Chapitre 13 : Souvenirs
Il faisait nuit noire dans les rues de Londres, seuls les lampadaires venaient à éclairer les rues ou les maisons. Deux hommes marchaient côte à côte sur le trottoir, le regard fixé droit devant eux. Ils s'arrêtèrent alors en face d'une grille portant le numéro 8, Baker Street. Ils poussèrent en douceur la barrière dans un grincement et sortir respectivement leur baguette tout en jetant un coup d'œil furtif autour d'eux, au cas où des Moldus traîneraient dans les parages. Ils avaient réussi par chance à trouver l'adresse dans le dossier scolaire de la jeune West. Sirius et Remus avaient donc décidé d'aller jeter, ce soir-là, un coup d'œil chez la famille d'Eliane pour s'informer de l'état de la jeune femme et rassurer Padfoot qui n'arrêtait pas de s'inquiéter pour elle. Ils se dirigèrent vers les fenêtres d'où on pouvait apercevoir de la lumière et la télévision allumée, mais personne dans le salon. Tout semblait bien calme dans la maison, trop calme au goût de Black qui fronça les sourcils. Il fit un signe négatif à Remus, comme quoi il n'y avait personne au rez-de-chaussée.
« On n'entend rien dans la maison, peut-être dorment-ils ? chuchota Remus tout en essayant de rester discret. Nous ferions mieux de revenir de… »
Il eut à peine le temps de finir sa phrase qu'ils entendirent un bruit étouffé, comme quelque chose qui tombait sur le sol ou quelqu'un. Sirius regarda rapidement son ami, le cœur battant à une vitesse folle face à l'inquiétude qui le submergeait de nouveau ! Il serra sa baguette de toutes ses forces, ne sachant que faire. Peut-être n'était-ce qu'une chaise de tombée ? Non ! Non, il le savait au plus profond de lui-même que ce n'était pas qu'une simple chaise renversée ! Toutes ses marques qu'ils avaient vues sur son corps à l'infirmerie, ses plaies, son silence… Il n'y avait aucun doute ! D'un regard déterminé, ignorant les conseils de Moony qui lui rappelait d'être discret, il ouvrit la porte d'un sortilège tout en la claquant contre le mur sous le regard désespéré de Remus. Niveau discrétion, on ne pouvait pas faire mieux ; ils avaient de la chance si les voisins aux alentours n'avaient rien entendu. Ils entrèrent dans la maison, mais le bas était totalement vide et dans le noir complet, juste la lumière du salon venait à éclairer l'escalier. Sans plus de questions, Sirius monta les marches, suivi de près par Remus. Leurs oreilles furent attirées par un gémissement. Qu'est-ce que…
Le sang de Sirius ne fit qu'un tour en ouvrant la porte d'où venait le bruit. La vision qu'ils eurent les mortifia totalement sur place. Eliane, couchée à même le sol, à moitié nue, ne portant qu'une culotte, et son père au-dessus d'elle. Elle ne réagissait même pas ! Mais quel monstre pouvait donc faire ça à son propre enfant ? Julian eut à peine le temps de réagir qu'il se fit empoigner violemment par le col de sa chemise et envoyé brutalement contre la paroi du mur, avant de sentir un coup de poing dans son nez qui craqua sous la violence ! Il mit instinctivement sa main sur son nez en sang et cassé ! Il releva le regard vers l'homme qui l'avait agressé et qu'il reconnut rapidement : un professeur de sa fille. Sirius avait envie de le tuer ! Il ne méritait que ça !
« Comment pouvez-vous lui faire ça ? COMMENT ? cria-t-il sous la colère qui déformait les traits de son visage, tandis que ses yeux se faisaient plus sombres, avec une lueur de démence.
-Vous comprendrez quand vous serez passé sur elle ! dit-il avec un regard malveillant avant de se recevoir un autre coup de poing dans le visage. »
Sirius le colla contre le mur, la main autour de sa gorge, la baguette pointée sur sa tempe. Julian essayait de se dégager de l'emprise du sorcier, mais rien à faire : il le maintenait trop fort. Padfoot avait la respiration haletante face à la rage qui montait en lui. Il avait osé la toucher elle ! Personne ! Personne n'avait le droit de s'en prendre à elle ! Elle ne méritait pas ça ! La haine l'envahissait peu à peu et, les lèvres pincées, il prononça :
« Endo…
-SIRIUS ! NON ! s'exclama Remus, horrifié par le sort qu'il allait lui lancer. Ne fais pas ça ! Tu iras en prison ! Pense à Eliane, ajouta-t-il en pointant sa propre baguette sur le Maraudeur, pour le maîtriser au cas où.
-C'est une sale pourriture ! Il ne mérite pas de vivre Remus ! Violer sa propre fille ! hurla-t-il en resserrant son emprise autour de la gorge du père d'Eliane qui suffoquait.
