Merci à Hopegiver07, Ashley A. Anderson, Justin et Mathilde d'avoir laissé un commentaire sous le dernier chapitre.
En réponse au commentaire de Mathilde : Oh, tu aimes alors la musique classique aussi ? Je suis contente, car moi aussi figure-toi ! J'ai remarqué que chaque fois que je vais voir un concert, il n'y a que des cheveux gris dans la salle. Et en effet, la musique classique est connue pour avoir un public âgé par rapport à d'autres genres, c'est une réalité statistique que la tranche d'âge la plus représentée est les quarante-cinq ans et plus. C'est triste, je trouve, que les jeunes gens ne s'y intéressent pas davantage.
Bonne lecture !
Chapitre VII
Comment savoir si la terre tourne rond ? Comment savoir si le monde va bien ?
- Lila, est-ce que tu veux sortir avec moi ? entendit-on un garçon demander.
La réponse était en la possession de Marinette Dupain-Cheng, et la voici : Dans un monde normal, quand tout va bien et que les gens ont toute leur tête, il y'a toujours un garçon qui est amoureux de Lila dans les parages. C'était presque une règle mathématique, un indicateur parfait.
Peu après cette demande inattendue, le rire cristallin de Lila résonna dans la classe et on l'entendit piocher dans son sac à excuses gentilles pour rejeter doucement cet ordinaire petit bonhomme qui avait pensé avoir une chance avec elle.
Les choses sont revenues à la normale, pensa Marinette en regardant par la fenêtre, se demandant pourquoi les garçons de leur classe semblaient s'entêter à vouloir sortir avec Lila. C'était évident qu'aucun d'eux ne l'intéressait, et ce qui était plus évident encore était le fait qu'elle avait déjà quelqu'un en vue.
Après avoir, par une entourloupe quelconque, réussit à convaincre un de ses soupirants de ne plus la courtiser, on vit Lila Rossi revenir à sa place près du poisson qu'elle voulait vraiment pêcher.
Adrien Agreste.
Marinette pouvait pardonner beaucoup de choses à Lila : ses mensonges, ses méchancetés, … Mais elle n'allait jamais pouvoir supporter de la voir près d'Adrien.
- Alors, Agreste, tu as fait le devoir de math ?
- Oui, entendit-elle le joli blond répondre sans la regarder.
- Oh et tu l'as terminé ? Car si oui, je voudrais te demander de m'aider avec la cinquième question, j'ai du mal avec pour être honnête …
- D'accord, bien sûr, répondit-il après avoir dégluti.
Il était visiblement mal-à-l'aise, et comment ne pas l'être quand une fille vous parle de ce ton mielleux tout en tentant d'instaurer le plus de proximité possible entre vos deux corps ?
Marinette serra son crayon si fort dans sa main qu'il se brisa. Son visage était rouge de colère.
Il ne manquait plus que cela à sa vie, Lila qui tente par tous les moyens d'harponner Adrien, chose qui ne devait pas s'avérer difficile, vu qu'elle était si jolie et si douée avec les mots. Mais Adrien voyait à travers le masque, et il était parfaitement au courant du fait que l'honnêteté ne faisait pas partie de ses qualités… Marinette savait au fond qu'elle n'avait rien à craindre, et que ces deux-là n'allaient probablement jamais sortir ensemble.
Elle avait encore une chance.
C'était ce qu'elle espérait du plus profond de son cœur. Mais elle ne pouvait faire abstraction du fait que, physiquement du moins, elle était extrêmement inférieure à Lila.
Lila pouvait avoir tous les garçons qu'elle voulait. Elle avait une grande confiance en elle – du moins en façade – et comme elle le lui avait dit, elle savait parfaitement ce que les gens voulaient et comment le leur donner. Comment ne pas tomber amoureux d'une fille comme celle-ci ?
Le pire dans l'histoire, et c'était ce qui révoltait Marinette, c'était qu'elle savait parfaitement que Lila s'en fichait d'Adrien comme de sa première paire de chaussure. Elle voulait juste être plus populaire en sortant avec lui, être reconnue, être aimée.
Alors en somme, Lila n'avait aucune chance avec Adrien, mais elle s'obstinait à vouloir l'attraper, et cela agaçait Marinette.
Voir ces deux-là ensemble avait le don de faire bouillir son sang et de faire jaillir de la fumée de ses oreilles.
C'était un problème, un vrai problème, un problème pour lequel elle n'avait aucune solution.
Marinette soupira.
Encore un.
…
Lila prenait le thé une fois par semaine avec Gabriel Agreste.
