Scorpius savait que ses rendez-vous avec Rose étaient toujours uniques et particuliers. Rien ne se passait jamais comme prévu. Déjà, il fallait faire attention aux journalistes et à leur appareils photos. Rose était très douée pour se cacher et développer des trésors d'imagination quand il s'agissait de se déguiser. Scorpius trouvait cela très amusant. Sauf quand il devait porter une vieille salopette à l'odeur douteuse et que Rose avait des lunettes de soleil qui lui mangeaint tout le visage. De temps en temps, ils sortaient en tant que Rose et Scorpius, en faisant attention de ne pas se tenir la main, de ne pas s'embrasser. Ce qui n'était pas aussi facile, quand ces gestes étaient devenus naturels pour l'un comme pour l'autre. De toute façon, tout le monde savait qu'ils étaient amis. Alors, ils pouvaient au moins faire ça…
Ce qui était exaltant, dans le fait de sortir avec Rose Weasley, c'était que chaque instant était unique. Rien n'était jamais ennuyeux avec elle. Il était capable de la regarder feuilleter mille livres chez Fleury et Bott, sans se lasser. Elle haussait les sourcils, les fronçait, pinçait ses lèvres, ouvrait la bouche d'étonnement, ou écarquillait les yeux : son visage n'était jamais indifférent, jamais impassible. Elle empilait les ouvrages dans ses bras, sans réussir à se décider … Son visage se transformait à chaque ligne.
- Je suis une vraie tsundoku, tu le sais bien ! Lui avait-elle dit en embrassant sa joue.
Il savait que tsundoku était un mot japonais qui désignait les personnes entassant des quantités astronomiques de livres. Scorpius trouvait que ce mot allait parfaitement à Rose… Sa table de chevet était littéralement une pile de livre sur laquelle elle posait ses lunettes, son verre d'eau et sa baguette.
La jeune femme se hissa sur la pointe des pieds pour ranger l'ouvrage qu'elle tenait dans ses mains. Il la regarda faire et hypnotisée, ne put s'empêcher de voir son pull se soulever et laisser apparaître un bandeau de peau laiteuse …
Rose lui faisait tourner la tête.
Elle revint vers lui, les mains vides et le tira jusqu'à la sortie, son bras enroulé autour du sien. Parfois, elle oubliait qu'ils devaient faire attention. Quand quelqu'un bouscula violemment Scorpius, elle manqua de tomber et se retourna, pour regarder la personne qui les avaient heurté si brusquement :
- Sale mangemort.
Scorpius resta en apnée, tétanisé. Rose serra les poings et fit un premier pas. Il l'arrêta, en posant sa main sur son épaule :
- On s'en fiche.
- Non, on s'en fiche pas ! s'indigna-t-elle. Comment les gens peuvent-ils te traiter comme ça ? Comment peuvent-ils penser que tu es un mage noir et dangereux ? Tu pleurniches dès qu'Albus tue une araignée !
- Parce que c'est cruel et que c'est bien mieux de laisser ces pauvres araignées vivre leur vie de gentilles araignées dehors ! s'exclama Scorpius.
- T'es beaucoup trop mignon, soupira Rose.
- Allez, viens. Il n'en vaut pas la peine.
Rose fit la moue mais ne put s'empêcher de se sentir contrariée. Alors, il l'attira dans un coin, et posa une main sur ses hanches, et l'autre sur l'une de ses omoplates. Rose frémit instantanément. Etait-ce normalecomme réaction ? Scorpius doutait que les omoplates soient une zone érogène. Pourtant, il savait que dès qu'il frôlait cellesde Rose, elle devenait toute cotonneuse entre ses bras. Ça avait presque le même effet que quand il l'embrassait à cet endroit, entre son cou et son oreille.
- Toute ma vie, j'ai enduré ça.
- C'est injuste.
- C'est comme ça.
- Çane change rien au fait que c'est injuste.
- Je ne me soucie que de ce que mes amis pensent de moi. De ce que toi, tu penses de moi.
- Et je pense que c'est vraiment très noble de ta part de vouloir sauver toutes les araignées des mains cruelles et meurtrières d'Albus, plaisanta Rose.
Il préférait la voir rire ainsi, qu'en colère pour deux simples mots qui n'avaient aucune valeur, aucune réelle signification. Elle, en tous cas, ne leur en accordait aucune.
- S'il y a bien une chose, que mon père m'a apprit c'est de ne pas répondre à ces sorciers.
- Pourtant à Poudlard, tu te battais, lui rappela Rose.
