PARTIE XVILA FAMILLE QUE L'ON CHOISIT - AVRIL 2028

- T'as triché !

- Mais pas du tout ! Se défendit Rose, totalement outrée.

- Si t'as triché ! l'accusa Scorpius.

- As-tu des preuves ?

- Je me fie à mon instinct ! Argua le blond en croisant les bras sur sa poitrine.

- Pas très efficace comme défense, railla la jeune-femme.

- Je sais que t'as triché !

- T'es juste un mauvais perdant !

- Peut-être parce que tu gagnes tout le temps ! s'écria-t-il.

- Mais si je faisais semblant de perdre, juste pour ne pas froisser ton égo, ce ne serait pas une vraie victoire, n'est-ce-pas ?

- Alors j'aimerais que l'on joue à quelque chose d'autre ! Proposa Scorpius. Au Quidditch par exemple !

- Évidemment, grogna-t-elle. Tu sais très bien que je ne sais pas voler !

- Je pourrais t'apprendre.

- Tu sais, t'as pas besoin de ce prétexte pour avoir à poser tes mains sur mes hanches, s'amusa-t-elle.

- C'est vrai, acquiesça son petit-ami. Mais je voudrais vraiment voler avec toi. J'aime quand on lit tous les deux ensemble, quand on joue aux échecs, quand on monte des plans pour enquiquiner Albus… Mais voler, ce serait vraiment cool.

Rose hocha timidement la tête. Elle pourrait faire cet effort, pour lui faire plaisir. Elle s'assurerait juste de prendre une bonne potion contre le mal de l'air et le vertige juste avant… Ce qui la rendrait probablement groggy…

Il contourna l'échiquier, que le père de Rose lui avait ramené deux jours auparavant. Depuis, Rose y jouait très souvent avec Scorpius. Il avait vite découvert que Rose était imbattable. Il enleva le plateau de jeu, qui reposait sur le lit. Elle avait finalement acheté un sommier et une véritable couette. Il se positionna derrière elle, et releva ses longs cheveux pour embrasser sa nuque.

- J'aimerais vraiment voler avec toi, murmura Scorpius à son oreille.

- Je te vomirais dessus, très probablement, soupira Rose alors qu'il parcourait sa gorge de baisers. Mais c'est d'accord.

Il la fit tomber sur le lit et s'allongea sur elle, lovant sa tête près de son cœur. Elle caressa ses cheveux et le regarda fermer les yeux paresseusement. Il s'était bien remis de ses blessures. Il avait quand même posé une semaine, sur l'insistance de Harry. Il allait tous les deux jours à l'hôpital et attendait que Rose et Albus rentrent du Ministère pour préparer le repas. Il s'ennuyait ferme, le reste de la journée.

- Au fait, tu es officiellement invité à l'anniversaire de mariage de mamie Molly et papy Arthur !

- Ah oui ? s'étonna Scorpius.

- Hum hum. Ils nous ont dit qu'on pouvait ramenerles « pièces rapportées », s'amusa Rose en se souvenant des mots qui étaient écrits sur la lettre qu'elle avait reçu. Ils sont très heureux pour moi.

- Toute ta famille est au courant maintenant…, chuchota Scorpius.

Çale faisait sourire quand il y pensait. Les parents de Rose avaient plutôt bien réagit. Quand il croisait Ron au bureau, il lui offrait un sourire poli. Quantà Hermione, moins sur la réserve que son mari, elle prenait toujours le temps de prendre de ses nouvelles et de discuter un instant avec lui. Hugo lui avait même asséné un petit discours assez flippant, bien plus que celui qu'Albus lui avait fait, en lui désignant la plante, extrêmement mortelle,qu'il tenait dans ses était venu au Ministère exprès pour voir Scorpius, et lui avait parlé de sa mandragore, capable de l'étouffer vivant si jamais il venait à faire du mal à Rose.

Depuis quelques temps, Scorpius et Rose se cachaient de moins en moins et se sentaient beaucoup plus libres. Ce n'étaient qu'une question de temps avant que le monde entier ne les voit en couverture de Wizarbazark … Scorpius revint à lui, quand quelqu'un toqua à sa porte. Albus entra et trouva ses deux meilleurs-amis assis en tailleur sur le lit de Rose. Le visage gris, il tendit à Scorpius une lettre en tremblant. Le blond y reconnut l'écriture de son père et son souffle se bloqua dans sa gorge. Rose l'enlaça et ça lui donna un peu de courage. Il l'ouvrit, sachant pertinemment ce que la lettre annonçait, ce que son père n'avait pas été capable de lui dire en face.

Narcissa Malfoy était morte dans la nuit.

Il ne pleura pas. Il resta juste inerte, amorphe, coincé entre Rose et Albus qui restèrent à ses côtés toute la journée. La semaine passa à une vitesse folle. Comme en accéléré. Il vivait comme dans un mauvais film dans lequel il se sentait figurant, pas très important. Rose s'était chargé de tout. Elle avait acheté une couronne de fleurs, des narcisses. Elle lui avait trouvé un costume pour l'enterrement. Elle était même en train de nouer sa cravate, à l'instant même, les doigts un peu tremblants. Elle aurait voulu absorbé la douleur et les regrets de Scorpius.

