Merci à Ashley A. Anderson et à Lison Doute pour leurs commentaires.

Bonne lecture !

Chapitre IX

- Détends-toi, Ching-Chong… Je peux t'assurer que parmi toutes ces candidates, tu es la moins minable…

Marinette ignora son commentaire et continua à faire les cents pas de droite à gauche. Lila avait fini d'enfiler la robe noire, et avait déjà son numéro de passage.

Le numéro 5.

Mais Marinette ne pouvait s'empêcher de stresser, même si elles étaient en avance. En effet, même si tout le monde avait mis sa tenue, certains modèles étaient toujours occupés à se coiffer ou à se maquiller, ou à faire les deux en même temps.

À cause de l'empressement et de l'anxiété de Dupain-Machin, Lila avait été trainée dès l'ouverture, de bon matin. Depuis hier soir, quand Marinette avait fini d'ajuster la robe à sa taille, elle ne cessait de ruminer et de l'inquiéter.

Lila la sentait au bord de la crise de nerfs, à ce stade. Elle aurait bien essayé de la détendre, mais ce n'était pas dans ses cordes.

- Hey, regardez cette petite ! entendit soudain Lila venir d'un coin.

L'Italienne ne se tourna pas mais y prêta l'oreille.

- C'est la pistonnée d'Agreste et son amie anorexique ! dit une autre candidate. Regarde cette taille, mon cure-dent est plus gros qu'elle…

- À leur âge, elles devraient continuer de jouer à la poupée. Elles n'ont pas le niveau pour ce concours…

- Et regarde-moi cette robe de deuil, elles n'ont aucune chance.

- C'est clair, c'est tellement laid que je ne pourrais même pas l'utiliser comme torchon dans ma cuisine.

Lila eut un sourire en coin et leva les yeux au ciel. La jalousie ! Ah ! Si elle n'était pas totalement sûre de la victoire il y'a encore quelques minutes, maintenant qu'elle les avait entendues, elle était sûre que Dupain-Chen était gagnante. Il suffisait, d'ailleurs, de regarder les autres candidatures pour s'en rendre compte.

Les créations se divisaient en deux catégories, une qu'elle voulait appeler « Trop Original tue l'Original », où on pouvait trouver des tissus bariolés, déchirés et des découpages étranges, avec des plumes rouges sur les chignons et des maquillages de clowns dépressifs, et la seconde qu'on pouvait nommer « Chic Vulgaire », où on pouvait trouver des tenues si petites qu'on aurait pu les confondre avec des maillots de bain et des robes avec tellement de strass qu'on pouvait les utiliser comme boule à facettes.

L'univers de la mode était, certes, toute en extravagance et en surenchère, mais comme en tout, il faut de la mesure. Aucune de ces robes n'était adaptée à une vraie soirée mondaine. Marinette avait été parmi les seules à proposer quelque chose de simple et d'élégant, et c'était sans doute la meilleure stratégie à adopter.

Pour autant, et Lila devait bien le reconnaître, il y'avait deux candidates qui semblaient bien en lice pour remporter le premier prix également.

La première était au bout de la salle et maquillait son modèle vêtu en rouge, et l'autre tressait les longs cheveux roux de son mannequin.

La première robe redoutable était rouge et près du corps. Si les autres créations abusaient du côté moulant, ce n'était pas un défaut que l'on pouvait reprocher à celle-ci en particulier. Elle était très belle et très élégante. Mais ce qui la mettait au-dessus du lot, c'étaient ses manches longues et transparentes, sans doute d'inspiration orientale.

Quant à l'autre robe qui avait attiré l'œil de Lila, elle était verte. Elle ressemblait bien plus à une robe de bal qu'à autre chose, et les manches étaient bouffantes. Sur le bas, on pouvait voir des plantes brodées… En tant qu'amatrice de végétaux, elle ne reconnaissait aucune plante commune. La créatrice s'était sans doute amusée à dessiner des plantes imaginaires.

Les longs cheveux roux du mannequin, comme de la lave en fusion, ressortait d'une façon tapante en contraste avec le vert du costume. C'était très joli… Pour une fois qu'on réussissait à mettre une rouquemoute en valeur ! pensa-t-elle avec un sourire en coin.