-Tu crois que c'est en retournant à Azkaban que tu l'aideras ? s'exclama Moony. La justice s'en chargera ! »
Il savait que Remus avait raison, il le savait bien sûr. Eliane avait besoin d'eux, besoin de lui. Il ne pouvait pas l'abandonner, pas maintenant, ce serait tellement bête de sa part. Seulement, il y avait ce monstre en face de lui ! Il le dégoûtait ! Il était abject et répugnant. Comment pouvait-on abuser de sa fille ? En plus, il empestait l'alcool ! Peu à peu, il desserra son emprise, laissant retomber l'homme à ses pieds qui se massait la gorge. Sirius se recula tout en continuant de le regarder, écœuré par cet homme qui lui donnait envie de vomir ! Il se tourna alors vers la jeune fille qui s'était réfugiée dans un coin de la pièce. Elle se balançait d'avant en arrière, les genoux repliés contre sa poitrine dénudée. Il déglutit passablement tout en jetant un regard interrogateur à Remus :
« Il faut la ramener à la maison, mais elle ne se laissera pas approcher. Je crois qu'elle ne nous a pas entendus arriver, elle semble déconnectée, confia-t-il à Padfoot. »
Sirius chercha alors quelque chose du regard qui pourrait la couvrir. Il trouva sa cape de posée sur son lit. Sans hésitation, il la prit et s'avança doucement vers Eliane. Il frissonna rien qu'à la simple idée de ce qu'elle devait ressentir. Il ferma les yeux, chassant ses images de son esprit, il devait être calme. Il s'agenouilla en face d'elle, tout en la regardant tristement, et murmura :
« Eliane, Eliane ? appela-t-il. Malheureusement, elle ne semblait pas réceptive. Eliane, tu m'entends ? Je sais que tu m'entends, c'est moi Sirius, je suis avec le professeur Lupin. C'est fini, il ne peut plus rien t'arriver.
-…
-Eliane, soupira-t-il la gorge nouée, il ne peut plus rien te faire. C'est terminé. »
Il la vit alors relever la tête à son plus grand bonheur. Il y avait un espoir, rien n'était perdu. Seulement, son regard lui retourna le ventre : il n'y avait plus rien. Il était vide, brisé, le néant.
« Oh, Eliane ! Pourquoi a-t-il fallu que tu retournes chez ton père ?», pensa-t-il.
Il n'osait même pas imaginer ce qu'elle avait dû endurer pour que la peur s'insurge en elle au point d'être effrayée à ce qu'il l'atteigne à distance. Ne se sentait-elle donc jamais en sécurité ? Il se rappela alors de la forme que prenait son Epouvantard : son père, sa plus grande frayeur. C'était tellement évident, tout était sous leurs yeux. Il inspira profondément, tout lui en faisant un mince sourire pour la rassurer. Il l'entendit alors souffler d'une voix faible :
« C'est - c'est vraiment fini ? »
Il entendit alors le rire de son père qui allait répliquer quelque chose, mais Remus fut plus rapide et lui lança un « Silencio » et un « Stupéfix » bien placé. Sirius le remercia d'un signe de tête et se reporta son attention sur Eliane.
« Oui, répondit-il. Tu es en sécurité, insista-t-il sur le mot. Tu me fais confiance ? »
Il savait que c'était beaucoup lui demander d'un seul coup ; lui faire confiance alors qu'il était un homme et qu'elle allait tout juste se faire violer par son père ! Néanmoins, sa réponse était capitale pour lui et pour elle afin qu'Eliane puisse avancer après cette épreuve. La réponse lui parutinfiniment longue et interminable. Cependant, elle hocha affirmativement de la tête. Son cœur se gonfla tout en s'approchant pour la recouvrir de sa cape. La jeune Serdaigle frissonna quelque peu tout en se mordant les lèvres, hautement gênée et honteuse par la situation. Elle n'était qu'une idiote. Comment pouvait-il être aussi doux avec elle ? Elle se sentait si sale, si sale. Elle se dégoûtait. Eliane s'emmitoufla dans la cape comme pour disparaître à jamais. Elle sentit alors deux mains entrer en contact avec son corps, qu'elle repoussa avec vigueur.
« Je suis désolée, murmura-t-elle au bord des larmes.
-Eh, souffla une voix qui n'était autre que le professeur Lupin, ce n'est pas grave. Ne baisse pas la tête devant nous, tu n'as pas à te sentir honteuse Eliane.
-On veut juste te porter, dit Sirius, on ne veut pas te faire de mal. D'accord ?
