Merci à HopeGiver7, Mathilde, Asheley A. Anderson et Justin d'avoir commenté le dernier chapitre. Ça fait vraiment plaisir de voir que cette histoire vous plait et continue de vous plaire.
Bonne lecture !
Chapitre V
Lorsque Lila entra pour la première fois chez Marinette Dupain-Cheng, elle fit de son mieux pour cacher sa peur.
Finalement, leur prof de SVT – cette vieille bique ! – avait tout bonnement refusé de faire le moindre changement quant aux binômes. Elle l'avait dit d'entrée de jeu, dès le début du cours suivant, ne laissant ni à Lila ni à aucun autre élève le temps de se plaindre ou d'essayer de la convaincre de la nécessité d'une modification.
Elle leur avait dit :
- Il faut savoir collaborer avec tous pour avancer. Si vous rechignez à travailler parce que l'autre personne vous déplait sur un plan personnel, vous n'arriverez jamais à rien dans le monde professionnel ! Prenez-le comme un avant-goût du monde des adultes !
Un avant-goût ! Mais l'entendez-vous ? Elle croyait sincèrement qu'elle leur faisait une faveur, l'imbécile. Pour ce qui est de rendre un service, c'était clairement perdu d'avance, mais si elle avait voulu irriter Lila, par contre, elle n'aurait pas pu s'y prendre plus brillamment.
La mettre avec la fille du boulanger, elle, une fille qui haïssait le pain ! C'était presque cocasse si on voulait être cruel…
La maison de Dupain-Cheng était ordinaire, un peu comme elle-même. Elle et sa famille vivaient au-dessus de leur boulangerie, qui contrairement à toute attente de la part de Lila, était bondée. Les gens, de ce qu'elle avait pu voir en passant, salivaient devant les pâtisseries et les viennoiseries du père de Marinette comme des hyènes devant la proie d'un lion. Elle pouvait les comprendre, elle aussi aimait manger des choses sucrées. Si elle en avait le droit, si elle s'en donnait le droit, elle pourrait manger des montagnes de sucreries … Mais elle ne voulait pas avoir à subir les remords. Et comment ne pas subir de remords en sachant que tout ce qui passe par les lèvres finit dans les hanches ?
En entrant dans la chambre de Marinette – rose, bien sûr, pensa-t-elle en roulant des yeux – elle fut frappée par sa taille. La pièce était grande, elle prenait un étage entier. Et elle était bien rangée… Tout était à sa place, les livres, le bureau, le lit … Elle avait un coin où dormir, un coin où étudier, et bien sûr, un coin où coudre …
Curieuse, Lila s'approcha de ce dernier et vit que sur un mannequin, il y'avait une très belle robe noire … Elle allait la toucher, quand soudain, la main de Marinette attrapa son poignet et la mena vers le bureau où elles devaient travailler à la place.
- Et on ne touche à rien, Lila, dit-elle en l'installant sur une des deux chaises près du bureau.
Lila croisa les bras et les jambes une fois assise, et regarda Marinette d'un air de défi.
- Ne rêve pas, j'allais me laver les mains après, lui dit-elle. Je ne voudrais surtout pas me souiller avec ton travail pitoyable.
- Merci de tes critiques constructives, mais j'ai déjà gagné un concours de mode dirigé par Gabriel Agreste. Plus personne ne peut me faire douter de mes capacités.
- Ah bon ? Mais tu aimes Gabriel Agreste ou son fils ? demanda Lila en montrant les photos d'Adrien en diverses tenues placardées sur les murs. Il faut choisir entre le père et le fils, tu sais.
Marinette rougit et se racla la gorge avant de sortir rapidement des feuilles et des crayons de couleurs d'un tiroir de son bureau. Elle les posa ensuite devant Lila d'un mouvement sec.
- J'aimerais en discuter avec toi, mais il faut travailler maintenant. Plus vite on aura terminé, plus vite tu pourras repartir. J'imagine que tu n'as pas envie de rester ici longtemps, n'est-ce pas ? demanda Marinette avec un sourire en coin.
Lila se contenta simplement de lever son nez dédaigneusement en l'air. Qu'est-ce qu'elle pensait ? Bien sûr qu'elle voulait se tailler au plus tôt !
- Alors, par quoi on commence ? lui demanda-t-elle en regardant les feuilles de papier.
- Je ne sais pas …, avoua alors Marinette en tapant le mot de passe de son ordinateur.
Regardant ses doigts danser sur les touches du clavier, Lila put lire ce qu'elle tapait.
AdrienModeMariage
Quel mot de passe facile ! Elle aurait pu le deviner en une seconde. Marinette ne pouvait rien cacher.
- Je pensais que nous pourrions faire des recherches avant. J'avoue que je n'y connais pas grand-chose en reproduction des plantes …
- Cela ne m'étonne pas, dit Lila en inclinant son dos sur le dossier de la chaise. Tu n'as pas l'air d'avoir la main verte, ni d'avoir de la curiosité…
- Ah ! lâcha Marinette, les yeux fixés sur l'écran de l'ordinateur alors qu'elle faisait des recherches. Tu parles comme si tu t'y connaissais !
- Mais bien sûr que je m'y connais ! affirma Lila.
