Résumé : Eaque hérite d'un château et de ses dépendances. Cela pourrait s'apparenter à un conte de fées, mais lorsque deux autres héritiers entrent en scène, Minos et Rhadamanthe, la succession ne sera plus sa principale priorité. Histoire en deux chapitres.
Disclaimer : les personnages et l'univers de Saint Seiya appartiennent à Masami Kurumada. C'est sur son œuvre que s'inspire ce récit.
(Pardonnez-moi pour les éventuelles fautes qui auraient échappé à ma vigilance.)
Notes: Cette histoire est une fiction avec un univers alternatif. J'ai choisi d'utiliser le lien fraternel entre Rhadamanthe et Minos qui est issu de la mythologie grecque, mais pas présent dans la série originale de Saint Seiya, ainsi que quelques anecdotes concernant Eaque. Cette histoire se passe dans les années 80, elle est contemporaine à la série, donc, il n'y a pas de technologie actuelle comme les téléphones portables.
C'est une histoire écrite dans le cadre d'Halloween.
Sur ces quelques mots, bonne lecture.
Héritage
À mesure qu'avançait le mois d'octobre, le feuillage des arbres se para d'une merveilleuse teinte rougeâtre.
Eaque sortit de la voiture, un taxi qu'il avait prit pour l'occasion. Étant fraîchement débarqué dans ce pays et n'ayant pas de véhicule à sa disposition, ce fut la seule option envisageable pour arriver jusqu'à ce lieu reculé, niché en plein cœur d'une forêt et à côté d'un lac.
« Attendez-moi ici ! Je n'en ai pas pour très longtemps, juste le temps de rencontrer les autres propriétaires.»
Cela allait lui coûter cher en commission, mais qu'importe, il allait se rattraper très prochainement.
Devant lui se dressait fièrement un immense château qui était l'objet de sa convoitise.
Il avait quitté exprès son pays natal, le Népal, pour rejoindre l'Allemagne et venir prendre possession de cette merveille d'architecture à l'aspect féodal. Il ne s'y connaissait pas assez dans les châteaux occidentaux pour être capable de déterminer le siècle de construction de l'édifice, mais de toutes évidences, il devait être ancien. Ancien, mais plutôt bien entretenu, remarqua le népalais avec gourmandise.
Une immense forêt, un lac et un grand jardin appartenaient également au domaine.
Tout cela devait valoir une véritable fortune.
Eaque alluma une cigarette en souriant.
Un lointain oncle décédé, l'ancien propriétaire, l'ayant désigné sur son testament, il héritait donc de ce château et de ses dépendances avec deux autres personnes.
Il contempla sa nouvelle propriété. Il avait bon goût, ce tonton qu'il n'avait jamais vu. Tout ce qui s'offrait à sa vision faisait étalage d'un luxe d'un autre temps, mais certainement toujours admiré et apprécié de tous.
Terminé la misère, il allait vivre dans l'opulence.
Une revanche sur la vie qui jusque-là avait tendance à s'acharner sur lui.
La roue du destin finissait toujours par tourner un jour ou l'autre.
Un crissement de pneus se fit entendre et une puissante voiture de sport rouge apparue devant lui à toute allure. Elle fit une embardée et glissa sur les graviers qui recouvraient l'entrée du château, provoquant un grand nuage de poussière. Eaque eut tout juste le temps de faire un bon en arrière, sautant sur le capot du taxi et la voiture passa en trombe à l'endroit exact où il se trouvait quelques dixièmes de seconde plus tôt.
La voiture s'arrêta plus loin et un homme en sortit, accourant vers lui. Il était un peu plus grand que lui et blond. Quant à son âge, il devait être dans la même tranche que lui, début de la vingtaine.
« Je suis vraiment désolé, j'ai dérapé sur le gravier et perdu le contrôle de mon véhicule. J'espère que vous n'êtes pas blessé. Pardonnez ma maladresse ! » s'exclama un homme avec un fort accent britannique.
Eaque, pas encore entièrement remis de ses émotions, descendit du capot et ôta la poussière agglutinée sur ses vêtements et ses cheveux.
Il prit une grande inspiration pour ralentir les palpitations de son cœur.
« Ce n'est pas grave, cela peut arriver. Je suis entier, c'est l'essentiel.
