Bonjour à tous, me voici avec un OS un peut particulier car très personnel.

Les personnages sont légèrement différents, et le traitement de Ron pourrait en décontenancer certains. Mais sachez que ce n'est pas du Ron-bashing. J'aime beaucoup ce personnage dans le canon car c'est le seul que je trouve logique avec son âge. Après tout, à 14 ans, on fait des conneries, on change d'amis, on est égocentrique… Mais c'est logique

Mais c'est peut-être pour cela que je l'ai choisi. Pour cette ambivalence de sentiments…

Je m'excuse aussi d'avance pour les fautes d'orthographe. Je vous l'ai dit, c'est un OS très personnel et, une fois que j'ai réussi à l'écrire, il a été difficile pour moi de le relire, donc j'espère que ça ira quand même.

N'hésitez pas à mettre une review, ça me ferait très plaisir!

Desclaimer: tout est à JKR…

oooOOOooo

Je pars m'installer avec Harry sur les transats du jardin.

La nuit est tombée depuis plusieurs heures, une légère brise souffle dans mes cheveux, tandis que les quelques lumières allumées donnent à l'endroit une ambiance agréable.

Il n'y a que nous deux. Les autres sont restés dans le salon, à rire et finir de manger. On entend les éclats de conversations qui filtrent à travers la porte restée ouverte.

- Tu disais? Demande doucement Harry.

J'hésite. C'est dur. Je n'arrive jamais à expliquer.

De toute façon, je ne sais pas m'exprimer. C'est tout le temps pareil. Chaque fois que je veux expliquer quelque chose, les mots restent coincés dans ma gorge.

- Je... Je crois que Ron ...

Respiration.

- Il... il m'a ...

Déglutition.

- Je crois qu'il m'a... forcée plusieurs fois.

Le silence reprend dans le jardin.

Harry n'a pas bougé. Il est toujours à côté de moi. Je crois qu'il s'est figé, ne sachant pas trop s'il doit faire ou dire quelque chose. Ses yeux sont fixés sur moi, tandis que moi, je regarde l'herbe qui chatouille mes pieds.

- C'est horrible...

Malgré moi, un rire nerveux m'échappe.

- Désolée, je... Je veux pas gâcher ta soirée.

- Arrête, tu ne la gâches pas. Je suis là et je t'écoute.

- C'est difficile.

Encore une fois, le silence s'installe. Nous avons instinctivement utilisé un ton bas, presque doux, comme pour ne pas troubler la quiétude du jardin.

- Il a fait ça souvent?

Ma bouche s'ouvre, sans son. C'est étrange. Comme si les mots voulaient sortir, mais en même temps pas. Comme si je ne savais pas dans quel ordre les sortir.

Il me faut plusieurs secondes pour enfin trouver comment utiliser ma voix.

- Pratiquement à chaque fois.

C'est vrai. Vrai et dur. Mais je ne suis pas sûre. Est-ce vrai? Est-ce moi qui exagère? C'est dur de faire le tri après plusieurs années. Dur d'organiser mes idées.

- En... En fait, ça a débuté comme ça. Je... Je crois qu'on est parti du mauvais pied.

- Comment ça?

Respiration.

Clignements d'yeux.

Respiration.

C'est dur d'expliquer.

- Dès la première fois, je... En fait je... Je lui avais dit de ne pas aller trop vite, je ne savais pas trop, tu comprends? Je ne savais pas vraiment ce... Je ne savais pas vraiment quoi faire.

Nul. Les mots sortaient ni queue, ni tête. « Explique-toi correctement Hermione! » je me reproche.

- C'était à ma soirée d'anniversaire. Je lui avais dit de ne pas aller trop vite, mais... dès le lendemain, il... Il avait la main dans ma culotte. À ce moment, je... je ne comprenais pas trop tu sais? Je ne savais pas trop ce qu'il se passait.

Silence.

