Suite et dernière partie de l'histoire.


Les premières lueurs annonçant l'aurore firent ouvrir ses yeux.

Il bailla et s'étira de tout son long dans son grand lit à baldaquin.

La nuit avait été à proprement parlé épouvantable.

Eaque avait entendu les lugubres plaintes surgissant de l'extérieur et avait aussitôt fermé les fenêtres. Il avait beau se dire que c'était le vent qui soufflait dans des cavités souterraines, le son ressemblait terriblement à des plaintes d'âmes tourmentées tout droit surgit de l'Enfer.

Pas étonnant que ce lieu faisait fuir les gens.

Ajouter à cela qu'entre plusieurs cauchemars peuplés de monstres hideux, il s'était réveillé à plusieurs reprises dans la nuit en entendant des bruits étranges devant la porte de sa chambre.

Ne pouvant pas fermer la porte, car la clé était manquante, il avait prit la précaution de verrouiller la porte de l'intérieur en se servant d'une chaise contre la poignée pour en bloquer l'accès.

De très nombreuses fois, il s'était réveillé en sursaut en croyant entendre la poignée être forcée, mais à présent, il n'aurait plus su dire s'il s'agissait aussi de rêves ou si cela correspondait à la réalité.

Heureusement, tout cela allait bientôt prendre fin et il pourra quitter cet endroit maléfique pour se rendre...

Eaque réfléchit.

Il ne savait pas où exactement.

De son manque d'amour et d'affection durant son enfance, il avait gardé un vide en lui que la plupart des autres personnes ne pouvait pas comprendre. Il espérait le combler en partie avec cette promesse de richesse.

Il s'habilla à la lumière naissante et distingua la brume matinale qui s'élevait sur le lac. Il put à présent apprécier le mobilier de la chambre que Minos et Rhadamante lui avaient confié. Comme les leurs, elle se trouvait au premier étage et celle-ci était richement décorée.

De belles tapisseries anciennes représentant des scènes guerres et des batailles recouvraient la pierre des murs.

Il aperçut des hommes en armures avec des auréoles au-dessus de leur tête. Des chevaliers ? Des Saints ? Ils affrontaient vaillamment des créatures véritablement monstrueuses. Des êtres effroyables issus de l'imagination débordante et malsaine d'un artiste de l'époque.

Il toucha délicatement ce témoignage fantaisiste du passé.

Dans ces scènes, il y avait également présents des animaux fantastiques issus du folklore mythologique de ce pays. Des licornes, des dragons, ... et au-dessus de la bataille planaient majestueusement trois animaux qui occupaient une place centrale dans ce récit d'un autre temps. Une vouivre, un griffon et... un autre qui lui faisait penser à un être fabuleux issus de sa propre mythologie. Un homme avec des ailes et une tête d'oiseau.

Eaque sourit.

« Que fais-tu donc ici, Garuda, roi des cieux ? » s'exprima-t-il à haute voix dans sa langue natale.

La tapisserie bougea, comme soulevée par un souffle de vent. Le népalais écarquilla les yeux. La fenêtre était pourtant fermée. Avait-il des hallucinations ? Étaient-ce les restes de la somnolence matinale qui lui jouaient des tours ou bien ce lieu était-il vraiment maudit ?

Il préféra ignorer la réponse.


Eaque sortit de sa chambre et suivit le couloir menant jusqu'aux escaliers. Ils étaient plus hauts que tous les autres escaliers qu'il avait eu l'occasion de voir dans sa vie et bien plus beaux. Parés d'un superbe tapis rouge, ils vous donnaient l'impression d'être quelqu'un d'important en l'empruntant.

Les deux autres héritiers étaient sûrement déjà en bas en train de prendre le petit-déjeuner comme ils lui en avaient parlé la veille au soir.

Il s'apprêta à descendre les marches, quand il sentit quelque chose le retenir au niveau de ses mollets. Il plongea en avant la tête la première et vit sa courte vie défiler devant ses yeux.

Juste avant l'impact, il eut la vivacité d'esprit de tendre une main sur le côté pour se retenir aux barreaux de la balustrade.

