Chapitre 7 : Un goût de Whisky

Avril 1982.

Cela faisait pratiquement trois semaines qu'il était désormais professeur à Poudlard. Trois semaines que sa vie venait de changer de tout au tout. Il avait son propre appartement à l'école et un salaire ; pouvant ainsi commencer à renouveler sa garde de robe qui commençait à défaillir. Autant dire que sa vie était aussi douce que possible, en plus de cela, il y avait Euphémia.

Tous les week-ends, ils se rencontraient à Pré-au-Lard, parfois buvant un chocolat chaud chez elle, d'autres fois se promenant avec elle dans le village, ou bien comme ce soir, se réunissant aux trois balais pour y boire un verre. Il aimait ces moments passés avec elle, les conversations qu'ils échangeaient, l'entendre rire, la voir sourire. Il était juste heureux.

Oui, actuellement Remus Lupin pouvait dire qu'il était un homme heureux.

Il avait même la sensation de rajeunir, non pas qu'il était vieux, mais parfois son visage exprimait une profonde mélancolie et là, s'observant dans le miroir, ses yeux pétillaient. Son visage était serein, détendu. Enfilant sa chemise bleu ciel et son pantalon noir, il réajusta les manches à ses poignets puis s'en alla prendre la cape bleue que lui avait offerte la jeune Smith.

Il jeta un dernier coup d'œil à sa bourse qui teintait de Gallions et de Mornilles afin de pouvoir offrir une boisson à sa jeune amie tandis qu'il glissa sa baguette dans une poche à l'intérieur de sa cape.

Il ne lui fallut que quelques minutes de plus pour rejoindre le petit village sous la pluie du printemps. Entrant dans les trois balais, il remarqua aussitôt qu'Euphémia était déjà installée à leur table favorite ; au fond, non loin de la fenêtre et près de la cheminée. Il se sécha d'un rapide sortilège puis s'approcha vers la table tandis qu'elle releva aussitôt la tête vers lui, semblant heureuse de le revoir comme à chaque fois.

« Bonsoir Euphie, prononça Remus en retirant sa cape qu'il posa sur la chaise libre à côté de lui. Tu as passée une bonne semaine ? »

Pour seule réponse, elle hocha la tête, tout en s'accoudant d'un air rêveur sur la table, l'observant s'installer. Comme à chaque fois qu'il la revoyait, il ne pouvait cesser de la détailler dans le moindre détail. Elle portait son éternel t-shirt bleu roi à manches longues avec une jupe noire et des collants de la même couleur que sa jupe. Il était certain qu'au vu de la saison, elle était en parfait décalage. Néanmoins, cela ne le dérangeait pas, il s'y était habitué et ne posait plus de questions. Il préférait attendre que cela vienne d'elle-même, s'il avait bien compris une chose en la côtoyant ces derniers temps c'est qu'il fallait la laisser venir à lui, sinon elle se braquait.

Pourquoi ?

Une fois, il avait eu le malheur de lui faire remarquer qu'elle semblait fatiguée et lui avait alors demandé si elle continuait de faire des cauchemars. Grossière erreur de sa part, elle s'était de suite renfermée et ne lui avait pratiquement pas parlé de la soirée.

Alors il attendait, continuant de l'observer, essayant de prendre soin d'elle comme il le pouvait, à sa manière, en veillant à ce qu'elle mange quand elle était avec lui, ou bien même en la raccompagnant jusqu'à chez elle pour s'assurer qu'elle soit en sécurité à leur retour.

« Que souhaites-tu boire ? lui demanda-t-il en la regardant toujours aussi pensive.

- Un whisky pur feu, dit-elle en fermant les yeux. »

Remus haussa un sourcil, étonné par sa réponse, c'était la première fois qu'il la voyait demander de l'alcool. Il avait l'habitude de la voir prendre un thé, un chocolat, mais pas d'alcool. Généralement quand Sirius buvait ce genre de boisson, c'est qu'il allait mal, était-ce son cas aussi ?

« D'accord, dit-il en l'apercevant se détendre comme ci elle avait eu peur qu'il refuse. »

Il ne lui fallut que quelques secondes pour prendre les deux boissons, ayant prit la même chose qu'elle pour l'accompagner. Il posa le verre vers Smith puis s'installa à nouveau sur sa chaise, la regardant poser timidement ses deux mains autour de la chope.