- Parce qu'eux, ils avaient le courage de me le dire en face et de l'affirmer sans peur. Ce pauvre type, là, il a peur de moi. Il mérite pas que je m'attarde surlui…
Scorpius s'était fait tabasser parce qu'il était un Malfoy. Il s'était fait haïr, parce qu'il était Malfoy. Il s'était fait insulter parce qu'il était un Malfoy. Il savait faire la part des choses, et sélectionner les combats qui en valaient la peine. En première année par exemple, Oscar le détestait, sans même le connaître, juste parce qu'il était le fils de Drago Malfoy et que leurs pères ne s'étaient jamais entendus, celui de Scorpius étant même allait jusqu'à persécutercelui d'Oscar plusieurs fois durant leur scolarité. Ce combat, Scorpius l'avait gagné avec patience, en prouvant à Oscar, qu'il était quelqu'un de bien.
- J'ai vraiment eu envie de tuer ce sorcier, bougonna Rose.
Scorpius éclata de rire.
- Toi ? Rose Weasley ? Tu serais bien incapable de faire le moindre mal à qui que ce soit.
- N'importe quoi ! Se défendit-elle.
- Humm, fit-il peu convaincu. T'es une vraie dure à cuire.
- Je te déteste ! Grogna-t-elle.
- Pourquoi ? Je suis adorable !
Ils rirent tous les deux et Rose lui vola un baiser discrètement avant de sortir de la ruelle. Le même sorcier les bouscula à nouveau et insulta Scorpius encore une fois :
- Crève, Mangemort.
- Répète un peu! Ordonna Rose.
Elle détestait l'idée qu'on haïsse Scorpius. Il était si gentil, si attentionné, si loyal. Scorpius se levait tous les jours pour rendre le monde meilleur, pour empêcher la magie noire de semer le chaos et ça la dégoûtait profondément de constater que certains sorciers étaient encore aveugle, et que la guerre et ses séquelles sévissaient toujours. Scorpius méritait tellement plus…
Ce dernier avait écarquillé les yeux, surpris du ton si véhément de Rose, presque péremptoire et animalier.
- Ce type, est un mangemort.
Rose n'était pas quelqu'un de soupe au lait. Sa colère montait petit à petit, mais n'explosait jamais d'un coup sans prévenir, parce qu'elle trouvait toujours un moyen de l'évacuer sagement et sans faire de dégât. Elle n'était pas non plus sanguine et encore moins impulsive. Elle réfléchissait toujours avant d'agir. Son anxiété sociale lui avait toujours dicté tous ses gestes, qu'elle contrôlait de a à z.
Mais là, force était de constater qu'elle avait mis soncerveau en pause.
Parce qu'elle venait de frapper cet homme.
Un magnifique coup de poing, qui faisait abondamment saigner le nez sa victime.
Rose Weasley venait de frapper un homme pour Scorpius Malfoy.
Elle qui détestait la violence et avait tiré la tronche pendant un mois entier à Albus quand il s'était battu avec Finn Omen, qui avait traité Lily de « petite pétasse ». Elle, qui avait toujours fermement désapprouvé les bagarres de Scorpius à Poudlard et qui lui avait toujours ditque la violence était l'arme des faibles.
- Prononce encore un seul mot de travers à propos de mon copainet je te lanceraisun sort horrible dont tu te souviendras toute ta vie ! Le menaça-t-elle.
L'homme pâlit et s'enfuit. Scorpius, interloqué, regardait Rose, bouche-bée. Des deux, il était impossible de déterminé lequel était le plus surpris et abasourdi.
Puis il y eut un flash.
- Oh misère, geignit Rose.
- MADEMOISELLE WEASLEY , VENEZ-VOUS VRAIMENT DE FRAPPER CET HOMME POUR DÉFENDREL'HONNEUR D'UN MALFOY?
- Ah non je l'ai pas frappé. C'est mon poing qu'est parti tout seul, bredouilla Rose. Je vous jure, j'ai rien contrôlé !
- ROSE ! PAR ICI ROSE ! QUEL SORT ALLIEZ-VOUS LUI LANCER ?
- SORTEZ-VOUS AVEC SCORPIUS MALFOY ? POUVEZ-VOUS CONFIRMER LES RUMEURS A CE SUJET ?
- ROSE WEASLEY EMBRASSEZ VOTRE PETIT-AMI POUR LA COUVERTURE !
- DEPUIS COMBIEN DE TEMPS DURE VOTRE IDYLLE AVEC SCORPIUS MALFOY ?
La main de Scorpius s'enroula autour de la sienne, et Rose se cacha légèrement derrièreScorpius. Aveuglés par le flash des appareils photos et rendus sourds par les cris et les hurlements des journalistes, ils se serrèrent l'un contre l'autre, pour faire bloc.