C'était leur petit rituel, leur nouvelle petite habitude, et c'était sa façon à elle de se frayer un chemin dans la vie d'Adrien, qu'il le veuille ou non.
D'ailleurs, elle ne venait voir le père de ce dernier que quand il était à ses cours d'escrime, donc il ignorait qu'elle venait chez lui de toute façon.
- Alors, Mademoiselle Rossi, comment les cours se passent-ils à l'école ? lui demanda-t-il alors que sa secrétaire ou assistante plaçait un verre de thé devant lui et devant Lila.
- Oui, Monsieur Agreste, tout se passe très bien, et Adrien continue d'être le meilleur élève de l'école. Il est tellement brillant et intelligent, si bien élevé et humble malgré toutes ses autres qualités, répondit-elle en prenant sa tasse de thé entre ses doigts.
Il n'y avait jamais de sucre dans leur thé, il y'avait à peine la trace d'une calorie, voilà pourquoi Lila aimait tant le boire.
Alors qu'elle s'évertuait à déverser tous les compliments possibles et imaginables sur le fils Agreste, elle remarquait que le père se tenait plus droit et qu'il avait du mal à cacher un petit sourire de fierté.
Pour un homme de cet âge, il est vraiment bête … se dit-elle. Que ces gens-là sont prévisibles !
Elle n'avait pas mis longtemps avant de trouver le point faible de cet homme aux cheveux blancs. Dés les premières minutes de leur toute première entrevue, elle avait décelé chez lui un amour inconditionnel pour son fils, et une envie irrépressible de le contrôler et d'en faire son jouet.
Et Adrien, de ce qu'elle avait pu voir jusque-là, était un toutou très facile à dresser et à diriger, pour le plus grand plaisir de son père.
Pour s'attirer la confiance de Gabriel Agreste, il fallait simplement prétendre partager son affection pour son fils et le flatter au sujet de l'éducation exemplaire (ou pas…) qu'il avait donné à ce dernier. Et ça, Lila le faisait depuis le début.
Elle jouait les petites pestes stupides et superficielles avec Agreste. Elle se faisait clairement passer pour plus sotte qu'elle ne l'était, et comme pour tout le monde, ce petit jeu semblait produire l'effet escompté sur ce créateur rabougris.
- Bien sûr, fit-elle avec un grand sourire qui montrait ses dents parfaitement alignées, je fais de mon mieux pour qu'Adrien ne s'attire pas des ennuis, et si d'autres élèves complotent contre lui ou calomnient à son sujet à cause de la jalousie, je suis toujours prête à le défendre.
C'était faux. En fait, c'était Nino qui conseillait et protégeait Adrien contre les rares personnes qui ne l'aimaient pas dans leur école. Mais ça, Gabriel Agreste n'avait pas besoin de le savoir. Après tout, lorsqu'on veut sortir avec un garçon, se faire bien voir de ses parents n'était pas une mauvaise chose, loin de là.
Par contre, Lila n'aimait pas Gabriel, et elle restait sur ses gardes avec lui.
Il était étrange, mystérieux, avec une fourberie caressante sous la paupière. Elle n'irait pas jusqu'à dire qu'il était méchant – car les méchants n'existent pas – mais elle parierait qu'il n'était pas aussi irréprochable qu'il essayait bien de le faire croire.
Lila n'était pas née de la dernière pluie, elle savait donc parfaitement qu'une personne ne donne jamais rien sans rien en retour. En l'invitant chez lui et en lui proposant de devenir un mannequin pour sa marque, Gabriel Agreste avait forcément quelque chose à tirer d'elle.
Certes, en surface, on pouvait se dire qu'il la trouvait très jolie et qu'il voulait de son visage pour sa marque, et que s'il l'invitait, c'était juste pour avoir quelqu'un qui lui parle de son fils sans avoir à interroger ce dernier et pouvoir ainsi rester un père distant, mais …
Mais se pinçant les lèvres, essayant de voir au-delà de la jolie cravate de ce monsieur tout propre sur lui, Lila se disait qu'il y'avait un non-dit, qu'il lui manquait un élément dans l'histoire.
Que pouvait bien cacher Gabriel Agreste ?
- Et comme je vous l'ai dit, Chloé a essayé d'être mise dans la même équipe qu'Adrien pour le cours de sport, mais elle n'a pas réussi et a fait un scandale après et …
- Monsieur Agreste, dit une voix féminine.
Levant ses yeux énervés vers la personne qui osait les interrompre si brutalement – enfin, l'interrompre si brutalement – elle trouva encore cette imbécile en noir qui servait de secrétaire à Gabriel Agreste.