Marinette tourna la tête pour la regarder dubitativement.
- Si c'est encore un de tes mensonges, ce n'est pas le moment !
- Contrairement à ce que tu penses, je m'intéresse à la botanique et aux plantes depuis longtemps ! Et en voici la preuve !
Lila se leva et alla chercher son sac qui était posé près de l'entrée de la chambre, elle en sortit deux livres et les jeta alors sur le bureau de Marinette. Se rasseyant, elle laissa à sa camarade tout le temps de lire les titres des ouvrages.
- « Botanique Biologie et physiologie végétales », « Reconnaitre pas à pas 700 plantes communes », lit cette dernière à haute voix.
Elle reconnut l'un des livres aux couvertures vertes que Lila lisait la dernière fois qu'elles s'étaient vu en dehors de l'école, et elle sut ainsi que son intérêt pour le sujet était sincère, et non pas feint. Lila disait vrai, elle aimait réellement les plantes.
- Alors, dit-elle en regardant le visage souriant et victorieux de Lila, j'imagine que c'est à toi que je dois demander ce qu'on doit faire.
- Si tu sais coudre, cela veut dire que tu sais dessiner, n'est-ce pas ? demanda Lila soudainement.
- Bien sûr, je dessine beaucoup, répondit-elle en hochant la tête.
- Ça tombe bien, l'informa-t-elle en s'aidant d'un crayon et d'un papier, parce que je compte sur toi pour tout ce qui est du dessein et des illustrations. Je vais te faire un croquis, et tu vas le redessiner au propre et ajouter les couleurs appropriées.
Sans plus tarder, Lila se mit à la tâche. Marinette, surprise, la regarda faire alors qu'elle se penchait sur le bureau, traçant des lignes rapidement.
- Et moi, pendant que tu dessines, que dois-je faire ? demanda-t-elle.
Sans lever les yeux de son croquis, Lila agita la main comme pour lui dire de débarrasser le plancher.
- Qu'est-ce que j'en sais moi ! Mais va ! Occupe-toi un peu de ta robe ! Elle a encore besoin de rajustements je crois ! dit-elle sans même la regarder.
- Mais tu m'appelles si je dois faire quoique ce soit, d'accord ?
- Oui, oui, maintenant laisse-moi tranquille ! dit-elle encore une fois sans la fixer.
Sans plus tarder, Marinette se leva et alla vers sa robe, laissant Lila gérer la situation. Elle se mit au travail alors, et regarda la robe.
C'était une robe de cocktail totalement noire, aux épaules dénudés mais au décolleté modeste. Elle était parsemée par des pierres noires et brillantes. Dans la noirceur de la robe et de la tulle qui la drapait, ces petites pierres étaient les étoiles d'une nuit sans lune.
C'était une fin d'après-midi, et le soleil se couchait à travers les volets. La lumière était donc médiocre et ne laissait pas l'œil ordinaire apprécier la beauté de cette robe. Cependant, et Marinette en était sûre, c'était le genre de vêtements qui ne pouvaient passer inaperçus sous l'éclat des projecteurs d'un défilé ou sous l'éclairage doré des lustres de cristal d'une salle de bal.
Elle était sûre que dès que le Jury allait voir cette robe, il allait la qualifier comme gagnante. Et là alors, bonjour l'école de mode !
Mais avant de porter les lauriers de la victoire, il fallait remporter la bataille. Et pour cela, Marinette devait coudre une à une chacune des pierres sur le tissu de la robe. C'était un travail de précision et de rigueur. Chaque pierre avait sa place qu'aucune autre ne pouvait remplacer dans cette constellation stylistique.
Alors qu'elle devait rester concentrée sur son travail, Marinette se retrouva malgré tout à jeter un coup d'œil à sa rivale de temps en temps, pour voir ce qu'elle faisait.
Lila, comme convenu, travaillait sérieusement et rapidement. Elle avait déjà fait deux croquis, et ne semblait pas prête à prendre une pause. Bien sûr, prendre une pause signifiait sans doute avoir à rester chez Marinette un peu plus longtemps, et ça, c'était inconcevable !
Déjà que Marinette avait eu du mal à la ramener chez elle, Lila ayant clairement montré son envie de travailler sur le projet à distance, parce que grâce à la technologie, il ne fallait plus être dans la même pièce pour travailler ensemble.
Mais Marinette avait insisté, et avait finalement réussi à la convaincre.
Son but premier en le faisant était de s'assurer que Lila n'allait pas la manipuler et la forcer à faire tout le travail à sa place, mais c'était aussi une occasion de passer un peu de temps en tête-à-tête avec l'Italienne.
Mais cette dernière semblait être une travailleuse solitaire, une personne sans besoin de communication, ce qui voulait dire que c'était à la modiste de faire le premier pas.
- Sinon, dit Marinette pour briser la glace alors qu'elle coupait un bout de tulle noire, pourquoi aimes-tu autant les plantes ?
Un silence accueillit sa question. Seuls les bruits du crayon contre le papier pouvaient être entendus alors que les deux jeunes filles se taisaient à présent. Marinette soupira et jeta l'éponge. Et puis, à quoi bon ? Si Lila ne voulait pas lui répondre ou lui accorder son attention, elle ne pouvait tout de même pas la forcer à s'ouvrir.
