Chapitre 12 : La Vérité Éclate

Le lendemain matin, alors que les rayons du soleil venaient éclairer la chambre des filles, Eliane commença à ouvrir les yeux, emplis de sommeil, de cauchemars et rougis par les pleurs. Elle passa une main sur ses paupières et se releva doucement, toujours habillée de sa robe de bal toute froissée. La jeune fille s'assit sur le rebord de la couchette, tout en passant une main dans ses cheveux. Elle se sentait nauséeuse et patraque, voire faible, sûrement due au choc d'hier soir. Eliane ne s'était jamais sentie aussi vide et lasse de toute sa vie. Un poids était tombé sur ses épaules, un poids de trop. Elle n'arrivait toujours pas à réaliser : abusée. Une seule personne pouvait abuser d'elle étant enfant, une seule...Un frisson parcourut l'échine du dos de la Serdaigle rien qu'à cette simple pensée. Que devait-elle faire ? Retourner chez elle ou pas ? Son père ne pouvait rien lui faire, juste la frapper au pire. Elle était perdue, elle se retrouvait dans une impasse ! West ouvrit les rideaux de son baldaquin et vit ceux de ses amies aussi fermés. Étrange. Elle jeta un coup d'œil furtif à son réveil qui indiquait les huit heures du matin. Dans une heure, le train allait partir. Une heure pour faire son choix.

Elle se sentait plus que jamais fébrile. Pourquoi avait-elle ce mauvais pressentiment ? Et si... Et si c'était lui qui l'avait...Non ! Non, son père n'oserait jamais ! Il était méchant avec elle à cause de la mort de sa mère, dont il reportait la faute sur elle et rien d'autre. Elle le méritait ! Elle déglutit passablement ; elle avait l'impression de se cacher la vérité pour se donner du courage. Elle voudrait tellement oublier, oublier pour l'éternité... Elle avait tout gâché hier soir : le professeur Black, ou plutôt Sirius, devait être terriblement attristé par son geste. Quelle idiote ! Elle finissait toujours par tout perdre. La malchance la poursuivait continuellement ! Eliane chassa ses idées de la tête : elle devait être courageuse, elle devait y croire ! Elle se retint de rire amèrement devant cette pensée. Courageuse, elle ? Merlin, elle était lâche, elle avait fui tous ses souvenirs, tout son passé, tout !

La jeune fille se leva sans faire de bruit puis se dirigea vers la salle de bain. Elle se regarda dans la glace et serra fortement ses poings : elle irait ! Elle retournerait chez elle, elle devait savoir ! Connaître la vérité sur sa vie. Elle ne pouvait y échapper plus longtemps, elle devait affronter la réalité des choses, aussi dure soit-elle, même si cela devait la détruire. Elle en prendrait le risque ! Tout en inspirant profondément, elle retira soigneusement sa robe qu'elle plia et rangea sur son lit. Elle fit un brin de toilette, s'habilla en silence, essayant de ne pas réveiller ses camarades. Elle espérait ne rencontrer personne sur sa route. Eliane prit son sac de voyage prenant la direction de la sortie. Elle jeta un dernier regard sur son dortoir et son ventre se tordit d'angoisse sans trop savoir pourquoi. Elle détourna les yeux et partit. La jeune West marcha à travers les couloirs pour finalement se diriger vers la gare où se trouvait le Poudlard Express. La jeune femme se trouva rapidement un compartiment vide puis s'installa près de la fenêtre attendant que le train se mette en route pour Londres. Avait-elle fait le bon choix ? Elle ne savait pas. Dans tous les cas, son passé refaisait surface et elle ne pouvait se voiler la face plus longtemps, c'était trop tard...

Elle soupira profondément contre la vitre où se forma de la buée. Elle vit plusieurs élèves monter dans le wagon, tandis que le train commençait à se mettre en marche. Son regard fut alors attiré par une silhouette qui courait. Une silhouette qu'elle connaissait. Que faisait-il ici ? Comment avait-il su ? Elle capta son regard insondable ; il l'avait vue, il semblait vouloir lui dire quelque chose, mais elle ne comprenait pas ! Il courait sur le quai cherchant à monter dans le train, mais c'était trop tard. Un sombre sourire apparut sur les lèvres d'Eliane qui traça de son index sur la vitre « I Love You ».

Sirius stoppa net devant la phrase, la regardant. Son cœur manqua un battement tandis qu'une douce chaleur se diffusa en lui. Elle l'aimait ! Elle l'aimait, ne cessait-il se répéter ! Néanmoins, il avait le sentiment que cette phrase sonnait comme un adieu. Il vit alors le train défiler sous ses yeux sans pouvoir rien y faire ; il l'avait manqué ! Il tapa rageusement son pied dans un caillou ! Quel imbécile ! Il entendit des pas derrière lui et une main se posa sur son épaule. Black se retourna vers Remus en secouant la tête de gauche à droite :

« Je l'ai ratée de peu, murmura-t-il complètement abattu. Je retourne à Londres. Il n'est pas question qu'elle reste chez lui !