- Viens avec moi, supplia-t-il.

Rose inspira et caressa sa joue. Il apprécia le contact de sa paume chaude et douce contre sa joue froide. Elle n'était pas sûre que de l'accompagner soit une bonne chose. Mais dans ses yeux gris, elle voyait qu'il avait besoin d'elle.

- D'accord, accepta-t-elle.

Ils arrivèrent en retard, et jusqu'au dernier moment Scorpius tenait la main de Rose dans la sienne, incapable de la lâcher. Elle les porta à ses lèvres et embrassa ses doigts glacés, avant de le laisser rejoindre son père et sa mère. Il n'y avait pas grand monde. C'était un toute petite cérémonie, dans un lieuisolé de la ville. C'était intime, froid et impersonnel. Albus et Ryley étaient présents eux aussi. Albus, parce qu'il n'avait pu se résoudre à laisser Scorpius traverser ça seul, et Ryley, parce que la famille Zabini avait toujours été plus ou moins proche des Malfoy.

- Mon père te présente toutes ses condoléances, murmura Albus.

- C'est stupide, cracha Scorpius amer.

- Il m'a dit que ta grand-mère lui avait sauvé la vie.

- Pardon ? s'étonna le jeune-homme.

- Il m'a aussi dit qu'il te raconterait, quand tu en auras envie.

Scorpiushocha la tête, et Albus s'en alla, pour s'asseoir sur les bancs du dernier et Oscar avaient bien essayé de venir eux aussi, pour soutenir leur ami, cependant, Scorpius avait tout fait pour qu'ils restent chez eux. S'il avait été capable de faire ça sans Rose, il aurait souhaité qu'elle reste chez elle, elle aussi. Il se retourna, pour la voir une dernière fois. Elle se faisait toute petite, au dernier rang, consciente qu'il était impératif qu'elle ne se fasse pas trop remarquer.

- Tu es en retard, lui reprocha son père.

- Je suis désolé.

- Tu es bien habillé.

Drago Malfoy balançait de simples banalités à son fils. Peut-être était-ce sa façon de vivre la chose, de ne pas penser au fait que sa mère était morte… Il n'avait pas salué Scorpius qui s'était assis à côté de lui. L'homme avait ouvert la bouche, mais ne sut trouver les mots. Le père et le fils ne s'étaient pas vus depuis des mois… Ils étaient comme deux étrangers, obligés de cohabiter, de partager ce banc, pendant une cérémonie tristement insipide...Scorpius ignora promptement son père et sa mère, qui pleurait. Astoria et Narcissa ne s'étaient jamais appréciées… Pourquoi pleurait-elle ? Çaénerva Scorpius, qu'elle se donne en spectacle de la sorte.

Au moment des discours, Scorpius écouta vaguement celui de son père. Il l'avait fait à la va-vite. Sûrement parce qu'il n'avait même pas prisune seule journée de congé pour prendre le temps de pleurer sa propre mère. Pourtant, il l'aimait. Et Scorpius se dit qu'il était peut-être là, le problème. Drago Malfoy aimait, mais ne savait pas du tout comment le montrer… Sa mère toussota à ses côtés et il se rendit compte que tout le monde le regardait. Il se leva à son tour et se positionna sur l'estrade. Il balaya la salle du regard, presque vide. Ils étaient peu nombreux, les amis des Malfoy. Il y avait la famille de sa mère, sa tante Daphné ainsi que ses cousins. Il y avait les Zabini, les Parkinson et les Goyle aussi. Et tout au fond, il y avait son meilleur-ami qui lui souriait tristement et Rose qui avait plongé ses yeux chocolats dans les siens. Il inspira un grand coup, et sortit une feuille de sa poche, déchirée à certains endroits et noircie à plusieurs endroits.

- La famille, n'est pas toujours celle que l'on choisit, commença-t-il la voix tremblante. Si j'avais eu mon mot à dire, nul doute que je n'aurais pas choisis celle-ci.

Il vit son père serrer les dents et sa mère écarquiller les yeux.

- Je ne connaissais pas très bien ma grand-mère. La plupart des gens qui sont ici, étaient plus proches d'elle que je ne l'ai jamais été de toute ma vie, et pourtant, c'est à moi que l'on demande de faire un discours, parce que les convenances l'exigent. Pour autant,Narcissa Malfoy a beaucoup donné pour sa famille, et je le fais pour rendre hommage à cet aspect de sa personnalité que j'admire.

Il regarda le cercueil et ce fut à ce moment-là, qu'il craqua et se mit à pleurer. Il essuya ses yeux, honteux. Il n'osa pas regarder ses parents, sûrement embarrasséspar son attitude. A la place, il se concentra sur Rose. Elle n'avait pas eu le temps de se coiffer. Ses longs cheveux roux descendaient simplement le long de son dos, en boucles souples. Elle avait juste eu le temps d'enfiler un top noir, avec un peu de dentelles, et un jean tout aussi noir… Elle était belle. Il la supplia du regard, et ils parlèrent sans ouvrir la bouche. Elle essayait de lui donner toute sa force, mais ça ne suffisait pas. Alors, Rose remonta l'allée, sous les regards éberlués de tout le monde et monta l'estrade, les jambes tremblantes. Elle prit la feuille de Scorpius dans ses mains et baissa la tête pour ne pas avoir à affronter les yeux braqués sur elle. Elle détestait parler en public, devant des gens. Elle le faisait pour Scorpius. Rien que pour lui. Uniquement pour lui.

