Chapitre 28 : Enceinte
Deux semaines. Deux longues semaines que Sirius était parti de Poudlard, laissant un vide plus profond que jamais en Éliane qui tentait de s'accrocher à l'idée que deux mois, ça passait vite. Malheureusement, elle avait la nette impression que le temps se rallongeait et que les journées et les heures passaient au ralenti. Elle était seule et il lui manquait plus que tout au monde. Sans lui, elle se sentait perdue ou encore prise dans des courants d'eau sans pouvoir remonter à la surface et entrevoir la lumière. Sa lumière, son étoile. Le soir, elle lui parlait par l'intermédiaire du miroir ou du journal, mais ce n'était pas pareil. Elle avait besoin de sa présence, de le sentir contre elle ! Comment avait-elle pu devenir aussi dépendante de lui sans qu'elle ne s'en rende compte ? Elle qui était si indépendante et solitaire avant, n'acceptant l'aide de personne avec sa fierté et son orgueil mal placés. Éliane avait l'impression que sa vie ne se résumait qu'à un seul mot : Sirius. Était-ce mal ou bien ? Elle ne savait pas ou plutôt ne voulait pas y réfléchir. Qu'importe la réponse, elle aimait Sirius et cela lui suffisait. Sauf que maintenant, elle en souffrait terriblement. Est-ce que cela en valait le prix ? Certainement. Pour rien au monde elle ne regretterait ces derniers mois passés à ses côtés.
Éliane soupira profondément, remettant une mèche de cheveux derrière son oreille, peu attentive au cours qui se déroulait. Assise seule à sa table, la plupart des élèves parlaient d'elle, racontant qu'elle avait couché avec Black pour avoir de bonnes notes. Seul John et les Poufsouffles restaient à ses côtés pour la soutenir. Elle remerciait grandement Liliane de lui avoir offert de partager sa chambre de préfète-en-chef, en attendant que tout se tasse un peu et qu'elle puisse être tranquille sans avoir tous les regards portés sur elle. C'était agaçant et stressant à la longue ! Quant à Joanne, celle-ci ne lui avait pas adressé le moindre regard, mais Ambre semblait vouloir lui parler. Parfois, en fin de cours, celle-ci essayait d'attraper Éliane, mais en vain. Peut-être souhaitait-elle s'excuser ? Seulement, West en avait cure à cet instant. Elle ne comptait pas lui faciliter la tâche en lui pardonnant du jour au lendemain. Elle n'était pas rancunière, mais ce qu'elles avaient pu dire l'avait terriblement blessée.
Pour la énième fois, la Serdaigle soupira, n'ayant pas le cœur à écouter et noter le cours. À vrai dire, en ce moment, elle n'avait le cœur à rien faire. Elle était fatiguée et minée moralement. Depuis que Sirius n'était plus là, les cauchemars prenaient un malin plaisir à la réveiller toutes les nuits. Parfois, son fiancé l'abandonnait d'autres fois, elle revivait les scènes que son père avait pu lui faire subir. Elle n'avait pas non plus beaucoup d'appétit ces derniers temps, surtout le matin. Impossible d'avaler quoi que ce soit, la simple vue de la nourriture lui donnait envie de vomir. Dire qu'elle allait bien serait mentir et pourtant, c'est ce qu'elle faisait tous les jours : elle souriait, elle parlait avec John ou Liliane, elle faisait ses devoirs, participait aux cours ou à ses entraînements de Quiddicth. Quand elle venait à discuter avec Sirius, elle faisait de même, ne voulant pas l'inquiéter inutilement, le rassurant que tout allait bien. Seulement, plus les jours passaient et plus ce masque devenait dur à porter. Elle avait mal et n'avait qu'une seule envie : pleurer. Éliane se l'interdisait. Pleurer ne ramènerait pas Sirius ! C'était un comportement capricieux et enfantin. Elle devait se faire forte. Deux mois, ça passait relativement vite. Enfin, c'est ce qu'elle essayait de se persuader.
En y repensant, elle avait l'impression de revenir comme à la première année de Poudlard. Elle était seule, ne connaissant que John, se renfermant sur elle-même, se plongeant dans le travail avec assiduité pour oublier sa peine. C'était Joanne qui avait initié lé premier pas, qui lui avait parlé. Elle l'avait ensuite présenté à Ambre et c'est ainsi qu'elles étaient devenues amies. Étrangement, ces souvenirs lui causaient énormément de tristesse. Une boule s'installa au niveau de sa gorge. Baissant la tête sur son parchemin, elle serra si fortement sa plume dans sa main qu'elle se brisa. Elle aurait aimé que tout redevienne comme avant, elle aurait aimé que ses deux meilleures amies la soutiennent. Les filles lui manquaient. Les rires de Joanne, les remarques d'Ambre, les soirées au coin du feu tout lui manquait, tout.
Finalement, la sonnerie finit par retentir, annonçant la fin des cours. Éliane rangea précipitamment ses affaires pour sortir de la classe avant de se faire retenir par John. Elle se retourna vers lui et il lui demanda :
« Tu viens manger avec moi ? »
Elle allait répondre par un oui quand Joanne sortit de la salle, semblant attendre son petit ami. Éliane se mordit légèrement les lèvres, en proie avec ses pensées intérieures. Avait-elle le droit de monopoliser ainsi John alors qu'il était sensé sortir avec son amie ? Avait-elle le droit de le mêler à leur dispute alors qu'il n'y était pour rien ? Elle ne voulait pas l'obliger à choisir entre elle et Joanne, ce serait odieux de sa part. Elle fit alors ce qu'elle savait si bien faire, elle sourit et secoua la tête en déclarant :
« Non, je n'ai pas très faim. Je vais en profiter pour avancer dans mes devoirs en allant à la bibliothèque.
- Mais…, tenta Walker en fronçant les sourcils.
- Bon appétit, le coupa-t-elle en s'en allant pour sentir une main se poser sur son bras, une main qu'elle reconnaîtrait entre mille.
- Éliane, murmura la voix de Corvalis. »
Pour seule réponse, West gifla la main de son amie et partit sans un regard, en entendant la voix de Joanne dire dédaigneusement :
« Laisse-la Ambre, on n'est pas assez bien pour elle.
- Ça ne te suffit donc pas ! siffla dangereusement John à son encontre. Tu ne peux pas lui foutre la paix à la fin ? Si tu lui en veux, ignore-la, mais arrête avec tes remarques désobligeantes !