-Je sais, répondit Remus. Je viens avec toi, ou plutôt nous venons avec toi, rectifia-t-il. Nymphadora se joint à nous.

-Je m'inquiète Moony, confia Padfoot les mains dans les poches, observant droit devant lui le paysage enneigé. Hier soir, elle était étrange, on s'est embrassé et elle m'a repoussé avec crainte. J'ai eu l'impression qu'elle s'était souvenue de quelque chose. Et si c'était ses souvenirs qui refaisaient surfaces ? dit-il en se tournant vers son ami.

-Alors, la vérité éclatera. Peut-être est-elle partie pour cette raison, peut-être souhaite-t-elle retrouver cette partie de sa vie oubliée ? proposa Remus.

-Étonnant qu'elle ne soit pas à Gryffondor, remarqua Sirius, ça relève du courage ce genre de décision.

-Le choixpeau magique ne se trompe jamais, déclara Lupin en reprenant sa marche vers Poudlard avec Sirius.

-Parfois j'en doute, regarde Peter. Que faisait-il à Gryffondor ? Il n'était pas courageux, toujours à suivre James et moi-même comme nos ombres, cracha-t-il avec amertume.

-Il y a différente forme de courage Sirius. Le passé est le passé, tu ne peux rien y faire, c'est ainsi, dit Remus avec lassitude. Tourne-toi vers le présent, il est sûrement meilleur.

-J'espère, je l'espère de tout mon cœur », souffla-t-il tout en levant les yeux vers le ciel nuageux.

Sirius soupira profondément tandis qu'un léger sourire effleura ses lèvres en repensant aux mots qu'avait écrits la jeune femme. Depuis qu'il la connaissait, il se sentait revivre et redevenir un jeune adolescent, l'amour le transformait ! Lui qui avait perdu foi en l'avenir, voilà qu'il voulait de nouveau y croire en espérant le passer avec elle. Cependant, pour qu'il ait la moindre chance que cela se produise un jour, il devait l'aider, la sortir de ce guêpier avec son père. Il n'était pas question qu'elle passe ses vacances avec cet individu ! Il avait peur pour elle, peur qu'il ne lui fasse quelque chose de plus grave que de la battre ! Il avait l'impression que son cœur était comprimé dans un étau, une douleur, un poids sur sa poitrine. Il craignait le pire. Il était certain qu'il se passerait quelque chose au retour d'Eliane. Il fallait faire vite, très vite. En arrivant au château, celui-ci se dirigea vers ses appartements pour faire ses bagages et partir avec ses amis pour le Square Grimauld.

Au même moment dans le train, la jeune fille regardait le paysage défiler à toute vitesse sous ses yeux. Elle ne cessait de se traiter d'idiote d'avoir inscrit ces mots sur la vitre ! Quel besoin avait-elle eu pour lui dire ça ? En plus, elle n'était même pas certaine de ses propres sentiments. À moins qu'elle ne se cache de nouveau la vérité ? Elle passa un doigt sur sa bouche tout en repensant au baiser qu'elle avait échangé avec lui. Et quel baiser, elle pouvait encore sentir ses lèvres contre les siennes. Elle avait aimé, elle s'était sentie en sécurité dans ses bras. Et s'il se jouait d'elle ? Si elle n'était qu'une fille parmi tant d'autres ? Un vulgaire trophée pour lui ? Non, non elle ne pouvait pas croire ça de lui ! Au fond de son cœur, elle lui faisait confiance sans trop comprendre. Eliane gémit légèrement tout en posant son front contre la fenêtre. Pourquoi l'amour devait être aussi compliqué ? Elle resserra son écharpe autour de son cou, la cape de Sirius sur ses épaules. Elle avait passé le plus beau Noël de sa vie, elle s'en souviendrait éternellement, quoiqu'il arrive.

