Partie XIV – PAPILLONS - MARS 2028

- Pourquoi on fait ça déjà ? Gémit Rose, ses mains sur ses oreilles.

- Parce que Ryley vient de rompre avec sa petite-amie moldue et qu'il veut l'espionner, lui rappela Albus.

- Mais pourquoi on l'accompagne ?

- Parce qu'aller seul en boîte, ça craint ! Répondit Oscar.

Rose se mit à respirer avec plus de difficulté. Les gens se pressaient les uns contre les autres dans la file d'attente. Tout le monde se bousculait et le petit couloir dans lequel ils se trouvaient était si étroit, qu'ils étaient tous en file indienne, en attendant d'entrer dans la boîte. On entendait déjà la musique, beaucoup trop forte, qui vibrait dans le sol et dans les murs. Rose se sentait prisonnière. Scorpius, juste derrière elle, avait posé ses mains sur ses hanches. Il les déplaça, pour les plaquer sur les oreilles de Rose, juste sur ses mains à elle, et la fit doucement se retourner pour qu'elle le regarde :

- Tu veux sortir ? Lui demanda-t-il en articulant de sorte à ce qu'elle puisse lire sur ses lèvres.

Rose secoua la tête. Ryley avait besoin de se changer les idées, et elle pouvait bien faire cet effort pour lui. Même si elle n'appréciait pas particulièrement le fait qu'il ait choisit cette boîte de nuit exclusivement parce qu'il savait que son ex y travaillait. Ryley était son ami et elle allait le soutenir.

- On sera bientôt à l'intérieur, la rassura Scorpius.

Quand il la voyait comme ça, toute recroquevillée sur elle-même, le teint pâle et les yeux luisants, il avait envie de la couver et de l'emmener loin, à l'abri de tout ce qui la mettait mal-à-l'aise. Il aurait voulu pouvoir écarter les murs et percer le plafond pour qu'elle puisse voir le ciel. Pour autant, Rose, comme à son habitude, mordillait ses lèvres qu'il aimait tant embrasser, et prenait sur elle. Rose avait le don de s'accommoder de tout, pour faire plaisir à ses amis…

- On aurait pu faire autre chose, bougonna tout de même Rose.

- Sois pas de mauvaise humeur, la taquina le blond en lui pinçant la joue.

Elle plongea ses yeux chocolats dans les siens, bleu clair, presque gris, et c'était comme si l'oxygène affluait en grande quantité dans le couloir. Il n'avait pas besoin d'écarter les murs… Le regarder lui suffisait.

- Je ne suis pas de mauvaise humeur, c'est juste mon taux de progestérone qui est très bas, répondit-elle.

Scorpius haussa un sourcil et elle se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser, leurs mains toujours plaquées sur ses oreilles. Son être tout entier était crispé. Elle serrait les dents. Elle en avait horriblement mal à la mâchoire. Embrasser Scorpius, c'était bien l'activité la plus relaxante qu'elle connaissait, et elle savait en abuser. Parfois, elle craignait de s'y accoutumer, comme on s'habituait à la molécule d'un médicament, jusqu'à ce qu'il ne fasse plus du tout effet sur l'organisme. Est-ce qu'un jour la « molécule Scorpius » arrêterait de la faire trembler de plaisir, de lui faire voir les étoiles et de la faire doucement planer ? Rose en doutait.

- Vous venez ? Les héla Telma.

Scorpius éloigna doucement Rose de lui, et la poussa légèrement vers l'entrée. Le videur les regarda, et les laissa passer en soupirant longuement, jusqu'à grogner. Scorpius se mit à sourire, quand il vit Rose enlever ses mains et grimacer. On respirait un peu mieux, loin de ce couloir. Certes, il y avait de la fumée partout, des lasers, ça clignotait, criait, dansait, mais au moins Rose pouvait bouger plus librement. Telma agrippa sa meilleure-amie par la main et l'entraîna dans un coin pour un danser. Les bras le long du corps et toute raide, la rousse ne lâchait pas Scorpius des yeux et lui lançait très clairement des appels au secours, qu'il ignora. Elle n'était pas en danger… Telma veillait sur elle. Aussi, Scorpius se contenta de sourire en l'observant prendre confiance.

- Rose déteste danser, se moqua Ryley.