- Alors ça y est, tu te ranges de son côté ! Si ça se trouve, tu couches peut-être avec elle pour la consoler de son cher… »
La main de John valsa alors dans les airs pour atterrir violemment sur la joue de sa petite amie qui le regarda avec colère et ahurissement. Elle se mordit la lèvre inférieure, sachant pertinemment qu'elle agissait de manière stupide et elle regrettait déjà ses paroles. Malheureusement, c'était plus fort qu'elle : la colère bouillonnait en elle et ne semblait pas vouloir s'estomper. Elle se sentait trahie par le manque de confiance que pouvait lui accorder Éliane et en même temps partagée entre l'idée que son amie avait eu raison la dernière fois. Tout le monde avait son jardin secret. Seulement, voir John prendre sa défense la heurtait sensiblement ! Ambre tentait de se réconcilier avec elle et Mademoiselle se permettait de l'envoyer balader ! Elle ne supportait pas ça ! Elle pourrait au moins avoir la décence d'accorder de l'attention à Corvalis ! Pour qui se prenait-elle ? Joanne lança un regard furibond à John puis se détourna de lui, se dirigeant vers la Grande Salle avec son amie. Il voulait être avec Éliane ? Alors qu'il aille la rejoindre, mais qu'il ne compte pas sur elle pour que ça continue ainsi ! C'était elle sa petite amie ! C'est avec elle qu'il devait passer son temps ! Elle serra fortement ses poings sous le regard soucieux d'Ambre. Jo prenait ça beaucoup trop à cœur. Elle devrait essayer de relativiser, en pensant au mal qu'ils avaient pu faire à leur amie en proférant de tels propos à son égard.
Le seul point positif était que Poudlard s'en moquait éperdument que Corvalis et Floyd puissent sortir ensemble. Au contraire, cela avait encouragé d'autres couples à se dévoiler. Finalement, le monde des sorciers était plutôt ouvert d'esprit, même s'il y avait toujours des petits crétins pour faire des remarques. Ambre avait été étonnée quand sa petite amie avait bien approuvé leur relation et cela face à tous. Elle aurait pourtant cru que cela la gênerait. Laura lui avait tout simplement confié que la meilleure défense, c'était l'attaque et qu'elle ne voulait pas que Tracy puisse s'en prendre à la personne qu'elle chérissait plus que tout. Cela l'avait énormément touchée. Finalement, elle avait encore beaucoup à apprendre sur la Gryffondor. Elle était loin de la connaître par cœur et celle-ci l'avait impressionnée lors de son duel verbal avec Spencer. En attendant, Tracy paraissait calmée et on n'entendait plus parler d'elle, à leur plus grand bonheur. En espérant que ces coups montés soient finis pour de bon !
Maintenant, il ne restait plus qu'à faire ouvrir les yeux à Joanne et à se réconcilier avec Éliane. Elle lui manquait, d'autant plus qu'elle ne couchait plus avec eux dans leur dortoir. Elle n'avait donc que très peu de moments pour la coincer et tenter d'engager une conversation. Conversation que West ne semblait pas vouloir, à son plus grand désespoir. Est-ce qu'un jour le trio reviendrait à se former ? Elle le souhaitait et cela, du plus profond de son cœur.
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Pendant ce temps-là, Remus était assis dans le fauteuil de son salon, un verre à la main, réfléchissant à ces derniers jours. Il y avait comme une sorte de vide depuis le départ de Sirius. Ça faisait drôle de se rendre dans la salle des professeurs sans y voir Padfoot. Il s'était habitué à sa présence, à ses taquineries, ou à prendre leur petit-déjeuner ensemble. Il soupira profondément tout en laissant son regard dériver vers la cheminée allumée. Le temps était exécrable en ce moment, la pluie ne cessait de tomber en continu. Vivement que les jours de beau temps reviennent. Que pouvait faire Sirius au Square ? Dans quel état était-il ? Peut-être pourrait-il le contacter et prendre de ses nouvelles ? Il était inquiet pour son ami surtout après cette séparation aussi subite et douloureuse. Il avait d'ailleurs surveillé Éliane du coin de l'œil. Elle paraissait bien aller, mais Remus savait qu'il ne fallait pas se fier aux apparences avec elle. D'autant plus qu'elle ne s'était toujours pas réconciliée avec ses amies. Toujours est-il que ses notes se maintenaient à un très bon niveau, même si Nymphadora avait remarqué qu'elle était distraite durant ses cours et plus fatiguée que d'habitude. Il aurait bien aimé lui parler, mais plus facile à dire qu'à faire. Éliane sortait très rapidement de classe et impossible de mettre la main sur elle en dehors des cours. Lupin posa son verre sur la table basse et se dirigea vers la cheminée. Il prit une pincée de poudre de cheminette dans la boîte puis la jeta dans l'âtre. Des flammes émeraude jaillirent aussitôt. Remus s'agenouilla, plongea la tête dans le feu puis s'écria :
« 12, Square Grimmaurd ! »
Sa tête se mit à tourner, mais ses genoux restèrent solidement plantés sur le sol du salon. Il ferma les yeux pour les protéger des tourbillons de cendre et les rouvrit lorsque l'impression de tournis eut cessé. La vaste cuisine du Square Grimmaurd apparut alors devant lui. Il n'y vit personne. Il espérait que Sirius ne soit pas absent. Il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir :
« Sirius ? appela-t-il. Sirius ? Tu es là ? »
Sa voix se répéta en écho dans la pièce. Il attendit quelques secondes pour finalement entendre des bruits de pas et voir son ami entrer dans son champ de vision. Black avait une barbe de quelques jours, ce qui était très étonnant quand on savait que celui-ci soignait toujours son apparence. Il avait des cernes sous les yeux et ses cheveux étaient en bataille. Remus vut la mine surprise de son ami en l'apercevant puis celui-ci s'agenouilla à sa hauteur tandis que Moony lui fit un sourire encourageant.
« Comment vas-tu ? s'enquit Lupin.
- Bien, répondit Black. Je t'assure, affirma-t-il en voyant la mine sceptique du Lycan. Je m'occupe comme je peux. Éliane me manque beaucoup, mais on se parle le soir alors ça peut encore aller. C'est juste que rester seul dans cette maison, ça me rappelle de mauvaises choses, avoua Sirius en regardant la cuisine. »
Remus hocha de la tête en signe de compréhension, sachant Ô combien cette maison pouvait être haïe de son ami. Après tout, il y avait passé toute sa jeunesse et deux bonnes années, enfermé et seul, ne pouvant sortir, afin de ne pas se faire prendre par les Aurors après s'être enfui d'Askaban. Cette maison représentait tous les mauvais souvenirs de Sirius.
« J'avais cru qu'en la rénovant ça me donnerait plus envie d'y habiter, mais finalement, peu importe que je la refasse de haut en bas, les souvenirs sont là et je ne peux pas les effacer, confia-t-il. Je crois que je vais la vendre.
- Vraiment ? dit Lupin mi-étonné.
- Oui, approuva Black en se retournant vers lui. J'ai envie d'avoir une nouvelle maison avec un jardin, un garage. Enfin, tu vois, redémarrer tout à zéro avec Éliane. Ça ne te dérange pas ? Je veux dire, tu y habites après tout alors il te faudrait trouver….