« Un temps de chien aujourd'hui, remarqua Remus, j'imagine qu'il n'y avait pas trop foule à la boutique.

- Non pas trop, admit-elle la tête baissée sur sa boisson. A vrai dire, mon patron m'a obligé à prendre des congés, révéla-t-elle en buvant une première gorgée du whisky qui lui brûla légèrement la gorge.

- Ah bon ? prononça Remus. Vous êtes en manque de travail à ce point là ? »

Euphémia serra un peu plus fortement sa chope avant d'engloutir une nouvelle gorgée comme pour se donner du courage. Non, la librairie n'était absolument pas en manque de travail, mais ces derniers temps, elle enchaînait erreur sur erreur et en conséquence son patron lui avait stipulé qu'elle avait besoin de repos.

« Je, débuta-t-elle se sentant mal à l'aise. J'ai besoin de repos, selon lui, précisa Euphie en n'osant toujours pas rencontrer le regard de Remus.

- Oh, eh bien je suppose que cela ne peut te faire que du bien, répondit Lupin en essayant de cacher son inquiétude.

- Je, je vais m'ennuyer, que vais-je faire de mes journées, je…

- Eh bien, tu pourras lire, tu pourras prendre le temps de flâner, de dormir le matin, de… »

Il vit alors ces mains trembler tandis qu'elle porta une nouvelle fois son verre à ces lèvres pour engloutir une troisième gorgée sous ses yeux, tandis que lui n'avait toujours pas touché à sa boisson. Quelque chose n'allait-pas, il le sentait, elle n'était pas comme d'habitude. Elle reposa son verre, un peu plus brutalement que les premières fois, tout en se pinçant les lèvres, le regard quelque peu perdu et Lupin pouvait dire que l'alcool commençait à faire son effet.

« Euphie, murmura-t-il en glissant une main vers elle. Prendre le temps de vivre fait parfois du bien, confia Remus d'un ton doux.

- Je, le boulot m'aide à ne pas penser, à ne pas ruminer, rester seule à l'appartement toute la journée, je vais, je vais y penser tous les jours, je, j'ai besoin de travailler Remus, déclara-t-elle d'un ton suppliant et les yeux tourmentés.

- Ecoute-moi, dit-il en essayant de captiver son regard, en vain. Tu n'es pas obligée de rester chez toi, va voir Lily, je suis certaine qu'elle sera heureuse de t'accueillir chez elle, je…

- Je suis fatiguée Remus, livra-t-elle avant de boire à nouveau, le surprenant à moitie par cette confidence. »

Il ne le savait que trop bien qu'elle était fatiguée, elle n'avait pas besoin de lui dire, ces yeux cernés le disait en long, en large et en travers. Cependant, il était étonné qu'elle finisse par le lui dire. Devait-il s'en réjouir ou bien s'en inquiéter ?

« J'ai fait des erreurs, avoua-t-elle faiblement. Si, si je perdais mon boulot, si, si…

- Eh ! Je pense que si ton patron t'a mis au repos forcé c'est parce qu'il a vu que tu en avais besoin, alors ne pense pas qu'il va te virer, il l'aurait déjà fait, rassura Moony en posant sa main sur la sienne. Prends-tu tes potions de sommeil sans rêves ?

- J'en ai trop abusé, dit-elle en posant une main sur son front. Je, je dois ralentir la consommation, je risque d'en devenir dépendante, l'hôpital m'a conseillé deux fois par semaine, mais…

- C'est toutes les nuits que tu en aurais besoin, compléta Remus, sentant son cœur se tordre de douleur, en la voyant hocher la tête. »

Que pouvait-il lui dire ? Ou bien faire ? Il ne connaissait aucun moyen de chasser les mauvais rêves, hormis les potions, mais en abuser ne résolvaient rien. Cela ne faisait même pas une année, c'était encore ressent, cela était sans doute normal de faire des cauchemars. Les rêves servaient aussi à évacuer, c'était guérisseur. Peut-être devrait-elle parler ? Peut-être que si elle se confiait sur ce qu'il lui était arrivé, les cauchemars se réduiraient d'eux-mêmes ?

