Note d'auteur.
Hey, ça fait un moment ! Une très belle review m'a rappelé que j'avais oublié de poster sur ce site, alors je viens pour vous donner la suite. (merci à toi, coeur, j'essaye de te répondre au plus vite).
Mika partie 2, here we go je vous embrasse kiss
MIKA (2)
Avec un soupir satisfait, Mika plongea sa main pleine de callosités dans le seau d'eau froide qui se trouvait entre ses jambes.
Assise sur une chaise de cuisine, dans un appartement abandonné, elle observa l'eau se teinter légèrement avant de lever la tête vers Yachi. Cette dernière faisait encore couler l'eau dans l'évier plein de poussière qui n'avait pas servi depuis un bon moment.
Au début, le robinet avait été complètement bouché par le calcaire. Puis, après quelques coups de couteau bien placés de la part de Mika, l'eau s'était mise à couler à flots, remplissant largement les deux immenses bassines qu'elles avaient dénichées dans un placard.
— Elle est un peu froide, mais franchement ça va.
— C'est le premier immeuble de la rue avec les canalisations encore en bon état, répondit Yachi en haussant les épaules. Ça sera toujours mieux que rien du tout.
Yachi se retourna pour lui lancer un regard complice, puis éteignit l'eau.
— Tu veux y aller la première ? Je peux laver nos vêtements en attendant.
Au départ, Mika avait été bien trop gênée de lui laisser ses vêtements et sous-vêtements sales : dans ce Nouveau Monde, la propreté était quelque chose de vraiment rare et subjectif, ainsi elle finissait toujours par froncer le nez en rougissant face à l'odeur des tissus qu'elle portait.
Heureusement, elles s'échangeaient la tache de temps à autre. Cela lui permettait au moins de relativiser.
— Je... d'accord. J'en ai pas pour longtemps.
— Tu peux prendre ton temps. Il pleut des cordes dehors : on va pas pouvoir repartir avant un moment. Et de toute façon, nos fringues sont déjà trempées.
Yachi lui sourit gentiment, puis haussa les épaules. Elle avait raison : son t-shirt blanc, celui qu'elle mettait sous ses pulls et son manteau, était devenu légèrement transparent. Mika détourna pudiquement le regard, puis hocha la tête.
— Merci, souffla-t-elle. Je... tu pourras venir me laver les cheveux, après ?
Une fois, Mika était tombée malade. Folle de colère après avoir entendu l'une des personnes du camp du nord lui dire que son frère était sûrement déjà mort, elle avait erré dans les rues pendant trois jours avant de revenir auprès de Yachi. Fièvre et nez bouché : la jeune femme était restée à ses côtés pendant un moment, pour finalement lui laver les cheveux une fois sa température tombée.
La sensation avait été tellement douce et agréable que de temps en temps elle se permettait de le lui demander à nouveau.
Yachi hocha la tête, amusée.
— Gros bébé, rit-elle et Mika fit la moue.
Quand elle referma la porte de la salle de bain de l'appartement, seul le son de son cœur et de la pluie qui frappait la fenêtre se fit entendre. Elle inspira un grand coup, posa brusquement la bassine remplie d'eau sur le sol, puis plaqua ses paumes sur ses joues brûlantes.
Il faisait froid dans la pièce, et en enlevant ses vêtements avec précaution, Mika fut parcourue d'un grand frisson. Tout en soutenant sa poitrine de son bras sans trop savoir pourquoi, elle rouvrit légèrement la porte et plaça ses habits sales juste à côté, à l'extérieur.
Une fois à nouveau enfermée, elle se sentit étrangement vulnérable et tourna son regard vers l'extérieur. De là, on pouvait voir l'immeuble d'en face et d'ordinaire, Mika ne doutait pas que le bruit infernal de la route juste en dessous devait leur parvenir parfaitement.
En attendant, tout ce qu'elle voyait était la pluie : un rideau épais et bruyant qui l'empêcherait de ne serait-ce qu'apercevoir le ciel.
Elle s'assit sur le rebord de la baignoire, puis commença à frotter sa peau avec le gant qu'elle venait de trouver dans le meuble sous le lavabo. L'odeur du savon un peu sec lui fit du bien, et l'eau froide lui arracha plusieurs grimaces.
Au final, quand elle s'enroula dans une serviette un peu poussiéreuse, les cheveux déjà humides, Mika se dirigea vers la porte et pénétra dans le salon. Dans la cheminée, Yachi avait allumé un feu : la température de la pièce lui arracha un soupir de satisfaction.
— T'as déjà terminé ? entendit-elle. Je t'ai dit que tu pouvais prendre ton temps.