- Il n'y aucun souci, le coupa Moony. De toute manière, nous comptions aussi déménager. On va avoir un enfant et désormais, tu es fiancé voire presque marié, on a tous notre vie maintenant. Tu devrais aller voir du côté de la banlieue de Londres, dans le quartier Lodge. Des maisons s'y vendent. La mère de Tonks s'est renseignée pour nous, déclara-t-il avec un sourire.
- Ah oui ? prononça Sirius, intéressé.
- Sauf si tu ne veux pas vivre entouré de Moldus, remarqua Lupin.
- Non, je m'en moque un peu. Au contraire, on sera inconnu des gens. Sinon, tu as parlé avec Éliane ? demanda-t-il, soucieux, les traits tirés.
- Non, pas encore. Pourquoi ça ?
- C'est juste que j'ai une mauvaise impression depuis mon départ. On se parle le soir par le biais du miroir à double sens ou du journal, mais j'ai le sentiment qu'elle fait tout pour me convaincre qu'elle va bien pour ne pas m'inquiéter. J'ai remarqué qu'elle avait des cernes sous les yeux, dit-il le front plissé.
- Toi aussi, tu en as Paddy, remarqua habilement Remus.
- Je dors un peu mal la nuit. Les mauvais rêves et ne plus dormir avec elle me laisse un vide immense, même dans la journée. Elle me manque énormément et ne pas l'avoir auprès de moi me rend préoccupé. Je n'arrive pas à savoir comment elle se sent et ça me tracasse encore plus. Je suis persuadé qu'elle me ment ! s'exclama Sirius le regard fixé dans celui de son ami. Tu crois qu'elle va mal ?
- Je ne sais pas. Nymphadora a noté la même chose que toi : sa fatigue, elle est distraite en cours, mais ses devoirs sont toujours impeccables. Elle est souvent seule. Ses amies ne semblent pas s'être réconciliées avec elle. Elle a dû te le dire ?
- En effet, elle dort même dans les appartements de la préfète-en-chef. La pluie tombe en ce moment. Il n'y a pas encore eu d'orage, mais ça ne saurait tarder, souffla Black, songeur. Éliane en a terriblement peur. Si tu pouvais être là, voire Dora, pour la rassurer…
- Bien sûr, je vais essayer de la croiser aujourd'hui pour m'enquérir moi-même de ses nouvelles et lui parler. Ne t'inquiète pas Paddy, on va bien s'occuper d'Éliane si elle ne va pas bien, garantit Remus. »
Le concerné le remercia d'un sourire. Cependant, il ne put s'empêcher de se faire anxieux pour celle qu'il aimait. Être loin d'elle avait brusquement ravivé les mauvais rêves sur Askaban. Et si c'était aussi le cas pour Éliane ? Cela expliquerait sa fatigue. Elle semblait si triste quand elle lui parlait, ses yeux étaient si ternes. Il savait que cette relation à distance ne lui suffisait pas, tout comme lui ! C'était trop difficile. Se voir, se parler, mais ne pas se toucher, ne pas s'aimer comme ils pouvaient le désirer, c'était désespérant et agaçant ! C'était dans ces moments-là qu'on se rendait compte à quel point on pouvait aimer l'autre. Vivement que ses deux mois se finissent. Il avait cru que cela passerait vite, mais c'était tout le contraire. Il comptait les heures et les jours qui les séparaient. Il la voulait à ses côtés, sentir son parfum, voir et entendre son rire, la serrer contre lui, l'embrasser, la caresser, dormir avec elle. Elle lui manquait plus que tout au monde. C'était une véritable torture et il était convaincu que si lui ressentait tout ça, cela devait être du tout au même pour sa fiancée.
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Au même moment, Éliane marchait dans les couloirs en direction de la bibliothèque, en essayant de ne pas trop penser aux propos de Joanne ou encore à la dispute qu'elle avait pu déclencher entre elle et John. Toute cette histoire était en train de mal tourner. Elle était en train de tout gâcher, comme toujours. Elle secoua alors la tête pour chasser ses mauvaises idées de la tête puis s'arrêta dans sa marche, se laissant glisser le long du mur, assise à même le sol. Elle en avait plus que marre : marre de ces disputes, marre d'être loin de Sirius, marre des chuchotements sur son passage, marre d'être ici ! West se mordit légèrement les lèvres en sentant l'émotion la submerger peu à peu. Elle avait le mal de lui. Que pouvait-il bien faire à cet instant ? À quoi pensait-il ? Ses doigts se resserrèrent fermement sur la cape de Sirius qu'elle portait constamment depuis son départ. Elle s'enfouit littéralement dedans, humant son odeur, rêvant de lui. Il était là, en face d'elle, souriant, plus beau que jamais, lui ouvrant ses bras pour qu'elle vienne s'y blottir. Elle pouvait entendre sa voix. Son cœur se mit alors à battre à une vitesse folle. Prise dans son délire, elle releva aussitôt la tête, s'attendant à levoir. Malheureusement, seule la pluie qui ne cessait de tomber troublait ce silence obscur. Un vide total, le néant en son cœur qui se brisa en morceau, réalisant que tout cela n'était qu'un vaste rêve. Le temps semblait s'être accordé à son humeur. Il n'y avait plus de soleil quand elle se réveillait. Juste un matin chagrin.
Elle avait mal, mal. Elle voulait partir, partir, loin ! Crier, hurler, pleurer ! Éliane serra fortement ses poings puis se releva soudainement, se mettant à courir dans les couloirs, ses pas se répétant en écho dans les dédales du château. Sa cape volait au gré de sa course folle qui la mena dans le parc. La pluie traversa aussitôt ses vêtements. L'eau dégoulina sur son visage et dans ses cheveux. La Serdaigle marcha vers son arbre favori puis leva la tête vers le ciel aussi gris que l'était son esprit. Sourire devant, souffrir dedans. Elle n'avait même pas besoin de pleurer, le temps s'en chargeait pour elle. Un sourire s'installa sur son visage en repensant que c'était ici que Sirius lui avait donné sa cape. C'était ici qu'elle était tombée amoureuse de lui. C'était ici que tout avait commencé. Que se serait-il passé si elle ne l'avait pas rencontré ? Que serait-elle devenue ? Son sourire se fana aussi vite qu'une rose sous les intempéries. Ses lèvres se mirent à trembler, ses yeux se brouillèrent de larmes, un sanglot étouffé traversa sa bouche. Elle enfonça son poing entre ses lèvres, se mordant la peau, s'empêchant de pleurer bruyamment. Sa gorge et ses yeux lui brûlaient, ses larmes se faisaient acides. Acidulées de tristesse et d'amour.