-Oui, mais…
-Écoute-moi, déclara Black en passant une main sous son menton pour l'obliger à le regarder droit dans les yeux. Tu n'auras plus jamais, je dis bien jamais, à subir ce genre d'attouchement ou même à être battue. Tout est fini. Ce sera long et difficile, mais tu souriras de nouveau. En attendant, on va s'occuper un peu de toi. On va t'emmener chez moi, tu dois être soignée et vue par un spécialiste, mais tu dois me laisser te porter dans mes bras. On va transplaner pour que cela soit plus rapide. Tu me fais confiance n'est-ce pas ? »
Oui, oui elle lui faisait confiance, elle savait que ce n'était pas son père. Ils étaient attentionnés avec elle, mais ça bloquait. Elle avait toujours eu ce blocage avec les hommes et pour cause. Au souvenir de son viol, elle ferma les yeux douloureusement. Elle ne devait pas y penser, elle ne devait pas ! Il fallait qu'elle se rappelle d'un souvenir heureux. Sirius ne lui ferait pas de mal, il ne lui en avait jamais fait, et même le professeur Lupin. Elle devait leur faire confiance, seulement c'était plus facile à dire qu'à faire. Elle se souvint alors de l'étreinte qu'elle avait eue avec Sirius. Elle s'était sentie en sécurité, elle n'avait pratiquement pas eu peur. Peut-être ressentirait-elle encore la même chose ? Prenant sur elle-même, Eliane souffla :
« D'accord. »
Elle sentit les bras de Padfoot passer sous ses jambes et derrière son dos, pour se retrouver collée contre lui. Ce n'était pas si horrible que ça ; elle sentait que son étreinte était chaleureuse. Comment pouvait-il être si prévenant envers elle ? Ne la trouvait-il pas dégoûtante ou repoussante ? Nerveusement, elle commença à frotter et gratter ses bras tout en s'endormant de fatigue. Au même moment, Remus fit rapidement le sac d'Eliane avec le sortilège « Failamalle ». Ils virent alors le père d'Eliane reprendre conscience et sous les yeux ébahis de Sirius, Lupin, si calme et si sage d'esprit, se dirigea vers l'homme en question et lui donna un coup de poing en plein dans la mâchoire qui arracha un cri de souffrance à Julian.
« Ce n'est rien comparé à ce que vous lui avez fait ! Ne comptez pas sur nous pour vous en sortir aussi facilement West, cracha le loup-garou avec amertume. Nous reviendrons et cette fois-ci, vous aurez plus qu'un simple nez cassé ou une mâchoire fracturée ! »
Remus se retourna vers son ami et son élève et d'un signe de tête, ordonna leur départ. En quelques secondes, ils se retrouvèrent chez Sirius où les attendait Nymphadora, épouvantée et inquiète de voir son mari et son cousin ramener Eliane dans un état lamentable. Sirius demanda à Tonks d'appeler le Médicomage de la jeune fille et de ne pas prévenir Mme Pomfresh. Personne ne devait savoir qu'Eliane logerait ici le reste des vacances de Noël. Surtout pas le personnel de Poudlard ; il poserait beaucoup trop questions.
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Pendant ce temps-là, à la tour des Gryffondors, Laura était toujours réveillée ne cessant de penser à Ambre Corvalis qu'elle avait embrassée durant le Bal. D'ailleurs, elle était toujours aussi surprise et étonnée d'avoir apprécié le baiser ; elle avait même aimé et pourtant, c'était une fille. Elle n'y comprenait plus rien ! Comment pouvait-on aimer une fille, alors qu'elle n'avait jamais été attirée par l'une d'entre elles ? Est-ce cela qu'on appelait âme sœur ? N'importe quoi ! Voilà maintenant qu'elle faisait dans la guimauve ! Elle ne savait plus ou elle en était. Au point que cet après-midi, elle avait ignoré la jeune Serdaigle. Puis, quand elle était venue la voir, Laura l'avait brusquement rejetée ! Elle avait agi de façon horrible avec Ambre. Floyd avait bien vu la tristesse dans ses yeux. Elle était stupide ! Seulement, tout cela allait trop vite à son goût : elles se connaissaient à peine et s'étaient déjà embrassées alors qu'elle n'était même pas certaine de ce qu'elle ressentait envers cette fille !
Laura se retourna dans son lit, la tête enfoncée dans son oreiller, toujours aussi pensive. En plus de cela, Corvalis ne connaissait rien de sa vie. Quelle serait sa réaction quand elle saurait ? Peut-être qu'Eliane avait bien réagi, mais serait-ce le cas de son amie ? Elle en doutait fortement, tout le monde n'était pas aussi ouvert d'esprit sur ce sujet. Est-ce qu'Ambre la comprendrait ? Ou la jugerait-elle ? Tant de questions sans réponse. Que devait-elle faire ? Se faire pardonner de son attitude froide envers elle ? Tenter de la connaître ? De lui expliquer qu'il lui fallait du temps et à elle de la patience ? Elle fut alors sortie de ses songes en entendant des sanglots étouffés. C'était sûrement Spencer : depuis le Bal, elle n'était que l'ombre d'elle-même. Apparemment, selon les rumeurs, Walker l'aurait bien remise à sa place. Elle devait se sentir bien seule, ses amies ne venaient même pas prendre de ses nouvelles. Décidément, ce bal aura bien causé du souci ! Elle soupira profondément tout en essayant de s'endormir.
