Chapitre 10 : L'Admirateur Secret.
Une semaine était passée depuis la dispute entre Remus et Nymphadora, dispute qui avait conduit à la séparation du couple. Remus n'était pas revenu depuis qu'il avait fermé la porte de l'appartement derrière lui ce soir là. Il ne venait même pas manger à la Grande Salle afin d'éviter le regard de sa femme et les explications avec Sirius, qui ne cessait de vouloir le coincer au détour d'un couloir. Malheureusement pour l'animagus, Remus était malin et avec ses sens de loup-garou, il pouvait facilement l'esquiver. Il voyait sa cousine dépérir lentement, ses cheveux auparavant roses devenaient de nouveau gris souris et elle arborait des cernes immenses sous ses yeux rouges et gonflés, démontrant à quel point elle avait pleuré encore et encore. Entre des sanglots entrecoupés, sa cousine lui avait raconté brièvement la situation. Enceinte, elle était enceinte ! Quel plus beau cadeau pouvait faire une femme à un homme que d'être papa ? Remus était-il idiot à ce point là ? Pourquoi fallait-il qu'il réagisse de façon excessive quand cela touchait sa condition de loup-garou ? Serait-il capable de mettre fin à son couple juste parce qu'il allait devenir père ? Nymphadora portait son enfant et au lieu d'être auprès d'elle et la soutenir, il fuyait comme un lâche. Sirius ne comprenait plus Remus ; il avait tout ce dont il rêvait depuis des années et d'un seul coup, il fuyait tout !
Sirius était en colère, furieux contre son ami. Il voulait le raisonner, lui parler, comprendre ces craintes. Merlin, pourquoi est-ce que tout devait être si compliqué en ce moment ? Ses sentiments envers Eliane, cette dispute, qu'allait-il se passer encore ? La vie ne pouvait donc pas les laisser tranquilles. Peut-être était-ce trop demandé ? Après tout le bonheur n'était jamais une chose facile à conserver, ni acquise ; il fallait se battre pour le préserver, pour en connaître les effets. Tout en soupirant profondément, Sirius se dirigeait vers la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner. Aujourd'hui, il avait son après-midi de libre et pourrait se rendre au village Pré-au-Lard et s'acheter un costume approprié pour le bal. Un sourire effleura ses lèvres en pensant au colis qu'il avait envoyé à la jeune fille, il aurait voulu voir sa réaction. Il mettait toutes ses chances sur le bal de Noël, pour lui parler et danser avec elle. Merlin, il ne cessait d'y penser depuis cette annonce ! Quelle bonne idée Minerva avait eu là. Il devait chercher un masque approprié à son physique pour ne pas qu'elle le reconnaisse.
Alors qu'il était perdu dans ses pensées, il tamponna une personne au détour d'un couloir. Quelle ne fut pas surprise en voyant que ce n'était autre que :
« Remus ! »
Le concerné réagit aussitôt en retournant sur ses pas, mais son ami le rattrapa en quelques foulées et le retint par le poignet. Il le poussa aussitôt contre le mur pour ne pas qu'il s'échappe. Sirius observa quelques instants Moony qui avait une barbe de plusieurs jours et le visage tiré par la fatigue. Lui aussi semblait ne pas dormir depuis plusieurs jours. Ils étaient tous les deux malheureux dans leur coin, cela devenait totalement absurde.
« Lâche-moi, Sirius, murmura-t-il d'une voix lasse.
-Il n'en est pas question ! Maintenant que je t'ai attrapé, je ne te lâcherai pas ! Tu peux me dire où tu étais passé ces derniers jours et pourquoi tu as quitté Nymphadora ? siffla dangereusement Padfoot.
-Je suis certain qu'elle t'a très bien informé de la situation, répliqua d'une façon acide Remus.
-En effet, est-ce pour autant une raison de quitter ta femme ? N'as-tu pas juré de rester à ses côtés pour le meilleur et le pire ? déclara sérieusement Black.
-Elle m'a piégé, elle ne m'a pas demandé mon avis, elle l'a fait à mon insu ! s'exclama Lupin en essayant de se dégager de la poigne de son ami.