Mal d'amour. C'était horrible. Cette impression qui lui tordait les entrailles de l'intérieur. Et plus elle pensait à lui, plus ça lui faisait souffrir. Elle voulait disparaître, disparaître contre lui, se consumer et renaître tel un phénix, plus forte que jamais, avec lui. Elle avait le sentiment de n'être rien sans lui. Elle n'était qu'un zombie qui survivait et ne vivait pas réellement. Le sentiment d'être là sans vraiment l'être. Le temps passa, encore et encore, tandis qu'elle ne bougea pas d'un pouce, les yeux dans le vague, ses pleurs se tarissant. Elle se sentait plus vide que jamais et lasse. Toujours se battre pour vivre. Se battre pour avoir une petite parcelle de bonheur. Elle voulait juste se reposer contre Sirius et tout oublier. Elle voulait fermer les yeux et dormir. Ses paupières finirent par se clore quand une main se posa sur son épaule, la sortant de sa torpeur.
West ouvrit ses yeux et tourna la tête vers la personne qui se trouvait dos à elle. Une personne à laquelle elle ne se serait pas attendue : sa sœur. Que faisait-elle ici ? Peu à peu, elle était trempée par la pluie malgré la cape qu'elle tenait au-dessus de sa tête. Elle paraissait inquiète et son visage était grave. En y pensant, elle ne devait pas être belle à voir après sa crise de larmes. Est-ce qu'on ne pouvait pas la laisser tranquille ? Pourquoi s'accrochait-elle ainsi à vouloir lui parler après tout ce qu'elle avait pu lui dire ? Éliane avait pensé que sa sœur ne tenterait plus rien, qu'Elizabeth avait fini par comprendre qu'elle ne voulait plus rien avoir avec sa cadette ! La jeune West détourna la tête, préférant ignorer sa présence en espérant qu'elle finirait par partir. Seulement, c'était mal connaître la ténacité de sa sœur qui décida de s'asseoir à ses côtés, sous la pluie, se recouvrant de sa cape. Elle ne voulait pas de sa pitié ! Éliane n'avait pas envie de lui parler. Et pour lui dire quoi de toute manière ? Elle n'avait rien en commun ! Rien, juste le sang.
« Je t'ai vue de ma fenêtre du dortoir. Pourquoi restes-tu sous la pluie ? Tu vas finir par tomber malade, dit Elizabeth en tournant la tête vers son aînée.
-….
- Mon oncle m'a confié que tu étais en colère après moi parce que j'avais eu la chance d'avoir une mère et de vivre dans une famille, dit la fillette.
- Ton oncle ferait mieux de garder son opinion pour lui-même, répondit amèrement Éliane. Ce n'est pas parce qu'il a été mon Médicomage durant des années que ça lui donne le droit de se mêler de mes affaires !
- Nous pourrions partager mes parents et former une nouvelle famille, proposa Elizabeth en posant une main sur le bras de sœur. »
West tourna son regard vers sa cadette, un regard noir de colère. Elle se dégagea du contact de sa sœur, tout en giflant sa main. Comment pouvait-elle lui proposer une chose pareille à ce moment précis ? Ne pensait-elle qu'à ça ? Ne pouvait-elle pas lui foutre la paix ? Elle n'en voulait pas de sa famille recomposée ! Sa famille, c'était Sirius, John, Remus, Nymphadora, Ambre et Joanne ! Ses yeux se brouillèrent subitement en pensant qu'elle avait déjà perdu ses deux meilleures amies et que Sirius n'était plus auprès d'elle. Peut-être allait-il rencontrer quelqu'un durant ces deux mois ? Peut-être allait-elle le perdre comme tous ceux qu'elle aimait ? Elle en avait tellement marre ! Elle était à bout de nerfs! Elle voulait tout détruire autour d'elle, la souffrance se propageant en elle tel un venin.
« Fous-moi la paix une bonne fois pour toutes ! Je ne veux pas de ta gentillesse et de ta famille ! cria Éliane hors d'elle en se levant. Ton oncle a raison, je te déteste ! Je te déteste pour avoir eu une famille aimante pendant que je me faisais battre par notre très cher père ! C'est ce que tu voulais savoir non ? ricana-t-elle d'un rire dément. Notre père était un alcoolique, il me battait et il m'a violée ! Il a bien mérité de mourir et la mort était encore bien trop douce pour lui ! Alors oui, je te déteste ! Peux-tu seulement le comprendre ? Tout ce dont je rêvais, tu l'as eu, toi, ma propre sœur que je croyais morte par ma faute ! Voilà à quoi se résume l'histoire de notre famille ! Elle est belle n'est-ce pas ? Tu veux encore que je te parle de notre père ou de notre mère ? déclara Éliane le visage tiré par l'amertume. Quel beau tableau était la famille West! ria-t-elle, les larmes roulant sur ses joues.
- Éliane, murmura sa sœur, ses lèvres tremblantes et ses yeux ouverts par le choc des révélations.
- Quoi ? s'exclama West sèchement, voire méchamment. C'est ce que tu voulais savoir non ? Que je te parle de nos parents et de moi ? Maintenant, fiche-moi la paix ! Oublie-moi ! Parce que pour moi, tu es enterrée dans mon esprit !
- Comment peux-tu dire de telles choses ? souffla Elizabeth en pleurs. Je venais te voir parce que je m'inquiétais pour toi. Je voulais te consoler parce que je me doutais que le départ de notre professeur devait t'attrister avec tout ce que j'ai pu entendre.
- Je ne veux pas de ta compassion ou de ta pitié, siffla Éliane. Je ne suis pas un ange de bonté et ni une grande sœur idéale. »
Elizabeth vit alors sa sœur se retourner et partir vers le château. Pourquoi est-ce qu'à chaque fois les discussions qu'elle avait avec Éliane finissaient mal ? Étaient-elles destinées à ne jamais se réconcilier ? Est-ce que leur vrai père était comme l'avait décrit Éliane ? Avait-il été aussi horrible avec sa sœur ? La jeune Gryffondor comprit enfin le comportement de son aînée envers elle. Elle l'avait protégée dès le départ en lui cachant la vérité. Elle n'arrivait pas à réaliser et digérer l'information que venait de lui révéler sa sœur. Elizabeth leva les yeux vers le ciel gris. Elle avait eu la chance de vivre avec ses parents adoptifs et de connaître leur amour alors que son aînée n'avait jamais rien connu de tout ça. Jamais. Finalement, peut-être que West avait raison. Peut-être que trop de choses les séparaient pour qu'elles puissent s'entendre ? Peut-être serait-il temps pour elle de grandir et d'ouvrir les yeux ? Peut-être devait-elle aussi oublier Éliane ? Les larmes roulèrent sur ses joues, se mêlant à la pluie. Oui, décidément, quel beau tableau était la famille West.
