Je dédie ce chapitre à Ashley A. Anderson, qui a commenté la dernière fois. Voici une suite que j'ai imaginé à la première publication.
Chapitre II
Pliant la dernière page du journal, Marinette resta interdite pendant un moment, les yeux fixés sur le cahier devant elle.
C'était une chose bien peu attrayante. La couverture était certes faite de cuir, mais d'un vieux cuir desséché dont deviner l'âge serait indécent. Si l'extérieur était laid, l'intérieur n'avait rien à lui envier. Les pages étaient toutes jaunies, et une odeur de vieux papier s'en dégageait.
Marinette songea que la propriétaire du journal ne devait pas en prendre beaucoup soin … Contrairement à elle-même, qui dessinait sur son journal, lui cousait des couvertures en dentelle, et qui le mettait bien en sécurité dans une boite dont elle seule avait la clé. Elle, qui pourtant avait très peu de choses à cacher – d'un certain point de vue, car du reste …– prenait toutes les précautions pour qu'on ne puisse pas trouver son petit nid de secrets… On aurait pu s'attendre à ce qu'une mythomane compulsive comme l'était Lila Rossi prenne au moins autant de précautions, sinon plus, pour s'assurer que personne ne mette jamais les mains sur son propre journal.
Mais ce n'était visiblement pas le cas.
Marinette avait trouvé le pauvre journal sur un bureau, dans une classe vide, en fin de journée ... Croyant que quelqu'un l'avait oublié, elle l'avait pris pour éviter qu'il ne se perde ou que quelqu'un le vole. Elle avait voulu le mettre dans le bureau du directeur comme cela était la procédure en ce qui s'agissait des objets trouvés, mais ce dernier était fermé. On lui avait dit de le prendre avec elle, et de le remettre quand elle le pourrait … Mais arrivée à la maison, et après avoir terminé de faire ses devoirs, elle avait senti l'ennui la tarauder.
Alors, sans rien de mieux à faire, elle s'était laissée tenter par l'envie de savoir ce que contenait le journal.
Assise à son bureau, elle l'avait sorti de son sac au pied de sa chaise, et s'était mise à le lire.
Au départ, elle s'était dit que c'était seulement pour savoir à qui il appartenait, pour qu'elle puisse le remettre au propriétaire en personne plutôt que de devoir passer par l'administration. Puis, au fil des pages, elle s'était laissée emporter par une curiosité maladive et avait tout lu, absolument tout, jusqu'à la dernière page.
Grognant, elle jeta sa tête sur la table et tira sur ses couettes en bougeant ses pieds sous son bureau.
Comment allait-elle pouvoir faire face à Lila après ça ? Comment ?
« Marinette, tu devrais aller dormir maintenant, » lui disait la raison. « Ruminer comme ça n'a aucun sens, surtout à cette heure. Demain, tout s'éclairera. La nuit porte conseil. »
Regardant par la fenêtre de sa chambre rose, Marinette vit, qu'effectivement, il faisait sombre dehors.
Elle bailla, la bouche grande ouverte, n'aillant même pas assez d'énergie pour se la couvrir …
Elle devait vraiment aller dormir.
Peut-être que, demain, elle se réveillerait pour découvrir qu'elle avait tout rêvé …
Ou pas.
…
Le lendemain, dans la cour du collège, on pouvait apercevoir une Marinette Dupain-Cheng plus à fleur de peau qu'à l'accoutumée.
La raison était toute simple : Alya n'était pas là. Elle était apparemment malade. Oh, rien de grave … Juste un rhume, un tout petit rhume tout innocent, attrapé parce que la blogueuse aimait trop embrasser son copain avec la langue, même si ce dernier était malade. Mais si ce n'était pas un rhume très grave, c'était tout de même un rhume qui tombait mal, très mal …
Marinette aurait voulu lui parler du journal de Lila, qui présentement logé dans son sac entre son livre de biologie et son cahier d'histoire, pesait plus lourd que la bibliothèque nationale au complet … Ou du moins, c'était ce que ressentait la jeune fille.
Mais si sa meilleure amie était absente, sa pire ennemie, elle, était là comme d'habitude.