- Oui, Nathalie, qu'y a-t-il ? demanda le père d'Adrien en levant également les yeux vers elle.
Ladite Nathalie toussa un peu et lui dit :
- Il y'a une urgence, Monsieur, un de vos collaborateurs souhaite vous parler au téléphone, je l'ai mis en attente mais il est vraiment très insistant.
Elle dit toute sa phrase en remuant à peine des lèvres, les yeux perdus dans le vague. Elle avait des cernes sous les yeux, son chignon était passé de mode, et on devinait facilement une peau écorchée sous son fond de teint pas cher. Lila la trouvait extrêmement laide.
- Oh, j'imagine que le devoir m'appelle. Restez-la, Mademoiselle Rossi, dit-il en se levant, je reviens dans dix minutes, tout au plus.
Puis il s'en alla, suivi de sa secrétaire, la double porte blanche du salon se fermant sur eux, laissant Lila seule.
- Elle ment, se dit-elle dans sa barbe. Ils mentent tous les deux, mais pour qui me prennent-ils ?
Croyaient-ils vraiment pouvoir la laisser ici à les attendre comme un gentil toutou ? Mais elle n'était pas Adrien, bon sang !
Se levant de son fauteuil, Lila alla faire la seule chose qu'elle trouvait adéquate maintenant.
Dans ce grand salon meublé façon « design », encore un autre mot pour dire que c'était des bricoles américaines achetées trop cher, il devait bien y avoir quelque chose d'utile ou d'amusant, un élément pour mieux comprendre Gabriel Agreste, sa vie et son caractère.
Mais malheureusement pour elle, il n'y avait que des photos de familles accrochées aux murs. Elle aurait bien ouvert les tiroirs, mais elle voyait qu'il y'avait des caméras accrochées au mur, dissimulées à peine par des pots de fleurs en papier.
C'était peut-être un examen, pensa-t-elle. Peut-être que pendant qu'elle était là, Agreste et sa secrétaire étaient quelque part en train de l'observer, essayant de l'étudier comme un rat dans une boite ? Ils n'étaient clairement pas au-dessus de cela, vu ce qu'ils faisaient subir à Adrien.
Si elle ne faisait rien, ils allaient sans doute penser qu'il y'avait quelque chose qui clochait, puisque personne ne reste sagement assis lorsqu'on le laisse seul chez des inconnus, sans surveillance aucune. Se balader et regarder les photos de famille était sa meilleure option.
Et c'était barbant à souhait.
Bayant, Lila passa en revue les différentes photos encadrées qui laissaient voir Adrien gagnant une compétition d'escrime, Adrien posant pour son père, Adrien a un défilé de mode, petit Adrien qui joue avec petite Chloé dans un parc, petit Adrien avec un autre petit Adrien … Attendez, quoi ?
Regardant la photo encore une fois, Lila s'en rapprocha un peu et remarqua qu'elle n'avait pas vu double, et qu'il y'avait, en effet, deux Adrien sur la photo, deux petits garçons identiques ! Comment était-ce possible au juste ? Il avait un frère jumeau ? Mais ce frère, où était-il ? Était-il mort ? Si c'était le cas, vu la girouette sensible et sentimentale qu'était Adrien, il en aurait parlé à tout le monde sans pudeur aucune et aurait communiqué à tout le monde un anniversaire de décès pour qu'on puisse bien le prendre en pitié.
Alors ce n'était pas un frère.
Cela pouvait encore être un membre de sa famille, un cousin peut-être ? Un cousin, c'était sûr que c'était un cousin… Maintenant, il suffisait de savoir qui.
Lorsque Gabriel Agreste revint, Lila fit semblant de ne rien avoir vu et continua à l'abreuver d'informations sur la vie à l'école et les fréquentations de son fils, mais à l'intérieur, une seule idée l'obsédait, et c'était de savoir qui était ce satané cousin dont elle n'avait jamais entendu parler.
Deux jours plus tard, à la bibliothèque, elle eut l'occasion d'en apprendre plus sur lui.
Elle et la Chinoise étaient en train de travailler sur le projet de SVT, assises l'une près de l'autre, mais seulement l'une d'entre-elles travaillait vraiment.
Lila n'utilisait un livre que pour cacher le fait qu'elle était en train de s'appliquer du verni sur ses ongles. Pendant ce temps, Marinette potassait un autre bouquin et trouvait une occasion de geindre à chaque page qu'elle tournait.
