Musiques citées:
Nameless Song - Dark Souls OST
Ever Dream - Nightwish
Let the storm descends upon you - Avantasia
Moonglow - Avantasia
Edge of the Blade - Epica
Twilight of the thunder god - Amon Amarth
Chapitre 14
Le calme qui régnait au château d'Arendelle était la marque de son quotidien paisible et continu. La servante Gerda finissait de ranger de l'argenterie. Le majordome Kai donnait des instructions aux cuisiniers. Les gardes étaient à leur poste, à deux doigts de tourner de l'œil. Le roi Agnarr lisait et signait toute sorte de papiers importants avec un regard figé et des gestes quasi-automatique. Une seule personne se doutait que cette tranquillité masquait des phénomènes tout sauf ordinaires: la reine Iduna. Leur connaissance embrouillait l'esprit de la dame dans lequel ces secrets tournaient en rond.
"Chérie? Il y a un problème?" l'interpella le roi, la faisant presque sursauter. "Tu fixes le même document depuis un moment."
La dame se rendit compte qu'il disait vrai. Elle lâcha le papier, son regard virevoltant en quête d'une excuse tandis que sa main serrait un pli de sa robe mauve. Elle ne trouva rien à dire. La reine tenta malgré tout de rassurer son mari, dans un réflexe qu'elle avait bien entraîné au cours des années.
"Ce n'est rien Agnarr. Je suis juste un peu… préoccupé."
"Par quoi? Cette affaire avec les îles du sud?"
"Oui, je… Je ne suis pas certaine que…"
Ses mots s'entrechoquèrent dans sa gorge. Elle cherchait n'importe quel point sur lequel elle pouvait détourner l'attention de son mari, mais elle dû reconnaître qu'elle n'avait pas lu une seule ligne de cette proposition commerciale. Sa voix trembla de plus en plus. La tension grimpait à chaque mot hoqueté. Elle sentit une main sur son épaule qui stoppa sa tourmente et leva les yeux vers ceux inquiets du roi.
"Iduna, qu'est-ce qui ne va pas?"
La dame ne savait plus quoi faire. Elle voulait partager ce qui la tourmentait, mais elle ne pouvait pas. L'amour qui débordait des yeux de son époux lui serrait le cœur. Depuis des années elle lui cachait l'existence d'un être étrange qui visitait leurs filles en cachette. Elle ne savait pas comment il aurait réagi et ne pouvait se résoudre à briser le cœur d'Anna et Elsa. Que penserait-il si elle lui révélait qu'elle lui avait menti pendant tout ce temps sur quelque chose d'aussi étrange? Elle ne pouvait rien faire à part s'enfoncer un peu plus dans le mensonge. Le meilleur moyen d'en cacher un était avec une vérité.
"Je suis juste un peu inquiète pour Elsa. Elle a l'air d'avoir la tête ailleurs ces derniers temps."
Le souverain se détendit et arbora un sourire compréhensif. Il jeta un coup d'œil par prudence vers la porte de leur bureau. Il y avait peu de chance qu'on les entendent d'ici.
"Toi aussi tu as remarqué?" demanda-t-il. "Je ne sais pas ce qui la préoccupe, mais effectivement, elle n'est pas aussi concentrée que d'habitude."
"N'est-ce pas? Lorsque j'ai jeté un œil à ses exercices, la plupart était un peu brouillon. D'autres n'étaient même pas fait. Et puis…" Iduna jeta à son tour un coup d'œil vers la porte et baissa la voix. "Elle me disait avoir appris à mieux maîtriser ses pouvoirs, mais lorsqu'elle a voulu m'en faire la démonstration, elle n'a réussi qu'à geler ses carreaux."
La magie de leur fille aînée n'était pas un sujet de plaisanterie. Iduna était bel et bien inquiète pour sa fille. Son mari également.
"Oui, elle a aussi tenter de me montrer qu'elle avait réussi à les dompter, mais sans succès non plus. Elle m'avait pourtant juré qu'elle y était arrivée juste une heure avant. Tu penses que c'est cela qui la trouble?"
"Ce serait compréhensible. Elle ne peut même plus se passer de ses gants désormais. Elle avait l'air si ravie et sûre d'elle quand elle a voulu me montrer ce qu'elle savait faire."
"Je suis certain qu'elle les maîtrisera un jour." Agnarr embrassa sa femme avant d'ajouter avec un sourire amusé. "Nous, en attendant, c'est un royaume que nous devons maîtriser. Il y a beaucoup à faire avant notre départ."
Iduna approuva d'un hochement de tête automatique. Ce voyage diplomatique loin du château, sans moyen de veiller sur ses filles et tenir cet étrange jeune homme à l'œil, la troublait au plus haut point. Depuis le jour où elle avait découvert combien il avait eu une famille compliquée, elle se doutait que Steven n'était pas une mauvaise personne. Seulement, après son retour, et cette étrange histoire d'amnésie, elle avait remarqué que le comportement de ses filles avait changé. Elsa était un peu moins studieuse, comme son mari l'avait remarqué. Sa mère la surprenait parfois à marmonner des mélodies inconnues en dessinant des personnages invraisemblables que lui avait décrit son ami lors de ses nombreux récits. Si les héros de cette fameuse communauté de l'anneau semblait tout à fait honorable, la reine avait un peu d'appréhension à la vue des créatures qu'elle représentait parfois, comme ce terrifiant dragon nommé Alduin ou ces curieux poulet jaune baptisés Chocobo. Elsa commençait à avoir une véritable galerie d'art personnelle et mystérieuse cachée dans ses tiroirs.
Quant à Anna, elle restait souvent seule à chantonner les airs que lui avait appris son ami impossible. Elle errait parfois dans les couloirs du château en rêvassant ou murmurant des refrains étranges qu'elle évitait, pas toujours avec succès, de faire tomber dans l'oreille des serviteurs. La reine aurait cru que le retour de son ami lui aurait rendu l'énergie qu'elle avait perdue. À la place, elle semblait constamment ailleurs, accompagnée par les chants de ce groupe de musiciens au joli mais curieux nom de Nightwish. En un peu plus de six mois, le garçon à la mèche lui avait appris des dizaines de chansons très belles, mais dont certaines avait un rythme rapide et une force parfois implacable qui inquiétait la reine.
La seule chose qui la rassurait était que ses filles tenaient leur promesse de lui raconter chacune de ses visites. Elle le faisait même avec joie. En plus des musiques que Steven leur apprenait avec son mystérieux rectangle magique, il leur avait raconté des histoires incroyables qu'elle aurait trouvé elle-même merveilleuses en d'autre circonstance. Seulement, le mystère entourant Steven et le comportement de plus en plus curieux de ses enfants l'empêchait de s'intéresser aux récits relatant les aventures de ces fameux Tristan Thorn et Yvaine ou de Djidane et Grenat, et ceux malgré le bonheur qu'avaient Anna et Elsa à les lui rapporter. Elle repensait parfois à certains passages de ces histoires incroyables, elle aurait adoré qu'on lui en raconte de telles quand elle était plus jeune, mais pour l'instant, elle devait se concentrer sur les affaires du royaume. Et aussi s'empêcher de fredonner Élan. Anna avait si souvent chanté cette chanson que sa mère n'arrivait même plus à la sortir de sa tête et se surprenait à la fredonner elle-même de temps à autre.
Un dernier coup de crayon vert et il ne restait plus qu'à ajouter la touche finale. Un peu de rose, ou peut-être de mauve, et la robe que dessinait Elsa serait parfaite. Un sourire aux lèvres, et de sa main dépourvue de gant, la princesse déposa son outil dans la boîte à dessin que lui avait offert sa sœur tandis qu'elle chantonnait en douceur. Les autres crayons étaient parfaitement rangés, alignés avec une précision telle qu'Elsa n'avait pas besoin de détourner les yeux de son œuvre. Elle saisit avec délicatesse un nouveau crayon tandis qu'elle songeait à ajouter des fleurs sur la traîne de sa nouvelle création. Elle en ajouta quelques-unes alors qu'elle recommençait à chantonner cet air mélancolique, mais si beau, que lui avait fait découvrir son ami. Une chanson sans nom lui semblait-elle, ou qui s'appelait justement Nameless Song. Elle n'était plus très sûre. Elle lui redemanderait à l'occasion.
Cela faisait un moment que Steven n'était pas apparu. Les deux princesses redoutaient toujours qu'ils ne reviennent pas et espéraient son retour avec impatience. Elsa était toujours ravie d'entendre une nouvelle histoire, ou une nouvelle musique issue de son appareil et ses drôles de coquillages à mettre dans les oreilles. Mais elle s'était rendu compte que ce n'était pas essentiel. Parfois, elle et lui passaient juste du temps à discuter des récits qu'ils avaient partagés, de leurs personnages ou des thèmes abordés. D'autre fois de mythologie, des études d'Elsa ou même, sans se souvenir pourquoi, des habits de Steven. À sa dernière visite, Elsa avait notée, pour se moquer un peu, qu'il avait toujours les mêmes habits et la même coiffure. Le même long manteau noir et pantalon bleu, la même mêche, sans parler de ses trois chaînettes et son pendentif pentacle à pierres rouges. Sans comprendre comment, ils en étaient venu à discuter de l'importance d'être bien habillé et de l'intérêt d'avoir une garde robe variée. Une discussion que Steven n'aurait jamais imaginer avoir un jour. Il avait défendu son allure avec un entêtement impressionnant, mais Elsa avait contre-argumenté avec une obstination aussi forte que la sienne. Le mystérieux jeune homme, avec un machiavélisme dont il avait un peu honte, lui avait répliqué: "Je ne suis pas sûr d'avoir des leçons de style à recevoir de la part de quelqu'un qui a elle aussi les même vêtements et la même coiffure chaque fois que je lui rend visite."