-Elle t'aime, elle voulait un enfant de toi. Tu es prêt à briser tout ce bonheur qui t'étais donné parce qu'elle est enceinte de toi ? Elle l'a fait à ton insu parce qu'elle savait depuis le départ que tu refusais l'idée d'être père. Tu as trop peur qu'il devienne comme toi ou plutôt tu as peur d'assumer tes responsabilités ! Je ne te reconnais pas Remus. Je t'ai toujours connu comme un homme droit et sincère, mais dès que cela concerne ta condition, tu fuis ! »
Sirius vut juste quand les yeux de son ami brillèrent d'un éclat particulier : de la tristesse. Il relâcha un peu sa poigne sur Remus, l'observant dans les yeux.
« Tu souffres autant qu'elle, ne serait-il pas plus judicieux de vous serrer les coudes plutôt que de vous séparer ? Elle t'aime à en mourir Remus. La dernière fois que je l'ai vu dans cet état, c'est lorsque tu refusais son amour. Elle voulait un enfant, ce n'est pas un crime ! Toute femme désire un jour un enfant et même toi, au fond de ton cœur, je suis certain que tu souhaites et rêves d'avoir un gamin. Tu as juste peur Moony. Ce n'est pas préjudiciable, mais accabler Nymphadora de tous les maux de la terre n'est pas la solution ! »
Remus ferma douloureusement les yeux devant les paroles de Sirius qui n'étaient on ne peut plus juste ! Il le savait, il regrettait amèrement son geste et sa réaction, mais il n'avait pas le courage de faire le premier pas vers Nymphadora. Elle lui manquait et il avait envie de la retrouver, la serrer dans ses bras. Il était fou d'elle, peu importe ce qu'elle avait fait. Il l'aimait plus que tout au monde et rien ne changerait ça. Il se laissa alors glisser le long du mur pour se retrouver assis à même le sol, la tête dans ses mains, totalement désemparé, ne sachant quoi faire. Il avait si peur : serait-il un bon père ? Il était dangereux, il était un loup-garou, il était mauvais ! Et si son futur enfant devenait comme lui, qu'allaient-ils faire ? Que feraient-ils ? Sirius s'agenouilla à la hauteur de son ami et posa une main sur l'épaule de Moony qui releva la tête et dit :
« J'ai si peur Paddy. Imagine la honte que je donnerai à mon enfant. Même s'il n'est pas un loup-garou, il y aura tous ces préjugés. Il vivra en permanence avec le nom Lupin, un lycanthrope.
-Tu ne comprends pas Remus. Peu importe les autres, peu importe la société, tu feras un bon père malgré ta condition, le meilleur père même. Qui ne rêverait pas d'être ton enfant ? Tu es patient, généreux, droit. Tu aimes les enfants et leur apprendre des choses. Tu aimes ça, c'est en toi Moony ! Tu aimeras ton fils ou ta fille, tu lui donneras tout ton amour et ça, c'est la plus belle chose que tu puisses faire pour lui. Ton amour Remus.
-Tu dis la même chose que Nymphadora, souffla-t-il en baissant les yeux.
-Parce que c'est la vérité. Je peux te l'assurer moi-même, affirma Sirius, et tu le sais. »
Bien sûr que Remus le savait. Sirius était le mieux placé pour dire ça, sachant que sa famille ne l'avait jamais aimé et qu'il en avait souffert même s'il ne l'avait pas avoué. Lupin soupira une énième fois, ne sachant quoi faire ou plutôt si, il en avait une idée, mais rien que d'y penser, son ventre se tordait douloureusement. Il inspira profondément pour reprendre le contrôle de lui-même et de ses émotions, fermement décidé à aller parler avec sa femme. Il se releva lentement, faisant face à Sirius qui lui fit un sourire d'encouragement :
« Elle est dans vos appartements, va la rejoindre. »
Moony hocha simplement de la tête et prit la direction sans plus tarder vers ses quartiers, la peur nouant sensiblement sa gorge. Il ne lui fallut que quelques minutes pour arriver devant la porte qu'il avait claquée, il y a plusieurs jours. Il posa sa main sur le portrait et murmura d'une voix presque imperceptible le mot de passe. Il entra dans le salon, regardant autour de lui, cherchant la jeune femme des yeux. Il la vit alors assise dans son fauteuil, près de la cheminée, le visage posé et endormi, sous une couverture glissant doucement sur le sol.