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Quelques heures plus tard, dans le dortoir des filles de Serdaigle, Ambre venait tout juste d'ouvrir les paupières, clignant plusieurs fois des yeux pour s'habituer à la lumière environnante. Elle tourna la tête vers le cadran de son réveil qui indiquait les dix heures du matin. Elle émit un bâillement sonore tout en s'asseyant sur son lit. Elle regarda tout autour d'elle et vit que le lit d'Eliane était fait avec sa robe de bal posée dessus ; elle devait sûrement être partie chez elle. Son attention fut alors attirée par les rideaux tirés de Joanne. Elle fronça des sourcils, quelque peu étonnée que son amie dorme encore. Ambre se leva doucement tout en s'approchant de la couchette de Salder. Elle pencha la tête pour écouter puis n'entendant rien, elle s'apprêta à partir quand son ouïe repéra un reniflement qui ressemblait fort à des pleurs. La jeune Corvalis se retourna aussitôt, se postant devant les rideaux de Joanne qu'elle tira d'un coup sec ! Elle vit alors Salder en robe de bal, le visage barbouillé de maquillage dû aux larmes qui coulaient encore sur son visage. Ses yeux étaient rougis et ses cheveux en bataille. Cette vision retourna l'estomac d'Ambre. Que s'était-il passé pour que son amie soit dans cet état ? Elle avait tellement été obnubilée par son bonheur avec Laura qu'elle n'avait même pas prêté attention aux filles en rentrant. Quelle idiote et égoïste faisait-elle !

Elle avança d'un pas et prit place sur la couchette, tout en caressant les cheveux flamboyants de Joanne qui pleurait encore et encore. Merlin ! La dernière fois qu'elle l'avait vue dans cet état datait d'il y a deux ans maintenant, lors de la soirée avec John. Les minutes s'écoulèrent en silence, Corvalis caressant et consolant au mieux Joanne qui ne cessait de penser à ce bal. Elle s'était fait avoir de manière pitoyable ! Elle avait foncé tête baissée dans le mur alors qu'Ambre et Eliane l'avaient prévenue. Même John l'avait avertie...C'était une imbécile ! John avait raison, elle le méritait, elle l'avait bien cherché. Tôt ou tard, cela serait arrivé. Elle aurait dû être plus prudente ; elle avait agi de manière stupide avec cet Andrews. Tombant littéralement dans ses bras, espérant qu'il remplacerait Walker dans son cœur, mais cela avait été une grave erreur. Elle en payait le prix maintenant, elle avait été ridiculisée devant tout Poudlard. Elle n'oserait jamais sortir de sa chambre pour affronter les regards ! Avec un peu de chance, peut être que certains auront oublié avec l'alcool et la fête. Elle s'en voulait tellement, tellement ! Joanne était en colère contre elle! En colère contre lui ! Comment avait-il pu embrasser cette greluche ? Comment avait-il osé faire ça sous ses yeux ? Elle avait si mal, si mal : son cœur était en miettes, brisé en mille morceaux ! Pourtant, elle avait cru que cette chanson, il la chantait pour elle, mais apparemment Jo s'était lourdement trompée. Il s'était moqué d'elle une fois de plus. La jeune Salder releva ses yeux vers Ambre qui lui fit un sourire encourageant, tout en murmurant :

« Tu veux en parler ? »

La concernée se mordit les lèvres pour retenir un flot de larmes qui vint à nouveau la submerger. Elle se sentait si sale. Comment avait-elle pu coucher avec lui ? Que croyait-elle faire en couchant avec ce Stanley ? L'oublier lui, tout simplement. Elle pensait pouvoir oublier Walker en couchant avec ce goujat ! Elle avait fait la plus grosse erreur de sa vie. Elle s'en voudrait continuellement ! Qu'est-ce ses amies allaient penser d'elle ? Qu'elle était une traînée ? Ils avaient raison ! Elle couchait très rarement avec ceux avec qui elle sortait, mais cela lui arrivait quelques fois quand elle se disputait violemment avec John et qu'elle en ressortait blessée par lui. C'était un moyen comme un autre pour évacuer ses émotions, pour se changer les idées en quelque sorte. Elle agissait de façon puérile ! Mais qu'avait-elle fait ? Qu'avait-elle fait Merlin ?

« Joanne, appela-t-elle, en la regardant avec compassion, parle-moi. Je suis ton amie, je ne te jugerai pas. Je te le promets. Raconte-moi, que s'est-il passé au bal ? interrogea Ambre, inquiète du comportement de sa meilleure amie.

-C'est horrible, horrible, répéta-t-elle en une litanie. Je suis tellement sotte ! s'exclama-t-elle, furieuse. J'aurais dû vous écouter, vous aviez raison, mais je n'en ai fait qu'à ma tête ! Je suis tellement, tellement...Oh Ambre ! souffla-t-elle tout en se jetant dans ses bras, laissant les larmes couler.»

Corvalis passa ses mains autour de sa taille, la serrant contre elle tout en se mordant les lèvres. Elle redoutait le pire et au vu des paroles de son amie, elle pensait avoir compris. Ces soupçons se confirmèrent en entendant la voix de Salder :

« Tu-tu avais raison Ambre, sanglota-t-elle, ce Stanley, il m'a piégée. J'ai été humiliée devant tout le monde durant le bal. Il a dit à tout le monde que nous avions couché ensemble et que je n'étais bonne qu'à ça. Je me sens si mal Ambre. Je me sens salie, je me sens vide. Il a raison, je suis qu'une traînée.

