Novembre 2013

Partie 1 - Prologue

Plus d'une année s'était écoulée depuis la fameuse bataille de New York. Le docteur Selvig avait commencé à montrer des signes inquiétants suite à son expérience avec Loki, rendant ses faits et gestes quelque peu étranges et idiots. Ses collègues et amis avaient tout fait pour l'aider, en vain. Jane avait été mise au courant dès le premier jour que Naélie faisait partie des Avengers et qu'elle avait subit la même chose que le docteur, si bien que la brune avait essayé de comprendre pourquoi lui en était autant infecté, et pas la blonde, sans trouver de résultat concluant.

- Si ça se trouve, il est atteint de stress post-traumatique, lui avait simplement répondu Darcy, l'assistante de Jane, qui ne savait pas pour Naélie, elle.

Faute de mieux, les trois jeunes femmes n'avaient rien pu faire pour leur ami, s'occupant de lui du mieux qu'elles le pouvaient. Cependant, parfois, il échappait à leur surveillance, allant faire n'importe quoi, n'importe où. Comme en ce jour pluvieux. Personne ne savait où il était, ni ce qu'il faisait. Mais il y avait quelque chose d'encore plus important qui nécessitait de le laisser faire. Au volant de la voiture qu'ils louaient depuis plusieurs semaines, Darcy conduisait de la manière la plus imprudente possible, oubliant par moments qu'ils étaient en Angleterre et que de fait, ils roulaient à gauche, et non à droite.

- GAUCHE, DARCY ! hurla Naélie, sur la banquette arrière avec un gars qu'elle ne connaissait même pas et qui semblait légèrement au bout de sa vie.

- Oui, oui, pardon, mais je suis tellement excitée !

- Je sais... soupira la blonde en s'accrochant au siège passager alors que la conductrice prenait un virage serré au moment où le feu passait au rouge. Mais tu es folle ?!

- Oh, ça va ! Tu ne vas pas me donner des leçons alors que tu n'as même pas le permis ! râla la fille aux lunettes en tournant son regard vers celle derrière elle.

- REGARDE LA ROUTE ! s'écria à nouveau Naélie en voyant la voiture dépasser la ligne au sol alors que plusieurs véhicules venaient en contre-sens.

Darcy donna un coup de volant, revenant sur sa bande. À côté de la blonde, le jeune homme se contentait de serrer la mâchoire chaque fois qu'ils manquaient de faire un accident, mais ne pipait mot. Dans toute cette galère, aucun des deux ne s'était présenté, et ce n'était sûrement pas maintenant qu'ils allaient le faire. Leurs vies étaient en danger à cause de la folle du volant. Naélie se promit, entre deux arrêts cardiaques, de penser sérieusement à réviser son code de la route pour pouvoir conduire elle-même à l'avenir... Pas facile lorsqu'on perd tout à 18 ans, puis qu'on devient une Avenger à 19 ans, de passer son permis de conduire... Elle avait aujourd'hui presque 21 ans, et même pas un travail stable. Elle ne voulait pas mourir sans avoir son permis de conduire, ni un diplôme en poche ou au moins un emploi normal... Si c'était possible dans son cas.

- Darcy, pitié, ne nous tue pas... geignit finalement la blonde, sentant son estomac se retourner dans son ventre.

- Nia nia nia, répondit la brune en détournant encore une fois les yeux de la route, offrant sa cinquième crise cardiaque à l'autre fille en l'espace de dix minutes. Je me demande quand même comment tu as fait pour survivre à la Bataille de New York.

- J'ai eu de la chance...

Elle avait discuté avec Jane et Selvig (avant qu'il ne perde totalement la boule) et ils s'étaient tous les trois mis d'accord sur le fait que Darcy ne devait en aucun cas être au courant des pouvoirs de Naélie, ni de son rôle réel dans la bataille, parce que la connaissant, elle ne pourrait pas tenir le secret. Sauf qu'elle savait déjà que Naélie était à New York au moment de l'invasion, donc il avait fallu lui inventer une histoire. C'est ainsi que Darcy s'était mise à croire que la blonde avait réussit à se cacher suffisamment longtemps dans un restaurant jusqu'à ce que la Fille de Feu, telle que Naélie avait été surnommée par la presse, ne la sauve.

- Disons que c'est parce que la Fille de Feu est arrivée que tu as survécu.

- Je suis sûre qu'elle préfère qu'on l'appelle Hestia, marmonna Naélie en s'enfonçant dans son siège, bras croisés, portant son regard orageux sur le paysage de la ville qui défilait à travers la vitre sale.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Rien.

Elle n'avait plus envie de parler. Elle priait simplement pour qu'au moment où ils auraient un accident de voiture, ses blessures ne soient pas trop grave afin qu'elle puisse guérir rapidement. Et pitié, que sa tête reste accrochée à son corps, parce qu'autrement, elle ne pourrait rien faire pour se soigner, c'était caput. Elle fut sortie de ses pensées noires par un nouveau virage pris avec violence par Darcy qui la propulsa contre la vitre, lui faisant décroiser bras et jambes et goûter à la saveur de la fenêtre. En maugréant, Naélie se redressa, fusilla l'autre jeune fille du regard, puis repoussa le garçon qui lui était tombé dessus et ne semblait pas vouloir quitter ses genoux. Il fallut encore une demi-dizaine de minute de pur supplice avant que la voiture ne soit garée devant un restaurant chic du centre ville. Enfin, un peu de calme, pensa Naélie en poussant un profond soupire de désarroi. Darcy les abandonna, leur annonçant qu'elle allait chercher Jane et qu'elles reviendraient d'ici cinq minutes. Laissés seuls, les deux passagers s'affaissèrent sur leurs sièges, sans mot dire, partageant leurs sorts funestes.

