Chapitre 24 : Un lion et un serpent

Plus d'une semaine s'était écoulée, avril était entamé et on approchait bientôt des dernières vacances avant de passer les examens ainsi que la finale de Quidditch. Match de Quidditch qui se déroulerait sans aucun doute entre l'équipe de Serdaigle et celle de Gryffondor. Malgré leur premier match qui s'était révélé une catastrophe, Tracy espérait fermement remporter la coupe, même s'il fallait avouer que l'équipe des Serdaigles était très forte, voire peut-être trop forte pour eux ! Elle secoua alors la tête, refusant d'admettre son infériorité face à cette équipe ! L'équipe de West ! Certes, cela faisait quelques mois qu'elle n'avait pas eu d'affront avec elle. Cependant, elle gardait toujours cette profonde amertume envers Eliane. D'ailleurs, des rumeurs couraient à son sujet comme quoi elle aurait un petit ami au vu de ses disparitions fréquentes. West en couple ? Étonnant ; elle qui n'était jamais sortie avec le moindre garçon de cette école. D'autant plus curieux qu'on ne la voyait jamais fréquenter un élève de sexe masculin à part Walker. Qui cela pouvait bien être ? Et pourquoi garder le secret quant à cette relation ? À moins que cela ne soit réellement que des rumeurs ?

Elle laissa alors son esprit dériver vers Eric Carter. Ils s'étaient considérablement rapprochés ces derniers jours, au point qu'on ne les voyait pas l'un sans l'autre. Plus d'un en avait été ébahi de voir Spencer avec Carter. Une lionne avec un serpent ! On n'avait jamais vu ça à Poudlard depuis la fin de la guerre contre Voldemort. Ce n'était pas pour déplaire à la directrice de Poudlard qui y voyait un changement phénoménal et une ouverture possible entre toutes les maisons. Des bruits de couloir couraient sur eux comme quoi ils sortaient ensemble, seulement tout cela était bel et bien faux au plus grand désespoir de Tracy. La Gryffondor nourrissait des sentiments plus forts que ceux d'une simple amitié envers Eric. Des sentiments qui devenaient de plus en plus puissants au fil des jours passés à ses côtés. Elle aimait tout en lui : ses airs hautains, ses remarques acerbes ou ironiques, ses yeux, son sourire, sa voix ; il était son rayon de soleil qui illuminait ses journées. Elle n'aurait jamais cru pouvoir aimer à ce point-là, peut-être même encore plus que Walker. Un amour sincère. Un amour qu'elle espérait être réciproque ! Après tout, il était tout le temps avec elle, il semblait apprécier sa compagnie en plus de sortir quelques fois avec elle à Pré-au-Lard.

Depuis qu'il était entré dans sa vie, elle n'avait ses yeux que pour lui ; tout son être, son attention était dirigée vers lui. Il l'avait transformée. Certes, elle gardait toujours sa personnalité, cependant, Spencer était devenue moins revêche, moins méchante, moins aigrie. Son monde, précédemment empli de noir, était désormais rempli de lumière. Elle se moquait bien maintenant que ses parents ne lui prêtent aucune attention, elle se moquait du monde entier ! Elle était heureuse, heureuse d'être appréciée, d'être aimée à sa juste valeur, qu'on puisse s'intéresser à elle. Il était là et c'est tout ce qui comptait. Parfois, elle aurait aimé pouvoir être dans ses bras, sentir ses lèvres contre les siennes. Connaître ce que bon nombre de filles décrivaient après leur rendez-vous avec leur petit ami. Elle rêvait de lui, elle espérait pouvoir être avec lui. Mais comment faire pour qu'il comprenne qu'elle l'aimait et qu'elle voulait plus qu'une simple amitié ? Quelle serait sa réaction ? Tracy avait peur, peur de le perdre, peur qu'il la rejette comme Walker. Sauf qu'avec John, elle s'y était mal prise alors que là, il restait avec elle. Ils discutaient, riaient ensemble. Il ne pouvait qu'accepter de sortir avec elle. Enfin, c'est ce dont elle essayait de se convaincre…

Tandis qu'elle bifurquait dans un couloir, elle entendit deux voix masculines qui paraissaient se disputer. Prise par sa curiosité habituelle, elle se dirigea vers l'endroit d'où venaient ces voix. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant Eric en colère avec un autre de ses camarades de Serpentard. Son visage était tendu et ses yeux lançaient des éclairs sous le sourire moqueur de son interlocuteur.

« Tu n'es qu'un…

-Eric, souffla Tracy stoppant ainsi le jeune homme dans sa phrase. »

Le concerné lâcha alors la robe de son ami qu'il tenait entre ses mains et dit d'un ton contracté :

« Occupe-toi de tes affaires Maximus, cela ne te concerne plus maintenant.