Entourée d'une horde d'admirateurs masculins, on pouvait voir la célèbre Lila Rossi, assise sur un banc, en train de jouer avec ses longs cheveux bruns et rire à gorge déployée …
Gorge dans laquelle elle s'insère des doigts quotidiennement pour se faire vomir
La pensée refroidit instantanément Marinette, et au lieu de sentir l'irritation habituelle à la vue de tous ces nigauts qui avaient la stupidité de croire Lila sur parole tout le temps, elle sentit une vague de pitié la traverser.
Les rires de Lila étaient faux, son sourire aussi … Et pour la première fois depuis qu'elle la connaissait, Marinette regarda Lila, la vraie Lila.
Car comme les autres, avant qu'elle ne lise son journal, elle n'avait vu que l'image que Lila voulait bien lui donner d'elle-même.
Elle remarqua par exemple, pour la première fois, qu'en cours comme durant la pause, que Lila n'était jamais celle à approcher les autres, mais plutôt l'inverse. Les gens venaient la voir pour lui faire des compliments, lui poser des questions, faire sa connaissance … Et pourquoi le faisaient-ils ?
Parce que Lila était jolie, vraiment jolie, la plus jolie fille de l'école même …
Voyant la taille fine et les jambes presque squelettiques de sa rivale, il était difficile de croire pour Marinette qu'une fille avec une telle silhouette ait pu un jour être en surpoids, et il lui était encore plus difficile de penser qu'en voyant un tel corps tous les jours dans le miroir, on puisse se trouver laide ou trop grosse …
Pourtant c'était écrit noir sur blanc – enfin, sur jaune, vu l'état du papier – si on voulait bien regarder dans le sac-à-dos de la future styliste.
Ça coutait toute la patience et le bon sens du monde à Marinette de reconnaitre que cette fille qu'elle détestait tant n'était pas pourrie jusqu'à la moelle … Elle ne savait pas quand le texte avait été rédigé précisément, et peut-être que Lila avait changé de position depuis le moment où elle avait écrit ses confessions … Si c'était le cas, Marinette serait très contente.
Mais elle avait du mal à y croire.
Assise au fond de la classe, regardant d'un œil envieux la jeune fille aux longs et beaux cheveux bruns et aux brillants yeux verts rire avec et faire rire Adrien et Nino, Marinette fantasma une minute sur le sentiment qu'elle se procurerait si elle mettait sous leur nez, sous le nez de tout le monde en fait, le journal de cette menteuse … Pour leur montrer que derrière cette façade apparemment inaltérable de confiance et de joie de vivre se cachait en réalité une petite sourie grise avec une estime de soi qui touchait presque le sol …
Soupirant, la jeune fille secoua la tête en chassant cette idée cruelle, fruit seulement de la jalousie de ne pas être celle qui riait avec Adrien …
Evidemment qu'elle n'allait jamais faire une chose pareille, jamais … Elle n'était pas comme Lila, d'aucune façon qui soit. Elle ne se permettrait jamais d'étaler les secrets les plus profonds d'une personne sur l'espace public.
Elle avait un grand respect pour la vie privée, après tout. Et le fait qu'elle ait lu le journal intime de quelqu'un lui causait déjà assez de gêne vis-à-vis d'elle-même, alors elle n'osait s'imaginer la honte si elle devait le révéler au reste du monde, et encore plus à la personne concernée…
Ce qui l'amenait à penser à la façon avec laquelle elle allait bien pouvoir rendre le journal à sa propriétaire … Maintenant qu'elle l'avait lu, elle n'avait plus le cœur de le mettre dans un tiroir dans le bureau du directeur … Cela serait comme mentir, comme dire qu'elle s'était montrée vertueuse tout du long, alors qu'en fait … Non, elle ne pouvait plus suivre le bon chemin. Puisqu'elle avait choisi de commencer cette histoire salement, il allait falloir qu'elle la termine de la même façon.
Marinette voulait remettre son journal à Lila les yeux dans les yeux, en personne, en lui avouant ce qu'elle avait fait… Elle allait peut-être se faire gifler, insulter, mais cela ne lui importait guère, cela la soulagerait, même, de voir que Lila était vraiment aussi crapuleuse qu'elle l'avait toujours pensée.