Éliane marchait lentement dans les couloirs de Poudlard, se maudissant, se haïssant pour ce qu'elle venait de faire. Elle s'était laissé emporter par ses émotions et sa colère contre sa sœur, pour finalement tout lui dire. Peu importe maintenant, le mal était fait. Après tout, peut-être que cela ouvrirait les yeux de sa cadette. Elle grimaça quelque peu devant ses pensées. Était-elle sans cœur ? Elle avait l'impression d'être gelée de l'intérieur, d'être engloutie par le vide qui la submergeait peu à peu. Elle sentit alors une crampe douloureuse au niveau de son ventre, lui arrachant un gémissement. La Serdaigle ferma les yeux, se reposant contre le mur, espérant que ça passe. Qu'avait-elle ? Ça lui faisait atrocement mal. Elle attendit plusieurs minutes, la douleur finissant par passer. Au même moment, un grondement retentit dans l'air, un éclair déchirant le ciel. Éliane frissonna de peur puis porta ses mains contre ses oreilles, se laissant glisser le long du mur. Le tonnerre se fit de plus en plus fort tandis que la pluie diluvienne tombait. Le vent souffla entre la foudre qui zébrait le ciel plus noir que jamais. La jeune fille ferma les yeux, tremblant de la tête au pied, n'osant plus bouger d'un centimètre, puis remonta ses genoux contre sa poitrine. Tout se congédiait contre elle : les éléments, le passé, le présent. Elle devait être maudite par le destin. Elle se mordit violemment les lèvres, sursautant au moindre coup de tonnerre.
Elle fut alors sortie de ses songes par une main se posant sur son genou. Sa respiration se bloqua soudainement puis s'accéléra. Instinctivement, elle se débattit, suppliante. Elle ne voulait pas être touchée ! Les larmes roulèrent à nouveau sur ses pommettes rougies, n'osant ouvrir les yeux, la peur de voir son père lui nouant les entrailles. Elle sentit deux mains encercler ses poignets et la maintenir pour entendre une voix qu'elle finit par connaître :
« Calme-toi Éliane. Chut ! Ce n'est que moi, murmura la voix masculine. »
La concernée ouvrit les yeux et vit Remus en face d'elle, inquiet, un demi-sourire inscrit sur ses lèvres. Un hoquet traversa ses lèvres. Merlin qu'elle se sentait honteuse. Que devait-il penser d'elle ? Elle aurait aimé être plus forte, mais elle ne l'était pas assez. Elle put sentir Remus s'agenouiller à sa hauteur et l'encercler de ses bras pour la rassurer. C'était étrange. Elle se sentait bien, mais pas comme avec Sirius. C'était différent elle se sentait en sécurité, mais pas de la même façon. Ça lui rappelait la fois où elle s'était endormie contre Nymphadora. Ses yeux devenaient de plus en plus lourds tandis que Lupin lui caressait les cheveux d'un geste presque paternel. Pour rien au monde, elle n'aurait voulu se retirer de son étreinte chaleureuse et confortable. Ça lui rappelait quelque chose de lointain, de chaud, de doux, d'un bien-être total. Quelque chose dont elle avait rêvait nuit et jour et dont elle rêvait encore : une famille. Un père, une mère. Un sourire s'installa sur son visage, se blottissant contre Moony qui fut surpris. Il était étonné qu'elle lui accorde sa confiance, qu'elle se laisse aller ainsi avec lui. Il la regarda quelques instants, somnolant contre lui. Il avait presque oublié comme elle était jeune. Il avait l'impression de tenir une enfant à cet instant. C'était curieux comme sentiment, mais pas désagréable. Parfois, elle sursautait quand l'orage se manifestait. Sirius avait eu raison de s'inquiéter, elle ne paraissait pas bien aller. Ses yeux étaient rouges, cernés. Elle était trempée de la tête aux pieds sans aucun doute, elle avait dû rester plusieurs heures sous la pluie. Pourquoi ? Il la vit alors grimacer puis s'accrocher plus fortement à lui.
« Tu as mal quelque part Éliane ? s'enquit Remus soucieux, en fronçant les sourcils.
- Au ventre, murmura-t-elle. »
Lupin la regarda quelques instants avant de passer un bras sous ses genoux et un autre derrière son dos, la portant ainsi contre lui sous les yeux surpris d'Éliane.
« Je t'emmène dans nos appartements. Tu pourras te sécher et voir ce qu'on peut faire pour ton mal de ventre. »
Pour seule réponse, elle hocha de la tête, enfouissant son visage dans l'épaule de Remus. Elle aurait dû avoir honte de se comporter ainsi avec son professeur, mais elle s'en moquait bien. Il était le meilleur ami de Sirius, il avait toujours été gentil avec elle, Nymphadora aussi. Elleaimait beaucoup leur compagnie. Ils feraient sans aucun doute de merveilleux parents. À cette simple pensée, les larmes s'échappèrent à nouveau de ses paupières closes. Elle aurait aimé avoir un père comme Remus ou une mère comme Nymphadora. Éliane se traita mentalement d'idiote devant sa faiblesse. Comment pouvait-elle encore penser à ce genre de choses alors qu'elle avait dix-sept ans ! Elle se rendit compte que lorsqu'elle était avec Sirius, elle n'y pensait que très peu, voire jamais, mais en ce moment, elle n'arrêtait pas d'y songer. Peut-être parce qu'elle aurait aimé avoir les conseils d'une mère, de partager avec ses parents son amour avec Sirius ? Des parents qui la soutiennent, qui l'aiment, mais tout cela, elle n'y aurait jamais droit et au fond, ça lui manquait énormément. Au bout de plusieurs minutes de marche, Remus entra dans ses appartements, posant son regard sur sa femme assise près du feu. Son ventre était de plus en plus rond et pour cause : elle entamait son sixième mois et il avait l'impression que plus les mois passaient, plus les hormones de Nymphadora paraissaient atteindre son summum. Tonks se leva puis se dirigea vers son mari en voyant Éliane endormie dans ses bras.
« Elle était assise dans un couloir du quatrième étage, murmura Remus pour ne pas la réveiller. J'ai bien fait d'aller parcourir le château pour essayer de la rencontrer. Elle n'a pas l'air d'aller bien. Je crois que le départ de Sirius l'a plus chamboulée qu'elle ne veut le faire voir.
- C'est normal, surtout que ses amies ne sont même pas là pour elle, dit Nymphadora en glissant une main maternelle dans les cheveux d'Éliane. Vous êtes trop mignons tous les deux, on croirait un père avec son enfant, souffla-t-elle en souriant.
- Vraiment ? fit Remus en faisant la moue, étonné de sa remarque.