Remus s'approcha lentement de l'endroit où se reposait Tonks. Son regard glissa sur ventre qui était toujours aussi plat que la dernière fois. Il prit la couverture dans ses mains et la remonta au niveau des épaules de sa femme pour la maintenir au chaud. Sa main remonta doucement vers son visage qu'il caressa de son pouce, les yeux brillants, étincelants d'amour. Il avait agi comme un imbécile ! Il vit alors ses paupières se soulever puis se refermer, pour finalement les ouvrir définitivement. Nymphadora avait l'impression de rêver. Était-il vraiment là ? Elle tendit une main tremblante vers le visage de Remus qui lui faisait face. Ses doigts caressèrent sa peau rugueuse alors que des larmes de bonheur roulaient le long de ses joues. Elle se jeta finalement dans les bras de son amant. Il n'y avait pas besoin de mot. Elle avait compris : il revenait. Il acceptait enfin…
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Quelques heures plus tard, alors que la fin du cours de Sirius venait de sonner et que tous les élèves de première année, Gryffondor et Poufsouffle, sortaient pour se rendre à leur prochain cours, il observa attentivement une élève qui l'inquiétait ces derniers temps. Une élève de sa maison. Il décida alors de l'interpeller :
« Miss White ? »
La fillette âgée de 11 ans se retourna vers son professeur et directeur de maison, étonnée qu'il l'appelle. Elle regarda autour d'elle et apparemment c'était bien à elle qu'il voulait parler. Que lui voulait-il ? Avait-elle fait quelque chose de mal ? La jeune Elizabeth paniqua rapidement en voyant tout le monde sortir et se retrouver seule avec son professeur. Allait-il la réprimander ? La gronder ? Et si oui pourquoi ? Elle avança à petits pas vers le bureau de Sirius où celui-ci l'attendait assis dans sa chaise, lui offrant un sourire encourageant pour qu'elle prenne place en face de lui. Il l'observa longuement ; son visage lui rappelait quelqu'un, mais il ne serait dire qui. Il sourit légèrement en la voyant aussi crispée et nerveuse sur sa chaise. Elle était vraiment mignonne avec ses petites couettes de chaque côté de la tête.
« Sais-tu pourquoi je t'ai fait venir ici ? demanda Sirius en croisant son regard bleu azur.
-Non, répondit-elle d'une voix fluette.
-Bien, comment vas-tu en ce moment ? Les professeurs et moi-même avons remarqué que tu semblais distraite ces derniers jours et que tes notes en pâtissaient.»
Sirius la vit légèrement sursauter sur sa chaise et serrer fortement ses doigts autour de sa sacoche.
« Tu es une très bonne élève Elizabeth et je m'inquiète que tes notes baissent subitement. As-tu un problème particulier ? »
La concernée semblait pouvoir craquer à tout moment, elle tremblait comme une feuille. Sirius ne put s'empêcher de penser qu'au moins elle était plus facile à faire parler que la jeune West. Il secoua alors la tête pour chasser ces idées de son esprit ! Pourquoi venait-il de comparer Elisabeth avec elle ? Décidément, il était totalement accro à Eliane pour penser à elle en ce moment même. Il se leva de sa chaise et se dirigea vers la fillette, s'agenouillant à sa hauteur et dit d'une voix douce :
« Si tu as un problème, tu peux m'en parler tu sais. Je suis ton directeur, je suis là pour ça. Cela ne sortira pas de la pièce, tout restera entre nous. »
Elle releva ses grands yeux bleus sur Sirius ; ils brillaient étrangement. Elle était prête à verser des larmes. La jeune White fouilla alors dans sa poche et en ressortit une lettre qu'elle tendit au sorcier qui la prit sans grande hésitation. Il déplia le parchemin et lut les phrases qui y étaient formulées. Sirius releva la tête en lisant les mots fatals. Il comprenait mieux son comportement des derniers jours. Il y avait de quoi être bouleversé émotionnellement surtout pour une personne aussi jeune qu'elle.