— J'arrive pas à me faire à l'eau froide.
D'un pas lent, elle vint s'asseoir dans l'épais fauteuil moelleux que Yachi avait déplacé devant la cheminée. Il y en avait deux, et elle lui tendit un paquet de vêtements depuis le deuxième.
— Tiens. Les anciens habitants devaient avoir une ado à la maison ; j'ai trouvé sa chambre et j'ai pu prendre quelques sous-vêtements. Je t'ai rajouté un t-shirt, le temps que ton pantalon sèche.
Dès le début, Mika avait été affreusement bornée. Le pantalon en toile épaisse qu'elle portait depuis la fin du monde était à son frère, et même s'il était largement trop grand, elle le resserrait à la taille à l'aide d'une ceinture. Quand celle-ci était morte, elle passait dans un magasin de vêtements pour en reprendre une.
— Merci, Yachi.
Sans attendre, cette dernière détourna le regard dans l'autre sens, tandis que Mika retirait la serviette pour s'habiller. Cela ne dura que quelques secondes, et à la fin Mika en profita pour lui lancer un petit coup d'œil : le blond de Yachi ne faisait que changer au fil du temps et en fonction des saisons. À présent, il était un peu moins foncé que trois semaines plus tôt, mais tout de même pas aussi clair que durant l'été.
Deux ans plus tôt, elle avait coupé ses cheveux courts, et Mika s'était toujours demandé si elle trouverait un jour le courage de faire la même chose. Ses longs cheveux, c'était un souvenir, une preuve qu'avant avait bien existé.
Quand, au bout de longues secondes, les yeux de Yachi ne revinrent pas vers elle, Mika fronça les sourcils et se pencha sur son fauteuil. Elle observa sa poitrine se soulever lentement avant de redescendre, puis ne put s'empêcher de sourire en remarquant ses yeux fermés et son visage détendu.
Apparemment, la première garde était pour elle.
À bout de souffle, Mika glissa jusqu'à l'entrée d'un magasin, Yachi sur ses talons, puis referma la porte avant de faire tomber une étagère devant. Elle commença à compter, sachant très bien que la barricade ne tiendrait pas plus de dix secondes.
Une, deux.
Son fusil chargé et prêt à tirer, elle pointa du doigt une hache derrière le comptoir, et Yachi se dépêcha d'aller l'attraper.
Trois, quatre, cinq.
La mâchoire tendue, douloureuse, et le cœur secoué par une adrénaline dangereuse, Mika incita Yachi à monter sur un promontoire qui les plaçait en hauteur. Les infectés se collaient à la vitrine, appuyaient sur la porte fermée, grognait et claquait dans l'air encore humide : plus le son de son cœur devait assourdissant, plus ces enfoirés semblaient saliver les uns contre les autres.
Six, sept, huit.
Lentement, Mika visa l'endroit où la vitre commençait à se briser. Ils devaient être une dizaine à les attendre, contre deux ou trois au départ de leur course. Les coups de feu attireraient forcément ceux alentour, alors il fallait être rapide.
— Je tire, et tu butes ceux qui approchent trop prêt.
Déterminée, le regard presque aussi fou que le jour de leur rencontre, Yachi hocha la tête et inspira profondément.
Neuf, dix, onze...
La vitre céda dans un grand capharnaüm, et le cœur de Mika explosa au moment où son doigt appuya une première fois sur la cachette. À quelques mètres d'elle, la tête d'un infecté explosa dans un bruit mouillé, et il s'écroula au sol. Deux autres lui marchèrent dessus, et Mika tira une nouvelle fois : la règle d'or face à des infectés était simple, toujours viser la tête.
À ses côtés, un infecté posa une main sur leur promontoire en grognant, la bouche grande ouverte et les dents pourries. Mika eut à peine le temps de l'apercevoir avant que la lame de la hache de Yachi ne lui coupe le crâne en deux.
Elle entendit un rire, lui lança un regard, et un infecté fonça vers eux en courant. Le fusil de Mika visa, tira, et elle sentit également ses lèvres s'étirer en un sourire. L'adrénaline était un dangereux poison, qui lui soufflait à l'oreille de tuer plus vite, plus fort.
Yachi se débarrassa d'un nouvel infecté qui avait escaladé leur estrade depuis l'arrière, puis tout s'accéléra.
De dix infectés, il n'en resta que cinq, puis quatre, puis deux. Un autre arriva depuis la rue, mais Mika le visant rapidement et tout fut terminé. Le silence revint dans le petit magasin de prêt-à-porter, et le souffle de Yachi parvint à ses oreilles.
Au-dessus d'elles, le lustre continua de se balancer de droite à gauche pendant encore quelques secondes.