- Je t'assure, la façon dont elle s'accroche à toi, son visage serein… Elle te fait entièrement confiance. Ça me fait penser la fois où elle s'était endormie contre moi, dit Tonks de façon pensive. »
À quoi pouvait donc penser sa femme ? Il baissa son regard sur le corps de son élève. Il est vrai que Dora avait raison : les seules fois où il voyait Éliane aussi détendue, c'était avec Sirius. C'était étrange, il n'avait pourtant eu que très peu de contacts avec la jeune fille, même s'il l'appréciait énormément. Où voulait-elle en venir ? Avait-elle compris quelque chose qui lui avait échappé ? Devant l'air interrogateur de son mari, Nymphadora ajouta :
« C'est pourtant simple. On oublie trop souvent qu'elle n'a pas eu une enfance comme nous. Réfléchis bien Remus. Tu me confies souvent que Sirius et Éliane se ressemblent. Eh bien, tu ne peux pas mieux dire à cet instant.
- Je ne vois pas où tu veux… »
La voix de Moony stoppa soudainement, comprenant enfin où voulait en venir sa femme. Bien sûr, c'était si simple ! Il connaissait Sirius sur le bout des doigts ou presque et la seule chose qui lui avait manqué, c'était des parents aimants. Parents qu'ils avaient pu retrouver dans ceux de James après sa fugue. Les Potter avaient considéré Black comme leur second fils. Ils l'avaient accueilli avec joie et les bras ouverts. Est-ce qu'inconsciemment Éliane recherchait la même chose ? Un père et une mère en leur personne ?
« Tu te trompes Nymph'. Elle a Sirius, en plus d'avoir bientôt dix-huit ans. Elle n'a plus l'âge pour ce genre de chose, déclara Remus en fronçant les sourcils.
- Crois ce que tu veux. Mon instinct me dit que je ne me trompe pas. Peu importe son âge, elle n'a jamais eu de vrais parents pour la conseiller, la consoler ou la soutenir, prononça Tonks en le regardant droit dans les yeux. On a tous besoin de parents, peu importe l'âge que nous avons. Ils nous accompagnent tout au long de notre vie pour nous guider. Parfois, certaines personnes ne tombent pas sur une famille des plus idéales, alors elles s'en reconstruisent une autre. Au fond, je suis certaine que c'est son vœu le plus cher. Inconsciemment ou pas, elle aimerait qu'on fasse partie de sa vie et cela autant que Sirius, mais d'une tout autre manière. Cela te dérange ? »
Remus secoua la tête de gauche à droite. Non, ça ne le dérangeait pas du tout. C'est juste qu'il n'aurait jamais imaginé ou songé à cela. Nymphadora n'avait pas totalement tort, elle devait même avoir raison sur toute la ligne. Le fait qu'Éliane se laisse aller contre lui alors qu'elle n'était pas du genre à étaler ses sentiments n'était pas le fait du hasard. D'autant plus que ce n'était pas la première fois, sa femme y avait eu droit aussi. Après tout, si c'est ce qu'elle recherchait et ce dont elle avait besoin, cela ne posait pas l'ombre d'un problème. N'avait-il pas fait la promesse à Sirius de prendre soin d'elle ?
« Je crois que nous ferions mieux de la réveiller. Elle va attraper froid si elle ne se change pas, remarqua Remus en la déposant sur le canapé. Je vais préparer la salle de bain pendant que tu te charges d'éveiller la princesse, rigola-t-il sous la mine souriante de sa femme. »
Nymphadora glissa une main dans ses cheveux puis murmura le nom de la jeune fille plusieurs fois avant d'obtenir un clignement de yeux. Éliane se leva tout en se frottant les yeux. Elle n'avait même pas remarqué qu'elle s'était endormie. Remus avait dû la poser sur le canapé. Elle rougit quelque peu en repensant à la manière dont elle s'était laissé aller dans ses bras. Un frisson traversa l'échine de son dos, ayant quelque peu froid, puis elle rencontra le regard de la sorcière, avant de porter une nouvelle fois sa main sur son ventre. Ces crampes d'estomac étaient décidément persistantes. Pourtant, elle n'avait rien mangé de mauvais, alors d'où cela pouvait venir ?
« Quelque chose ne va pas ? interrogea Tonks.
- Juste quelques maux de ventre, ça va passer, murmura-t-elle. Je suis vraiment désolée de vous importuner. Je vais retourner dans mon dortoir, ajouta la Serdaigle en se levant pour se faire rasseoir de force.
- D'une, tu ne nous importunes pas. De deux, tu vas dîner avec nous ce soir. De trois, on va voir ce qu'on peut faire pour tes douleurs au ventre. Tu en as depuis longtemps ?
- Non, depuis que je suis revenue de… hum, enfin… depuis que je suis revenue du parc. Je suis restée un petit moment sous la pluie, avoua Éliane en détournant le regard.
- Tu as mangé quelque chose de consistant ou autre ?
- Non, pas que je m'en souvienne, répondit-elle en fronçant les sourcils. Je suis certaine que ça ne doit pas être grand chose. De toute manière, je suis un peu barbouillée ces temps-ci, surtout le matin en y repensant, confia la jeune fille, les yeux dans le vague. »
Nymphadora regarda quelques instants Éliane avant de porter son attention sur son ventre. Barbouillée le matin, des crampes douloureuses sans aucune raison apparente ? C'était étrange, ça ressemblait à des symptômes qu'elle connaissait fort bien. Serait-ce possible que… Avait-elle des soupçons ou semblait-elle réellement inconsciente de ce qui était en train de se passer ? Ne s'était-elle aperçue de rien ? On ne pouvait pas ignorer ainsi qu'on attendait un bébé, à moins que le départ de Sirius l'ait tellement bouleversée qu'elle n'ait même pas fait attention aux signes apparents. Elle espérait sincèrement se tromper sur l'hypothèse qu'elle soit enceinte. Elle craignait la réaction d'Éliane. La femme de Remus posa une main sur celle de West et dit :
« Je vais te demander quelque chose de délicat et personnel, mais c'est important, commença Tonks, plus sérieuse que jamais. Quand as-tu eu tes dernières règles ? Et à quand remonte ton dernier rapport sexuel avec Sirius ? demanda-t-elle en voyant rougir la jeune fille à vue d'œil.