- Hey, c'est Marinette Dupain-Cheng, c'est ça ? entendirent-elle soudain.

Marinette s'arrêta dans sa marche, et Lila leva les yeux pour voir qui venait vers eux.

Elle reconnut la créatrice de la robe rouge, une petite brune au regard mesquin, et à côté d'elle, une jeune fille blonde qu'elle n'identifiait pas, mais qui portait la robe à merveille…

- Oui, c'est moi … répondit Marinette en rougissant devant les deux filles plus âgées. C'est qui ?

- Chloé, répondit la brune. Et elle, dit-elle en montrant la personne à ses côtés, c'est ma sœur, Daphnis… Je suis le numéro 23.

- Moi…Moi … Moi, c'est … bafouilla Marinette, rougissante.

- Elle, c'est Marinette Dupain-Cheng, intervint Lila nonchalamment. Et on est le numéro 5, dit-elle en montrant le carton qu'on lui avait donné.

- Oh, fit la Chloé bon-marché avec un sourire en coin. Vous passez donc avant beaucoup de gens, c'est un avantage certain.

- C'est vrai que j'aurais peur à votre place, répondit Lila, lui lançant un regard assassin. Mais bon, quelque soit l'ordre dans lequel on les voit, les bonnes choses ressortent toujours. Il n'y a nul lieu de s'inquiéter si vous avez confiance en la supériorité de votre création.

- C'est ce qu'on verra, dit Chloé en croisant les bras. De toutes façons, ça ne m'étonnerait pas que la pistonnée gagne la compétition, vue comment elle y est entrée… Alors, la Chinoise, ça rapporte combien de cirer les pompes d'Agreste ?

Cette pique, au lieu de toucher Marinette, offusqua Lila, qui ouvrit légèrement la bouche en l'entendant. Alors, se dit-elle… Quand elle parlait à Marinette, elle avait l'air de ça ? D'une peste aux sentiments putrides qui s'abaisse aux insultes les plus faciles pour disqualifier les autres ?

- Et toi, reprit l'Italienne, ça rapporte combien de se comporter comme une saltimbanque finie ? S'il-te-plait, raffine un peu tes répliques, parce qu'elles sont d'une vulgarité sans nom. On pourrait trouver plus fin dans une décharge publique au Bengladesh, n'est-ce pas, Marinette ? demanda-t-elle en se tournant vers elle.

Mais Marinette, au lieu de la soutenir, baissa soudain la tête, et Lila fronça les sourcils.

- Mais qu'est-ce qui te prend Dupain-Cheng, réponds-lui ! demanda l'Italienne en tapant du pied sur le sol. Ne te laisse pas faire, bon sang !

- Je … Je …

Mais il semblait que tout le panache et toute la dignité de Marinette s'étaient faits tout petits et s'étaient glissés sous un tapis pour le moment, comme de la poussière. C'étaient des filles plus âgées, certes, mais l'âge n'est en rien synonyme de supériorité en art…

Puis, alors que tous les regards étaient fixés sur elle, et que tous attendaient d'elle qu'elle prenne position, Marinette Dupain-Cheng s'excusa, dit qu'elle avait besoin d'utiliser les toilettes, et courut hors de la pièce, ce qui fit rire Daphnis et Chloé.

- C'est ça, la styliste talentueuse qu'on nous a vendu ? lâcha Daphnis avec des yeux cajoleurs. Même si elle avait le talent d'un Dior ou d'une Mademoiselle, elle ne survivrait pas de toutes façons avec ce genre de naïveté et ce genre de caractère … Elle n'a pas les épaules, et les épaulettes ne se vendent plus, d'ailleurs.

Chloé et Daphnis échangèrent un regard entendu, et continuèrent de s'esclaffer comme des hyènes qui voient un lion rater sa proie.

- Elle est forte, leur dit soudain Lila d'une voix calme, elle est plus forte que vous deux réunies.

- Tu as l'air plus intelligente qu'elle, joli cure-dent, lâcha Chloé en lui pinçant la joue un peu trop fort, et tu en es consciente, alors pourquoi continues-tu de trainer avec elle ? Je t'ai vue poser pour la dernière collection d'Agreste, tu es bien trop importante pour défiler pour une simple collégienne, mais pourtant, tu le fais… Est-ce de ton propre gré ou est-ce Gabriel Agreste qui te force à servir sa charmante protégée ?