— Il faut..., souffla Yachi, à bout de souffle. Il faut qu'on parte.
Mika hocha la tête, bien consciente que leur emplacement posait problème : elles n'étaient plus très loin de leur objectif, mais la nuit allait tomber. C'était en ouvrant la porte d'une petite maison que les infectés les avaient surprises.
Affamés et enfermés là depuis des mois, l'un d'eux s'était jeté sur Yachi avant que Mika ne lui défonce le crâne à l'aide d'un parapluie trouvé dans l'entrée.
— Allons-y.
Mika tendit la main, naturellement, et attendit que Yachi la prenne. Sa chaleur lui ramena brutalement les pieds sur terre, et au final elle se retrouva être celle qui fut tirée vers la sortie.
Dehors, le ciel était encore couvert, et le soleil commençait à se coucher.
— Ce camp était vraiment... difficile à atteindre, souffla Yachi en s'arrêtant au milieu de la rue.
Sans même parler des bâtiments de plus en plus détruits et des rivières qui avaient dégorgé de leur lit, les infectés s'étaient également faits bien plus nombreux. Trouver des munitions pour le fusil de Mika avait été dur, et elles avaient fait trois différentes armureries avant de tomber sur plusieurs boites pleines.
À présent, elles regardaient ensemble l'immense grillage qui s'étendait sur plusieurs centaines de mètres, ainsi que l'immense villa blanche tout au fond, derrière le jardin rempli de tentes fumantes.
Six gardes à l'entrée, devant le portail et sur les postes en bois qui avaient été construits en hauteur, les visaient avec des armes.
— Ouais. Et j'ai comme l'impression qu'on est pas forcément les bienvenues, chuchota-t-elle. Fais comme moi, d'accord ?
Lentement, Mika leva ses bras au niveau de sa tête, puis fit un pas en avant. Son sac à dos était lourd, tout comme ses épaisses bottes de sécurité. Elle cria aux gardes :
— On veut juste parler un peu ! On est pas des ennemies !
Tout en lançant un coup d'œil vers Yachi, Mika continua d'avancer vers la grille d'entrée de la villa. Les gardes continuèrent de les tenir en joue, observant leurs pas agités tandis qu'elles s'approchaient de plus en plus.
Finalement, un bruit de tire força Mika à s'arrêter et à serrer la mâchoire. À ses pieds, près de son pied gauche, la balle souleva un peu de poussière sur le goudron.
Yachi descendit l'une de ses mains pour attraper celle de Mika. Elle tremblait.
— On veut juste parler ! répéta-t-elle, en colère. Pas besoin de nous canarder comme des lapins !
Le silence s'installa, jusqu'à ce que l'un des gardes passe par le petit portillon à côté de la grande entrée, et ne s'approche doucement d'elles.
— Vous n'entrerez pas, prévint-il d'une voix forte. Approchez-vous, mais ne dépassez pas cette ligne.
Il secoua sèchement le canon de son arme en direction d'une ligne de sécurité tracée à la peinture rouge, et Mika hocha visiblement la tête. Elle garda la main de Yachi dans la sienne.
Le moment fut long : tous ces hommes les fixaient toutes les deux avec irritation, et Mika se surprit en espérant que son frère ne soit pas ici.
Car il le fallait, au fond : s'il n'était pas ici, alors que lui restait-il ?
— On veut juste quelques informations, affirma-t-elle en arrivant à la hauteur de la ligne.
L'homme jeta un coup d'œil à son fusil, qui dépassait de son dos. Ses sourcils froncés allaient avec son uniforme de petit soldat. Mika avait rarement vu un camp aussi organisé et militaire, dans le Nouveau Monde.
— Le Président n'accepte plus de réfugiés, annonça-t-il. Y'a plus de place.
Yachi n'aimait visiblement pas être braqué ainsi par un autre humain, car des doigts étaient froids et son visage tendu.
— Le Président, répéta la jeune femme, comprenant visiblement ce que cela signifiait.
L'homme du camp de l'ouest avait visiblement dit la vérité : ce camp semblait être le pire de tous.
— On s'en fiche, de votre gourou, siffla Mika. Je cherche quelqu'un.
L'homme sembla très mal prendre l'appellation : le canon de son arme se redressa, son visage se froissa, et il déclara :
— Ne manquez pas de respect à...
Personne n'entendit la fin de sa phrase. À vrai dire, Mika n'entendit plus rien du tout : sa main se resserra sur celle de Yachi, et l'instant d'après une explosion créait une immense fumée au beau milieu du camp.
La dernière chose qui lui traversa l'esprit fut vague et rapide.
Il va pleuvoir.
Des bisous !