Il y eut bel et bien un choc, mais celui-ci fut largement amoindri et en dehors du fait d'avoir quelques hématomes, il n'avait rien de cassé.

Le souffle court, il se retourna et remonta les quelques marches qui le séparaient du premier étage pour apercevoir comment il avait pu trébucher ainsi.

Il vit sur le sol un fil transparent. Il n'était pas attaché, mais Eaque comprit vite qu'il avait été placé de telle manière à ce qu'il le soit suffisamment pour le retenir, mais pas assez pour rester fixer une fois qu'il s'y était pris les pieds dedans.

Une bouffée de haine monta en lui.

Cela n'allait pas se passer comme ça. Tant pis pour les belles manières, il était grand temps de se confronter directement au problème.

Il descendit en trombe les escaliers et entendit des voix provenir du réfectoire. Minos et Rhadamanthe étaient tranquillement en train de déjeuner, assis à une grande table et lui firent un signe en le voyant arriver. Le népalais s'arrêta juste devant Minos.

« Eaque, j'espère que tu as bien dormi. » dit ce dernier.

Pour toute réponse, il reçut le fil transparent à la figure.

« J'ai trouvé ceci en chemin.

- J'imagine que je dois te remercier. Je ne savais plus où je l'avais égaré... »

D'un geste vif, Eaque le saisit au col avec ces deux mains et l'obligea à se relever. Il fulminait, son visage tout proche du sien.

« C'est terminé, ces conneries ! Si vous croyez que je vais me laisser faire sans me défendre, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil. »

Rhadamanthe resta à sa place, se contentant d'observer la situation en buvant tranquillement sa tasse de thé, mais Minos perdit son sourire et lui lança un regard glacial.

« Lâche-moi ! ordonna-t-il.

- Non !

- Je t'ai dit de me lâcher! » cria Minos.

D'un coup sec, Minos ferma ses poings et les tira vers le bas. Aussitôt, son adversaire lâcha prise et se retrouva projeté sur le sol. Eaque se rendit compte que ses poignets avaient été liés par le fil transparent.

Quand et comment avait-il fait cela sans qu'il s'en rende compte ? Était-il magicien ?

Minos devait posséder une habilité exceptionnelle pour être parvenu à le ficeler ainsi sans se faire repérer.

Ce dernier l'observa de haut et secoua la tête comme s'il se sentait désolé pour lui.

« Ecoute, je ne sais pas ce que tu t'es imaginé, mais visiblement, tu fais erreur.

- Ah oui ? Et tu crois sans doute que je vais avaler ça après tout ce qu'il s'est passé.

- De quoi parles-tu ? demanda Minos.

- J'ai failli mourir trois fois depuis que je vous ai rencontré. Comment appelez-vous cela ?

- Sans doute un manque de chance. Tu sembles en être coutumier...»

Rhadamante fit un bruit étranglé en buvant sa tasse. Il se retenait à grande peine de laisser paraître toute forme d'hilarité en cet instant.

« Te fous pas de moi, ordure ! »

Eaque se débattit de toutes ses forces pour se libérer, mais le fil était noué de façon à se serrer davantage en y exerçant une pression. Il commençait à s'entailler la peau.

« Calme-toi et je te libère. »

Minos se saisit d'un couteau posé sur la table et s'approcha de lui avec un sourire étrange.

De son côté, Rhadamanthe s'était levé et s'avança vers eux.

Que faisaient-ils ?

Le souffle saccadé, le népalais recula devant ce nouveau danger. Tous ses sens étaient en alerte. Ils allaient l'acculer, l'attraper et le tuer. Eaque savait se battre, il avait appris seul avec d'autres enfants de l'orphelinat et s'était révélé être autodidacte et excellent dans ce domaine, mais les poignets ainsi prisonniers, il n'avait aucune chance face à ces deux hommes.

Il ne voulait pas mourir. Pas maintenant, alors qu'il était sur le point d'avoir enfin une vie meilleure.

Il se retourna et se mit à courir précipitamment le long d'un grand couloir.

« Attends! »

Derrière lui, il entendit les deux autres héritiers lancés à ses trousses.