- Je ne comprends pas pourquoi je dois lire tout ça, dit la fille aux yeux bleus en enfonçant sa tête entre les pages de l'ouvrage, comme si cela allait faire rentrer les informations plus vite dans sa tête. Tu es censée connaitre toutes ces choses, non Lila ? Tu pourrais tout écrire, je ne comprends pas pourquoi je dois le faire à ta place.
- Parce que, débuta Lila, admirant le rouge glacé qui peignait ses ongles, ce n'est pas mon projet à moi uniquement. On est supposées travailler ensemble. Si je rédige tout toute seule, que notre bécasse de prof te demande quelque chose et que tu ne puisses pas répondre, on peut être sûres qu'on se ramassera une mauvaise note. Et si je dois avoir une mauvaise note, dit-elle en levant les yeux pour lui jeter un regard menaçant, tu as intérêt à ce que ce ne soit pas de ta faute, Ching-Chong !
Dupain-Cheng déglutit et hocha la tête comme un enfant qui accepte sans résistance l'ordre d'un parent strict.
Lila en fut satisfaite, et alors que Marinette revenait à l'étude du chapitre que Lila lui avait recommandé, la jeune italienne crut avoir enfin un moment de tranquillité. Mais comme cela se confirma par la suite, Marinette semblait être une travailleuse bavarde, puisqu'elle ne resta pas silencieuse deux minutes.
- Alors dit-elle…. Est-ce vrai que tu es maintenant mannequin pour Gabriel Agreste ?
- Oui, répondit-elle en soupirant, je fais des photos. Ça t'intéresse ?
- Donc tu as vu la nouvelle collection ? demanda Dupain-Cheng avec un sourire idiot.
Lila roula des yeux.
- Oui, oui…
- Et tu en penses quoi ?
- Pas mal, je crois … Même s'il y'avait des talons avec un imprimé tigre, chose que j'ai trouvé assez vulgaire.
- Mais les imprimés d'animaux sont à la mode depuis déjà quatre mois, c'est admis et encouragé d'en porter, l'informa-t-elle.
- Mais il n'empêche que c'est moche, et qu'il n'y a que des gens sans goût pour mettre une chose pareille.
- Es-tu en train de dire que Gabriel Agreste a mauvais goût ?
- Es-tu en train de lire entre les lignes ? se moqua Lila. Etonnant, ma petite Marionnette, étonnant ! Tu m'épates, je ne t'en pensais pas capable !
- Mais je m'appelle Marinette ! lâcha-t-elle en grognant.
- Comme si j'en avais quelque chose à faire… Et puis, ajouta-t-elle, je campe sur ma position. Les imprimés d'animaux sur les chaussures, c'est laid et vulgaire. Aucune fille ne devrait porter ça … Mais ahh…
- Quoi donc ? s'enquit Marinette. Pourquoi soupires-tu ?
Lila secoua un peu la tête et se remit à peindre ses ongles.
- Rien, laisse tomber, lâcha-t-elle entre deux autres soupirs. Je me disais simplement que même si c'est laid comme tout, toutes les filles sans personnalité vont se retrouver à les porter juste parce que c'est du Agreste, et ça va m'énerver parce que pour m'intégrer, il va falloir que j'en porte aussi.
- Personne ne t'y oblige, fit remarquer Marinette.
Lila eut un sourire en coin et répondit sans la regarder :
- C'est la différence entre moi et toi, Ching-Chong. Moi, je suis une fille populaire, adulée, j'ai une image à maintenir, alors que toi …
- Alors que moi quoi ? demanda Marinette, légèrement vexée.
- Alors que toi, tu es une petite fille ordinaire, naïve sur les bords, et qui ne sait pas comment se démarquer. Et avant que tu me dises que c'est faux, je te dirais que si ce n'était pas vrai, tu serais déjà allée voir Adrichou pour lui demander de t'épouser…
Marinette se sentit rougir comme une tomate, et encore une fois, elle enfonça sa tête entre les pages du livre.
- Tu te caches, tu te tais, mais tu sais que j'ai raison, rit Lila. Si tu continues d'agir comme ça, tu finiras célibataire toute la vie, ma pauvre ! Mais j'imagine que tout le monde ne peut pas être aussi fabuleux que moi.
- Oh oui, fabuleuse, si fabuleuse qu'elle sort déjà avec Adrien… Ce n'est pas comme s'il t'ignorait la moitié du temps, tout en essayant de rester loin de toi l'autre moitié, fit remarquer Marinette avec un sourire au coin des lèvres.