- Je les aime parce qu'il n'y a personne d'autre pour le faire, répondit Lila sans lever les yeux de sa feuille. Il y'a des millions d'associations pour défendre les animaux opprimés. Lorsqu'on frappe un chien ou un chat, les gens sont scandalisés … Mais lorsqu'on écrase une fleur sur le bord de la route par simple cruauté, ou qu'on coupe un pommier parce qu'il ne produit plus de fruits, personne ne réagit.
- C'est tout de même exagéré, répondit Marinette. Beaucoup de gens aiment les fleurs.
- Ils les aiment en surface, répliqua alors l'autre jeune fille. Tout ce qu'ils voient en elles, ce sont des pétales colorés et doux. Si les fleurs n'avaient pas charmé les hommes avec leur beauté, elles auraient été négligées. Parce qu'elles ne valent rien, et qu'appart leur apparence, elles n'ont aucun intérêt.
- Oh, je vois. Moi aussi je trouve que certaines plantes sont belles, mais je n'ai jamais cherché à savoir leurs noms ou leurs spécificités, et assez peu de personnes ne font pas comme moi. Dis-moi, pourquoi t'es-tu renseignée sur elles ? demanda-t-elle. Ces livres ont l'air assez compliqués, ça doit demander beaucoup d'attention et d'heures d'études pour les comprendre, ajouta-t-elle, juste au cas où.
Si elle voulait continuer à faire parler Lila, il valait mieux flatter son égo. C'était une stratégie caricaturale et vieille comme le monde, diraient certains, mais cela n'enlevait rien à son intrinsèque efficacité, efficacité que la réponse de Lila ne tarda pas à confirmer.
- Oui, ça doit sûrement demander beaucoup d'efforts pour des personnes qui ne s'y intéressent pas. Mais lorsqu'on est passionné, le travail n'est rien d'autre qu'un synonyme du mot « plaisir » … Toi aussi tu peux en témoigner, non ? Ne passes-tu pas des heures sur tes confections, et ne sens-tu jamais le temps passer ? La passion est le meilleur carburant qu'on ait pu trouver pour faire travailler les humains. D'ailleurs, demanda-t-elle en se tournant cette fois-ci vers Marinette avec un sourire presque taquin, pourquoi es-tu en train de coudre cette robe ? Tu as un événement particulier de prévu ?
- Oh … ! Eh bien, dit-elle en baissant les yeux, rougissante (pourquoi est-elle touchée par cette simple marque d'intérêt ?), c'est pour ma participation à un concours de mode. Les participants sont tous des lycéens de terminale, mais puisque M. Gabriel Agreste m'a recommandée, ils ont exceptionnellement accepté de me laisser concourir.
- Alors le thème est « tenue d'enterrement », j'imagine ? demanda-t-elle.
- Oh non ! s'exclama Marinette en jetant un nouveau coup d'œil à sa création. Le modèle de la robe laisse clairement deviner qu'elle est pour les soirées … N'est-ce pas ?
- Eh … Pas franchement, avoua l'Italienne avec une apparente sincérité, regardant la robe avec attention. Si je devais te juger, je t'aurais déjà mise hors thème. C'est assez laid pour une soirée, le noir …
- Mais c'est original ! Le noir est une très belle couleur, pourtant, on ne la retrouve presque nulle part. Et toi, tu aurais préféré quel genre de couleur à la place ? demanda Marinette en mettant les mains sur ses hanches, agacée.
- Du rose, de l'orange, du rouge … dit-elle. C'est plus frais et féminin que du noir.
- Trop tard, j'ai déjà commencé et le concours est dans deux semaines.
- Oh dommage, tu vas perdre … plaisanta-t-elle.
Croisant les bras, Marinette sourit et pour une fois, elle capta l'humour de Lila.
- Dommage, vraiment… Mais puisque tu sembles être si intelligente et si brillante, et que tu t'y connais tellement, viens m'aider à rattraper le coup, veux-tu ?
Elle s'attendait à moitié à ce que Lila s'indigne de l'offre ou se moque d'elle, alors quelle ne fut sa surprise quand elle vit sa rivale considérer la proposition sérieusement !
- Normalement, dit Lila en se levant de la chaise et en s'avançant d'une démarche langoureuse, d'un pas lent, presque séducteur, vers elle, je dirais que tu n'en vaux pas le coup. Maaaiiiiis …, roucoula-t-elle en s'arrêtant juste en face de Marinette, leurs nez se touchant presque, puisque c'est demandé si gentiment, je pourrais essayer de t'aider.
Electrifiée par la soudaine proximité, Marinette ne put qu'hocher la tête, incapable de regarder ailleurs que dans les galaxies vertes qui servaient de yeux à Lila.
- D'abord, dit cette dernière en jetant un coup d'œil à la robe, je dirais qu'il faudrait assumer le parti-pris plutôt que d'essayer de le rattraper. Une femme qui se pointe avec une robe noire à une soirée branchée est soit une veuve, une séductrice, ou – pire ! – une coincée du derrière ! Des trois, il faut miser sur la séductrice. Rajoute deux centimètres de décolleté, enlève les manches en tulle pour dévoiler les bras et …
Elle s'arrêta, regardant la table de travail de la modiste en herbe, puis reprit la parole en s'emparant d'un objet sur cette même table.
