Le lendemain de la mort de Narcissa Malfoy, Rose était allée chez Andromeda Tonks pour lui annoncer la mort de sa sœur. La vieille dame n'avait pas pleuré. Teddy était à ses côtés et lui avait tenu la main tout du long. Elle avait demandé à Rose de présenter ses condoléances à Scorpius.

Le soir même, la jeune femme s'était blottie contre Scorpius sans rien dire et lui avait transmis les condoléances d'Andromeda Tonks. Scorpius avait caressé le dos de Rose, comme si c'était elle, qu'il fallait consoler, et non lui.

Rose s'était toujours très bien entendue avec Andromeda. Peut-être était-ce parce que le second prénom de Rose était Tonks, en hommage à Nymphadora, mais la vieille dame avait toujours eu une affection toute particulière pour l'aînée des Weasley-Granger… Quand elle était venue lui rendre visite pour lui dire qu'elle était en couple avec Scorpius, elle avait craint sa réaction.

Andromeda avait renié toute sa famille. A la mention du prénom de Scorpius, elle s'était crispée toute entière. Rose lui avait dit qu'il n'était pas comme son père, qu'il était gentil, généreux, courageux, un peu arrogant, mais jamais à court de blagues et de farces. Andromeda avait hoché la tête, comprenant mieux que quiconque, que finalement, un nom ne définissait pas une personne. La famille dans laquelle on grandissait encore moins.

Rose avait demandé à Scorpius s'il voulait bien se joindre à elle, lors de sa prochaine visite à Andromeda. Il avait grimacé, avant d'accepter. Désormais assis sur un canapé rose délavé, il se tortillait, mal-à-l'aise devant la sœur de sa grand-mère, qui le sondait du regard :

- Elle n'a pas souffert ?

- Non. Elle dormait, à ce qu'on m'a dit, répondit Scorpius.

- Tant mieux. Elle a souffert toute sa vie, souffla Andromeda. Une vie douloureuse mérite une mort paisible.

- Je ne la connaissais pas vraiment.

- Moi non plus. Je peux te parler de l'enfant qu'elle était. Un peu de l'adolescente, mais pas de l'adulte.

- Et moi, je peux vous parler de la grand-mère…

- Ça me plairait, fit doucement la vieille femme.

- Ça me plairait beaucoup aussi, de vous entendre raconter ce que vous saviez d'elle, sourit Scorpius.

Andromeda se figea, interdite.

- Ce sourire taquin, charmeur et un brin arrogant… Elle avait un peu le même.

Andromeda et Narcissa n'avaient jamais eu beaucoup de points communs. Pourtant, quand Scorpius regardait la sœur de sa grand-mère, il lui trouvait un petit quelque chose, un éclat dans les yeux quand elle observait son petit-fils et toutes les personnes amassées dans son salon. Teddy jouait avec Gisèle et Victoire discutait avec Rose. Scorpius se leva, après lui avoir sourit poliment. Harry et Ginny prirent le relais et commencèrent à parler à Andromeda. Il se servit un verre d'eau, la gorge sèche.

Sa grand-mère était décédée depuis plus de trois mois maintenant. Les rapports entre Drago Malfoy et Scorpius étaient compliqués, mais relativement moins tendus et glaciaux qu'auparavant. La présence de Rose y était pour beaucoup. Ils étaient déjà venus dîner deux ou trois fois au restaurant. Scorpius refusait de remettre les pieds au Manoir des Malfoy… Asotria et Rose s'étaient trouvées une passion commune pour le tricot et les chats, et bavardaient toujours assez gaiement, quand le père et le fils se regardaient dans le blanc des yeux, sans savoir quoi se dire. Rose avait beau essayé de s'éclipser pour laisser Scorpius seul avec ses parents, le blond, plus malin qu'elle, arrivait toujours à leur échapper.

- Tu as l'air bien distrait, fit Teddy en ramenant Scorpius à la réalité.

- Je ne me sens pas vraiment à ma place, avoua le blond.

- Pourquoi ça ? Il n'y a que des gens qui t'apprécient ici.

Gisèle tapa dans ses mains comme pour approuver les dires de son père et Scorpius se mit à sourire. À la fillette. Elle ne parlait pas beaucoup, du haut de ses trois ans, mais savait très bien se faire comprendre.

- Ma grand-mère ne parle pas souvent de son enfance. Sa famille, elle l'a construite. Mais ça ne remplacera jamais les racines, les vraies. Elle est contente de faire ta connaissance.

- Moi aussi, je suis content.

- Parce qu'elle est l'exemple même qu'on peut venir d'une famille à l'histoire désastreuse et avoir une vie heureuse et épanouie ? s'amusa Teddy.

- Je n'ai pas eu besoin de ça pour en être convaincu, s'esclaffa Scorpius.

- C'est vrai. Je me souviens encore de la première fois où Albus t'a fait venir chez Harry et Ginny. Tu étais tout le contraire de ce qu'ils attendaient. Bavard, casse-cou, marrant…

Scorpius rebu une gorgée.

- Ils s'attendaient à un enfant renfermé ?

- Je crois, oui.

- Pas mon style.

Ils entendirent Rose et Victoire rire et le cœur de Scorpius s'emballa immédiatement. Il n'avait toujours pas compris comment et pourquoi son corps tout entier réagissait comme ça à tout ce que Rose faisait… Comme si elle avait senti son regard sur elle, Rose se tourna légèrement vers Scorpius et lui sourit amoureusement.

- Elle a bien fait de te proposer de venir aujourd'hui, observa Teddy.

- Je lui résiste difficilement, grimaça Scorpius.

Et puis, il était bien trop content de l'avoir fait sortir de son bureau pour presque toute une journée. Ils avaient tous les deux posés une journée de congé pour l'occasion.

- Les Weasley ont ce pouvoir là sur les gens.

- Je pensais que le gène Malfoy pourrait contrer ça, plaisanta Scorpius.

- Rien ne peut contrer la détermination de cette famille, rit Teddy. Ils sont démoniaques.

- A deux, on pourrait peut-être trouver un contre sort ! Fit Scorpius, complice.

- Toi comme moi, on n'en voudrait même pas, de ce contre-sort…, soupira l'auror.

Rose vint vers lui, le sourire aux lèvres. Elle se servit une nouvelle part de gâteau au chocolat, en barbouillant partout autour de sa bouche :

- Tu ne reveux pas du gâteau ? Lui demanda-t-elle, la bouche pleine. C'est ton dessert préféré ?

- C'est toi, mon dessert préféré, chuchota-t-il à son oreille, charmeur.

Rose se mit à rougir et avala avec difficulté sa bouchée. Il posa sa tête sur son épaule et passa ses bras autour de ses hanches.

- T'as aucun pouvoir sur moi, grogna-t-elle. N'essaie pas de me séduire, ça ne marche pas. Ce gâteau est trop bon.

- T'es sûre de ça ?

- Je me concentre sur le goût de ce merveilleux gâteau !

Il l'embrassa entre l'oreille et le cou et elle s'arrêta de mâcher. Un feu s'alluma en elle, et elle déglutit faiblement

- Il serait peut-être temps qu'on y aille, non ? Murmura-t-elle en se retournant vers lui.

Il lui offrit un sourire, taquin, charmeur et arrogant et Andromeda Tonks à l'autre bout de la pièce, cru presque voir l'une des facettes de sa sœur Narcissa… Elle avait le même sourire, quand elles étaient petites.