- Pas vraiment, dit Scorpius en haussant les épaules. Quand on est seuls chez elle, elle met la musique à fond et elle danse sur son matelas.

Souvent, il l'imitait et tous les deux dansaient jusqu'à en être morts, à en avoir mal aux jambes et à ne plus pouvoir respirer normalement. Ils s'écroulaient alors sur le lit, essoufflés, les cheveux en pétard et le sourire aux lèvres. Rose disait que danser lui permettait de lâcher prise et d'augmenter son taux de dopamines. Scorpius, lui, disait qu'il connaissait d'autres moyens, pour faire augmenter son taux de dopamines…

- J'aimerais voir ça, ricana Ryley en observant Rose, toujours aussi raide.

- Humm non, ronchonna Scorpius. Enfin, moi, je ne voudrais pas que tu la vois…

- Elle danse en sous-vêtements c'est ça ? s'amusa Ryley.

Scorpius rougit légèrement et Ryley frappa son épaule, en le taquinant. Scorpius ne rougissait jamais pourtant. Il était fier , arrogant, et c'était lui qui empourprait les joues des filles. Pas l'inverse. Mais il ne pouvait s'en empêcher. Quand il pensait à Rose en train de sautiller sur son lit, les bras au-dessus de sa tête et vêtue d'une simple culotte en coton, son être entier s'embrasait. Sa gorge était sèche et il avait soif. Très soif. Ryley fit glisser un shot dans sa direction, qu'il but d'une traite.

- Merci d'être venu, murmura Ryley.

- C'est qu'une fille débile mon vieux, tenta le consoler Scorpius. Elle n'en vaut pas la peine.

- T'as pas le droit de dire ça. Si Rose te quittait, tu serais dans un état pire que le mien.

Scorpius grimaça. Sans doute le serait-il…

- Mais en même temps, vous vous aimez Rose et toi, soupira Ryley.

- Woah ! Du calme ! Personne parle d'amour ! Je suis pas programmé pour ça ! Ricana Scorpius.

Ryley haussa un sourcil, moqueur et balaya l'air de sa main. Si ça aidait Scorpius à dormir la nuit…

- Cette meuf c'était juste comme ça, pas vraiment sérieux. C'est juste que… Oscar et Telma, toi et Rose… J'aimerais avoir ça moi aussi.

Le blond haussa les épaules, sans trop savoir quoi dire et le métisse observa son ami. Il comparait le Scorpius seul et le Scorpius avec Rose, celui qu'il était avant et celui qu'il était maintenant. L'ancien Serpentard n'avait jamais été avare de sourires en avait toujours distribué à tout le monde, sans distinction et sans réserve. Mais avec Rose, ses sourires étaient mille fois plus brillants, mille fois plus sincères. Il n'hésitait plus à afficher sa mauvaise humeur, il n'avait plus peur de paraître étrange, triste, ou en colère, des sentiments qu'il avait toujours caché à Poudlard, quand il avait le nom des Malfoy à porter sur ses épaules. Un poids qu'il portait toujours, mais qu'il apprenait à alléger. Rose faisait du bien à Scorpius et Scorpius faisait du bien à Rose.

- Merci de faire ça pour moi, répéta Ryley en sirotant son verre.

- Tu sais que je te refuserai jamais rien, le taquina son ami.

- Menteur ! Je suis pas ton préféré, rit le métisse.

- Je n'ai pas d'ami préféré. Comment peux-tu penser une chose pareille ? s'offusqua Scorpius. J'aime tous mes amis de la même façon avec autant d'amour et de…

- C'est Albus c'est ça ?

- Comment pourrais-je résister à ses yeux de chiens battus et à ses gênes de Potter ? Je peux pas lutter, je suis si faible, s'excusa Scorpius en riant.

Albus était son meilleur-ami, le premier qu'il allait voir quand quelque chose n'allait pas. Il devait beaucoup au brun. Sans Albus, sa scolarité aurait sûrement été un désastre de solitude.

- C'est pas ton ex là-bas ? Hurla Oscar en les coupant et en pointant du doigt une serveuse très peu vêtue.

- Si, bredouilla Ryley.

- Tu veux m'embrasser pour la rendre jalouse ? Proposa Scorpius.

