PARTIE XV – FAIRE SIMPLE - AVRIL 2028
- MALFOY ! CONCENTRE TOI DEUX SECONDES POUR L'AMOUR DE MERLIN !
- Je fais ce que je peux, gronda Scorpius vers son coéquipier.
Harry Potter fronça les sourcils et toucha du bout des doigts sa cicatrice. Les aurors, quand ils n'étaient pas sur le terrain ou en train de remplir de la paperasse, s'entraînaient sans relâche. Un point sur lequel le directeur du bureau des aurors avait toujours insisté. Même si pour lui, l'expérience ne remplacerait jamais des heures et des heures de simulations, il fallait bien que ses équipes restent en alerte. Harry Potter était exigeant avec tout le monde. Peut-être plus avec Teddy, ses fils, James et Albus, ainsi que Dominique, sa nièce. Peut-être aussi avec Scorpius…
Scorpius aurait aimé être en entraînement.
Parce qu'actuellement, il était sur le terrain, et Merlin que ça craignait…
Harry Potter arrêta Scorpius dans sa course en l'attrapant par le col et le plaqua contre un mur. Le blond, surpris, serra sa baguette dans ses mains. Le père d'Albus la lui retira et lui frappa la tête en s'éloignant de lui, petit à petit :
- Qu'est-ce qui t'arrive aujourd'hui Scorpius ? Lui demanda le directeur du bureau des aurors. Nous ne sommes pas entraînement là ! C'est du sérieux, et je ne t'ai jamais vu faire autant n'importe quoi ! Alors je te le redemande : par Merlin, qu'est-ce qui t'arrive ?!
- Rien.
C'était un très bon menteur, Harry pouvait sans nul doute lui concéder ce point. Pour autant, Harry avait l'habitude des menteurs : il en était entouré et avait appris à naviguer dans leur monde depuis ses onze ans. Scorpius Malfoy était peut-être bon acteur, mais pas pour lui.
- Vide toi la tête. Je ne sais pas ce qui se passe dans ta vie, et très sincèrement, je m'en fiche un peu. Mais quand t'es sur le terrain, plus rien d'autre ne doit compter.
- Je sais, grogna Scorpius en cherchant à reprendre sa baguette.
- Non. Tu ne sais pas. Tu mets la vie de tes coéquipiers en danger, celle d'Albus, ainsi que la tienne.
Scorpius tilta immédiatement, à la mention du prénom de son meilleur-ami. Son père avait peur … Peut-être qu'il pensait que Scorpius n'était pas assez bon pour protéger Albus, ou pour devenir son partenaire, tout simplement. Scorpius n'était pas du genre à douter de lui. Il savait ce dont il était capable et ce dont il était incapable. Devenir et être un auror, c'était un truc dont il était parfaitement capable. Harry Potter ne l'aurait pas laissé en devenir un si ça n'avait pas été le cas…
- Jamais je ne mettrai Albus dans une position…, commença Scorpius en balbutiant.
- Alors concentre-toi. Pas seulement pour lui, mais aussi pour toi.
- Ça vous embêterez bien d'annoncer mon décès à Albus, comprit Scorpius.
- Ça m'embêterait tout court, imbécile, soupira le directeur.
Harry Potter l'avait déjà admis à plusieurs reprises. Il aimait bien Scorpius. Vraiment. C'était quelqu'un de droit, avec de l'honneur et du courage. Il était malin, intelligent et il serait sûrement l'un des meilleurs aurors de sa génération avec le temps. La paire qu'il formait avec Albus était très efficace. Ils se comprenaient d'un regard. La première fois que Scorpius était venu chez les Potter, Harry ne l'avait pas particulièrement bien accueilli. Il était resté étrangement neutre. La patriarche des Potter était assez lucide pour savoir que Scorpius n'était pas son père, mais il demeurait assez rancunier pour être sur la réserve. Il s'était vite rendu compte que le fils n'avait pas grand-chose à voir avec le père. Harry s'était même demandé si Drago Malfoy n'aurait pas été plus comme Scorpius, s'il avait grandi dans un contexte différent de la guerre…
Harry Potter aimait sa famille plus que tout le reste. Il aimait sa femme, il aimait James, il aimait Albus et il aimait Lily. Il aimait Ron, il aimait Hermione, il aimait Rose et il aimait Hugo. Il aimait chacun de ses beaux-frères, chacune de ses nièces, chacun de ses neveux. Tout ce qui gravitait autour de sa famille, il l'aimait aussi. Scorpius était attaché à deux membres de sa famille… Alors, le blond comptait aussi pour lui, et ce, depuis longtemps.
- Si tu as un problème, tu peux en parler, ajouta-t-il.
- Tout va bien.
Scorpius avait repris ses esprits. Le délinquant qu'ils poursuivaient s'était sûrement enfuis, mais étant blessé par l'un des sorts de Scorpius, nul doute qu'il ne devait pas se trouver bien loin. Harry hocha la tête et ils sortirent tous les deux de la ruelle sombre dans laquelle ils s'étaient arrêtés. De l'autre côté, sur le trottoir d'en face, Harry ne put s'empêcher de repérer son fils, Albus avec son coéquipier, Teddy. Il insistait toujours pour que les jeunes aurors forment lors de leur première année, une paire avec un auror plus expérimenté. Teddy et Albus étaient très doués ensemble… Seulement, bientôt, Albus et Scorpius pourraient voler de leur propres ailes. Et ça fichait une trouille monstrueuse à Harry.