-Je me demande quand même ce qu'en dirait ta…

-Dis un seul mot de plus et tu auras mon poing dans la figure, siffla Eric tellement bas que Tracy n'entendit rien. »

Sur ces dernières paroles, le jeune homme se détourna de son meilleur ami et alla rejoindre Tracy qu'il entraîna à sa suite. La jeune fille ne comprenait pas son comportement. Elle ne l'avait jamais vu aussi nerveux et en colère. C'était la première fois qu'elle le voyait dans cet état. Pourquoi avait-elle l'impression que cela la concernait indirectement ? D'une façon nonchalante, elle dit :

« Qui était-ce ?

-Mon meilleur ami, répondit tout simplement Eric sans même la regarder.

-Je ne savais pas que les Serpentards étaient capables de sentiments entre eux, déclara-t-elle en souriant tout en croisant ses mains dans son dos.

-Je ne savais pas que tu avais une opinion aussi stupide envers ma maison, mais quoi de plus naturel venant de ta part, rétorqua d'un ton acerbe Eric en la regardant droit dans les yeux. »

Tracy stoppa dans sa marche tandis que sa lèvre tremblait dangereusement, serrant fortement ses poings comme pour s'empêcher de craquer. Elle était blessée, blessée par ses propos. Il ne lui avait jamais parlé ainsi ! Ou plutôt si, mais cela remontait à leur première rencontre. Elle ne cessa de l'observer pendant plusieurs minutes pour finalement détourner les yeux et faire demi-tour, s'enfuyant loin de lui. Elle n'aurait jamais cru qu'il puisse penser une telle chose d'elle. Elle n'avait pas voulu être blessante envers lui, bien au contraire, c'était juste une taquinerie. Pourquoi avait-il pris la mouche aussi vite ? Spencer fut alors retenue dans sa course par deux bras s'enroulant autour de sa taille. Une voix lui murmura à l'oreille :

« Je suis désolé, pardonne-moi. Je suis un peu à cran, c'est à cause de ma dispute avec Maximus. »

Pour seule réponse, la jeune fille hocha de la tête. Ne pouvant pas lui en vouloir très longtemps, elle lui pardonna, quelque peu troublée par ce contact furtif. D'un seul coup, sans prévenir, elle se retourna et posa ses lèvres contre celles d'Eric qui était totalement abasourdi. Les yeux grands ouverts, il lui fallut quelques secondes pour assimiler ce qu'il était en train de se passer tandis que Tracy passait ses mains autour de son cou. Elle avait l'impression d'être sur un petit nuage, elle en rêvait depuis si longtemps. Peut-être avait-elle finalement une chance ? Voyant qu'il ne la repoussait pas, elle tenta d'approfondir le baiser seulement Eric la poussa brutalement tout en la fixant droit dans les yeux. Non, cela ne devait pas se passer ainsi, non, elle ne devait pas tomber amoureuse de lui. Il ne l'aimait pas, pas ainsi ! Ses yeux brillaient étrangement et il sut que tout allait se briser entre eux. Il fit un pas en sa direction, mais elle recula. Que faire ? Que dire pour qu'elle ne lui en veuille pas, pour ne pas lui faire du mal ? Comment avait-elle pu tomber amoureuse de lui ? Il n'avait rien vu venir !

« Tracy, dit-il en tendant une main vers elle.

-Non, non tais-toi Eric, j'ai parfaitement compris, murmura-t-elle.

-Je t'aime Tracy, mais pas ainsi, pas de cette façon, juste en amitié, rien de plus, confia-t-il. Tu es une fille… »

Il l'entendit alors éclater de rire, un rire empli d'amertume. Décidément, elle devait être maudite, l'amour ne devait pas être fait pour elle. Tous ceux qu'elle finissait par aimer venaient à la repousser. Pourquoi ne pouvait-on pas l'aimer ? Quelle idiote ! Qu'elle avait été stupide de croire qu'il pouvait avoir des sentiments pour elle ! Les larmes roulèrent contre son gré, ne pouvant les retenir plus longtemps. Elle avait mal, très mal. Elle n'avait jamais eu aussi mal de toute sa vie. La douleur n'était même pas comparable à celle qu'elle avait eue avec John. Non, c'était encore plus fort. C'était destructeur. Elle lui en voulait terriblement ! Elle était en colère contre elle-même. Elle aurait voulu mourir à cet instant, disparaître pour l'éternité. Alors qu'il allait la toucher, elle le gifla de toutes ses forces et avec toute la haine qui se déversait en elle. Haïr pour moins souffrir. Tracy serra ses poings jusqu'à ce que les jointures de ses mains deviennent blanches, enfonçant ses ongles dans sa chair. Eric ne savait pas quoi faire devant son regard foudroyant. Il se toucha la joue espérant faire passer la douleur, quand, sans un ajouter la moindre parole, il la vit se détourner et partir dans la direction opposée. Il l'appela, cria son prénom, mais rien. Seuls les échos lui répondirent. Étrangement, son cœur se serra en pensant que peut-être il l'avait perdue à jamais…