Il aurait été prêt à le faire avant… Un baiser, ça ne signifiait rien. Surtout quand ceux qu'il donnait à Rose, eux, signifiaient tant. C'était juste qu'il ne se voyait pas embrasser quelqu'un d'autre qu'elle. Ryley sembla hésiter un moment, avant de se raviser :

- Rose me démontrait.

- Elle est partageuse, intervint Albus.

- Ryley, y'a bien assez d'hommes et de femmes dans cette boîte pour que tu trouves ton bonheur, le raisonna Oscar. T'as deux fois plus de chances qu'Albus de repartir accompagné ce soir !

Albus le fusilla du regard :

- Je vis très bien mon célibat !

- Alors Ryley, fit Rose derrière eux, prêt pour ton sexorcism ?

Ils sursautèrent tous, malgré la musique. Rose s'était glissée discrètement jusqu'à eux, si bien qu'ils ne l'avaient même pas remarquée.

- Sexorcism ? Bredouilla Ryley.

- Le fait de coucher avec quelqu'un pour oublier son ex, expliqua la rousse en trempant ses lèvres dans le verre de Scorpius.

Elle toussota, sentant le liquide lui brûler la gorge. Scorpius pouffa de rire et lui tendit une bouteille d'eau, qu'il avait acheté pour elle. Il lui tapota le dos, et dévissa le bouchon. Rose détestait l'alcool et le supportait assez mal…

- Y'a un garçon qui ne te lâche pas du regard, lui apprit-elle enfin après avoir bu plusieurs gorgée.

Ils se tournèrent tous les quatre vers le garçon qui Rose désignait, qui se pétrifia en se sentant épié. Rose leva les yeux au ciel et tapa Scorpius sur le sommet du crâne :

- Vous n'êtes vraiment pas discrets ! Les accusa-t-elle.

- Il est blond ! T'as bien une préférence pour les blonds Ryley ? s'amusa Scorpius.

- Il est mignon, observa Oscar.

- J'aime bien son t-shirt, ajouta Albus.

- Je suis sûr qu'il serait mieux sans, termina Ryley en se pourléchant les lèvres.

Il termina le verre de Scorpius, du courage liquide, et laissa ses amis seuls, au bar, pour rejoindre le garçon en question, dont les oreilles étaient devenues toutes rouges.

- Tu allais vraiment embrasser Ryley ? Chuchota Rose à son oreille.

- Non, assura Scorpius en passant ses pouces sur les lèvres de sa petite-amie.

Il s'en savait incapable. Il ne pourrait jamais embrasser personne d'autre à part elle maintenant. Elle se lova entre ses bras et ils regardèrent les gens dansaient, bouger les bras dans tous les sens et sautiller au rythme des basses. Scorpius savait parfaitement ce que Rose cherchait à faire. Elle voulait le distraire et lui faire oublier ce qu'il s'évertuait justement à oublier…

Le matin même, son hibou s'était écrasé sur la table du salon. Exceptionnellement, Rose et Scorpius avaient dormi dans l'appartement qu'il partageait avec Albus. La veille, ils avaient fait un tournoi de jeux vidéos avec Albus, jusque très tard, si bien qu'ils s'étaient sentis incapables de traverser le couloir pour se rendre chez elle. Le lendemain, il s'était levé le premier. Il avait préparé le thé de Rose, encore endormie, et avait même commencé à faire des pancakes, la seule nourriture qu'elle acceptait de manger le matin. Puis son hibou était arrivé…

Rose s'était levée très exactement trente-deux-minutes après lui. L'odeur de brûlé l'avait tiré du lit. Elle s'était précipitée dans la cuisine et éteint les plaques de cuisson avant de faire disparaître toute la fumée d'un coup de baguette. Elle avait cherché Scorpius, assis par terre, contre le mur, une lettre dans les mains.

- Ma grand-mère va bientôt mourir, avait-il simplement dit d'une voix fantomatique.