Elle avait un plan clair et précis en tête : cette après-midi, à la fin des cours, elle allait se débrouiller pour coincer Lila dans un coin à l'abri des regards et lui remettre son journal intime finalement.
Mais la volonté d'exécuter son plan se retrouva ébranlée par un détail, un tout petit détail…
Pendant un cours, elle s'était tachée les mains avec de l'ancre bleue. Alors, quand le temps de la pause vint, elle se dirigea vers les toilettes.
En y entrant, et après avoir refermé la porte derrière elle, Marinette nota qu'il n'y avait personne à l'intérieur.
Nonchalamment alors, elle se dirigea vers les robinets et en ouvrit un pour commencer à l'aide de l'eau et du savon l'ardue tâche que constituait le lavage d'une peau souillée par de l'ancre colorée …
Alors qu'elle était absorbée par la tâche, elle entendit une chasse d'eau, mais elle n'y prêta pas attention.
Or, lorsqu'une porte s'ouvrit, et qu'elle vit grâce au miroir le reflet de la personne qui sortait, elle se tendit toute entière. C'était quelqu'un qu'elle connaissait … Quelqu'un qu'elle ne connaissait désormais que trop bien, murmurait le journal dans son sac.
Elle baissa les yeux, rougissant, et se concentra sur le lavage de ses mains. Mais comme pour la narguer, cette personne se mit à l'évier juste à côté du sien pour se nettoyer les mains à son tour.
Marinette était bien décidée à ne lui accorder aucune attention, aucune de chez aucune, car elle n'était pas comme les autres, car cette peste ne le méritait pas … Cette satanée peste anorexique.
Anorexique
Même le mot était squelettique. Pas de G, pas de M pour l'arrondir … Juste un petit O piégé entre un méchant N et un oppressif R.
Malgré sa bonne volonté, cependant, elle ne put s'empêcher de regarder les mains de son ennemie alors que cette dernière se les lavait. Les doigts de Lila étaient longs et fins… Marinette se demanda si Lila les avait utilisés pour se faire vomir ou non, maintenant … Après tout, elle sortait des toilettes. Ces beaux longs doigts manucurés le long de cette gorge délicate, pour provoquer une membrane sensible et régurgiter le déjeuner et le petit-déjeuner …
- Tu aimes ce que tu vois, Dupain-Cheng ?
Sortant abruptement de sa rêverie, Marinette leva les yeux et vit que l'autre fille la regardait avec un sourire provocateur.
- Tu rêves, Lila, marmonna-t-elle avec moins d'énergie que d'habitude.
Elle n'avait plus le cœur à se quereller avec Lila, surtout maintenant qu'elle savait que son ennemie la prenait pour une double imbécile. Imbécile d'abord de croire qu'elle avait pu voir à travers le masque de Lila, et imbécile une seconde fois d'avoir été manipulée par Lila malgré tout ce qu'elle savait d'elle … C'était parce qu'elle s'emportait souvent et qu'elle était trop émotionnelle que Rossi réussissait si bien à se jouer d'elle.
- Tu peux bien parler, Marinette, dit Lila alors qu'elle sortait un rouge à lèvres de son sac à mains. Toi, tu rêves tout le temps …
Alors qu'elle se tapissait les lèvres avec le bout du bâtonnet rouge, traçant la ligne fine du contour de sa bouche, elle regardait méchamment sa camarade aux yeux bleus, cette camarade qui regardait ses mouvements avec attention … Depuis quand Lila bougeait-elle avec autant de langueur ?
- Tu rêves d'Adrien, disait-elle en se maquillant, tu rêves d'avoir autant d'amis que moi, tu rêves d'être aussi jolie que moi … Tu n'es rien d'autre qu'une petite envieuse qui pète plus haut que ses fesses.
- Tu n'as pas d'amis, répliqua Marinette en fronçant les sourcils.
La mythomane pressa alors ses lèvres ensemble, étalant le maquillage sur toutes leur surface, puis elle fit un « Pop ! » sonore et sourit à son reflet dans le miroir.
- Oh tu crois ? lui demanda-t-elle.