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Pendant ce temps-là, Eliane était en classe avec les Poufsouffles, écoutant attentivement le Professeur Lupin qui expliquait le cours d'aujourd'hui portant sur le Patronus. Il tenait à savoir si tout le monde était capable d'en produire un, au cas où ils venaient à tomber sur cette question le jour de l'examen pratique. Tandis que Remus continuait ses explications et posait quelques questions, l'esprit de la jeune West dériva lentement sur la conversation qu'elle avait eue avec sa petite sœur. Elle n'avait pas encore eu le temps d'avertir Sirius de sa décision. Elle espérait qu'il soit plus compréhensif que la dernière fois. Elle savait qu'elle avait fait le bon choix, elle n'avait aucun regret. C'était mieux ainsi. Il n'y avait rien de bon à ce qu'elles se connaissent. Elles n'étaient que des étrangères l'une pour l'autre. Peu importe les liens du sang, elles n'avaient rien en commun, juste les mêmes parents. Et quels parents ! Un père violent et alcoolique et une mère morte. Une mère dont Eliane ne comprendrait jamais la décision d'avoir demandé qu'on protège Elizabeth. Certes, elle n'était qu'un bébé et son père l'aurait aussi bien tuée, mais elle alors ? N'aurait-elle pas dû être protégée ?

Elle reconnaissait que ce n'était pas la faute de sa cadette. Après tout, ce n'était qu'un enchaînement d'événements qui s'était produit contre leur volonté à eux deux. Cependant, Eliane ne pouvait s'empêcher de jalouser sa cadette d'avoir une famille, des vrais parents, d'être choyée, aimée, câlinée, tout ce qu'elle n'avait pas eu dans sa jeunesse. Et pourtant, elle aurait pu briser tous les rêves de sa sœur sur leurs parents en lui révélant la triste vérité de ce qu'était vraiment la famille West et la faire culpabiliser de son bonheur qu'Eliane n'avait pas ! La faire descendre de son petit nuage d'innocence ! Néanmoins, elle ne l'avait pas fait. Pourquoi ? Peut-être parce qu'au fond, elle aimait un tant soit peu sa sœur ? Après tout, sa mère l'avait protégée à sa manière en l'éloignant d'eux, sa mère qui avait préféré sacrifier sa vie pour Elizabeth que de vivre pour la protéger elle de son père !

White était si naïve, si crédule ! Que s'imaginait-elle de leurs parents ? Qu'ils n'étaient que gentillesse comme sa famille d'accueil ? Quelle petite idiote ! Une petite idiote qu'elle haïssait et aimait à la fois. Ne dit-on pas que la haine était sensiblement proche de l'amour ?

Elle fut alors tirée de ses songes par la voix d'Ambre qui souffla :

« Ouh, ouh, ne pense pas trop à ton prince charmant, dit-elle avec un clin d'œil. Nous devons passer à la pratique.

-Eh ! Je ne pensais pas à lui ! rétorqua Eliane en prenant sa baguette.

-Donc, tu as bel et bien un charmant jeune homme dans ton cœur, remarqua habilement Corvalis. »

West ouvrit la bouche et la referma sans qu'aucun son n'en sorte. Quelle gourde ! Elle ferait mieux de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler ! Elle s'était fait avoir comme une débutante ! Elle avait parlé sans penser aux conséquences. Cela devenait si dur de mentir à ses amies. Elle aurait tellement voulu leur dire toute la vérité, seulement c'était impossible. Pas encore, pas maintenant ! Pas qu'Eliane n'avait pas confiance en elles, mais la Serdaigle ne voulait surtout pas que Joanne ou Ambre fassent une gaffe comme elle aujourd'hui. Parfois, les mots pouvaient partir plus vite qu'on ne le voulait.

« Tu sais, ce n'est pas une nouveauté Ely. Joanne et moi, on s'en doutait que tu sortais avec quelqu'un, confia Ambre en tentant d'effectuer un Patronus.

-Depuis longtemps ? demanda la concernée.