« Depuis quand le sais-tu ? As-tu répondu à tes parents ?
-Depuis deux semaines. Je-je n'ai pas réussi à leur répondre, c'est trop dur. Comment-comment puis-je me comporter avec eux ? bafouilla-t-elle en se triturant les mains nerveusement.
-Est-ce que cela change quelque chose pour toi ? Les aimes-tu toujours autant qu'avant ? demanda Sirius.
-Oui, répondit-elle en hochant la tête tout en ravalant ses larmes. Je les aime toujours, ce sont mes parents peu importe la vérité.
-Alors conduis-toi avec eux comme avant et demande-leur ce qui te tracasse. Pose-leur des questions si cela est nécessaire pour toi, déclara le professeur Black.
-Et si-si ma famille veut me reprendre ? Elle est à Poudlard et je ne sais pas qui c'est réellement. Peut-être l'ai-je déjà croisée. Peut-être lui ai-je même parlé ?
-Il est fort probable que tu aies croisé ta sœur au moins une fois à Poudlard sans le savoir, répondit Sirius. Le mieux à faire c'est de demander à tes parents qui elle est ? Et plus d'explications… »
La fillette hocha la tête, se sentant un peu mieux d'en avoir parlé avec un adulte qui puisse l'éclairer et l'aider. Elle offrit un maigre sourire à son professeur qui lui redonna la lettre qu'elle rangea à nouveau dans sa poche. Elizabeth remercia une nouvelle fois Sirius qui lui demanda de l'avertir si elle en savait plus après les vacances de Noël. Tout en sortant de la classe, Black observa sa silhouette disparaître dans les couloirs de Poudlard, tout en fronçant des sourcils, puis murmura :
« Eliane. »
C'était ça, elle ressemblait à Eliane : elle avait le même regard, les mêmes traits du visage. C'était la raison pour laquelle il avait pensé à elle à ce moment précis. Non, il délirait complètement : comment deux filles sans lien de parenté pouvaient se ressembler ? A moins que… À moins que ce soit elle la sœur d'Elisabeth ? Il balaya ses pensées d'un geste furtif de la main, il devenait totalement paranoïaque ! White, la sœur d'Eliane ? Ça se saurait ; le médicomage qui prenait soin de West avait bien précisé que l'enfant était mort durant l'accident dans le ventre de sa mère. Pourquoi aurait-il menti ? Cela lui aurait servi à quoi ? A rien ! Non décidément, cela ne collait pas. Il rentra dans sa classe, rangeant ses papiers et dossiers sans savoir qu'il était bien plus proche de la vérité qu'il ne le pensait…
Au même moment, à l'infirmerie, la jeune Eliane prit la boite de chocolat qu'on lui avait envoyé et offert ce matin avec une lettre signée « Ton Admirateur Secret ». Toutes les pensées de l'adolescente étaient redirigées vers cet homme qui lui avait écrit des mots avec une telle sincérité qu'elle en était très troublée. Il avait décrit ses sentiments qu'il avait pour elle, ce qu'il aimait chez elle, ce qu'il savait d'elle à travers son observation quotidienne. Eliane avait donc deviné qu'il était à Poudlard et qu'elle avait sûrement l'occasion de le côtoyer assez fréquemment pour qu'il la connaisse aussi bien. Qui cela pouvait bien être ? Qui pouvait donc être cette personne ? La jeune fille passa un doigt furtif sur la lettre qu'elle tenait entre les mains. Une écriture qu'elle avait déjà vue, mais où ? Elle se mordit légèrement les lèvres en signe d'intense réflexion. Comment cet homme pouvait-il l'aimer ? Qu'avait-elle d'enviable par rapport aux autres ? Pas grand chose. Pourquoi ne voulait-il pas se dévoiler ? Pourquoi garder le mystère ? Eliane n'aimait pas ça, elle était méfiante, elle avait peur. C'était peut-être stupide, mais les hommes ne lui avaient jamais inspiré confiance sauf un…
A cette pensée, elle rougit jusqu'à la racine des cheveux. Comment pouvait-elle encore songer à lui ? Son regard dériva alors sur la cape de Sirius. Elle était toujours sur la chaise à côté d'elle avec ses vêtements. Demain, elle rentrait enfin dans sa maison et reverrait son professeur en cours. Son cœur se mit alors à s'accélérer considérablement rien qu'à cette simple constatation. Était-elle éprise de lui à ce point ? C'était totalement absurde ! Elle n'avait rien à attendre de lui ! C'était une gamine et lui un homme mature. Qu'est-ce qu'un homme comme lui pourrait apprécier chez elle ? Rien. En plus, elle était certaine qu'elle ne pourrait jamais se donner complètement à un homme et ça, c'était un réel handicap aux yeux d'Eliane.