- Quel lien avec mes maux de… »
La Serdaigle ouvrit ses yeux aussi grands que des soucoupes, les éléments faisant leur chemin dans son esprit, les ajoutant les uns aux autres par rapport aux questions de Nymphadora. Ce n'était pas possible, elle devait se tromper ! Elle observa son ventre puis se souvint que cela faisait deux bonnes semaines qu'elle aurait dû avoir ses menstruations. Deux semaines, elle n'avait jamais eu autant de retard. Son dernier rapport avec Sirius remontait à son départ, mais ils s'étaient protégés. Elle en était certaine, elle se souvenait encore du sort que celui-ci lui avait lancé. Alors cela voulait dire que la seule et unique fois où elle aurait pu concevoir un enfant était lors de leur première fois. Merlin, ça datait d'il y a plus d'un mois ! Sa respiration s'accéléra soudainement tandis que des sueurs froides coulèrent le long de sa tempe. S'étaient-ils protégés ce jour-là ? Elle n'en avait pas souvenir. Ce n'était pas possible ! Elle ne pouvait pas être enceinte ! C'est trop inimaginable ! Avec les derniers événements, elle n'avait pas été attentive à sa santé. Attendait-elle réellement un enfant ? Elle n'arrivait pas réaliser. Et quelle serait la réaction de Sirius ? Qu'allait-il se passer maintenant ? Elle n'avait que dix-sept ans ! Saurait-elle assumer le fait d'être mère ? Une peur sans précédent s'installa en Éliane. Serait-elle une bonne mère ? Ou alors ferait-elle souffrir son enfant autant qu'elle avait pu souffrir ? Et si le même schéma se reproduisait ? Si elle faisait du mal à sa fille ou à son fils ? Devant son silence, la femme de Remus ajouta :
« Nous allons faire un test de grossesse, mais tu vas devoir te reposer Éliane. Ces crampes que tu peux avoir, ce n'est pas normal, avertit la sorcière avec gravité. Cela montre un grand stress accumulé. C'est mauvais pour le bébé, tu pourrais le perdre. »
-Le perdre ? Le perdre ? Ce mot ne cessait de résonner dans son esprit tel un écho. Mais voulait-elle seulement de ce bébé ? En voulait-elle ? Elle avait si peur, si peur. Pourquoi est-ce que cela devait lui arriver ? Serait-elle capable de s'occuper de cet enfant ? Pourquoi en doutait-elle ? Elle était trop jeune, trop jeune pour être enceinte, mais n'était-ce pas un peu trop tard pour les regrets ? Le mal était fait, une vie grandissait en elle. Sans trop savoir pourquoi, ses yeux lui piquèrent terriblement quand Éliane vint à songer à la possibilité de perdre le bébé pour ne pas faire face à ses responsabilités. Merlin qu'elle pouvait se haïr à cet instant pour ce genre de pensées ! C'était horrible ! Une main glissa sur son ventre tout à fait plat. Elle releva la tête et entendit Nymphadora lui dire :
« Tu feras une excellente maman. Donne-toi juste le temps d'accepter cette nouvelle. Tout ira bien, la rassura-t-elle en la prenant dans ses bras. »
La Serdaigle se blottit contre Tonks qui lui caressait les cheveux de manière très maternelle tout en la berçant. Après tout, elle avait toujours aimé les enfants. Pourquoi ne pourrait-elle pas aimer le sien ? Comment allait-elle faire pour cacher cette grossesse ? Heureusement que la fin de l'année approchait à grands pas. Normalement, elle ne devrait prendre que quelques kilos dans les premiers mois, rien de bien flagrant. Qu'allait-elle avoir ? Une fille ou un garçon ? Pourrait-elle jouer la finale de Quiddicth ? Était-ce prudent dans son état ? Dans tous les cas, elle ferait ce match, elle voulait faire gagner son équipe ! Cette finale était trop importante à ses yeux. Que craignait-elle ? Elle était une bonne attrapeuse, elle n'avait été que très peu blessée au cours de ces années. West ne pensa plus alors qu'à une seule chose : elle devait l'annoncer à Sirius.
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Dans la salle commune des Serdaigles, John, Ambre et Joanne étaient assis auprès de la cheminée, bavardant tranquillement. Walker tenait enlacée sur ses genoux sa petite amie qui paraissait de meilleure humeur que ce midi. Il n'avait vraiment pas aimé les propos qu'elle avait pu proférer envers Eliane. Cette dispute commençait d'ailleurs à lui taper sur le système. Il avait l'impression d'être entre deux feux et qu'à tout moment, il devrait choisir entre sa meilleure amie ou Joanne. Cela ne rythmait à rien ! D'autant plus qu'il trouvait la réaction de sa petite amie envers Eliane injustifiée ! Certes, elle avait caché des choses et sa relation avec son professeur alors qu'elles étaient sensées être meilleures amies, mais Joanne et Ambre n'avaient pas agi de la meilleure façon qui soit en agressant ainsi West. Venir à croire que Sirius profitait d'elle ! Si c'était le cas, il n'aurait pas démissionné même si la rumeur qui courait disait qu'il avait été viré par la directrice. Décidément, les gens aimaient raconter tout et n'importe quoi sur le dos des autres dans ces moments-là. Ils feraient mieux de se mêler de leurs affaires parfois ! Il espérait vraiment que les filles viendraient à se réconcilier. Cette situation ne pouvait plus durer, surtout pour des stupidités pareilles. D'ailleurs, il commençait sérieusement à s'inquiéter en ne voyant pas revenir son amie. Il ne l'avait pas revue de la journée, au point qu'elle en avait séché les cours, ce qui ne lui arrivait jamais. Il espérait qu'Eliane se portait bien. Peut-être devrait-il aller la chercher ? Depuis que Sirius était parti, elle était amorphe et semblait déconnectée de la réalité. Il n'aimait pas la voir ainsi, surtout qu'en ce moment, elle était encore plus seule que jamais puisque sa petite amie faisait sa mauvaise tête. Il jeta un regard furtif à la pendule qui indiquait les neuf heures et demie passées. Elle devait être rentrée depuis longtemps. Qu'est-ce qu'elle faisait bon sang ? Peut-être était-elle à l'infirmerie ? Et si elle était partie de Poudlard ? Non, elle ne ferait pas ça ! Il devenait paranoïaque. Ne supportant plus l'absence de son amie et face à l'inquiétude qui le submergeait, il dit :
« Peux-tu te lever Joanne, j'aimerais aller faire un tour.
- Un tour ? Où ça ? Je croyais que tu n'avais pas de ronde à faire ce soir ? déclara la concernée en se retournant vers son petit ami, le regard suspicieux.
- J'aimerais aller voir où se trouve Eliane. Son absence m'inquiète, soupira-t-il devant ses questions.
- Elle doit être avec ta copine la préfète-en-chef Liliane, tout simplement ! répliqua Salder, en colère que John accorde de l'attention à West.
- Elle n'est pas venue en cours de tout l'après-midi, dit John. Ce n'est pas dans ses habitudes !
- Ah bon ? Pourquoi, c'est quoi ses habitudes ? Comme coucher avec ses pro... »
Joanne n'eut pas le temps de finir sa phrase que John la repoussa pour se lever, les traits de son visage contractés par la colère. Comment pouvait-il lui parler d'Eliane et partir à sa recherche alors qu'il passait la soirée avec elle ? Ça faisait plusieurs jours qu'elle attendait cette soirée passée ensemble puisque ces derniers temps, il avait été occupé avec ces rondes de préfèt-en-chef et les entraînements de Quiddicth. Eliane avait-elle plus d'importance à ses yeux qu'un moment partagé à deux ? Seulement, l'attitude de sa petite amie l'agaçait de plus en plus ! Qu'elle en veuille à Eliane était une chose, mais raconter de telles inepties sur elle, c'en était une autre ! Elle allait devoir se calmer un peu et peut-être commencer à lui pardonner !
