Note d'auteur.
Yo !
Voici donc le second chapitre de ce Zombie UA, avec le PDV de Kuroo : kuroshou, kuroshou, kuroshou, au cas où c'était pas clair.
Bonne lecture, kiss
KUROO (1)
Autour du grand feu, l'air était chaud.
Kuroo tendait parfois les mains vers les flammes, sentait le bout de ses doigts se réchauffer, puis retournait les mettre dans les poches de son large sweat-shirt. Il aimait bien ce pull : chaque fois qu'il le mettait, c'était un peu comme retourner dans le passé. L'époque de la fac, des matins dans l'amphi, de son air fatigué et du goût du café sur sa langue.
Ces soirées lui donnaient une impression de normalité. Une bouffée d'air, une odeur de nourriture, un son à la guitare.
— Kuroo ?
Une main claqua des doigts devant lui, et Kuroo cligna plusieurs fois des yeux. Quand il se tourna vers Saeko, cette dernière affichait un rictus amusé.
— Bah alors ? T'es plus bavard que ça d'habitude.
Elle lui donna un petit coup de coude, et Kuroo abandonna enfin son air morose et ses souvenirs d'antan. Il força un sourire discret, qui se transforma immédiatement en grimace quand il remarqua qui était à côté de lui.
À sa droite : Saeko. Tout allait bien, il l'appréciait même beaucoup.
À sa gauche : Daishou Suguru. Et là, tout n'allait pas bien du tout.
— T'es là depuis quand, toi ?
L'un des garçons présents leva les yeux au ciel. Il soupira :
— Et c'est reparti...
Saeko, elle, haussa les épaules et attrapa à nouveau sa boisson : la dernière expédition avait ramené une caisse pleine d'oranges, et leur jus était particulièrement goûteux.
— Quoi ? lui répondit Daishou avec la même grimace. Tu voudrais peut-être que je te laisse tous les meilleurs endroits, aussi ?
Ce n'était pas tant de la haine ou du dégoût qui déformait ses traits lorsqu'il regardait Kuroo, que du ressentiment pur. Dans un sens, il pouvait comprendre pourquoi : leur rupture avait fait parler d'elle. Et même trois mois après, rien n'était oublié.
Daishou fronça les sourcils, puis détourna le regard en direction du grand feu. De petites particules s'envolaient dans le ciel sombre, rouges et brillantes, et Kuroo ne sut quoi faire.
— T'étais pas parti en expédition ? demanda-t-il tout bas.
Personne ne les écoutait vraiment : ils avaient tous appris les à ignorer, autant quand ils flirtaient que quand ils s'engueulaient.
— Si, petit génie. Mais je suis revenu, comme tu peux le voir.
Daishou porta son verre à ses lèvres, et observa la petite foule qui discutait autour du feu. Le regard ailleurs, Kuroo comprit qu'il essayait de l'ignorer. Mais qu'il n'y arrivait pas forcément.
— C'était pas trop dur ?
— Une expédition, quoi. Bon, à quoi tu joues ?
Il se retourna vers lui, le regard irrité.
— Rien, je veux juste parler un peu. Tu sais, comme ils sont tous en train de le faire...
Il balaya la quinzaine de personnes assises sur les troncs d'arbres couchés d'un revers de main. Un petit brouhaha s'était installé.
— Et t'as décidé de me parler à moi ?
Kuroo essuya brièvement ses mains moites sur son pantalon. Il déglutit.
— Bah, ouais. Écoute, je sais qu'on s'est pas beaucoup parlé depuis quelques mois, mais...
— Mais on est déjà pas beaucoup sur cette île alors si en plus on s'évite ça va faire chier tout le monde. Je sais, ouais. Ils me le répètent tous.
Daishou soupira, puis se tourna enfin légèrement vers lui.
— Bon, je suis passé à autre chose.
— Ah bon ?
— Parfaitement. Tu n'as jamais été le centre de ma vie, Tetsurou. Je me demande même comment j'ai pu sortir avec toi. Oh, et arrête de faire cette chose avec ton visage, comme si tu parlais avec ton ex que t'as largué comme de la merde.
