémaillère. Pour l'instant, elle dormait sur un matelas, posé à même le sol, juste au-dessus de la fenêtre.

Donc Scorpius venait le soir, après le travail et repartait tôt le matin, pour qu'Albus ne se doute de rien. Ils auraient pu l'annoncer à tous leurs amis, et plus particulièrement à Albus. Mais ils n'osaient pas. En plus, Scorpius adorait avoir Rose rien que pour lui. Quand ils étaient que tous les deux, dans cette petite bulle, Rose était elle-même. Elle n'avait pas peur de danser sur son matelas en mettant sa musique à fond, elle était si vivante, si Rose… Il aimait la regarder dévorer un roman, un manuel et faire ses petites moues à chaque ligne. Il aurait pu deviner ce qui se passait dans les histoires qu'elle lisait rien qu'à ses expressions. Il adorait la voir plongée dans ses pensées, quand elle était allongée sur le ventre sur son lit, et qu'il se glissait à ses côtés. Rose vivait dans son propre monde. En ce moment-même, elle y était, Scorpius le voyait. Elle regardait pensivement le plafond.

- Nefelibata, murmura Scorpius à son oreille.

Il se laissa mollement tomber à ses côtés et se blottit contre elle en la serrant dans ses bras. Rose frissonna. Malgré la chaleur du corps de Scorpius, elle avait froid et grelottait. Scorpius la recouvrit en levant les yeux au ciel : elle était si frileuse…

- Tu devrais vraiment te lever maintenant, le prévint Rose en s'extirpant de son emprise.

Elle se mit à genoux et ouvrit les volets. Dehors, il faisait encore nuit, et la rue n'était éclairée que par quelques lampadaires, diffusant une lumière jaune et rassurante.

- Il y a de l'étoupe dehors, murmura-t-elle.

- De l'étoupe… ? Ronchonna Scorpius en se levant à son tour.

- Un brouillard très épais. Ce mot désigne aussi la partie la plus grossière d'une filasse.

Scorpius prit sa baguette qui traînait par terre et l'agita. Sur le mur juste à côté, s'écrivait en lettres argentées le mot « étoupe » et sa définition. Rose l'admira un instant, et contempla tous les autres, déjà inscrits. Il y en avait une bonne quinzaine déjà… Quand elle les lisait, elle avait l'impression que son coeur allait exploser.

- J'ai peur de ce que je ressens parfois, avoua-t-elle.

- Comment ça ?

La simple idée de faire peur à Rose, rendait Scorpius malade et presque malheureux. Parce qu'il voulait qu'elle se sente bien, libre avec lui.

- Ce que je ressens pour toi. C'est si fort… Et ça me terrifie de ne pas être capable de m'être de mot sur ça.

- C'est pas parce que tu n'arrives pas à mettre de mot dessus que ce doit être effrayant.

- Si. Parce que ça veut dire qu'on ne peut pas l'exprimer ou le nommer.

- Il y a des choses qu'on a pas besoin d'exprimer en parlant, Rose.

Il l'embrassa, et dans son baiser, il mit tout son désir pour elle, son envie de la toucher tout le temps, de la serrer contre, de se fondre en elle. Il y mit tout ses sentiments, et son âme toute entière.

Rose était à court de mots.

Scorpius en était la raison.

C'était grisant. Comme quand il picorait son ventre de sa bouche. Comme quand il soupirait son nom, des étoiles plein les yeux. Rose avait peur mais Merlin… Merlin, elle avait appris à l'aimer cette peur.