J'admire la façon dont Harry me laisse parler sans m'interrompre. J'ai l'impression qu'il a presque peur de me couper. Je pense qu'il voyait ma bouche s'ouvrir et se fermer régulièrement, sans émettre un son, et, parfois, lâcher ces mots qui m'arrachent le cœur.

- J'avais confiance en lui tu vois? Je... Je lui avais dit que je ne voulais pas, donc pour moi, il respectait ça.

Les cigales stridulent au loin, tandis que le chien de Parvati. vient nous dire bonjour. Il se mit à lécher la main d'Harry en signe d'affection.

Je souris devant ce tableau. C'est drôle comme les animaux sont toujours joyeux. Pas du tout secoués par les bombes qui sortent de ma bouche.

Soudain, il veut s'approcher de moi mais je recule sur mon siège, me crispe encore plus, tandis que les poings que je serre sous mes aisselles s'enfoncent dans ma poitrine.

Je ne veux pas qu'on me touche. Pas même un chien.

- C'était comme si mon cerveau s'était éteint. Je regardais de loin en fait.

Inspiration.

- Comme si... ça n'était pas moi. Je ne contrôlais pas, je me laissais juste faire.

Mes dents claquent. C'est toujours comme ça. J'ai très peu de contrôle sur mon corps. Dès que je suis un peu stressée, mes dents se mettent à claquer, mes poings à se serrer et mon corps tremble légèrement. D'extérieur, c'est comme si j'avais froid. Alors qu'en fait, non. Souvent, même, j'ai chaud.

- Et après... Après, ça a continué.

Le ciel est parsemé d'étoile.

Il fait vraiment doux.

Mes yeux papillonnent dans le jardin, à la recherche de quelque chose à laquelle s'accrocher, tandis que l'une de mes mains agrippe le haut de ma robe.

Inspiration.

Des mots veulent encore sortir de ma bouche.

- Tu sais, il... Il est fort. Il est grand et plus fort que moi. Je... je n'arrivais pas trop à le repousser.

Ma voix se met à trembler. Je n'ai vraiment aucun contrôle sur mon corps.

- Au début, je crois que j'ai pleuré une ou deux fois mais... Il me disait qu'il fallait continuer, sinon je n'aurait plus jamais envie.

Harry prend une inspiration.

- Mais c'est n'importe quoi... c'est la justification qu'il te donnait?

- Oui... Mais tu vois, je crois que je le croyais... Il me rassurait... Il me prenait dans ses bras pour me rassurer, et ensuite, il me disait qu'il fallait continuer.

- C'est horrible...

Je prend un temps pour reprendre mon souffle.

Les souvenirs se bousculent dans ma tête. C'est dur de faire le tri.

- Alors après, je ne pleurais plus...

Un éclat de rire parvient à nos oreilles. Nos amis ont l'air de bien s'amuser.

- Tu sais, quand je disais non, il était déçu ou en colère, et je ne voulais pas qu'il soit en colère, je ne voulais pas qu'il soit déçu, alors je disais oui finalement. Et du coup il reprenait et je me laissais faire. Du coup, je ne disais plus trop non... Ça ne faisait que retarder ou le mettre en colère, ou casser l'ambiance.

Je reprends ma respiration, regardant le jardin paisible sous le ciel étoilé.

- Tu sais, j'ai toujours voulu être une...

Un rire s'échappe encore une fois de ma gorge.

- J'ai toujours voulu être une "bonne copine", une "bonne petite amie", qui s'occupait bien de son compagnon et tout. Enfin, tu comprends?

- Oui je comprends ce que tu veux dire.

- Du coup, être frigide, ou chiante, je voulais pas. Je voulais pas être chiante...

- Ne pas avoir envie ne veux pas dire être chiante.

- Oui mais, dans ma tête, c'est ce que je pensais... Je voulais être parfaite... Tu comprends?

- Je comprends.

C'est embrouillé. Pourquoi vouloir être parfaite me donne l'impression d'avoir creusé moi même ma propre tombe?