- Ah, fit Lila en plissant les yeux, agacée, j'oubliais presque que tu apprends vite. J'ai finalement une bonne influence sur toi, mais tu n'as pas encore ma vivacité. D'abord, dit-elle en brandissant son index, c'est drôlement courageux de ta part de te moquer de ma relation avec Adrien alors que tu n'en as aucune avec lui, et en second, fit-elle en brandissant un autre doigt, je peux t'affirmer que si je n'ai pas encore harponné Adrien, c'est pour une bonne raison.
- Et quelle est cette raison ? demanda Marinette en se rapprochant d'elle un peu, curieuse.
- Eh bien, lâcha l'Italienne d'une petite voix, d'une voix de confidence, il y'a d'habitude une seule et unique raison qui fait qu'un garçon ne tombe pas dans mes filets, et cette raison est qu'il est déjà follement amoureux d'une fille encore meilleure que moi.
- Quoi ? fit Marinette en ouvrant grand la bouche, comme si Lila lui apprenait quelque chose de nouveau, alors qu'en fait …
Alors qu'en fait, elle savait parfaitement qu'Adrien devait être amoureux d'une autre fille. Il le lui avait déjà dit d'ailleurs, et elle n'avait cessé d'y penser depuis. Mais de cette fille, elle n'était pas jalouse autant que de Lila. C'était peut-être parce que Lila était là, bien présente et si jolie, alors que cette inconnue n'était qu'un fantôme sans nom.
- Bien sûr ! Ça se voit dans ses yeux qu'il est déjà épris d'une autre donzelle, chérie, il n'y qu'à regarder comment il rêvasse parfois en souriant stupidement. Il n'y a qu'un idiot amoureux pour afficher une tête pareille … Oh, mais j'oubliais, ajouta-t-elle avec un sourire en coin, tu ne peux pas savoir, toi, tu es assise au fond de la classe, alors que c'est moi qui suis assise au premier rang près de lui.
Marinette roula des yeux.
- Si c'est pour être assise à le regarder penser à une autre, je te cède cette place volontiers.
- Pouff ... De toutes façons, toi et moi, ce n'est pas la même chose. Alors que moi, je suis parfaitement indifférente à ce type, toi, tu le vénères comme un dieu. Et ne t'avise pas de nier, j'ai vu ses photos dans ta chambre !
Elle rougit et regarda ailleurs. Elle n'aurait jamais dû laisser Lila dans sa chambre, ce fut une très mauvaise idée. Mais le mal était fait, alors autant supporter la honte et essayer de changer le sujet de la conversation.
- Lila, est-ce que je pourrais te poser une question ? demanda-t-elle soudain, et sans attendre une réponse, elle reprit : Si Adrien ne te plait pas vraiment, si aucun garçon de l'école ne trouve grâce à tes yeux, c'est quoi donc ton genre de garçons ?
Visiblement surprise, Lila leva ses sourcils et réfléchit une minute.
- Je ne sais pas … lâcha-t-elle nonchalamment après. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui me faisait rougir, avoua-t-elle. Mais je pense que j'aimerais bien de quelqu'un de confiant, d'assuré, et d'assez intelligent … Si Adrien pouvait avoir une de ses qualités et être moins un toutou docile, peut-être qu'il m'intéresserait un peu plus… D'ailleurs, Marinette, chanta-t-elle d'une voix mielleuse en lui lançant un regard charmeur.
Elle décala alors sa chaise un peu pour se rapprocher de Marinette jusqu'à coller leurs genoux ensemble, et là, elle esquissa le plus joli des sourires et se mit à battre des cils.
Marinette déglutit. Elle se savait entre les griffes du renard.
- Quoi … ?
- Toi qui connais si bien Adrien, de son groupe sanguin jusqu'à l'anniversaire de sa grande tante, saurais-tu s'il aurait, par le plus grand des hasards bien sûr, un cousin très ressemblant ?
La jeune fille aux yeux bleus fronça les sourcils.
- Tu parles de Félix ?
- Ah, Félix ! répéta Lila avec satisfaction. Il s'appelle donc Félix, et comment le connais-tu ?
- Il est venu une fois ici avec sa mère, et il a essayé de se faire passer pour Adrien, justifia Marinette.
- Ah ! Donc, ce n'est pas un saint ! C'est toujours bon à savoir. Et sinon, que sais-tu de plus sur lui ?
- Dis-moi d'abord pourquoi tu veux savoir tout ça ? Félix vit à Londres, alors que toi, tu es coincée à Paris, je ne vois pas l'intérêt …
- Oh, crois-moi, un jour tu vivras assez longtemps et tu comprendras que chaque parcelle d'information sur les gens que tu connais est à conquérir. On ne sait jamais quand une occasion se présentera d'utiliser ce qu'on sait sur eux.