La nausée avait prit possession de son corps et la secouer en des soubresauts à peine perceptibles tant elle se faisait violence pour que l'assemblée ne remarque rien. Elle ouvrit la bouche, sèche, sans qu'un seul son ne sorte. Des larmes lui piquèrent les yeux et elle se concentra sur la main de Scorpius dans la sienne. C'était à elle d'être forte maintenant. Pas à lui. Dans leur relation, aucun des deux n'avait réellement l'ascendant : ils puisaient juste dans l'énergie de l'autre de temps en temps, avant de la rendre au centuple. Ce qu'allait faire Rose, la viderait probablement tant l'effort était immense pour elle. Pour autant, elle savait que Scorpius ne la laisserait pas tomber, tout comme elle, en ce moment-même ne le laissait pas tomber. Peut-être qu'elle aurait été incapable de faire un tel discoursauparavant, mais maintenant, elle l'était et le savait. Elle réessaya :

- Narcissa Malfoy a beaucoup donné pour sa famille, reprit-elle. Elle représentait tout pour elle, et elle aurait été capable de n'importe quoi pour lui faire honneur, du pire, comme du était le genre de grand-mère énigmatique, de celle que l'on ne comprend pas et qui vous donne des conseils un peu flous qu'on essaie quand même d'appliquer. Comme de ne jamais sortir sans avoir un mouchoir sur soi, ou de toujours garder la tête haute et de regarder droit devant soi.

Rose avait légèrement relevé la tête et son autre main s'était agrippée à celle de Scorpius qui pleurait en tentant de retenir ses sanglots. Pourquoi pleurait-il ? Il ne le savait même pas. Il repensait à cette dernière semaine. Celle où il était resté des heures et des heures assis à son chevet, à lui parler de sa vie, de son travail, de ses amis, de Rose… Il avait essayé de déchiffrer ses expressions, mais Narcissa était déjà trop loin et à demie-consciente.

- Ma grand-mère s'est toujours relevée, continua Rose. Malgré toutes les épreuves qu'elle a traversé et que vous lui connaissez tous. Elle a continué à vivre pour les gens qu'elle aimait, mon père et moi. J'espère que là où elle est, elle a trouvé la paix qu'elle semblait chercherdans ses dernières heures. J'aurais voulu avoir le temps de la connaître un peu plus, qu'elle aussi me connaisse un peu plus. Peut-être alors, que malgré tout, et même si ma famille n'est pas celle que j'ai choisi, j'aurais pu vous dire que j'aurais choisi Narcissa Malfoy, comme grand-mère.

Rose essuya l'une de ses larmes, et passa une main rapide sur la joue de Scorpius pour essuyer les siennes. Il la remercia. A cet instant précis, il l'aimait comme un fou et n'aurait su trouver les mots pour lui dire à quel point il était reconnaissant pour tout ce qu'elle avait fait. Ils descendirent les marches en même temps, et au moment oùRose s'apprêtait à redescendre l'allée, il la retint fermement par le poignet et la fit s'asseoir à ses côtés. Il entendit quelques murmures, mais les ignora, accroché aux yeux de Rose qui lui murmurait que tout allait bien.

Narcissa Malfoy fût enterrée prés de son mari, dans le caveau familial. Scorpius fut soulagé et marcha avec le reste de sa famille vers le Manoir des Malfoy, pas très loin de là où se déroulait la cérémonie. Astoria accueillit tout le monde au sein de sa demeure, jouant le rôle de la parfaite hôtesse, ce qui avait toujours eu le don d'énerver prodigieusement Scorpius, qui ne la voyait quitter sonlit qu'en cette occasion. Il prit un petit four et l'avala. Il regarda le Manoir. Ce n'était plus vraiment chez lui.

- A quoi tu penses ? Lui demanda Rose.

Elle avait besoin de le savoir. Scorpius s'était renfermé dans un espèce de mutisme qu'elle détestait, car il lui ressemblait peu. Scorpius ne savait pas passer une minute de sa vie sans parler ou bouger. Il venait d'enterrer sa grand-mère, Rose le comprenait. Pour autant, elle était inquiète et guettait le moindre signe de faiblesse. Il n'en montrait aucun. Il avait pleuré durant la cérémonie, très brièvement, presque honteusement.

- Je pense au fait que chaque enfant, quand il se rend chez ses parents,devrait avoir le sentiment d'y être chez soi et attendu.

Rose le serra contre elle mais s'arrêta immédiatement quand le père de Scorpius les foudroya tous les deux du regard. Elle tenta de se dégager de leur étreinte, mais Scorpius la maintint fermement contre lui.

- Scorpius, ce n'est ni le moment, ni le lieu, bredouilla-t-elle en tentant de l'apaiser.

- Je sais, admit-il.