Scorpius n'avait jamais été proche de sa grand-mère Narcissa. En fait, Scorpius ne ressentait pas grand-chose, hormis un certain soulagement. Ce serait toujours une Malfoy de moins à racheter aux yeux des sorciers… Enfin, pour ce que ça changeait quelque chose. Sa grand-mère avait toujours déploré le manque de convenances de Scorpius, le fait qu'il soit ami avec des gens d'aussi « basse naissance », des « traîtres à leur sang ». Elle l'avait tout de même félicité quand elle avait appris qu'il était ami avec Albus et Ryley. Albus, parce qu'être ami avec un Potter, ça permettrait aux sorciers de voir que les Malfoy n'étaient pas des ordures de la pire espèce et qu'ils pouvaient être de bonnes personnes. Ryley, parce que c'était un Zabini, et qu'il descendait d'une famille de sang-pur et noble. Si elle savait qu'il était bisexuel, sa grand-mère Narcissa se raviserait sans nul doute. Concernant Oscar, Narcissa avait simplement haussé les sourcils à la mention de « Londubat ». Assez noble, mais traître à leur sang et sans réelle autre distinction. Quant à Telma, c'était pire : son nom sortait de nulle part. Scorpius détestait ça, chez sa grand-mère et son père. Ils pensaient que les amis n'étaient que des petits pions dont il se servait pour avancer, pour se faire bien voir. Mais pour Scorpius, ses amis n'étaient rien de moins, rien de plus que ses amis, justement. Ils s'imaginaient peut-être que Scorpius s'était rapproché d'eux par intérêt…

Encore heureux que Scorpius ait été réparti à Serpentard. Sa grand-mère ne s'en serait jamais remise. Elle l'aimait bien sûr. Sa grand-mère n'était plus capable que de ça de toute façon… C'était lui, qui n'avait jamais cherché à réellement la connaître. Scorpius avait toujours fuis la famille Malfoy. Sa grand-mère Greengrass était en outre, bien plus amusante … Quand il voyait Narcissa Malfoy, Scorpius ne voyait qu'une femme brisée, qui lui ordonnait silencieusement de redorer le blason terni des Malfoy. Ce qu'elle n'avait jamais exigé à haute voix, bien sûr. Mais c'était ce qu'il ressentait lui.

Rose s'était assise avec lui et avait collé sa joue sur son épaule, sans rien dire. Elle savait que dans ces moments-là, il n'y avait rien à dire de toute façon. Alors elle l'avait protéger, en le laissant entrer avec elle dans sa bulle hermétique, et l'avait câliné. Scorpius lui avait tendu la lettre que son père lui avait écrite et s'était relevé pour refaire un pancakes, sans les brûler cette fois-ci. Il s'était enfermé dans un mutisme tel qu'il n'avait rien dit de toute la matinée. Il avait mangé son petit-déjeuner avec Rose, avait débarrassé la table, et l'avait rejoint sur le canapé dans lequel elle avait commencé à rédiger un contrat pour le département de la justice magique. Scorpius avait fini par parlé, en déclarant qu'il ne connaissait même pas sa grand-mère. Rose avait répondu qu'il n'était pas trop tard, en caressant ses cheveux blonds. Il l'avait contredit. Pour lui, c'était trop tard.

Au cours de la journée, Scorpius s'était repris et avait recommencé à sourire, comme si de rien n'était. Faire semblant était l'un de ses talents. Faire comme si rien ne le touchait réellement, c'était un don qu'il maîtrisait parfaitement maintenant. Il n'y avait que Rose qui savait que quelque chose n'allait pas, et seulement parce qu'elle avait lu la lettre. Seulement, Scorpius ne parlait presque jamais de sa famille ou de son enfance. Et parler de sa grand-mère, c'était parler des deux à la fois.

La rousse frotta son nez au niveau de sa mâchoire. Il sentait l'après-rasage et le savon. Il sentait aussi un peu l'alcool, sûrement à cause du shot qu'il venait de boire.

- Tout va bien ? Lui demanda-t-elle à son tour.

- Pourquoi ça n'irait pas ? Fronça-t-il les sourcils.

Rose se blottit un peu plus contre lui. Elle avait compris que les contacts physiques apaisaient mille fois plus Scorpius qu'une centaine de mots. Elle le sentit se détendre et resserrer un peu plus ses bras autour d'elle.

- Tout va bien Rose, lui assura-t-il encore une fois.

- Ok, souffla-t-elle.

- Et toi ? Fit-il.

- Quoi « et toi » ?

- Tu n'aimes pas ce genre d'endroit Rose ! s'esclaffa Scorpius.