- Si tu le dis …
Cela prit à Lila tous ses talents de persuasion pour convaincre Marinette de lui dire ce qu'elle savait sur Félix, et pour la récompenser d'avoir été si conciliante, Lila lui promit d'écrire la moitié de l'exposé à sa place, alors qu'elle s'était déjà occupée de rassembler les informations et d'arranger les illustrations.
Il faut toujours récompenser les gens, il faut toujours payer les services, et c'était ce que faisait une gente demoiselle comme Lila Rossi.
Et en ce qui s'agit de ce qu'elle avait dit à Marinette, elle avait raison.
Après tout, Lila gravitait dans une société de gens importants, une société que ses mensonges amplifiaient certes, mais une société de gens importants malgré tout. Il était donc nécessaire de connaitre autant de choses qu'on le peut sur ceux qui font partie de notre cercle, et ce Félix en faisait partie, comme Gabriel Agreste chez qui elle servait comme mannequin.
On pourrait s'attendre à ce que Lila adore son travail là-bas, mais pas du tout !
- Mais c'est quoi ce visage ! lui cria Alejandro, le photographe espagnol aux étranges favoris.
- Mais il a quoi mon visage ! s'exclama Lila, brisant sa pose.
Cela faisait presque une demi-heure qu'il essayait de faire une photo, une seule photo, et ce n'était toujours pas fait.
Alejandro se cogna la tête contre un mur et faillit jeter sa caméra parterre.
- Tu es nulle ! Tu ne sais pas poser ! J'ai vu des bébés de deux mois plus photogéniques que toi ! Je ne sais pas pourquoi M. Agreste veut de toi ici, tu n'as aucun talent !
Parce que vous, vous en avez peut-être …
Mais Lila ne pouvait répliquer. Ici, elle n'était qu'une poupée à leur disposition, et le fait qu'elle n'arrivait même pas à donner une bonne expression blessait son égo. Elle avait toujours pensé que le métier des mannequins était facile, qu'il suffisait d'être jolie et hautaine pour y arriver. Mais dès sa première séance photo, elle avait découvert qu'il y'a un monde d'écart entre l'autoportrait qu'une adolescente fait dans sa chambre et destine aux réseaux sociaux, et une photo pour un magazine prestigieux, commande d'un client exigeant.
Ils étaient dans le studio depuis ce matin, il était dix-huit heures, et elle avait école demain matin. Elles étaient environ une vingtaine de jeunes filles à avoir été conviées, la moitié posait pour un magazine américain, et l'autre moitié, celle dont faisait partie Lila, pour une revue de mode française. C'était peut-être la même collection, mais les clients exigeaient d'avoir des exclusivités. Il paraissait aussi que les marchés français et américains étaient très différents.
Lila était derrière un fond blanc, avec pas moins de cinq projecteurs braqués sur elle et qui l'aveuglaient. Elle faisait face à Alejandro, homme de petite taille, et à quatre filles qui attendaient encore leur tour et qui lui lançaient des flèches avec leurs yeux agacés, la blâmant froidement de retarder tout le monde.
- Allez, tu as l'air toute douce ! Je veux plus d'agressivité dans tes yeux, mais aussi un peu d'amour ! Je veux un tourbillon !
Compreniez-vous ce qu'il disait ? Parce que Lila, non.
- Pense à celui qui t'a brisé le cœur ! Pense que tu es la jolie femme d'un milliardaire, et que du jour au lendemain, il t'annonce qu'il te quitte pour une fille qui fait la moitié de ton âge ! C'est ça ! dit-il en se mettant à reprendre des photos. C'est ça, mon petit délice italien ! Regarde-moi comme tu regarderais sa maîtresse, cette briseuse de ménage qui gâche toute ta vie ! Oh, c'est parfait ! s'extasia-t-il. Oh, je le sens, je le sens que tu me détestes, je sens que tu me tuerais si tu le pouvais ! Continue comme ça hermosa, t'es parfaite !
Mais Lila ne pensait pas à une briseuse de ménage imaginaire, plutôt à Marinette Dupain-Cheng lors de leur première rencontre. Ça lui donnait déjà envie de vomir… Mais en y pensant, elles se rendait compte qu'elle n'avait plus rien contre elle à présent. Marinette avait arrêté de lui chercher des noises, et semblait même, à un certain degré, prête à enterrer la hache de guerre.
Lila se demandait quel pouvait en être la raison, ce qui pouvait avoir poussé Marinette à devenir aussi gentille avec elle.