- Ces gens qui viennent te parler juste parce que tu es jolie ne sont pas tes amis. Ça, ce n'est pas de l'amitié …
Pour la première fois depuis longtemps, Lila Rossi hésita à répondre une minute. Puis, réalisant que c'était Dupain-Cheng qu'elle détestait qui lui avait cloué le bec, elle rejeta ses cheveux en arrière d'un geste prétentieux et sourit de nouveau.
- On ne doit pas avoir la même définition de l'amitié … Au moins, quoique je leur demande, ils le feront, ils me croiront tout le temps … Ils sont à mes pieds ... Tu ne peux pas en dire autant pour toi, n'est-ce pas Marinette ? Car toi, qui te regarde ? Qui t'aime ? À part cette asociale aux cheveux mal-coiffés et hanches larges comme la base du Mont-Blanc qui te sert de meilleure amie, tu n'as vraiment personne…
- N'insulte pas Alya ! Elle vaut milles fois plus que toi ! s'emporta soudain Marinette.
Un demi-sourire peignit les lèvres rouges de Lila.
- Ah vraiment ? lâcha-t-elle comme un chat qui s'apprête à griffer. Mais je ne l'ai pas insultée, Dupain-Ching-Chong, j'ai juste dit qu'elle était moche et grosse … On pourrait éradiquer la faim en Afrique rien qu'avec la graisse de ses cuisses, chérie, et ça, ce n'est pas un mensonge !
Marinette serra les poings et les dents. Lila ne disait la vérité, du moins sa vérité, que quand c'était blessant.
- Tu ne répliques pas ? s'étonna l'Italienne. Chat Noir a volé ta langue ?
- Pourquoi tu essayes d'être si méchante ? lui demanda soudain Marinette, fermant d'un geste énervé le robinet qui coulait toujours sur ses mains qu'elle ne lavait plus depuis qu'elle avait entamé sa joute verbale avec Lila.
- Je ne suis pas méchante, juste honnête … Il n'y a qu'avec toi que je peux être honnête, Dupain, tu devrais prendre ça pour un privilège, répondit-t-elle avec ce sourire en coin obstinément collé sur son visage.
Si la menteuse parlait avec autant d'assurance, son langage corporel soutenait plutôt l'inverse de ce qu'elle affirmait à haute voix. En effet, Lila se dandinait sur place, prenant une pose de mannequin chaque fois qu'elle passait d'un pied à un autre. Elle ne semblait pas capable de se tenir droite sur deux pieds … Était-elle nerveuse ?
- Non, répondit Marinette en secouant la tête. Arrête, Lila, arrête, ne te fiche pas de moi ! Tu me mens, répondit-elle, tu me mens autant qu'à toi-même …
Les yeux de Lila s'écarquillèrent et elle croisa les bras. Ses yeux verts lançaient des flèches enflammées à sa rivale.
- Ah ouais ? Et comment tu peux dire ça, la Chinoise ? Ton cerveau est sale, va le laver, il n'arrive plus à raisonner ! C'est sans doute la faute de la farine de ton obèse de père ! Boulanger, est-ce un métier ça !
- N'insulte pas Papa ! lâcha Marinette, trépignant sur place pour éviter de tendre la main … et faire une bêtise.
Mon père est au moins avec moi et il m'aime, ce qui n'est pas ton cas … aurait-elle voulu répliquer. Mais c'était trop dure, même pour une personne comme Lila.
- Ah ou quoi ? rigola Lila en se penchant du haut de ses talons vers l'autre fille, la toisant. Ou que me feras-tu Marinette ? Tu me frapperas ? Tu iras dire à tout le monde que je suis une menteuse ? Mais laisse-moi te dire une chose : quoique tu fasses ou dises, je te le ferais regretter …
Leurs visages n'étaient plus à présent qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, et Marinette pouvait voir toutes les nuances de couleurs dans les yeux de Lila, yeux qui n'étaient pas seulement verts, mais aussi bruns et miel … Elle avait de très beaux yeux. Mais la chose la plus fascinante dans ce savant mélange de couleurs qui pouvait être pris pour du simple vert à distance, c'était ce fond de feux d'artifices qui les faisaient pétiller … Des milliers d'émotions différentes y défilaient à la seconde, faisant briller ces superbes pupilles. Il y'avait de la colère évidemment, beaucoup de colère et de haine, de la jalousie aussi … et peut-être également, mais Marinette n'osait pas y croire, il y'avait aussi de la peur dans le fond des yeux de Lila.