La princesse avait tenté de répliquer, mais aucun mot n'était parvenu à sortir de sa gorge. D'abord figée sur place, sous le regard narquois du geek à la mèche folle, Elsa s'était examiné avec attention. Elle portait en effet la même robe mauve et la même veste qu'hier. Elle était pourtant certaine de l'avoir confié hier à Gerda pour la nettoyer. La princesse s'était ensuite envolée vers sa penderie et l'avait ouverte avec l'espoir d'un simple oubli. Son espoir se brisa d'un coup. À l'exception de la robe cérémonielle que ses parents lui avait offert, le meuble contenait en plusieurs exemplaires exactement les mêmes vêtements et les mêmes paires de gants. Très gênée, Elsa s'était dépêchée de fermer le meuble et de changer de sujet, non sans déclencher chez Steven un rire euphorique qu'elle se mit à partager. Après son départ, Elsa avait passé un instant devant son miroir à observer son chignon. Lorsque sa mère était venue lui rendre visite après cela, la première chose qu'elle lui ait demandé, à la surprise de la reine, c'était si elle pensait qu'elle devrait changer de coiffure. Cet incident lui avait donné envie d'imaginer de nouveaux habits et tester quelque chose avec ses pouvoirs.
Alors qu'elle s'apprêtait à ajouter une dernière fleur à son nouveau croquis, elle entendit un raclement qui la fit bondir en hurlant de sa chaise et pointer sa main dans la direction du bruit. Sans le vouloir, elle balança un rayon de magie à travers la chambre qu'esquiva de peu l'intrus dans un geste grossier qui le fit tomber à la renverse et se cogner contre le bord du lit.
"Bon sang! Ça devient ridicule!" gronda le geek en se tenant la tête.
Elsa se tendit d'effroi en se rendant compte de ce qu'elle venait de faire, et aurait pu provoquer.
"Steven! Qu'est-ce qui t'as pris?" demanda-t-elle. "Tu m'as fais peur."
Allongé au sol, se massant l'arrière du crâne, l'intrus tenta de s'expliquer et surpasser la douleur.
"La dernière fois, j'ai pris une boîte dans la figure. Je me suis dis qu'en gardant mes distances ça se passerait en douceur. Échec critique."
La jeune fille, dont le cœur continuait de battre à toute vitesse, remarqua le givre qui se formait sur sa chaise et se dépêcha d'enfiler ses gants.
"Ne refais plus jamais ça," implora-t-elle. "J'aurais pu te faire du mal."
"Crois-moi, j'ai connu bien pire qu'un peu de neige dans la figure," informa le geek.
"Ça aurait pu être bien pire que cela," insista Elsa, la voix tremblante et ses mains serrées contre elle.
Elle remarqua à l'autre bout de la chambre une plaque de givre sur le mur. Le résultat de son geste incontrôlé accéléra lui fit écarquiller les yeux. Steven suivit son regard et le découvrit à son tour. Il posa sur la princesse des yeux tout aussi élargis et déclara d'un coup.
"Classe!"
"Non, ce n'est pas 'classe'!" éclata Elsa, avant de se reprendre en soupirant et posant un regard triste sur son ami. "Je sais que tu apprécie mes pouvoirs, mais ils sont très dangereux."
"Ceux de Scarlet Witch aussi et pourtant elle reste une de mes Avengers préférés."
"Je suis sérieuse, Steven!"
"Moi aussi," répondit-il en se levant. "J'ai bien compris que tes pouvoirs t'inquiète, mais même si tu me transformais en je ne t'en voudrais pas."
Dans le regard du jeune homme aux chaînettes, elle vit qu'il était, encore une fois, parfaitement sincère. Elsa ignora les références incompréhensibles de Steven alors que ses mots la rassurèrent un peu. Pourtant, elle ne parvint pas à soutenir son regard.
"Peut-être pas toi, avoua-t-elle d'une voix lourde, mais moi je ne me le serais jamais pardonné."
Le geek sentit la douleur dans la voix de la jeune femme et comprit qu'insister n'aiderait pas. Le geek soupira en s'asseyant sur le lit.
"C'est bon, Elsa," déclara-t-il. "Je ferais attention à l'avenir."
La princesse sentit son corps se libérer un peu de sa crainte et son coeur ralentir. Elle prit simplement le temps de respirer un grand coup et d'offrir à Steven un regard empli de gratitude qui intrigua le geek. Il n'arrivait pas, pour une raison qu'il ignorait, à cesser de fixer ses deux iris d'un bleu aussi clair qu'un ciel d'été lorsqu'elle les posait sur lui. Troublé par les flottements étranges qui lui chatouillaient le ventre. Sans doute une mauvaise digestion à force de manger des ramens. Steven s'effondra sur le matelas comme une masse.
"Cela fait combien de temps?" demanda-t-il.
"Dix jours." répondit la princesse en s'asseyant à son bureau pour ranger son matériel à dessin.
"Oh, on est dans la moyenne. J'ai manqué quelque chose?"
"Mes parents vont bientôt partir en voyage diplomatique. Du coup, tout le monde prépare leur départ, mais je ne pense pas que cela change grand chose pour toi."
"Certes. Et toi?"
"La routine. J'ai étudié tranquillement…"
"Quelle surprise."
"Hé! Comme je le disais: j'ai étudié et dessiné surtout."
"Oh trop cool!" s'extasia Steven en courant vers la princesse. "J'adore tes fanarts!"
La jeune fille leva les yeux au ciel tandis que le geek se plaçait près d'elle. Elle sortit de son tiroir ses derniers dessins. Les compliments qu'elle reçut de Steven lui firent plaisir. Il avait toujours des yeux brillants et des remarques flatteuses lorsqu'il découvrait une de ses œuvres ou un de ses tours de magie. Elle se disait que c'était sans doute la raison pour laquelle elle lui pardonnait toujours ses références curieuses. Il admirait sincèrement tout ce qu'elle faisait. Alors qu'il découvrait ses croquis de Vivi et Minsc, il tomba sur un dessin qui lui fit arquer un sourcil.
"C'est quoi ça?" demanda-t-il.
"Oh! Ce n'est rien," ricana la princesse. "C'est juste une robe que j'ai imaginé pour moi."
Steven observa de plus près le dessin représentant un habit bleu nuit pourvu d'un collier de fourrure blanche. Sa fixation sur le croquis intrigua la princesse. Au bout d'un moment calme, il annonça à l'artiste.
"Je ne sais pas ce qu'en penserait Rarity, mais je trouve que c'est joli."
La princesse s'étonna de sa déclaration, et non pas à cause de sa référence.
"Tu trouves?" s'enquit-elle avec espoir.
"Plutôt. Enfin, je n'y connais rien en habits. Mais j'avoue que, pour moi, c'est assez élégant."
La princesse ricana, un peu gênée. Elle appréciait l'intention de Steven, mais son esprit se focalisa alors sur un détail qu'elle jugea important. Elle resta plongée dans ses réflexions pendant un temps qui inquiéta le geek.
"Il y a un problème?"
Elsa sursauta lorsqu'il l'arracha à ses pensée et se demanda si elle pouvait parler de ce qui l'a troublait. Après l'incident de tout à l'heure et les résultats désastreux de ses dernières tentatives, elle n'était pas certaine que ce soit une bonne idée. Elle serrait ses mains gantées comme si elles allaient s'envoler toute seule. Et si elle n'avait fait qu'imaginer qu'elle y arriverait? Et si elle perdait à nouveau le contrôle?
"Allo? La terre appelle Elsa," tenta à nouveau Steven en agitant la main devant son ami.
La princesse comprit qu'elle ne pourrait pas cacher son tourment cette fois-ci. En fixant le regard intrigué et innocent de son ami à la veste noire, elle se sentit presque ridicule. Elle connaissait Steven et lui faisait confiance. Elle inspira un grand coup et prit son courage à deux mains.
"Steven, pourrais-je te demander un service?"
Le geek arqua un sourcil.
"Bien sûr," confirma-t-il. "De quoi s'agit-il?"
"Tu sais que je m'entraîne parfois pour mieux maîtriser mes pouvoirs? Et bien, il y a quelque chose que j'ai tenté et plutôt réussi à faire il y a quelques jours. Seulement, lorsque j'ai voulu en faire la démonstration à mes parents, je n'y arrivais plus."
"C'est surement à cause du stress… Ou bien t'étais à court de mana. Faut toujours vérifier ses cooldown."
Un peu agacée, Elsa lui rappela qu'elle n'était pas la magicienne d'une de ses histoires, ce qui faillit faire bugger le cerveau du geek. Elle se détendit néanmoins, habituée qu'elle était à son comportement bizarre.
"Pour le stress, ce n'est pas impossible, mais j'aimerais en être certaine. Est-ce que cela te dérangerait que j'essaie devant toi?"
Steven n'avait pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre la situation. Il était la seule personne à part ses parents, et le chef des trolls, à savoir pour ses pouvoirs. Elle n'avait personne d'autre à qui les montrer et avec qui les tester. Cependant, il n'avait pas besoin de se rappeler cela pour accepter sa demande avec un large sourire.
"Elsa, tu sais très bien que je suis toujours ravie de te voir utiliser ta magie."
La princesse fut soulagée par ces mots.
"C'est quoi comme sort?" demanda le geek. "Plutôt Crystal Nova ou rayon de Sub-Zero?"
"J'ai découvert que je pouvais créer une sorte de tissu avec ma magie et m'en couvrir la peau. Je peux lui donner n'importe quelle forme et ce n'est même pas froid. Du coup, après plusieurs essais, j'ai réussi à me créer un habit que j'avais en tête en quelques secondes."