Cinq minutes passèrent. Puis dix. Et toujours aucune trace des deux brunes. L'ennui commençait à rendre la blonde folle. Alors elle décida d'apprendre à connaître ce garçon étrange qui lui servait de voisin et de camarade d'infortune.

- Comment tu t'appelles ?

- Hein ?

- Tu as un nom ou tu es un gars sans identité ?

- Je m'appelle Ian. Je suis l'assistant de Darcy.

- L'assistant... de Darcy ? Mais Darcy est une assistante ! C'est quoi ce merdier, là ?

- Je ne sais pas... Je ne suis même pas payé.

Naélie le regarda en fronçant les sourcils, se disant que c'était vraiment culotté de la part de l'autre jeune fille d'engager un pauvre garçon et de ne même pas le payer, avant de se souvenir qu'elle-même ne recevait pas un véritable salaire. Mais elle ne s'en plaignait pas. Elle était logée et nourrie. Elle ne manquait de rien, alors... Et puis, pour être honnête, elle avait sur un compte en banque un petit trésor que sa mère lui avait mis de côté avant de mourir. Et son héritage en plus de cela. Mais elle n'y touchait pas vraiment. Elle gardait ça au chaud, au cas où.

- Elles ne reviennent pas... chuchota Ian en triturant la fermeture éclair de son manteau.

- Jane est à un rencard. Si ça se trouve, elle a envoyé balader Darcy qui se lamente à une autre table... Je vais aller voir.

Mais à peine eut-elle détaché sa ceinture et ouvert la porte que Darcy arrivait, entrant du côté passager en esquivant miraculeusement la portière de Naélie. Jane ne tarda pas, s'installant derrière le volant. Cela eut pour effet de remplir la blonde de joie. Elle n'allait pas mourir aujourd'hui, son amie était très prudente sur la route, contrairement à son assistante.

- Salut ! lança Naélie avec entrain, faisant sursauter la scientifique qui, apparemment, ne l'avait pas vue.

- Naélie ! Tu es là aussi ?

- Non, c'est mon esprit, je suis morte en chemin, plaisanta la susnommée en déposant une bise sur la joue de la plus âgée.

- Très drôle.

- Je suis sérieuse. J'ai fait au moins cinq arrêts cardiaques durant le trajet, à cause de ton imbécile d'assistante qui a eu son permis de conduire dans une pochette-surprise.

- Hey ! protesta la concernée en se retournant pour donner un coup-de-poing dans l'épaule de la médisante.

- Bonjour ! lança soudain Ian, comme s'il voulait se faire voir.

- Qui est-ce ?

- C'est mon assistant ! s'exclama Darcy comme si c'était une évidence.

Jane secoua la tête, ne voulant même pas prendre la peine d'essayer de comprendre. Elle les conduisit jusqu'à un site abandonné d'une vieille usine entourée par quelques hangars. Durant le trajet, elles avaient discuté toutes les trois de la raison qui les y menait. Des données étonnement élevées, seulement égalées par la nuit où le dieu asgardien Thor était arrivé sur Terre, deux ans plus tôt. Jane n'avait eu de cesse de tenter de le retrouver, depuis qu'il était rentré chez lui. En soit, Naélie pouvait la comprendre. Elle était amoureuse d'un gars qui venait d'une autre planète et qui, en plus, avait au moins 1500 ans. Leur relation serait certainement difficile, mais le plus dur était la distance. Et puis, d'après ce qu'elle lui avait expliqué, Thor ne lui avait même plus donné de nouvelle depuis. Pas même lorsqu'il était venu sauver New York de son frère. Naélie ne l'avait côtoyé que quelques heures, pas plus, mais il lui semblait inconcevable que le dieu ne prenne pas la peine de recontacter la femme qu'il aimait, lui qui s'était immédiatement assuré qu'elle soit mise en sécurité.

- C'est ici. Alors, prenez le matériel, nous allons voir ce qu'il se passe, décida Jane en fixant son appareil dont les indications ne changeaient guère.

- J'espère que nous n'allons pas encore nous attirer des ennuis... murmura Darcy en fermant sa portière.

- Tu aurais peur Lewis ? se moqua gentiment Naélie.

La brune lui tira la langue de manière enfantine. Au fond, elles s'adoraient toutes les deux. Mais en tant qu'amies, elles n'étaient douées que pour se taquiner. Et pour se faire peur aussi. Si bien que la blonde se demandât si l'autre n'avait pas fait exprès de rouler dangereusement dans les rues de Londres. Et puis par quel miracle n'avaient-ils pas été arrêtés par la police ? Tant mieux, quand on y pense, mais d'un autre côté, c'était aussi déconcertant. Ils entrèrent tous les quatre dans l'usine désaffectée, quand ils entendirent un bruit.

- Ne craigniez rien, nous sommes américaines ! s'exclama Darcy en levant les mains en l'air.

- Et c'est censé nous rendre plus sympathiques ? se lamenta Jane.

Des enfants sortirent de leurs cachettes, et après une courte discussion, ils les menèrent vers leur trésor.