Rose serait sûrement mieux dans son lit, avec un bon roman dans les mains. Mais elle était ici, et ça lui convenait aussi. Scorpius se souvenait parfaitement du nombre incalculable de fois où elle avait esquivé ce genre de soirées, quand ils étaient plus jeunes. Même les fêtes clandestines à Poudlard, elle les fuyait.

- Je m'amuse, répondit-elle.

- Ah oui ? l'interrogea Scorpius, dubitatif.

- Et puis c'est l'occasion de rencontrer de nouvelles personnes ! Regarde Albus !

Elle désigna son cousin, en pleine discussion avec trois autres hommes. Ils s'esclaffèrent bruyamment et trinquèrent. Rose était toujours admirative de la capacité de son cousin à se faire des amis aussi facilement. Il faisait rire tout son auditoire.

- Rose, les seules personnes auxquelles tu as parlé ce soir sont tes amis, moi et le videur !

- C'est pas un métier facile ! Se justifia Rose. Ils méritent d'avoir un sourire et un bonsoir de la part de tout le monde ici ! On passe devant eux sans leur accorder la moindre attention ! C'est pas très gentil.

Il la trouva adorable mais leva les yeux au ciel, un tic qu'il lui avait emprunté :

- T'es une grande timide. Mais c'est pas grave… J'aime ça chez toi.

Une lueur nouvelle brilla dans ses yeux. C'était peut-être un peu à cause des lasers de la boîte qui clignotaient … Mais c'était surtout la lueur qui indiquait à Scorpius que Rose était déterminée à lui prouver quelque chose :

- Je te parie que je suis capable de parler à plus de cinq personnes différentes ! Fit-elle enfin en s'échappant de leur étreinte et en posant les poings sur ses hanches.

Scorpius croisa les bras sur sa poitrine, l'air taquin et un sourire narquois sur les lèvres :

- J'attends de voir !

Elle s'éloigna de lui et alla rejoindre Telma sur la piste de danse. Elle commença à bouger doucement, sans réussir à se lâcher et Scorpius se mit à sourire en coin. Contrairement à ce qu'il avait affirmé à Ryley, il aurait aimé que tout le monde puisse la voir comme ça. Enfin, pas juste en culotte, mais libre et elle-même. Avec Scorpius, Rose n'avait jamais peur d'être ridicule et elle se permettait de vivre. Rose avait plongé ses yeux dans les siens et ses hanches bougeaient plus naturellement. Elle se mit à sautiller et Scorpius lui sourit avant de se retourner vers Albus :

- Tu vas bien ? Lui demanda son ami.

- Qu'est-ce que vous avez tous avec cette question ? Se plaignit le blond.

- On te connaît mon vieux. Tu fais toujours comme si tout allait bien, mais tu sais, ça sert pas à grand-chose. On le remarque quand t'es grincheux.

- Je suis pas grincheux, Al, bougonna Scorpius.

Il était juste préoccupé. Est-ce que son père allait se donner le temps de dire adieu à sa propre mère ? Ou allait-il se plonger encore plus dans le travail ? Et sa mère, est-ce qu'elle allait arrêter deux secondes de faire tourner la Terre autour de ses problèmes, et soutenir un peu son mari ? Scorpius en doutait.

- Tu crois que tu te serais bien entendu avec la mère de ton père ? l'interrogea Scorpius.

Albus fronça les sourcils à cause de la question, puis se mit à réfléchir.

- J'en suis sûr. Elle a donné sa vie pour mon père. Je crois que c'était le genre de personne à aimer les gens inconditionnellement.

-Elle n'aurait pas été déçu que tu sois un Serpentard ? Je veux dire… Elle était membre de l'ordre du Phénix.

- Son meilleur-ami, avant qu'il ne devienne un gros con, était un Serpentard. Je pense qu'elle aurait été fière de ma répartition et qu'elle aurait fermé le clapet de mon frère comme mon père l'a fait. Et puis Serpentard, ne veut pas dire « Mangemort ». Merlin était un Serpentard, lui rappela Albus.

- Je n'ai jamais compris pourquoi tout le monde accordait une importance aussi grande aux maisons de Poudlard.

- Tu prêches un converti. Tu sais, Rose en a été malade, de ne pas avoir été répartie à Gryffondor. Moi aussi, quelque part. Je ne voulais pas décevoir James. J'y aurais eu ma place pourtant.