L'ancien Serpentard marchait rapidement, plus qu'il ne l'aurait fallu et avait dépassé le directeur du bureau des aurors de quelques pas. Il fouillait la rue moldue des yeux, à la recherche du délinquant qu'il devait arrêter, grand adepte de magie noire, Selwyn junior avait introduit un vrai trafique d'objets de magie noire qui avaient déjà faits plusieurs victimes. Scorpius songea à elles. Il était de sa responsabilité d'arrêter cet homme. Les sens en alerte, il chercha à analyser les démarches des gens autour de lui. Si quelqu'un boitait, ou allait trop vite, ou au contraire trop rapidement…
- Ici, murmura Harry.
Assis sur le rebord d'une marche, Selwyn avait baissé la tête. Scorpius réfléchit. La place était pleine de moldus. C'était jour de marché. Tout le monde criait et Selwyn avait été malin en se réfugiant ici. Il savait pertinemment que les aurors auraient une marge de manœuvre grandement réduite. Les ayant repérés, le mage noire se leva et slaloma entre les moldus, prenant bien soin de n'en toucher aucun. Le temps sembla se suspendre. Scorpius se retourna pour jeter un œil à Harry qui avait lancé un arresto momentum sur les moldus. Parfois, Scorpius oubliait à quel point le père de son meilleur-ami était puissant…
Selwyn comprit très vite ce qui se passait autour de lui et se mit à courir. Scorpius se jeta à sa suite, sans entendre son formateur, ni même Albus et Teddy qui le hélaient. Scorpius ne pensait plus à rien. Pour la première fois de la semaine, il n'y avait ni grand-mère malade, ni père absent et mère égoïste. Il n'y avait que lui et sa cible :
- Rictusempra !
Selwyn s'arrêta en pleine course et explosa de rire. Albus, derrière Scorpius, avait croisé les bras sur sa poitrine :
- Un sort d'hilarité ? Se moqua le brun.
- Efficace, commenta Harry.
- Brillant, fit Teddy admiratif.
- Parfois, les choses simples suffisent, haussa les épaules Scorpius.
- Fulgari ! Prononça Albus pour lier les mains de Selwyn.
Ce-dernier, bien déterminé à ne pas se faire prendre aussi facilement contra le sort. Désormais plus éloignés de la place du marché, les aurors n'avaient plus aucun scrupule … Les sorts fusaient dans tous les sens. A quatre contre un, le duel était déjà terminé avant même d'avoir commencé… Selwyn en prit rapidement conscience. Pour lui, il s'agissait maintenant de commettre le plus de dégâts possibles.
- Bombarda maxima ! Lança-t-il.
Par réflexe, Scorpius jeta un expulso pour mettre Albus et les autres à l'abri. Le bâtiment juste à côté d'eux était en train de s'écrouler. Il eut juste le temps de repousser Selwyn à son tour, qui tomba évanouit sur le flanc. Une pierre heurta le crâne de Scorpius. Puis tout devint noir…
oOo
Albus et Harry faisaient les cent pas. Ils se trouvaient devant les bureaux gérés par Percy, où Rose travaillait. Elle n'avait plus beaucoup de cours à la faculté de droit magique, et serait bientôt diplômée. Tout son temps libre, elle le passait à travailler au Ministère au département des relations internationales magiques. Albus ne lâchait pas la porte des yeux, espérant presque qu'elle s'ouvrirait d'elle-même, pour qu'il n'ait pas à trouver le courage de le faire lui-même.
- On devrait prévenir ses parents, chuchota Harry à son fils. Si c'était toi, je voudrais qu'on me prévienne immédiatement…
Albus posa sa main sur l'épaule de son père. Ce simple geste l'apaisa et le cadet des Potter détendit chacun de ses muscles, crispés :
- Si c'était moi, je le voudrais aussi. Je voudrais qu'on prévienne maman, toi, James, Lily en premier. Je voudrais que Rose soit là aussi. Et après mes amis. Mais je ne suis pas Scorpius. Sa vraie famille, c'est ses amis. Il veut que Rose sache, j'en suis sûr, annonça Albus.
Quand ils avaient compris ce qui venait de se passer, Albus et Harry avaient sortis des décombres le corps inanimé de Scorpius. Couvert de poussière, Albus l'avait secoué dans tous les sens, avant de retrouver son calme et de chercher à prendre le pouls de son ami. Il était très faible, mais bien là. Scorpius avait même ouvert les yeux, un bref instant. Il avait prononcé quelques mots incompréhensibles, et s'était évanoui à nouveau. Albus avait transplané à Sainte-Mangouste où il avait été pris en charge. Le brun n'était pas resté bien longtemps sur place et avait accompagné son père au Ministère.
- Tous les deux, commença-t-il, ils s'aiment vraiment n'est-ce-pas ?
- Depuis longtemps, affirma Albus. Tu croyais que ce n'était pas sérieux ?
- Je pensais que Scorpius ne prenait rien au sérieux.
- Il nous a probablement sauvé la vie à tous les trois, murmura Albus. Ce n'est pas parce qu'il agit comme un crétin qu'il ne prend rien au sérieux, papa.
- Je sais.
Scorpius était quelqu'un de bien. Il avait cette soif de justice qui faisait de lui un bon auror et quelqu'un de bien, Harry le savait. Tout comme il se fiait au jugement de son fils, qui ne serait pas devenu ami avec quelqu'un de dangereux ou de mal-intentionné.
- Comment est-ce qu'elle va réagir ? Demanda-t-il en parlant de Rose.
- Elle va être paniquée, grimaça Albus. Et elle va demander à le voir.