- J'ai besoin d'aller aux toilettes.

Il hocha la tête et lui indiqua la salle de bain qu'il occupait quand il habitait encore chez ses parents. Rose s'éclipsa et se dirigea à l'endroit indiqué. Elle n'était jamais entré dans le Manoir des Malfoy. Elle savait qu'Albus ne s'y était rendu qu'une seule fois, mais que Ryley lui, le connaissait comme sa poche parce qu'il y avait parfois passé de longues heures quand leurs deux pères parlaient affaire dans le bureau de Drago. Rose essaya d'arrêter de penser à tout ce que ce château pouvait représenter. Elle savait que c'était ici, que sa mère avait été torturée par Bellatrix Lestrange. Que Luna, son père et oncle Harry avaient été prisonniers. C'était juste en-dessous de ses pieds, à la cave. Çalui donna la nausée. Puis elle se rappela qu'elle était ici pour Scorpius. Elle s'épongea le visage et tapota ses joues pour leur redonner un peu de couleurs.

Elle traversa le couloir et curieuse, se dirigea vers la porte juste en face. Le prénom de Scorpius y était inscrit, et elle entra dans ce qu'elle devinait être sa chambre. A la regarder, on aurait eu l'impression qu'il ne l'avait jamais quitté et qu'il y avait dormis la veille. Le lit était fait, mais les draps sentaient le propre. Il y avait des posters accrochés sur tous les murs, d'un vert émeraude assez vif. Il y avait des joueurs de Quidditch, des paysages, des créatures fantastiques… Rose savait que Scorpius n'avait jamais beaucoup voyagé. Son père quittait rarement son bureau et sa mère était trop fragile. Elle savait aussi qu'il le regrettait, et qu'il aurait aimé parcourir le monde entier…

Il y avait aussi des photos de tous ses amis, qu'il avait encadré au-dessus de sa commode. Il y avait encore des vêtements par terre. Une guitare abandonnéesur la moquette et son vieux balai qu'il avait cassé lors d'un match de Quidditch en cinquième année. Rose se souvenait avoir eu très peur… Ils n'étaient pas vraiment amis à l'époque, pourtant elle avait eu peur. Elle secoua la tête et redescendit les escaliers précipitamment. Des éclats de voix ricochaient contre les murs blancs.

- Comment as-tu pu ? Nous détestes-tu à ce point ? Dire que tu ne nous aurais pas choisis comme famille ! Argua Drago Malfoy à son fils. Devant tout le monde ?

- Tu voulais que je mente ? Ricana ce dernier. Que je raconte à tout le monde à quel point on est unis et que cette mort nous rend malheureux comme les pierres ? Mais je suis pas un menteur moi. Çam'attriste, c'est tout. Je ne suis pas malheureux et je n'ai pas à me sentir coupable pour ça. Je refuse de faire comme toi. De parader et de faire un discours larmoyant sur les vertus honorables d'une personne que je ne connaissais pas très bien, une femme qui a fait manifestement beaucoup de mal autour d'elle, et dont que je n'ai jamais vu que cette seule façade !Un discours que tu as du préparer entre deux dossiers. D'ailleurs, tu ne devrais pas retourner travailler ? Ajouta-t-il plein de haine.

- Arrête ça immédiatement, siffla l'homme entre ses lèvres à peine ouvertes.

- De quoi ? Fit innocemment Scorpius.

Il avait revêtit son sourire en coin, arrogant et moqueur. Rose fit quelques pas vers lui, prête à intervenir. Mais les deux hommes s'épiaient, se jaugeait, presque prêts à se sauter verbalement dessus. Leurs mots étaient violents, écharpés, affûtes, très violents.

- Tu voulais que je joue au parfait fils Malfoy digne et fier. Mais tu vois, je suis le genre de personne à pleurer aux enterrements. Même à celui d'une grand-mère que je n'ai jamais pris le temps d'aimer.

- Tais-toi !

- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de ta part.

- Ta petite crise d'adolescence à retardement est ridicule.

Scorpius serra les poings et Rose trouva le courage d'intervenir. Elle se faufila derrière lui et tira légèrement les pans de sa veste, sans oser s'interposer directement entre les deux sentait la colère de son petit-ami, son envie de faire un pas vers son père et de lui donner un bon coup de poing.

- Scorpius, l'appela-t-elle.

Il desserra le poing, très légèrement. Entre temps, Astoria s'était interposée entre son mari et son fils, toute pâle, presque translucide.

- Et amenercette fille à l'enterrement de ta grand-mère… Sais-tu seulement le tort que tu nous fais ? reprocha Drago à son fils.

- Je m'inquiète plus du tort que je lui fais à elle. Si je me souviens bien, sa propre mère a été torturée ici-même, par ta connasse et foldingue de tante… Et pourtant, elle est là.

Scorpius était désormais si proche de son père, qu'il aurait pu lui faire du mal. Il avait sorti sa baguette, prêt à lancer un sort.

- Scorpius ! l'interpella encore Rose, avec plus de force.

