Rose entra dans le Ministère de la Magie. Elle connaissait ce lieu comme sa poche. Ses parents y travaillaient, ainsi que deux de ses oncles dont son parrain. Parfois, elle venait même rendre visite à Albus et à Scorpius entre deux services.

Mais aujourd'hui… Aujourd'hui était différent. Elle y entrait en tant qu'employée officielle. Elle n'était même pas encore diplômée qu'elle avait un travail. Yui, son amie japonaise était à ses côtés dans une robe de sorcier traditionnelle nippone qui mettait sa taille en valeur. Rose avait l'impression de ressembler à un ver de terre à côté d'elle. Toutes deux nommées à un poste au sein du bureau des relations internationales magiques, elles allaient devoir travailler en étroite collaboration, et Rose était ravie de partager ce moment avec Yui. Vraiment.

Mais l'angoisse, son anxiété, sa vielle amie, revenait doucement, remontant le long de sa gorge et rendant sa respiration un peu plus lourde à chacun de ses pas. Ça faisait si longtemps que Rose n'avait pas récité ses symptômes, qu'elle craignait de les avoir oublié…

« Évite les activités sociales qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d'être critiquée, désapprouvée ou rejetée.

Réticence à s'impliquer avec autrui à moins d'être certaine d'être aimée.

Est réservée dans les relations intimes par crainte d'être exposée à la honte et au ridicule.

Crainte d'être critiquée, ou rejetée dans les situations sociales.

Est inhibée dans les situations interpersonnelles et nouvelles à cause d'un sentiment de ne pas être à la hauteur.

Se perçoit comme socialement inapte, sans attrait ou inférieur aux autres.

Est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou à s'engager dans de nouvelles activités par crainte d'éprouver de l'embarras ».

Non. Finalement, Rose se souvenait parfaitement. C'était ancré en elle, comme un tatouage. Elle regretta presque amèrement d'avoir une aussi bonne mémoire.

Elle longea le couloir et entra finalement dans son bureau, juste à côté de celui de Yui, qui bavardait déjà avec ses collègues. Rose s'enferma immédiatement et prit le temps de respirer. Elle enleva son manteau, son écharpe et commença à faire les cents pas, nerveusement.

Et si elle n'était pas prête ? C'était beaucoup de responsabilités. Elle manquait d'expérience, parfois, ses jugements étaient hâtifs et manquaient de réflexion. Et si on l'avait nommée pour son nom ? Weasley, c'était toujours un nom très impressionnant sur un CV. Elle sentit ses jambes faiblirent et s'appuya sur le bord de son bureau, qu'elle agrippa de toutes ses forces.

Il y avait des fleurs fraîches dans un vase, avec une carte. Elle déplia cette dernière, les mains tremblantes et sourit. Elle avait immédiatement reconnu l'écriture d'Albus.

« A la meilleure de mes cousines et meilleure-amie. Une grande carrière s'ouvre à toi Rosie... »

Elle observa plus attentivement la pièce. Dans un coin, posé sur les casiers dans lesquels étaient rangés toutes les affaires que Rose allait devoir traiter, il y avait un paquet de thé, son préféré, qu'avait acheté Ryley la veille. Sur le mur d'en face, il y avait un tableau, peint par Telma, représentant la mer et un ciel bleu. Sur son bureau, il y avait une photo de sa famille. Ses plumes étaient rangées par taille et prêtes à être utiliser. Oscar les lui avait offertes. Ses amis avaient fait tout ça pour qu'elle se sente à l'aise et elle se concentra sur ces objets.

Malheureusement, la pression envahie Rose et revint plus forte encore comme une vague ayant prit un meilleur élan. Elle se laissa tomber sur le sol et se réfugia sous le bureau en se recroquevillant sur elle-même. Elle tenta de contrôler sa respiration, saccadée, et les larmes se mirent à couler quand elle s'aperçut qu'elle n'y arrivait pas. Cela la frustra. Cela l'agaça. Elle prit peur.

C'était horrible, ce sentiment d'avoir les poumons en feu, de perdre le contrôle sur son propre corps. Elle avait beau commander à ses poumons de se remplir, ils demeuraient vides. C'était effrayant, paralysant.

Quelqu'un toqua à la porte et incapable de répondre, la panique s'insinua encore plus dans ses veines, rendant son sang aussi visqueux que de la lave.

- Rose ?

C'était la voix de Scorpius, prêt à défoncer la porte. A l'aide d'un sort, il réussit à entrer et fronça les sourcils en constatant que le bureau était vide. Pourtant, il entendait parfaitement les gémissements ponctués de sanglots, et cette respiration douloureuse et hachée. Il fit le tour du bureau et se pencha pour trouver Rose, les joues pales et baignées de larmes. Il la rejoignit sans rien dire et prit ses mains gelées dans les siennes.

Scorpius n'avait vu Rose faire des crises d'angoisse que trois fois. La première fois, lorsqu'ils étaient en première année à Poudlard. Rose avait été tellement nerveuse à l'approche des examens, qu'elle avait craqué. Elle était devenue aussi translucide qu'un fantôme et Scorpius avait même cru qu'elle allait mourir tant elle semblait être en apnée. Il n'avait jamais rien vu d'aussi impressionnant et de douloureux. Voir le corps de quelqu'un se tordre et s'infliger un tel supplice, s'empêcher de respirer jusqu'à ce que les lèvres deviennent bleues, c'était horrible. Rose s'était calmée grâce à Albus. La deuxième fois, ils étaient en cinquième année. Telma avait eu un accident en jouant au Quidditcht et était tombée de son balai. Rose avait fait une crise d'angoisse si impressionnante et si violente qu'elle s'était évanouie. C'était son frère Hugo, qui était avec elle et avait tout tenté pour la refaire respirer normalement. La troisième fois datait d'il y a deux ans. Scorpius, Oscar et Ryley avaient emmené Rose faire un tour pour l'aérer avant ses partiels. Telma et Albus n'étaient pas présents. Elle n'avait pas dormi et mangé pendant des jours. C'était Oscar, qui l'avait calmée, en la faisant s'asseoir immédiatement sur le sol sale du Chemin de Traverse et en lui parlant calmement.