- NON ! s'insurgea Corvalis en prenant Joanne par les épaules pour la reculer un peu d'elle. Je t'interdis de penser ça de toi ! Tu es une fille bien Jo, une fille joyeuse, avec plein d'humour, de répondant, une fille pleine de vie, une fille intelligente ! Tu t'es juste fait avoir par ce crétin ! Tu as fait une erreur, mais ça arrive à tout le monde ! Tu es humaine Joanne : faire des erreurs dans la vie c'est normal, le plus important c'est que tu les comprennes et que cela te serve de leçon en quelque sorte. Cependant, je t'interdis de penser une telle chose de toi ! Tu n'es pas une traînée !

- Mais- mais j'ai couché avec lui et..., bégaya la jeune fille.

- Et quoi ? Tu sais aussi bien que moi la raison pour laquelle tu sors avec tous ces garçons. Tu le sais Joanne, cesse de te voiler la face, je crois qu'il est temps de nous avouer que tu aimes John et que tu combles ce manque en allant d'homme en d'homme. »

La concernée baissa honteusement la tête devant les propos de son amie qui étaient véritables. Que pouvait-elle dire ? Oui, elle l'aimait, elle l'aimait à en mourir ! Ce type la rendait folle ! Folle de lui ! Elle l'aimait, mais le haïssait plus que jamais ! Il avait embrassé Spencer et qui sait, peut-être avait-il couché avec elle ? Il l'avait de nouveau trompée avec sa pire ennemie ! C'était un véritable coup de poignard ! Il ne l'avait même pas aidée contre Stanley, elle avait été seule. Une larme roula sur sa joue, se perdant à la commissure de ses lèvres qui tremblaient légèrement.

« Je l'aime ou plutôt je l'aimais, c'est fini ! décréta-t-elle en séchant rageusement ses larmes.

- Comment ça ? Je ne comprends pas, déclara Ambre un peu perdue.

- Il a embrassé Spencer sous mes yeux ! cracha-t-elle avec amertume. Il a osé l'embrasser ! De toute façon, il y a deux ans, il m'a très bien expliqué qu'il ne sortirait pas avec une fille comme moi ! Que je n'étais rien à ses yeux. Monsieur se croit tout permis ! Je ne suis pas assez bien pour lui ! Qu'il aille se faire voir, je ne m'abaisserai jamais à sortir avec lui après ce qu'il m'a fait ! Jamais ! Qu'il aille au diable !

- Tu es certaine qu'il a embrassé Spencer et pas l'inverse ? Ça me semble si incroyable..., souffla Corvalis, abasourdie.

- Je sais quand même ce que j'ai vu !

- Peut-être... Mais parfois, nos yeux nous trompent, murmura-t-elle si bas que Joanne ne l'entendit pas. »

Ambre doutait fortement que ce soit John qui ait initié le baiser avec Spencer ; ça ne lui ressemblait pas du tout, pas avec leur pire ennemie qui attaquait sans cesse Eliane. Non, il y avait quelque chose qui clochait. Cet Andrews qui humilie Joanne et simultanément ce baiser de John avec Tracy ? C'était louche, très louche. Elle ne croyait pas aux hasards et ce n'en était pas un ! Et si...Non ! Ambre avait déjà vu ce Stanley quelque part. Peut-être avec Spencer ? S'il fréquentait cette petite peste, ça voudrait dire que...Qu'ils avaient tout manigancé depuis le début ! Non c'était impossible ! Certes, c'était une garce, mais au point de monter un plan de cette envergure, ça semblait un peu tiré par les cheveux. Elle fut alors sortie de ses songes par Joanne qui demanda :

« Et toi, ta soirée, elle s'est bien passée ? »

La concernée se sentit défaillir. Que pouvait-elle lui répondre ? Oui, j'ai passé une merveilleuse soirée au bras d'une fille que j'ai embrassée et que j'aime, qui n'est autre que Floyd. Hum, peut-être un peu trop directe, elle ne voulait pas non plus la choquer. Elle inspira profondément pour se donner du courage, il était temps de lui avouer, elle ne pouvait pas garder ce secret plus longtemps. Joanne devait le savoir, c'était son amie après tout. Elle espérait juste qu'elle réagirait bien et que c'était que le bon moment pour tout lui dire.

« Eh bien, j'ai passé une bonne soirée. Joanne...Je-je dois te dire quelque chose.

- Vas-y je t'écoute, répondit la Serdaigle, intriguée.

- C'est difficile à dire, je ne sais pas comment te l'annoncer. Enfin, j'espère juste que tu ne le prendras pas mal et que, enfin on restera toujours amie.

- Est-ce si grave ? questionna-t-elle inquiète.