Elle avait emménagé le mois dernier et cela semblait être une éternité. Quand elle était rentrée du Japon, la cohabitation avec ses parents avait été un peu plus compliquée qu'avant : Rose avait pris ses habitudes, et elle se sentait enfin prête à quitter le nid. Hugo avait un peu boudé : il venait à peine d'être diplômé de Poudlard, qu'elle quittait déjà la maison. Mais quand il avait appris que Rose avait décidé de louer l'appartement juste en face de celui d'Albus, il s'était dit qu'elle y serait bien. Et effectivement, Rose s'y sentait bien. Presque tous les soirs, elle venait toquer à sa porte pour jouer aux jeux vidéos, ou faire à manger avec eux. Rose avait détesté la solitude des premiers jours… Finalement, Rose avait souvent l'impression d'avoir intégré la colocation d'Albus et Scorpius plus qu'autre chose… Les seuls moments où elle était vraiment chez elle, étaient quand Scorpius la rejoignait tard dans la nuit, pour ne pas réveiller Albus ou éveiller ses soupçons.

- Je vais à la douche, annonça Rose en s'étirant.

- Ça tombe bien, j'y vais aussi.. , répondit Scorpius.

Rose leva les yeux au ciel.

- Quoi ? On gaspillera moins d'eau ! Justifia le blond.

- T'es vraiment un écologiste convaincu, se moqua Rose.

Elle lui tira la langue et traîna des pieds jusqu'à la salle d'eau, Scorpius sur les talons, et un petit sourire déjà béat sur le visage.

Une bonne demie-heure plus tard, Rose était habillée et s'entêtait à démêler ses cheveux. Elle avait remis ses lunettes et s'acharnait à vouloir séparer les nœuds de sa tignasses. Elle alternait les coups de peignes et les grommellements de douleur avec deux ou trois gorgées de thé. Albus entra, lui aussi avait les cheveux en pétards. Il salua Rose rapidement et ouvrit ses placards pour lui prendre des céréales.

- Scorpius a terminé les miens.

- Donc toi, tu termines les miens ? Bougonna Rose.

Il se frotta les yeux et sembla enfin la voir :

- Qu'est-ce qui est arrivé à tes cheveux ?

- On a pris notre douche, et je sais pas… J'ai du oublier l'après-shampoing. Je sais, c'est une horreur !

Elle agita sa baguette, décidant que se servir de la magie était une nécessité désormais quand il s'agissait de ses cheveux. Albus, lui, avait lâché la cuillère de son bol et s'était arrêté de mâcher :

- « On » ?

- Comment ? Demanda Rose.

- T'as dit « On a prit notre douche ».

- Non pas du tout, balbutia Rose en se pétrifiant.

- Si tu as dit « On » Rose, insista Albus.

- Tu as du mal entendre, articula sa cousine.

Albus plissa les yeux, suspicieux et se remit à manger en haussant les épaules. De toute façon, il n'était pas très bien réveillé ce matin.

- Rose, j'ai utilisé ton après-shampoing, c'est fou ce que mes cheveux sont tout doux maintenant ! Comme les tiens en fait ! Il est vraiment splendide ce produit ! s'enthousiasma Scorpius en sortant de la salle de bain, une serviette enroulée autour de sa taille.

Albus rouvrit la bouche, en faisant sortir les céréales qui y étaient et qui réatterrirent dans le bol. Rose grimaça un peu dégoûtée et se frotta les tempes, essayant de réfléchir à toute vitesse. Albus était loin d'être idiot. Rose voyait parfaitement que tous les mécanismes se mettaient en place dans sa tête, et qu'il avait vite compris que le « on » de Rose, était en fait elle et Scorpius. Ce dernier était dans un état pire que le brun : les bras ballants et le longs du corps, il respirait à peine.

- J'aurais vraiment aimé l'apprendre autrement, s'exclama enfin Albus en prenant son bol de céréales et en se levant.

Il se tourna vers Scorpius et le pointa du doigt :

- On part pour le boulot dans dix minutes, alors dépêche-toi ! Le somma-t-il avant de claquer la porte de l'appartement de Rose.

- Il va me tuer, murmura Scorpius.

- Non, il ne le fera pas. T'es si dramatique parfois !

Scorpius écarquilla les yeux :

- Dramatique ? Je vais affronter un Potter mal réveillé et en colère après moi, et tu oses me dire que je suis dramatique ? s'offusqua Scorpius. Il y avait genre… dix-sept façons pour que cette conversation ait lieu dans de bonnes conditions. Littéralement. Je les compte en ce moment même !