- C'est une chance. Encore toutes mes excuses pour ce désagrément. »
La voix de cet inconnu exprimait la crainte et le soulagement, mais Eaque vit que son regard doré fixé sur lui était dur et froid.
Le népalais fronça les sourcils.
« Et vous êtes … ?
- Rhadamanthe. L'un des nouveaux propriétaires de ce château. J'imagine que vous êtes Eaque. Nous étions prévenus de votre arrivée. Vous venez donc du Népal ? C'était une véritable surprise pour nous de découvrir votre existence sur le testament. Jusqu'alors, nous ignorions tout de vous. »
Eaque passa la main dans ses cheveux et tira une longue bouffée de sa cigarette.
« Oui, j'imagine votre étonnement. Quant à mon existence, vous n'êtes pas le premier qui l'ignorait. Mon père ne m'a jamais reconnu et ma mère m'a abandonné à la naissance. On m'a dit qu'ils étaient morts et il y a des années. Lorsque l'ancien propriétaire de ce château a mené une enquête sur mon géniteur, il a appris par hasard mon existence à l'orphelinat et a demandé un test sanguin. Lorsqu'il a eu confirmation que j'étais bel et bien de sa famille, il a payé la direction pour que je reste là-bas jusqu'à ce que je devienne adulte, donc sans espoir d'être adopté. Je lui en ai longtemps voulu, même au point de le haïr, alors, je ne m'attendais pas à ce qu'il me couche sur son testament. »
Rhadamanthe se tut pendant quelques instants, le visage grave, puis, il lui fit un sourire jovial.
« Eh bien, quelle histoire. Allons, notre vieil oncle était étrange et peut-être un peu excentrique, mais pas bien méchant. S'il a agi de la sorte, il avait sûrement de bonnes raisons, même si j'avoue que c'est difficile de les deviner. En tout cas, te voilà parmi nous, alors sois le bienvenue, Eaque.
- Merci. »
Son interlocuteur lui tendit la main pour le saluer.
« Ah, Eaque, nous pouvons nous tutoyer, n'est-ce pas ?
- Si tu veux. »
Rhadamanthe approuva d'un signe de tête puis aperçu quelqu'un qui s'approchait d'eux d'un pas résolument lent.
« J'aperçois mon frère qui arrive ! Eaque, je te présente Minos.
- Enchanté, Minos. »
Le nouveau venu avait le teint pâle, tout comme son frère et abordait une très longue chevelure blanche/argentée qui descendait jusqu'en bas de son dos. Il était presque aussi grand qu'Eaque, mais avait une musculature plus fine. De toute évidence, lui aussi avait quasiment le même âge qu'eux.
« Le plaisir est pour moi. » répondit Minos.
Il avait aussi un accent, mais Eaque n'aurait su dire d'où il provenait. Minos dissimulait en partie ses yeux derrière sa frange, mais le népalais aperçut le même regard doré que son frère, sauf que celui-ci était indéchiffrable.
Ses mains entortillaient un fil transparent, qui ressemblait à un fil de pêche. Il l'enroulait autour de ses mains et tirait dessus, comme pour en tester la flexibilité.
Minos s'aperçut de l'intérêt de cet étranger pour son activité et lui sourit.
« Ne fais pas attention, c'est mon trouble obsessionnel compulsif. J'aime avoir les mains occupées.
- Ah...désolé.
- De quoi ? Ce n'est rien, seulement une manie. répondit Minos en riant. Tu dois me trouver étrange, n'est-ce pas ?
- Euh...je ne sais pas...vous êtes parmi les premiers occidentaux que je rencontre alors...
- Nous sommes tous étranges à tes yeux, c'est normal. » termina pour lui Rhadamanthe.
Pendant quelques minutes, ils s'observèrent et discutèrent de tout et de rien, puis Minos désigna le château de sa main.
« Lorsque nous étions petits, Rhadamanthe et moi avons souvent eu le loisir de venir jouer ici. C'était un terrain de jeu extraordinaire. Tu t'en souviens, Rhada ?
- Oui, que de bons souvenirs. Il y avait toujours de nouveaux lieux à explorer, des trésors à dénicher.
- Des trésors ? » questionna Eaque qui vit soudain un intérêt à cette discussion jusque-là ennuyante.
Il avait souvent entendu dire qu'il y avait des richesses dans les vieux châteaux. Des coffres contenant des pièces d'or et des bijoux.
Minos décela facilement son avidité.