Elsa interrompit ses explications en découvrant que son ami s'était mis à la fixer avec des yeux plus immenses que jamais, des iris comme des points d'encres et ses traits tirés, le tout sur des épaules et un dos tendu comme une corde d'arc. Le geek resta silencieux comme une statue pendant un temps qui troubla la jeune femme.
"Elsa…" parvint-il à murmurer, la voix tremblante, avant d'exploser de joie. "Tu as des pouvoirs de Magical Girl?!"
Un nouveau silence suivit, né de la confusion de la princesse face au visage désormais béat du geek métalleux. Complètement perdue, elle tenta de prononcer.
"Heu… Steven, tu sais depuis longtemps que je suis une fille magique."
"Ce n'est pas ce que je veux dire," expliqua Steven avant d'abandonner. "Peu importe. Il faut que tu me montres!"
"Je suis ravie que ma magie t'enthousiasme toujours autant mais…" essaya de répondre Elsa.
"T'as un accessoire qui va avec?"
"De quoi?"
"C'est un bâton avec des ailes? Une clé magique? Un coquillage?"
"Mais qu'est-ce que tu racontes?" commençait à s'inquiéter la jeune femme.
"Tu peux lancer ton sort en levant le bras et disant: Pouvoir du prisme lunaire, transforme-moi?"
"Pardon?! Pourquoi ferais-je une chose...?"
"Est-ce qu'il faut que tu danses quand tu lances…?"
"Steven!" l'arrêta-t-elle. "Je ne comprends rien à ce que tu dis."
Coupé dans son élan sans en comprendre la raison, le geek répliqua.
"Comme d'habitude, non?"
"Oui mais là tu es trop… énergique. Tu pourrais te calmer un peu, s'il te plait?"
D'abord déboussolé, le geek se contenta de se lancer vers le lit et s'asseoir dessus avec ses membres agités par une impatience qui n'avait pas diminué.
"Vas-y! Je suis prêt."
La princesse des neiges ne comprenait pas ce qui arrivait à son ami. Il était toujours heureux comme un enfant quand elle faisait de la magie, mais là, il en faisait trop. Elle soupira pour tenter d'évacuer l'anxiété qui s'emparait d'elle. Elle se leva pour se placer face à l'étranger aux yeux énormes et au sourire grotesque. Son entrain lui faisait malgré tout plaisir. Ses parents faisaient de leur mieux, mais elle voyait bien que chacun de ses usages de sa magie les inquiétaient. Au moins se sentait-elle un peu plus tranquille devant son ami. Seulement, elle était de moins en moins à l'aise à mesure qu'elle s'apprêtait à essayer son sort. Le regard fixe de Steven, à l'affût du moindre de ses gestes, transforma ses membres en pierre. Elle tenta de respirer lentement, saisit du bout des doigts l'un de ses gants. Elle tira d'un petit millimètre pour commencer. Ces pupilles couleur chocolat étaient visées sur elle. Elle laissa tomber ses bras en soupirant.
"Je n'y arrive pas." annonça-t-elle avec désespoir. "Pas quand tu me regardes comme ça."
"Qu'est-ce que tu veux dire?" s'étonna le geek.
"Tu es trop… concentré sur moi."
"Attends, c'est toi qui voulait me montrer. Et je suis sûr que tes parents te regardaient de la même manière."
"Oui et c'est un peu plus simple avec toi mais…"
Elsa chercha un argument, sans parvenir à en trouver un seul. Elle ne savait plus quoi faire. Elle voulait vraiment tester ce sortilège, mais comme avec sa famille, elle était tétanisée, écrasée par les possibilités de dérapage que sa magie chaotique pouvait provoquer. Elle voulait éviter un incident à tout prix. Elle voulait éviter de blesser quelqu'un d'autre. La princesse se massait le bras avec gêne quand son regard tomba sur son paravent. Une idée comme une lumière chaleureuse lui vint à l'esprit.
"Je crois que j'ai trouvé. Je vais lancer le sort derrière mon paravent et te montrer le résultat après."
"Quoi?!" s'exclama l'otaku. "Mais la transformation c'est le meilleur passage!"
Steven s'apprêtait à se lancer dans un grand discours lorsqu'il découvrit le regard suppliant de la jeune femme. Ses yeux bleus, comme deux saphirs, pesait sur lui d'un poids douloureux. Il sentait que ses prochaines paroles pouvaient leur faire verser des larmes s'il ne faisait pas attention.
"S'il te plait, Steven." murmura la jeune femme.
Le geek eut la sensation inattendue d'avoir son cœur enserré par une main puissante et glacée. La perspective de blesser Elsa avec un mot de travers faisait naître une nausée dont il ne comprenait pas bien l'origine. C'était son ami. Peut-être même l'une de ses meilleurs amis. Plus que Ria ou Naruto pensait-il, à sa propre surprise. Seule Anna semblait l'égaler en importance. Mais cela justifiait-il cette sensation tout à fait physique, plutôt que de la simple culpabilité comme il l'avait déjà ressenti auparavant? Il comprit instinctivement quelle réponse il devait donner et soupira.
"Bon, d'accord," déplora-t-il. "Si c'est aussi important pour toi."
La jeune blonde retrouva un large sourire et remercia son ami avant de se lancer vers son paravent. Elle interrompit néanmoins ses pas, prise par une pensée qui lui fit passer son regard du meuble au jeune homme. Steven ne comprit pas d'où venait son nouveau regard embarrassé tandis qu'elle avait pris conscience d'un détail nouveau. Elle hésita avant de demander à son ami.
"Tu ne regardes pas derrière, promis?"
Lorsque Steven comprit enfin ce qui la troublait, tout son intérieur fut chamboulé. Tous ses muscles furent foudroyés et chauffèrent. Il aurait sans doute rougis si son esprit n'avait pas décidé de réagir par la logique et une certaine colère.
"Après m'avoir déçu, tu m'insultes, maintenant? Et puis, tu comptais pas te déshabiller de base, non?"
"Non mais... c'est pour le principe. Tu comprends?"
Steven n'avait pas envie de se fatiguer à répliquer. Il ne comprenait pas cette sensation qui lui avait traversé le corps tout entier et voulait y réfléchir un instant.
"C'est bon, je te le promet." prononça-t-il, un peu distrait, tandis qu'il cherchait son smartphone dans sa poche.
La princesse, à nouveau rassurée, disparut derrière son paravent et prit le temps de se détendre. Elle se sentait beaucoup mieux. Il n'y avait aucun regard posé sur elle. Ce paravent, bien qu'en papier fin, lui donnait le sentiment d'avoir un mur indestructible entre elle et le monde. Elle pouvait laisser un peu de magie s'écouler. Elle retira avec délicatesse ses gants et visualisa l'un des habits qu'elle avait imaginée. La simple pensée de ce vêtement délicat, à son image, la détendait. Tout comme l'idée de le montrer à Steven.
Le jeune homme, en revanche, était on ne peut plus troublé. Pourquoi est-ce qu'il avait eu cette curieuse sensation tout à l'heure? Il s'était alors rendu compte qu'il avait eu plusieurs fois ce genre de sentiments étranges au cours de ses dernières visites. Lorsqu'il regardait Elsa trop longtemps dans les yeux, qu'elle riait de bon coeur à l'une de ses plaisanterie ou qu'elle lui disait qu'elle était ravie de le voir, il avait aussi ce genre de sensation qui enveloppait son coeur d'un voile moelleux et agréablement lourd. Ce choc à l'idée d'être dans la même pièce alors qu'elle se changeait était nouveau en revanche. Il ne comprenait pas d'où tout cela venait. Tandis qu'Elsa utilisait ses pouvoirs avec une prudente lenteur, Steven fouillait dans les images de son portable.
Il passa en revue divers dossiers contenant des centaines de représentations de personnages de toutes sortes de jeux, films et séries. Il devait bien en avoir un qui suscitait ces mêmes émotions inconnues chez lui. Ainsi, il aurait une meilleure idée de ce qu'il ressentait et pourquoi. Ce qui s'en rapprochait le plus était certains personnages féminin qu'il admirait, mais aucune ne réveillait tout à fait la même sensation. Même en examinant ses images de Nico Robin ou Elizabeth, dont le résultat était assez proche, la douce chaleur en lui n'était pas la même. C'était comme comparer un pull confortable à un bon feu de cheminée. Le jeune homme remua un peu et tira sur les sangles du holster de son Colt Python qui le démangeait. Ses pensées embrouillées comme une machine coincée furent interrompus par la voix de la princesse cachée par le paravent.
"Je pense avoir fini mais… j'ai l'impression d'oublier quelque chose."
Steven ne savait pas quoi répondre à cela. De base, il ne s'intéressait pas beaucoup aux habits et ne faisait jamais de shopping, mais il ne voulait pas rester silencieux. Il se rabattit sur la seule logique qui s'en rapprochait un tant soit peu pour lui: celle d'un inventaire de jeu vidéo.
"Tu as des chaussures?"
"Oui."
"Une ceinture?"
"Pas besoin."
"Des anneaux?"
"Non, mais ça pourrait être intéressant."
"Épée et bouclier?"
"Je ne répondrais même pas à cela."
"Alors il te faut quoi? Un chapeau?"
Alors qu'elle allait répondre par la négative, un souvenir stoppa la princesse. Elle porta sa main à ses cheveux et compris ce qui la tracassait. Son chignon n'allait pas bien avec son nouvel habit. De plus, c'était l'occasion de surprendre Steven après sa remarque sur le manque d'originalité de son allure. Elle défit ses cheveux blond platine et appela son ami, alors qu'elle sortait de sa cachette.
"J'ai terminé. Qu'est-ce que tu en penses?"