C'était un point d'interrogation flottant, un mystère qu'elle n'arrivait pas à dénouer. Mais elle était intelligente, et Marinette était un livre ouvert, elle allait tôt ou tard découvrir la vérité.
En attendant, quand Alejandro obtint la photo qui lui convenait et que le tour d'une autre fille vint, Lila s'éclipsa et alla vers les toilettes du bâtiment, toilettes qu'elle trouva occupées étrangement. Alors qu'elle était en train d'attendre et d'appliquer un rouge-à-lèvres goût framboise sur les contours de sa bouche, un bruit l'immobilisa.
Un bruit bien reconnaissable, surtout lorsqu'on s'appelle Lila Rossi et qu'on a passé les six dernières années à se faire vomir.
Soudain, une porte s'ouvrit, et une magnifique jeune fille en sortit. Elle semblait à peine plus vielle que Lila, mais milles fois plus belles. Elle avait de raides cheveux blonds, des yeux bleu clair brillants, une peau pâle, et elle portait une robe dorée et clinquante.
Lila reconnut l'une des pièces de la collection Agreste, et sut que cette fille devait être l'une de celles à poser pour le magazine américain.
La jolie jeune fille lui sourit.
Elle était époustouflante, et Lila se sentit si laide en comparaison.
Elles échangèrent un regard, et tout fut dit. Chacune savait que l'autre, aussi, savait au sujet de ce qui venait de se passer dans l'intimité des toilettes.
- J'ai un défilé demain, et la robe est le 34 le plus serré que je n'ai jamais porté de toute ma vie, je ne peux pas me permettre de grossir, se justifia-t-elle en rougissant un peu, honteuse.
Lila leva un sourcil en notant l'accent slave. Cette fille n'était pas d'ici.
- Si le tu sais, pourquoi as-tu mangé en premier lieu ?
- Il y'avait une équipe de télévision plus tôt ce matin. Ils ont apporté des paniers pleins de bonbons, de chocolats, de croissants … Et ils nous ont demandé de manger devant la caméra alors qu'ils filmaient le reportage. Je ne voulais pas, mais mon manager m'y a obligée.
Lila grinça à l'emploi du mot « manager », mot qui n'était pas très français, mais elle fit remarquer à la place :
- Il a eu raison, pas la peine de le blâmer pour ça. Les journalistes faisaient sans doute un reportage sur la condition des mannequins, et si tu n'avais pas mangé ce panier, je te jure qu'ils auraient dit que tu ne l'avais pas fait parce que tu as peur de manger, parce que tu es anorexique, et ça leur aurait permit de généraliser et de dire que l'industrie de la mode fait l'éloge de la privation alimentaire et de la maigreur.
- Mais … Mais c'est vrai, ça, non ? dit-elle.
- Bien sûr que c'est vrai ! Tu as déjà vu une grosse défiler ? lâcha Lila en agitant la main. L'important, ma jolie, ce n'est pas la vérité, mais ce que va penser la ménagère en surpoids devant son écran la semaine prochaine en visionnant le reportage.
- Ah … fit-elle.
Et là, Lila se dit qu'elle était peut-être très jolie, mais pas si futée.
- Je m'appelle Sophia, lui dit-elle en lui tendant sa main, mais tout le monde m'appelle Sonia.
- Moi, c'est Lila, dit-elle en acceptant la poignée de main. Tu viens d'où Sonia, parce que je doute que tu sois française.
- Je suis ukrainienne, répondit-elle, mais mon agence est à Paris et toi, tu fais partie de quelle agence ?
- Aucune, je ne suis pas un mannequin professionnel, révéla-t-elle en voyant Sophia sortir de sa poche une boite de cigarettes.
- Tu en veux une ? lui demanda-t-elle en prenant une pour elle-même.
- Non, dit Lila en secouant la tête, j'ai beaucoup de défauts, mais fumer n'en fait pas partie.
- D'accord, mais tu ne sais pas ce que tu rates, lui dit Sophia en allumant sa cigarette.
Lila remarqua qu'elle avait un briquet à l'effigie de la tour Eiffel, et elle sourit.
- J'ai encore un peu de temps avant que mon chauffeur vienne me ramener, tu veux parler ?
Elle hocha la tête et toutes les deux se dirigèrent alors vers un balcon tout proche où elles s'installèrent sur des chaises, regardant la rue en-dessous.
- J'adore la ville de Paris, lui confia alors Sophia entre deux bouffées de cigarette, relâchant dans l'air une fumée que le vent dissipait aussitôt.
- C'est une très belle ville, je sais, approuva Lila qui regardait les nuages en levant la tête.