- Je, je ne crois pas, mais...Joanne, je suis homosexuelle, j'aime les filles, annonça-t-elle de but en blanc en baissant le regard. »

Elle attendit patiemment la réaction de son amie qui ne vint pas à son plus grand désespoir. La peur s'installa en elle. Corvalis releva la tête et aperçut la jeune Salder, les yeux écarquillés par la surprise, qui ne semblait pas réagir. Était-ce un bon ou mauvais signe ? Ambre déglutit passablement quand elle vit sous ses yeux ébahis sa meilleure amie tomber dans les pommes. Peut-être y avait-elle été un peu trop fort.

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A Londres, le train Poudlard Express entra en gare, s'arrêtant dans un sifflement qui réveilla Eliane, endormie dans sa cabine. Elle se rendit compte qu'elle était déjà arrivée. West prit son sac en main et descendit du wagon pour arriver sur le quai. Elle se dirigea vers le mur qu'elle traversa se retrouvant parmi les Moldus qui vadrouillaient dans tous les sens. Et voilà, elle était de retour chez elle. La tête basse et dans ses pensées les plus profondes, elle sortit de la gare King Cross pour marcher à travers les rues. La peur au ventre, chaque pas la rapprochait de son chez soi. Enfin, si elle pouvait encore considérer cette maison comme un chez soi. Finalement, au bout de plusieurs minutes de marche, elle arriva devant une grille en fer forgé qu'elle franchit pour monter les marches menant à une grande porte en bois. Elle frappa trois coups et entra. Que l'enfer commence !

Eliane referma la porte derrière elle tout en jetant un regard circulaire autour, comme pour entrevoir une personne arriver sur elle. Elle avança d'un pas, puis deux, trois, quatre...Elle s'arrêta soudainement en voyant son père assis dans le salon, un verre de whisky à la main, faisant tourner les glaçons et le liquide. Elle inspira profondément tout en se dirigeant vers la pièce, déposant son sac à l'entrée puis avança vers lui. Son cœur battait à une vitesse folle, la peur lui nouait la gorge. Prenant son courage à deux mains, elle dit :

« Je suis rentrée père. »

À cette annonce, il releva la tête, le regard vitreux avec un rictus aux bords des lèvres. Un frisson parcourut le dos de la jeune fille : elle n'aurait pas dû revenir, elle n'aurait pas dû ! Seulement, il était trop tard. Elle recula de trois pas en le voyant se lever de son fauteuil, pour aller vers la cheminée.

« Je suis désolée d'être arrivée avec deux jours de retard, mais comme vous le savez, je suis allée au bal de Noël et... »

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle vit le verre, lancé par son propre père, arriver droit vers elle. Eliane réagit aussi vite que possible, l'instinct de protection remontant en elle tel un venin parcourant ses veines. Elle se tourna pour le recevoir de plein fouet dans l'épaule en une douleur sourde qui se diffusa dans tout son dos. Le verre se brisa au sol, répandant son liquide sur le tapis. Elle sentit alors une main l'attraper par les cheveux, la forçant à s'agenouiller à terre dans les débris du verre qui s'enfoncèrent et égratignèrent sa chair. Elle ferma les yeux tout en se mordant les lèvres au sang.

« ESPECE DE FILLE INDIGNE ! cria son père, le visage déformé par la colère. IL A FALLU QUE TU RACONTES TOUT ! JE SUIS PASSE POUR UN PERE INGRAT ET NEGLIGENT SON ENFANT AUX YEUX DES PROFESSEURS !

- Je-je vous promets père, que-que je n'ai rien...

- TAIS-TOI ! tonna-t-il tout en la giflant si violemment qu'elle s'écroula. JE SUIS CERTAIN QUE TU L'AS FAIT EXPRES ! IL FAUT TOUJOURS QUE TU TE PLAIGNES, QUE TU GEMISSES SUR TES PAUVRES MALHEURS ! TU ES FIERE DE TOI ! TES PROFESSEURS ONT DES DOUTES SUR MA CREDIBILITE ! SALE PETITE GARCE ! s'exclama-t-il en la regardant de haut avec un sentiment de puissance. »

À quatre pattes par terre, la tête baissée, les poings serrés plus fort que jamais dans les morceaux de verres, les larmes coulant sur son visage, retenant au mieux ses sanglots. Non, non, elle ne se laisserait pas faire. Elle devait se battre, il n'avait pas le droit, pas le droit de la traiter ainsi ! Pas le droit ! Elle releva alors à la tête et cria à l'encontre de son père :

« C'est à cause de vous ! Si vous n'aviez pas renversé cette casserole d'eau bouillante sur mes jambes, je ne serais jamais allée à l'infirmerie ! s'exclama-t-elle avec toute la dignité qu'il lui restait.