« Euphie, les rêves sont aussi là pour guérir l'esprit, as-tu pensé à en parler ? proposa-t-il en sentant ces doigts se crisper sur la table. Parler de tes rêves, de ce qu'il t'est arrivé l'année dernière ? »

Il allait se faire envoyer sur les roses, il avait été trop loin, c'était sûr.

« Je, non, c'est inutile, dit-elle en fermant les yeux. Ça va passer, faut juste du temps, faut juste… »

Remus se mordit les lèvres face à ces paroles, elle essayait de se convaincre de quelque chose qui n'arriverait pas. Oui, le temps guérissait les blessures, mais ce qu'elle avait vécu n'était pas une simple peine de cœur ou bien tout autre chose de similaire. Elle avait perdu ces parents, elle avait assisté à leur mort, puis tout ce qu'il savait, c'est qu'on l'avait torturé durant plusieurs jours. Il la vit alors terminer son verre d'une traite, elle ferma les yeux plusieurs secondes en déglutissant l'alcool qui devait lui brûler la gorge. Quand elle ré-ouvrit les yeux, elle paraissait enivrée et sans attendre, il lui retira son verre. Il posa la monnaie sur la table puis se dirigea vers elle.

« On rentre chez toi, dit-il d'un ton ferme en voulant l'aider à se relever.

- Non, je ne veux pas, je ne veux pas dormir, je ne veux pas, je vais revoir, j'ai peur, je ne veux plus, je ne supporte plus, balbutia-t-elle en repoussant faiblement de sa main Remus.

- Tu ne vas pas dormir, je te ramène et je reste un peu avec toi, mais nous serons plus confortables chez toi qu'ici, justifia Lupin en posant sa cape sur ces épaules.

- Promis, tu restes ?

- Promis, attesta Moony en la relevant de sa chaise. »

Il prit sa cape au passage tout en soutenant Euphémia qui chancelait légèrement. Il dit au revoir à Rosmerta qui lui fit un clin d'œil avec un grand sourire qui signifiait beaucoup de choses. La pluie était toujours battante dehors et il ne se voyait pas remonter la rue avec elle, à moitié titubante. Alors, il fit la dernière des choses à laquelle il se serait cru faire un jour avec une femme, il passa un bras sous ces jambes et dans son dos, la portant contre lui. Il lui jeta un coup d'œil, mais celle-ci ne protesta même pas, sentant au contraire ces bras s'enrouler autour de sa nuque, glissant son nez dans son cou.

D'accord, clairement, elle lui faisait une confiance aveugle.

Sans attendre plus longtemps, il se mit à courir avec elle jusqu'à son appartement, croisant au passage deux personnes recouvertes d'une cape de pluie dissimulant leurs visages. Il fronça des sourcils, mais ne s'y attarda pas, préférant rentrer au chaud le plus rapidement possible.

Néanmoins, il ne put s'empêcher de jeter un dernier coup d'œil derrière son épaule avant de bifurquer dans la ruelle où se situait l'appartement d'Euphémia et il put voir distinctement que les deux personnes semblaient le regarder, trop longtemps, avec beaucoup d'insistance.

Un frisson parcourut son échine puis s'enfonça dans la ruelle, préférant ignorer l'étrange sentiment de crainte qui l'avait oppressé. Il ne lui fallut que quelques secondes de plus pour arriver dans son appartement, il se lança un sortilège de séchage puis à la jeune Smith qu'il déposa à contre cœur dans le fauteuil non loin de la cheminée, allumant le feu dans l'âtre.

Il se défit de sa cape, retirant celle d'Euphie, puis s'en alla vers la cuisine pour lui servir un verre d'eau qui lui ferait le plus grand bien. Quand il revint, elle était toujours dans le fauteuil, les jambes recroquevillées contre sa poitrine, le menton posé sur ses genoux, entourés par ses bras. Il posa alors le verre sur la table basse, le bruit résonnant dans la pièce silencieuse. Il s'agenouilla à son tour sur le sol pour être à sa hauteur et pouvoir plonger ses yeux ambrés dans les siens.

