Note d'auteur.

Voilà la première partie sur Oikawa. Maintenant que j'ai terminé ma KuroShou Week, je vais essayer de poster plus rapidement mais flemme mdrr

kiss


OIKAWA (1)


Tooru entoure ses petits doigts autour de son ballon. Les yeux brillants, un sourire au bord des lèvres, il le lance en l'air, sur la cible qu'il a dessiné lui-même. Son air amusé vacille lorsque le ballon rebondit sur le mur, à côté de son objectif, et il fronce les sourcils avec colère.

D'un pas décidé, il retourne le chercher.

Le ballon presque entièrement blanc a roulé : de devant le garage où Tooru s'entraîne en secret, avec ses doigts encore potelés et ses genoux tout abîmes. Il passe des heures là, parfois seul, et c'est toujours sa mère qui vient le chercher une fois le dîner servi.

L'été est chaud, la température est étouffante. Il a envie de boire dans la bouteille rose que sa grande sœur lui a donnée, mais il n'a pas encore réussi à toucher la cible. Et ça, ça l'énerve beaucoup.

Ne pas réussir, ça lui donne envie de bouder. Il ne le fait pas, bien sûr, car il déteste quand sa sœur le traite de gros bébé, mais ça n'empêche pas l'envie d'être là. Finalement, Tooru traverse la rue et court après son ballon, qui a décidé de ne pas s'arrêter de rouler.

— Tu fais quoi ?

Sa balle s'arrête aux pieds d'Hajime, qui le récupère en lui lançant un regard curieux.

— Je m'entraîne. Mon père m'a accroché une cible, sur la porte du garage.

Il rajoute, tandis qu'Hajime lui rend le ballon :

— On a fait des traits au sol : plus je réussis et plus je me recule. Cool, hein ?

L'autre garçon fait la moue, et hausse les épaules.

— C'est mieux que quand on joue ensemble, alors ?

Tooru penche la tête sur le côté. Son sourire revient.

— Nan. Mais t'étais parti faire des courses avec ta mère. Tu veux essayer ?

Il lui tend à nouveau le ballon. Tooru regarde les mèches rebelles sur la tête de son meilleur ami : il est allé chez le coiffeur deux jours plus tôt. Un pansement cache une plaie sur sa joue. Il a perdu une dent de devant la semaine passée.

Son sourire lui fait plaisir, et Hajime tend la main pour récupérer le ballon.

Ses lèvres bougent, mais Tooru n'entend pas. Il fronce les sourcils.

Le souvenir s'efface. Lentement. Les bruits disparaissent. L'été aussi est effacé.

Oikawa Tooru ouvrit les yeux.

Allongé dans son lit, les bras couverts de frissons, il sortit sa main de sous sa couette et frotta ses yeux, l'un après l'autre. Quand il se redressa, son dos craqua et il étira son corps engourdi en levant ses bras au-dessus de sa tête.

— Ça faisait longtemps, soupira-t-il en relevant ses couvertures afin de s'extraire de ses draps.

Ses pieds touchèrent la moquette tiède de sa chambre, et Oikawa se leva. Il fit quelques pas, puis retourna vers son lit afin de plier sa couette. Une fois satisfait, il partit en direction du petit lavabo, attrapa sa brosse à dents, y plaça une petite noisette de dentifrice, et fourra le tout dans sa bouche.

Le miroir lui renvoya son reflet : cerné, pâle, épuisé. Encore un peu plongé dans ses souvenirs, aussi. Oikawa détourna le regard, et se déplaça lentement jusqu'à la fenêtre.

Dehors, l'animation régnait. Pas encore autant qu'en pleine journée, mais il pouvait entendre les chants et les prières données en l'honneur du Président. Ces chants ne duraient que vingt minutes, le temps de réunir tout le camp ou presque dans la cour de l'immense villa. Ensuite, la vraie prière pouvait enfin commencer : à présent, Oikawa ouvrait les yeux dès le début, et pouvait prendre ces vingt minutes pour se préparer.

Dans un soupir, il lança un bref coup d'œil en direction des grandes tentes qui avaient été installées dans l'immense jardin de la propriété : la plupart des fidèles logeaient dedans, avec plus ou moins d'intimité, un lit et tout le nécessaire. Dans son cas, son grade au sein de la garde lui permettait d'avoir une chambre dans la villa.

Et malgré toutes les choses qu'il avait à dire sur ce foutu camp qu'il ne supportait plus, c'était bien l'un des seuls avantages.

— Bande d'idiots, murmura-t-il à la vitre, les yeux tournés vers les personnes qui se rangeaient calmement, des sourires aux lèvres.

Il retira enfin la brosse à dents de sa bouche, puis alla se nettoyer au lavabo. Torse nu devant la glace, il écouta distraitement les chants encore quelques instants : l'eau froide le fit frissonner, et cela acheva de le réveiller.