Steven leva un regard agacé de son portable vers son ami, puis tout l'univers changea. Ses yeux s'écarquillèrent doucement. Sa tête s'orienta complètement vers elle. Sa mâchoire se desserra pour créer une expression de profond émerveillement. Son corps entier se relâcha et sa main se baissa pour tomber sur le lit, son portable désormais hors de son existence. Il ne pouvait croire que la personne en face de lui était celle à qui il avait rendu visite ces derniers mois. Il connaissait Elsa, la gentille jeune fille, souvent sérieuse, à l'allure droite dans sa robe bleu foncé, sa veste presque carré et son chignon parfait, mais ce qu'il avait en face de lui ne pouvait pas être elle.
Auréolé par les rayons qui traversaient la fenêtre, Steven avait face à lui une toute autre personne. Une dame à la dignité incroyable et impeccable, malgré un embarras visible, magnifiée par une longue robe d'un bleu glacial lumineux et une natte comme une cascade d'or qui s'écoulait sur son épaule dévoilée. Steven ne comprenait pas. Il ne cherchait pas à comprendre. Il ne pouvait, ni ne voulait détourner ses yeux de cette nouvelle personne dont l'habit brillant, comme un ciel remplit de diamants, sublimait une allure magnifique jusqu'à une coupure révélant une longue jambe sur une élégante chaussure à talon haut. Il ne savait pas où poser les yeux car tout donnait envie à son regard de s'arrêter, mais s'il se posait sur ses doigts délicats comme rayons de soleils, il ne pourrait pas admirer sa traîne de la couleur du ciel ou son sourire. Il aurait voulu utiliser tous les bons mots du monde pour décrire ses lèvres fines comme des boutons de roses, et encore une fois pour ses yeux profonds comme un océan pur et mystérieux. Il aurait voulu, mais son esprit habillé d'un visage béhat ne réussit à en prononcer qu'un seul.
"Wow…"
L'apparition sublime eut un petit rire cristallin que reconnut Steven.
"J'imagine que cela veut dire que ce n'est pas trop mal," s'amusa la jeune femme.
Le jeune homme n'arrivait pas à accepter la vérité. Il la connaissait déjà, mais une part de lui résistait. Il se releva avec lenteur, prudent comme si ses gestes allaient briser un rêve fragile.
"Elsa?" souffla-t-il. "C'est vraiment toi?"
Cette question, qu'elle prit pour une plaisanterie, fit la princesse lever les yeux au ciel et poser ses mains sur ses hanches.
"Bien sûr que c'est moi," répondit-elle en souriant. "Est-ce que ta drôle de musique a finit par t'embrouiller l'esprit?."
Steven resta silencieux et captivé. Il dû s'approcher de la dame d'un pas lent pour être sûr de ce qu'il voyait. En s'approchant, sous le regard déconcerté de la princesse, d'autres détails incroyables se révélaient. Sa robe était constellée de petits cristaux et sa traîne, de motifs en flocon de neige. Tout son habit était un trésor qui enveloppait une peau pâle et parfaite. Face à elle et son air confus, le jeune homme reconnut ces pommettes saillantes, ce visage en forme de cœur et ces longs cils noirs comme la nuit. Comment son ami pouvait-elle avoir tant changé?
"Elsa, tu…" bafouilla-t-il. "Tu es…"
La jeune femme ne comprenait pas sa réaction, ni ce qu'il voulait dire. Cette hésitation lui fit penser qu'il cherchait à ne pas la blesser.
"Quoi? Il y a un problème avec la robe?" demanda-t-elle, paniquée, en l'examinant sous tous les angles. "C'est trop brillant c'est cela? Je me disais bien que c'était trop voyant. J'aurais dû faire quelque chose de plus sobre."
Choquée par cette remise en question, Steven l'interrompit d'une traite, la faisant presque sursauter.
"Non! Tu es…"
Le jeune homme au manteau noir n'arrivait plus à penser. Sa tête était une tornade de sensations floues et implacables. Une seule pensée parvint à se former et devenir une phrase cohérente.
"Tu es magnifique."
La jeune femme écarquilla les yeux à son tour. Son embarras virevoltant se changea pour une forme plus tranquille. Elle croisa les mains et détourna le regard, ne sachant plus où le poser. Un nouveau rire, haché par la surprise et une étrange timidité, lui échappa. Elle parvint à regarder son ami du coin de l'œil pour lui demander.
"Tu exagères."
Steven n'avait plus besoin de réfléchir. Les mots bondissaient tout seul du plus profond de lui-même.
"Je n'ai jamais été aussi sûr de ce que je pensais de toute ma vie."
Face au regard ébahi de Steven, la princesse des neiges voulut rire à nouveau. Cependant, elle en fut empêchée lorsqu'elle vit l'éclat dans ces yeux qu'elle connaissait bien désormais, sans y croire. Était-ce bien de la sincérité cette fois encore? Elle lui demanda d'une voix incertaine, mais désireuse de connaître la réponse.
"Tu le penses vraiment?"
Un léger fracas brisa l'ambiance et fit bondir le jeune homme, qui disparut en un clin d'œil. Tout le corps d'Elsa se tendit et du givre se forma à ses pieds.
"Princesse Elsa?" demanda une voix derrière la porte de la chambre.
Le cœur de la jeune femme bondissait de plus en plus vite. La servante Gerda se tenait tout près et la glace continuait de se répandre. Elsa se jeta comme un lièvre sur ses gants et les enfila sans attendre. Sa respiration ralentit alors que la glace cessait son avancée et qu'elle se cachait derrière son paravent.
"Princesse?" recommença Gerda. "Est-ce que tout va bien? J'ai cru vous entendre discuter avec quelqu'un."
"Tout va bien," s'empressa de répondre Elsa. "Je pensais juste à voix haute pendant que… je me changeais."
Bien que surprise par cette excuse, qu'il lui semblait avoir entendue plus d'une fois, Gerda se contenta de remplir sa mission.
"Navré de vous avoir déranger. Vos parents m'ont simplement demandé de vous dire qu'ils voudraient vous voir dans leur bureau pour parler de certains détails."
"Très bien. Je vais les rejoindre de suite. Merci, Gerda."
"À votre service," prononça la servante en faisant une révérence qu'Elsa ne pouvait voir.
Elsa écouta attentivement et ne parvint à respirer normalement qu'après que les pas de la servante aient disparu au loin. Elle comprenait, et était un peu soulagée, que Steven ait disparu aussi vite. Il valait mieux être sûr que personne ne le remarque et cette fois, ce n'était pas passé loin. Elle aurait dû faire plus attention, mais ce qu'il s'était passé l'avait pleinement accaparé. Elsa se disait qu'elle aurait aussi dû se sentir un peu coupable de s'être laissée aller comme ça, mais elle ne ressentait que de la gratitude et de la joie. Elle était ravie de voir qu'elle pouvait bel et bien utiliser ce sort. Mais plus encore, elle était heureuse que son ami ait apprécié ce qu'il avait vu. Elle songeait à la robe bien sûr, se disait-elle en secouant la tête. Elle garderait un bon souvenir de ce moment, malgré l'attitude plus curieuse que d'habitude de Steven qui l'intriguait beaucoup.
La jeune femme y songerait plus tard. Elle était attendue pour l'heure. Il lui fallait reprendre ses habits habituels et rejoindre ses parents au plus vite. Depuis l'incident, ils s'étaient arrangés pour la faire sortir de sa chambre quand ils étaient sûrs qu'Anna était occupée. Cela ne durerait pas longtemps. Alors qu'elle retirait ses gants, un autre souvenir s'imposa à son esprit curieux. Steven avait été très enthousiaste tout à l'heure en parlant d'une idée étrange et elle ne comprenait pas bien pourquoi. Tant qu'elle était en train d'expérimenter, et qu'elle était certaine de ne pas être remarquée, elle se dit que cela valait la peine d'essayer pour comprendre un peu mieux. Elle jeta un dernier coup d'œil vers la porte et tendit l'oreille. Rien. Elle inspira un grand coup, leva le bras et prononça.
"Pouvoir du prisme lunaire, transforme moi!"
Un torrent de magie jaillit de sa main et la couvrit entièrement avant de disparaître. Elsa s'examine et découvre que sa belle robe glaciale avait été remplacée par ses anciens vêtements.
"Tiens, cela fonctionne…" s'étonna-t-elle, avant de s'enfoncer le visage dans ses mains. "Mais c'est tellement embarrassant!"
Ever felt away with me
Just once that all I need
Entwined in finding you one day
Tandis qu'elle chantait d'une voix faible, Anna termina un mot. C'était le troisième en cinq minutes. Son collier pentacle à pierres bleu se balançait à son cou à un rythme lent comme le temps qui s'écoulait ici.
Ever felt away without me
My love, it lies so deep
Ever dream of me
Elle n'y arrivait pas. Ses parents lui avait demandé d'écrire une lettre pour la famille royale qu'ils allaient rencontrer. C'était une marque de respect selon eux. Anna avait promis de la finir aujourd'hui, mais elle se rendait compte qu'elle aurait dû être un peu plus prudente. Sa plume passait plus de temps à tourner entre ses doigts au rythme des chants qu'elle marmonnait qu'à gratter le papier. Elle ne trouvait pas les mots et son esprit vagabondait sans cesse vers quelque chose de plus intéressant, tel que les musiques que lui avait appris Steven.