Elle se planta entre le fils et le père et fit reculer Scorpius. Elle posa ses deux mains sur ses épaules et le secoua légèrement en se hissant sur la pointe des pieds pour lui chuchoter à l'oreille :

- Vous êtes tous les deux malheureux. Tu va le regretter…

Son regard, si sombre et presque meurtrier, s'adoucit. Il hocha presque imperceptiblement la tête et prit la main de Rose dans la sienne :

- On s'en va, murmura-t-il.

Drago et Astoria Malfoy regardèrent leur fils s'en aller sans même se retourner. Rose et Scopius transplanèrent aux pieds de leur immeuble. Scorpius grimpa les étages, tambourinant les marches de ses pas sans prendre l'ascenseur. Rose resta derrière lui, tentant de suivre son rythme, mais arriva toute essoufflée devant la porte de son appartement. Elle l'ouvrit et aussitôt à l'intérieur, Scorpius l'entraîna sur son lit et la serra fort contre lui. Elle l'imita, comme si elle allait pouvoir absorber toute sa peine et toutes ses souffrances. Elle lui enleva sa cravate et sa veste. Elle déboutonna sa chemise, enleva sa cravate,et il se mit à respirer plus normalement. Il nicha sa tête au creux de son épaule, et s'endormit contre elle. Rose attrapa un livre sur sa table de nuit. Elle le fait léviter au-dessus de ses yeux, pour garder ses deux mains libres et caresser les cheveux blonds de l'homme qui somnolait sur elle. Sa tête avait glissé sur son ventre.

Après plus de deux heures, Rose décida de se lever. Elle avait horriblement faim. Elle bougea un tout petit peu et Scorpius se réveilla immédiatement, en baillant. Il était épuisé, lessivé. Rose le recoiffa, un petit sourire aux lèvres en essayant de dompter un épis un peu rebel. Elle posa tendrement ses lèvres au coin des siennes. Scorpius repensa à cette matinée catastrophique et à ce qu'Albus lui avait dit.

- Tu savais que ma grand-mère avait sauvé ton oncle ? Murmura-t-il, comme si c'était un secret.

- Non. Tu sais, Harry n'aime pas trop parler de la guerre. Mes parents non plus. Mes oncles et tantes encore moins…

- Albus m'a dit qu'il avait proposé de m'en parler, quand je serai prêt.

- Et tu l'es ?

- Je ne sais pas vraiment, soupira-t-il.

- Je connais quelqu'un d'autre, avoua Rose. Quelqu'un qui a connu ta grand-mère et qui pourrait peut-être t'en dire plus. Je voulais pas t'en parler tout de suite, mais étant donné que tu abordes le sujet, fit Rose.

- Qui ? Fronça les sourcils Scorpius.

- Sa sœur. Andromeda. Tu sais, la grand-mère de Teddy.

Il ne l'avait jamais rencontrée, contrairement à Teddy qu'il avait vu plusieurs fois. Teddy était non seulement l'un de ses collègues, mais en plus de ça, les Potter le considéraient comme faisant partie de leur famille. Albus, Lily et James le traitaient comme un frère et Harry et Ginny, comme un fils. Il était toujours présent lors des repas. Scorpius l'y avait souvent croisé et avait discuté avec lui. Ils avaient ris, en comprenant qu'ils étaient de la même famille, eux aussi. La mère de Teddy étant la cousine du père de Scorpius, ça faisait d'eux des petits-cousins… Scorpius aimait bien Teddy et sa fille, Gisèle.

- Ouais, répondit-il enfin. Quand… Quand l'occasion se présentera.

Rose hocha la tête en comprenant. Il n'était peut-être pas tout à fait prêt. Elle se leva, le ventre vide et en train de gargouiller.

- Chinois ? Proposa-t-elle.

Scorpius esquissa un sourire en se levant à son tour. Il l'embrassa amoureusement et la força à se rasseoir sur son lit :

- J'y vais. J'ai besoin de prendre l'air et d'être seul un moment.

- Ok. Tant que tu reviens vite et avec des nouilles sautées, je suis prête à tout accepter ! Plaisanta Rose.

Il leva les yeux au ciel et s'en alla. Le soleil était en train de se coucher dehors. A l'extérieur, il jeta un œil à la fenêtre de l'appartement de Rose. Elle était en train de danser et avait probablement mis la musique à fond. Il sourit et commença à marcher, jusqu'au restaurant chinois.

Rose décida de profiter de l'absence de Scorpius pour ranger un peu. Pour son plus grand bonheur, ce dernier avait totalement envahi son espace vital. Beaucoup de ses affaires traînaient sur le sol. A commencer par des vêtements et des dossiers à peine remplis. D'un coup de baguette, elle rangea tout et se servit un verre d'eau, pensive.

Quelqu'un toqua à la porte et arrêta le flux de pensées de la jeune femme. Elle jeta un œil à son appartement, tout propre et parfaitement rangé et alla ouvrir. Elle tomba nez à nez avec Drago Malfoy.

- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? l'interrogea-t-il.

Rose sentit son coeur tomber dans son ventre et son souffle se couper.

- J'habite ici, monsieur Malfoy. L'appartement de Scorpius est juste en face.

Honteux, l'homme baissa la tête et se dirigea vers la porte d'en face, sanss'excuser.