- Calme toi, le rassura Rose. Il le savait, pour nous deux.

La jeune femme en était convaincue. Elle avait essayé de lui en parler quelques fois, mais elle n'avait jamais réussit à trouver les bons mots et à chaque fois, Albus avait tapoté son épaule, compréhensif. Albus se doutait bien que cela faisait un moment que Scorpius ne dormait plus vraiment dans son lit. En plus, Rose et lui n'étaient franchement pas très discrets…. Albus savait, au fond de lui peut-être, mais il n'avait jamais été confronté à cette réalité jusqu'à maintenant.

- Entre savoir et voir, y'a une grande différence Rose !

- Bon courage pour le travail ! Plaisanta sa petite-amie en l'embrassant sur la joue. Oublie pas de fermer à clef en partant.

Et elle le planta là, sans rien ajouter de plus. Il soupira… Il s'habilla à la va-vite et respira un grand coup avant de sortir à son tour. Albus devait l'attendre au bas de l'immeuble. Scorpius savait que son meilleur-ami devait être déçu de ne pas avoir été mis au courant. Scorpius l'aurait probablement été aussi, à sa place. Il allait devoir affronter son regard empli de déception et un peu en colère.

Le Ministère de la Magie ne se trouvait vraiment pas loin de chez eux. Souvent, ils transplannaient quand même, parce qu'il était dans leur habitude d'arriver toujours en retard. Cette fois-ci, Scorpius se retrouva presque à courir derrière Albus, qui marchait d'un pas pressé et les poings serrés. Si son meilleur-ami avait besoin de marcher pour évacuer sa frustration, Scorpius n'allait pas s'en plaindre. Sauf que le rythme devenait insoutenable, et finalement essoufflé au bout de quelques minutes, il prit courageusement la parole :

- Sérieux Albus ! Arrête de bouder !

- Depuis combien de temps vous êtes ensembles avec Rose ? Se retourna Albus. Vous auriez pu m'en parler, au lieu de faire ça en douche !

Albus s'arrêta en gémissant. Le visage de Scorpius prit une belle teinte rouge.

- Au lieu de faire ça en douce, se reprit le brun.

Scorpius retint un ricanement :

- Merlin, je vais jamais réussir à oublier cette vision, se plaignit le brun.

- Je voulais qu'on garde ça pour nous encore un moment. Tu sais, avec votre nom, tout se sait vite et j'avais pas vraiment envie que Rose voit son prénom étalé en première page de tous les tabloïds sorciers de la planète !

Albus, au fond, savait que Scorpius avait raison. Moins de personnes seraient au courant, mieux ce serait. Mais Albus n'était pas n'importe qui. Il était leur meilleur-ami, à eux deux !

- Je voulais juste… y aller doucement. Je veux pas lui faire peur, ajouta Scorpius en baissant légèrement la tête. T'es pas un crétin, Potter, malgré ton héritage génétique! Tu savais sûrement bien avant moi que j'étais raide dingue de Rose !

Albus haussa un sourcil. Bien sûr qu'il savait. Depuis leur quatrième année en fait…

- Ok.

- Ok ? s'étonna Scorpius.

- Ok, répéta le brun avant de prendre une longue inspiration. Maintenant, je vais te faire le discours que je garde en tête depuis presque un an.

Scorpius écarquilla les yeux, sans comprendre :

- Celui que j'avais fait pour Aaron, avant de comprendre que je n'en aurai jamais besoin. En tout cas pas pour lui.

- Quoi ? Commença à rire le blond. T'es ridicule…

- Ta gueule et écoute ! Grogna Albus.

Scorpius recula un peu surpris par la nouvelle véhémence de son meilleur-ami, d'ordinaire calme et toujours gentil.