La princesse passait ses journées, longues et terne sans son ami, à traîner les pieds d'un bout à l'autre du château, un refrain à la bouche. Son ami et sa mère lui avait bien expliqué que les gens ne comprendraient pas ce genre de chanson aux paroles étranges et au ton brutal. Bien qu'attristée de devoir cacher cette nouvelle passion, elle comprenait qu'il ne fallait pas leur faire inutilement peur. Elle faisait donc de son mieux pour ne pas se faire repérer. Sauf qu'à force de tourner en rond dans ce palais froid et sans fin, elle se laissait parfois aller à murmurer les paroles. Lorsque Gerda ou Kai la surprenait à dire une phrase issue d'un chant de Blind Guardian, elle faisait de son mieux pour disparaître comme un enfant innocent avant d'avoir à donner des explications. Cela avait marché jusque là, mais plus cela durait, plus elle se sentait fatiguée de devoir garder un tel monde de secrets.
Même si sa mère connaissait ses passions ésotériques, contrairement à son père, elle sentait qu'elle ne l'appréciait pas vraiment. Que ce soit les chansons que Steven classait dans un genre nommé Métal ou ses incroyables histoires, l'émerveillement et la joie qu'ils lui apportaient n'avait fait que mettre en exergue la monotonie de sa vie. Comparées aux grandes épopées de Bilbon ou de Tidus et Yuna, ses allées et venues dans le château semblaient bien dérisoires. Elle tourna la tête vers la fenêtre de sa chambre, par delà laquelle s'étendait le reste de l'univers. Un couinement la sortit de sa rêverie et attira son attention derrière elle. Sans être plus surprise que cela, elle découvrit sa source d'amusement assis sur son lit.
"Steven!" se réjouit-elle en bondissant de son bureau. "Tu tombes à pic."
"Salut, Anna." prononça le jeune homme d'une voix molle, les yeux tournés vers le plancher.
Trop heureuse de le voir, la princesse à la mèche blanche continua de parler sans ralentir.
"Je n'en pouvait plus. Tu n'imagines même pas. Déjà que cet endroit est calme en temps normal, mais avec tout le travail que les autres ont à cause de ce voyage, c'est devenu aussi lugubre qu'une tanière d'araignées géante, sans le fun de l'aventure bien entendu."
"Je suppose." prononça le geek, sans entrain.
"Du coup, j'ai moins de risque de me faire prendre pendant que je chantonne, mais là, malgré tout l'amour que j'ai pour Nightwish, je commençais à saturer. J'ai dû réciter tous leurs morceaux au moins trois fois. J'espère que tu as quelque chose d'un peu différent en stock cette fois-ci."
"Je suppose."
Anna nota la répétition. Son enthousiasme diminua à mesure qu'elle se rendit compte de l'allure qu'avait son ami. Le jeune homme était assis sur son lit, affalé comme s'il avait un poids immense sur les épaules, avec un regard troublé. Il semblait réfléchir, mais sans entrain ni contrariété.
"Est-ce que ça va?" s'inquiéta la jeune fille.
Le geek leva un peu la tête, mais sans la tourner vers son interlocutrice.
"Je ne suis pas sûr." répondit-il.
"Qu'est-ce qui ne va pas?" demanda-t-elle en s'approchant de lui pour poser une main sur son épaule. "Tu es malade?"
Le jeune homme à la mèche folle ne réagit pas plus. Il sembla réfléchir à sa réponse, incapable de trouver laquelle donner. Chacune de ses paroles s'espaçait, comme si elles étaient le fruit d'une intense réflexion qui n'aboutissait à rien.
"Peut-être." souffla-t-il. "Je ne sais pas."
L'inquiétude d'Anna grandit encore plus. Depuis qu'elle avait blessé Steven en parlant de sa famille, elle savait reconnaître quand quelque chose le troublait. Seulement, ce n'était pas la même chose cette fois-ci. Il n'avait pas l'air triste, seulement pensif et perdu, mais son absence d'entrain ne la rassurait pas.
"Tu as besoin d'un médecin?" demanda-t-elle. "Je sais que c'est compliqué, mais je peux demander de l'aide si tu en as besoin."
"Je ne crois pas que ce soit nécessaire."
"Steven, tu n'as rien dit d'incompréhensible depuis ton arrivée. Et regarde: tu ne réagis même pas quand je te dis cela."
Steven leva les yeux sans énergie vers la fille à la chevelure de feu. Il voyait bien dans ses yeux attristé combien elle était inquiète pour lui. Seulement il ne savait pas quoi lui dire. Il ne comprenait pas ce flottement bizarre dans lequel baignait tout son être. Il commençait d'ailleurs à fatiguer à force de réfléchir.
"Écoute Anna. Je ne sais pas ce que j'ai. Je ne me sens pas mal, mais… c'est difficile à décrire."
Le jeune homme était de plus en plus las. Il sentit toute la mollesse du matelas sur lequel il était assis et son appel était aussi doux que son tissu.
"Est-ce que ça te dérange si je m'allonge un peu?" s'enquit-il.
"Bien sûr que non." lui répondit sans hésiter la jeune fille.
Steven se plaça dans des gestes mécaniques sur le lit et posa sa tête sur le coussin. Il ne prit pas la peine de retirer ses baskets, mais son amie ne le lui fit pas remarquer. Anna remit sa veste en place, comme pour lui mettre un semblant de couverture. Son regard glissa un instant sur l'étrange objet que l'immense habit noir dissimulait sous l'aisselle du jeune homme aux chaînettes. La jeune fille avait plusieurs fois remarqué cette curiosité métallique au manche boisé, mais chaque fois qu'elle avait demandé à Steven de quoi il s'agissait, il avait semblé gêné et avait simplement dit qu'il s'agissait d'un objet de chez lui, avant de rapidement changer de sujet. Elle n'avait pas insisté et ne comptait pas le faire maintenant. Anna posa une main sur son front, sans qu'il ne réagisse. Il n'avait pas de fièvre. Elle prit ensuite son pouls. Il était normal. Cela aurait dû la soulager, mais cela eut l'effet inverse. Incapable de comprendre ce qu'avait son ami, sa crainte faisait frémir tout son corps. La jeune fille lui demanda, avec un maigre espoir.
"Tu as besoin de quelque chose?"
"Non. Je ne pense pas."
"Steven, insista Anna, si tu ne me dis rien, je ne saurais pas comment t'aider."
"Je te promets que je l'ignore," continua mollement le geek.
La princesse soupira profondément. Elle n'aimait pas voir son ami dans cet état et chercha un moyen de lui rendre le sourire, où au moins susciter une réaction. Agenouillé à ses côtés, elle tenta le tout pour le tout.
"Tu veux que je te raconte une histoire? Ou que je te chante une berceuse?"
Elle réussit à faire réagir Steven, mais pas de la manière qu'elle l'imaginait. Le regard qu'il avait lentement posé sur elle la figea tant elle pouvait percevoir, par delà la neutralité de ses traits, combien il pensait qu'elle se moquait de lui.
"Désolé," prononça la princesse honteuse. "Je veux juste que tu te sentes mieux. En plus, on devait écouter de nouvelles chansons. Tu m'avais parlé d'un groupe nommé Epica, la dernière fois. J'étais impatiente de le découvrir. Cela ne te ferait pas plaisir qu'on l'écoute ensemble?"
Le geek ne répondit rien. Anna baissa le regard, attristée, ce qui provoqua un changement chez le jeune homme. Il se sentait un peu coupable. Il se sentait bizarre, mais Anna ne méritait pas de voir sa journée gâchée par son humeur embrouillée. Il devait faire quelque chose pour elle. Seulement, il n'avait pas l'énergie pour lui raconter une histoire cette fois-ci. Elle adorait sa musique. Cela lui donna une idée qu'il n'aurait jamais eu en temps normal pour des dizaines de raisons différentes, mais son esprit était trop léthargique pour objecter. Le cœur embrouillé et lourd, il fouilla dans sa poche et en tendit le contenu à son amie interloquée.
"Tiens. Tu n'as qu'à prendre mon MyPhone."
Anna resta figé d'étonnement sans dire un mot, jusqu'à ce qu'elle saisissent le sens de ses mots et quels était le rectangle noir et le fil blanc qu'elle avait sous les yeux.
"Tu es sûr?" s'étonna-t-elle. "Mais… Tu ne me laisses jamais prendre ton appareil. Tu as toujours peur que je le casse."
Ce n'était pas faux. La curiosité et l'entrain débordant d'Anna avait plus d'une fois mis en danger l'intégrité structurelle de son portable. Mais c'était surtout parce qu'il ne voulait pas qu'elle tombe sur des choses qu'elle ne comprendrait pas et compliquerait les choses. Il y avait dans son smartphone des centaines de musiques et des milliers d'images en tout genre après tout. Si elle était tombée sur un Jedi ou le Doom Slayer, il n'avait aucune idée de comment il lui aurait expliqué ce qu'elle avait vu. Aussi avait-il pris soin de garder le contrôle de l'appareil pour choisir ce qu'il lui ferait découvrir. Sauf que maintenant, toute l'énergie de la division sécurité de son cerveau était monopolisée pour tenter de comprendre ce qui le perturbait.
"Tu es une grande fille," déclara-t-il sans énergie. "Je te fais confiance."
La princesse prit avec prudence l'objet noir et son câble des mains du geek. Maintenant qu'il avait fait ce qu'il pouvait pour distraire son amie, son esprit se relâcha et plongea encore plus dans le tourbillon de ses sensations. En quête de l'origine du chaos qui faisait voler son cœur, embrouillait son ventre et embrumait sa tête, plus rien ne comptait. Le plafond qu'il se mit à fixer n'était même plus tout à fait là. Son corps s'engourdit sous l'invasion des vibrations nouvelles qui lui parcouraient le corps. Son esprit réduisit ses réactions à des automatismes irréfléchis.
"Heu…" hésita la princesse à la mèche blanche, l'objet en main et les écouteurs dans les oreilles. "Comment ça fonctionne?"