-Quelques jours. Tes disparitions fréquentes et ton sourire béat collé sur ton visage quand tu reviens sont très révélateurs, déclara la jeune fille en lui offrant un beau sourire. D'ailleurs, des rumeurs courent à ton sujet sur ce même contexte, d'où nos interrogations. »

Pour seule réponse, Eliane hocha de la tête. Elle savait les rumeurs qui couraient à son sujet, comme quoi elle avait un petit ami en secret. Elle se demandait bien qui avait pu lancer ces bruits de couloir et ça l'inquiétait énormément. S'ils venaient à se faire prendre ? Quels risques encourait Sirius ? Elle était majeure, il ne pouvait donc pas aller la prison, mais les relations entre élève et professeur étaient totalement interdites, peu importe l'âge. Peut-être devrait-elle aller à la bibliothèque voir le règlement de Poudlard plus en détail ? Valait mieux prévenir que guérir, non ?

« Eliane, souffla Ambre.

-Oui, répondit-elle en tournant la tête.

-Tu me promets qu'un jour tu nous diras son nom ? Je comprends que tu veuilles garder ta relation secrète, mais c'est juste qu'on… Enfin, on est tes meilleures amies et tu nous caches tellement de choses sur toi, comme si ta vie était horrible et que tu voulais nous épargner du souci.

-Ambre, murmura Eliane touchée par ses propos.

-Mais tu sais Ely, que tu nous parles ou pas, on s'inquiète continuellement pour toi, parce qu'on tient à toi, insista Corvalis. Alors si un jour, ça ne va pas ou que tu as envie de nous dire certaines choses, on sera toujours là pour toi. »

La jeune West déglutit passablement, une boule s'installant au fond de sa gorge. Elle n'aurait jamais pensé qu'Ambre puisse aussi bien la connaître et être aussi proche de la vérité. Était-elle si transparente ? Ou avait-elle sous-estimé son amitié envers elle ? Que devait-elle dire ? Elle manquait cruellement de mots pour exprimer ce qu'elle ressentait. Eliane était à la fois touchée, gênée et perdue. Alors qu'elle voulut répondre, elle fut interrompue par l'arrivée du professeur Lupin qui demanda :

« Vous y arrivez Miss ? »

Ambre hocha de la tête puis se concentra sur un souvenir heureux. Il était simple pour elle de choisir : son premier baiser avec Laura. Elle prononça la formule qui fit apparaître un magnifique aigle royal qui vola à travers toute la salle sous les yeux étonnés des élèves. L'emblème de la maison des Serdaigles ! Eliane trouvait que le Patronus ne pouvait pas mieux représenter son amie. Ambre était la sagesse et l'intelligence d'esprit incarnées. Serdaigle ne pouvait pas mieux lui convenir, tout comme son emblème. Ce fut la voix de Remus qui sortit les élèves de leur torpeur, en applaudissant et en félicitant la jeune Corvalis qui rougit sous les compliments de son professeur. Il se tourna vers Eliane et dit :

« Et vous miss West ? »

La concernée se concentra à son tour sur un souvenir heureux, mais ne savait pas quoi prendre. Elle n'avait jamais réussi son Patronus étant en manque de souvenirs heureux, mais maintenant, peut-être en était-elle capable ? Elle choisit son premier baiser avec Sirius puis récita la formule, mais seul un écran de fumée argentée en sortit. Pourquoi est-ce que cela n'avait pas marché ? C'était pourtant un souvenir heureux ou peut-être pas encore assez puissant ? Elle réitéra de nouveau avec le souvenir de cette soirée où Black lui avait demandé sa main. Le Patronus sembla prendre forme, mais se dissipa aussi vite qu'il apparut. Elle se mordit légèrement les lèvres ne sachant que faire. Elle choisissait mal ses souvenirs et pourtant c'était les plus heureux qu'elle pouvait avoir ! Sirius était sa raison de vivre, sa seule source de bonheur, alors pourquoi cela ne fonctionnait pas ? C'est alors qu'elle eut une idée ! Elle reprit sa baguette en main, ferma les yeux et fit apparaître dans son esprit l'image de Sirius lui souriant avec un regard rempli d'amour. Une douce chaleur se diffusa en elle et sans grande hésitation, Eliane formula le sort qui, sous ses yeux ahuris, prit forme, une forme à laquelle elle ne s'était pas attendue et dont elle ne comprenait pas la signification. Un chien, un gros chien qui courait à travers toute la classe pour finalement croiser son regard. Un regard qui lui rappelait quelque chose ou quelqu'un, sans trop savoir pourquoi. Il disparut alors, créant un vide chez Eliane qui s'était sentie captivée par son Patronus.

« Bravo Miss ! Un très beau Patronus que voilà, dit Remus avec un clin d'œil.