Il afficha un faux air désolé, et posa ses doigts sur ses lèvres.
— Oups, ajouta-t-il, et Kuroo ne put s'empêcher de sourire.
Son cœur battit plus rapidement, et les mots de Daishou tournèrent quelques secondes dans son esprit. Il le méritait bien, après tout ça.
Quelques mois plus tôt, alors que ses sentiments devenaient de plus en plus incertains, que tout se passait trop bien dans ce monde où décidément rien n'aurait du bien se passer, il avait pris la très mauvaise décision de passer une soirée en compagnie d'Akaashi Keiji.
Car Akaashi Keiji était beau, Akaashi Keiji lui souriait, et Akaashi Keiji avait un beau sourire. Le temps d'une soirée, il avait cru sentir son cœur se serrer agréablement, et avait rompu avec Daishou le lendemain.
Sans trop savoir pourquoi, car son air peiné rempli d'incompréhension lui avait fait plus mal que tout.
Au final, Akaashi Keiji était sorti avec Bokuto, et ils étaient partis ensemble loin d'ici.
— Bon, dit-il. On redevient meilleurs ennemis, alors ?
— T'as quoi ? Cinq ans ?
Ils entendirent Saeko rire un peu de son côté, et échangèrent un regard.
Seul dans le noir, Kuroo observait le port qui se dessinait au-delà les arbres. Le regard perdu, une chanson à la guitare au bout des lèvres, son fusil sur l'épaule, il montait la garde pour vérifier qu'aucun être vivant n'accostait sur l'île.
Infecté, humain ; peu importait, il fallait surveiller.
À cette heure-ci, tout le camp dormait. Placé au centre l'île, le petit village comportait une dizaine de bungalows, vestige d'un camping de l'Ancien Monde. Ils l'avaient légèrement transformé et installé afin de le rendre confortable, et avaient nettoyé l'île du moindre infecté : le bon côté était que ces enfoirés ne pouvaient pas nager.
À présent, ils vivaient et survivaient tous sur des légumes et des fruits qui poussaient, ainsi que sur des expéditions qu'ils menaient au moins une fois par mois.
Kuroo aimait bien cet endroit : personne ne le forçait à faire quoi que ce soit, et il se sentait utile au quotidien. Il ne craignait plus pour sa vie, pas plus que son ventre ne criait famine dès qu'il partait se coucher.
Il se mit à fredonner quelques instants, avant de se faire interrompre par la voix étonnée de Daishou :
— Depuis quand tu te tapes des karaokés en plein milieu d'une garde ?
La mâchoire de Kuroo craqua presque sous la surprise, tant elle se referma rapidement. D'instinct, ses mains saisirent son arme avec une vitesse impressionnante, et Daishou se retrouva en quelques secondes avec la pointe d'un canon sous le nez.
Ses sourcils se haussèrent, et il leva les mains.
— Calmos, c'est que moi.
Kuroo le fixa un instant en silence, puis baissa son arme dans un soupir. Il se gratta la nuque, et se rassit contre le tronc de l'arbre qui maintenait la petite cabane de garde. Sous ses pieds, les planches craquèrent.
— Qu'est-ce tu fais là ? Il doit être...
— Un peu plus de trois heures, ouais. J'arrivais pas à dormir.
— Donc tu t'es dit que t'allais faire des heures sup' avec moi ?
Daishou haussa les épaules, et s'appuya contre la rambarde en bois. Il resserra sa veste autour de lui, puis croisa les bras sur son torse.
— C'est ça, dans tes rêves. Je faisais juste un tour, histoire d'aller sur le port, quand j'ai entendu ta voix de crécelle.
Un sourire discret apparut sur les lèvres de Kuroo, et il leva les yeux au ciel.
— Ouais, j'imagine que la tentation a dû être insurmontable.
Dans la nuit silencieuse, la présence de Daishou lui parut étrange. Ils n'avaient pas été seuls tous les deux depuis un moment, et la culpabilité menaça de l'avaler tout cru.
— T'es pas de garde, demain matin ? Avec Saeko ?
— Si. Mais ça va, y'a le temps.
— Tu vas être crevé.
— Certains disent que c'est sexy, les cernes.