"Le bouton au-dessus pour allumer et éteindre. Le mot de passe est zéro, cinq, un, neuf, neuf, un. La jauge verte, en haut à droite, c'est la batterie. Quand elle est vide, l'appareil s'éteint. Pour les musiques, faut appuyer sur la note en bas à droite. Tu peux chercher par nom de chanson ou d'artiste, c'est tout rangé par ordre alphabétique et y a un bouton retour pour revenir au menu précédent. Le triangle, c'est pour lancer une musique. Les deux barres, pour mettre en pause. Les doubles triangles, c'est pour passer à la chanson suivante ou revenir à la précédente. La barre avec un rond et les deux boutons sur le côtés, c'est pour augmenter ou diminuer le volume."
Ses explications terminées, Steven redevint une statue molle. Anna aussi resta figée sur place, mais tendue comme un fil. Elle ne savait pas comment réagir à cette avalanche d'information à laquelle elle n'avait rien compris. La jeune fille tenta malgré tout de mettre un peu d'ordre dans sa tête en tournant ses yeux vers le rectangle noir qu'elle avait en main. Elle avait souvent vu son ami s'en servir et avait donc une vague idée de ce à quoi il faisait référence en parlant de boutons, mais cela s'arrêtait là.
Anna repéra donc vite la petite bosse sur le côté. Elle l'effleura avec prudence. Sans réaction, elle s'autorisa à appuyer dessus. La surface noir vitré s'alluma. Elle s'y attendait déjà, mais elle était désormais en terrain inconnu. Les chiffres qui apparurent l'intriguèrent et elle fit vite le lien avec ce fameux mot de passe dont avait parlé Steven. Elle se rappela qu'il fallait toucher le verre magique pour provoquer quelque chose et appuya doucement sur le zéro. Elle s'étonna presque en découvrant ce chiffre apparaître au-dessus des autres. Elle compléta avec appréhension la série de chiffres qu'on lui avait indiqué.
Une fois cela fait, Anna écarquilla les yeux lorsque la surface incroyable fit apparaître une série de carrées avec des dessins étranges. Elle reconnut des engrenages sur l'un, ou un livre sur un autre, mais les autres étaient si indescriptibles qu'elle n'arrivait pas à deviner ce qu'ils étaient supposé représenter. En examinant tout cela avec attention, elle repéra la fameuse jauge dont avait parlé Steven, une sorte de rectangle imparfait, avec un côté déformé, remplit de vert. Elle devait donc faire attention à ce que cela ne soit pas vide, quoi que cela veuille dire.
Enfin, elle trouva la fameuse note de musique qui était censé être la clé vers les musiques que lui avait présenté son ami. Elle jeta un dernier coup d'œil vers lui, comme pour être certaine d'avoir le droit d'y accéder, seulement il était toujours aussi apathique. Inquiète pour lui, mais bien impuissante, elle se résigna à tenter ce qu'il lui avait permis de faire. En appuyant sur la note de musique, la vitre magique fit apparaître une longue liste de mots. Comme Steven, emporté par la curiosité, elle fit glisser son doigt pour faire défiler celle-ci. À chaque seconde, elle découvrait de nouveaux groupes de mots plus ésotériques les uns que les autres qui commencèrent à la noyer sous l'incompréhensible. À quoi correspondaient ces termes de Accept, Adrenaline Mob et Arch Enemy? Ou bien ceux de Age of Empires et Attack on Titan? Et pourquoi y'avait-il systématiquement les lettres OST derrière?
Alors qu'elle s'apprêtait à interpeller Steven, perdu dans cet océan d'étrangetés, son regard s'arrêta sur un terme familier: Avantasia. Elle reconnaissait ce nom. Son ami lui avait fait écouter pas mal de leur musique. Il s'agissait donc de noms de groupe? Même ceux avec OST? Elle n'était pas sûr, mais au moins avait elle un début d'explication auquel se raccrocher. Elle appuya sur le nom qu'elle avait reconnu et le verre afficha une nouvelle liste dont le contenu lui était bien plus familier. Elle connaissait bien Let the storm descends upon you et Moonglow. C'était donc bien les chansons du groupe, comme lui avait plus ou moins expliqué Steven. C'est alors que l'immensité de ce qu'elle avait devant elle lui sauta aux yeux alors qu'elle appuyait sur le mot retour.
Steven lui avait donné la permission d'écouter ce qu'elle voulait. Et son doigt avait beau glissé, la liste des noms de groupe se poursuivait. Combien en avait-elle passé? Cinquante? Une centaine? Elle n'arrivait plus à les compter. À mesure que le nombre de musiques potentielles augmentait, l'excitation et le sourire d'Anna grandirent. Elle se sentait comme retombée en enfance et laissée au milieu d'un magasin de bonbons où tout était gratuit. Son exaltation ne diminua pas, et même s'échauffa encore plus sous l'effet de la curiosité, en découvrant des noms inquiétants tels que Disturbed, In Flames ou Helloween. Elle connaissait Halloween, mais à quoi pouvait bien correspondre ce groupe là? Quels accords jouaient-ils? Combien de chansons d'eux existait-il?
Dépassée au point d'être bloquée, tiraillé de partout comme par milles murmures venant d'autant de directions, Anna ne savait pas quoi faire. Tant de possibilités lui donnaient le tournis et un sourire béat. Elle avait besoin qu'on la guide dans cette forêt musicale. Elle secoua l'épaule de son ami avec vigueur.
"Steven! C'est génial! Tu ne m'avais pas dit que tu avais autant de musique avec toi. Je ne sais même pas par où commencer. Tu me conseille quoi?"
Malgré l'énergie avec laquelle Anna l'avait remué, Steven restait mollasson. Il soupira et répondit par automatisme.
"Ce que tu veux. Moi, j'ai découvert le Métal avec Metallica et Iron Maiden. Tu parlais pas d'Epica tout à l'heure?"
Anna voyait bien qu'il était ailleurs. Elle était peiné par son état, mais elle ne voyait vraiment pas quoi faire pour l'aider. Elle se tourna à nouveau vers le MyPhone, comme l'appelait Steven, et chercha dans la liste les noms qu'il lui avait donné. Elle commença par tester du Epica et comprit pourquoi son ami lui en avait parlé. Les cris gutturaux l'étonnèrent, mais la chanteuse avait une voix magnifique qui entraîna l'esprit d'Anna dans une dimension épique et mélodieuse qui n'était pas si éloigné des autres groupes qu'il lui avait fait entendre.
Ainsi, pendant une heure qui passa très vite, la princesse se laissa emporter par les refrains et accord de ce groupe qui lui donnèrent envie de danser et courir dans sa chambre. Du feu coulait dans ses veines. Son cœur battait au rythme de la batterie. Ses pieds et ses bras ne pouvaient rester sans remuer un seul instant. Elle eut du mal à s'en empêcher, mais elle devait rester discrète, empêcher qu'on ne découvre son univers secret fait de choc et de cris arrangé dans une mélodie incroyable. Personne ne pouvait comprendre. Sa mère le lui avait souvent répété. C'était de plus en plus difficile, mais elle se forçait à obéir. Même si c'était très difficile en écoutant Edge of the Blade.
Elle s'arrêta néanmoins lorsque son regard découvrit quelque chose de troublant, ou plutôt l'absence de quelque chose. Son lit était vide. Anna éteignit le MyPhone dans la seconde et chercha partout autour d'elle. Steven n'était plus là. Ce n'était plus si surprenant après toutes ces années. Elle était malgré tout déçue de son départ.
"Mince…" ronchonna-t-elle. "On a même pas pu choisir une nouvelle histoire pour la prochaine fois."
L'adrénaline diminuant, elle se rappela à quel point il était apathique et eut un peu honte de son étourdissement.
"J'espère que ça va aller pour lui," soupira-t-elle. "Il n'avait vraiment pas l'air en forme. Il a même oublié son appareil."
La dernière phrase qu'elle avait prononcé figea son esprit. Ses yeux grandirent à mesure qu'elle se rendait compte que le MyPhone était dans ses mains, les écouteurs dans ses oreilles et Steven, parti. L'assemblage de ces trois faits provoqua une explosion.
"Il a oublié son appareil?!"
Anna tourbillonna pour être certaine de son absence. Puis elle resta figée et se pinça la joue pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas. Steven n'était pas non plus revenu dans la seconde. Elle était encore seule dans sa chambre.
"Par Akatosh… Il était vraiment malade en fait." conclut-elle.
La princesse ne savait plus quoi faire. Elle était désormais seule avec un appareil inconnu et une infinité de musiques. Elle ne rêvait que de les écouter. Absolument toutes. Seulement, elle se rappela, lorsque des pas dans le couloir la firent redescendre sur terre, qu'elle n'était pas seule dans le château et qu'elle avait une lettre à écrire. Les pas s'éloignèrent sans ralentir. Elle respira plus tranquillement, mais se dépêcha de cacher l'objet magique et son câble blanc sous son oreiller. Elle se jeta alors vers son bureau et se remit prestement à l'écriture du courrier qu'elle avait promis à ses parents. Plus vite elle finirait ce message, plus vite elle pourrait remettre ces écouteurs et se replonger dans ce festin musical qui l'attendait. Elle rendrait l'objet à Steven dès son retour, mais elle ignorait quand ce serait et comptait bien profiter de ce trésor chaque seconde qu'il lui était possible de le faire. Il y avait tant à découvrir. Il avait parlé d'un groupe nommé Metallica lui semblait-il. Et ensuite, qu'essaierait-elle parmi tous ces noms intrigants? Soilwork? Judas Priest? Amon Amarth?
Thor! Odin's son...
Un coup de pioche au milieu d'un lac gelé.
Protector of mankind
Un autre coup de pioche au milieu des montagnes enneigées.
Ride to meet your fate
Le collecteur saisit une pince, alors que Sven secouait la tête.