À quelques mètres de là, les larmes ravageaient le visage de Tracy. Elles ne cessaient de couler, les mots de John tournant en boucle dans son esprit. Elle pleurait encore et encore. Elle avait mal. Elle l'aimait, mais lui non, il avait été clair sur ce sujet-là ! Le pire, c'est qu'il avait raison : elle n'arriverait jamais à la cheville de West et ses amies, jamais. Elle n'avait même pas une amie, une véritable amie sur qui compter, elle était seule. Marie et Adina n'étaient pas venues la voir. Personne ! Elles n'étaient avec elle que pour la popularité et se faire bien voir ! Elle n'avait rien ! Pourquoi fallait-il qu'elle détruise tout sur son passage ? Toujours cette envie de faire du mal aux gens. Peut-être parce qu'elle n'était pas heureuse, peut-être parce qu'elle voulait que les gens souffrent autant qu'elle ! Elle était égocentrique et égoïste ! Elle n'était pas la seule à souffrir sur terre ! Seulement, voir Eliane et ses amies si unies, si heureuses… Elle les enviait, les jalousait. Le pire, c'est qu'elle n'arrivait même pas à regretter le mal qu'elle avait fait à Salder ! Elle avait eu sa revanche, elle l'avait eue…Mais elle était bien amère.
Le lendemain matin, au dortoir des Serdaigles, Joanne se réveilla la première. Voilà trois jours maintenant que le bal était passé. Trois jours que John lui courait après pour se faire pardonner et s'excuser, mais elle ne l'écoutait pas. Elle voulait faire une croix sur lui. C'était fini ! Trop de mensonges, trop de blessures. Le seul point positif, c'est qu'elle avait giflé violemment Andrews dans la Grande Salle devant tout le monde avec une fierté grandissante. La plupart des élèves avaient ri de lui, à son plus grand bonheur, et bizarrement, quelques heures plus tard, il s'était retrouvé à l'infirmerie avec des bleus partout. Paraît-il qu'il serait tombé dans les escaliers. Joanne n'y croyait pas trop, mais ne s'en préoccupait pas plus. En effet, si son moral à elle était bien meilleur que ces derniers jours, celui d'Ambre était au plus bas. Apparemment, Floyd l'avait rejetée sans remords alors qu'elles s'étaient embrassées au bal. Elle sourit alors au souvenir de son évanouissement quand son amie lui avait annoncé son homosexualité. Bien sûr, au début elle avait été fort étonnée : elle n'aurait jamais cru de sa vie qu'Ambre puisse aimer les filles. Pas que ça la dérange, bien au contraire, mais c'était juste surprenant. Elle s'était alors assuré que son amie n'avait pas de sentiments pour elle, ce à quoi Corvalis avait répondu que non. Joanne en riait encore aujourd'hui devant son imbécillité à poser ce genre de question.
Décidément, tout le monde avait des problèmes de cœur en ce moment. Elle qui croyait que leur dernière année serait des plus reposantes, elle s'était lourdement trompée. Salder soupira profondément, marchant dans les couloirs relativement frais de Poudlard. Elle était inquiète, elle n'avait toujours pas de nouvelles d'Eliane. C'était peu habituel de sa part de n'envoyer aucun courrier. Elle espérait que tout allait bien ; elle n'avait pas semblé particulièrement joyeuse de devoir retourner chez elle. Si seulement elle voulait bien se confier à eux ! Ils pourraient l'aider. Joanne fut alors sortie de ses songes en sentant une main l'agripper et la pousser dans une salle de classe vide. Quel était le crétin qui lui avait ça ? Elle se retourna furieuse, faisant virevolter ses cheveux flamboyants autour d'elle et les yeux noirs de colère quand elle vit le responsable !
« TOI ! cria-t-elle. »
Devant le ton accusateur de Joanne, Walker inspira profondément pour se donner du courage ; il devait la convaincre que ce n'était pas de sa faute ! Qu'il n'avait pas embrassé Spencer ! Ou encore désolé de ne pas avoir pu l'aider contre cet Andrews.
« Qu'est-ce que tu me veux encore ? Tu n'as donc pas compris ? Je ne veux plus entendre parler de toi ! s'exclama-t-elle en se dirigeant vers la porte de sortie.