Il n'était pas le moins du monde surpris de la forme de son Patronus. C'est Sirius qui allait être content. Cependant, au vu de l'étonnement de son élève, il doutait fort qu'elle ait compris sa représentation. Sirius ne lui avait donc pas dit qu'il était un Animagus ? Décidément, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Ils étaient aussi secrets l'un que l'autre. Il fut alors sorti de ses songes par l'apparition d'une tigresse qui sembla rugir. Il se tourna vers sa propriétaire et déclara :

« Félicitation miss Salder ! »

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Quelques heures plus tard, tandis que la nuit était tombée, Eliane entra dans les appartements de Sirius qui était assis dans son fauteuil favori, un verre d'alcool à la main. Elle avança vers son fiancé et lui prit son bien, le faisant ainsi sursauter. Apparemment, il ne l'avait pas entendue pénétrer dans la pièce. Un sourire malicieux abordait les lèvres de la jeune fille, gardant son gain en main sous les yeux rieurs de Padfoot. Il aimait la voir ainsi, joyeuse et pleine de vie. Ça lui rappelait les tout premiers jours où il avait fait sa rencontre. Il s'en était passé des choses en sept mois. Qui aurait dit que cette année il viendrait à tomber amoureux de son élève puis se fiancerait avec elle ? Personne et surtout pas lui ! Il ne regrettait rien, rien de ces mois passés avec elle. Chaque jour était un rayon de soleil dans sa vie. Il se leva alors de son fauteuil tandis qu'Eliane posa son verre sur la table en le regardant intensément.

« Tu me cherches toi, dit-il en s'avançant d'un pas prédateur.

-Pas besoin, je t'ai trouvé, le nargua-t-elle en éclatant de rire.

-Ah oui ? On ne se moque pas impunément de moi, Mademoiselle, déclara Sirius d'un ton grave. Tu vas voir ce qu'il t'en coûte petite friponne ! »

La jeune fille cessa de rire et sans attendre plus longtemps se mit à courir à travers toute la pièce, poursuivie par Sirius qui tentait par tous les moyens de l'attraper sous les éclats de rire d'Eliane. Au bout de plusieurs minutes de course poursuite, elle se cacha derrière le fauteuil, reprenant au mieux son souffle face à Sirius qui affichait une mine victorieuse.

« On fatigue ? On rend les armes ?

-Jamais, répliqua-t-elle avec un sourire.

-Ah, normalement cette réplique est digne des Gryffondors et non des Serdaigles. »

-Pour seule réponse, elle lui tira la langue et tenta de se faufiler pour échapper à son amant qui l'attrapa par la taille et tomba à même le sol, non loin de la cheminée. Sirius au-dessus d'elle, tenant ses poignets entre ses mains, un sourire vint aborder ses lèvres tentatrices. Puis, il murmura d'une voix suave :

« Alors ? Qui est le plus fort ? Le plus beau ? Le…

-Plus modeste ? compléta Eliane en haussant un sourcil.

-Moque-toi de moi, je doute que tu dises la même chose après une séance de chatouilles intensives.

-Ah non, pas ça ! s'exclama-t-elle en ouvrant grand les yeux. »

S'il y avait une chose qu'Eliane détestait, c'était les chatouilles et malheureusement, Sirius l'avait découvert un matin en caressant le flan de ses côtes. Elle n'avait pu s'empêcher de rire aux éclats et depuis, Black s'empressait de la chatouiller à cet endroit sensible pour la taquiner et l'embêter.

« Ça se négocie, déclara-t-il en approchant son visage du sien.

-Vous êtes un manipulateur en plus d'être un charmeur, M. Sirius Black, répondit Eliane.

-Mon charme est indéfectible, mais il n'appartient qu'à toi, souffla-t-il contre ses lèvres. »

Le cœur d'Eliane manqua un battement, comme toujours quand il lui faisait ce genre de déclaration. Ses pommettes prirent une couleur rosée tout en le détaillant, observant les flammes de la cheminée miroiter dans ses yeux de braise, caressant son visage mal rasé ou encore ses cheveux dont certaines mèches rebelles retombaient devant son regard. Il était beau à faire damner un saint. Oui, indéniablement beau. Elle ne se lassait jamais de le regarder encore et encore. Elle n'avait d'yeux que pour lui. Sa vie lui était dédiée sur l'autel de l'amour. Que serait-elle devenue sans lui ? Il lui avait montré ce qu'était d'aimer et être aimé, de se sentir en sécurité, de vouloir construire un avenir avec une personne, de reprendre goût à la vie ! Elle aimait tout en lui : son charme, son humour, son sérieux, sa maturité, sa voix, ses yeux, même son rire qui ressemblait à un aboiement de chien. Tiens, en parlant de chien…

« Tu sais qu'aujourd'hui nous avons révisé le sortilège Patronus avec Remus ? »

Sirius, qui allait embrasser ses lèvres, releva aussitôt la tête, intrigué par cette révélation qui n'échappa pas à Eliane.