Finalement, la porte s'ouvrit avant qu'ils ne trouvent le courage de le faire. Le père et le fils tombèrent nez à nez avec une pile de dossiers. Il y avait quelques cheveux roux qui dépassait du sommet de la pile, tout ébouriffés et longs. Rose se suréleva pour voir qui lui barrait la route et sourit à son cousin et à son oncle. Puis elle examina leur deux visages et son sourire se fana. Ses membres s'atrophièrent et la pile de dossier tomba. Les feuilles se mirent à voler et ses yeux se voilèrent.
- Qui ? Demanda-t-elle simplement.
Son père travaillait en tant qu'auror. Sa mère occupait l'un des plus hauts postes du Ministère. Ou alors, c'était son frère ? Ses cousins ? L'un de ses amis ?
- Scorpius, marmonna Albus en baissant la tête.
Une larme coula sur la joue de Rose et son cousin s'approcha immédiatement d'elle pour la prendre dans ses bras mais elle l'arrêta. Le brun baissa la tête, se sentant coupable. Lui aussi, il aurait du protéger son meilleur-ami. Une bouffée de culpabilité monta en lui. Rose se pencha. Albus cru que c'était parce que ses jambes l'avaient lâchées mais en fait, Rose s'évertuait juste à ramasser les papiers qu'elle avait fait tomber. D'un coup de baguette, Harry les rassembla :
- Je vais les apporter là où il faut. Toi, tu vas là où tu dois être, fit doucement son oncle.
Il posa une main sur sa joue et essuya l'une de ses larmes. Rose se sentit immédiatement un peu plus courageuse et hocha la tête en reniflant péniblement. Elle remercia son oncle et accepta enfin l'étreinte d'Albus.
- Il ira bien ? Demanda-t-elle finalement, incapable d'aller plus loin sans savoir.
- Oui, souffla Albus.
- Vous auriez pu commencer par là, fit-elle soulagée.
- Allez, viens Rosie.
Il passa un bras autour de ses épaules, et se rendirent à Sainte-Mangouste. Rose n'aimait pas les hôpitaux. Sa grand-mère maternelle y était morte, dans une chambre blanche mais insipide, incroyablement fade, elle qui aimait les couleurs vives et le chant des oiseaux le matin. Elle était morte avec le bip des machines moldues qui n'avaient su que la maintenir en vie le temps que sa famille lui dise au-revoir. Rose se souvenait des pleurs de sa mère, et des bras de son père autour d'elle. Rose s'était réfugiée contre ses parents, apeurée . Hugo était resté dans ceux de sa grand-mère qui l'avait bercé jusqu'à ses derniers instants. L'odeur de Sainte-Mangouste lui rappelait les visites qu'elle avait faites quand son père était blessé, les visites à son oncle …
Albus s'arrêta devant la porte d'une chambre. Pendant tout le trajet, Rose avait été dans un état second. Comme un fantôme.
- Faut prévenir les autres.
- Oscar sait déjà, murmura Albus.
- Normal. Il travaille ici, raisonna Rose en essuyant une larme.
Ils entrèrent dans la chambre. Scorpius dormait encore, probablement épuisé. Avant de repousser Selwyn, ce dernier avait eu le temps de lancer un dernier sort. Un diffindo qui avait taillé la chair de son épaule. L'essence de dictame avait réparé le plus gros… Albus s'assura une dernière fois que son meilleur-ami était bien en vie, et laissa Rose seule dans la pièce.
Elle sursauta, quand la porte se ferma. Elle examina la pièce. Elle essaya de mettre des mots sur ses émotions pour se calmer. Elle n'avait pas besoin de paniquer, et il fallait qu'elle reste rationnelle. Elle fit s'avancer le fauteuil d'un coup de baguette et s'y assit. Rose toucha du bout des doigts la main de Scorpius, glacée et essaya de trouver le rythme de ses respirations. Elle resta comme ça deux bonnes heures. Elle ignora Oscar, qui venait pour voir de ses propres yeux Scorpius et l'examiner, pour être bien sûr que tout irait bien. Elle ignora Telma, livide, puis Ryley, muet. Elle comptait les inspirations, les expirations, replaçait ses cheveux, les frémissements de ses paupières, en espérant chaque fois qu'il allait les ouvrir. Puis une troisième heure passa, et elle s'endormit, la tête sur le lit de Scorpius, et leurs deux mains entrelacées.
Quand elle se réveilla, la nuit était déjà bien avancée. Il y avait un plateau repas, qu'on avait déposé sur une petite table. Elle mâchouilla un morceau de pain et retourna vite auprès de Scorpius. Elle l'entendit soupirer et se redressa immédiatement. C'était le signe qu'il allait bientôt se réveiller. Elle se pencha au-dessus de lui, et attendit. Il ouvrit un œil puis, le referma. Elle le secoua un peu violemment pour le maintenir éveillé. Elle avait besoin d'entendre sa voix :
- Dis quelque chose ! l'implora-t-elle.
Il était resté sous les décombres quelques minutes, et s'était même prit des morceaux de pierres sur la tête. On ne connaîtrait pas les séquelles avant de l'entendre parler.
- Je t'aime sombre crétin alors reste conscient ! Supplia-t-elle.
Scorpius ouvrit les deux yeux instantanément. Rose ne le lui avait jamais dit. C'était la première fois, qu'elle faisait plus que l'insinuer plus ou moins subtilement ou implicitement.
- Répète ? Fit-il en riant.
Le visage de Rose s'illumina et elle embrassa ses joues, sa mâchoire, son nez et son front.
- Je t'aime, s'exécuta-t-elle. Et si tu refais un truc de ce genre, je te tue.