Lila avait peur d'elle.
Soufflant pour dissiper sa propre colère, elle ferma les yeux un instant, et quand elle les rouvrit, elle avait un peu plus de confiance en elle.
- Et toi, tu ne regrettes jamais ? lui demanda-t-elle de but en blanc, la regardant droit dans les yeux.
Ainsi, elle put voir son ennemie flancher une minute face à sa maîtrise d'elle-même, maîtrise qu'elle n'avait pas l'habitude de montrer à Lila. Mais cet instant de doute ne dura guère, car la méchante fille répliqua aussitôt :
- Regretter quoi ? Je ne regrette jamais rien, je suis Lila !
- Regretter la vie que tu mènes, par exemple ? Cette vie où tu n'as que des suiveurs ou des ennemis, et dans laquelle tu es obligée de vampiriser les autres pour survivre …
Lila la regarda comme si elle venait de lui jeter à la figure son pire défaut. Et l'espace d'une seconde, Marinette put observer la vraie Lila, la personne vulnérable, si éloignée du monstre qu'elle prétendait être …
Mais, comme à son habitude, la Diva prétentieuse qui la mangeait de l'intérieur reprit le dessus, et un rire mauvais s'échappa des lèvres rouges de l'Italienne. Elle jeta à sa camarade de classe un regard emplein d'humour.
- L'amitié n'existe pas Ching-Chong, et même si elle existait, tu as raison sur un point elle n'est pas faite pour des gens comme moi…
- Mais je n'ai jamais dit ça ! s'insurgea Marinette, passant outre le fait qu'elle venait de se faire traiter de « Ching-Chong ».
- Mais tu l'as pensé, et c'est suffisant, ma chérie …
- Mais …
RIIIIING ! RIIIIING !
La sonnerie venait de retentir, et Marinette n'eut donc pas l'occasion de répondre proprement à Lila.
Cette dernière, ne voulant pas lui donner l'occasion de lui parler davantage, s'éclipsa aussi vite qu'elle le put en prétextant qu'elle avait des choses importantes à faire.
- C'est ça, pensa Marinette tout haut, pas dupe.
Pendant le reste de la journée, elle continua d'observer Lila, et elle remarqua que cette dernière était beaucoup plus froide avec les gens qui venaient l'aborder. Elle échangeait à peine un mot ou deux avec eux, et à la place de rire avec la longue file de ses soupirants et leur faire espérer ce qu'ils ne pourraient jamais avoir avec des sourires malicieux et des regards cajoleurs comme elle en avait l'habitude, elle se contentait simplement de les chasser d'un mot cruel ou d'un geste de la main, prétextant qu'elle voulait se concentrer sur ses cours …
Lorsque la dernière sonnerie retentit, signalant que la journée était terminée, Marinette sentit son cœur battre très fort dans sa poitrine à l'approche de la confrontation fatidique avec Lila.
Cette après-midi-là, elle rangea ses affaires plus rapidement que personne d'autre et sortit comme une furie.
Dehors, elle courut vers la porte de l'établissement, et se plaçant dans un coin à l'abri des regards, derrière un arbre, elle observa les élèves qui sortaient en meute, pressés de rejoindre leurs maisons ou d'aller s'amuser avec leur bande d'amis.
Marinette repéra ainsi Lila qui sortait en marchant devant un groupe de garçons qui la reluquaient en lui souriant et lui lançant des compliments, mais qu'elle ignorait royalement alors qu'elle avait la tête penchée sur son portable.
Quand la brune aux yeux verts se retrouva un peu seule, Marinette prit son courage à deux mains et se mit à marcher derrière elle, la suivant furtivement.
Elle ne l'espionnait pas, se disait-elle, elle ne faisait que la suivre en attendant de trouver un endroit loin de l'école, un endroit où aucun de leurs camarades ne pourraient les surprendre.