« Ah oui ? Et tu as réussi à l'effectuer ?

-Hum, hum, répondit la concernée avec un grand sourire. Cependant, ce que je ne comprends pas, c'est sa forme. Une forme à laquelle je ne me serais pas attendue, confia-t-elle en fronçant les sourcils.

-Quelle est cette forme ? s'enquit Sirius de plus en plus curieux.

-Un chien, annonça-t-elle.

-Un chien, répéta Black, incrédule.

-Je sais que ça peut paraître étrange et moi aussi, je n'ai pas compris parce que… »

La Serdaigle fut alors coupée dans sa phrase par un doigt de Sirius posé sur sa bouche lui intimant ainsi de se taire. Il se releva tout en prenant ses mains dans les siennes pour l'aider à s'asseoir sur le sol. West ne comprenait pas son changement de comportement. Pourquoi réagissait-il aussi bizarrement ? Était-ce la représentation de son Patronus qui le troublait ainsi ? Et comme pour répondre à ses questions, il lui demanda de regarder.

C'est alors que sous ses yeux ahuris le corps de son fiancé changea peu à peu de forme pour devenir un chien ! Un gros chien noir avec de beaux yeux gris. Il était magnifique. On aurait pu croire à une apparition du Sinistros. Un Animagus ! Morgane, elle n'aurait jamais cru ça ! Sirius, un Animagus ! Décidément, il portait très bien son prénom et son nom : Sirius, l'étoile de la constellation du chien ; Black pour son pelage aussi noir et intense que les ténèbres. Alors, son Patronus représentait tout simplement Sirius ! Une bouffée de chaleur et d'intense bonheur vint la submerger d'avoir une partie de son amant à ses côtés en son Patronus. Sans attendre plus longtemps, elle sauta littéralement sur le chien, caressant son pelage aussi doux que de la soie. Elle comprenait mieux le surnom que Remus pouvait lui donner : Padfoot. C'était si évident ! Tout était sous son nez. Quelle piètre Serdaigle faisait-elle ! Elle n'avait pas fait honneur à sa maison et manquait cruellement d'intelligence. Elle serra fortement le chien contre elle, enfouissant son visage dans son pelage. La queue de Padfoot remua fortement, tout en léchant son visage sous le rire d'Eliane ! Merlin qu'elle était heureuse !

Sirius reprit alors forme humaine et sans attendre une seule minute se saisit de ses lèvres, l'embrassant avec avidité, amour, passion, ivresse. Il était fou, fou d'elle et à en perdre la raison. Il ferait tout pour elle et qu'importe les conséquences. Il comptait bien profiter de tous les moments partagés avec elle et au diable la prudence ! Il en avait marre de vivre son amour caché aux yeux de tous ! Ils ne faisaient rien de mal, ils ne faisaient que s'aimer ! C'était uniquement pour Eliane qu'il se retenait de dévoiler leur amour à la face du monde ! Il savait que si Poudlard venait à l'apprendre, ce serait la catastrophe. Eliane étant majeure, il ne risquait pas la prison, mais il pouvait être congédié de Poudlard et peut-être même être interdit d'enseignement jusqu'à la fin de sa vie. Quant à Eliane, elle se verrait sûrement expulsée de l'école pour non-respect du règlement, ce qui serait un désastre pour la continuité de ses études. Il chassa alors toutes ses pensées, goûtant, savourant ses lèvres avec délectation, sous les gémissements d'Eliane. Oubliant la réalité du monde, se concentrant uniquement sur les sensations ressenties, ils vivaient leur amour en secret. Un secret qui n'en serait plus un dans quelques jours…

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Au même moment, Joanne marchait dans les couloirs de Poudlard à la recherche de son amie Eliane. Où pouvait-elle bien être ? Ce n'était pas la première fois qu'elle disparaissait ainsi. D'ailleurs, elle ne doutait plus que West devait avoir un petit ami, mais qui ? Et où allaient-ils ainsi ? Il n'y avait pas trente-six mille cachettes à Poudlard à part la Salle sur demande ! Elle aurait aimé passer une soirée avec Eliane et Ambre pour discuter tranquillement. Cela faisait tellement longtemps qu'elles s'étaient offert une soirée entre filles. Tout en soupirant profondément, elle ramena une mèche de cheveux derrière son oreille pour finalement tamponner violemment une personne. Alors que Joanne allait s'apprêter à passer ses nerfs sur la personne en question pour ne pas avoir fait attention, elle se ravisa de suite en voyant :

« John, souffla-t-elle surprise. Que fais-tu ici ?