- Il n'y a personne. Albus est sorti et Scorpius est parti aller nous chercher à manger, lui apprit timidement Rose.

Drago soupira, lasse.

- Vous pouvez l'attendre ici, si vous voulez.

Rose se surprit elle-même, en s'entendant prononcer ses mots. Elle s'étonna encore plus, quand elle ouvrit encore plus la porte, pour laisser l'homme entrer. Elle se félicita d'avoir ranger son appartement, à commencer par tous les vêtements et sous-vêtements qui jonchaient le sol deux minutes auparavant… Elle le vit examiner son appartement et remarquer les photos de Scorpius et elle accrochées aux murs, les mots en lettres dorées et en train de briller au plafond. Du coin du pied, elle cacha une chaussette appartenant à Scorpius qui avait décidé de se rebeller contre son sort. Drago le vit, et sourit malgré lui, un peu amusé.

- Merci.

- Je vous demande pardon ? s'étonna Rose.

- Pour être intervenue lors de la cérémonie, précisa Drago. Je vous remercie. Scorpius avait besoin d'une amie.

- Vous savez qui je suis ? Lui demanda-t-elle, comme pour bien confirmé que tout ce qui passait était réel.

- Rose Weasley, répondit le père de Scorpius, un sourire taquin au coin des lèvres.

Il avait remarqué que la jeune femme baissait la tête et ne le regardait pas dans les yeux, comme si elle fuyait. Il avait déjà aperçut Rose Weasley, notamment à King's cross, quand il trouvait le temps d'accompagner son fils à la gare ou pour aller l'y chercher. Il avait toujours été frappé par sa ressemblance avec ses deux parents…

De la fureur de Drago Malfoy, il ne restait plus grand-chose. Rose, curieusement, se demandait où elle était passée, lui qui semblait totalement furieux tout à l'heure. Peut-être qu'il était comme Scorpius : il explosait vite, mais se calmait tout aussi rapidement, se rendant compte du tort et du mal qu'il était capable de faire en si peu de temps…

- C'est bien, que vous ayez été présente.

- Je ne sais pas, soupira Rose. Je l'ai faitpour lui.

Drago laissa échapper un rire cynique. Elle était vraiment honnête, Rose Weasley…

- Pour Scorpius ?

- Oui, pour Scorpius.

- Son discours… Qu'est-ce que vous en avez pensé ?

Drago, lui ne savait pas quoi en penser. Alors, il demandait. Ils n'avaient jamais été proches, Scorpius et lui, et il le regrettait. Dès qu'il en avait eu l'occasion, Scorpius s'était enfui de son foyer pour emménager avec Albus avait conscience qu'il avait fait passer son travail avant tout. Mais il se sentait si coupable, pour tout ce qu'il avait fait dans sa jeunesse, pour toutes les morts dont il était indirectement responsable… Drago n'avait jamais pu tourner la page.

- Il a parlé avec son cœur.

- Je suis loin d'être un père parfait…, murmura Drago.

- Aucun père ne l'est.

- Même pas le vôtre ? s'amusa l'homme.

- Non, pas même le mien, sourit Rose.

- Vous allez me dire qu'il mettait vos couches à l'envers quand vous étiez petite, qu'il vous donnait des bonbons après que vous voussoyez brossé les dents…

- Oui, effectivement, sourit Rose. Il faisait ce genre de choses…

- Çane fait pas de lui un mauvais père.

- Ce n'est pas pour autant qu'il est parfait.

- Permettez-moi d'endouter.

Rose leva enfin la tête, et le regarda dans les yeux. Ils n'étaient pas identiques à ceux de Scorpius. Peut-être semblables, tout au plus, mais ils étaient différents. Ceux de Scorpius étaient d'une couleur nettement moins vive, et plus douce.

- Vous savez ce que c'est l'anxiété sociale, monsieur Malfoy ?

- Pas exactement.

- C'est quand quelqu'un est anormalement angoissé à chaque interaction sociale. Un simple « bonjour », de la part d'un inconnu, vous colle des sueurs froides et vous donne envie de pleurer. C'est quand on a l'impression d'être scruté en permanence par les autres, quand on pense qu'ils nous jugent quoiqu'on dise, quoiqu'on , on s'empêche de faire des choses, et on s'enferme dans une bulle. On fait des crises d'angoisses, on appréhende chaque fois qu'on voit quelqu'un s'approcher de nous. On fuit les situations qu'on ne peut pas contrôler.

- Çan'a pas l'air facile, admit son interlocuteur.

- Quand on m'a diagnostiqué mon anxiété sociale, mon père ne l'a pas bien pris. Je ne lui en veux pas vraiment, avec le recul. Il n'osait plus me parler, parce qu'il ne savait pas comment s'adresser à moi, il avait peur de me faire du mal. Mais ses silences étaient mille fois plus douloureux… Un soir, je l'ai entendu dire à ma mère que j'étais une petite fille trop compliquée et qu'il n'était pas fait pour être mon père, qu'il ne s'en sortirait jamais avec moi. Il pleurait. Il était terrifié, et j'ai cru qu'il me rejetait, qu'il ne voulait pas de moi. J'ai entendu, au son de sa voix, qu'il aurait aimé que je sois différente, normale… Il y avait de ça, sûrement. Parce qu'il souhaitait juste le meilleur pour moi. Mais il souhaitait aussi, lui, être à la hauteur, tout en sachant qu'il ne l'était pas, que j'avais besoin qu'il change, qu'il fasse des efforts.