Mais Lila, ce jour-là, n'était visiblement pas d'humeur à s'isoler.
Premièrement, nota Marinette, elle se dirigea vers une boutique de vêtements dans laquelle elle entra et ressortit une demi-heure plus tard sans rien en avoir acheté. Puis, elle se dirigea vers une librairie de laquelle elle n'acheta que des livres à la couverture verte.
La suivant, se débrouillant pour ne jamais prendre le même trottoir et à se trouver à une distance raisonnable d'elle, l'héroïne de Paris se demandait quelles étaient les centres d'intérêts de son ennemie … Elle n'en avait pas beaucoup parlé dans son journal après tout … Il était évident que Lila ne s'intéressait à la mode que par mimétisme, que pour recevoir des compliments et être regardée, et non pas par passion comme Marinette pouvait le faire.
Finalement, et après plus d'une heure de poursuite, Lila se décida à rentrer chez elle. Marinette la suivit jusqu'à la porte de son immeuble, mais avant qu'elle ne puisse aller l'aborder, Lila referma la porte et rentra chez elle.
- Oh, mais c'est pas possible ! soupira-t-elle en en levant les yeux au ciel. Comment je suis sensée le lui rendre si elle ne m'aide pas !
De toutes façons, pensa-t-elle après coup, il était improbable que Lila accepte de lui parler tranquillement après la conversation animée qu'elles avaient eu le jour-même dans les toilettes … Si elle voulait lui rendre son journal sans la mettre dans l'embarras, et la faire parler de ses problèmes, il fallait que ce soit par le biais d'une personne que Lila ne côtoyait pas tous les jours, une personne qui lui était supérieure en un certain sens, comme un adulte ou encore … une super-héroïne.
- Marinette ! N'as-tu pas appris depuis la dernière fois ? pouvait-elle entendre d'une petite voix dans son sac. Utiliser le miraculous pour régler tes problèmes personnels n'a jamais mené à rien de bon !
- Mais Tikki ! lâcha l'adolescente en ouvrant son sac rose pour parler face à face avec son kwami. Les précédentes fois, je l'ai fait pour mon propre intérêt, mais là, il en va de celui de Lila …
- Mais Lila hait Ladybug, encore plus que toi-même, c'est impossible !
- Oui, mais ça fait longtemps, et la dernière fois que je l'ai vue avec mon masque, elle a dit qu'elle me pardonnait et qu'on pouvait être amies !
- Tu connais Lila, c'est une menteuse !
- Je sais … concéda-t-elle en soupirant. Je sais ça très bien Tikki, mais ai-je un autre choix ? Je sais que si je lui parle en tant que Marinette, elle n'acceptera pas de se confier … Avec Ladybug au moins, ça peut être pour une conversation sans lendemain, un échange libérateur sans aucune répercussion …
- Sans aucune répercussion, c'est ça ? dit Tikki en levant un sourcil sceptique. Permets-moi de douter de ton plan cette fois-ci Marinette. Tu as toujours été emportée et déraisonnable chaque fois que cela touchait à Lila, es-tu sûre que tu pourras te contrôler cette fois-ci ?
- Pas sûre, mais je peux essayer, proposa Marinette avec un petit sourire.
Roulant des yeux, Tikki finit par répondre :
- D'accord, va pour cette fois … Le principe de l'empirisme est d'apprendre sur le terrain, on verra ce que ça donne. Tu n'apprendras jamais rien si tu ne commets aucune erreur.
- Oh merci ! lâcha Marinette, même si elle était parfaitement consciente du poids de ce que venait de dire la petite boule rouge.
Seulement, elle voulait du fond du cœur aider Lila, et elle comptait utiliser tous les outils à sa disposition pour y arriver.
- Tikki, transforme-moi !
… Fin du Chapitre …
Note de l'auteur :
Franchement, ceci est juste un chapitre « test », une expérience que je mène. Je veux juste explorer toutes les nuances d'une relation amour-haine entre Lila et Marinette. Je ne compte pas y donner suite. Mais si ça vous plait, vous pouvez me le dire, ça fait toujours plaisir.