- Et il faut une ceinture !
Elle serra autour de la taille du mannequin un bout de tissu noir comme ceinture improvisée. C'était uniquement pour donner une idée à Marinette de son concept. Cette dernière fronça les sourcils et essaya d'imaginer le modèle avec les changements suggérés par Lila et se rendit compte, qu'en effet, c'était pas mal … Pas prodigieux, mais pas mal …
C'était osé, certes, or le styliste n'était-il pas sensé oser justement ? Si l'on n'ose pas, l'on n'innove jamais. Et en tous cas, mieux vaut perdre en se démarquant du reste que gagner en se fondant dans le décor. C'était sans doute l'une des maximes de Lila.
Toute seule, Marinette admettait volontiers qu'elle n'aurait jamais pensé sous cet angle. Elle aurait proposé quelque chose d'enfantin, quelque chose pour une petite fille … Lila, elle, pensait comme une femme.
- Très bien, soupira-t-elle en admettant à moitié les propositions, mais ne crois-tu pas que l'on va être traitées de vulgaires ?
- On n'est plus au siècle dernier, Vierge Marie, dit-elle en rejetant ses cheveux en arrière d'un geste à la fois classieux et prétentieux, un geste qui disait : J'ai de beaux cheveux et je le sais, et elle reprit en disant : À cette époque, tu n'avais même pas le droit de porter un pantalon, alors je pense que c'est juste de ne plus raisonner selon cette morale. Et puis, tant que le mannequin a de jolies épaules, une taille marquée, et qu'elle ne sourit pas, personne ne risque de remarquer qu'elle existe. Ils ne verront que la robe, ils ne verront que toi.
Et Marinette pouvait déjà s'y voir. Le prix, la récompense, les ovations, la reconnaissance de ses pairs et de ceux qu'elle admirait … Oh Dieu, Lila savait parler !
Après un moment de flottement à s'imaginer avec le trophée du meilleur jeune styliste de l'année entre les mains à recevoir des jets de fleurs, elle revint sur terre en remarquant que Lila la regardait avec amusement.
Elle se racla alors la gorge et reprit ses esprits.
- Très bien, tu as raison, Lila.
- Mais je n'ai jamais tort, Ching-Chong.
- En tous cas, on ne peut pas dire que tu n'es jamais prétentieuse, répliqua Marinette avec un sourire en coin.
Lila lâcha un faux rire et prit la liberté de s'assoir sur la table de travail de sa partenaire et de croiser les jambes pardessus.
- Toujours dans la délicatesse, Dupain, tu t'améliores.
- Il faut aussi dire que j'ai une très bonne professeure, rajouta Marinette avec le même ton condescendant. Maintenant, pourrais-tu redescendre ?
- Pourquoi ? demanda Lila. Ne suis-je pas magnifique assise ici ? Est-ce que je ne t'inspire pas avec mes poses de Diva ?
- Si l'inspiration découlait de la frustration, ce serait le cas. Mais puisque notre dimension n'admet pas cette règle, je te demanderais de placer ton popotin sur autre chose que la table sur laquelle je pose mes épingles et mes ciseaux.
- Tu as peur que je me blesse ? demanda Lila en levant un sourcil.
- Plutôt que tu mettes la pagaille, répliqua-t-elle.
- Oh ! lâcha la plus belle fille de l'école, mais je suis très ordonnée ! Qu'est-ce qui te fait dire le contraire ?
Marinette fit semblant de réfléchir une minute, rien que pour irriter l'autre jeune fille un peu, et finit par pointer le sac de cette dernière, jeté négligemment près de l'entrée de la chambre.
- Oh, je ne sais pas. La façon dont tu as jeté ton sac là-bas au milieu du chemin au lieu de le ranger ?
Lila roula des yeux.
- Pouff ! Quel exemple mal-choisi !
Si l'on déchiffrait cette phrase avec le dictionnaire Lilarousse, on saurait reconnaitre le compliment. Heureusement, Marinette en avait un exemplaire relié depuis qu'elle avait surpris sa meilleure ennemie en train d'effrontément mentir au garçon de ses rêves à propos de sa relation avec son alter-ego.
C'était lourd à porter, mais drôlement utile.
- En parlant de mauvais choix, rebondit Lila sans lui laisser le temps de répondre, à qui comptes-tu faire porter cette horreur ? demanda-t-elle en montrant avec le bout de sa bottine la robe toujours en conception.
- Oh … Juleka m'a dit qu'elle serait contente de le faire. Elle est très photogénique. Ce serait bien.
- Maigre mais moche, choix douteux, répondit Lila. Tu es bonne en dessein et en conception, la Chinoise, mais il te manque la fibre de la vente !
Elle voulait dire marketing. Mais Lila semblait toujours réticente à utiliser des anglicismes ou à mélanger les langues ensemble. C'était inutile à savoir, mais Marinette ne pouvait que le noter … Tout comme elle avait une liste complète et classée des odeurs préférés d'Adrien. Elle avait dû lire des kilomètres d'entrevues questions-réponses pour l'établir.