— Qui dit ça ?
— Des gens.
Daishou sourit. Ses épaules se secouèrent légèrement, sous un rire silencieux.
— Et toi, tu fais quoi demain ?
— Je dors.
— Toute la journée ?
— Nan, je vais manger aussi.
— Tu termines à quelle heure, cette nuit ?
Kuroo haussa un sourcil, mais Suguru ne se retourna pas.
— Six heures. Pourquoi ?
— Comme ça.
Avant, il lui aurait très certainement proposé de passer dans sa chambre. À présent, il ne lui accorda même pas un regard.
— Ok...
Une brise souffla, apportant avec elle les embruns de la mer, et le regard de Kuroo se perdit sur la silhouette de Daishou, accoudé sur la rambarde. Il regardait droit devant, les joues rouge dû à la fraîcheur de fin d'hiver, et nageait un peu dans cette veste colorée qu'il avait trouvée lors d'une expédition. À une époque, Suguru avait commencé à prendre du poids et du muscle. Kuroo avait passé des soirées à l'aider à faire des pompes et des tractions.
À présent, ses cuisses nageaient dans le jean qu'il portait, et ses bras semblaient à deux doigts de se briser. Même son cou paraissait mince, et quand il se penchait, quelques fois au camp, Kuroo pouvait apercevoir la forme de ses clavicules.
Daishou se retourna, et Kuroo détourna le regard.
Sa présence le rendait nerveux : il ne pouvait pas agir comme avant, comme quand il pensait le détester. Il ne pouvait pas non plus agir comme quand il l'aimait, et qu'ils sortaient ensemble. À présent, il ne lui reste plus que la gêne, la culpabilité, et l'espoir que Daishou lui pardonne un jour.
Un semblant d'amitié serait même suffisant.
— Qu'est-ce que tu regardes ? lui demanda Suguru avec un rictus.
Le regard de Kuroo se fixa sur le port, au loin.
— Ce que je suis censé regarder. J'suis de garde, je te rappelle.
— C'est ça. Ouvre l'œil, dans ce cas.
Daishou se redressa avec un air calme et détendu qu'il n'arborait que rarement, puis épousseta sa veste. Il fit un clin d'œil assez déconcertant puis, comme il était venu, commença à disparaître à travers le sol, en empruntant l'échelle qui reliait la cabane au sol.
Il disparut, et Kuroo se retrouva à nouveau seul.
Ses doigts attrapèrent plus fermement encore son arme, et il se frotta rapidement les yeux. Son attention se reporta enfin sur le paysage, éclairé par la lune pleine.
Des mains brutalement posées sur son torse réveillèrent Kuroo en sursaut.
Tiré de son rêve, il mit quelques secondes à retrouver une vision stable, et à comprendre les sons qui parvenaient jusqu'à ses oreilles. Des cris, des coups de feu, et la voix de Daishou Suguru qui ne cessait de lui hurler :
— Debout Kuroo, putain ! Allez, lève-toi !
Il sentit un souffle au-dessus de son visage, puis plus rien. Sa chambre lui apparut alors : aussi mal rangée qu'il l'avait laissé la veille en s'endormant, et aussi sombre que la nuit qui apparaissait derrière les rideaux le laissait supposer.
Au-dehors, un incendie. Des flammes. De la lumière rouge.
Et des cris, beaucoup de cris.
Kuroo se redressa dans un sursaut. Dans la pièce, Daishou récupérait quelques objets en jurant à voix haute : il prit une batte de base-ball qui traînait dans un coin, puis un sac à dos à moitié rempli.
— Debout ! ordonna-t-il en voyant que Kuroo s'était assis. Allez vite, grouille !
Le ton de sa voix ne laissa que peu de place au doute : il fut sur ses jambes en un rien de temps. Le souffle court, le ventre serré, il enfila ses chaussures et son manteau, puis attrapa un petit couteau dans sa table de nuit.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il en se glissant derrière sa porte.
Lentement, il colla son oreille contre le bois, et entendit des pas et des voix. Ses yeux s'écarquillèrent, et Kuroo sentit une sueur froide couler le long de sa nuque.