- Ne me touche pas, lâcha Lila en rejetant la main de Chloé, toujours sur sa joue. Entre toi et Marinette, c'est bien toi l'imbécile. Tu es bien bête de croire que quelqu'un puisse me forcer à faire quelque chose. Certains sont forcés de faire un travail qu'ils exècrent pour arrondir leurs fins de mois, certaines sont forcées à épouser des hommes qu'elles n'aiment pas par pression familiale et religieuse, et d'autres, comme toi, sont forcées de se comporter comme des pestes pour cacher le fait qu'elles ont peur de la défaite. Mais moi, personne ne peut me forcer à rien faire, personne, entends-tu ?

Chloé ferma sa bouche et devint rouge de colère. À côté d'elle, seul encore un semblant de fierté empêchait Daphnis de lâcher un inacceptable juron.

N'attendant pas qu'elles se remettent de leur humiliation, Lila tourna les talons et partit à la poursuite de Marinette.

Elle se dirigea vers les toilettes du bâtiment qu'elle trouva complétement vides et silencieuses. Tout le monde était en haut, en train de se préparer pour la compétition…

- Mari…

Soudain, tendant bien l'oreille, Lila put entendre un sanglot étouffé. Elle aurait pu savoir de quel cabinet il venait si, et seulement si, son attention n'avait pas été subtilisée par autre chose.

Elle vit, du cadran de la porte, surgir un papillon aux ailes noires, et son cœur rata un battement.

Ce ne pouvait être… Ce ne pouvait tout de même pas signifier que … Est-ce que Marinette avait vraiment atteint ce fond-là ? Ou est-ce que ce papillon était destiné à quelqu'un d'autre ?

Le Papillon était l'ami de Lila, et il lui avait donné beaucoup de pouvoir. De ce fait, elle n'interférait jamais avec ses projets. Au contraire, même, elle avait, la plupart du temps, tout intérêt à ce qu'il réussisse à vaincre Ladybug…

Mais… Mais…

N'écoutant que son cœur, Lila attrapa d'un geste souple le papillon noir, et sans le poser sur aucun objet pour recevoir le pouvoir qu'il proposait, elle lui déchira une aile.

- Je suis désolée, petit papillon, mais tu ne l'auras pas… murmura-t-elle en le jetant par terre.

Elle l'écrasa ensuite alors qu'elle essayait de savoir où pouvait se cacher Marinette. Si elle ne voulait pas que Le Papillon renvoie un autre de ses sombres volatiles, il lui fallait apaiser les tourments de Dupain-Cheng au plus tôt.

- Marinette, dit-elle en toquant sur une porte, es-tu là ?

- Li… Lila ? entendit-elle une voix enrouée répondre.

Bingo ! pensa-t-elle.

- Oui, c'est moi, Marinette. Dis-moi, est-ce que tu vas bien ?

- Oui… Oui, je vais bien, affirma-t-elle, comme si Lila ne l'entendait pas se moucher. Pourquoi tu demandes ?

- Parce que… Et Lila aurait pu donner milles raisons, mais elle n'en distingua qu'une seule… Parce que tu mens.

- Laisse-moi tranquille, Lila… Je ne veux pas te voir.

Soupirant, Lila n'en démordit pas.

- Peu m'importe ce que tu veux ou ce que tu ne veux pas. Dehors, il y'a la version brune de Chloé et sa peste de sœur qui attendent qu'on lui mette une raclée. Je ne te comprends vraiment pas, là. Que ce soit moi, Chloé ou n'importe quelle autre personne, tu t'es toujours défendue. Alors pourquoi tu t'es dégonflée devant ces deux-là ?