« Écoutez, se disputer pour ça n'en vaut vraiment pas la peine. Tu devrais être plus indulgente Joanne, prononça Ambre en tentant de calmer son amie. Eliane est l'amie de John, c'est normal qu'il s'inquiète.
- Et alors ? Je m'en moque totalement que West soit son amie ! Il est avec moi, c'est notre soirée et je suis sa petite amie au contraire de l'autre ! Et tu n'avais pas le droit de me gifler ce midi ! siffla Jo furieuse.
- Aucun droit ? ricana Walker. Et toi, accusa-t-il en la pointant du doigt, de quel droit te permets-tu te traiter Eliane de la sorte ? La colère t'aveugle ! Ouvre les yeux et reconnais ton erreur. Tu n'as pas été des plus sympathiques avec notre amie. Ton comportement me fait honte !
- Mon comportement te fait honte ? cracha Salder furibonde. Parfait ! Alors choisis, c'est soit moi, soit West !
- Décidément, tu me déçois de plus en plus Joanne ! Comment peux-tu me poser un tel ultimatum ? Notre couple ne représente donc rien à tes yeux ? demanda John, le visage grave.
- Et toi ? Est-ce que tes amis ont plus d'importance que moi ? rétorqua Joanne les bras croisés, ne cessant de le regarder droit dans les yeux. Franchis le pas de cette pièce et c'est fini entre nous ! »
Le silence était total dans la salle commune. Tous les élèves observaient le duel Walker contre Salder tandis que certaines savouraient d'avance la fin de cette dispute, espérant que John viendrait à quitter Joanne. Ambre, quant à elle, était horrifiée devant la tournure que prenait la situation. Son amie n'aurait jamais dû dire ça, elle savait de quoi était capable John, surtout dans ces moments-là. Elle allait le regretter amèrement et peut-être même toute sa vie. Le provoquer ainsi était un jeu dangereux et Joanne allait s'y brûler. Sous les yeux de tous et surtout de Salder, Walker se retourna puis se dirigea vers le portrait pour sortir de la salle tandis que la Serdaigle ferma violemment ses poings. Il n'allait pas faire ça ! Il n'allait tout de même pas franchir le portrait ? Les lèvres de Joanne se mirent à trembler, n'arrivant pas à réaliser la décision que venait de prendre John. Il l'avait quittée. Il l'avait quittée, ce n'était pas possible ! Elle n'avait pas voulu ça elle avait cru que cela le ferait rester, mais c'était tout le contraire !
« John ! l'interpella-t-elle dans une tentative désespérée.
- Je n'ai plus rien à te dire Salder, répondit-ilsans se retourner. Je ne sais même pas ce que j'ai pu te trouver, tu me déçois énormément. Comme tu me l'as demandé, j'ai fait mon choix ! Je préfère rejoindre une amie que tu as odieusement méprisée alors qu'elle a toujours été là pourtoique rester avec une fille aussi égoïste ! Finalement, le premier avis sur une personne est toujours le meilleur, ajouta-t-il en tournant la tête vers son ex petite amie avec un rictus au bord des lèvres. Tu ne vaux rien Salder et j'ai perdu mon temps avec toi. Au plaisir de ne plus entendre parler de ta petite personne. »
Sur ces dernières paroles, Walker sortit de la salle commune tandis que les chuchotements emplirent la pièce sous les yeux brouillés de Joanne. Elle avait l'impression que son cœur se brisait en mille morceaux. Elle était totalement sonnée, ébahie, pantoise, paralysée par les paroles de John. Comment avait-il pu lui dire de tels propos ? Pour qui se prenait-il ce petit cancrelat répugnant ? Tout son corps tremblait tandis que ses ongles s'enfoncèrent lentement dans la paume de ses mains. Elle le détestait ! Elle le haïssait ! Elle voulait le faire souffrir comme jamais ! Finalement, il n'avait pas changé : il était toujours le même, aussi imbu de sa personne ! Égoïste, elle ? Et lui alors ? Qu'était-il ? Ses lèvres se mirent à trembler comme jamais quand elle sentit une main se poser sur son épaule qui n'était autre que celle d'Ambre :
« Joanne, souffla-t-elle, inquiète pour son amie de la voir sans réaction. »
La concernée se tourna vers Corvalis qui vit le visage de sa camarade ravagé par les larmes. Elle n'était qu'une idiote ! À cause de son fichu caractère, elle avait tout gâché ! Il ne pouvait pas la quitter ainsi, non. Elle avait besoin de lui. Elle l'aimait, elle l'aimait et de tout son être ! Elle voulait qu'il revienne, qu'il lui dise que tout cela était une mauvaise blague ! Ça ne pouvait pas se finir ainsi ! Ce n'était pas possible ! Mais que venait-elle de faire ? Qu'avait-elle fait ? Elle s'écroula alors à même le sol, ne pouvant empêcher les larmes de couler. Elle avait le sentiment d'être plus vide que jamais, qu'on venait de lui arracher une partie de son âme. Elle avait mal, encore plus que la première fois où il l'avait rejetée sans le moindre égard. N'étaient-ils pas destinés à pouvoir s'aimer ? À être un couple uni ? Peut-être n'étaient-ils pas faits pour être ensemble ? Rageusement, elle tapa ses poings sur le sol alors qu'Ambre s'agenouilla à sa hauteur pour l'enlacer et la consoler. Elle avait perdu John. Elle l'avait perdu et peut-être à tout jamais.
Je sens que je vais me faire incendier par les fans du couple Joanne/John, mais attention ! N'oubliez pas que l'histoire se finit bien et pour tout le monde. Vous savez que j'aime faire ma sadique xd mais au final, vous allez être heureux de la fin que je vous réserve. Bref, que pensez-vous de ce chapitre ? Eliane enceinte certaines l'avaient deviné, bravo à vous ! Maintenant, au prochain chapitre, place à la réaction de Sirius, un petit malaise durant le match de Quiddicth pour Eliane, ainsi que du Tracy/Éric, réconciliation du trio, etc.
Vous avez pu voir la relation Remus/Eliane/Nymphadora. Ça me tenait à cœur et je trouve que ça tombait au bon moment. J'espère que vous aurez aimé.
La sœur d'Eliane a refait son apparition et non, elle ne va pas se remettre bien avec Eliane, vous pouvez toujours rêvez xd. On la reverra dans le chapitre 30 et les sœurs ne finiront pas en bons termes. C'est ainsi. Sachez qu'il ne reste que trois chapitres avant la fin de la fic. Je vous réserve une petite surprise pour l'épilogue, un petit cadeau, une belle petite vidéo xd.
Sinon que dire de plus ? Un gros merci pour vos commentaires. À très bientôt pour la suite !