« Des trésors d'enfants. crut-il bon de justifier. Des pierres brillantes, des bouts de bois, des morceaux de ferraille.
- Oh. fit Eaque
- Il n'y a pas de trésor ici, en dehors des œuvres d'art, du mobilier et de l'argenterie que le château renferme. » renchérit l'homme à l'accent britannique.
La mine déçue, Eaque se tourna vers sa nouvelle propriété.
Qu'importe, le domaine en lui-même allait largement lui payer de quoi vivre aisément pour le restant de ses jours.
Il écrasa sa cigarette sur le sol.
Minos s'avança vers lui, le faisant tressaillir.
« Qu'as-tu l'intention de faire ? De notre côté, Rhadamanthe et moi désirons habiter ici. Nous avons quitté nos demeures respectives pour prendre possession de ce domaine si cher à nos cœurs. Tu pourrais aussi y vivre et habiter avec nous, qu'en penses-tu ? »
Surpris, Eaque le dévisagea.
« Habiter ici ? Moi ? Je n'en ai aucunement l'intention. Je ne connais ni ce lieu, ni ce pays et je ne suis pas sûr que la vie de château soit pour moi. Non, je préfère largement l'argent qu'il pourrait me rapporter.
Minos se renfrogna.
- Vraiment ? Dans ce cas, nous pourrions te racheter ta part. Ainsi, tu auras ce que tu es venu chercher et tu pourras repartir aussitôt là où bon te semble. »
Le sourire et le ton faussement aimable du jeune homme déplut à Eaque.
« Loin de moi l'idée de vous dévaloriser, mais il ne me semble pas que vous ayez à vous deux les moyens de me payer un tiers de cette propriété. Ou alors, le prix serait fortement revu à la baisse. Je suggère plutôt qu'on mette rapidement en vente ce domaine et que chacun en obtienne un tiers du prix. Voilà qui serait juste et équitable. »
Les deux autres propriétaires semblèrent abasourdis par ses paroles. Ils fixèrent Eaque, puis se regardèrent. Minos serra les poings et commença à s'écrier.
« Ce n'est pas un...
- Nous allons y réfléchir. » le coupa son frère.
Rhadamanthe lui lança un regard insistant. Minos finit par se calmer, hocha subtilement la tête et se remit tant bien que mal à sourire.
« Bien, j'ai encore quelques préparatifs à faire par ici, en attendant, Minos, fais-lui visiter le domaine extérieur ! Qu'il fasse un peu le tour de la propriété avant de nous faire part de sa décision finale. »
Avec une certaine désinvolture, Minos l'encouragea à le suivre.
Eaque soupira. On ne pouvait pas dire que sa rencontre avec les autres héritiers s'était passée sous les meilleurs auspices, mais peu importe ce qu'ils pensaient de lui. Il avait un but et il comptait bien s'y tenir.
Ils contournèrent le château en passant par un petit sentier boisé, puis arrivèrent devant une clairière qui donnait vue sur le lac. Il marchèrent sur la mousse en évitant les pierres qui se trouvaient sur le passage.
« Pourquoi passe-t-on par ici ?
- C'est un raccourci pour contourner la propriété. »
Minos semblait être ailleurs, semblant ressasser leur précédente discussion et réfléchissant, lorsque d'un coup, il stoppa net sa progression et Eaque manqua de peu de le percuter de plein fouet.
« J'ai oublié de te demander quelque chose de crucial.
- Vas-y !
- As-tu une petite amie ? Une femme ? Des enfants ?
Eaque le dévisagea, sceptique.
- En quoi est-ce important pour toi ?
- C'est important. »
Le népalais attendait plus d'explications, mais comme elles ne vinrent pas, il choisit de lui répondre malgré tout.
« Non, je suis célibataire et sans enfant.
- Très bien. »
Minos ne parvint pas à cacher un sourire malvenu et presque carnassier.
« Pourquoi est-ce que cette nouvelle a l'air de te faire autant plaisir ?
- Pour rien, je t'assure. »
Ils se remirent en marche, se suivant l'un derrière l'autre.
« De toute façon, je ne suis pas prêt d'avoir une femme ou des enfants. Je ne suis pas de ce bord-là alors ...
Pourquoi éprouvait-il soudain le besoin de se confier à cet individu qu'il venait à peine de rencontrer ? Il ne se l'expliquait pas à lui-même.