- Je m'en veux...

- Ce n'est pas de ta faute.

- Si, j'aurais dû mieux dire non. Ou plus souvent.

- Non, c'est non.

- Oui mais je me laissais faire, c'est de ma faute, j'aurais dû mieux dire non, ou ne pas me laisser faire... Mais je n'y arrivais pas. Mais... Du coup, je ne sais pas si...

Mon souffle se bloque dans ma gorge.

Ça, c'est ma grande peur. Ce que j'ai en tête, c'est ma grande peur. Cette peur qui a du mal à sortir, qui me fait mal dormir. Pire que cette culpabilité de ne pas m'avoir respectée: et si ce n'est pas vrai?

Je balbutie, tandis que celle-ci sort de mon corps.

- Et si c'était moi qui inventais? Et si, il ne m'avait jamais rien fait et que c'était moi qui inventais tout ça? Si je me faisais des films alors que c'est de ma faute? Si tout ça c'était de ma faute, parce que je n'ai pas parlé, parce que je n'avais pas bien dit non, pas bien expliqué, et que, en fait, je l'accusais pour rien? Que je l'accusais alors qu'en fait, il n'avait rien fait de mal et que c'était de ma faute?

- Non, non, arrête. Ce n'est pas toi. Toi, tu ressens que tu es mal, tu te sens mal à cause de ça, alors c'est qu'il y a eut quelque chose. Il aurait dû voir que tu n'avais pas envie.

Je prends le temps d'intégrer ces mots. Ces mots que j'essaye de me dire parfois et qui, en même temps, ne veulent s'intégrer dans mon esprit. Tout est embrouillé.

- Oui... Tu vois, quand je me suis mise avec Lucie, je le voyais quand elle n'avait pas envie et j'arrêtais tout de suite. Ça se voit en fait.

- Oui, ça se voit.

- Et, j'ai eu de la chance, elle, elle le voyait aussi, parce que, maintenant, je n'arrive pas à dire non tu vois? Heureusement elle savait... Heureusement qu'elle le voyait...

Respiration.

- Du coup, elle arrêtait, elle arrêtait... Moi, je ne savais pas le dire... Parce que j'avais peur, j'avais peur qu'elle m'en veuille... Et je ne voulais pas ça. J'ai eu de la chance, j'ai eu de la chance qu'elle le voit...

- Ce n'est pas de la chance tu sais, c'est normal.

- Oui mais...

J'ai du mal à mettre de l'ordre dans mes idées. Elles sortent un peu au petit bonheur la chance. Heureusement, Harry semble réussir à reconstituer le fil de mes paroles.

Je lui fais confiance pour ça.

- Tu sais, il était gentil...

Cet aveu m'abat.

Les coins de mes yeux me picotent.

Mes épaules s'affaissent.

Je me sens tellement mal.

- Il était gentil... Je... Il ne m'aurait jamais fait de mal, tu comprends?

Je tourne enfin ma tête vers Harry. Je plante mes yeux dans les siens, l'implorant de comprendre.

- Il était gentil tu vois? Tout le monde le trouvais gentil. C'est ton meilleur ami et on avait été amis. Il était gentil, je ne comprenais pas vraiment ce qu'il se passait...

Archi-nul, encore une fois.

En moi-même, je pousse un gémissement de frustration.

Je n'arrive pas à expliquer. Je n'arrive pas à expliquer comment je ne pensais pas que ça m'arrivait. Je n'arrive pas à expliquer combien j'avais confiance en lui, combien je voulais faire bien les choses...

Mes dents claquent en continu. C'est très fatiguant. Il faut que je mette un poing sous mon menton et que je me concentre pour contrôler un peu ma mâchoire.

- Souvent... Souvent il mettait ses mains sur mes seins ou mes fesses. J'essayais de le repousser mais il était fort... il était fort tu sais? Moi, à coté...