La jeune Serdaigle soupira longuement, tout en attardant son regard sur la boîte de chocolat et la lettre de son admirateur. Admirateur qui souhaitait la rencontrer au bal de Noël et danser avec elle. Il serait bien difficile pour elle d'aller à cette soirée : son père voulait qu'elle rentre chez elle durant les vacances et en plus, elle n'avait rien à ne se mettre. Non, décidément elle ne pourrait pas y aller même si l'envie ne lui manquait pas. Ce soir-là, il porterait une rose blanche, c'est ainsi qu'elle le reconnaîtrait. Une rose blanche signifiait l'amour pur dans le langage des fleurs. « Rien n'entachera mon amour pour vous ». Etait-il possible que cet admirateur l'aime à ce point ? Il devait être un brin romantique et mystérieux pour utiliser un tel moyen de communication avec elle. Eliane huma alors une odeur qui se dégageait du papier à lettres, une odeur qu'elle avait déjà sentie quelque part, qui l'apaisait : de la cannelle ! Non, ce n'était pas possible, elle devait se tromper ! Et pourtant, c'était bien la même odeur que la cape du professeur Black. Elle secoua la tête, chassant toutes ses idées qu'elle trouvait de plus en plus ridicules ! Il y existait plusieurs personnes qui portaient la cannelle, c'était juste une simple coïncidence. Une simple coïncidence…
Elle fut alors sortie de ses songes en entendant des pas approcher de son lit. Elle releva alors la tête et vit :
« Laura ! »
La concernée fit un maigre sourire à son amie tout en se rapprochant vers la couchette d'Eliane, prenant place sur le rebord du lit. West remarqua quelque chose sur le visage de la Gryffondor qui ressemblait fort à de la tristesse et elle semblait avoir pleuré. Que se passait-il ? Pourquoi était-elle dans cet état ? Quoique, Eliane se fit la remarque, ce n'était pas la première fois qu'elle voyait Laura ainsi. Elle tendit une main sur la jambe de Floyd qui releva la tête, la sortant quelque peu de ses sombres pensées.
« Iras-tu au bal ? Tout le monde en parle à Poudlard, les invitations fusent de partout et les filles deviennent de véritables groupies. L'amour et la niaiserie semblent avoir envahi Poudlard tout entier, dit de façon cynique la Gryffondor, déclenchant un léger rire chez Eliane, sans lui enlever son inquiétude première. Alors ? réitéra Laura.
-Je ne pense pas. Problèmes d'argent et je n'ai rien à me mettre, confia Eliane tout en voyant son amie hocher de la tête en signe de compréhension. Et toi ?