-Écoute-moi Joanne, dit John en s'interposant entre la porte et elle. »
La colère bouillonnait en elle ; comment osait-il l'appeler par son prénom ?
« Ne m'appelle pas Joanne ! siffla-t-elle. Seuls mes amis m'appellent ainsi ! Tu n'en fais pas partie et tu n'en feras jamais partie ! »
John crut se prendre une gifle en pleine figure. Pour la première fois de sa vie, c'était lui qui se faisait envoyer balader et ça faisait mal. Il comprit un peu mieux Joanne et ses sentiments quand il l'avait vulgairement rejetée, il y a deux ans. Il s'aperçut alors qu'elle allait sortir, il posa sa main sur son avant-bras pour la retenir.
« Écoute-moi, je te promets que je n'ai pas essayé d'embrasser Spencer ! C'est elle qui… »
Un bruit de gifle retentit dans la salle de classe. La main levée, Joanne le regardait avec dégoût ? Amertume ? Tristesse ? Amour ? John se tenait la joue en sentant une douleur fugace traverser la zone touchée.
« En quelle langue dois-je te le dire ? C'est fini ! Tu crois quoi ? Qu'il suffit de claquer des doigts pour m'avoir à tes pieds ? Tu te trompes lourdement ! s'exclama-t-elle, ses yeux brillants de façon étrange. C'est trop facile, tu t'amènes là avec tes gros sabots en me déclarant que rien n'est de ta faute, mais c'est bien toi qui a invité Spencer au bal, en sachant que c'était notre pire ennemie ! C'est toi qui m'as repoussée il y a deux ans ! Et maintenant, tu veux t'excuser ? Il fallait y réfléchir à deux fois avant d'agir comme l'empoté que tu es ! Il est trop tard, déclara-t-elle en se retournant pour sortir de la classe. »
Trop tard ? Non, il n'était jamais trop tard ! Oui, il était en tort, il avait mal agi, mais il continuerait à tenter sa chance, à la poursuivre, à l'aimer. Il réussirait et peu importe le temps que cela devait mettre, il n'abandonnerait pas ! Il se rendit compte à quel point il l'avait fait souffrir. Il allait devoir se rattraper, mais comment ? Il ne savait pas, mais il était certain qu'Eliane serait d'un très bon conseil. Il savait qu'il pourrait compter sur son soutien. Vivement qu'elle revienne. Elle lui manquait.
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Cela faisait quelques heures qu'Eliane dormait dans une chambre à l'étage et que M. Bones était passé pour l'examiner avec une assistante. Remus, Sirius, Tonks et le Médicomage étaient assis autour de la table de cuisine en sirotant un thé ou un café, selon chacun, après les événements de la soirée. Il leur avait raconté un peu l'histoire de West, comme quoi la mère était une sorcière et son père un Cracmol qui descendait d'une famille de sorcier. Eliane était donc une Sang Pur et non une Sang-de-Bourbe. Personne n'avait dormi de la nuit, surveillant la jeune fille à tour de rôle et la calmant quand elle faisait des cauchemars en attendant l'arrivée de Bones. Les trois adultes attendaient patiemment les résultats de l'examen du sorcier pour savoir exactement ce qu'il en était et ce qu'ils devaient faire pour elle. Sirius ne cessait de jeter des coups d'œil vers la sortie de la cuisine ou d'écouter les bruits à l'étage. La savoir seule là-haut ne lui plaisait pas particulièrement. Il fut alors sorti de ses songes par la voix du Médicomage :
« Eliane a retrouvé ses souvenirs. Apparemment, son père n'a pas eu le temps d'aller jusqu'au bout de son acte, il n'y a aucune marque sur l'intérieur de ses cuisses. Vous êtes arrivés à temps si je puis me permettre, mais…mais elle a été violée, annonça-t-il le visage grave.
-Je- je ne comprends pas, déclara Sirius. Vous venez de dire que son père n'avait pas eu le temps donc…
-Vous avez très bien compris, coupa Bones. Ce soir, il ne s'est rien passé, mais il y a dix ans, peu de temps avant l'accident de sa mère, elle a été violée par son père, confia-t-il.
-Vous voulez dire qu'il a abusé d'elle alors qu'elle n'avait que sept ans ? répéta Tonks totalement abasourdie.
-C'est ça. J'ai fouillé dans son esprit pour mieux comprendre ce qui s'était exactement passé avec son père et j'ai vu par la même occasion ses souvenirs d'enfance. Ce qui explique la fuite de sa mère ou encore le mutisme dans lequel Eliane s'était plongée durant un an. C'était trop dur pour une enfant de son âge de supporter une telle chose, son instinct de protection lui a fait rejeter tous ses souvenirs des événements de ses sept ans pour mieux vivre en quelque sorte, expliqua-t-il calmement.