D'un coup d'œil, il vérifia l'heure sur sa montre. C'était une belle pièce, qui se rechargeait seule grâce à un mouvement automatique, qu'Oikawa avait un beau jour trouvé dans une maison aux alentours.

Il ne lui restait plus qu'une dizaine de minutes, si bien qu'il se dépêcha de se rhabiller, enfila son uniforme élimé, attrapa ses armes à feu et son couteau, puis accrocha comme tous les autres jours son badge à sa poitrine.

Celui-là, il ne put s'empêcher de le fixer quelques secondes en se mordant la lèvre.

Avec un dernier soupir, Oikawa Tooru se lava scrupuleusement les mains, jeta un dernier coup d'œil à sa chambre, puis sortit dans le couloir de la villa.

Son pas résonna quelques instants. Les rangs extérieurs continuèrent de se former.

Et finalement, il disparut.


Les lourdes bottes d'Oikawa Tooru claquèrent contre le sol du couloir. En arrivant devant une porte battante, il posa ses deux mains sur le bois et entra dans la cafétéria.

C'était une ancienne salle de réception qui avait été aménagée : des tables blanches en plastique et des bancs en bois, cette pièce était l'une des seules avec un accès direct aux cuisines de la villa, celle qui étaient utilisées, raison pour laquelle Aindreas leur avait donné son autorisation. La plupart du temps, le Président n'aimait pas trop qu'on déforme sa demeure.

Bondée à cette heure-ci, il balaya rapidement la cafétéria de son regard irrité, puis se dirigea vers la distribution. Une allure pressée, qui lui donna un air imposant et important.

En le voyant arriver, beaucoup s'écartèrent.

— Colonel, s'exclama l'un d'eux en le saluant avec respect.

D'autres l'imitèrent, et il leur accorda un regard et un hochement de tête poli avant d'attraper un plateau et de prendre le plat qui était aujourd'hui au menu. L'assiette n'était pas bien grande ni bien remplie, et l'homme qui s'occupait de servir parut surpris de le voir.

— Co-colonel, s'excusa-t-il en resserrant sa main autour de sa louche. Je peux vous en resservir une, je ne vous avais pas reconnu et —

— Laissez tomber.

Oikawa tourna les talons, et son pas pressé rejoignit la table où Hajime était installé. Un peu tard, il remarqua également la présence de Shoyo et Kenma.

Ces derniers étaient assis l'un à côté de l'autre, encore dans leurs tenues de garde : si la mémoire d'Oikawa était bonne, il avait vu leurs noms dans le registre des prochaines expéditions.

Pour ne pas montrer son irritation à ses amis qui n'avaient décidément rien à voir là-dedans, il déposa lentement son plateau et se laissa tomber aux côtés de son meilleur ami. Sa canine mordit presque violemment sa lèvre, et sa jambe se mit à sursauter.

Hajime haussa un sourcil.

— T'en fais une tête, dit-il en repoussant son assiette vide.

Shoyo fourra sa fourchette dans sa bouche. En silence, il mâcha avec soin, balançant ses jambes sous la table.

Ses cheveux roux commençaient à devenir ternes, trop longs, et emmêlés. Oikawa remarqua des cernes sous ses yeux, et il évita de le fixer trop longtemps. Quelques secondes plus tard, le visage d'Hinata se froissa un peu.

Oikawa devina que la nourriture ne devait pas avoir bon goût. Encore une fois.

En surprenant son regard, Kenma attrapa son verre d'eau et fronça les sourcils. Lui avait toujours un air irrité.

— Si tu es de mauvaise humeur, tu devrais au moins faire en sorte de ne pas le montrer à tout le monde, dit-il en regardant Tooru. Si l'un des jumeaux Miya te voit, tu vas avoir des problèmes.

Oikawa remua sa nourriture. Une sorte de pâté, qui lui rappela la texture du pain perdu pas assez cuit. La seule pensée des jumeaux Miya suffisait à raviver sa colère, qu'il s'efforça pourtant de taire au fond de sa poitrine.

— Génial, souffla-t-il néanmoins, ça me fera peut-être enfin une excuse pour foutre mon poing dans la gueule de ce connard de...

— Oikawa, intervint Iwaizumi d'une voix ferme. Arrête ça tout de suite. Tu sais très bien quelles sont les règles.

D'un coup, Shoyo releva la tête. Ses yeux s'arrondirent, et il afficha un air absent avant de répéter d'une voix claire :

Bonne humeur et respect. Adoration et remerciements.

Un automatisme qu'ils possédaient presque tous, à force. Mais Shoyo cligna des yeux, perdu. Il grimaça à nouveau.

— Pardon.