- Sans aucun doute, Al.

- Comme toi tu aurais fait un merveilleux Poufsouffle !

- Mon père en serait malade, explosa de rire Scorpius.

- Qu'est-ce que t'en sais ? Il n'est pas si terrible que ça ton père…

- Ouais…, se contenta de murmurer le jeune homme.

- Ce ne sera jamais pire que de lui annoncer que tu sors avec la fille de Ronald Weasley et Hermione Granger…

Scorpius se pétrifia. Depuis novembre Rose et Scorpius avaient été très discrets. Ils étaient seulement six à être au courant pour eux : Albus, Ryley, Oscar, Telma, Harry Potter et Emma, la serveuse du bar. Avec la presse à scandale qui suivait minutieusement les rejetons Weasley et Potter, Rose était presque paranoïaque quand il s'agissait de sa relation avec Scorpius. Elle faisait confiance à ses amis, les yeux fermés, pour autant, elle n'acceptait jamais le moindre signe d'affection de la part de Scorpius quand ils étaient dehors. Elle avait peur que tout change et pire que tout, que ça ne fasse fuir. Scorpius s'en moquait bien de tout ça. Il s'y était préparé, aux commentaires du type « Elle est trop bien pour lui », « Une Weasley avec un Malfoy ? C'est comme ça qu'il compte faire oublier les conneries de sa Mangemorte de famille ? ». Qu'on mette une étiquette sur ses sentiments pour Rose, il savait que c'était inévitable et que tout le monde allait se permettre de les juger, sans jamais les comprendre. Rose aurait vraiment pu s'appeler Cunégonde Delacourtéchelle qu'il l'aurait aimée pour tout ce qu'elle était et ce qu'elle n'était pas.

- T'as peur de l'annoncer à tes parents ? Comprit Albus.

- Non pas vraiment. Enfin, pas pour les raisons que tu penses. Ils verront Rose comme une Weasley, et pas comme… Juste Rose. Et justement, je voudrais qu'ils voient juste « Rose » et pas celle qui pourrait me permettre de racheter définitivement le nom des Malfoy.

- Pourquoi on paie pour les conneries de nos parents ? Souffla Albus.

- Tes parents n'ont pas fait d'erreur. Ils étaient dans le bon camps.

- Je me coltine quand même leurs fantômes. Mon père se réveille parfois en hurlant en pleine nuit. Il n'arrive pas à regarder mon oncle Georges dans les yeux. Quand il est à la chaumière aux coquillages, chez mon oncle Bill et ma tante Fleur, il s'isole dans les dunes. Bon ou mauvais camps, au final, c'est le principe même de la guerre : tout le monde y a perdu quelque chose.

- Très beau ce que tu dis, le taquina Scorpius pour détendre l'atmosphère.

- Tout se passera bien, affirma Albus. Pour toi et Rose. Pour Oscar et Telma. Pour Ryley, qu'il tombe amoureux d'un homme ou d'une femme, pour moi, pour nous tous. On va cartonner, faire de brillante carrière et on sera heureux parce qu'on peut pas laisser les fantômes de cette guerre nous faire perdre nos propres batailles.

Scorpius savait que l'optimisme de son meilleur-ami pouvait faire des miracles et était étonnement contagieux. Ils trinquèrent. Scorpius se demandait parfois dans quel état il serait, s'il n'avait pas rencontré Albus en première année…

Rose dansait désormais naturellement, comme elle était capable de le faire quand elle était chez elle. Elle était phénoménale, envoûtante et fascinante. Ses cheveux roux donnait une touche de couleur à la noirceur de la pièce. Elle ondulait, souriait, chantait et Telma s'amusait de la voir comme ça. Elle tapait dans les mains et sautait en fermant les yeux et en écartant les bras.

Tout à l'heure, elle s'était rendue au bar pour commander une boisson. Puis elle avait demandé à une fille de se pousser pour la laisser passer et rejoindre Telma. Elle avait déjà adressé la parole à plus de deux personnes. Trois en comptant le videur. Il ne lui en restait plus que deux.

- C'est la première fois que je te vois ici, toi ! Fit une voix derrière elle.