Scorpius hocha la tête et grimaça. Une douleur sourde irradiait tout autour de sa tête, l'enserrant comme un cerceau. Il prit le temps de comprendre où il se trouvait et de bouger chacun de ses membres, uns à uns. Sa jambe lui faisait mal, mais il n'avait rien de grave.
- Je t'aime, dit-elle encore une fois, comme pour mieux réaliser ce qu'elle venait de dire.
- Bonne nouvelle, répondit Scorpius.
- Je te déclare mes sentiments et toi tu réponds « bonne nouvelle » ?
- Oui. Bonne nouvelle. Parce que je t'aime aussi, s'amusa-t-il.
Rose inspira un grand coup et grimpa dans le lit pour se blottir contre lui. Il passa un bras autour de ses épaules et caressa ses cheveux. Son cœur battait la chamade et il essayait de contenir la panique qui s'emparait de lui. Il avait envie de partir d'ici au plus vite.
Vraiment.
Parce qu'à l'étage du dessus, devait probablement se trouver sa grand-mère, qu'il évitait depuis des semaines.
- Tu sais s'ils ont arrêté Selwyn ? l'interrogea Scorpius pour se changer les idées.
- Il est mort. Oscar est venu me l'annoncer…
Il était mal tombé et on n'avait rien pu faire. Rose réalisa subitement que ça aurait pu être Scorpius, à sa place. Si l'une des pierres était tombée avec plus de force, d'une autre façon …
- Je vais bien, je t'assure, la rassura-t-il.
- Je sais.
Il posa ses lèvres sur les siennes et il oublia où il était. Il se sentit complet, à sa place et passa ses deux mains autour de la tête de sa petite-amie pour la rapprocher toujours un peu plus de lui. Elle se colla à lui, ses doigts parcourant son torse. Elle s'éloigna, le sourire aux lèvres :
- Je ressemble à rien, rougit-elle.
Sa peau était translucide, ses vêtements tout froissés et ses cheveux partaient dans tous les sens :
- T'es magnifique, souffla-t-il.
- Tu viens de te prendre la moitié d'une maison sur la tête, Scorpius Hyperion Malfoy ! plaisanta Rose. Ce qui remet en cause ton jugement.
- Je suis super sûr de moi, s'esclaffa-t-il. T'es magnifique.
- Je vais aller prévenir les autres. Et un médicomage.
Elle s'extirpa de son emprise et il tenta de la retenir sans grand succès. Il était si faible… Il reposa sa tête sur l'oreiller et regarda Rose passer la porte. Cette dernière trouva son cousin dans le couloir, avec Telma et Ryley. Ils dormaient tous les trois, les uns sur les autres, comme pour se rassurer. Oscar devait toujours être en service. Il y avait son oncle aussi, un peu en retrait, et elle fronça les sourcils.
- Il s'est réveillé ? l'interrogea Harry.
- Oui, lui apprit-elle. Il va bien.
Il fit signe à un médicomage qui passait par là, d'examiner Scorpius et Rose fit quelques pas en compagnie de son parrain. Il la conduisit jusqu'à l'extérieur de bâtiment, pour prendre l'air frais.
- Il était préoccupé ce matin, dit-il. Je croyais que peut-être, vous vous étiez disputés.
- Non, soupira Rose. On ne s'est pas disputé. On se chamaille souvent lui et moi, mais on ne se dispute jamais.
- Il était tête brûlée, imprudent. Il avait la tête ailleurs. Je n'aurais pas du le laisser aller en mission.
Scorpius était comme ça quand il cherchait à fuir.
- Tu n'aurais jamais pu le retenir, haussa les épaules Rose. Il a fait son travail. S'il ne s'en n'était pas senti capable, il se serait rétracté.
Harry examina sa filleule du coin de l'œil. Elle avait une confiance totale en Scorpius.
- Rose… J'aimerais vraiment savoir ce qui se passe dans sa tête.
Elle hésita un moment, en mordillant ses lèvres. Puis elle se décida, parce qu'elle savait que son oncle veillerait sur Scorpius :
- Sa grand-mère est malade. Elle va bientôt mourir. Je crois que ça le travaille bien plus qu'il ne veut l'admettre, expliqua enfin Rose.
Harry esquissa soudainement un sourire. Scorpius était tout l'opposé de Rose. Il n'avait peur de rien, agissait avant de réfléchir et fonçait tête baissée dans les problèmes, bien qu'il réussissait souvent à les résoudre. Il comprit soudainement les changements d'humeur de Scorpius, ses mines préoccupées…
- Je n'arrive toujours pas à croire que vous soyez ensemble.
- Moi aussi, parfois, avoua Rose.
- C'est … si ironique, commenta Harry. Un Malfoy et une Weasley…
- Tu trouves ça bizarre ? s'inquiéta Rose.
- Au début, oui. Puis je vous ai observé vous regarder, vous parler… C'est sûrement incongru, étant donné l'histoire de nos deux familles. Mais quand on vous voit, c'est une évidence, qu'importe que vous soyez Malfoy et Weasley.
Rose sourit en entendant son parrain prononcer le mot « incongru ». Harry écoutait toujours ce que Rose disait et quand il retenait les mots étranges et rares, il les lui ressortait aussi fièrement qu'un élève ayant bien appris sa leçon. Rose trouvait ça adorable…
- C'est ce que j'avais besoin d'entendre, le remercia la jeune femme.
Ils marchèrent quelques instants, sans trop s'éloigner.
- Je suis désolé Rose. C'était mon rôle de le protéger…, souffla enfin Harry.
- Pas du tout.
- Si.
- Maman et papa disent toujours que ton petit syndrome du martyr est parfois épuisant. Je les comprends maintenant.