Oikawa soupira. Sa colère descendit d'un cran. Il regarda le rouquin et son air hanté, et regretta d'avoir amené cette conversation.

— Désolé Shoyo.

Il haussa les épaules et força un sourire. Kenma l'observa, la mâchoire serrée. Il expliqua rapidement, les mots au bout des lèvres :

— Il a passé la nuit avec les infectés, dans les sous-sols. Ils commencent de nouveaux tests, apparemment. Faut toujours qu'ils lui demandent à lui, marmonna-t-il.

Hinata parut ailleurs, et ne répondit pas. Ses yeux s'étaient à nouveau fixés sur sa nourriture, qu'il avait arrêté d'avaler goulûment.

Iwaizumi lui donna un petit coup de genou sous la table, et Oikawa releva les yeux.

— Et toi ? Il t'est arrivé quoi, ce matin ?

Sa fourchette racla l'assiette. Son meilleur ami s'était tourné vers lui, lui offrant son attention complète.

— Je... rien, en fait. Juste une autre réunion. Ils vont encore réduire les rations, augmenter les expéditions, et... doubler les peines de mort. Ça m'a juste mis sur les nerfs.

Le regard d'Aindreas, le sourire satisfait d'Atsumu Miya, les hochements de têtes des autres. Parfois, Oikawa avait l'impression qu'il était le seul à ne pas trouver tout ça normal. Pendant une période, peut-être avait-il été aussi aveugle que tout le monde, à écouter attentivement les prières et à regarder le Président avec des étoiles dans les yeux, heureux de l'attention qu'on lui portait.

À présent, il se réveillait le matin avec la colère au ventre et une nausée menaçante.

Quand il croisa le regard inquiet de son meilleur ami, Oikawa se sentit obligé de lui faire un sourire. Car il connaissait cette expression.

— Ça va, Iwa-chan. Fais pas cette tête.

Le genou d'Hajime toucha le sien, et Oikawa serra les lèvres. Dans sa poitrine, son cœur s'emballa violemment, une sueur froide coula dans son dos, et il sentit quelque chose d'à la fois agréable et terrifiant prendre place dans son ventre.

De l'autre côté de la table, Kenma soupira. Il regarda Iwaizumi avec un air décidé, puis haussa les épaules.

— Fais ce que tu veux, dit-il tandis qu'Oikawa fronçait les sourcils. Shoyo, viens on y va.

Ils s'éloignèrent ensemble dans la cafétéria, leurs plateaux vides dans les mains. Bientôt, ils disparurent complètement, et Oikawa détourna le regard face à toutes ces personnes qui les regardaient attentivement, trop loin pour entendre leurs conversations.

— De quoi il parlait ? demanda-t-il, légèrement perdu.

Hajime secoua la tête, et attrapa à nouveau sa fourchette.

— De rien. Il voulait que j'aille avec eux pour la prochaine expédition, et j'ai dit que je réfléchirais.

Son genou s'était retiré, et le silence s'installa ; Oikawa n'aimait pas quand Hajime lui mentait, et Iwaizumi n'aimait pas vraiment mentir à Tooru. Pourtant, aucun d'eux ne fit la moindre réflexion, et ils finirent de manger en silence.

La colère d'Oikawa Tooru s'était finalement envolée comme un souffle.


Ses vêtements trempés de sueur, marchant dans le camp obscur, Oikawa rejoignit d'un pas lent la villa principale.

Il avait passé les trois dernières heures à s'entraîner dans le gymnase, au fond de la propriété juste à côté des terrains de tennis, et à présent ses muscles étaient assez endoloris pour qu'il réussisse à trouver rapidement le sommeil. La nuit, le camp était aussi sombre que le reste de la ville, privé d'électricité, et en utiliser pour ça serait gâcher le peu de réserve qu'il leur restait.

Des panneaux solaires, des récupérateurs d'eau : ils n'étaient pas non plus sans ressources, mais cela n'excusait pas tout. Dans ce Nouveau Monde, le gâchis était quelque chose que personne ne pardonnait.

Dans un soupir, Oikawa tourna à l'angle d'une tente assez haute. Des tissus épais et une couleur sombre : il y en avait des centaines dans le jardin (qui ressemblait davantage à un parc qu'à un petit bout de terrain) et cela ressemblait à présent à un petit village bien organisé.

Quand il tourna dans l'une des allées principales, une lumière au loin le prit par surprise. Cette couleur orangée, au milieu de l'obscurité presque noire de la nuit, lui donna toute d'abord des sueurs froides : et si les infectés la voyaient ? S'ils effectuaient une attaque en grand nombre, qui réduirait à néant leurs nombreuses barrières ? Puis finalement, une autre pensée écrasa la précédente, car cet endroit ne pouvait être rien d'autre que la place de la villa du Président.

La place de l'Espoir.