Mais Lila n'était pas Adrien. Ses goûts et ses préférences n'étaient pas publics et publiés dans les magazines, informations jetées à la volée, disponibles pour le plaisir des admirateurs fanatiques … Non, tout ce que Marinette savait d'elle, elle devait le glaner à force de longues discussions et de pénibles déductions
C'était différent, difficilement comparable, mais le parallèle devait être fait.
- Et pourquoi toi, tu aurais cette fameuse fibre de la vente ?
- Parce que je sais ce que les gens veulent, et encore mieux, je sais comment le leur donner. Le vendeur n'est rien d'autre qu'un illusionniste, l'artiste un marchand de rêves.
- Développe, demanda Marinette en élisant place sur un tabouret en bois blanc tout proche.
- Si je te prends pour exemple, je dirais que la pérennité de ton futur métier ne dépend que de l'envie des filles d'être jolies et de changer de garde-robe à chaque occasion qui se profile… On leur présente les vêtements sur des idoles, des mannequins, des corps parfaits, des visages encore plus parfaits … Et les filles normales et banales se ruent dessus dans l'espoir, vain, peut-être, mais persistant, de ressembler à ces femmes divines. Heureusement pour ceux qui vendent, malheureusement pour celles qui achètent, les vêtements, comme le maquillage et tous les autres artifices, ne font qu'accentuer la beauté. S'il n'y a pas de beauté, rien n'est accentué. La belle devient plus belle, mais la moche reste irrémédiablement moche.
- Mais la beauté est relative, répondit alors Marinette. Tout le monde à un idéal, tout le monde à des goûts et des sensibilités différentes. On n'est toujours beau ou belle aux yeux de quelqu'un.
- Faux ! riposta l'Italienne avec un fier sourire. Tu tombes dans le piège que les moches tissent pour protéger leurs pauvres égos. La vérité est plus cruelle : la beauté est universelle, et elle a des critères précis et immuables. La jeunesse, la minceur, et la symétrie du visage en sont les grands piliers. Les mannequins blondes de moins de dix-huit ans sur les affiches publicitaires et les couvertures de magazines se ressemblent toutes, et elles prouvent où je veux en venir.
Marinette voyait la logique cruelle, la mécanique froide et irréprochable qui faisait tenir ce raisonnement. Pour une personne qui aimait tordre la vérité jusqu'à la transformer en mensonge, Lila avait étonnamment une parfaite compréhension et une inaltérable acceptation de la réalité. Elle ne semblait pas de ceux qui se bercent d'illusions, ou qu'on peut bercer d'illusions.
Au final, les meilleurs menteurs sont ceux à qui on ne peut mentir.
- Tu dis alors, si j'extrapole, que les publicitaires font exprès de représenter un idéal de beauté inatteignable par la majorité de la gente féminine, dans le but de pousser cette dernière à une consommation éternelle dans l'espoir continuellement entretenu par ces mêmes publicitaires de ressembler à cette image ?
Lila haussa les épaules, mais hocha la tête.
- Ce n'est pas totalement ce que je disais, mais ce que tu en as déduis est juste.
- Et où est-ce que tu as appris cela ?
- En observant, en regardant … Je lis beaucoup aussi. Je ne suis pas inculte.
- Je n'ai jamais dit que tu n'étais pas intelligente, répliqua Marinette.
- Mais tu le pensais, et je ne t'en plains pas. Tu pensais sans doute que je ne sais que mentir. On est rarement prêt à accorder des qualités à ceux et celles qu'on déteste.
Elle aurait voulu lui dire qu'elle avait tort, mais elle ne pouvait nier que sa haine l'avait jusque-là menée à penser que Lila ne valait pas grand-chose.
Et elle n'était pas la seule à penser ainsi. D'après la façon dont Lila se traitait elle-même, elle semblait aussi penser qu'elle n'avait aucune valeur.
- Tu n'es pas la seule d'ailleurs… répondit Lila. Tout le monde croit ce que je dis parce qu'ils me pensent trop bête pour mentir aussi bien. Si je n'en tirais pas autant d'avantages, je me sentirais insultée … Quoique, fit-elle en se tapotant le menton, je ne sais pas si j'ai le droit de me sentir insultée, compte tenu des salades que je leur fais avaler tous les jours …
- Et ce n'est pas bien de leur faire avaler des salades, comme tu dis. Si tu arrêtais, et que tu commençais à te montrer au monde telle que tu es, telle que tu te montres ici et maintenant, je suis sûre que tu serais tout autant aimée, si ce n'est plus, que le masque que tu montres à tous.
- Pourquoi ? demanda Lila. Mon masque est plus beau que je ne le serai jamais, et les salades sont bonnes pour la santé, si on oublie que ça fait maigrir… En plus, rajouta-t-elle avec un sourire mesquin, qui te dit que ce que je te montre maintenant n'est rien d'autre qu'un de mes nombreux masques ? Pourquoi penses-tu me connaitre plus que les autres ?
Parce que je sais tout de toi … Tu n'es pas aussi mauvaise que tu penses l'être …
Mais ça, elle ne pouvait pas le dire. Lorsque Lila l'observa hésiter, Marinette vit une nouvelle souffrance naitre dans ses yeux verts. Sans le vouloir, elle venait de lui prouver une nouvelle fois qu'il valait mieux se protéger en se cachant, et que seuls ses mensonges lui permettraient d'accéder à la reconnaissance.