Harry éclata de rire et embrassa le sommet du crâne de sa nièce.
- Tu comptes leur en parler bientôt ? De ta relation avec Scorpius…
Harry était au courant depuis un petit moment maintenant. Jamais il ne trahirait le secret de sa nièce… Pour autant, avoir à cacher quelque chose d'aussi important à ses deux meilleurs-amis le rendait mal-à-l'aise. Hermione avait bien senti que sa fille avait changé. Ron, lui, était suspicieux et se posait des questions. Harry faisait toujours mine de ne pas comprendre, de ne rien savoir…
- J'ai peur de leur réaction.
- Tu ne devrais pas.
- Papa risque de ne pas aimer …
- Parce que c'est un Malfoy ?
- Parce que c'est un garçon, rectifia Rose.
- Ils connaissent Scorpius tous les deux, tu sais.
- Peut-être que moi j'ai peur. Ça changera tout… Les gens parleront, ils se permettront de nous juger, de nous afficher comme étant le couple signant officiellement la réconciliation des Weasley et des Malfoy, ou même la fin définitive de la guerre, ou encore qu'on est ensemble juste pour défier nos parents… Je ne veux pas qu'ils nous collent une étiquette, ou un poids sur les épaules. On s'aime, c'est tout. Y'a jamais rien eu de plus et je ne veux pas qu'on se mette à représenter quelque chose pour eux… Comme un couple d'une romance dramatique ou tragique. Un truc dans ce goût là et … Je ne veux pas que la société instrumentalise notre relation. Elle n'appartient qu'à nous, mais avec nos noms, il est certain que les gens se croiront tout permis. Je n'ai pas envie de vivre ça.
- On s'en fiche de ça, Rosie, l'interrompit Harry. Les gens, comme tu dis, trouveront toujours quelque chose à dire. Quoique tu fasses. Garde juste à l'esprit que toi, tu connais la vérité, ce que tu vis, avec Scorpius.
Rose savait que c'était l'attitude à avoir. Scorpius et elle avaient assez profité… Maintenant, il était temps que ses parents soient au courant, ainsi que son frère et le monde entier. Elle était amoureuse de Scorpius Malfoy. Le monde allait bientôt l'entendre.
- Je vais leur en parler, affirma-t-elle.
Ils remontèrent jusqu'à la chambre. Albus, Telma et Ryley s'y trouvaient et plaisantaient avec le blond qui était vraiment en pleine forme. Il pourrait sortir dès demain dans l'après-midi. Rose trouvait cela un peu tôt, mais visiblement, le garder plus longtemps ne servirait pas à grand-chose. Tout le monde partit, sauf Rose, qui ne se sentait pas de rentrer chez elle sans Scorpius. Demain, on serait dimanche. Elle rejoindrait ses parents pour le déjeuner avant de raccompagner Scorpius à la maison…
- Tu devrais retourner chez toi, Rose, soupira Scorpius pour la énième fois.
- Je serai inquiète et toute seule.
- Tu préfère donc être inquiète ici mais avec moi ?
- Exactement !
Il l'observa se tordre dans tous les sens sur le fauteuil, afin de trouver une position confortable et elle ferma les yeux. Scorpius n'aimait pas être ici, à quelques mètres seulement de sa grand-mère. Il faisait tout pour l'oublier et voilà qu'il n'avait jamais été aussi proche d'elle… Il regarda le petit nez de Rose se retrousser, comme si elle allait éternuer et son ventre se gonfler légèrement au gré de ses respirations de plus en plus longues. Il plongea lui aussi dans un sommeil lourd.
Tout était si épais autour de lui. Il avait l'impression que l'air pesait une tonne sur tout son corps. Il avançait avec difficulté, mais il persistait. Scorpius entendait la voix de son père :
- Sois toujours meilleur que les autres, et ce dans tous les domaines !
Il y avait sa mère aussi.
- Pas maintenant, Scorpius, maman est fatiguée.
« T'es tout le temps fatiguée... » avait-il envie de répondre. Mais ses lèvres étaient comme cousues.
- Tu es un Malfoy, Scorpius. Ne l'oublie jamais.
Cette dernière voix, c'était celle de sa grand-mère. Il se retourna, pour chercher d'où elle venait. Il avait l'impression de tomber dans le vide. Un vide si profond qu'il semblait être infini, et il y avait toujours cette voix qui résonnait partout et qu'il voulait faire taire. Finalement, il toucha le fond. Il faisait noir. Il ne distinguait même pas ses mains, ni ses pieds. Toutes les voix lui donnaient des recommandations, le grondaient, le pressaient, l'assaillaient… Il avait envie de leur répondre, mais il manquait de souffle. Puis, il réalisa que s'il n'arrivait pas à parler, c'était parce qu'il était en train de crier.
- SCORPIUS !
La voix de Rose le ramena à la réalité. Elle le secouait légèrement, avec douceur, comme elle l'avait fait pour le maintenir éveillé tout à l'heure. La nuit était bien avancée et Rose était juste au-dessus de son visage et se confondait avec les étoiles qui apparaissaient devant lui. Il n'arrivait pas à respirer. Sa gorge était en feu et ses poumons lui faisait mal. Il s'entendait lutter, presque s'étouffer. Rose agrippa son menton avec force.
- Scorpius. Tu es en train de faire une crise de panique, fit Rose.
Elle s'assit sur le lit, en tailleur, entre ses jambes et prit ses mains dans les siennes, en le forçant à se laisser tomber sur son oreiller.
- Scorpius, respire.
Il avait presque envie de rire. « Respire »… Comme si c'était aussi simple.
- Scorpius !