Après un temps d'arrêt, les yeux grands ouverts et le souffle court, Oikawa s'élança tout droit vers la lumière. En chemin, il croisa quelques personnes : des mères qui raccompagnaient leurs enfants, des adolescents aux teints verts, des soldats en pleine garde. Mais cela n'égala très certainement pas le monde qu'il trouva sur la place.

Des cris, un brouhaha éprouvant, et une chaleur humaine pleine de colère et d'excitation. Oikawa Tooru déboula dans cette foule en ayant la nausée, mais insista tout de même pour passer : dans le Nouveau Monde, de tels contacts étaient mal vus. Tooru n'aimait pas vraiment toucher des gens en sueur, mais il usa de son grade pour se créer un passage jusqu'à la fosse.

Des années plus tôt, une explosion avait éclaté dans les sous-sols. Une expérience avait très mal tourné, et plus de treize personnes étaient mortes dans la manœuvre : les scientifiques, les médecins, et la famille de trois personnes qui habitaient dans la tente juste au-dessus.

Mais dans un camp, rien ne se perdait, et surtout pas la place, devenue très rare. Le Président Aindreas avait ordonné la mise en place de cette fosse, spécialement pour les exécutions ou les punitions publiques, et la voir chaque fois qu'il passait devait retournait l'estomac d'Oikawa.

Cette fois, quand il arriva sur le rebord protégé par une rambarde, son cœur menaçant d'éclater dans sa poitrine, il fut dégoûté de reconnaître l'un des cuisiniers en contre-bas.

— S'il-vous-plaît ! hurlait-il, appuyé contre le mur en face de la seule entrée de la fosse. Je vous jure que j'ai rien fait, jamais j'aurais osé !

Il leva la tête en direction de l'estrade, de l'autre côté et juste en face d'Oikawa. Le Président regardait la scène avec un regard ennuyé et calme, entouré par ses plus proches soldats. Aucun de souriait, mais pour Tooru se fut évident qu'Atsumu Miya se retenait.

L'homme en bas essaya de se mettre à genoux devant Aindreas pour lui montrer son respect et son adoration. Les autres, autour de la fosse, se mirent à huer et à crier, et la mâchoire d'Oikawa se serra.

— Je vous jure, je vous jure que...

Mais l'homme ne termina pas sa phrase, car la porte de la fosse s'ouvrit violemment. Le silence s'imposa de lui-même, et les survivants autour de lui regardèrent l'entrée de l'infecté avec fascination. Ce dernier grognait et claquait comme un fou, enchaîné au coup par une véritable chaîne en argent : tout d'abord tendue, elle se relâcha d'un coup et la créature n'attendit pas. Après avoir regardé la foule en hauteur, son regard se posa sur l'homme blanc comme un linge et tremblant de la tête au pied, qui secoua la tête avec fureur.

Les yeux pleins de larmes, il se tourna une dernière fois vers Aindreas.

— Je vous en supplie, je...

L'infecté arriva dans son dos comme un animal affamé, et planta ses dents pourries au cœur de sa nuque : une gerbe de sang éclata de sa veine, en même temps que les cris en délire de ce public écœurant. Oikawa regarda la scène avec des yeux écarquillés.

Ce n'était pas la première fois. Ça ne sera pas la dernière.

Parfois, il s'était trouvé de l'autre côté, sur l'estrade.

Une fois terminé, l'infecté termina son repas avec de nouveau grognement, tandis que la foule se mit à chanter les prières envers le Président. Ce Président qui les débarrassait des traîtres, qui les protégeait des montres de l'extérieur, qui leur permettait d'avoir femme et enfants, même dans ce cruel Nouveau Monde.

Qu'avait fait cet homme ? Avait-il même fait quelque chose ? De quoi l'avait-on accusé ? Voler, mentir, manquer de respect ?

Les poings d'Oikawa se serrèrent. Il balaya l'endroit du regard, et croisa celui du Président. Il lui offrit un sourire amusé, bien conscient du fait que Tooru ne se mêlait pas aux chants. Habituellement, il l'aurait fait. Habituellement, il aurait fait le salut qui allait à son rang, en l'honneur de son chef tout puissant.

Habituellement, il aurait tout fait pour ne pas être expulsé, tué, arraché, emprisonné. Mais là, il en avait assez ; depuis des semaines que l'idée tournait en boucle dans sa tête, ce fut ce soir qu'il se décida complètement.

Il fallait partir. Et le plus vite possible.

Alors qu'il se détournait, offrant son dos au Président qui le regardait encore, Oikawa Tooru se rappela du prénom de cet homme. Comme les autres avant lui, il le nota quelque part dans son esprit.

Il disparut loin de la foule, le cœur au bord des lèvres et une colère furieuse dans les veines.


Des bisous !