- Oh, mais… ! voulut dire Marinette, mais Lila l'arrêta d'un geste de la main.
- Pas la peine de parler, j'ai vu dans tes yeux ce que tu penses vraiment, lui dit-elle avec un sourire en coin. Ça tombe bien, je pense la même chose…
TIIING ! TIIING !
C'était le bruit d'une notification qui les interrompit. Lila avait reçu un message. La voyant sortir son téléphone de sa poche et lire sur l'écran avec des yeux brillants, Marinette se demanda qui pouvait être la personne à le lui avoir envoyé. La curiosité fut telle qu'elle n'attendit même pas que Lila finisse de lire pour lui poser la question.
- Qui te l'envoie ?
- C'est … Maman, lâcha Lila, à court de souffle.
- Oh, et qu'est-ce qu'elle te dit ? demanda Marinette en se levant pour s'approcher d'elle.
- Elle m'invite à diner … ? Enfin, je crois, répondit Lila d'un air circonspect.
- Et c'est censé être une bonne chose, non ? demanda Marinette avec un grand sourire
Lila arqua les sourcils en la regardant, suspicieuse.
- Depuis quand tu t'intéresses autant à ma vie, Dupain-Ching-Chong ? questionna-t-elle alors. Et depuis quand tu te permets de juger au juste ?
Marinette déglutit et se gratta la nuque.
- Je pensais que c'était une bonne chose … Enfin, c'est une chose normale… Ta maman qui t'invite à manger, bafouilla-t-elle, et elle se sentait stupide. Oh, et sinon, dit-elle pour détourner son attention, c'est pour quand ?
- C'est pour …
Lila regarda encore une fois l'écran de son téléphone avant d'ouvrir grand la bouche.
- Et c'est pour maintenant ! Elle m'attend au restaurant ! lâcha-t-elle en sautant de la table pour atterrir sur ses bottines et courir vers la sortie.
- Et le projet ! lâcha Marinette.
Prenant son sac, Lila lui répondit avec une note d'agacement :
- On l'achèvera une prochaine fois ! En attendant, j'ai terminé tous les dessins. À plus tard, Marionnette ! dit-elle en disparaissant.
- Elle a bien dit Marionnette ? demanda soudain Tikki qui surgissait d'un coin.
Marinette hocha la tête.
- Je crois bien.
…
Lila, en descendant rapidement les escaliers, désireuse de sortir au plus tôt, rencontra un petit obstacle en route. En bas des escaliers, en effet, elle tomba nez-à-nez avec la mère de Marinette qui, vraisemblablement, allait leur apporter des petits gâteaux et du thé sur un plateau.
- Oh, bonne après-midi Lila. Vous avez terminé avec Marinette ? lui demanda la femme plus âgée.
La jeune fille aux yeux verts força un sourire sur son visage pour répondre :
- Pour aujourd'hui, oui. Je m'en vais maintenant, il faut que j'aille retrouver ma mère. À plus tard, Madame Dupain-Cheng.
- Appelle-moi Sabine ! Oh, et prends ceci avec toi !
Lila se fit la réflexion que Sabine n'était pas très chinois comme prénom, mais elle garda cette pensée pour elle-même en regardant la mère de Marinette lui mettre des gâteaux dans une boite. Si les gens aimaient autant Lila, c'était parce qu'ils ne savaient rien de ce qui se passait dans sa tête. Et pour continuer à être acceptée, elle devait les maintenir dans l'ignorance.
La mère de Marinette semblait très gentille, d'un autre côté. Elle avait même dessiné un L avec de la crème sur l'un des gâteaux. Sa propre mère ne faisait jamais cela … Enfin, sa propre mère ne savait même pas allumer un four. Et elle ne se donnait jamais de mal, même pas pour l'anniversaire de sa fille. D'habitude, elle ne lui laissait qu'un peu d'argent pour s'acheter un cadeau et un gâteau ces jours-là et partait travailler.
Lila gardait d'habitude cet argent au fond d'un tiroir et passait le reste de sa journée à regarder la télévision. Elle n'avait jamais fêté son anniversaire.
Pour elle, c'était l'habitude … Alors que pour Marinette, l'habitude était faite de petits gâteaux et de sourires chaleureux.
Lila regarda Sabine alors qu'elle lui emballait le gâteau à la vanille sur lequel figurait le L. Elle aurait voulu protester, mais elle sentait bien que la Chinoise n'allait accepter aucun refus.
- Tiens, Lila, lui dit Sabine avec un grand sourire en lui tendant la boite. J'en ai mis une part pour ta mère aussi. J'espère qu'elle aime les gâteaux également.
- Mais qui n'aime pas les gâteaux, Madame ? répondit Lila en prenant la boite rose. À plus tard, et merci ! dit-elle avant de continuer son chemin vers la sortie.
Elle croisa le père de Marinette en passant par la boulangerie, et il la salua avec autant de chaleur que sa femme. Lila lui fit un signe de la main avant de sortir par la porte.
Dehors, l'odeur de la pollution parisienne la reçut à bras ouverts, et elle vit le soleil se coucher derrière les bâtiments haussmanniens.