Elle sursauta, quand on lui tapota l'épaule. Être touchée par des inconnus la révulsait toujours autant. Telma était un peu plus loin. Il n'aurait suffit que de quelques pas pour la rejoindre. Mais Rose se rappela de son défis et inspira calmement :

- C'est la première fois que je viens ici, expliqua-t-elle. Donc c'est normal…

Et de quatre… Plus qu'une personne !

- Tu danses bien.

Rose s'arrêta immédiatement. Elle ne savait pas s'il se moquait d'elle ou était sincère.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne me crois pas ? s'étonna son interlocuteur.

- Si si.

Les gens n'étaient pas mauvais. Rose le savait. Pourtant, elle craignait toujours le pire ou qu'ils se moquent d'elle. Elle oubliait qu'elle était dans un lieu moldu et qu'il ne savait probablement pas qui elle était. C'était pour cette raison que ses cousins et elle adoraient sortir dans le monde moldu. Tout y était si simple pour eux… Ils se mirent à bavarder entre les chansons, et Rose oublia presque où elle se trouvait. Quand elle se mit à rire suite à l'une de ses blagues, Scorpius se retourna, alerté et fronça les sourcils en voyant un homme collé à elle.

- Je rêve ou Rose est en train de se faire allumer ? Balbutia Albus.

Entreprenant, le garçon en question se rapprochait de Rose millimètres par millimètres. Il cherchait à la toucher, et y parvenait souvent, en frôlant souvent ses coudes. Ses regards étaient longs et éloquents, descendant jusqu'au décolleté sage de Rose.

- T'interviens pas ? s'étonna Albus.

- Non.

- Tu vas le laisser faire ?

- Oui, s'amusa Scorpius.

- Ta copine est en train de se faire draguer et toi tu regardes faire… ? s'étonna Albus.

- Exactement.

- T'es pas jaloux ?

- Bien sûr que si. Je suis jaloux de toutes les personnes qu'elle voit dans la journée ! Leva les yeux au ciel Scorpius.

Albus, étonné, en avait la bouche grande ouverte. Il s'était attendu à ce que Scorpius se montre vraiment jaloux, comme il l'avait été quand Rose était en couple avec Aaron. Mais il ne l'était pas du tout. Il était étrangement serein, presque amusé par la situation. Scorpius soupira et désigna Rose :

- Elle l'a même pas remarqué.

- De quoi ? Demanda le brun.

- Qu'il était en train de la draguer.

Albus observa sa cousine et en effet. Elle n'en avait strictement rien à faire de ce garçon. Dès qu'il s'approchait, elle s'éloignait. Elle riait à ce qu'il disait, mais ce n'était pas son vrai rire. Elle lui répondait, mais toujours sur la réserve et par monosyllabes. Mieux que ça, elle cherchait quelqu'un des yeux. Son visage s'éclaira quand elle vit enfin Scorpius.

Il n'y avait que lui.

Elle ne voyait même pas les autres.

- Ecoeurant, commenta Albus en comprenant.

Rose fit un pas vers eux, mais le garçon avec qui elle dansait l'agrippa fermement par le bras pour la retenir. Les joues de Rose perdirent leur couleur et Scorpius arrêta de respirer. Elle se débattit un instant, mais il la tenait fermement. Albus se leva, prêt à intervenir mais Scorpius l'arrêta :

- Elle s'en sort bien.

- Ah tu trouves ? Ironisa le brun.

- Oui, regarde !

Rose avait levé la main sur son agresseur et l'avait giflé avec violence. Il l'avait lâchée et Rose venait vers eux, toute rouge et gênée de s'être fait remarquer.

- On peut pas te laisser seule, fit Scorpius le sourire aux lèvres. Tu les attires tous.

- Je comprends pas pourquoi il a fait ça.

- Il voulait rentrer avec toi, haussa les épaules Albus.

- Hein ? Couina la rousse.

Scorpius et Albus éclatèrent de rire. Rose n'avait vraiment rien remarqué.

- Et si nous, on rentrait ? Proposa Scorpius.

Ryley était déjà parti avec le beau blond que Rose lui avait montré plus tôt, Oscar et Telma étaient déjà sur le chemin du retour et se tenaient la main… Ils n'avaient plus rien à faire ici.