-Ce serait plutôt à moi de te poser la question. Le couvre-feu est passé depuis dix bonnes minutes, tu devrais être dans la salle commune.

-Déjà, s'affola-t-elle, je n'ai pas vu le temps passer. Je cherchais Eliane, tu ne l'aurais pas vue ?

-Non, mais ne t'inquiète pas, elle est entre de bonnes mains, répliqua-t-il avec un sourire mystérieux. Quant à moi, n'oublie pas que je suis préfèt-en-chef, je fais ma ronde habituelle du soir.

-Oh c'est vrai, comment ai-je pu oublié, remarqua-t-elle d'un ton caustique. Je m'en vais de ce pas vers la salle commune avant de me récolter les foudres du préfèt-en-chef ici présent. À plus… »

Avant qu'elle ait pu finir sa phrase, elle se sentit tirer en arrière, entendit une porte s'ouvrir et se refermer pour être totalement dans le noir, ou presque. Seule la lumière du couloir venait à filtrer un petit trou dans la porte, leur permettant tout juste de se voir et observer ce qu'il se passait à l'extérieur. Totalement furieuse, Joanne cria :

« Non, mais ça ne va pas ! Tu es malade ! Qu'est-ce qui te prend de…

-Chut, murmura John à son oreille, collé derrière elle en posant une main sur sa bouche pour l'empêcher de parler. J'ai entendu la chatte de Rusard et je ne donne pas cher de ta peau si tu te fais prendre.

-Mais tu es préfet, tu aurais pu…

-Tais-toi, lui intima-t-il en écoutant attentivement le bruit dehors. »

En effet, quelques secondes plus tard, Salder put entendre la voix de Rusard parler à sa chatte Miss Teigne, lui demandant si elle avait repéré quelques petits fouineurs. Elle retint sa respiration, son cœur battant à la chamade de peur ou devant l'étrangeté de la situation. Seule avec John dans un placard à balais. Étrangement, cela lui rappelait ce jour d'octobre où elle s'était vue enfermée par Ambre avec Walker et dans le même genre d'endroit. Était-ce un signe du destin ? Son cœur palpita encore plus fort en sentant le souffle chaud du jeune homme frôler la peau de sa nuque. Ses mains devinrent étrangement moites tandis que sa respiration se fit plus saccadée, oubliant où elle se trouvait et que Rusard était à sa poursuite. Il était si près d'elle. Il suffisait de se retourner et…

« Je crois qu'il a dû partir, souffla-t-il la sortant de ses songes. On va attendre quand même un peu, sait-on jamais s'il rode dans le coin. »

Pour seule réponse, elle hocha de la tête, manquant cruellement de mot et de salive. Comment était-il capable de lui faire cet effet ? Avait-il un pouvoir quelconque sur elle ? Morgane qu'elle se sentait toute tremblante d'être si près de lui. Elle déglutit passablement, sa gorge se faisant étrangement sèche. Elle allait mourir sur place. Son odeur, son souffle, sa voix, elle avait si chaud, si chaud. Décidément, il n'était pas bon d'être en sa présence. Tous ses sentiments refoulés refaisaient surface tel un volcan en activité. Merlin qu'elle devait l'aimer pour ne pas pouvoir se défaire de son amour et son attachement envers lui malgré tout ce qu'il avait pu lui faire. Elle devait être folle ! Oui, sans aucun doute, folle de lui.

« C'est étrange comme cette situation peut me rappeler celle qu'on a vécu il y a quelques mois grâce à Ambre, dit John pour briser le silence qui se faisait pesant.

-Sauf que nous nous vouions une haine sans limite, répondit Joanne en détournant la tête, se déplaçant pour se poster face à lui.

-Certes, conclut John en glissant ses mains le long de ses bras, mais ce jour-là, il y a une chose que j'ai bien failli faire et dont je regrette amèrement de ne pas avoir réalisé, laissa-t-il en suspens, s'attirant le regard fauve de Joanne. »

Son cœur se serra et s'accéléra considérablement, n'osant croire ce qu'il venait de sous-entendre. S'imaginait-elle des choses ? Et si non, que devait-elle faire ? S'il venait à la faire souffrir de nouveau ? S'il venait à la briser ? Elle avait si peur, peur d'aimer, peur de se laisser aller dans ses bras, peur des conséquences que cela aurait. Néanmoins, la vie n'était-elle pas que souffrance et amour ? L'un n'allait pas sans l'autre. Sans amour, on souffrait, mais l'amour faisait aussi souffrir. Ne valait-il pas mieux profiter un tant soit peu du bonheur que pouvait nous offrir la vie, quitte à pleurer et avoir mal au plus profond de son cœur ? Accepter la souffrance n'était-ce pas un acte de sagesse en soi ? Un acte de courage ? Ses yeux dans les siens, tant d'émotions traversaient ses orbes : affection, tendresse, doute, peur, amour, désir. Elle put sentir ses mains remonter lentement vers son cou et prendre son visage en coupe, lui lançant un regard à la faire vaciller, au point de lui couper le souffle. Un regard aussi brulant et ardent que de la braise. Un regard qui brûlait de convoitise et d'amour. Pouvait-elle encore douter ?