Paris était une très belle ville, la ville de son enfance, mais Lila ne pensait pas que c'était une beauté de carte postale. Non, c'était une beauté de romantisme, une beauté d'histoire… Quelque chose que l'on ne peut voir que si l'on n'a une sensibilité particulière.
Il parait que certains Japonais tombent en dépression après avoir visité Paris. De leur petit pays, ils s'imaginent sûrement que Paris est restée figée au XVIIIéme siècle à les attendre, que c'est un pastiche pour un film historique qu'on ne va jamais moderniser.
Ils sont bêtes, pensait Lila, ils ne comprennent rien.
Marchant à travers la ville, essayant d'ignorer les regards impressionnés que les hommes et les garçons lui jetaient sans s'en rendre compte, et qui lui confirmaient qu'elle était toujours la plus belle. Elle ne pensait qu'à la façon dont elle allait se débarrasser des gâteaux avant de rejoindre sa mère au restaurant.
Ouvrant le GPS sur son téléphone, elle pria pour que l'établissement soit proche.
Et heureusement pour ses petits pieds, le restaurant où sa mère lui avait donné rendez-vous n'était pas si loin que cela de la boulangerie des Dupain-Cheng, et elle y arriva au bout d'une heure de marche.
Le restaurant se nommait sobrement « Joelle et Thomas », et la façade toute en verre réfléchissant qui lui montrait sa propre image confirmait que c'était un établissement huppé.
C'était un endroit où les ministres venaient prendre un café ou déjeuner avec les maîtres du monde, et où le prix d'un verre d'eau faisait trois chiffres. C'était le genre d'endroits dans lesquels sa mère mangeait quotidiennement, un lieu de rassemblement pour les élites.
Alors, on ne pouvait se permettre de laisser la crasse de la populace y être vue. Lorsque Lila y parvint, elle vit des employés du restaurant en train de chasser un vieux clochard en haillons du devant de leur lieu de travail.
- Partez ! entendit-elle un vigile ordonner au pauvre homme grisonnant. Si on vous voit, les gens ne voudront pas rentrer !
Le vieil homme se contenta de garder le silence et de ramasser le carton sur lequel il allait se poser. Alors qu'il allait partir, elle intervint.
- Monsieur, attendez ! lâcha Lila en sa direction.
Le sans-abri s'arrêta de marcher, se retourna, et Lila vit des yeux bleus la dévisager avec surprise. Il ne dit rien, mais elle voyait bien qu'elle le surprenait au-delà des mots.
Elle s'approcha de lui et lui tendit la boite rose.
- Prenez, lui dit-elle.
Elle le vit hésiter une minute avant de rajouter :
- Ce ne sont pas des crapauds, croyez-moi. Ce sont des gâteaux, des gâteaux du meilleur pâtissier de Paris, précisa-t-elle ensuite.
Prenant la boite rose avec ses mains noircies et tremblantes, le vieil homme murmura quelques mots en une langue étrangère. C'était peut-être du roumain, mais Lila n'en était pas sûre.
Elle le vit ensuite s'en aller avec les deux milles calories et sentit un poids être levé de ses épaules. Elle n'allait plus être tentée, elle n'allait plus avoir à les manger.
- C'était gentil, entendit-elle quelqu'un dire près d'elle.
Elle tourna les yeux pour voir qu'il s'agissait du vigile de tout à l'heure. Jetant ses cheveux en arrière, elle répondit avec caractère :
- Vous n'en savez rien, alors taisez-vous et ouvrez-moi donc la porte.
Elle le vexa sans doute en lui rappelant sa place, mais il lui ouvrit la porte sans dire mot. Il était employé, elle était cliente, il était serviteur, elle était reine. Il y'a toujours plus fort que soit. Elle voulait au fond le punir pour avoir parlé aussi odieusement avec plus faible que lui.
En entrant dans le restaurant, Lila sentit un tapis brodé en dessous de ses bottes et entendit le jazz venir caresser ses oreilles. L'endroit était chauffé juste à la bonne température. L'Italienne sentait tout à coup que sa veste était en trop.
- Bonsoir Mademoiselle, lui dit la réceptionniste blonde avec un grand sourire pendant qu'une autre employée lui enlevait justement la veste qui commençait à la gêner. Vous êtes Lila Rossi, n'est-ce pas ?
- Oui, c'est bien moi, répondit-elle.
- Votre mère, Madame Rossi, vous attend. Accordez-moi le plaisir de vous mener à elle.
Et Lila le lui octroya volontiers.
La jolie employée la guida alors jusqu'à l'étage du dessus où se trouvait la salle du restaurant et les musiciens qu'elle avait entendus en bas.
La salle était peu bondée. Après tout, on était seulement en début de soirée, et sa mère était assise à une table près de la fenêtre.
Lila s'avança alors, ignorant les autres clients tous bien habillés, et s'assit devant sa mère qui avait la tête penchée sur son téléphone.
- Bonjour Maman, dit-elle alors en mettant une serviette sur ses genoux.
- Bonjour Bella, tout s'est bien passé à l'école aujourd'hui ? demanda-t-elle en tapant un message avec les deux pouces sur l'écran. Commande ce que tu veux !