« Eh, dit-il en tendant une main vers son visage. Tu n'es pas toute seule, je suis encore là, veux-tu qu'on parle d'un livre que tu aurais lu ? Ou bien veux-tu que…

- Pardonne-moi Remus, finit-elle par dire, les larmes brouillant sa vision. Je ne suis pas de bonne compagnie ce soir, je, je suis désolée, vraiment… »

Il ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase qu'il la prit dans ses bras, caressant ses cheveux tandis qu'il pouvait sentir ses larmes mouiller sa chemise. Son corps tressautait par moment pour ensuite l'entendre échapper un sanglot qu'elle prit soin de dissimuler aussitôt.

La voir ainsi, le rendait fou de chagrin, la savoir mal sans pouvoir alléger sa peine parce qu'il lui manquait trop d'éléments, le faisait se sentir inutile. Alors, il insista une nouvelle fois auprès d'elle, pour qu'elle lui parle, espérant avoir des informations qui l'aideraient à soulager ses angoisses.

Seulement, seul le crépitement du feu dans l'âtre et son silence vint lui répondre, ou presque…Il put la sentir bouger nerveusement et entendre un grattement, alors il baissa la tête et il la vit se frotter fortement son avant bras gauche dont la manche se relevait légèrement à chaque fois.

« Arrête, dit Lupin en lui bloquant les poignets. Tu vas te faire mal, ajouta-t-il en la voyant baisser la tête.

- Cela ne peut pas être pire que ce qu'elle m'a déjà fait, murmura-t-elle sombrement.

- Qui est, elle ? releva Remus en sentant son cœur battre plus rapidement, en entendant Euphémia parler de sa tortionnaire. Que t'a-t-elle fait ?

- Je ne savais rien Remus, marmonna Euphie qui paraissait plongée dans ses souvenirs. Je ne savais rien sur où se trouvait Lily et James, mais, mais elle pensait le contraire parce qu'on, parce qu'on lui avait dit que je fréquentais Lily à l'école, je ne savais rien, dit-elle à nouveau douloureusement. Mais elle continuait, elle disait que mon sang était sale, et à chaque fois, à chaque fois, elle enfonçait, elle, elle, plus, plus profondément et j'hurlais, j'hurlais, et elle continuait, elle riait, je devenais folle, je ne savais plus, et à la fin, je riais de démence avec elle, la douleur me rendait folle, je…je…je…Remus, je suis folle.

- Non, tu ne l'es pas, nia-t-il en maintenant toujours ses poignets dans ses mains.

- Ils, ils sont morts par ma faute, affirma-t-elle en fermant les paupières.

- Non, ils sont morts à cause de cette guerre stupide, contesta à nouveau Lupin.

- Je n'ai pas su les protéger, j'ai paniqué, ma baguette est tombée, je, je suis une idiote, ils sont…

- Non, arrête, arrête ça Euphie, ordonna Remus en prenant son visage en coupe. Cesse de culpabiliser, des Aurors sont morts durant cette guerre, des sorciers ayant des aptitudes hors du commun sont morts contre eux, que croyais-tu pouvoir faire ? Tu étais seule contre combien d'entre eux ? Combien ?

- Trois, réussit-elle à formuler la voix étranglée. Ma baguette, ma baguette je, je l'ai perdue, elle…

- Peu importe, tu aurais pu avoir ta baguette avec toi, cela n'aurait pas changé grand-chose, expliqua Remus en ne la lâchant pas des yeux. Euphémia, accepte-le, tu étais seule contre tous, tes parents, tu n'aurais pas pu les défendre tout en te protégeant, c'était impossible, je, tu as été courageuse, tu as survécu, tu as tenue bon, tu es là avec moi, chuchota-t-il en posant son front contre le sien

- Je, je suis marquée de partout, elle m'a marqué de partout, je suis horrible Remus, bafouilla-t-elle en laissant les larmes rouler sur ces joues.

- Tu ne l'es pas, tu es une fille formidable, affirma le concerné en maintenant la pression autour de son visage. »

Il pouvait la sentir se tendre entre ses mains tandis qu'elle secoua la tête de droite à gauche face à son affirmation.