Pas question de ralentir, il força l'allure en espérant trouver une issue, mais il arriva droit dans un cul-de-sac. Il ouvrit à la volée une des portes à proximité et se précipita à l'intérieur.

Il heurta de plein fouet un obstacle et trébucha avant de s'écrouler sur le sol.

L'obstacle en question poussa un juron.

Les frères arrivèrent à cet instant et se figèrent.

Il y avait un intrus dans le château. Celui-ci tenait à la main deux tableaux de maître.

« DeathMask » s'écria Rhadamanthe.

- Qui ça ? » demanda Eaque en se relevant tant bien que mal avec ses poignets toujours ligotés.

Le britannique durcit son regard.

« Un voleur de renommé internationnale et un meurtrier. Reconnaissable avec son masque à tête de mort. Il arrache et collectionne le visage de ses victimes.» lui répondit-il.

L'homme dont il était question pencha la tête sur le côté.

Il arborait un masque effrayant qui dissimulait parfaitement son visage. Aiacos en aurait frémi s'il n'avait pas déjà eu tant d'émotions fortes.

« Vous n'étiez pas censé être là. dit le voleur dans un faible murmure.

- Comment ? »

L'individu lança avec force les tableaux sur Minos et Rhadamanthe et profita de l'effet de surprise pour saisir Minos, lui prendre son couteau et le menacer en le plaçant directement sous sa gorge.

Le voleur se mit à rire.

« Cela fait plusieurs jours que je guette cette demeure. C'était facile, il n'y a pas de gardien et le personnel est absent. Elle était aussi censée être vide aujourd'hui pour que je puisse faire le grand nettoyage. Au lieu de quoi, je me retrouve en charmante compagnie. »

Les trois hommes retinrent leurs souffles. La tension était palpable.

« On va bien s'amuser tous les quatre. Vous allez m'aider à rassembler les objets de valeur. Si vous êtes serviables, je vous laisserai peut-être la vie, mais en attendant, ne vous avisez pas de faire les malins avec moi ! »

Rhadamanthe fit un pas en avant, dans l'espoir insensé d'aider son frère qui ne pouvait malheureusement rien tenter contre son agresseur.

DeathMask lui cria dessus.

« Hé, l'armoire à glace, j'ai dit de ne pas faire le malin ! Si vous tentez quoi que ce soit, je lui ouvre la gorge. »

DeathMask enfonça très légèrement la lame dans le cou de Minos et un mince filet de sang s'en échappa.

De toute évidence, il ne plaisantait pas. Sa victime n'osa rien faire de peur qu'il mette sa menace à exécution. Il poussa seulement un gémissement en sentant la morsure de la lame.

Son frère recula en poussa un grondement sourd.

« Bien. Et maintenant vous... »

Un formidable coup de pied atteignit le voleur en pleine tête et passa à un dixième de millimètre du visage de Minos dont le vent souleva les mèches de cheveux qui recouvraient ses yeux.

Le choc avait fait lâcher le couteau à l'agresseur et son masque arraché avait volé loin derrière lui. Du sang s'échappa de son nez et coula le long de son visage qui était à présent découvert.

Aiacos se tenait devant lui, les poignets toujours entravés, mais prêt à en découdre.

Minos en avait profité pour ramasser le couteau et s'éloigner vers son frère, le temps de se ressaisir, tout en massant son cou endolori.

Il était désormais tous les trois face à un individu aux cheveux bleus.

« Dommage. Oui, dommage pour vous, car vous avez vu mon visage, alors je ne peux pas vous laisser vivre. Les vôtres iront tenir compagnie à ceux de mes autres victimes.»

Il sortit une arme à feu de sa poche et la pointa sur Eaque avec une expression cruelle.

« On se reverra en Enfers ! Toi, tu vas y passer en premier, espèce de sale... »

Eaque en avait prodigieusement assez d'être en permanence sur le point de mourir depuis qu'il était venu ici. À présent qu'il avait frôlé la mort à plusieurs reprises, sa situation lui paraissait moins épouvantable même si c'était loin d'être le cas, alors s'il devait vraiment quitter cette Terre, ce ne serait pas sans se battre.