— On se fait attaquer. J'ai rien compris, j'ai juste entendu les cris, et.. et y'a ce type qui a buté Yui. Ils sont entrés sur l'île, mais je sais pas comment et...
Daishou secoua la tête, et posa sa main sur celle de Kuroo au moment où ce dernier allait abaisser la clenche.
— N'ouvre pas cette porte, faut qu'on se barre par la fenêtre.
Le bungalow dans lequel vivait Kuroo comportait trois chambres, une cuisine, et un salon.
— Le feu est arrivé jusqu'à ta porte. Je suis rentré juste à temps mais... merde, faut qu'on fasse vite.
La chaleur de ce contact bref s'effaça rapidement. Leurs yeux se croisèrent, juste avant que Daishou ne se rue sur la fenêtre pour l'ouvrir. Les sons brutaux envahirent la pièce, retournant l'estomac des deux garçons.
Il regarda rapidement à droite et gauche, déglutit bruyamment, attrapa sa batte, puis fit signe à Kuroo : il enjamba le chambranle, et s'assura d'être suivi avant de courir de toutes ses forces en direction de la forêt.
Kuroo le suivait de près, les yeux écarquillés d'horreur face à la vision de son camp en feu. Les gens criaient en courant (ou en tout cas les quelques personnes qui étaient encore en vie), et Tetsurou vit le couple qui allait avoir un enfant s'effondrer sous les balles du groupe d'hommes qui les suivait.
Les larmes aux yeux et la peur au ventre, il entra dans la forêt en se perdant entre les grands arbres.
Suivre Suguru ne fut pas aussi simple que prévu : il était bien plus fin, et étrangement plus rapide. De temps en temps, Kuroo le perdait de vue derrière une branche un peu basse ou un buisson épais, et son souffle se faisait plus rapide.
Mais il réapparaissait toujours, droit devant lui. Kuroo ne pouvait s'empêcher d'en sentir une légère satisfaction.
Au bout d'un moment, quand leurs poumons menacèrent d'exploser et que leurs jambes se mirent à trembler, Kuroo vit Daishou ralentir et commencer à s'arrêter sur le côté. Dans leurs dos, la bataille faisait rage, mais au moins avaient-ils instauré une distance de sécurité.
En arrivant près de Daishou, de la sueur coulant sous son épais manteau, Kuroo toussa pendant quelques secondes.
Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau.
— Merde, souffla Suguru en essuyant quelques larmes traîtresses. Putain de merde.
Kuroo n'aurait pu dire mieux. Il l'observa en essuyant son front.
— Qu'est-ce qui... s'est passé au juste ?
Plus il y pensait, moins il comprenait. Il s'était endormi dans le calme de la nuit, et s'était réveillé au milieu d'un champ de bataille.
— C'était qui, ces types ? Ceux qui tiraient ?
— Qu'est-ce que tu veux que j'en sache ? Quand je me suis réveillé, ils étaient déjà là, à buter tout le monde.
— Comment ils ont pu entrer ? On a au moins dix postes de garde pour vérifier que justement, personne entre sur notre île. Comment est-ce qu'ils ont pu passer inaperçus ?
Avec rage, Daishou haussa les épaules. Quand il se redressa finalement, les yeux brillants, son doigt pointa une direction à leur droite.
— Faut qu'on aille là-bas. On aura une vue d'ensemble sur l'île. Ils sont forcément entrés quelque part, faut qu'on regarde.
— Et s'ils sont déjà là-bas, comme tu dis ? On sait même pas combien ils sont.
Daishou serra la mâchoire.
— On a pas le choix. Si on fait rien, ils finiront par nous trouver. Faut qu'on se barre d'ici, t'entends ?
Kuroo hocha lentement la tête.
— Ouais. Ouais, t'as raison.
Daishou repositionna son sac sur son épaule, et regarda sa batte avec un air déçu. Il aurait très certainement préféré une arme à feu.
Dans un dernier soupir, Kuroo leva la tête vers le ciel. Il ne devait pas être plus de quatre heures. Ils n'avaient plus que quelques heures avant le lever du soleil.
— D'accord, dépêchons-nous.
Ils se mirent en route, les mines graves et fatiguées.
Des bisous !