- TU OSES M'ACCUSER ! s'écria-t-il, les yeux révulsés par la colère.

- OUI ! affirma-t-elle en lui tenant tête.

- Tu es comme ta mère, siffla-t-il dangereusement en s'approchant d'elle, sous les yeux effrayés d'Eliane. Elle aussi ne se pliait pas face à mes coups, il y avait toujours cette étincelle dans son regard que je n'arrivais pas à détruire.

- Non, non, supplia-t-elle en reculant.

- Tu me supplies Eliane, tu me supplies, mais de quoi-as-tu peur mon enfant ? murmura-t-il avec un sourire machiavélique. Je te fais peur n'est-ce pas ? C'en est presque jouissif, mais pas autant si je...

Il fut alors coupé dans sa phrase en entendant la sonnette de la porte d'entrée retentir. Il poussa un léger grognement et lui dit sans ménagement :

« Monte dans ta chambre et que je ne te revois plus de la soirée ! »

Il n'en fallut pas plus à Eliane pour prendre son sac et monter les escaliers à toute vitesse, entrant dans sa chambre et s'enfermant à clé. Elle avait été sauvée par le gong si on pouvait dire. Elle entendit alors des rires et une voix d'homme, sûrement un ami de son père. Un sentiment de soulagement se diffusa en elle. Elle avait eu beaucoup de chance cette fois-ci, mais qu'en serait-il pour demain ? Et dire que c'était Noël aujourd'hui. Sans pouvoir se retenir plus longtemps, elle éclata en sanglots sur son lit. Merlin, merlin pourquoi ? Pourquoi elle ? Pourquoi le sort s'acharnait-il sur elle ? Elle avait si peur ; elle sentait qu'une mauvaise chose allait se produire. Le regard de son père, ce regard, le même que dans ses rêves. Non, non, elle ne voulait pas y penser. Rageusement, elle sécha ses larmes et observa l'état de ses jambes. Elles étaient légèrement en sang avec les éclats de verre. Quelle brute ! Tout en boitant, elle prit du désinfectant dans sa salle de bain et du coton. Elle s'installa dans un petit fauteuil, trempant son coton du produit et courageusement, se le passa sur ses blessures. Elle serra de toutes ses forces les accoudoirs avec ses mains en sentant le picotement, voire la brûlure, se propager en elle. Eliane mit des pansements sur ses égratignures puis se laissa aller dans son fauteuil, la tête en arrière.

Elle repensa alors aux paroles de son père. Il avait déjà battu sa mère et pas qu'une fois apparemment. Cela voulait-il dire qu'il avait toujours été ainsi avec eux deux ? Mais pourquoi ? Pourquoi cette haine ? Elle ne comprenait pas ! Pourquoi son père était-il aussi méchant envers elle ? Pourquoi avait-il battu sa mère Anna ? Que lui avait-on fait ? Son regard se tourna vers la fenêtre où elle vit la neige tomber lentement comme pour apaiser son cœur et sa douleur. Un sourire apparut sur ses lèvres et se laissant bercer par le mouvement des flocons, elle s'endormit de fatigue. Cette nuit-là, elle crut entendre la poignée de sa porte bouger, mais apparemment, elle avait dû rêver. Si elle savait...

Le lendemain matin, Eliane se réveilla difficilement et toute courbaturée dans son fauteuil. Elle se leva, s'étira en regardant le temps dehors : le sol était recouvert de neige ainsi que les toits des maisons. Elle aimait la neige, c'était magnifique ! Le baume au cœur, elle se dirigea vers sa salle de bain, se lava et s'habilla pour descendre l'escalier avec prudence. Elle entra dans la cuisine, mais ne vit personne. Elle fronça les sourcils, quelque peu étonnée de l'absence de son père. Étrange, enfin grand bien lui fasse ! Prendre l'air ne pouvait que lui rafraîchir les idées. La jeune fille ne savait que faire, elle serait bien sortie faire un tour, mais elle avait des devoirs qui l'attendaient sur son bureau. Tout en soupirant, elle remonta l'escalier et s'enferma une bonne partie de la journée dans sa chambre, ne faisant qu'une pause vers le midi pour manger un peu, son père n'étant toujours pas rentré. Peut-être travaillait-il aujourd'hui ? Elle s'installa à la table, trempant du pain dans ses œufs au plat. Elle se demandait bien ce que ses amis pouvaient faire à cet instant ? Elle espérait que ses cadeaux de Noël leur plairaient ! La jeune West avait offert à John le livre de Quidditch qu'il souhaitait depuis plusieurs mois, à Ambre une boîte de ses chocolats favoris de chez Honeydukes puis à Joanne un journal intime magique avec une plume, sachant que la jeune fille en tenait un régulièrement, ce qui l'avait toujours étonnée. Oh, bien sûr c'était peu de choses, mais avec les maigres moyens dont elle disposait, elle ne pouvait se permettre d'offrir plus ou plus beau à son grand désespoir. Elle se sentait si gênée, mais bon, ne disait-on pas que c'était le geste qui importait le plus ? Ses amis lui donneraient sûrement ses cadeaux dès son retour à Poudlard. Dommage qu'elle ait dû rentrer chez elle. Sans ça, cela aurait été les plus belles vacances de toute sa vie avec le bal de Noël.