- Rose, elle mérite le meilleur. Elle en a tellement bavé, et elle en bave toujours parce qu'elle pense pas comme tout le monde. Elle a toujours peur de ce que les autres vont penser d'elle, de ce qu'elle fait ou dit. C'est une pression qu'elle a depuis toute petite. C'est dans sa nature, mais c'est aussi à cause de notre famille…

- Je peux comprendre ça, l'interrompit Scorpius. Je te rappelle que je m'appelle Malfoy

- Oui bah justement : ferme ta grande gueule Malfoy ! Le coupa Albus. Je disais… Oui ! Alors, Rose est merveilleuse et toi, t'es terne, vraiment terne à côté d'elle. Non… Attends. Ça va pas. Je peux pas te dire ça… T'es génial.

Albus semblait être en plein conflit intérieur.

- Tu vas pas me menacer pour de vrai quand même ? Haussa un sourcil Scorpius.

- Si.

- Rose te démontrait si elle savait et elle te lancerait un sort qui te ferait cracher des limaces pendant une semaine.

- Oui, je sais. Mais je le fais pour ma tranquillité d'esprit et aussi pour combler ce besoin primaire d'assurer cette vieille tradition patriarcale.

- T'es ridicule…

- Donc bref. Si jamais tu lui fais le moindre mal, volontairement ou non, tu auras une vingtaine de Weasley-Potter sur les talons qui seront aussi aimables que des détraqueurs de mauvais poils.

Scorpius attendit la suite, mais Albus s'arrêta, fier de lui.

- J'ai bien aimé ta dernière phrase. Très belle métaphore. Les Weasley-Potter et le délire des détraqueurs, c'était très cool.

- Ah tu trouves ? Je suis content, sourit Albus.

- Tu l'aurais sorti aussi à Aaron le truc des détraqueurs ?

- Oui.

- Aaron est moldu. Rose t'aurait fait passer un sale quart d'heure.

- Un peu plus, un peu moins…

Albus haussa les épaules et ils ricanèrent tous les deux.

- Je suis content pour vous deux, Scorp. Je le pense vraiment. Elle est différente avec toi, avoua Albus.

- Je le suis aussi, murmura le blond. On se sent bien, tu sais, quand on est ensemble…

Albus se mit à sourire et regarda sa montre avec horreur. Ils allaient être en retard. Ils coururent jusqu'à l'entrée du Ministère et prirent leur service les joues rouges et le souffle court, sous le regard sévère du directeur du bureau des aurors, Harry Potter. Ce dernier leva les yeux au ciel, et toucha nerveusement sa cicatrice. Il était habitué à ce que ces deux-là soient constamment en retard. Il gronda silencieusement son fils du regard et agrippa Scorpius par l'épaule :

- T'es avec moi aujourd'hui.

- Oh Merlin, grimaça Scorpius.

- Tu peux m'appeler Harry, je te l'ai déjà dit, lui rappela le père d'Albus, un sourire en coin.

Scorpius jeta un œil par dessus son épaule et salua vaguement son meilleur ami, hilare. Toute la journée, Harry fut imbuvable et dur avec lui. Ses sorts n'étaient jamais assez rapides, ses réflexes jamais assez bons… Scorpius se demandait souvent pourquoi Harry était aussi intransigeant avec lui. Albus lui avait dit que c'était parce que son père ne voulait en aucun cas remettre les pieds au Manoir des Malfoy, et surtout pas pour annoncer à Drago Malfoy la mort de son fils unique. Scorpius était doué, mais incroyablement imprudent dès fois….

Pour la pause déjeuner, Scorpius était déjà exténué et aurait tout donné pour rentrer chez lui. Quelqu'un toqua faiblement à la porte du bureau qu'il partageait avec Albus et une autre femme de leur promotion. Scorpius était seul, et rien qu'au son qu'avait produit la personne derrière la porte pour toquer, le blond avait deviné qu'il s'agissait de Rose. Il se redressa et la regarda traverser la pièce pour se coller à lui. Elle l'examina :

- T'es entier.

- Évidemment que je suis entier.