Combien de vie la guerre avait-elle détruite ?

Combien de gens comme Euphémia était marquée ainsi par cette guerre sans sens ?

Combien de temps lui faudrait-il pour réussir à reprendre pied ?

Cependant, même si ce soir, il n'arrivait pas à lui faire entendre raison, il avait enfin eu des mots sur ce qu'elle ressentait. Il avait enfin eu ces confidences sur ce qu'elle avait vécu. Il n'avait peut-être pas l'histoire au complet, mais c'était suffisant pour qu'il puisse la comprendre. Il s'en moquait éperdument qu'elle soit marquée, lui aussi avait des cicatrices qui parsemaient son corps. Elle restait belle à ses yeux et le resterait peu importe ce qu'elle pouvait avoir aux avants bras et sur ses jambes.

« Euphémia, reprit-il calmement. Peu importe ce que tu pourras me faire voir, où me dire, je resterais toujours à tes côtés, sois en certaine. Je serais là, quoi qu'il arrive, dit-il avec conviction et détermination.

- Je ne veux pas, non, non, pas ce soir, s'il te plait, je…

- Calme-toi, la rassura-t-il en la fixant avec intensité. Pas ce soir, d'accord, un autre jour, quand tu t'en sentiras capable, ajouta Moony en pouvant sentir son souffle balayer son visage.

- Je ne veux pas te perdre, bredouilla-t-elle péniblement.

- Tu ne me perdras pas, rétorqua Remus en s'approchant de plus en plus de son visage. »

Son regard était plongé dans le sien, et elle pouvait y lire toute la sincérité de ces paroles.

Il resterait à ses côtés, quoi qu'il arrive.

Une fois de plus, il était là, avec elle, essayant de la réconforter.

Une fois de plus, elle pouvait sentir son cœur battre plus vite et plus fort que la normale.

Une fois de plus, elle avait à nouveau cette sensation de bien être qui l'envahissait.

Ces yeux ambrés, qui la fixaient avec intensité, la chamboulaient plus que tout.

Elle pouvait sentir son souffle chaud sur son nez et ses lèvres.

Elle pouvait sentir la chaleur de ses mains sur ses joues.

La notion du temps semblait s'effacer peu à peu, les angoisses avec elle.

Ils n'y avaient qu'eux dans cette pièce, juste lui et elle.

Euphémia avait le souhait que cela dure pour l'éternité.

Sans s'en rendre compte, elle posa une main sur la sienne faisant réagir Remus qui paraissait tout aussi déconnecté de la réalité environnante. Son pouce caressa tendrement le dessus de sa main tandis qu'elle ferma les yeux, savourant ce moment de paix. Elle ré-ouvrit alors ses yeux en entendant Remus souffler son prénom dans un murmure.

Il était si près, si près d'elle mais pas assez, pas encore, elle voulait plus.

Ses yeux gris glissèrent sur la bouche entrouverte de Lupin et sa gorge se fit soudainement très sèche, était-ce dû à l'alcool ingérer ? Elle en doutait fortement, surtout quand l'idée de l'embrasser lui vint alors en tête, la faisant rougir plus que nécessaire.

Elle déglutit passablement, essayant de remettre de l'ordre dans son esprit sans dessus dessous alors que Remus ne la lâchait pas des yeux. Comment pourrait-elle résister à cette distance ? Comment pourrait-elle échapper à cette lente torture ? Il était là, à quelques centimètres d'elle, il lui suffisait juste de s'avancer légèrement pour clore ce vide entre eux.

A quoi pensait-elle ?

Pardi, c'était son ami ! Juste un ami, un très bon ami !

Alors pourquoi était-elle dans cet état face au regard de Remus ?

Pourquoi se sentait-elle aussi bien avec lui ?

Pourquoi aimait-elle sa présence ainsi que discuter avec lui ?

Pourquoi avait-elle toujours cette envie qu'il reste plus chez elle ?

N'ayant jamais assez de sa présence, souhaitant l'avoir continuellement avec elle.

Elle le voulait lui, et personne d'autre.

Elle avait besoin de lui.

Il était celui qu'elle aimait le plus, celui pour qui son cœur battait.