Your destiny awaits
Tandis qu'il marmonnait son chant et sortait un cube de glace de l'eau, Kristoff et son ami renne entendirent un cri stupéfait dans leur dos. En se retournant vers leur chariot, les deux sourirent, pas plus surpris que d'habitude. Ce n'était pas la première fois que Steven apparaissait sans crier garde sur un gros bloc qu'ils transportaient. C'était presque devenu une habitude de le voir arriver sur le perchoir glacé. Kristoff s'était même amusé en déclarant qu'il finissait par croire qu'il ne sortait de telle masse de glace que pour pouvoir le faire apparaître. Ce à quoi Steven, évidemment, lui avait répondu qu'il ferait mieux de préparer des protections magiques pour ne pas invoquer un grand ancien par mégarde. Pour compenser la confusion, au moins Kristoff pouvait-il rire en voyant son ami glisser sur le bloc, tomber ou simplement, comme maintenant, sursauter au contact du froid mordant.
"Je sais que c'est pas très sympa, ricana le collecteur, mais arriver comme ça à chaque fois n'en réduit pas le ridicule."
Le geek au manteau noir, assis avec un air déboussolé, tourna mécaniquement la tête vers le collecteur en contre-bas. Lorsqu'il comprit où il était et avec qui, Steven ramena son visage à la neutralité.
"Salut Kristoff. Salut Sven."
"Cache ton enthousiasme surtout," ironisa le collecteur.
Kristoff déposa son nouveau cube sur une pile qu'il avait passé la matinée à former, tandis que Sven approchait son gros museau du geek assis en hauteur dans l'espoir d'avoir une caresse. Sa déception fut grand quand l'étranger à la mèche folle resta de marbre, comme s'il n'était pas là.
"Faudra vraiment qu'un jour tu nous explique comment tu fais ça," insista le collecteur. "J'ai déjà vu Grand Pabbie faire de la magie, mais toi, c'est quand même quelque chose."
Malgré tout le temps passé ensemble, Kristoff n'avait toujours pas réussi à apprendre comment Steven faisait pour apparaître et disparaître en un clin d'œil. Chaque fois qu'il avait demandé des informations au geek, celui-ci lui avait déclaré ne pas avoir la moindre idée du comment ni du pourquoi. Kristoff ne pensait pas qu'il mentait, mais son ignorance le frustrait beaucoup. Néanmoins, cela ne changeait rien au bon temps qu'ils passaient ensemble.
Pas une journée ne passait sans qu'il n'ait au moins une de ces chansons brutales en tête. Kristoff gardait cependant tout cela pour lui, pour ne pas attirer l'inquiétude des trolls ou la méfiance des autres humains. Ce n'était pas comme s'il avait grand monde dans son entourage. Mis à part Sven et quelques trolls, sa vie était plutôt solitaire. Il ne s'en plaignait pas, mais il reconnaissait sans peine que, malgré toutes leurs différences, passer du temps avec cet étranger aux paroles incompréhensibles était agréable. Discuter avec lui de la collecte de glace, de musique ou s'amuser quelques minutes l'aidait à passer le temps. Sven aussi l'appréciait apparemment, en particulier ses caresses. Kristoff lui avait expliqué qu'il ne fallait pas trop le gâter, mais Steven lui avait répondu: "Qu'est-ce qui te dis que je fais cela pour lui? Peut-être que je fais cela pour moi, parce que j'aime caresser des fourrures douces, et qu'il y trouve son compte. Qu'est-ce que t'en dit Sven? Cela nous arrange tous les deux cette affaire, non?" Ce à quoi le renne avait répondu d'un ferme hochement de tête affirmatif et avait aboutit à l'abandon de Kristoff, mais avec un large sourire pour chacun.
Le grand blond se rappelait encore du jour où Steven avait voulu l'aider dans son travail. Non seulement il lui avait fallu un moment très embarrassant pour parvenir à soulever la pioche, mais le résultat n'aurait même pas pu servir de glaçon pour un cocktail. De plus, le collecteur se demandait encore comment il était physiquement possible de ne pas parvenir à faire bouger de la glace sur de la glace. Cela le dépassait. Pourtant, ils avaient bien rit après coup. Steven l'avait même remercié de lui avoir permis d'essayer. Même lorsqu'il était grognon, le geek trouvait le moyen de passer la majorité du temps passé ensemble à sourire.
Seulement, cette fois-ci, quelque chose n'allait pas. Alors qu'il finissait d'attacher les petits cubes de glace, Sven lui tapa le bras et attira son attention d'un geste de la tête vers leur ami. Le geek, assis au sommet du cube de glace, semblait ailleurs, la mine chagrine. Kristoff se rendit compte qu'il n'avait pas dit un mot depuis ses salutations. Il partagea l'air intrigué du renne et appela le geek perché.
"Hé! Ça ne va pas?"
Le geek ne bougea pas la tête. Il se contenta de répondre d'une voix monocorde.
"Si si. Tout va bien."
Le grand blond se rappelait du jour où il avait trouvé son ami recroquevillé au pied d'un arbre, sa veste couverte de neige et les yeux gonflés. Steven avait toujours nié avoir eu un problème. Kristoff n'avait pas insisté et l'avait toujours un peu regretté. Ce drôle de bonhomme était souvent bizarre, voire inquiétant lorsqu'on disait du mal de ces histoires et groupe qu'il aimait, mais c'était son ami. La dernière fois, il était arrivé après la crise lui semblait-il. Maintenant qu'il était là dans un moment difficile pour lui, il ne voulait pas le laisser tomber.
"Steven, je te connais depuis des années. Même sans cela n'importe qui verrait que c'est faux.
Le geek tourna son regard vide vers le collecteur en contrebas. Il vit l'inquiétude dans son regard, et dans celui du renne qui aimait tant ses caresses. Il ne pouvait pas les ignorer ainsi.
"Ça… ne va pas mal," informa-t-il.
"J'imagine que c'est un début," marmonna Kristoff. " Mais cela veut dire qu'il y a bien quelque chose qui te tracasse. Tu ne veux pas m'en parler?"
Steven avait passé un long moment à réfléchir sur ce qui le troublait, sans trouver la moindre réponse. Il tournait en rond dans sa tête, à fouiller tous les dossiers dans sa mémoire en quête d'un début d'explication. Peut-être qu'un avis extérieur ajouterait une donnée pertinente.
"C'est difficile à expliquer. Je ne me sens pas mal comme je te le dis. J'ai presque envie de dire que ça va bien, en fait, mais je me sens bizarre. C'est comme si mon intérieur flottait. J'ai le cœur qui semble étouffer, mais sans avoir mal. J'ai du mal à penser. C'est comme si ça n'avait plus d'intérêt puisque… rien ne valait la peine de réfléchir à part..."
"À part quoi?"
"À part une image. Une image et ce qui lui est associé. Ses couleurs, ses sons, les sensations qu'elle suscite. Du coup ma tête est presque vide tandis que mon corps est rempli de sensations bizarres. Mon esprit cherche à comprendre pourquoi mais n'a pas de réponse. Du coup il finit encore plus confus et je continue de baigner dans cette bouillie… Pourquoi tu rigoles?"
Le collecteur, sous les regards intrigués de ses deux amis, tentait tant bien que mal d'étouffer un ricanement avec sa grosse main au gant de fourrure épaisse.
"Laisse-moi deviner, prononça-t-il entre deux rires, cette image, c'est d'une personne en particulier."
"Ouai. Comment tu le sais?"
"J'ai eu la même chose quand j'étais jeune. Visiblement pas aussi fort, mais c'était pareil."
"Je suis donc bien malade?"
"Pas du tout, Steven." tenta d'expliquer Kristoff, avant de prendre une grande inspiration pour se calmer. "Tu es juste amoureux."
Seul le bruit du vent se fit entendre. Le geek fixait le collecteur comme une gargouille. Celui-ci et son renne faisait de même. Le silence qui s'était imposé troubla de plus en plus Kristoff alors que le geek restait immobile. Finalement, un son échappa à Steven, puis un autre, et enfin un rire. Un rire qui grandit de plus en plus jusqu'à envahir toute la vallée tandis qu'il se tenait les côtes et s'effondrait sur son perchoir de glace, sous les regards perdus de Kristoff et Sven.
Pendant plusieurs minutes, incapable de savoir comment réagir, les deux collecteurs de glace observèrent le geek s'esclaffer comme un fou. Finalement, le souffle court après avoir vidé ses poumons, Steven se calma et retrouva une respiration normale du mieux qu'il pu, avant de se tourner avec un air amusé vers ses amis.
"Merci. J'avais pas autant ri depuis Nichijou."
"Bon, tu as l'air d'être redevenu normal, au moins." soupira Kristoff. "Sauf que je ne plaisantais pas."
"Arrête, je vais étouffer si tu continues."
"Steven!" insista avec un sérieux qui coupa l'air amusé du geek. "Ce n'est pas une blague. Ce que tu me décris, c'est être amoureux."
Le geek fixa le collecteur dans les yeux et vis à quel point il était sérieux. Il resta encore un instant de marbre, à cligner des yeux bêtement, avant de déclarer de façon implacable.
"C'est impossible."
"Bien sûr que c'est possible."
"Non ça ne l'est pas. Et puis, comment tu le saurais?"
"Quand j'avais douze ans, j'ai eu un petit coup de cœur pour une fille en ville. C'est vite passé, mais je me souviens encore d'à quel point j'étais chamboulé et combien Bulda a été lourde dans ses explications. On aurait cru que j'avais trouver la femme de ma vie et qu'on allait préparer le mariage. Mais peu importe. Pourquoi ce serait impossible selon toi?"