- Il est où Albus ? s'écria soudainement Rose.

Elle le regarda droit dans les yeux, une lueur méfiante dans les siens :

- Tu me penses vraiment capable de lui faire du mal ? Et puis, je croyais que tout irait bien, et qu'il était enchanté pour nous !

Rose grimaça, en posant finalement une pile de dossier sur le bureau de Scorpius. Elle avait travaillé toute la matinée dans le service de son oncle Percy, aux relations internationales magiques. Elle était réellement passionnée, et étudier et travailler avaient toujours été de bons moyens pour elle, d'éviter de penser à ses soucis. Malgré tout ce qu'elle avait pu affirmer à Scorpius ce matin, elle avait peur qu'Albus soit un peu fâché, et avait en fait espéré le voir pour le déjeuner.

- Il est juste parti chercher de quoi manger, expliqua Scorpius en posant ses mains sur les hanches de la jeune femme.

- Il est fâché ? Demanda-t-elle d'une toute petite voix.

- Non. Il aurait préféré l'apprendre autrement, mais il est pas fâché. Il est même content pour nous.

- C'est vrai ? Se réjouit Rose.

- Non pas du tout, il a maudit ma famille sur les sept prochaines générations afin que tous mes descendants naissent et vivent chauves ! Fit sérieusement Scorpius avant d'éclater de rire.

Rose le frappa de toutes ses forces, et ils se mirent à rire, tous deux soulagés. Finalement, ce n'était pas si mal que ça qu'Albus soit au courant. Ils n'avaient plus besoin de se cacher désormais. Ça allait grandement leur faciliter la vie. Plus de sorties en douce la nuit, plus de restrictions. Ils pouvaient s'embrasser, se toucher quand ils le voulaient, où ils le voulaient… Et ils en avaient tout le temps envie. Rose passa ses bras autour du cou de Scorpius et la porte s'ouvrit violemment :

- Woah ça fait bizarre quand même, déclara Albus en les surprenant en train de s'embrasser.

Il s'écarta de la porte pour laisser apparaître son père, bouche-bée. Harry Potter désigna tour à tour Rose et Scorpius, avant de mettre ses poings sur les hanches. Scorpius, livide, s'écarta légèrement de Rose. Harry balbutia, chercha ses mots. Rose était plus qu'une simple nièce à ses yeux. Elle était la fille de ses deux meilleurs-amis, sa filleule et il l'adorait sincèrement. Rose leva les yeux au ciel avant de regarder son oncle, avec un mélange d'agacement et de tendresse. Ils se comprirent : Rose était heureuse, et cela suffisait. Enfin, Harry allait quand même rajouter quelques corvées à Scorpius… Et à son fils aussi. Albus aurait pu le mettre au courant … Il hocha la tête, un sourire en coin, et les laissa tous les trois déjeuner au calme dans les bureaux.

- Au fait, annonça Albus la bouche pleine de salade, j'ai envoyé des hiboux ce matin à Telma, Oscar et Ryley. Vous allez leur annoncer la bonne nouvelle !

- Quoi ? Couina Rose.

Telma allait tellement se mettre en pétard…

- Ce soir ? s'écria Scorpius.

- Je leur ai dit que c'était urgent, haussa les épaules Albus. On a rendez-vous au bar de Rose.

Leur repère depuis qu'elle y travaillait. C'était une bonne idée de venir dans ce bar. Ils adoraient tous s'y retrouver et c'était vraiment devenu leur endroit. C'était ici que Ryley avait fait son coming-out, ici qu'ils avaient fêté la réussite d'Oscar pour sa nomination en tant qu'interne à Sainte-Mangouste, ici que Telma leur avait annoncé sa première vente de peintures dans une galerie sorcière….

- C'est vicieux et perfide de ta part, Albus Severus Potter Weasley ! Siffla la rousse.

- Serpentard un jour…

- Serpentard toujours ! Termina Scorpius.

- Bande de crétins, soupira Rose.