Respiration par le nez en serrant la mâchoire. Essayant de ne pas me crisper encore plus sous le souvenir de ces mains que j'avais essayé de repousser.

- Il forçait et laissait ses mains, il râlait que ce n'était pas sexuel, que c'était juste parce qu'il aimait bien mettre ses mains là, que c'était... confortable. Comme je n'arrivais pas à enlever ses mains, je finissais par le laisser.

C'est vrai, je m'étais laissé faire. Ça c'est dur. Je m'étais laissée faire. J'avais été faible.

- Tu sais.. je m'en veux, parce que, maintenant, personne ne peut me toucher sans que je ne sursaute.

Ma voix tremble un peu. J'expire par la bouche pour essayer de me contrôler.

- Maintenant, je sursaute tout le temps. Tout le monde trouve ça drôle. Lui aussi, même si au bout d'un moment, il a commencé à trouver ça chiant que je sursaute dès qu'il me touche. Du coup, il me maintenait pour ne pas que je bouge trop quand il approchait. Tout le monde trouve ça drôle maintenant. Mais moi, j'ai juste un sursaut de peur. Même mon père, je n'aime pas quand il me touche sans que je ne le vois. Je n'aime pas ça. J'ai peur.

Pour ça, je culpabilise énormément. Je revois dans ma tête la fois où j'étais assise et que papa avait touché ma jambe, j'avais eu une violente grimace de dégout, de colère et de peur et je m'étais écarté brusquement. J'avais eu un sursaut de colère envers mon père. Mon père que j'adore et que j'admire tellement.

La voix d'Harry s'élève doucement.

- C'est normal tu sais? Après un traumatisme, on a souvent du mal à s'en remettre.

- Peut être...

J'expire lentement.

- Il était tellement gentil... Je ne voulais pas en parler. A personne, parce que tout le monde le trouve gentil.

Je me tourne vers mon ami tandis que ma voix prend un ton amer.

- J'en ai parlé à des psychologues tu sais? L'une m'a dit que je le voulais. Que, quelque part, ça me convenait bien. Que j'y trouvais mon compte pour rester cinq ans avec lui.

Harry inspire brusquement.

- Sérieusement?!

- Oui. Je l'ai détestée…

Mon regard se perd encore une fois dans les buissons calfeutrant les barrières du fond du jardin.

- Mais… Mais si elle avait raison? Si, finalement, je l'avais voulu? J'ai été faible…

- Tu n'es pas faible, c'est de sa faute. Et tu es partie.

- Oui mais je suis partie parce que je me suis rendue compte que j'étais lesbienne, pas à cause de ça…

Respiration.

- Je me sens nulle.

- Pourquoi tu te sens nulle?

- Parce que…

Je me gratte inconsciemment le bras en tentant de reprendre contenance.

- Parce que j'aurais dû mieux dire non, j'aurais dû partir, je me sens nulle.

Ma mâchoire tremble de plus en plus. Tout mon corps s'y met d'ailleurs.

C'est extrêmement chiant de ne pas savoir se contrôler.

De sentir cette boule dans mon ventre malgré le poing que j'enfonce dans mon abdomen.

De sentir que j'ai des choses à dire mais que rien ne sort.

De sentir un hurlement de frustration et de rage qui a envie de sortir de moi mais qui n'y arrive pas. Alors il faut que je le dise.

Un petit rire s'échappe de ma gorge.

- Des fois, j'ai envie de hurler. Hurler fort, pleurer fort, que tout ça sorte. Mais je n'y arrive pas. Il n'y a rien qui sort. Ça reste là, en moi.

- Peut-être que tu devrais aller faire un tour, ça aiderai peut être. Genre, tu vas en pleine campagne et tu cries un bon coup, ça te fera peut être du bien.

Je me tourne vers mon ami et ris tendrement.

- C'est difficile de prévoir ça. Je vais avoir du mal à me dire « bon, entre 13h30 et 13h32 je pleure un coup! »

Harry rit doucement avec moi.