Lila ne répondit pas. Mais sa mère ne le remarqua pas. Dix jours qu'elles ne s'étaient pas vues, et elle ne la regardait même pas dans les yeux … La jeune fille n'était pas sûre de la réaction à avoir. C'était comme si on perçait son cœur de part en part. Soudain, elle eut froid. Très froid.
Puis, un serveur arriva et Lila commanda un verre d'eau minérale froide et la salade la plus chère de la carte. Quitte à passer du temps avec sa mère, autant le lui faire payer.
Sa mère, quant à elle, commanda une soupe en entrée et la spécialité du chef en plat principal.
- Sinon, Maman, dit Lila en faisant des cercles avec sa fourchette sur la porcelaine de l'assiette, pourquoi m'inviter ici ? On aurait pu commander quelque chose à la maison.
- Mais je voulais passer du temps avec toi, Bella, prendre de tes nouvelles, répondit sa mère en buvant sa soupe à la hâte, comme si on lui mettait un revolver sur la tempe. D'ailleurs, je suis contente de voir que tu vas si bien. Tu as toujours été si responsable et si indépendante.
Madame Rossi regardait un peu trop sa montre en parlant.
- Et alors ? demanda Lila. Ce n'est pas nouveau.
- Eh bien … Je me demandais si tu pouvais être encore un peu plus responsable cette fois-ci.
Lila arqua un sourcil.
- Comment cela ?
- J'ai une mission diplomatique en Belgique prochainement, et si j'arrive à faire signer un certain contrat, ce serait un grand coup de pouce à ma carrière.
- Ah …
Lila comprenait maintenant un peu mieux l'invitation au restaurant.
- Et tu comptes partir pour combien de temps ?
- Minimum un mois, répondit sa mère. Je t'aurais volontiers prise avec moi, mais je ne crois pas qu'il serait judicieux de te faire rater l'école pendant autant de temps.
- D'accord Maman, je comprends que tu aies à le faire pour ta carrière.
- Ne t'en fais pas, tu resteras seule peut-être, mais ce n'est pas comme si c'était la première fois. On a un très bon système de sécurité, et les voisins sont tous des gens de confiance. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
Et Lila ne s'inquiétait pas … Du moins, elle s'efforçait de ne pas le faire. Au même moment, une serveuse vint ramasser leurs assiettes. Prenant celle de Lila, elle lui jeta un regard inquisiteur.
- Vous n'en avez rien mangé, Mademoiselle, y'a-t-il un problème avec votre salade ? demanda-t-elle.
Lila lui dit de s'en aller en agitant la main.
- Non, il n'y a rien, c'était très bon. Je n'ai juste pas faim. Ce n'est sûrement pas de la faute de votre plat.
- Mais … voulut protester la serveuse.
- Mais laissez-la, intervint sa maman, qu'elle mange ou non, c'est son choix, qui sommes-nous pour en décider à sa place ?
- D'accord, fit l'employée du restaurant avant de s'en aller.
- Sinon, reprit Lila, quand comptes-tu partir ?
- Maintenant, en fait, répondit sa mère en levant les yeux une minute de son téléphone. Mon avion part dans trois heures !
- Mais … !
- Mais il y'a une conférence de presse du Roi de Belgique demain matin, et je veux absolument y être avant quelqu'un de l'équipe ! Si j'arrive avant lui, je suis sûre de marquer des points !
- Oh, je vois … marmonna la fille en croisant les bras.
Après cela, sa mère la pressa de se lever pour partir. Déposée près de son immeuble, elle rejoignit son appartement d'un pas indolent.
Lorsqu'elle entra et qu'elle alluma les lumières, elle vit que l'endroit était propre et bien rangé. La femme de ménage était sans doute passée.
Ce soir-là, Lila n'enleva ni son maquillage, ni ses vêtements, et alla se coucher directement dans son lit.
Elle avait froid, si froid et aucun vêtement, aucune couverture, ne semblait pouvoir la réchauffer. Ce n'était pas nouveau, et elle le savait. Elle était habituée à être seule, à ne jamais s'en plaindre … Mais Marinette, elle, elle avait des parents souriants et toujours présents … Pourquoi pas elle aussi ? Il était où, son père ? Il l'avait abandonnée, il s'était trouvé une autre famille, une autre fille ? Une fille plus belle, plus intelligente, une fille capable de se faire des amis sans mentir continuellement…
Si c'était le cas, elle ne pouvait pas l'en blâmer.
- Je ne vaux rien, murmura-t-elle en pressant la couverture sur ses joues creuses et glacées.
Son ventre grognait, elle n'arrivait pas à dormir à cause de la faim. Elle avait toujours faim, faim de gâteaux, de pains, de n'importe quoi, tant que cela faisait taire le monstre dans son estomac.
Mais la nourriture, ça se mérite. Et Lila ne méritait rien.
Elle était fatiguée, fatiguée d'avoir toujours faim, fatiguée de toujours mentir … Fatiguée de simplement exister.
Ce soir-là, Lila fit une bêtise.
… Fin du Chapitre …
Note : J'espère que vous avez apprécié. Pour ceux qui se le demandent, les livres que lit Lila existent vraiment, et j'en ai entendu beaucoup de bien.
Si vous aimez cette histoire, vous pouvez laisser un commentaire. Ça m'encourage à écrire.
Portez-vous bien.