-Il y a quelque chose qui m'échappe : durant son accident, à son arrivée à Sainte-Mangouste, vous n'aviez rien vu sur le fait que sa mère ou encore Eliane se faisaient battre ? demanda Remus.
-L'accident a été tel que les bleus se sont confondus avec la collision qui a été violente et je ne parle même pas des fractures multiples. Elles sont arrivées dans un état lamentable et proche de la mort pour Eliane.
-Durant ses cauchemars, elle parlait d'une sœur, sa mère était enceinte ? questionna Sirius en fronçant des sourcils.
-Oui, répondit Bones quelque peu mal à l'aise.
-L'enfant est-il mort avec la mère ?
-Eh bien…C'est une histoire compliquée, souffla-t-il, plus fatigué que jamais.
-Nous avons tout le temps de l'écouter, insista Black en ayant fait le lien très rapidement avec sa jeune élève ; le hasard n'existait pas. Elle est vivante, n'est-ce pas?
-Oui, approuva le sorcier en soupirant. Quand l'accident s'est produit, Anna a protégé Eliane en se jetant sur elle. Heureusement, un sorcier avait assisté à la catastrophe et il a très vite remarqué que la femme était une sorcière. Apparemment, le bébé a fait de la magie accidentelle en créant un bouclier de protection, mais pas assez puissant pour éviter la mort d'Anna, juste lui donner un sursis. Une fois dégagées, elles ont été emmenées d'urgence à Sainte-Mangouste. Eliane a été prise en charge par un service aux enfants et sa mère par moi et mon équipe. Elle était à peine consciente, mais ces derniers mots ont été : protégez mon bébé, protégez-le, prenez soin d'Elizabeth. Nous avons essayé de la sauver, mais c'était soit elle, soit son enfant. Elle a choisi de donner sa vie pour sa fille. Elle est morte durant l'accouchement ou plutôt la césarienne. Une petite fille de huit mois et demi est née du nom d'Elizabeth. Nous ne savions pas s'il y avait un père ou pas. Alors, en attendant, nous l'avons placée dans un service spécialisé des enfants nés prématurément et orphelins. Quelques heures plus tard, Eliane fut sauvée, mais elle resta dans le coma. Ce fut à ce moment que le père arriva. Il ne semblait pas inquiet outre mesure, il n'a pas versé une larme sur la mort de sa femme. J'ai alors repensé à ses paroles et quand il me demanda si le bébé était vivant, je lui dis que non, que seule sa fille Eliane l'était.
-Alors vous aviez des soupçons sur lui ? interrogea Nymphadora.
-Sans plus. Il y a des personnes qui n'ont aucune réaction à la mort d'un proche ou qui ne savent pas comment réagir. Si j'ai gardé l'enfant, si j'ai caché sa naissance, c'est aussi en partie pour ma sœur, avoua-t-il en fermant les yeux quelques secondes au souvenir de ce jour. Elle ne peut pas avoir d'enfant et elle souhaitait tellement en avoir un avec son mari. Seulement, pour adopter, il faut attendre plusieurs années. C'était un don du ciel pour eux. Alors, j'ai fabriqué un certificat de décès pour Elizabeth West. Elle a disparu de la circulation pour devenir Elizabeth…
-White, compléta Sirius.
-Comment le savez-vous ? demanda Bones en relevant la tête.
-Elle est entrée à Poudlard cette année, à Gryffondor. Elle était très perturbée quand ses parents lui ont annoncé qu'elle était adoptée et qu'elle avait une sœur à Poudlard. Elle ressemble un peu à Eliane ; elles ont les mêmes yeux. Le rapprochement a été vite fait avec les révélations de ce soir, confia Sirius en haussant les épaules.
-Sous mon conseil, j'ai demandé à ma sœur de lui dire la vérité. Eliane est sa grande sœur, elle a retrouvé ses souvenirs ; il est temps pour elle de connaître Elizabeth. Cependant, je crois qu'il serait préférable d'attendre qu'elle aille mieux. Pour l'instant, on doit s'occuper d'elle. Je lui ai prescrit des potions calmantes et un pot de crème cicatrisante. Je ne sais pas quelle sera sa réaction au réveil. Il est fort possible qu'elle se replonge dans son mutisme. Le mieux, c'est de continuer à lui parler, l'obliger à dire quelque chose, en lui posant des questions et lui faire la conversation. Surveillez-la bien, on ne sait jamais ce qu'elle pourrait faire.
-Sera-t-elle apte à retourner à Poudlard dans quinze jours ? demanda Remus inquiet.