Elle le bousculait tout en restant calme. Des crises de panique, elle en avait fait des tonnes et des tonnes. Elle savait ce que c'était, de se sentir prisonnier de son propre corps qui n'obéissait plus à rien, si ce n'était à l'angoisse et à la peur. Elle connaissait ce sentiment de vide, celui du feu quand on se rendait compte qu'on était en train de s'asphyxier. Elle prit sa main et la posa sur son ventre.
- Respire avec moi.
Il l'imita en fermant les yeux, en se concentrant plus que sur ça. Les voix de son cauchemar s'étaient tues et il n'y avait plus que lui et Rose. Les picotements dans ses doigts se calmèrent et l'oxygène se remit à affluer en lui. Rose ne l'avait jamais vu aussi pâle. Après plusieurs minutes, elle se releva et fit le tour du lit pour aller lui chercher un verre d'eau.
- Il faut que tu ailles la voir Scorpius.
- Qui ça ?
- Narcissa. Tu l'appelais dans ton sommeil…
- Non.
Il lui demandait de partir. Il ne l'appelait pas.
- Scorpius, il faut que tu lui expliques, que tu lui dises tout ce que tu as à lui dire avant qu'il ne soit trop tard. C'est en train de te bouffer.
Elle était inquiète. Ça s'entendait dans chacun de ses mots.
- Tu peux pas comprendre, murmura Scorpius.
- Non. Et eux non plus. Encore moins si tu ne leur en parles pas. Ils ont droit de savoir qu'ils t'ont blessé toute ton enfance, sans même s'en rendre compte. Scorpius, t'aurait pu mourir aujourd'hui et ils n'en savent rien…
- C'est vous, ma famille, déclara durement Scorpius. Ils voudraient que je sois parfait. Ils voudraient que je sois le meilleur, que j'ai de bonnes relations, que je sois amical mais pas trop, arrogant, mais juste assez pour honorer mon rang, que je me fasse aimer de tous, et tout ça pour racheter les fautes de mon lâche de père qui n'a jamais eu le cran de faire ce qui était juste ! Ils ne me connaissent même pas…
Son ton était si dur, si froid, si amer… Il était en colère. Toute sa vie, il avait eu un jouer un rôle auprès de sa famille, par peur de les décevoir. Aujourd'hui il ne ressentait que de la haine et de la rancœur.
- Leur en as-tu seulement laissé la chance ? s'étrangla presque la rousse.
- Franchement Rose, t'as rien à dire, la coupa-t-il avec violence. Tu ne peux pas comprendre.
Elle posa délicatement sa main sur sa joue, mais il s'éloigna brutalement.
- Toi, ta famille t'as toujours acceptée, malgré ton anxiété sociale. Ils ont tout fait pour t'aider, ils t'aimeront quoi que tu fasses. T'es une Weasley. Tu peux pas comprendre la chance que tu as !
- Parce que tu crois que ça a toujours été aussi simple ? s'écria Rose. Que moi aussi, je n'ai pas ressenti cette honte de ne pas être conforme à leurs attentes ?
- MAIS ROSE, ILS T'AIMENT QUAND MÊME ! ILS T'ONT ACCEPTE !
- TES PARENTS POURRAIENT T'ACCEPTER SI TU LEUR DONNAIS UNE CHANCE DE LE FAIRE ! Cria-t-elle à son tour.
Ils avaient haussé le ton si vite, qu'ils ne s'en étaient pas rendu compte avant de se taire. A bout de souffle, ils s'arrentèrent et se jaugèrent. Rose n'avait jamais réalisé à quel point Scorpius souffrait de tout ça. Elle prit son manteau et s'apprêtait à quitter la pièce quand Scorpius l'arrêta. Mais elle le fit taire d'un simple signe de la main :
- Tu as besoin de réfléchir à tout ça seul. Je reviendrai demain après le déjeuner chez mes parents…, annonça-t-elle faiblement, les larmes aux yeux.
- Rose…
Il était en colère, mais ne voulait pas la voir partir. Pourtant, elle le fit et quand la porte se referma derrière elle, il se sentit incroyablement seul avec ses pensées. Il essaya de se rendormir, sans y parvenir. Il décida finalement de se lever, les jambes endolories et marcha à son tour jusqu'à la porte qu'il ouvrit à la volée, prêt à rattraper Rose. Il croisa Oscar, en pleine garde :
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Tu peux m'emmener voir ma grand-mère ?
Oscar regarda sa montre avec surprise. Il était quatre heures du matin. Pourtant, il hocha la tête et conduisit Scorpius jusqu'à la chambre de Narcissa Malfoy, bien éveillée. Des cernes creusaient son visage tout entier et ses yeux étaient injectés de sang. Elle sifflait à chacune de ses respirations…
« Respire, Scorpius ». Pour certains, c'était compliqué. Rose le savait mieux que personne.
- Scorpius, mon garçon, l'accueillit-elle en souriant.
Oscar les laissa seul et se posta devant la porte pour surveiller. Scorpius lui en fut reconnaissant.
- J'ai été attaqué aujourd'hui, murmura-t-il. Je suis à l'hôpital. Je vais bien.
- Mon garçon…
- Je vous déteste, avoua-t-il en la coupant.
Narcissa détourna les yeux, coupable.
- Vous avez fait de moi un outil de rédemption pour la famille. Je voulais juste être moi, et vous m'en avez empêché.
- Mon garçon, répéta-t-elle.