Elle se mit alors à rougir en repensant à Sirius qui faisait battre son cœur à une vitesse folle. Comment devait-elle se comporter face à lui ? Elle n'oserait jamais le regarder dans les yeux après l'avoir embrassé et écrit ce « je t'aime ». Eliane reposa sa fourchette dans son assiette tout en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Dans quelle galère s'était-elle encore mise ? Elle secoua la tête tout en faisant un geste de la main comme pour balayer ses pensées de son esprit. Elle aurait le temps d'y penser plus tard.

Le reste de la journée passa assez vite aux yeux de la jeune fille qui venait juste de clôturer son devoir de potions, à son plus grand bonheur ! Elle entendit alors la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Regardant l'heure qui indiquait les neuf heures du soir, il avait dû encore aller se saouler dans les bars.

Son ouïe fut attirée par ses pas lourds montant les marches. Le cœur battant, elle se dirigea vers sa porte de chambre pour la fermer au cas où, mais ce fut trop tard. Son pied interféra, bloquant la porte et repoussant avec violence West qui tomba à terre pratiquement dans le noir, sa chambre étant juste éclairée par sa lampe de chevet. Elle se releva, faisant face à son père, qui la regardait de haut en bas avec une leur de...Eliane déglutit difficilement tout en reculant, portant sa main au niveau de sa poitrine. Elle entendit alors sa voix rauque et empestant l'alcool à plein nez !

« Tu es comme ta mère Eliane, comme elle : aussi jolie, aussi fière, une véritable Serdaigle comme ta garce de mère ! cria-t-il en faisant tomber la chaise sur son passage.

- Je t'interdis de traiter maman ! Ce n'était pas une garce ! Elle était douce et gentille ! D'ailleurs, c'était une Moldue et non pas une sorcière ! rétorqua avec force Eliane.

- Ah oui ? Et qu'est-ce que tu en sais, tu n'as plus le moindre souvenir. À moins bien sûr que tu t'en souviennes ? dit-il en la regardant sournoisement.

- ...

- Alors, je me ferai un plaisir de ramener tous tes souvenirs à la surface, Eliane ! déclara-t-il en insistant sur son nom. Ta mère n'était qu'une sale petite sorcière !

- C'EST FAUX ! cria-t-elle en secouant la tête.

- Elle était une sorcière, décréta son père, toujours à me narguer avec sa saleté de baguette, toujours à l'utiliser face à moi avec cette fierté grandissante ! Me montrant combien tout ce qu'elle savait faire à moi : né d'une famille de sorcier, mais Cracmol ! J'étais la honte de la famille. Elle, elle se pavanait ! Elle m'énervait ! confia-t-il avec un rire amer.

- Non, non, répétait dans une litanie Eliane en se mettant les mains sur les oreilles, il mentait, il mentait ! TU MENS ! hurla-t-elle.

- Mais sans baguette, elle n'était rien ! reprit-il sans se soucier de ses propos, avançant doucement vers sa fille. Sans magie, elle n'était qu'une vulgaire femme ! Alors un jour, j'ai brisé sa baguette sous ses yeux ! Tu aurais dû voir sa tête, j'en ai ri, tellement ri ! C'était moi le maître ! J'étais plus fort qu'elle ! Je me suis mis à la battre puis en voyant cet éclat de peur dans ses yeux, j'ai continué encore et encore ! Au début, elle ne se laissait pas faire, elle ripostait. Puis, plus les mois et les années passaient, plus elle devenait aussi docile qu'un agneau. Elle ne cessait de me répéter que tu étais comme elle, une sorcière, et que personne ne pourrait t'empêcher d'aller à Poudlard ! Oh bien sûr, elle s'est rebellée, elle voulait partir de la maison, elle voulait me quitter ! Cette sale petite pimbêche voulait me quitter, moi ? Elle rêvait ! Jamais ! Je l'ai menacée de m'en prendre à toi si elle venait à franchir le pas de cette maison ! Elle avait si peur de moi qu'elle n'en fit rien ! Un jour, elle m'annonça qu'elle était de nouveau enceinte !

- Enceinte, prononça abasourdie Eliane. Ce n'est pas possible. Comment, comment… « Tu auras une petite sœur Eliane, es-tu heureuse ? Nous l'appellerons Elizabeth...Elizabeth...Elizabeth... »... ?