- C'est vrai, désolé.

- Non, inquiète, c'est moi qui ne sais pas quoi faire.

Le silence revient. Calme.

J'entends les autres chanter « Joyeux anniversaire » depuis la salle à manger.

Zut, on va rater la distribution des cadeaux… Tant pis. Je n'arrive pas à me sortir de ce transat.

- Tu sais, j'hésite à m'engager dans une association féministe, ou un truc de ce genre. Mais j'ai peur que ça ne me rende encore plus en colère que ce que je ne suis déjà. J'ai peur de détester encore plus les hommes. J'ai peur qu'on me dise que j'ai raison et d'être tellement en colère…

Harry me regarde attentivement, semble réfléchir, puis lâche doucement:

- Peut être que ça va t'aider, ça te ferai du bien je pense. D'être entendue et entourée.

Je reprime un frisson.

- Oui, peut être…

Je regarde le ciel. On a de la chance, il y a peu de nuage ce soir. On peut voir beaucoup d'étoiles. J'essaye de distinguer la « casserole », seule « constellation » que je suis capable de reconnaitre.

C'est dur de parler quand tout se bouscule. J'ai toujours envie de dire des choses mais, encore une fois, tout vient de manière désordonné. ça n'a pas de rapport avec ce qu'on vient de dire mais ma bouche s'ouvre quand même. Mon cerveau semble être s'en dessus-dessous. Incapable de faire le tri ou de mettre dans l'ordre les informations à donner.

- Je fais des rêve aussi. Des cauchemars plutôt… En fait, tout mes cauchemars se ressemblent.

C'est vrai. Tous mes cauchemars ont le même thème.

- Je rêve toujours que je me fais poursuivre mais je n'arrive pas à fuir…

Je prends une inspiration.

- Dans le dernier, une femme courrait et me disait qu'un homme voulait la violer. Je tendais le bras pour arrêter l'homme mais il me mordait. Je me suis réveillée à ce moment. J'avais tellement peur… Même réveillée, je sentais encore mes dents sur ma peau…

Un violemment frisson mon prend tandis que je ravale ma bile. Je me vois encore me réveiller d'un coup en sueur, un terreur sourde dans le ventre et, le pire, cette sensation qui ne partait pas… Cette sensation d'une langue qui léchait mon bras et ma main, même réveillée j'avais encore l'impression de la sentir…

J'avais mis des heures à me rendormir, mon téléphone allumé pour être sûre que personne ne me rejoindrait dans mon lit.

Un moment interminable à sentir cette langue sur mon bras, alors qu'il n'y avait rien.

- Je ne comprends pas pourquoi je rêve de ça…

Harry souffle doucement. Essaie de trouver prudemment une réponse.

- Moi je pense que c'est normal… La symbolique du rêve est forte, un homme qui pénètre ta chair…

S'en est trop. Je tressaillit violemment, ferme les yeux et crispe les mâchoires. Avale difficilement.

Je ne veux pas entendre ça.

Je ne veux pas l'entendre.

Arrête. Tais-toi.

Je crois qu'il m'entends, qu'il comprend, car il s'interrompt sans finir sa phrase.

- Il m'a dit qu'il en avait besoin.

Harry fronce les sourcils, perplexe.

- Comment ça?

J'essaie d'expliquer.

- A la fin de notre relation, je me rendais compte quel y avait un problème. Je me suis rendue compte que je n'avais jamais envie. Du coup, je lui avais demandé de ne plus rien tenter et t'attendre que ce soit moi qui vienne à lui. Il n'a pas tenu une semaine avant de recommencer. Et après, quand je lui en ai parlé, que je ne m'étais pas sentie respectée parce qu'il ne m'avait pas laissé, il m'a dit que j'avais égoïste car, il avait été stressé et qu'il en aurait eut besoin…

Un vague de colère me prends.

Comme si je n'avais été là que pour assouvir un besoin.

Ça me dégoute.

Il me dégoute.