- Si je suis devenu ami avec Albus, c'est parce qu'il est génial, et qu'il pouvait comprendre ce que je vivais. Si je suis devenu ami avec le fils des Zabini, c'est parce qu'il a couvert ma première connerie, quand j'ai fait exploser le chaudron de Rose. Si je suis devenu auror c'est parce que je veux rendre le monde meilleur et arrêter les sorciers qui étaient comme vous avant… Je n'ai jamais fait les choses pour vous, et pourtant j'avais toujours peur de ce que vous pourriez en penser et vous entendre me féliciter à chaque fois, en pensant que tout ça, je le faisais pour la famille plutôt que pour moi, ça me rendait malade. Vous ne me connaissez même pas…
- Mon garçon…
- Et en parlant de Rose… C'est la fille de Ronald Weasley et Hermione Granger. Mais on s'en moque. Je l'aime. Je suis un crétin qui vient de la rejeter mais je l'aime et elle le sait. Je compte bien faire ma vie avec elle. Pas parce qu'elle est une Weasley et que ça fera bien aux yeux de la communauté sorcière, que le nom des Malfoy retrouvera un peu de dignité. Mais parce que c'est la seule personne assez courageuse pour me le dire quand je fais n'importe quoi, et que je me comporte comme un abruti. Je peux pas faire semblant avec elle.
- Scorpius…
- Je voulais juste vous dire ça.
Il était prêt à s'en aller, quand il se ravisa.
- Et aussi que je suis désolé. Ça aurait été plus simple, si j'avais été celui que vous auriez souhaité. Mais je ne le suis pas, et j'en avais marre de faire semblant.
- Scorpius, souffla encore une fois sa grand-mère.
Dans sa voix, il perçut une pointe de regrets et de remords, pour toutes les erreurs qu'elle avait commises. Peut-être que dans son prénom, qu'elle murmurait, il y avait un « je suis désolée », un peu caché. Et dans ses yeux, Scorpius crut apercevoir une lueur nouvelle, qu'il ne lui avait jamais vue. De la fierté.
- Je vous déteste pour ne pas m'avoir aimé comme j'étais, comme je suis, termina-t-il. Je suis désolé.
Il essuya ses joues, humides. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il pleurait. Il décida finalement de s'asseoir prés de sa grand-mère, à bout de force.
- Je suis pas parfait. J'ai fait un tas de connerie. J'aime pas le vert plus que ça. En fait je déteste cette couleur. Je préfère le bleu ainsi que la couleur d'un komorebi en automne. J'aime bien lire aussi. Je trouve que le piano, c'est chiant à mourir, sauf quand Rose en joue parce qu'elle est tellement pas sûre d'elle qu'elle rate les bonnes touches une fois sur dix. J'aime bien la culture moldue. Je pense que Star Wars est la meilleure saga de l'univers même si Albus clame haut et fort que le seigneur des anneaux est bien meilleur. J'aimerais passer mon permis de conduire aussi. Je déteste le café. Oui, même les gâteaux de maman au café… C'est immonde. Je préfère ceux au chocolat. J'aime pas trop les potions. Je préfère la botanique. Ma première cuite, je l'ai eue à seize ans, quand Oscar a volé une bouteille de wisky pur-feu à son père. J'ai fumé aussi. Pas longtemps, à peine trois mois, parce que je pensais que papa remarquerait l'odeur et m'engueulerait. Mais il l'a jamais fait et j'ai arrêté, parce que je voulais pas mettre ma santé en danger juste pour qu'il fasse attention à moi. Je suis pas un gentleman, ni un aristocrate. Si j'ouvre la porte à une fille, c'est souvent pour la lui refermer au visage … Ça m'amusait avant. Je suis le genre de gars qui couvre tous les tableaux de Poudlard d'un voile noir pour leur faire croire à la fin du monde. Je suis le genre de gars qui met de la teinture dans le jus de citrouille des Gryffondor pour leur colorer les dents en orange. Je suis le genre de gars à se baigner tout nu dans le lac noir. Je suis le genre de gars qui glisse des pages du kamasutra dans le manuel de la fille qui lui plaît…
Et plus il parlait, plus il avait des choses à dire. Il était impossible pour Scorpius de rattraper le temps perdu. Il était trop tard et il le savait. Cependant, il pouvait au moins donner un aperçu à sa grand-mère de l'adulte, de la personne qu'il était réellement. Il resta avec sa grand-mère toute la matinée, et une bonne partie de l'après-midi. Puis finalement, il s'en alla, le cœur plus léger. Il retourna à sa chambre et s'habilla après s'être douché. Il démêla ses cheveux blonds, et y retira même des morceaux de gravats. Il remercia Oscar, quand il le croisa dans les couloirs.
- Tu rentres ? Lui demanda-t-il. Je vais prévenir quelqu'un pour que tu ne sois pas seul.
- Non. Pas besoin, sourit Scorpius.
Oscar soupira et le laissa faire. Le blond sortit de Sainte-Mangouste et sans hésitation, transplana au seul endroit où il voulait être.
Il n'était venu que deux fois chez Rose. La première fois, parce qu'Albus était puni et que seule Rose avait eu droit de le voir. Ils avaient quinze ans. Albus et lui avaient alors trouvé ce stratagème, pour qu'ils puissent se retrouver. Les Weasley étaient sortis, et Rose avait laissé son cousin et son meilleur-ami venir. Albus avait mis un temps fou avant de réussir à la convaincre. La deuxième fois, c'était pour tirer Rose de sa déprime, quand elle avait rompu avec éternité semblait s'être écoulée depuis…
De là où il était, il entendait les Weasley rire et se chamailler. Il voyait Harry Potter, à travers la baie vitrée, qui grondait doucement ses deux fils, toujours en train de se faire gentiment la guerre. Finalement, l'auror le remarqua et fronça les sourcils, avant de faire un signe à Hermione qui regarda à son tour à travers la fenêtre. Il passa nerveusement une main dans ses cheveux blonds et fit un pas, jusqu'au perron. Hermione lui ouvrit la porte, un sourire léger et doux sur le visage. Derrière elle, Ron, le père de Rose apparu, moins accueillant.