Elle mordillait ses lèvres, presque jusqu'au sang, et le visage de Scorpius se tordit légèrement. Il sentait sa peur d'ici. Pourtant, lui, il savait que tout irait bien… C'était juste une petite annonce ! Rien de bien grave, ni de bouleversant ! Oscar et Telma étaient ensemble eux aussi, et personne n'en avait fait tout un plat.

- T'inquiète pas. De toute façon, faudra bien les mettre au courant un jour ! Murmura Scorpius à son oreille.

- Non. Pas comme ça.

- T'as honte de moi ?

- Arrête. Tu sais très bien que non, fit Rose, une moue boudeuse sur le visage.

- Alors pourquoi tu ne veux pas ?

Ce mois passé ensemble avait été merveilleux. Vraiment merveilleux, comme un beau rêve sans fin. La vérité, et Scorpius l'avait bien deviné, c'était qu'en annonçant à Albus leur relation, elle était devenue encore plus réelle. Rose avait de nouveau peur. Encore…

- Je te mets au défi de leur annoncer.

Une lueur étincela dans les yeux de la femme qu'il aimait. Rose avait besoin qu'on la pousse un peu parfois. Mais elle secoua la tête :

- Tu n'as pas besoin de me défier pour que je le fasse, admit-elle en l'embrassant au coin de la bouche.

Toute la journée, Rose stressa. Son oncle Percy la libéra un plus tôt que d'habitude, la sentant tendue et légèrement préoccupée. Il savait que Rose gérait assez mal la pression et avait toujours peur de trop lui en demander. Il était exigeant, et savait qu'elle l'était encore plus avec elle-même. Il la déchargea de plusieurs dossiers, il lui donna quelques conseils pour les derniers cours qu'ils lui restaient à la faculté de droit magique, et qu'elle suivait encore.

A la fin de la journée, Rose rejoignit Emma au bar où elle travaillait encore quelques heures par semaine. Emma l'embrassa sur les deux joues, et lui désigna une table :

- J'imagine que le reste de ta meute va bientôt débarquer !

- Scorpius et moi on est ensemble, débita-t-elle à toute vitesse.

- Oh. Ça explique pourquoi il a jamais cédé à mes avances, songea la brune.

- Quoi ? s'étrangla Rose.

- Ça fait un moment que j'essaie…

- Je savais même pas qu'il était ton type.

- Rose, chérie, soupira Emma. Regarde-le, fit-elle en le désignant alors que Scorpius passait la porte du bar. C'est le type de tout le monde.

Rose éclata de rire : oui, Emma avait raison. Cette dernière tapota sa joue et commença à préparer les boissons habituelles. Rose inspira calmement en les voyant tous entrer dans le bar.

Ils se dirigèrent tous à leur table habituelle. Telma s'était assise sur les genoux d'Oscar qui avait posé ses mains sur ses hanches pour mieux la retenir contre lui. Rose était si heureuse de les voir comme ça, mais les trouvait niais. Elle mordilla ses lèvres. Elle l'était sûrement avec Scorpius... Elle se demandait si elle et lui pourraient se permettre d'être comme ça, aussi libres… Les journalistes anglais n'étaient jamais avares de ragots, surtout quand ils concernaient la famille Potter-Weasley. Le fait que Rose Weasley, fille de deux grands heros de la Bataille de Poudlard soit en couple avec Scorpius Malfoy, fils d'une famille de sang-pur et de mangemorts allait sûrement les ravir s'ils venaient à l'apprendre…

- Ma journée était fastidieuse au possible. Rien d'intéressant, se plaignit Telma.

- Un patient m'a vomis dessus aujourd'hui. Il était tout violet et il sentait un peu la lavande, leur fit Oscar.

- Le patient ? s'étonna Albus.

- Non son vomi.

- Dégueu, commenta Ryley.

- Trop cool ! s'émerveilla Albus au même moment.

- Bon c'était quoi la réunion d'urgence ? Demanda finalement Ryley. T'as dit que t'avais un truc à annoncer !