"Parce que j'ai fais serment devant une statue de Lara Croft de ne jamais tombé amoureux d'une femme réel. J'ai même renouvelé mon vœu devant Lady Maria de la tour astral."
"Pardon?" s'étonna Kristoff, encore plus confus que d'habitude. "De quoi tu parles? Tu plaisantes, j'espère."
"Tu veux parier?"
Kristoff n'eut pas à réfléchir.
"Non, je te crois. Mais enfin pourquoi tu ferais une chose pareille?"
"C'était la chose la plus censée à faire."
"En quoi?"
Steven resta un instant silencieux, à fixer Kristoff avec un air sérieux qui inquiéta le collecteur et Sven.
"Tu connaissais bien cette fille?" demanda le geek.
"Pas trop," reconnut Kristoff. "On a juste un peu parlé, mais je ne lui ai jamais avoué. Avec le temps, je suis passé à autre chose."
"Tu as été plus chanceux que beaucoup."
Cette réponse froide surprit le collecteur. Le geek s'étonna aussi d'avoir parler aussi franchement au collecteur. Il se mit à réfléchir et s'enferma à nouveau dans ses pensées. Kristoff, qui eut une vague idée de ce qui se cachait derrière cette phrase, ne voulut pas mettre fin à cette conversation. Il ne pouvait pas terminer ce sujet de manière si incertaine et brutale.
"Toi aussi tu as été amoureux?" demanda-t-il avec prudence.
Steven resta plongé dans ses pensées. Aussi silencieux que le bloc de glace sur lequel il se tenait. Il ne voulait pas répondre. Sauf une partie de lui-même, qui fut poussé par la confiance qu'il accordait à ce grand briseur de glace.
"Ouai." avoua-t-il. "Plus d'une fois, même."
L'agacement qu'avait ressenti Kristoff plus tôt avait complètement fondu.
"Ça ne s'est pas bien passé. N'est-ce pas?" supposa-t-il.
"En résumé? La première m'a dit qu'elle ne voulait pas qu'un loser comme moi l'approche. La seconde m'a dit que je ne l'intéressais pas du tout. La dernière…"
L'hésitation de Steven apporta un voile sombre sur son visage qui attrista par avance le renne et Kristoff.
"La dernière m'a dit qu'elle voulait bien qu'on se donne rendez-vous quelque part. J'ai attendu son arrivée pendant des heures. Elle n'est pas venue et le lendemain, j'ai découvert qu'elle s'était fichu de moi pour s'amuser et que toute ses amis en riait avec elle. C'était apparemment drôle que j'ai cru qu'elle serait intéressée par un type comme moi."
"Sérieusement?" s'étonna Kristoff. "Mais enfin… C'est juste cruel, ça."
Le silence du geek suffit à faire comprendre qu'il approuvait, mais que cela ne changeait rien. Il poussa un profond soupir qui témoignait d'un immense épuisement.
"Avec le temps, ajouta-t-il, j'ai bien observé les gens autour de moi. Ce n'est pas que les femmes. Si quelqu'un peut se sentir bien en te faisant du mal, il le fera. Si tu n'as pas quelque chose qui l'intéresse ou que tu n'es pas exactement comme il veut, il te rejettera. Les gens sont superficiels, intéressés et hypocrites. Tu peux me croire. Alors être amoureux, ouvrir son cœur à quelqu'un comme ça, c'est littéralement du suicide."
Kristoff et Sven échangèrent un regard troublé. La voix de Steven était aussi lourde que les pensées qui lui courbaient le dos.
"Mais Steven, tenta le grand blond, tout le monde n'est pas comme ça."
"Je sais, Kristoff. Mais j'ai pas moyen d'être sûr que la personne en face de moi ne soit pas comme ça au fond. Si je me trompe, ça va à nouveau faire très mal. Je… Je suis fatigué qu'on ne veuille pas de moi parce que je ne suis pas comme les autres le voudrait."
"Nous, on t'adore tel tu es."
Steven sursauta et tourna ses yeux surpris vers Kristoff et Sven, qui posait sur lui des regards attristés, mais accompagné d'un léger sourire.
"T'es le type le plus étrange qu'on ait jamais rencontré." avoua le grand blond. "Tu fais des références que personne ne comprend. T'écoute des musiques qui feraient fuir tout le monde. Tes vêtements n'ont rien de normal. Tu t'énerves souvent pour un rien. Tu ne mâches pas tes mots. Tu as la force d'un mollusque et en plus t'es d'une flemmardise incroyable. Tout ça on le sait."
Steven arqua un sourcil, tandis que Kristoff ajoutait.
"Mais ça ne change pas le fait que tu nous a acceptées sans la moindre hésitation. Tu viens nous parler et t'amuser avec nous. Tu nous racontes des histoires très chouettes. Tu as toujours été parfaitement honnête avec nous et, surtout, tu nous as toujours respectées. Je ne suis peut-être pas un spécialiste en relation sociale, mais je pense que c'est le plus important. "
Steven écarquilla les yeux. Il n'était pas tout à fait certain pour la partie honnête, au vu de tous les détails dont il ne parlait pas sur le multivers, mais il n'était pas en désaccord avec le reste.
"Sincèrement Steven, demanda le collecteur avec bienveillance, tu penses que Sven et moi on est hypocrite et superficiel?"
Le geek se sentit mal. Il se frotta la nuque d'embarras, incapable de croiser leur regard. Il leur devait une réponse. Ils le trouvaient honnête et il voulait être digne de cet adjectif au moins une fois.
"Je… ne penses pas."
"Et tu peux m'affirmer que tu n'as rencontré personne d'autres qui ne l'était pas?"
Les souvenirs se bousculèrent dans l'esprit du jeune homme aux chaînettes. Il songea à une certaine bande de ninja complètement dingue qui lui tournait pas mal autour depuis quelques années. Il songea à Anna et Elsa. Il les avait toujours considérés comme des gens principalement intéressés par les distractions qu'il apportait. Mais et si c'était plus que cela? Il se rendit compte de l'attention qu'Anna lui avait montré en croyant qu'il était malade. Il se remémora combien Elsa était restée amicale malgré ses nombreuses maladresses. Il repéra du coin de l'œil la main que Kristoff lui tendait depuis le sol.
"Allez! Descends un peu de là." rigola doucement Kristoff. "Ça ne va pas te tuer."
Steven hésita. Il leva doucement sa main. Il inspira à fond et saisit celle de Kristoff avant de descendre. En percutant le sol gelé, ses pieds glissèrent mais le collecteur le rattrapa et l'aida à se tenir debout. Il croisa le regard amusé du collecteur qui lui posa une dernière question.
"Et la fille qui t'as mis dans cet état? Est-ce qu'elle est comme les autres?"
Steven se changea en statue tandis que sa mémoire travaillait à plein régime. Il ne se rappelait que des derniers mois passés avec les princesses d'Arendelle, mais il ne ressentait rien à part de la joie en repensant aux moments passés avec elles. Et même bien plus avec Elsa. Elle n'était pas superficielle. Intéressé? Il n'en avait pas l'impression. Et hypocrite, il était certain que non. Elle était parfois timide, mais elle lui avait toujours parlé franchement. Elle avait fait l'effort de s'intéresser à ce qu'il disait, même quand cela ne devait pas avoir le moindre sens pour elle. Et toujours après lui avoir bien dit qu'elle ne comprenait pas tout.
"Non," répondit Steven. "Elle est géniale."
"Alors il faut que tu lui dises ce que tu ressens," décréta Kristoff, avec le soutien de Sven.
"Mais…" hésita le geek. "Et si je me suis trompé ou qu'elle ne ressent rien pour moi."
"Pas besoin de réfléchir aussi loin. Sois juste honnête avec elle. Après ça, on en parlera ensemble. Okay?"
Steven resta figé d'effarement. Kristoff semblait si confiant qu'il ne savait plus quoi lui répondre. Sven lui caressa le bras avec entrain. Déboussolé, Steven lui caressa la tête. Il avait très peur. Elsa, il s'en rendait compte, était une femme incroyable. Il ne se sentait pas à la hauteur. Mais Kristoff avait foi en sa capacité à lui dire ce qu'il ressentait. Il devait le faire, au moins pour le remercier.
"Kristoff?" souffla Steven.
"Ouai?"
Le geek eut un hoquet qu'il retint du mieux qu'il put. Il s'éclaircit la gorge pour le cacher et tenter de prononcer ce qu'il avait en tête.
"T'es l'un des meilleurs amis qu'on puisse imaginer avoir."
Le grand blond eut un petit rire avant de répondre.
"Merci. Toi aussi t'es pas trop mal."
Tous deux se mirent à rire, ainsi que Sven. Mais alors que Steven allait ajouter quelque chose, il sentit un vertige bien familier.
"Oh, zut…" marmonna-t-il avant de disparaître, sous les regards ébahis de ses amis.
Le renne et le collecteur jetèrent un œil autour d'eux pour être sûr, mais ils savaient déjà que Steven n'était plus là. Ils espéraient qu'il irait bien et reviendrait vite. Et une autre chose que cria Kristoff, la voix explosant de frustration.
"Faut vraiment qu'il m'explique comment il fait ça!"
Références :
Le Seigneur des anneaux, The Elder Scrolls 5 : Skyrim, Stardust, Final Fantasy IX, Dark Souls, Avengers, Batman, Final Fantasy IX, Baldur's Gate, My Little Pony, Dota 2, Mortal Kombat, Sakura Card Captors, Shugo Chara, Mermaid Melody Pitchi Pitchi Pitch, One Piece, Bioshock, Bilbon le Hobbit, Final Fantasy X, Dungeons & Dragons, Star Wars, Doom, Age of Empires, L'Attaque des Titans, The Elder Scrolls, Mythe de Cthulhu, Nichijou, Tomb Raider, Bloodborne