Rose se rappelait parfaitement ce moment. C'était la seule fois où son père l'avait déçue.

- Il est loin d'être parfait, conclut Rose. Mais après ça, il s'est vite rendu compte que ce qu'il faisait, disait, me blessait. Il s'est amélioré. On s'est tous amélioré… Puis, j'ai compris, qu'il pensait tout simplement que je méritais un autre père que lui. Ce qui n'est pas le cas. Merlin, mon père est exactement celui dont j'avais besoin pour devenir qui je suis.

- Vous pensez que je peux encore m'améliorer, moi ? Ricana Drago avec ironie.

- Et pourquoi pas ?

Cette réponse désarçonna Drago qui s'arrêta instantanément de rire.

- Vous avez un fils merveilleux, monsieur Malfoy. Il est encore temps pour vous de faire partie de sa famille…

Scorpius choisit précisément ce moment pour rentrer, les mains chargées de nourriture :

- J'ai entendu ton ventre gargouiller depuis le restaurant chinois. Alors j'ai pris un peu de tout. Et tu vas me dire que j'exagère, mais laisse moi te dire que…

Il s'interrompit, en voyant son père. Il posa les sacs sur le comptoir et frotta ses yeux, pour vérifier qu'il ne rêvait pas.

- Je vais aller chercher des couverts chez Albus et toi. Les miens sont… sales, décréta Rose en s'enfuyant pour laisser le père et le fils en paix.

En passant devant Scorpius, elle lui intima discrètement :

- Ne faites pas sauter mon appartement.

- Ne me laisse pas seul avec lui, l'implora Scorpius.

Elle tapota son épaule, avant de refermer la porte derrière elle. Scorpius commença à déballer les sacs, essayant de se concentrer sur autre que chose, que la présence de son père chez Rose.

- Tu es un bien meilleur homme que moi, admit Drago avec une pointe de fierté.

Passéela surprise, Scorpius fit un pas vers son père.

- Pas vraiment, bougonna-t-il. Je suis juste moi.

- Juste toi, c'est bien assez pour être bien meilleur homme que moi.

Scorpius fronça les sourcils. Son père n'était pas un homme tendre. Il ne faisait pas de compliment, jamais. Pas sans raisons. Petit, Scorpius avait toujours pensé qu'il n'était pas assez bien, pas assez digne pour porter le nom des Malfoy. Son père ne lui avait jamais dit quoique ce soit l'amenant à penser le contraire.

- Vous ne me connaissez pas vraiment, toi et maman, soupira Scorpius.

- Et tu ne me connais pas vraiment non plus, reprit son père.

Scorpius renifla devant l'évidence. Peut-être avaient-ils tous les deux leurs torts. Ou pas vraiment. C'était Drago Malfoy, l'adulte, le père. Il aurait du être capable de rassurer les angoisses de son fils, de les calmer. Il aurait du lui dire qu'il était parfait, qu'il était fier de lui. Avant. Pas maintenant…

Drago Malfoy avait perdu sa mère. Scorpius et Astoria étaient désormais sa seule famille. Il avait conscience de toutes les erreurs qu'il avait commises, des torts qu'il avait. Son fils était un étranger. Il n'était pas le petit garçon qu'il avait élevéentre deux dossiers. Il avait beau lui ressembler physiquement, son fils et lui n'avaient pas grand-chose en commun. Quelque part, Drago en était soulagé. Il aurait aimé lui dire de venir au Manoir, de leur rendre visite. Il aurait voulu lui dire qu'il voulait apprendre à la connaître, qu'il regrettait et qu'il n'avait jamais voulu le faire souffrir de la sorte. Le père et le fils ne partageaient rien. Le malaise s'installa entre eux. Drago le brisa, en décidant de parler d'autre chose.

- Sinon… Rose Weasley ?

Scorpius éclata de rire et ne put s'empêcher de regarder furtivement l'une desphotosde Rose, qui était sur sa commode. Ils étaient en cinquième année, et c'était lui qui l'avait prise. Rose dormait, la tête entre ses bras, dans la bibliothèque de Poudlard. Son écharpe bleue et bronze en guise d'oreiller, elle avait la bouche entrouverte et les yeux à demi-clos.

Rose et lui avaient fait la une de tous les tabloids, mais son père semblait apprendre leur relation…. Ca lui donnait presque envie de rire.

- Tu as déjà entendu parler du mot « koi no yokan » ? demanda Scorpius.

Drago secoua négativement la tête, attendant la suite.

- C'est Rose qui me l'a apprit. C'est japonais. C'estle sentiment qui conduit immanquablement à tomber amoureux d'une personne que l'on croise. On ne peut rien faire pour l'éviter. J'ai ressenti ça pour Rose la première fois que je l'ai vue. Je n'étais pas amoureux d'elle, ce n'était pas un coup de foudre. Mais je savais que ça arriverait, que je finirai par l'aimer et que ça durerait longtemps, très était maladivement timide, elle me grognait dessus tous les jours, elle levait les yeux au ciel dès que je parlais… Çam'énervait et j'avais envie de la secouer. Pour autant, je savais que je tomberais amoureux d'elle, qu'il n'y aurait pas de retour en arrière le jour où je m'en rendrais vraiment compte.