-Je ne sais pas. Dans le pire des cas, si son état se dégrade, on devra l'envoyer à Sainte-Mangouste. »
Sirius grimaça quelque peu devant cette solution aussi radicale. Il dit alors fermement :
« Eliane n'ira pas là-bas. S'il le faut, elle restera ici ! Même si je dois démissionner de Poudlard pour rester avec elle et l'aider, affirma-t-il avec fermeté. »
Remus et Nymphadora tournèrent aussitôt la tête vers le concerné, les yeux grands ouverts devant ses propos. Il semblait très sérieux ; c'était la première fois que Moony voyait Padfoot prendre à cœur une situation de ce style. Était-il amoureux d'elle à ce point-là ? Si c'était le cas, alors il avait bien changé et muri.
« J'approuve la décision de mon ami. De toute façon, je suis certain qu'elle ira bien mieux. Elle reprendra les cours et nous serons là pour l'y aider.
-Bien, dans ce cas, je vous fais confiance. Je repasserai dans une semaine. Prenez bien soin d'elle et au moindre problème avertissez-moi, dit Bones en disposant de ses hôtes. »
Quelques minutes plus tard, Sirius monta à l'étage et entra dans la chambre après avoir toqué. Ses yeux tombèrent sur un lit entièrement vide. Où était-elle ? Son ouïe fut alors attirée par l'eau de la douche qui coulait fortement. Que faisait-elle ? Elle prenait une douche ? Il s'avança vers la porte de la salle de bain et toqua une nouvelle fois en appelant Eliane qui ne semblait pas vouloir répondre. Il entendait juste le bruit de l'eau et rien d'autre. Que devait-il faire ? La laisser tranquille ou entrer ? Cela l'inquiétait quand même. Et si elle faisait une bêtise ?
« Eliane, j'entre, avertit-il. »
Il ouvrit la porte et fut tout de suite agressé par la chaleur qui régnait dans la pièce : de la buée avait envahi les fenêtres et la glace. Il la vit alors dans la cabine de douche, assise, en sous-vêtements, sanglotant, laissant l'eau chaude, voire brûlante, couler sur elle tout en frottant ses bras dénudés. Un bloc de glace tomba dans l'estomac de Sirius. Elle qui était si forte, qui ne se laissait pas faire, qui souriait à la vie, elle était littéralement détruite et fragilisée. Il ferma son poing jusqu'à ce que les jointures de sa main deviennent blanches. Oui, il paierait. Comment ? Il ne savait pas encore, mais son père paierait, il ne l'emporterait pas au paradis ! Il se précipita pour éteindre les robinets et prendre une serviette de bain tout en entrant dans la cabine de douche. Il s'avança doucement pour ne pas l'effrayer, l'apprivoisant comme un oiseau sauvage. Il fut étonné de la voir se laisser faire quand il enroula la serviette de bain autour d'elle ou encore pour la faire sortir de la salle de bain à sa chambre. Il la fit asseoir sur le lit, les yeux dans le vague. Il l'aurait bien séchée, mais peut-être était-ce un peu trop demandé. Il se sentait si désemparé, il ne savait pas comment agir avec elle ! Il avait envie de la serrer contre lui, de l'embrasser, la réconforter, mais il doutait fortement qu'elle se laisse faire. Il fallait qu'elle se change les esprits, qu'elle ne reste pas enfermée dans cette chambre. Il fallait qu'elle bouge sinon elle tomberait au fond du gouffre ! Il se leva, se dirigeant vers l'armoire pour en sortir une robe dans les tons bleu marine. Il retourna vers Eliane et la posa à côté d'elle sur le lit. Elle tourna la tête vers le vêtement posé, quelque peu intriguée. Que voulait-il qu'elle fasse ? Pourquoi cette robe ? Comme pour répondre à ses questions, il répondit :
« Tu vas t'habiller. Que dis-tu de descendre en bas avec nous et peut-être même sortir ? »
Il crut voir quelque chose s'illuminer au fond de ses yeux, mais il en douta fortement. Descendre en bas ? Pour quoi faire ? Parler, lire ? Sortir ? Où ça ? Sur le chemin de Traverse ou à Pré-au-Lard ? Elle en avait envie, mais sans conviction toutefois. Voir du monde ne lui plaisait guère, pas maintenant. Et sans s'en rendre compte, Eliane dit :
« On-on peut rester ici. Je-je veux dire, rester avec vous en bas ? demanda-t-elle en baissant la tête. »
Sirius sourit devant sa timidité flagrante d'être chez lui, mais il était heureux car il réussissait à la faire parler et ça c'était le plus important. Il se leva de sa chaise et lui annonça qu'il l'attendait derrière la porte. Il ne fallut que quelques minutes à West pour se sécher et porter la robe à manche longue. Elle laissa ses cheveux libres sur le dos puis sortit de la chambre, rejoignant Sirius qui la trouvait toujours aussi jolie. Le bleu lui allait à merveille ! Quoiqu'elle porte, elle était magnifique à ses yeux. Ils descendirent les marches de l'escalier en silence pour arriver dans le salon où discutaient tranquillement Remus et sa femme. Ils se turent à l'apparition de la jeune fille, puis l'invitèrent à prendre place dans le canapé aux côtés de Tonks. Eliane ne cessait de regarder la pièce aux couleurs rouge et or, avec des poufs et des canapés, quand son attention fut attirée par le sapin de Noël au fond de la pièce. Il était magnifique ! Ça faisait si longtemps qu'elle en avait vu un ! Bien sûr, il y en avait à Poudlard, mais ce n'était pas pareil ; faire son propre sapin chez soi était beaucoup plus amusant et magique. Elle était certaine, vu la façon dont était décorée cette pièce, qu'elle faisait un rappel à la salle commune de Gryffondor. La pièce était chaleureuse et chatoyante avec le bon feu de cheminée ; il ne manquait plus qu'un livre entre ses mains et c'était parfait.