-J'y vais, c'est ce que ma mère aurait voulu, mais j'y vais seule, ajouta-t-elle tristement. »
Eliane fronça des sourcils devant la phrase que venait de prononcer Laura. Que voulait-elle dire par « c'est ce que ma mère aurait voulu ? ». Pourquoi parlait-elle de sa mère au passé ? Serait-elle morte ? Elle vit alors le visage de la jeune fille se décomposer en un quart de seconde et pour cause : Floyd venait de mesurer l'ampleur de ses paroles. Quelle idiote faisait-elle ! Elle qui voulait tant garder le secret, voilà qu'elle venait de le révéler ! Les épaules de Laura s'affaissèrent aussitôt, le regard baissé sur ses mains qui se tordaient nerveusement. Peut-être que Mme Pomfresh avait raison. Peut-être serait-il temps pour elle de faire confiance à une personne, de demander de l'aide, de se confier, d'avoir une véritable amie. Mais est-ce qu'Eliane était cette personne ? Est-ce qu'elle continuerait à l'accepter quand elle viendrait à apprendre ce qu'elle se faisait ? Elle en doutait fortement, les gens avaient beaucoup trop de préjugés sur ça. Quel regard porterait-elle sur elle ?Serait-elle déçue, dégoûtée, horrifiée ? Laura se mordit légèrement les lèvres devant ses appréhensions qui grondaient en elle tel un orage. Tellement plongée dans son esprit, elle ne vit pas Eliane se relever dans son lit et se rapprocher d'elle.
« Laura ? appela l'adolescente. Est-ce que ta mère est morte ? demanda-t-elle timidement. »
La concernée hocha simplement la tête en signe de réponse tout en ajoutant :
« Mes parents. Mes parents sont morts, il y a un an. Ils sont morts durant la guerre contre Voldemort. Une attaque de Mangemorts qui voulaient s'amuser avec des Moldus ! cracha-t-elle avec amertume tout en tremblant comme une feuille. Il y avait du sang partout, partout. C'était horrible…Si- si j'avais été là, si je n'étais pas partie faire les courses, je…j'aurais pu les aider, j'aurais pu…
-Non, rétorqua Eliane, non, ne te reproche pas ça. Ce n'est pas de ta faute Laura, tu n'aurais rien pu faire. Les Mangemorts t'auraient tuée avec tes parents !
-J'aurais largement préféré plutôt que de vivre ici ! »
Eliane ouvrit grand les yeux devant les sentiments de Laura. Elle semblait si sombre, si désespérée, si triste. Elle avait l'impression de mieux la saisir, de mieux comprendre son comportement : toujours recluse des autres, ne pas s'attacher aux gens de peur qu'on les lui retire, de les perdre…
Ses yeux dérivèrent alors lentement vers le bras de Laura qui semblait apeurée plus que jamais, sa manche étant légèrement remontée. Et comme une réponse silencieuse, leurs regards se croisèrent. Sans plus attendre, Eliane prit la jeune fille dans ses bras qui s'accrocha à elle comme à une bouée de sauvetage. Finalement oui, elle avait fini par la trouver cette fameuse amie. Une larme roula sur sa joue, puis deux, trois, quatre, ne pouvant plus s'arrêter, des larmes libératrices, des larmes qui n'avaient pas coulé depuis bien longtemps…
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Quelques heures étaient passées depuis la scène de l'infirmerie et Laura marchait tranquillement à travers les couloirs illuminés par les torches de feux. Elle se sentait légère très légère, comme si un poids énorme avait disparu de ses épaules. Peut-être était-ce le cas ? Cela lui avait fait du bien de parler un peu, Eliane ne l'avait pas jugée, elle n'avait rien dit. Juste de la compréhension, aucune pitié dans ses yeux, rien…C'était la première fois qu'elle rencontrait une personne comme elle, une véritable amie. Honnête et sincère ! Un léger sourire apparut sur ses lèvres quand soudain, elle entendit des éclats de voix provenant non loin d'où elle était. Elle stoppa sa marche, le visage plus grave que jamais, essayant de repérer d'où cela pouvait venir. Croyant avoir décelé l'endroit, elle s'y dirigea très rapidement, la baguette en main, prête à intervenir au cas où ! Après quelques minutes de marche, elle vit alors un groupe : deux filles, une petite et une plus grande qui apparemment la défendait, contre trois gros balourds ! Prenant son courage à deux mains, elle se dirigea vers l'altercation. À son arrivée, tout le monde se tourna vers elle. Elle remarqua alors que les trois élèves étaient deux Serdaigles et un Serpentard tandis que les deux filles se trouvaient à être une Gryffondor pour la plus jeune et une Serdaigle pour la plus âgée. D'ailleurs, elle avait déjà vu cette fille quelque part…Elle secoua la tête, n'ayant pas le temps d'y réfléchir et se tourna vers les trois importuns, disant d'une voix froide, égale à elle-même :
« Vous n'avez pas honte de vous attaquer à une enfant ? Trois contre un, c'est vraiment lâche de votre part. Attaquez-vous à quelqu'un de votre âge et de votre force, siffla-t-elle tout en pointant sa baguette sur les trois garçons.