- Je vais t'embrasser, le prévint Rose.
- Pourquoi ?
- Parce que j'en ai marre de me cacher et que ce sera le seul moyen de les distraire assez longtemps pour qu'on file en vitesse d'ici.
- Ok.
- Tu es d'accord ?
- Ok.
- Ok ?
- Ok !
Rose posa ses lèvres sur les siennes et toute de suite après, tira Scorpius en arrière pour le faire courir jusqu'au Chaudron Baveur, pour quitter le Chemin de Traverse. Hannah, la mère d'Oscar, les accueillit le sourire aux lèvres et leur désigna la salle à l'arrière du bar, leur signifiant de se cacher. Ce n'était pas la première fois que les amis de son fils venaient trouver refuge chez elle. Elle secoua la tête, un brin réprobatrice, en camouflant tout de même un petit rire amusé.
Rose se laissa glisser contre le mur, à bout de souffle. Scorpius la rejoignit et passa une main dans ses cheveux en soufflant bruyamment.
- C'était dingue.
- Totalement dingue, approuva Rose.
- T'as frappé un homme pour moi.
- Ouep.
Elle-même n'y croyait pas et était incapable de dire ce qu'il lui avait prit. Elle était déjà en train de culpabiliser.
- C'était quoi le sort que tu t'apprêtais à lui lancer ? Demanda curieusement Scorpius.
- Un enchantement pour que ses chaussettes lui grattent les pieds, avoua-t-elle faiblement. Et je suis vraiment désolée de m'être montrer violente je vais faire acte de résipiscence et…
Scorpius explosa de rire et se tint les côtes.
- Ma petite guerrière si féroce, se moqua-t-il. Un sort pour que ses chaussette grattent ! Quelle barbarie !
- On va se retrouver en couverture dès demain, grimaça Rose.
Elle savait que ce n'était qu'un mauvais moment à passer.
- Tu veux vraiment que tes parents l'apprennent comme ça ?
Scorpius secoua la tête :
- Mon père ne lit pas ce genre de presse et ma mère est en vacance en Suisse. Et très sincèrement, je me fiche bien de la façon dont ils vont l'apprendre…
Rose fit une petite moue, qu'il effaça en caressant sa joue.
- Par contre, on va prévenir nos amis qu'ils n'ont plus à tenir leurs langues.
- Ne leur dis pas ce qui s'est passé aujourd'hui, supplia Rose.
- Oh, je ne vais pas leur en toucher un seul mot.
- Tu vas me forcer à leur dire, c'est ça ?
- A voix haute et très distinctement. Dans les moindres petits détails, sourit Scorpius. Je songe même à m'offrir un t-shirt avec écrit « Méfiez-vous, ma petite-amie frappe très fort »…
Le lendemain, Rose manqua de s'étrangler en voyant Albus se balader avec dix exemplaires de la une du Wizarbazark. On y voyait très clairement plusieurs photos de Rose, qui ressemblait sincèrement à une folle furieuse, le poing serré et qui venait juste de frapper l'inconnu, ou encore, en train d'embrasser Scorpius… Rose fit brûler d'un sort parfaitement maîtrisé, l'exemplaire qu'Albus tenait dans ses mains :
- T'abuses Rose ! Il était pour Lily cet exemplaire !
- Elle peut pas s'en procurer un à Poudlard, comme tout le monde ?
- Mais on fait tous la collection !
- La « collection » ? s'étrangla encore un peu plus Rose.
- Les meilleurs couvertures de Rose et de Scorpius, annonça Albus. C'est bien plus marrant que de collectionner les chocogrenouilles ! Et regarde, on en est déjà à deux couvertures ! Fit fièrement Albus en ressortant un vieux magazine datant d'octobre 2026.
C'était leur premier baiser à elle et Scorpius… Ce dernier prit le magazine des mains de son meilleur ami, et contempla la couverture :
- On s'est vraiment améliorés, côté photogénique ! Se complimenta Scorpius. Pour la prochaine on pourrait…
- IL EST HORS DE QUESTION QU'IL Y AIT UNE PROCHAINE FOIS ! Hurla Rose, les joues rouges.
Albus et Scorpius ricanèrent, et Rose partit, les poings sur les hanches mais légèrement amusée. Les deux amis la rattrapèrent, et ils partirent manger tous les trois, pour leur pause déjeuner…. Rose embrassa Scorpius devant tout le monde ce jour-là. Ils n'avaient plus à se cacher désormais… Enfin plus totalement.