- Mais je n'ai pas encore remplis mon défi ! Bougonna Rose.

Scorpius leva les yeux au ciel et tapota l'épaule d'une jeune femme, assise juste à côté d'eux. Il lui offrit un sourire charmeur et montra Rose du doigt :

- Tu la trouves comment ?

- Magnifique et courageuse. Sa gifle était spectaculaire, répondit la jeune femme en écarquillant les yeux sous le coup de la surprise.

Rose se mit instantanément à rougit :

- Merci, murmura-t-elle.

- Et de cinq ! La félicita Scorpius. On peut y aller maintenant ?

- T'es obligé de faire ça ! Pesta doucement Rose.

- Faire quoi ?

- Charmer les filles avec ton sourire de tombeur !

- Mon sourire de tombeur ? Répéta Scorpius, surpris.

- Oui, ce sourire, là, celui que tu as.

Celui qui faisait éclore mille cocons dans son ventre, celui qui faisait mille papillons partout en elle.

- Rose, c'est pas moi qui vient de danser un collé-serré avec un parfait inconnu.

- Mais..., commença Rose.

Il l'embrassa pour la faire taire. Elle avait même pas besoin de s'expliquer. Par contre, constater qu'elle pouvait se montrer un tout petit peu jalouse lui donnait une certaine allégresse…

- Tu ne t'en es même pas rendue compte, je sais, termina-t-il.

Pour autant, il avait détesté la voir danser avec quelqu'un d'autre que ses amis, ou lui. Scorpius ricanait et Rose, ça l'énervait. Comme toujours.

- Ça t'amuse de te moquer de moi ?

- Pourquoi donc le ferais-je sinon ? Rétorqua-t-il.

- Parce que tu m'aimes.

Elle l'avait dit comme si c'était une évidence, les mots s'échappant de sa bouche sans qu'elle ne puisse les retenir. Scorpius rougit légèrement et elle adorait quand il faisait ça.

- J'aurais préféré que ce soit toi, chuchota-t-elle à son oreille.

- Moi aussi, sourit-il.

- Arrête avec ce sourire ! Gronda-t-elle.

Elle sentait déjà les papillons envahir son cerveau et battre des ailes dans tout son système. Il lui avait toujours fait cet effet, son sourire. Il lui avait toujours donné envie de le lui arracher et de l'embrasser en même temps.

- Qu'est-ce qu'il a, ce sourire ? Fit innocemment Scorpius.

- Kilig, répondit-elle.

Il haussa un sourcil en la tirant légèrement vers lui pour traverser toute la pièce et revenir dans les vestiaires.

- Le sentiment d'avoir des papillons dans le ventre, quand on parle à quelqu'un que l'on trouve attirant, séduisant. C'est du tagalog.

Il hocha la tête, en l'aidant à enfiler sa veste. Il ne savait même pas que le tagalog était une langue. Il se demandait même d'où elle venait :

- Des Philippines, répondit Rose, à sa question muette.

Il dégagea ses longs cheveux roux de sous sa veste :

- Y'a que toi, qui a ce sourire, ajouta-t-elle en l'embrassant rapidement.

Elle sortit de la boite de nuit, accompagnée par son cousin, alors qu'il enfilait lui-même son manteau.

- Une folle furieuse cette fille.

Scorpius foudroya l'homme du regard, juste derrière lui.

- Comment t'as fait pour l'avoir ? Lui demanda le garçon qui dansait avec elle tout à l'heure.

- J'ai le sourire kilig, haussa-t-il les épaules avant de le planter là.

Il alla rejoindre Rose, et passa un bras autour de ses hanches pour la rapprocher de lui. Elle aussi, quand elle lui souriait, ça lui donnait des papillons dans le ventre. Il resserra son écharpe bleue autour de son cou et en profita pour l'embrasser en-dessous de l'oreille.

Ils étaient restés à peine une heure dans cette boîte de nuit. Pourtant, Scorpius se sentait bien plus léger qu'en arrivant. Rose l'aimait, et même si elle ne le lui avait jamais vraiment dit, elle le lui avait prouvé, une énième fois.

Il pensa une demie-seconde à sa grand-mère et son sourire s'effaça.

« Tout ira bien », murmurait la voix d'Albus dans sa tête.

Il aurait aimé en être aussi certain…