- Tu veux dire que tu aimes les hommes ? »
Minos s'était retourné et pour la première fois, Eaque nota de l'intérêt dans ce regard doré.
« Oui. »
La nouvelle sembla prendre son interlocuteur de court. Il hésita.
« Vraiment ? Moi aussi ! Nous pourrions nous entendre toi et moi... »
Ce fût au tour d'Eaque d'être dérouté. À quoi faisait-il allusion ? Minos lui faisait-il du charme ? Il est vrai qu'en y regardant de plus près, le norvégien possédait une beauté naturelle... presque surnaturelle. Il suscitait une attraction troublante. Un teint trop parfait, un visage trop parfait, un corps trop parfait.
Et il était difficile de résister à ce regard envoûtant qui était à présent tout-à-fait perceptible à travers sa frange.
Cependant, il émanait de lui un sentiment de danger.
Secouant la tête pour reprendre ses esprits, Eaque chassa cette idée saugrenue de son esprit.
« Je ne vois pas en quoi avoir la même orientation sexuelle ferait en sorte d'améliorer notre relation. »
Si le népalais avait été attentif à ce moment-là, il aurait remarqué que le visage de Minos se ferma aussitôt pour redevenir illisible.
« Oui, tu as sûrement raison. »
Le jeune homme se retourna sur le chemin à suivre et emprunta un passage encore plus difficile d'accès.
Eaque le suivit avec peine, enjambant les arbustes, poussant les branches et écrasant les herbes folles de cette végétation encore foisonnante pour la saison. Cette partie-là ne devait pas être très entretenue. La nature avait repris ses droits sur cet espace abandonné. La broussaille se faisait encore plus épaisse et des éraflures zébrèrent bientôt ses jambes découvertes, puis, soudain, il se sentit perdre pied et être aspiré vers le fond.
Le sol se déroba sous lui.
Avec la vitesse et l'agilité d'un félin, il écarta ses bras pour s'agripper aux extrémités du trou dans lequel il avait failli disparaître.
Usant de la force de ses bras, il se hissa tant bien que mal en poussant un juron et au prix de quelques efforts, il parvint à s'extirper de là.
Le souffle court, il s'allongea sur le côté et vit que Minos n'avait pas bronché. Il était resté immobile tout le long à le regarder se débattre avec le même regard énigmatique qu'à leur rencontre.
Il n'avait pas esquissé le moindre geste pour lui porter secours. Si Eaque n'était pas doté de réflexes hors du commun, il aurait disparu dans ce puits sans fond.
« Qu'...qu'est-ce...qu'est-ce que c'est que ça ? » cria Eaque en pointant le trou.
Minos fit tourner son fil autour de ses mains et tira dessus d'un coup sec.
« Je suis désolé, j'ai oublié de te prévenir à ce propos. L'eau du lac a creusé des cavités un peu partout autour du château. Cela a engendré des puits naturels qui peuvent se révéler très dangereux pour les promeneurs inexpérimentés. Certains sont si profonds que nous n'avons jamais pu en déceler le fond. Le mois dernier, un domestique a trouvé la mort dans l'un de ses trous. Personne n'a jamais retrouvé son corps. »
L'air détaché de Minos n'était pas du tout approprié avec ce qu'il venait de raconter, ni avec ce qu'Eaque venait de vivre.
Comment pouvait-on être aussi détaché et indifférent ?
Surtout, que se passait-il ici ?
En moins d'une heure, il avait faillit mourir à deux reprises. À chaque fois, il avait dû compter sur sa capacité de réaction hors norme pour s'en sortir. Il croyait aux coïncidences, mais là, cela faisait quand même beaucoup.
Une chose était néanmoins claire pour lui, il devait absolument se tenir sur ses gardes.
« Tu sais, poursuivit Minos en souriant, de vieilles légendes locales prétendent que ce lieu abriterait l'entrée des Enfers. N'est-ce pas amusant ? »
Décidément, Eaque n'en croyait pas ses oreilles.
« Non. Non, ce n'est pas amusant ! Surtout lorsqu'on manque de peu de vérifier soi-même cette légende.
- Mais tout va bien à présent, c'était seulement un faux pas et tu t'es bien rattrapé.
- Bien sûr, sinon, je ne serai plus là pour te parler. Pourquoi ne m'as-tu pas aidé au lieu de tripoter ton stupide fil ?
- Tout s'est passé trop vite, je n'ai pas eu le temps de réagir.