- Je suis déjà allée à Milan, à Berlin, à Tokyo, à Moscou, à Londres, à New-York, mais jamais je n'ai trouvé autant de beauté là-bas qu'ici. Tu vis ici depuis combien de temps ?
- Depuis que je suis née, en fait. Mes parents sont originaires d'Italie, mais j'ai passé toute ma vie ici. Et toi, tu es ici depuis quand ? Tu parles drôlement bien français pour une Ukrainienne.
- Oh, eh bien, j'ai un appartement ici depuis que j'ai douze ans. Quand j'étais petite, mon agence a fait un casting dans mon village et j'y ai été sélectionnée. Depuis, je vis ici et je travaille comme mannequin à plein temps.
- Et l'école ? Comment tu as fait pour l'école ?
- Je n'ai pas continué d'étudier, répondit Sophia avec un sourire en coin. Je sais que c'est irresponsable, mais mon père est mort quand j'avais neuf ans, et j'ai sept frères et sœurs, ma mère ne pouvait subvenir à tous nos besoins, donc il me fallait travailler pour eux. Heureusement que ce métier paye bien…
- Oui, mais pour combien de temps ? demanda Lila. Un jour, ta beauté s'effacera, disparaîtra, et tu ne pourras rien y faire. Que deviendras-tu quand tu ne pourras plus monnayer ton visage à cause des rides ?
- Eh bien, je ferai comme toutes les mannequins, je trouverais peu avant ma retraite un millionnaire américain à épouser, et je lui servirai de pièce de décoration pendant qu'il me trompera avec une fille deux fois plus jeune.
Lila hocha simplement la tête et ne dit mot sur le sujet. Après tout, elle qui était née avec une cuillère d'argent dans la bouche, qui était-elle pour juger ?
- Vomir, toi aussi tu le fais, n'est-ce pas ? lui demanda soudain Sophia. Parce que si tu ne le faisais pas, tu serais déjà en train de prévenir mon manager.
- Oui, c'est vrai, répondit-elle. Je le fais depuis que j'ai dix ans.
- Oh, tu as commencé tôt dis-moi ! s'exclama-t-elle, haussant les sourcils. Moi, c'était seulement il y'a deux ans. C'est une camarade avant un défilé qui me l'a recommandé. Tu sais, pour la plupart d'entre-nous, se faire vomir est le seul moyen de manger un gâteau ou une sucrerie.
- Tout a un prix, chaque action à ses conséquences, concéda Lila.
C'était la première fois qu'elle parlait de vive voix avec une fille comme elle, une fille qui comprenait ce que cela faisait de devoir peser ce qu'on mange, une fille qui comprenait à quel point ça fait mal d'avoir toujours la faim au ventre, de ne jamais pouvoir manger quand et autant qu'on le veut …
Elle avait peut-être trouvé une amie, une vraie.
Un peu plus tard, le chauffeur de Sophia arriva et elle lui proposa de la déposer chez elle, ce que Lila accepta, surtout qu'il se faisait tard et qu'elle avait école demain.
Sophia était sans doute un mannequin de très grande renommée, puisqu'elle avait à sa disposition une limousine. Montant avec elle à bord du luxueux véhicule noir, Lila se demanda ce qu'elle allait pouvoir faire en rentrant chez elle.
Lorsque la voiture se gara à côté de son immeuble, Lila leva les yeux et remarqua qu'il y'avait de la lumière dans sa chambre. Quelqu'un était chez elle, et puisque sa mère ne revenait de son voyage que dans deux semaines, elle savait qui devait être la personne à l'intérieur.
L'entendant soupirer de dépit, Sophia lui demanda :
- Quelque chose va mal ? Tu as l'air contrariée tout-à-coup.
Enlevant sa ceinture de sécurité et ouvrant la porte, Lila répondit :
- Ne t'en fais pas, je sais ce qui m'attends et ce que je dois faire.
- Oh …
- On se revoit toujours samedi prochain ? rappela-t-elle avec un sourire artificiel.
- Oui, à la semaine prochaine.
Puis, fermant la porte de la limousine derrière elle, Lila regarda la voiture démarrer et disparaitre au bout de la rue. Sonia partie, le sourire de Lila se flétrit instantanément et elle leva la tête pour jeter un nouveau coup d'œil à la fenêtre de sa chambre, là où la lumière était allumée, puis elle se dit :
- À nous deux maintenant, ma petite coccinelle…
… Fin du Chapitre …
Note : Merci de continuer à lire cette histoire. Chapitre promis, chapitre dû.
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Portez-vous bien.