- Elles ont raison, répondit inopinément Marinette d'une voix basse, et puisqu'elle ne la voyait pas, Lila ne pouvait qu'imaginer sa mine de chien battu. Elles ont raison, Lila… Je suis une pistonnée … Sans Gabriel Agreste, je ne serais pas ici… Il a fait une exception pour moi, je pensais que j'étais au-dessus du reste, et je voulais prouver que je méritais ma chance… Mais quand j'ai vu toutes ces jolies robes, toutes ces candidates qui étaient là par une farouche sélection, contrairement à moi, je me suis finalement dit que…

- Tu t'es finalement dit que tu n'avais aucune chance, imbécile que tu es, compléta Lila en croisant les bras.

- Mais elles ont raison, Chloé et Daphnis, elles ont raison… répliqua Marinette.

- Ecoute, Marinette, je connais Gabriel Agreste. C'est un créateur de mode, mais il reste un homme d'affaires brillant avant tout. Les hommes d'affaires de son genre n'investissent que dans des projets prometteurs, et cois-moi, tu es ce qu'Agreste a de plus prometteur sous le coude pour le moment.

- Mais… ! voulut chouiner Marinette.

- Et même si tu étais une pistonnée arriviste et que tu ne méritais pas objectivement la victoire, où est le mal ? N'est-ce pas ton rêve de travailler dans la mode ? Dans ce monde, rien ne te sera jamais donnée tout cuit dans la bouche. Tu devras te battre pour chaque morceau, pour chaque miette. J'ai eu tout le loisir de constater que dans ce milieu, on laisse ses valeurs au vestiaire si on veut réussir. Les mannequins sont des pestes, les photographes sont des divas, et les stylistes sont cannibales entre eux. Si tu ne te révèles pas, on t'écrasera sans cérémonies…

- Je ne veux pas abandonner mes valeurs, je ne veux pas tricher, et je ne veux pas mentir pour obtenir ce que je veux…

- Pourquoi ?

- Parce que je ne suis pas comme toi, sale menteuse ! lâcha finalement Marinette en ouvrant la porte, montrant finalement à Lila ses joues mouillées et ses yeux gorgés de sang.

L'Italienne la regarda une minute, interdite, alors qu'elle absorbait ses mots. Elle, une menteuse… ? Elle, qui ne voulait que … que l'aider.

Elle avait cru que Marinette l'acceptait finalement pour ce qu'elle était, qu'elle ne lui reprochait plus le passé…

La gifle lui échappa.

Clack !

La joue déjà rose de Marinette vira au rouge alors que l'empreinte d'une main s'y inscrivait, la marquant.

- Je suis peut-être une sale menteuse, répondit Lila. Mais je me bats toujours pour ce que je veux, contrairement à toi, vermine !

Puis, ne laissant pas à Marinette le temps de se remettre de ses émotions, elle la prit par le poignet et la tira hors des toilettes.

Comme un animal docile, Marinette la suivit sans poser de questions. Lila la préférait quand elle n'ouvrait pas son bec.

- Oh, vous êtes là ! leur dit l'une des organisatrices alors qu'elles arrivaient en haut.

- Oui, on est là, répondit Lila. Nous nous excusons pour cette soudaine disparition. Nous avons eu un imprévu d'ordre émotionnel.

Jetant un coup d'œil à une Marinette larmoyante, l'organisatrice leva un sourcil et s'enquit :

- Elle a pleuré, c'est ça ?

- C'est récurrent ? demanda en réponse Lila.

- Plus que vous ne le croyez, confirma la dame. Il y'en a toujours qui craquent avant la fin. Certains ne sont pas faits pour supporter la pression….

- Eh bien, ce n'est pas mon cas. Viens Marionnette, on y va !

Et Marinette la suivit.

Lorsque le défilé commença, les créatrices furent priées de rester derrière pendant que leurs modèles présentaient leurs créations.

À vrai dire, la majorité des mannequins étaient médiocre, et le spectacle survola à peine l'affligeant. Elles marchaient comme si elles n'avaient pas d'articulations au niveau des jambes, souriaient maladroitement, ou se dandinaient comme des vieux chats ivres. Même Daphnis, la jolie Daphnis avec son attrayante robe rouge, marcha sur le podium sans la moindre once de distinction. Lila sourit en voyant le numéro 23 se ridiculiser… Même si la barre n'était franchement pas très haute.