Il ferma les yeux, pour éviter d'affronter le regard de son père.

- Je sais que ça craint.

- Qu'est-ce qui craint ?

- Qu'elle s'appelle Rose Weasley. Et pas Cunégonde Delacourtéchelle.

- Cunégonde Delacourtéchelle ? Répéta Drago, incrédule.

- Çaaurait été plus simple pour tout le monde, et surtout pour nous.

- Je plains la pauvre enfant qui aurait à porter ce patronyme, murmura le père en s'esclaffant.

- Ce serait toujours mieux que Rose Weasley. Mais je m'en fiche. C'est elle, pas une autre. Çafait longtemps que j'ai décidé que je ne sacrifierai plus rien pour les Malfoy.

- Je ne vais pas faire semblant d'être ravi, admit vais juste te dire que si tu l'aimes, je m'y opposerai pas.

- De toute façon, tu n'as pas à t'y opposer ou non, rétorqua amèrement le jeune homme.

- Je sais. Cela fait longtemps que j'ai compris que tu étais du genre à faire tes propres choix. Et ce n'est pas grâce à moi. Tu t'es construis tout seul, et parfois, je me dis que c'est mieux comme ça. Je n'aurais jamais su faire de toi ce que tu es aujourd'hui.

Scorpius attendit. Mais rien ne vint. Aucune excuse. Aucun « je suis désolé ». Il était un peu tôt, peut-être. Il allait se contenter de ça. Pour autant, ça le mettait en colère. Lui, il aurait juste voulu avoir des parents présents… Un peu d'affection, d'encouragements. Qu'on s'intéresse vraiment à lui.

- Tu sais, dans la famille Malfoy, on ne se dit pas vraiment les choses. On ne parle pas de ce que l'on ressent davantage, reprit Drago. J'aurais aimé savoir que tu étais amoureux de Rose Weasley. Comme j'aurais aimé savoir que tu avais fait un séjour à l'hôpital il y a une semaine. Comme j'aurais aimé assister à ta remise de diplôme, à ta nomination en tant qu'auror. Mais tu ne m'as jamais invité et j'ai cru que tu ne voulais tout simplement pas de moi dans ces moments de ta vie. Je tiens à toi, Scorpius. Peut-être que je ne le montre pas assez. A vrai dire, je ne sais pas comment faire.

- Ce n'est pas très compliqué, grogna Scorpius. Il suffit de prendre des nouvelles de temps en temps, de s'intéresser à moi.

- Tu n'en prends pas non plus de nous, reprocha Drago.

- Parce que je ne savais pas que vous en attendiez. Je ne suis pas celui que vous croyez.

- Et tu penses qu'on ne le sait pas ? s'esclaffa le père. Scorpius, tu es ami avec Albus Potter et Oscar Londubat ! Tu parles d'eux et de Rose depuis ta première rentrée à Poudlard. On a reçu des tonnes de lettres de Mcgonnagall nous informant de tes petits défis et de tes blagues. Tu es devenu auror. Tu t'es pris en main dès l'obtention de tes ASPICS, tu as emménagé dans ton propre appartement … On le sait. Et tu es mieux, plus merveilleux encore que l'image que je me faisais du fils parfait. Tu es différent, c'est certain, à des années lumières mêmes de ce que je souhaitais. Mais je t'…

Il s'étrangla, incapable de le dire. Mais Scorpius en fut soulagé : lui aussi, aurait été incapable de le dire à sa place. L'important, était qu'il avait essayé. Le cœur de Scorpius en était déjà renversé. La porte s'entrebâilla légèrement, laissant apparaître le petit nez de Rose, qui mit un premier orteil chez elle.

- Je voulais juste te dire… que j'étais désolé d'avoir réagis de la sorte aujourd'hui, termina Drago en s'apprêtant à s'en aller. Et aussi, que je tiens à toi.

Rose tenait des couverts dans les mains et se balançait d'avant en arrière sur la pointe des pieds, signe qu'elle était nerveuse :

- Vous vous joignez à nous monsieur Malfoy ? Proposa-t-elle.

- Non, répondit-il immédiatement.

Le visage de Rose pâlit, mais retrouva un peu ses couleurs quand l'homme lui sourit poliment :

- Ma femme m'attend. Mais ce n'est que partie remise.

Rose hocha la tête et Drago regarda son fils, droit dans les yeux, espérant une réponse de sa part :

- Oui, ce n'est que partie remise, répéta enfin Scorpius.

C'était un premier pas. Ils avançaient… Rose tendit les couverts à Scorpius, qui l'embrassa avec passion.

- Je t'aime. Tu le sais ?

Parfois, il avait peur d'être comme son père et de ne pas le dire assez. Voir pire. De ne pas assez le montrer.

- Je le sais, chuchota Rose dans ses bras.