Une poussée d'adrénaline lui traversa les veines.

Il s'élança avec rapidité sur son adversaire et entendit une détonation. Un bond sur le côté juste avant l'impact lui avait permis d'esquiver la balle et seul son vêtement s'était déchiré.

Eaque comprit qu'il était plus vif que cet homme.

« Trop lent. » le nargua-t-il.

Avant que le deuxième coup ne parte, il arriva à sa hauteur et lui donna un coup de coude sur le menton avant de l'agripper par le cou et de le faire basculer au-dessus de lui pour le renverser sur le sol.

Le choc fut plus rude que ce qu'Eaque avait imaginé lorsqu'il entendit un craquement.

Choqué, il comprit vite que son adversaire ne se relèverait plus.


Un silence de mort s'abattit dans la pièce où les trois hommes restant se jaugèrent.

Armé de son couteau, Minos s'avança doucement vers Eaque en levant sa main libre vers lui en signe d'apaisement.

« Laisse-moi t'aider ! »

Il se méfia, mais ne chercha plus à s'enfuir ou se battre. Il tendit ses poignets entravés à Minos et ce dernier, d'un geste rapide et mortellement précis, coupa net le fil qui le retenait.

Enfin libre.

Le népalais palpa sa chair meurtrie, ne sachant plus quoi faire, ni quoi croire. Les derniers évènements lui avaient complètement échappés.

Même en état de légitime défense, il avait tué un homme.

Il se sentit désemparé et s'adossa contre le mur le plus proche, se prenant la tête entre les mains.

Rhadamanthe et Minos se dirent quelques mots, à peine des murmures, puis s'approchèrent de lui.

« Nous t'avions mal jugé. Malgré les risques, tu as sauvé la vie de mon frère et peut-être aussi la mienne. Tu es quelqu'un de bien, digne de faire partie de la famille. » dit le britannique.

Il lui donna une petite tape amicale sur l'épaule.

Eaque le regarda à peine, toujours égaré dans une mer d'incertitudes.

À son tour, Minos se plaça à côté de lui.

« Tu sais, je pense sincèrement que les choses vont s'améliorer pour toi. »

Eaque eut un sourire désabusé. Il ne voyait pas comment. Il n'était toujours pas certain de la sincérité des deux hommes ni de leur intention à son égard. Il allait certainement finir en prison. Les lois du pays n'autorisaient pas à faire justice soi-même. Son destin s'annonçait funeste.

Comment en était-il arrivé là ?

Il voulait simplement avoir une vie meilleure et maintenant...quel immense gâchis.

Minos le sortit de ses sombres pensées en lui caressant le visage et l'incita à regarder dans la direction qu'il lui indiquait.

Il lui montra un tableau toujours accroché au mur représentant un homme austère aux cheveux longs et noirs comme la suie.

« Regarde, c'était notre oncle. »

Eaque observa l'homme peint avec une certaine animosité.

« C'est donc à lui que je dois tous mes malheurs ?

- Ce n'est pas aussi simple. Je suppose qu'il a fait ce qui était nécessaire pour te protéger et surtout pour t'endurcir. C'était un homme dur, mais juste. Depuis notre enfance, il nous a formé, moi et mon frère et nous a toujours ordonné de protéger ce lieu et cela, quel qu'en soit le prix. C'est uniquement dans ce but qu'il nous a tous inscrit sur son testament. C'est notre bien, notre héritage... notre mission. Nous ne devons pas nous en séparer. Jamais ! Nous devons être unis, tu comprends ? »

Eaque tourna la tête vers Minos. Il avait la mine grave et l'ombre d'une menace planait dans ses paroles.

« Je … je pense que oui. Je comprends. »

Son interlocuteur parut soulagé.

« Très bien. »

L'attention du népalais se figea à nouveau sur la dépouille du meurtrier, ainsi que sur les terribles conséquences qui en découleraient.

« De toute façon, tout ça n'a plus d'importance. J'ai tué un être humain et je vais finir en prison. »

Minos ramassa un bout du fil coupé sur le sol et joua avec, tout en souriant à son affirmation.

« En prison ? Pourquoi ? Il ne s'est rien passé ici !