Quant à elle, Lila avait marché avec un professionnalisme remarquable. Elle était sûrement la meilleure du lot, même si elle n'avait pas le niveau d'un mannequin. D'ailleurs, ce n'était pas étonnant quand on savait qui lui avait servi de professeur.

Pendant le dimanche, elle avait demandé quelques cours particuliers à Sophia, qui s'était empressée d'accepter, voulant se racheter pour le sale coup qu'elle lui avait fait en la laissant seule avec Félix.

- Pendant les années 90, lui avait-elle dit, tout était une question de sensualité. Les mannequins marchaient comme des félins, se dandinant, bougeant allégrement leur bassin… Il fallait séduire, attirer l'attention, attiser les fantasmes, iconiser les vêtements et les personnalités. Je sais marcher comme ça, mais je n'ai jamais connu cette époque, car depuis les années 2010 environ, les choses sont devenues beaucoup plus sobres. Les dirigeants des groupes de luxe veulent vendre des vêtements, et pour cela, il faut que la personnalité soit gommée au profit du produit. Alors on marche dignement, comme des reines qui traversent leur cour, la tête haute, le dos droit, et les mains dépliées le long du corps… On n'est plus que des cintres sur pattes.

Et pour accentuer son propos, cette très chère Sonia avait marché le long de son salon d'une façon presque balourde, le visage fermé, si bien qu'après quelques allers-retours pour lui donner un exemple, Lila s'était surprise à sentir une atmosphère rigide l'envelopper. Elle avait évidemment remercié son amie des conseils, et s'était entrainée du mieux qu'elle le pouvait… Ce qui n'était pas vraiment difficile. Il fallait seulement marcher comme une reine, comme une personne qui se croit trop importante pour donner d'elle-même à la plèbe.

Les juges lui jetèrent des regards appréciatifs, elle le nota, et elle ajouta cette appréciation à la liste des raisons qui faisaient que Marinette devait gagner.

Après des délibérations longues, l'un des juges monta sur le podium, une enveloppe à la main, et prit la parole, disant :

- Tout d'abord, avant de donner le nom du gagnant, je voudrais remercier tous les candidats et leurs mannequins de nous avoir offert un tel défilé. Nous avons vu fleurir sous nos yeux des cerisiers de créativité, des robes si belles qu'elles en rendraient des souveraines jalouses. La relève est assurée. Croyez-nous lorsqu'on vous dit que le choix a été difficile.

- Oui, c'est ça, lâcha Lila en jetant un regard aussi noir que sa robe à l'homme qui allait bientôt annoncer les résultats.

- Mais il faut toujours désigner un vainqueur… alors…

Sentant que Marinette allait défaillir, Lila la tint près d'elle et se pencha pour lui murmurer à l'oreille :

- C'est toi…

- Marinette Dupain-Cheng ! s'exclama le juge en jetant un regard vers elle. Marinette Dupain-Cheng remporte le premier prix ! Allez Mademoiselle, dit-il en pointant vers elle entre toutes les autres candidates, venez prendre votre trophée !

Emue, la gagnante ne sut comment réagir, alors Lila la prit par le poignet et la traina vers le centre du podium pour qu'elle puisse prendre sa récompense. Tremblante sous les projecteurs, Marinette prit le trophée sous les applaudissements des juges, de la salle, et des autres candidates, mais aussi de Lila qui souriait de toutes ses dents.

- C'était une très jolie création, Dupain-Cheng, comment vous est venue l'idée ?

- Je voulais … Je voulais… bégaya-t-elle.

- Mademoiselle Dupain-Cheng voulait donner sa place à une couleur délaissée par les créateurs modernes, car trop connotée, répondit Lila à sa place. Le thème de la soirée évoque la nuit, le ciel sombre, dit-elle en jouant avec sa robe. Le tissu léger, ainsi que la tulle qui le drape, sont ici pour apporter une touche aérienne. La nuit évoque, certes, le danger et le mystère, mais aussi la perte des inhibitions. Marinette Dupain-Cheng m'a confié que la mode ne sert pas seulement à embellir les gens, mais à créer des vêtements racontant des histoires, et permettant aux individus de s'exprimer.

Une autre vague d'applaudissements tomba sur eux lorsque Lila termina de parler, faisant rougir Marinette.