Ils me dégoutent tous.

Je serre les poings.

- Je déteste les hommes… Je murmure. En colère. En rage.

- Je comprends pourquoi tu ressens ça…

- Je voudrais tellement lui hurler à la figure, lui expliquer, ce que je ressens maintenant… Mais j'ai peur… tellement peur.

- Peur de quoi?

J'hésite.

- De sa réaction. De sa réponse… J'ai peur qu'il me dise que ce n'est pas vrai, que je prenais du plaisir…

La honte me submerge. La culpabilité.

- Parce que… Tu sais, c'était long… Je n'y arrivais pas, mon corps ne réagissais pas et il ne me lâchait pas, alors du coup au bout d'une moment je devais réagir… Je me mettais à penser à des trucs pour réagir.

Les larmes montent. Me submergent.

- Je devais réagir, être réactive, sinon c'était tellement long…

Ma voix se brise sur cette dernière phrase.

Car c'est ça le pire.

J'avais pensé à des trucs pour me forcer à mouiller, pour me forcer à régir.

J'avais eut des orgasmes à la fin.

Pour que ça se termine.

Pour le forcer à s'arrêter.

Pour sauver les apparences.

Pour que tout soit normal.

Pour repousser ce mal-être au fond de moi et me faire croire que tout allait bien.

- Ça durait tellement longtemps…

J'ai tellement honte…

Voilà pourquoi je ne peux rien lui reprocher. Parce que je m'étais laissée faire et qu'il allait me dire que j'avais du plaisir.

J'ai envie de pleurer tellement c'est pathétique.

Tellement c'est rageant.

- Si tu lui explique comme ça, il devrait comprendre…

- Je ne suis pas sûre… Je ne sais pas.

Je tente encore une fois de reprendre contenance.

- Je me suis laissée faire…

- Tu sais, tu n'es pas toute seule dans ce cas. Ton cas n'est pas isolé, tellement de femme ont vécu ça…

Non. Je ne veux pas entendre ça non plus.

J'en veux presque à Harry de me dire ça.

Parce que si c'est si répandu, si tellement de femmes ont été forcées par leur conjoint, si tout le monde fait ça, où est le mal? Ça devient banal.

Ce que je ressens devient banal.

Je ne veux pas ça.

Je ne veux pas qu'on me rappelle à quel point toute cette société s'en fout.

- Tout le monde s'en fout.

Tout le monde s'en fout.

De toute façon, mon histoire n'a aucune importance. Personne ne va prêter attention à une fille à qui son copain a « un peu forcé la main ». Même Lavande, qui est policière, m'a dit que ça ne servait à rien d'en parler à la police. Pas de preuve, que ma parole. Et dans un couple.

Tout le monde s'en fout.

H acquiesce.

- Oui. La société doit encore beaucoup évoluer…

Je ris nerveusement.

- Oui, il y a encore du travail…

Soudain, deux silhouettes sortent de la portes et s'approchent de nous. Dean et Seamus.

Ils viennent sans doute voir pourquoi nous prenons tant de temps.

- Alors les gars, qu'est ce que vous foutaient dans le jardin?

Je plaque un sourire sur mon visage.

- On regarde les étoiles.

- Depuis tout ce temps?

- Pas de ma faute, on n'est pas doué!

Harry acquiesce en riant.

J'entends qu'il sonne faux, mais les autres semblent s'en contenter.

- Vous venez? Parvati doit ouvrir ses cadeaux!

Je me lève d'un bond.

- Allez! Allons-y!

C'est fout comme j'arrive à feinter la joie et la bonne humeur.

Les autres m'emboitent le pas en riant et plaisantant toujours, nous taquinant sur le fait que nous avions voulu rester seuls tous les deux dans le jardin.

J'échange un regard avec Harry, et j'y vois tout ce que j'avais peur de perdre: amitié, soutient.

La conversation est finie, l'anniversaire reprend.

Peut-être que je vais m'en sortir finalement.