Elle posa alors sa deuxième main sur la sienne, ne le lâchant pas du regard, réalisant pleinement le cheminement de ses pensées.

Elle aimait Remus Lupin.

Et comme pour conclure cette dernière pensée, elle se pencha doucement mais sûrement vers lui. Elle continua de le fixer avec la même intensité, le même amour puis délicatement, avec crainte qu'il ne la repousse, elle posa ses lèvres sur les siennes.

Attendant la sentence, attendant qu'il s'éloigne d'elle et qu'il ne la traite de folle.

Seulement les secondes passèrent et rien ne se produisit, pas un mot, pas un geste.

Où presque…

Semblant se réveiller d'un long et doux rêve, Remus commença à réaliser ce qui était en train de se produire. Néanmoins, il ne la repoussa pas, bien au contraire, il fit glisser ses mains autour de sa taille pour la rapprocher de façon plus possessive vers lui.

Pour la première fois de sa vie, il mit au placard tous les doutes qui pouvaient l'assaillir, se concentrant uniquement sur le moment présent.

Il la voulait pour lui.

Il pouvait sentir le loup communiquer son euphorie de pouvoir enfin la posséder.

Le doux baiser se transforma peu à peu en quelque chose de plus enflammée.

Les jambes d'Euphémia se déplièrent pour venir s'enrouler autour de Remus qui rampa vers elle, à moitié couché sur elle dans le fauteuil, dévorant chaque parcelle de ses lèvres.

Ses lèvres qui avaient le goût de Whisky, donnant une envie irrésistible à Remus d'explorer plus intiment sa bouche pour en connaître la saveur.

Un gémissement retentit dans les tréfonds de sa gorge, déclenchant chez lui, une fougue sans pareille. Sans attendre, sans quémander l'ouverture de ses lèvres, il introduisit sa langue qui s'enroula autour de la sienne dans un ballet aérien et voluptueux.

Les mains d'Euphémia s'entremêlèrent maladroitement dans ses cheveux qu'elle se délectait de caresser par leur douceur tandis qu'elle gémit à nouveau contre la bouche de Remus, se laissant envahir par le plaisir.

L'un comme l'autre était dévoré par l'envie et le désir d'en découvrir plus, d'en savourer plus, encore plus, jusqu'à ne plus en avoir soif. Une soif intarissable.

Il voulait la goûter, encore et encore, connaître la saveur de sa peau, la chaleur de sa peau, la douceur de sa peau sous ses doigts, ses lèvres et sa langue. Il voulait la marquer, la faire sienne et l'entendre murmurer son prénom ne faisait qu'accentuer ce besoin, cet appétit.

Un appétit féroce.

Il était le loup.

Elle était son chaperon rouge.

Elle le rendait fou, son parfum, l'odeur de l'alcool, sa voix suave, ces gémissements, si cela continuait, il n'allait pas pouvoir s'arrêter, et pourtant, il ne pouvait pas, pas ce soir, pas maintenant. Elle avait bu et son état émotionnel n'était pas au plus haut. Il aurait la sensation d'avoir profité d'elle, or, ce n'est pas ce qu'il souhaitait.

Il avait trop de respect pour elle, trop d'estime, trop d'amour.

Au prix d'un effort surhumain, il finit par rompre le baiser, à bout de souffle, la respiration échevelée, les cheveux en batailles, son regard plongé dans ses yeux gris-bleutés qu'il aimait tant.

Il pouvait y voir un millier de questions et de doutes.

« Remus, finit-elle par formuler, je, ne part pas, reste. »

Il s'était attendu à tout, sauf à ça. Comment ne pas céder face à une telle demande ? Alors, pour seule réponse, il hocha la tête tout en posant son front contre le sien, sentant ses mains fines et douces envelopper son visage.

« Je ne regrette pas, l'entendit-il souffler. Je, j'ai aimé, avoua-t-elle en rougissant sous le regard amusé de Lupin qui la trouvait terriblement mignonne à cet instant.

- Moi aussi, répondit-il d'un petit air malicieux. Si, je me suis arrêté c'est uniquement pour toi, je, ce soir, ce n'est pas le meilleur moment, tu as besoin de repos, de dormir et puis…

- J'ai bu, conclut-elle en souriant.