-Ah ouais ? dit l'un des Serdaigles. Et que comptes-tu nous faire avec ta baguette ? Tu ne nous fais pas…
-Experliarmus ! cria-t-elle, ne lui laissant même pas le temps de finir sa phrase, l'envoyant s'écraser violemment contre le mur.
-Tu vas nous payer ça ! Espèce de sale garce frigide ! s'exclama le Serpentard en sortant sa baguette pour attaquer Laura.
-Petrificus Totalus ! dit une voix à côté d'elle. Je crois que le plus congelé de nous deux, c'est toi maintenant. Et toi, si tu ne déguerpis pas plus vite, tu auras le même sort que tes amis ici présents, répliqua sèchement la jeune fille d'un regard à faire détaler n'importe quel lapin. »
L'adolescent ne se fit pas prier, abandonnant ses amis à leur triste sort. Laura tourna la tête vers la Serdaigle qu'elle finit par reconnaître. Bien sûr, c'était l'une des amies d'Eliane ! Comment s'appelait-elle déjà ? Ah oui, Ambre ! Ses yeux la détaillèrent de haut en bas et elle ne put empêcher son cœur de manquer un battement sans trop savoir pourquoi. Ne s'y attardant pas plus longtemps, elle alla vers la petite qui tremblait comme une feuille et semblait avoir eu la peur de sa vie, vite rejointe par la jeune Corvalis.
« Est-ce que ça va ? demanda Laura. Quel est ton prénom ? Je ne me souviens pas t'avoir vue dans ma maison.
-Elisabeth White, répondit la fillette en posant ses grands yeux sur son aînée. Je suis en première année.
-Eh bien, Elisabeth tu as eu beaucoup de chance d'être tombée sur nous deux, tu ne devrais pas traîner dans les couloirs à cette heure, dit Ambre. Essaie de faire attention la prochaine fois.
-Promis, assura la petite en ramassant ses affaires.
-Je vais t'accompagner à la tour, dit Laura avec un sourire. »
Elisabeth hocha la tête tout en remerciant Floyd. Ambre était étonnée de la voir sourire, c'était si rare. Et pourtant, le sourire lui donnait un air encore plus angélique sur son visage. Qu'est-ce qu'elle racontait encore comme ineptie ? Pourquoi réagissait-elle ainsi à chaque fois qu'elle voyait Floyd dans les environs ? Cependant, ce n'était pas la première fois qu'elle essayait d'en savoir plus sur la jeune fille ou encore de l'approcher, lui parler, la connaître tout simplement, mais en vain. Elle se souvenait de ce jour où elle avait demandé son aide pour un devoir. Son regard s'était fait glacial, froid à en frissonner. Elle était attirante comme un aimant. Elle était mystérieuse, autant, voir même plus qu'Eliane. Cela expliquait peut-être la raison pour laquelle les deux filles s'entendaient aussi bien et qu'elles étaient devenues amies. Peut-être parce qu'elles se ressemblaient ? Elle s'approcha de la jeune Gryffondor et dit :
« Merci pour ton aide, je n'aurais pas pu neutraliser les trois à la fois.