« Alors Eliane, comment vas-tu ? Tu veux manger quelque chose peut-être ? demanda Remus avec un sourire encourageant. »
Comment allait-elle ? Elle ne le savait pas elle-même. Elle se sentait étrangement vide, fatiguée, sale, honteuse avec ce profond sentiment de dégoût. Manger ? Non, ce n'était pas dans son programme, rien que l'idée d'avaler de la nourriture lui donnait envie de vomir. Elle refusa donc poliment. Elle était gênée d'habiter ici avec ses professeurs. C'était étrange, mais pas déplaisant en soi. Elle sentit alors une main sur son épaule qui la fit sursauter et palpiter son cœur. L'adolescente s'aperçut que ce n'était autre que le professeur Tonks qui lui proposa gentiment :
« Ça va Eliane ? Si tu veux te reposer, tu peux retourner dans ta chambre.
-Non, non, je suis désolée, souffla-t-elle en sentant les yeux lui piquer. »
Mais qu'avait-elle à la fin ? Elle réagissait comme une gamine de huit ans ! Elle ne savait pas quoi dire, ni quels mots mettre sur ses sentiments, elle était perdue. Elle aurait aimé avoir sa mère pour être consolée, pour la rassurer que cela n'était qu'un horrible cauchemar. Elle aurait aimé pleurer dans ses bras, elle se sentait si faible. Eliane n'entendit pas les deux hommes sortir de la pièce en silence, la laissant seule avec Tonks. Elle sentit juste deux bras l'entourer tendrement comme une mère le ferait avec son enfant. Des mots réconfortants murmurés à son oreille, tout en la berçant et lui soufflant de pleurer autant qu'elle le souhaitait. Ses paroles furent libératrices ; elle se mit à pleurer encore et encore, ne pouvant plus s'arrêter, déversant toute sa tristesse. De ses mains, Eliane s'accrocha aux vêtements de Nymphadora qui la serra contre elle. La tête de la jeune fille reposant sur le ventre arrondi de la sorcière. Le sourire aux lèvres, elle s'endormit comme au temps où sa mère vivait et qu'elle se reposait contre le ventre de sa petite sœur pas encore née pour écouter les battements de son cœur. Elle pouvait sentir une main douce caresser ses cheveux, l'apaisant dans son sommeil comme le faisait sa mère quand elle était enfant. Peut-être était-ce elle ? Peut-être était-ce un rêve ? Dans ce cas, c'était un très beau rêve. Une larme roula sur son visage tout en murmurant un « je t'aime maman » sous les yeux attentionnés de Nymphadora qui veilla sur elle.
Voilà pour ce nouveau chapitre, j'espère que vous aurez aimé… Bref, bref comme dirait Pépin ! Plein de révélations dans ce chapitre. On avance, on avance tranquillement, mais sûrement. Bon comme vous le voyez ce n'est pas la joie pour Eliane. Un peu de Spencer ; à votre avis, que réserve-t-elle pour la suite ? Va-t-elle changer de comportement et devenir plus gentille ou rester dans sa stupidité avec ses vengeances ? Et John réussira-t-il à conquérir Joanne ? C'est très mal parti pour lui, et ne soyez sûr de rien avec moi, je peux faire ma sadique jusqu'au bout en ne les mettant pas ensemble, mouah mouah, j'adore vous faire douter. Et Laura, va-t-elle sortir avec Ambre et se faire pardonner de son geste envers elle ? Le rapprochement Sirius/Eliane débute au prochain chapitre. Que pensez-vous du moment Nymphadora /Eliane à la fin ? Ce n'était pas au programme, mais au vu de la suite de ma fic, ça va servir. Ce moment rapprochera les deux femmes. Sirius réussira-t-il à approcher Eliane, lui fera-t-elle assez confiance pour le laisser entre dans sa vie ? La réponse au prochain épisode.
Lia-Sail.
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