- Quoi ? Mais...

- Les choses vont s'améliorer pour toi. » répéta Minos.

Il fit un demi-tour sur lui-même et toisa son frère.

« Rhadamanthe, s'il te plaît, peux-tu faire le ménage ? »

Ce dernier poussa un soupir.

Il ramassa le masque et l'arme à feu et s'approcha du cadavre. Sans l'ombre d'une hésitation, il replaça ces deux objets sur leur propriétaire légitime puis le saisit par les bras et commença à le traîner sur le sol.

Rhadamanthe s'exécutait comme si la situation n'était pas inhabituelle et qu'elle ne l'affectait en rien.

Eaque plissa les yeux.

« Ce n'est pas la première fois que cela arrive, n'est-ce pas ? »

Minos lui lança un regard énigmatique accompagné d'un sourire en coin.

« Je te l'ai dit, nous défendons ce lieu, quel qu'en soit le prix à payer. Personne ne doit le menacer. C'est d'une importance extrême...même vitale.

- Mais pourquoi ? Pourquoi est-ce si important pour vous ?

- À cause de la mission qui nous a été confié par notre oncle.

- Quelle mission ? »

Minos hésita sur sa réponse.

« En protégeant ce lieu, nous les empêchons de remonter. »

Malgré toutes les émotions qu'il avait eu jusqu'à présent, un frisson lui parcourut l'échine.

« Qui est-ce que vous empêchez de remonter ? demanda-t-il, ne sachant pas s'il voulait vraiment connaître la réponse.

- Pas ''qui'', mais ''quoi''!

- Tu es trop bavard, Minos ! le rabroua son frère.

- Désolé. »

Levant les yeux au ciel, Rhadamanthe reprit sa tâche de déplacer le corps vers la sortie.

Loin d'être rassuré par ce semblant d'explication, Eaque ne savait plus quoi faire. Même s'il évitait la prison grâce aux autres héritiers, il ne pouvait plus exiger la vente de ce domaine. Il était coincé, perdu.

« Qu'est-ce que je vais devenir à présent ? »

- N'est-ce pas évident ? Tu restes avec nous. Ne t'inquiète pas, désormais, tu es en sécurité. Je te promets que tu ne seras plus jamais seul et que tu ne manqueras plus de rien. »

Sur ces mots, ses bras s'enroulèrent autour du cou d'Eaque comme un serpent cherchant à étouffer une proie, le rapprochant pour un baiser.

De par sa fine bouche aguichante, il devait certainement lui inoculer du venin pour le paralyser, sans quoi, Eaque l'aurait certainement repoussé. Mais alors, pourquoi l'attirait-il en retour contre son torse et pourquoi répondait-il aussi promptement à son baiser ?

Il ne se l'expliquait pas à lui-même.

Rhadamanthe détourna chastement le regard, mais sourit en voyant son frère aussi avide d'une personne.

« C'était quoi, ça ? demanda Eaque en reprenant son souffle.

- Un avant-goût pour plus tard. » lui répondit malicieusement Minos, la luxure teintant ses yeux dorés.

Il lécha sensuellement un mince filet de salive resté sur le coin de sa bouche.

Eaque déglutit devant cette vision. Cet homme était la tentation incarnée.

« C'est parce que je t'ai sauvé la vie ou parce que je te plais ?

- Les deux, assurément. »

Minos effleura à nouveau les lèvres de son futur amant avant de se reculer.

« Bienvenue chez toi, Eaque. »

''Chez lui''...combien de fois avait-il rêvé d'entendre ces quelques mots si banals pour la plupart des gens.

Il avait un foyer.

Ce vide en lui allait peut-être finir par être comblé et un jour, qui sait, disparaître complètement.

À l'extérieur, ils entendirent le bruit des graviers qui s'entrechoquèrent sous la masse inerte que tirait Rhadamanthe.

Les monstres existaient et désormais, il était l'un d'eux.


Fin.


Merci beaucoup pour votre lecture de cette histoire écrite à l'occasion d'Halloween et n'hésitez pas à me faire part de votre avis.

Je remercie aussi "Saga" pour son commentaire. ^^