-Et moi, je suis certaine que tu doutes beaucoup trop de toi-même. Tu aurais largement réussi à les maîtriser sans moi ! Après tout, tu es une Serdaigle, tu aurais fini par trouver une solution intelligente, rétorqua Laura de façon sarcastique. Tu viens Elisabeth ? »
Alors que la concernée suivait son aînée en direction de sa salle commune, Ambre l'interpella de nouveau, au plus grand désespoir de Laura :
« Est-ce que tu viens au bal ? demanda Corvalis avec un soupçon d'espoir.
-Oui, pourquoi tu comptes m'inviter ? se moqua Floyd. »
Pour seule réponse, Ambre lui fit un grand sourire et partit en direction de l'infirmerie pour aller voir Eliane, laissant une Laura plus que déboussolée. Que voulait dire ce sourire mystérieux ? Allait-elle vraiment l'inviter à danser ? Non, c'était une fille Merlin ! Deux filles ensemble, ce n'était pas rationnel ! Elle n'était pas homophobe loin de là, mais elle se savait hétérosexuelle ! Elle l'était, elle en était persuadée ! Alors pourquoi se sentait-elle si perturbée par la jeune Corvalis ? Lui faisait-elle de l'effet ? Elle délirait complètement, il fallait vraiment qu'elle arrête de réfléchir autant ! A force de chauffer ainsi, son cerveau allait se ramollir comme ces crétins de Poufsouffle avec leurs niaiseries.
Elle reprit alors sa route avec, à sa suite, la jeune White qui marchait la tête basse, serrant ses livres contre elle, perdue dans ses songes. Une fillette qui avait un bien lourd destin posé sur ses frêles épaules d'enfant, un destin qui se verrait totalement bouleversé dans les semaines et mois à venir. Un avenir dont elle devrait compter avec sa future grande sœur. Qui était-elle ? Et pourquoi ses parents l'avaient abandonnée ? Quelles étaient ses origines ? Et si sa sœur venait à la renier ? Serait-elle arrachée à ses parents adoptifs ? Tant de questions, tant d'interrogations sans réponse. Des réponses qui viendraient par elles-mêmes…
Au même moment, dans le dortoir des Gryffondors, Spencer était allongée sur son lit, réfléchissant au bal de Noël. Elle savait que c'était le moment pour enfin conquérir Walker. Elle réussirait à se faire inviter par lui ! Elle réussirait par n'importe quel moyen ! Elle avait toujours eu ce qu'elle voulait depuis enfant, ce n'était pas maintenant, que cela lui ferait défaut ! Tracy obtenait tout, de gré ou de force ! Un sourire machiavélique apparut sur ses lèvres. Son plan était excellent et sans cette Salder dans ses pattes, elle pourrait enfin s'accaparer de John ! Oui, décidément, elle était géniale et sournoise. Elle espérait fortement qu'Andrews lui obéisse au doigt et à l'œil et qu'il réussisse ce pour quoi il avait été engagé : séduire Salder, sortir avec elle au bal, la détourner de Walker puis la briser, l'humilier publiquement alors qu'elle serait en train d'embrasser celui qu'elle aimait. Sa vengeance serait totale ! Elle voulait briser ce trio qui lui donnait envie de vomir ! Après West, Salder n'était autre que la prochaine sur la liste. Quant à l'autre godiche et folle de Corvalis, elle lui réservait aussi pleines de bonnes choses.
Tracy éclata d'un rire hystérique dans le dortoir rire de démence. Mais il ne faut jamais oublier qu'on récolte ce que l'on sème. Son rire se fanerait bien vite…
Alors qui a dit que j'étais diabolique ? Eh oui, Tracy est machiavélique. J'adore ce personnage et en même temps je le déteste lol…Qu'en pensez-vous de ce plan ? Va-t-il marcher ? John tombera-t-il dans ses filets ? Et Joanne, souffrira-t-elle ? Et la sœur d'Elisabeth, qui cela peut-il bien être ? Et l'admirateur d'Eliane, qui est-ce ? Et Laura, qu'a t-elle, que se fait-elle ? Alors, alors ? J'attends vos avis et hypothèses rapidement. Le prochain chapitre arrive. Sortie à Pré-au-Lard, le bal, etc, un très long chapitres, plus de 20 Pages Word...
Commentaires please ?
Elise.