- Brillant, absolument brillant, dit le juge. Vous avez un grand avenir devant vous, Mademoiselle Dupain-Cheng.

Et Marinette plaqua un sourire sur son visage pour la photo.

- Et ton amie a gagné ?

- Ce n'est pas mon amie, d'abord, lâcha-t-elle en buvant une gorgée de son café. Mais, oui, c'est ça… Elle a gagné.

Ils étaient dans un café près de l'hôtel où résidait Félix. L'endroit n'était pas particulièrement bondé, et les deux jeunes gens se fondaient plutôt bien dans le décor, si on oubliait, bien sûr, les clins d'œil que leur avait lancé la serveuse en rapportant leur commande.

Ils avaient tous les deux pris un café noir.

- Elle pense que nous sommes un couple, lui avait dit Félix alors qu'elle était partie. Et qui pourrait l'en blâmer ? Deux beaux jeunes gens ensemble, ça plait aux yeux.

- Nous sommes beaux, ensemble ? En tous cas, ce n'est pas la modestie qui te manque, avait-elle répondu.

- Toi non plus, avait-il répliqué avant qu'ils n'entament la vraie discussion.

Regardant par la fenêtre du petit café, Lila pouvait voir la pluie tomber à grosses gouttes. À l'intérieur, on jouait « Les mots bleus » de Christophe, mais les gens ne semblaient pas écouter les paroles, trop investis avec leur agréable compagnie.

Mais Lila n'avait pas ce luxe.

Félix était détestable.

- C'est étonnant, lui dit-elle ensuite. Tu viens à Paris, mais tu ne vas pas dormir chez ton cousin, pourquoi ?

- Parce que dormir avec mon nigaut de cousin qui fantasme sur Ladybug, ce n'est pas exactement ma tasse de thé.

- Adrien aime Ladybug ? lâcha Lila, la mâchoire tombante.

- Plus que tu ne le crois… J'ai déjà regarder dans son téléphone, il n'a que des photos d'elle. Si Ladybug était une religion, il serait prêtre.

- Ah… lâcha-t-elle. Beaucoup de choses s'éclaircissent, soudain…

- Désolé de briser tes rêves.

- Tu ne brises rien, lui fit-elle remarquer ensuite, regardant tout sauf ses yeux. Je savais depuis le début que je n'avais aucune chance avec lui. Je ne l'ai jamais vraiment aimé, pour tout dire… Je pense juste à quelqu'un d'autre…

- Soit, dit-il en s'éclaircissant la gorge, mais je ne suis pas ici pour discuter des affaires de cœurs, et toi non plus, d'ailleurs.

Elle hocha la tête, et il poursuivit.

- Comme je te l'ai dit la dernière fois, il faudra que tu te fasses inviter chez mon cousin un peu plus souvent. Colle-toi à cette Dupain-Cheng si besoin…

- Et pendant que je fais ma part, j'espère que tu ne vas pas te tourner les pouces.

- Tais-toi, ma jolie. En plus d'être le cerveau de cette opération, j'en suis la pièce centrale. J'ai déjà des projets.

- Et quels sont-ils ?

- Te les dire ? Pour que tout tombe à l'eau si tu décides de changer de camp ? Mais je ne ferais ça même pas en rêves.

- Tu ne me fais pas confiance…

- Devrais-je le faire ? répliqua-t-il en arquant un sourcil blond.

Elle secoua la tête.

- Je tiendrais ma part du contrat, tant que tu tiens la tienne. Quand tout sera terminé, je veux ce qui a été promis.

- Tout vient à point à qui sait attendre, Lila… Tout, absolument tout.

Il but les dernières gouttes de son café, alors que Lila n'en avait même pas bu la moitié.

Et elle réalisa que ça allait toujours être comme ça entre eux une question de frugalité, de mystères, et de méfiance. Peut-on vraiment faire des affaires dans de tels conditions ?

Probablement pas.

Mais Lila Rossi et Félix Graham de Vanily ne faisaient pas des affaires… Non, eux, ils faisaient de la magie.

… Fin du Chapitre …

Note : Si ce chapitre vous a plu, vous pouvez laisser votre avis en commentaires. Ça m'encourage à écrire.

Portez-vous bien.