- Pouvait-elle coucher avec moi ? compléta son père en se posant face à Eliane, qui regardait Julian droit dans les yeux.

- Je la forçais bien entendu, avoua-t-il avec un sourire machiavélique. Cette garce avait attendu deux mois pour que je ne puisse pas la faire avorter, mais le destin fait bien les choses, elle est morte avec le bébé dans l'accident de voiture ! Peu de temps avant cet accident, je l'avais surpris à faire de la magie avec une nouvelle baguette ! Elle en avait acheté une autre, elle avait osé me défier ! J'avais beau la battre, elle ne se brisait pas, mais je savais que la chose qui lui était la plus précieuse au monde, c'était toi ! Je voulais l'atteindre à travers toi, Eliane. Te rappelles-tu cette nuit-là. Ta mère criait, elle hurlait à travers la porte, m'implorant que je te laisse tranquille, souffla-t-il à son oreille d'un sourire pervers.

- Non, non, pas ça, je ne veux pas entendre. Laisse-moi ! cria-t-elle en pleurant tandis qu'elle martelait sa poitrine de ses poings. Comment as-tu pu faire ça ? TU ME DEGOUTES ! hurla-t-elle hors d'elle.

- Moi pas, susurra-t-il tout en maintenant ses poignets au-dessus de sa tête. Tu es à moi Eliane ! À moi, comme ta mère ! Tu m'appartiens !

- Je ne t'appartiendrai jamais ! JAMAIS ! », dit-elle en se débattant comme une furie, mais son père était beaucoup trop fort.

Il la balança violemment sur le sol tout en se jetant sur elle avant que sa fille n'ait eu le temps de faire le moindre geste ou de prendre sa baguette qu'Eliane cherchait désespérément. Seulement, elle était trop loin, trop loin pour l'atteindre et son père crut le comprendre puisqu'il afficha un sourire victorieux. Il tenait ses bras au-dessus d'elle et de son autre main, il arracha son haut dans un déchirement qui résonna dans la pièce. Les larmes coulaient encore et encore. Les souvenirs de cette nuit d'orage revinrent en elle. Elle se débattit de toutes ses forces avec ses jambes, lui mettant des coups dans le ventre, cria, appela au secours, mais rien à faire, il ne lâchait pas prise ! Il se pencha vers son oreille et murmura de façon vicieuse :

« Tu es toujours aussi douce Eliane, tu vas adorer, ajouta-t-il en caressant sa peau pour finalement arracher sa jupe. »

Sa respiration se bloqua soudainement, ses yeux se voilèrent, se faisant plus sombres, sa tête roulant sur le côté. Quelque chose se brisa en elle, peut-être l'espoir ? Personne ne viendrait la sauver, personne n'était là ; elle était seule encore et pour toujours. Seule face à ses démons. Elle cessa soudainement de pleurer. Tout était fini. Toute sa vie n'était qu'un tissu de mensonges. Elle avait tué sa sœur dans l'accident de voiture avec sa mère. C'était à cause d'elle que tout cela était arrivé. Elle avait tout perdu, elle n'avait plus rien. Eliane comprit enfin la haine de son père : il était jaloux, jaloux qu'elle soit une sorcière comme sa mère. Jaloux de ne pouvoir faire aucune magie comme eux. Il se sentait inférieur et comblait ce manque en les battant pour se sentir fort, en les détruisant comme lui l'avait été par sa famille. Elle pouvait sentir les doigts de son père parcourir son corps avec lenteur et agressivité. Elle se dégoûtait, elle avait envie de vomir, de cracher sur sa vie ! Doucement, les ténèbres l'engloutirent, la flamme vacillant sous le souffle rugueux de son père qui parcourait sa chair. Quand la porte d'entrée au rez-de-chaussée s'ouvrit violemment...


-Hum, pourquoi me regardez-vous ainsi ? Je n'ai rien fait, juste coupé au mauvais moment. Je vous l'avais dit que j'étais sadique. Chapitre assez sombre, hein ? Son père qui tente de la violer une nouvelle fois, révélations sur la famille d'Eliane. Personne n'avait deviné que sa mère était une sorcière ! Et pourtant, il y avait une phrase très claire dont Eliane s'était souvenue : « je t'avais interdit de faire la magie ». Qui pouvait être cette personne à part sa mère ? Enfin voilà...Bien sûr tout le monde se doute que c'est Sirius et Remus. Arriveront-ils à temps avant que son père n'aille jusqu'au bout de son acte, on le saura au prochain épisode. Et Ambre qui avoue son homosexualité à Joanne. La pauvre, elle tombe dans les pommes mdr. Comment réagira-t-elle à votre avis ?

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Lia-Sail.