Scorpius n'était jamais intervenu pendant ces trois fois, beaucoup trop impressionné.

Les yeux de Rose cherchaient les siens. Elle avait peur et ce sentiment était en train de le contaminer. Il garda néanmoins la tête froide et essaya de se rappeler de ce qu'Albus, Hugo et Oscar avaient fait. Le premier s'était contenté de tenir ses mains dans les siennes. Le second, s'était glissé derrière elle, avait étalé ses jambes entre son corps et l'avait forcé à s'appuyer sur lui. Le troisième, lui avait murmuré des paroles apaisantes.

Scorpius fit les trois en même temps et contorsionna dans tous les sens pour se faire une place sous le bureau, le dos tout recourbé.

- Ça va aller Rose, respire.

Pourquoi quelque chose de simple, de naturel, que personne n'avait besoin d'apprendre à faire, semblait parfois être si compliqué ?

Des picotements dans ses doigts fourmillaient par centaines. Rose se sentait si faible, si pathétique. Un sentiment de honte commença à l'envahir.

- Eh, reste avec moi. Ça va aller. Il n'y a aucune raison de paniquer. Tu vas y arriver. Regarde tout ce que tu as fait, tout ce que tu as été capable d'apprendre. Tu es douée et ils ne t'auraient pas embauchée si ce n'était pas le cas. Respire, respire, respire…

C'était presque une prière.

- Respire, Rose, respire…

Il avait délicatement posé ses mains sur son ventre, pour contrôler ses respirations, sans trop l'enserrer, pour qu'elle ne se sente pas prisonnière. Scorpius la berça, tentant de l'apaiser, comme il le pouvait. Il se forçait réellement à rester calme, à ne pas perdre ses moyens. Il savait que si lui aussi perdait le contrôle, l'état de Rose s'aggraverait encore davantage.

Lentement, Rose se calma. Une rivière d'oxygène coula le long de sa gorge et son corps se détendit. Elle se concentra sur le souffle chaud de Scorpius sur sa nuque, et sur ses mains Elle se laissa tomber un peu plus entre les bras de Scorpius qui embrassa son front, inquiet. Elle était épuisée, d'avoir lutté ainsi pendant plusieurs contre son corps, son esprit.

- Je veux pas que tu me vois dans cet état…, soupira-t-elle les yeux fermés.

- Je t'ai déjà vue dans des états bien pire, je te rappelle.

- Tu ne comprends pas, souffla-t-elle avec difficulté. C'est comme si j'étais nue et sans défense.

- Rose, je t'ai déjà vu nue, tenta-t-il de plaisanter.

- Parce que je le voulais. Là, c'est différent.

Elle avait du mal à former ses phrases et à parler. Scorpius avait envie de la serrer dans ses bras, mais il doutait que cela soit une bonne idée. Il dégagea ses mains de son ventre, après s'être assuré qu'elle respirait normalement, et la laissa s'appuyer encore plus contre lui.

- Les gens ont tendance à me traiter comme une poupée de porcelaine après m'avoir vu faire une crise.

- Ce n'est pas la première fois que je te vois faire une crise.

- Mais c'est la première fois que tu me calmes. Et ça change tout, chuchota-t-elle.

Elle était trop faible pour se relever. Elle s'inquiéta de son poids, sur le corps de Scorpius, qui pourtant, ne flancha pas un seul instant. Elle lui faisait confiance.

- Je veux pas que tu me traites comme une petite chose faible et que tu me ménages.

- Je ne l'ai jamais fait, fronça des sourcils Scorpius.

Il l'avait toujours poussé à aller plus loin, à se dépasser, à sortir de sa zone de confort. Il ne lui était même pas venu à l'esprit de la traiter comme une pauvre petite chose.

- Et là, je vais te dire de bouger tes adorables fesses callipyges et de montrer à tout le Ministère à quel point tu es compétente et brillante. C'est pas en restant sous ton bureau que tu vas éblouir et changer le monde des sorciers, qui, on va pas se mentir, en a grand besoin ! Alors tu te lèves, tu bombes le torse et tu as confiance en toi.

Rose sourit en entendant le mot « callipyge », qu'elle lui avait appris la semaine dernière. Quand il parlait d'avoir confiance, Rose y croyait et trouvait cela facile. Elle sourit et tenta de se relever, motivée par son discours, mais Scorpius la maintint fermement contre lui, l'air réprobateur.

- Je croyais qu'il fallait que je bouge mes adorables fesses ? Se moqua-t-elle.

- Tu vas reprendre des couleurs avant. Parce que t'as vraiment la tête d'un inferi, là. Attends, j'ai des gâteaux secs dans ma poche !

Il les sortit et les lui tendit.

- Je te remercie ! Fit-elle, sarcastique.

- Moi aussi, je t'aime, Rose.

Elle mordit dans un gâteau, faisant des miettes partout autour d'elle. Il l'embrassa encore une fois et la regarda se relever définitivement après plusieurs minutes. Rose sortit de dessous le bureau.

Elle était prête.