- C'est ça ! »
Le mélange de colère et de sarcasme d'Eaque n'affecta pas Minos qui ne se départit pas de son sourire.
« Sylphide non plus ne regardait jamais où il mettait les pieds, pas étonnant que ça lui ait été fatal.
- C'était votre domestique ?
- Pas le mien, mais celui de mon oncle.
La curiosité eut pour effet de faire baisser la fureur et la frayeur d'Eaque qui se rendit compte qu'il y avait certains sujets qu'il devait encore aborder avec les autres héritiers.
- Combien y a-t-il d'employés ici ?
- Tu veux dire, en dehors de celui qui a perdu la vie ? Il y en a trois. Sharon qui s'occupe de l'entretien du lac, Gordon, le forestier qui gère la forêt, le parc et le jardin et Raimi, le majordome, qui s'occupe de la cuisine et du ménage. Celui-là est tellement efficace dans son travail qu'on jurerait qu'il possède dix bras. »
Minos continuait à jouer avec son fil, l'enroulant sur ses doigts.
« Et le décédé ? Quel poste occupait-il ?
- Sylphide était le gardien du domaine. Il vérifait que personne ne passe sur la propriété et faisait très régulièrement des rondes dans la journée et parfois la nuit. Il faut croire qu'il a découvert un nouveau puits. Quel manque de chance ! »
Ils finirent le tour du domaine et revinrent à leur point de départ.
Eaque se rendit immédiatement compte que quelque chose n'allait pas lorsque Rhadamanthe vint à leur rencontre.
« Attends, où est mon taxi ? » s'écria le népalais en regardant autour de lui.
Le britannique sembla lancer un regard lourd de reproche à Minos qui haussa les épaules, puis se tourna vers Eaque.
« J'ai payé ta commission et je lui ai permis de partir. Le soleil se couche bientôt et il n'est pas prudent de rouler dans ce secteur la nuit. Le pauvre était soulagé de pouvoir rentrer chez lui.
- Comment ça ? De quoi parles-tu ? s'inquiéta le népalais.
- Oh, toutes mes excuses, il est vrai que tu ne pouvais pas être au courant. Ce château a une sinistre réputation et les gens du coin évitent de l'approcher, encore moins la nuit. Certains prétendent qu'il serait maléfique et habité par des monstres ou par des spectres. »
Rhadamanthe éclata d'un rire tonitruant.
Eaque ne croyait pas non plus à ces absurdités, mais il y avait quelque chose qui le gênait malgré tout.
« Pour quelles raisons ? demanda-t-il avec une certaine appréhension.
- Le soir, des gémissements lugubres se font parfois entendre. Mais rassure-toi, ce ne sont que des phénomènes très rationnels. Les bruits proviennent du vent qui souffle à l'intérieur des cavités souterraines. Minos et moi avons séjourné très souvent ici durant notre enfance et nous n'avons croisé aucune créature étrange ou alors, elles ne se sont jamais montrées en notre présence. »
Son explication ne donnait pas à Eaque l'envie de vérifier ses dires.
« D'accord, mais ça ne règle pas mon problème. Comment vais-je partir d'ici ?
- Ne t'en fais pas ! Tu n'as qu'à dormir là cette nuit et demain, je te racompagnerai dans la ville la plus proche.
- Excellente idée ! enchérit Minos.
- Ou alors je pourrais appeler un service de taxi depuis le château ? proposa le népalais.
- Désolé, mais la ligne a été coupée par un arbre il y a de cela trois semaines. Ils doivent encore la rétablir. » l'informa Rhadamanthe.
Eaque avait un mauvais pressentiment...
« Et si je demandais à un des employés de me ramener ?
- Minos ne t'a rien dit ? Nous leur avons donné congé pour la semaine, le temps de s'occuper de certains détails qui ne nécessitaient pas leurs présences ici. »
Un très mauvais pressentiment ...
« On dirait que je n'ai pas le choix. »
Rhadamanthe lui fit un sourire encore une fois dépourvu de chaleur. Sa gaieté apparente avait désormais quelque chose de féroce.
« Ne fais pas de manières, on ne va pas te manger. »
Eaque sentait qu'il devait revoir son jugement au sujet des monstres. Il n'était plus aussi certain qu'ils n'existaient pas et il avait l'angoissante impression de se retrouver piéger parmi eux.
À suivre...