John se pencha lentement vers son visage, son souffle frôlant désormais ces lèvres dont il rêvait toutes les nuits. Elle était là, rien qu'à lui et pour lui. Il lui suffisait juste de sceller ses lèvres aux siennes comme il le désirait depuis des semaines et des jours. Pour la première fois de sa vie, il avait peur, peur de lui faire du mal, peur de se faire repousser, peur d'aimer et d'assumer une relation à deux. Avait-il raison de tenter sa chance ? Là maintenant ? Sans se poser plus de questions, il posa sa bouche contre la sienne. Un baiser aussi doux et léger qu'une brise printanière, déclenchant mille sensations en lui. Voyant qu'elle ne faisait rien pour se défaire de son étreinte tandis qu'il put sentir ses mains remonter dans son dos et s'enfouir dans ses cheveux, il caressa ses lèvres de sa langue. Il traça le pourtour, mordillant, titillant, les croquant légèrement avec passion, sensualité, décrochant des soupirs à sa partenaire qui affirma la pression pour plus de ressentis. L'antre du paradis s'ouvrit alors à lui, lui offrant monde et merveilles. Sans plus tarder, il enroula graduellement sa langue avec la sienne pour un ballet érotique et charnel, pressant leurs deux corps l'un contre l'autre, leur cœur se consumant pour mieux renaître tel le phénix. Une explosion de sentiments déferla et jaillit au plus profond d'eux, exprimant tout leur amour et désir contenus en ces années perdues inutilement. Les mains se mêlèrent au rythme de leur souffle et de leur cœur battant à l'unisson. Rien d'autre ne comptait qu'eux et ce baiser, s'embrassant à en perdre la tête, comme si leur vie en dépendait.

Joanne n'avait jamais ressenti un tel bien-être. Elle avait l'impression d'être au Nirvana. Son visage transpirait de bonheur. Voilà enfin le but et la fin de tant d'années, de mois, de semaines, de jours de souffrance et d'indicible douleur. Est-ce que cela en valait la chandelle ? Elle vous répondrait à cet instant même : oui. L'amour donnait des ailes et pouvait effacer tout du jour au lendemain. La jeune fille rompit le baiser, à bout de souffle, ne croyant pas une seule seconde à ce qu'il venait de se produire. Était-ce réel ? Allait-il la rejeter par la suite ? Allait-il fuir ? Et comme pour répondre à ses doutes et questions, Walker déclara :

« Je sais que je me suis montré odieux, idiot, horrible avec toi. Je ne te mérite pas et encore moins ton amour. Mais je te tiens à toi Joanne. J'ai mis du temps à m'en rendre compte et cela t'a fait beaucoup de mal. Je m'en excuse. Cependant, je ferai tout pour réparer mes erreurs et ça, dès aujourd'hui. Donne-moi ton cœur et je te donnerai le mien. Je t'aime Joanne. Laisse-moi une chance. Acceptes-tu de sortir avec moi ? »

Elle devait être en train de rêver, ce n'était pas possible. John qui s'excusait ? Walker en train de lui faire une déclaration ? Était-il lui-même ? Était-ce une vilaine plaisanterie ? Cela n'en avait pas du tout l'air. C'était si surréaliste. À quoi bon réfléchir plus longtemps à une réponse qui était évidente. Elle l'aimait et ça depuis des années ! Pour seule réponse, elle se jeta sur ses lèvres qu'elle goûta encore et encore, ne se délectant pas de ce fruit savoureux qui lui était offert. Elle avait soif, soif de lui, et aujourd'hui était le plus beau jour de toute sa vie. C'est alors que la porte s'ouvrit en grand, brisant l'atmosphère dans laquelle les deux adolescents étaient plongés. Une porte ouverte sur :

« Je vous tiens mes gaillards ! dit Rusard avec son sourire perfide.»

John et Joanne se regardèrent, surpris, puis éclatèrent de rire sous l'œil médusé du Cracmol. Ce fut main dans la main qu'ils se dirigèrent vers le bureau du concierge, ensemble, unis plus que jamais, mais pour combien de temps…


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Elise

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