- Ouais, approuva Albus. Scorpius est un écologiste convertis et j'aimerais qu'il vous parle de sa méthode miraculeuse qu'il a mit en place pour gaspiller le moins d'eau possible.

Scorpius cracha la moitié du contenu de son verre et aspergea Oscar et Telma, qui écarquilla les yeux, totalement trempée :

- Il vient de gaspiller tout un verre, pourtant, grogna-t-elle en lançant discrètement un sort pour les sécher elle, et Oscar.

- Pardon, s'excusa-t-il.

- Alors, tu fais quoi pour préserver notre belle planète ? l'interrogea Ryley.

Scorpius bafouilla quelques mots maladroitement en passant nerveusement une main dans ses cheveux. Personne ne prêtait attention à Rose, totalement rouge et qui s'était tassée toute entière sur la banquette. Elle s'était renfrognée et Albus s'amusait de la voir glisser au fur et à mesure sur son siège, prête à disparaître sous la table :

- Bah alors Rose ? Je croyais que tu approuvais la méthode de Scorpius. Tu veux pas le soutenir ?

Elle détestait son cousin si fort, qu'elle aurait pu l'étrangler à mains nues à l'instant même. Elle se redressa et l'assassina du regard :

- Et si on parlait plutôt d'Albus qui s'introduit chez les gens comme bon lui semble ? La prochaine fois, je porte plainte pour atteinte à la propriété privée ! s'emporta-t-elle.

- Tu plaisantes ? S'injuria le brun. Tu squattes chez nous tout le temps et tu piques sans arrêt les chips !

- Tu manges bien mes céréales toi !

- Parce que Scorpius mange les miens !

- Je vois pas pourquoi tu devrais manger les miens !

- Au risque d'insister, c'est parce que ton abruti de petit-ami mange les miens ! Répéta Albus.

- STOOOOOOPPPPP ! Hurla Ryley. J'ai pas tout compris. Qui mange les céréales de qui ?

- Albus mange les céréales de Rose parce que Scorpius mange les céréales d'Albus, lui expliqua Telma.

- Attendez, les arrêta Oscar. Je croyais que le petit-ami de Rose mangeait les céréales d'Albus qui lui mangeait les céréales de Rose.

- Bah c'est pareil ! Souffla Telma.

Puis ils comprirent. Ryley ouvrit grand la bouche. Telma laissa échapper un « Oh ! » et Oscar pointa Scorpius du doigt, les yeux plissés.

- Scorpius est le petit-ami de Rose.

- C'est pas ça le plus important, s'écria Albus, totalement indigné. Il mange MES céréales !

Rose était toujours aussi rouge, mais Scorpius lui, riait légèrement désormais. Il avait glissé sa main dans celle de Rose. Elle le regarda, et entremêla ses doigts aux siens. Il l'embrassa dans le cou, à ce petit endroit juste en-dessous de son oreille. Celui qui lui faisait perdre tout contrôle. Et il le savait. Au loin, à l'autre bout de la salle, Emma se mit à siffler et Rose se remit à rougir en se cachant entre les bras de Scorpius qui les referma sur son corps en continuant de rire.

- Bien, ça ne s'est pas exactement passé de la façon dont je m'y attendais, mais personne d'important est mort, donc tout va bien, souffla-t-il à l'oreille de Rose.

- Et mon amour de la discrétion Scorpius ? Ronchonna la rousse.

- Ca fait longtemps que je te dis de le mettre de côté, Rosie !

Ryley esquissa un petit sourire en les entendant se chamailler. Il y avait toujours ce ton à demi-moqueur, mais incroyablement doux et tendre entre eux. Il n'y avait toujours eu qu'eux, pour ne pas s'en être rendus compte dès le début…

- Si c'est pas mignon et niais, commenta Telma.

Ils se tournèrent tous vers elle, en hochant la tête, en continuant d'observer Rose et Scorpius, toujours dans leur petite bulle.