- Oui, par exemple, stipula Moony en riant légèrement.

- Vous êtes d'une élégance chevaleresque Mr Lupin, murmura-t-elle en frottant son nez contre le sien.

- Oh, émit-il en fermant les yeux face à tant de tendresse. Profitez-en Miss Smith, parce que la prochaine fois, le loup risque de vous dévorez toute crue, chuchota-t-il dans le creux de son oreille en la faisant frissonner.

- Fais de moi ta proie et ne me lâche pas, murmura-t-elle en glissant ses mains dans sa nuque. Jamais, précisa Euphémia en rencontrant son regard ambré.

- Jamais, souffla-t-il. »

Elle ferma les yeux face à cette promesse qui lui convenait pour le moment. Elle ne voulait rien de plus que sa présence. Elle le voulait lui, tout entier, avec elle, contre elle. Elle voulait pouvoir le toucher, lui parler, le caresser, rire à ses côtés, avec lui, elle se sentait vivante.

Oui, elle avait peur de le perdre, peur de devoir à nouveau affronter ce vide insondable, mais elle voulait y croire. Elle voulait se laisser aller à cette douceur qu'il lui offrait.

Elle voulait l'aimer et se laisser être aimée.

« Tu devrais aller te coucher, lui conseilla-t-il en la sentant se tendre dans ses bras.

- Non, pas encore, je, s'il te plait, supplia-t-elle en serrant ses mains autour de sa chemise, essayant de se noyer dans le tissu et contre son torse.

- Tu as besoin de sommeil, dit à nouveau Remus en l'observant. »

Non, elle n'avait pas envie de dormir, elle ne voulait pas, les cauchemars allaient de nouveau l'assaillir et l'engloutir tels des Détraqueurs avalant la moindre parcelle de bonheur. Elle voulait encore savourer ce cocon que lui offrait Remus. Elle ne voulait pas retourner à la froideur de son lit et de ses draps. Elle ne voulait pas revoir la mort de ses parents. Elle ne voulait pas revivre chaque séance de torture. Elle ne voulait pas se lever en sursaut dans son lit et aller courir vers les toilettes pour y vomir son repas.

Elle était fatiguée de ce rituel.

Elle voulait juste de la chaleur. Elle voulait juste rester là, pour l'éternité. Tout oublier.

« Et si je restais avec toi, en tout bien tout honneur, précisa Lupin en la voyant relever rapidement la tête, les yeux remplis d'espoirs.

- Cette nuit, dormir avec moi, répéta-t-elle surprise, n'osant y croire.

- Oui, est-ce que cela pourrait t'aider ? s'enquit le concerné soucieux de la voir aussi paniquée à l'idée de dormir.

- Je ne sais pas, mais, te savoir à côté de moi, cela me rassurerait, déclara-t-elle en baissant la tête tandis qu'elle avala difficilement sa salive face à cet aveu. »

Il n'en fallut pas plus à Remus pour se reculer et se lever, debout face à elle, il lui tendit sa main, le sourire aux lèvres. Elle observa plusieurs minutes sa main tendue qu'elle finit par accepter, se relevant à son tour.

Main dans la main, ils s'en allèrent vers la chambre d'Euphémia.

Cette nuit là, elle ne fut pas seule pour affronter ses rêves, cette nuit-là, elle put compter sur le soutien de Moony qui la ramena doucement vers la lumière, dissipant les ténèbres qui l'engloutissaient. Cette nuit là, pour la première fois depuis longtemps, elle réussit enfin à se rendormir après ses cauchemars terrifiants…


Et voilà, nos deux tourtereaux se sont enfin embrassés, j'espère que vous avez adoré ce passage et ce moment ?

Qu'avez vous pensé de ce chapitre ? Comment leur relation va progresser ? Est-ce qu'Euphémia connait le secret de Remus ?

Qui était ces deux personnes qu'a croisé Remus à Pré-au-Lard ? Pourquoi le regardait-il ?

Tout ce dont, je peux vous dire...C'est qu'au prochain chapitre...Vous allez sans doute vouloir me tuer...

Des réactions, des reviews ?

Lia-Sail.