- Bonsoir ! Sourcilla légèrement Hermione.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Enchaîna son mari.
- Bonsoir. Je sais que je suis pas invité, mais Rose…
- Rose n'a jamais invité personne, fit suspicieusement Ron.
- Je sais. Elle n'est pas du genre à courir le guilledou ! Plaisanta-t-il.
Il avala sa langue, réalisant ce qu'il venait de dire. Scorpius était en train de s'emmêler les pinceaux et de raconter n'importe quoi.
- Courir le guilledou ? Répéta Ron en riant.
C'était une expression qui venait de Rose. Ses deux parents se mirent à sourire et l'invitèrent à entrer. Il s'essuya les pieds une bonne dizaine de fois sur le paillasson et tenta de reprendre ses esprits.
- Je vais mettre un couvert supplémentaire, fit Ron.
Harry et Albus levèrent leurs pouces en l'air en signe d'encouragement, parfaitement synchronisés. Il trouva ça aussi adorable que ridicule. Scorpius leva les yeux au ciel et essaya de sourire au frère de Rose, qui le regardait vraiment avec une certaine défiance dans les yeux. Finalement, Rose descendit les escaliers :
- Je pensais vraiment l'avoir laissée dans ma chambre, bougonna-t-elle. Cette veste n'a pas pu disparaître comme ça !
Elle s'arrêta en voyant Scorpius, et marcha timidement vers lui. Elle s'arrêta à quelques centimètres de lui, les pieds joints et les mains derrière le dos.
- Je suis désolé. Pour hier soir.
- Je sais, sourit-elle.
- Je voulais juste te le dire.
- Ok.
- Parfait.
Il déglutit et se retourna, prêt à partir. Mais Rose l'arrêta et le traîna jusqu'à la salle à manger.
- Rose, qu'est-ce que tu fais ?
- Un truc que je suis fière de pouvoir faire sans que tu me mettes au défi …
Tout le monde se tut. Sa tante Ginny avait posé son verre de vin, Lily, entre ses deux frères avait les yeux grands écarquillés, et Teddy, avait croisé les bras sur sa poitrine, un petit sourire aux lèvres.
- Je vous présente Scorpius, fit Rose, d'un ton léger.
- On le connaît déjà Rose. C'est Scorpius quoi…, railla James.
Lily lui donna un coup de coude qui le fit se taire et Rose inspira un grand coup en regardant ses parents et en serrant encore plus fort la main de Scorpius.
- C'est mon petit-ami.
- Oh, lâcha sa mère, derrière eux.
Ron regarda sa femme. « Je te l'avais dit », articula-t-il silencieusement. Elle lui tira la langue. Ron avait deviné bien avant elle… Ils regardèrent leur fille, trop occupée à sourire à Scorpius pour se rendre compte qu'ils l'observaient. Ron posa sa main sur l'épaule de sa fille pour lui faire signe de l'aider à apporter les plats sur la table, qui se trouvaient dans la cuisine.
- Papa, je sais que tu m'as toujours dit de me méfier des Malfoy et ..., commença Rose.
- J'aime bien Scorpius. Et je raconte beaucoup d'absurdités parfois. Cela m'étonne d'ailleurs que tu aies retenu celle-ci.
Rose lui sourit tendrement en l'enlaçant, et surpri, Ron resta les bras ballants avant de poser son menton sur la tête de sa fille et de refermer ses bras sur son petit corps.
- Ceci dit, il y a plein de poissons dans l'océan ma chérie ! Tu pourrais trouver un bel espadon à la place d'un petit merlu !
- Papa ! Gronda Rose. Scorpius n'est pas un merlu !
- Une sardine alors ?
- Papa ! Rit-elle.
- Bon d'accord, d'accord, concéda Ron. Tu seras toujours trop bien, pour tous les poissons de l'océan, Rosie…
Ils apportèrent les plats à table. James se jeta dessus et Albus demanda silencieusement à Rose si tout allait bien. Ils avaient toujours été un peu télépathes quand il s'agissait de communiquer alors qu'ils étaient à l'autre bout de la table l'un et l'autre. Elle le rassura d'un sourire et s'assit à côté de Scorpius, qui entortilla ses doigts aux siens.
Elle était heureuse, et ses parents, en l'observant, ne pouvaient le nier…
Malfoy ou pas, ils s'en fichaient pas mal. Les Weasley l'accueillirent à leur table comme l'un des leurs, parce que Scorpius aimait l'une des leurs.
Yoh. Bon, je suis désolée pour les petits couacs de publication, j'ai 0 motivation en ce moment, un truc de dingue. J'ai 0 temps pour moi et AGAIN AND AGAIN, du retard dans les réponses de reviews. Je suis désolée :( Sinon, cette fic étant bientôt terminée, pour ceux qui ont lu La valeur d'Opaline, A demi-mots, Fabriquer des premières fois, je vais pas tarder à publier la suite, Malin Nilam. Comme ça, ça occupera tout le monde lors du confinement.
J'espère que vous gardez le moral, que vous allez bien, que vous prenez soin de vous. N'hésitez pas à m'envoyer un mp si vous avez besoin de discuter, ou de me contacter via discord... C'est important de se soutenir en ces moments difficiles.
A mercredi pour la suite :)
